‹ Catéchisme de persévéranceChapitre 5 sur 48 · VII · texte numérisé non relu

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interdire celte connaissance, l'Église recommande à ses ministres d'expliquer au peuple les différentes parties du saint Sacrifice et le sens des prières publiques ^ Bien plus , elle n'a pas absolument défendu les traductions des prières de la liturgie par lesquelles le peuple peut voir dans sa langue ce que les Prêtres disent à l'autel. Il n'est donc pas vrai , comme l'en accusent les Protestants , qu'elle ait voulu cacher ses mystères ; non, elle a voulu seulement les mettre à l'abri des altérations, suite inévitable des changements du langage^.

m. L'usage du chant. — De la langue de l'Église catholique passons à son chant ; disons son origine , son usase, sa beauté. Le chant est naturel à l'homme : on le trouve chez tous les peuples. Le chant est essentiellement religieux : au commencement on le voit partout employé dans le culte divin. Cet accord universel prouve que le chant est agréable au Seigneur, et que c'est un moyen légitime de lui rendre une partie du culte que nous lui devons. Mais qu'est-ce que le chant? Le chant, répond un ancien et pieux auteur, c'est la langue des Anges ^ ; c'est peut-être la langue que l'homme parlait avant sa chute. Dans cette hypothèse, notre parole actuelle ne serait qu'une ruine de cette parole primitive*. L'homme tout entier ayant été dégradé par le crime originel , on conçoit que sa parole a dû subir une dégradation correspondante. Du moins il semble que le chant sera la langue du (^iel ou de l'homme complètement régénéré, car il n'est parlé que de chants et d'harmonies parmi les heureux habitants de la Jérusalem céleste.

' Conr. Trid. Scsi, xxii.c. 8.

* Voyez le cardinal Bona, Rer. lituxj. lib. 1, c. 5, p 33.

' Durandus, lib. v, c. 11. — ♦ Annal, de phil. chrét. in. 1830.

Quoi qu'il eu soit de ces conjectures , le chant est l'expression vive et mesurée des sentiments de Tàme ; son pouvoir est magique : c'est un autre mystère.

Pour rapprendre à l'homme sa langue primitive , ou pour lui enseigner celle qu'il doit parler dans le Ciel, la Religion a consacré l'usage du chant dans ses divins exercices. Elle ne veut pas que les hommes se réunissent au pied des autels sans parler la langue des Anges ou la langue de l'innocence. Exilé, c'est dans nos temples que l'homme retrouve l'idiome et le chemin de sa patrie ; roi déchu, c'est là encore qu'il lui est donné de bégayer la langue qu'il parla au jour de son bonheur. Connaissezvous un enseignement plus utile, une pensée plus admirable ? Le chant procure encore d'autres avantages : il touche le cœur et le porte à la dévotion ' ; il chasse la tiédeur et nous donne une sainte allégresse pour achever courageusement l'office divin , qui autrement semblerait long et apporterait de l'ennui^ ; il est une profession solennelle de foi et d'amour, par laquelle nous déclarons que nous nous faisons gloire d'invoquer notre Seigneur et de célébrer ses louanges, malgré les sarcasmes et les blasphèmes de l'impiété ^; enûn il dissipe les suggestions du Démon , gagne les bonnes grâces de Dieu, attire le Saint-Esprit, comme nous le voyons dans l'Écriture sainte\ L'homme chante donc? l'Eglise chante avec lui. En cela elle se montre la fidèle héritière de tout ce qu'il y a de vrai , de beau , de bon dans les traditions de l'univers : car tous les peuples ont chanté.

' s. Aug. Conf. lib. vi.

' S. Basil, in PsaL 1 ; Lacl. lib. vi, c. 21; S. Chns. in Ptal. M.

^ Ruff. IJist. Ilb. X, c. 35, 37 ; Théodoret, lib. m, c. 1.

* IV Reg. 2; I Rcc. 19; Daii. 3.

46i CATÉCHISME

Nous ne parlerons pas des Païens ; ils avaient perverti Tusage du chant : au lieu de célébrer le Dieu de la nature, ils chantaient les crimes et les aventures scandaleuses de leurs fausses divinités.

Les Hébreux ne furent pas plutôt réunis en corps de nation , qu'ils surent relever par les accents de la voix les louanges du Seigneur. Qui ne connaît les cantiques sublimes de Moïse, de Débora, de David, de Judith, des Prophètes î David ne se borna point à composer des psaumes, il établit des chœurs de chantres et de musiciens pour louer Dieu dans le tabernacle. Salomon fit observer le même usage dans le temple ; Esdras le rétablit après la captivité de Babylone.

Dès l'origine du Christianisme, le chant fut admis dans l'ofTice divin , surtout lorsque l'Eglise eut acquis la liberté de donner à son culte Téclat et la pompe convenables : elle y fut autorisée par les leçons de Jésus-Christ et des Apôtres. La naissance de ce divin Sauveur avait été annoncée aux bergers de Bethléem par les cantiques des Anges: on connaît ceux de Zacharie, de la sainte Vierge, du vieillard Siméon. Pendant sa prédication, le Sauveur lui-même trouva bon que les troupes de peuple venues au-devant de lui l'accompagnassent dans son entrée à Jérusalem en chantant : Uosannal hc ni soit celui fjiii vient au nom du Scifjneur , salut et prospérité ou fils de David, et continuassent ainsi jusque dans le temple '. Saint Paul exhorte les Fidèles à s'exciter mutuellement à la piété par des hymnes et dos cantiques spirituels^ ; lui-même avec Silas chantait à minuit dans sa prison.

Nos pères dans la foi mirent en pratique les leçons du grand Apôtre. Pline le jeune les ayant interrogés pour

• Malih. XII, 9. — Fplics. V, 19.

savoir ce qui se passait dans leurs assemblées, ils lui dirent qu'ils se réunissaient le Dimanche pour chanter des hymnes à Jésus-Christ comme à un Dieu '. Il en a été de même dans toute la suite des siècles. Les plus grands hommes que TÉglise ait produits et que la terre ait admirés, attachaient au chant une telle importance, qu'ils ne dédaignaient pas de le régler eux-mêmes et de l'enseigner aux autres : témoin saint Athanase, saint Qirysostome, saint Augustin, saint Ambroise, saint Grégoire pape. Saint Ambroise, qui régla le chant de rÉglise de Milan dans un temps où les théâtres du Paganisme subsistaient encore , évita soigneusement d'en imiter la mélodie ; saint Grégoire, qui fit la même chose pour rÉglise de Rome, dans un siècle où ces théâtres n'existaient plus , ne trouva aucun inconvénient à introduire dans le chant ecclésiastique des airs plus agréables, mais qui ne pouvaient rappeler aucun souvenir dangereux.

De là est venue la distinction entre le chant ambrosien et le chant grégorien. Le premier est plus grave, le second plus mélodieux. I^ premier est encore en usage dans rÉglise de Milan, le second s'est répandu dans une grande partie de la chrétienté. Saint Grégoire prit dans toutes les Églises ce qu'il trouva de mieux, et donna pour base à son œuvre le chant des anciens Grecs, dont il choisit les modulations qui lui plurent davantage, les accommoda à son goût, qui était exquis, et leur donna d'exprimer avec plus de charmes les mystères joyeux ou douloureux, la douce tristesse de la pénitence et le lx)nheur d'une vie pleine de vertus.

* Eplst. xcvii ; voyez auMi lc« conciles de LaoJicée, c. xv; de Carlhage, iv, can. 10; d Agde, c. 21 ; d'Alx, c. 132, 133, elc

ICC CATÉCHISME

A Texemplede David, Pépin, roi de France, mai& surtout Charlemage, son fils, donnèrent un grand soin au chant religieux. Ayant remarqué que le chant gallican était moins aiîréable que celui de Rome, ils envoyèrent dans cette capitale du monde chrétien des clercs intelligents pour étudier et apprendre le chant de saint Gré2:oire, et bientôt ils l'introduisirent dans les Gaules. Cependant toutes les Églises de France ne l'adoptèrent pas uniformément; plusieurs n'en prirent qu'une partie, et le mêlèrent avec celui qui était précédemment en usage. Telle est la cause delà diiïérence qu'on remarque entre le chant de divers diocèses '.

IV. Beauté du chant. — Néanmoins ce chant, tel qu'il existe aujourd'hui, et quoiqu'il ait fait de grandes pertes en passant parla main des Barbares anciens et modernes, a encore des beautés du premier ordre, et demeure, par l'usage auquel il est appliqué, bien audessus de la musique. Sans mesure et sans rhythme, il offre aux connaisseurs non prévenus un caractère incontestable de grandeur, une mélodie pleine de noblesse, et une féconde variété d'inflexions. Est-il quelque chose de plus sublime, par exemple, que le chant solennel de la Préface et du Te Deum? Quoi de plus touchant que les lamentations de Jérémie, et de plus joyeux que les hymnes de Pâques? Où trouver quelque chose de plus majestueux que le f^ur/a Sion , de plus déchirant que le Dies irœ? L'office des morts est un chef-d'œuvre, on croit entendre les sourds retentissements du tombeau. Dans l'oflice de la Semaine Sainte on remanjue la Passwti de saint Matthieu : le récitatif de rhislorien, les cris de la populace juive, la noblesse

' Let>CBuf , Traitr hi.u, du chant, c. 3.

des réponses de Jésus, forment un drame pathétique.

Pergolèse a déployé dans le Stabat Mater la richesse de son art ; mais a-t-il surpassé le simple chant de l'Église? Il a varié la musique sur chaque strophe, et pourtant le caractère essentiel de la tristesse consiste dans la répétition du même sentiment, et, pour ainsi dire, dans la monotonie de la douleur. Diverses raisons peuvent faire couler des larmes , mais les larmes ont toujours une semblable amertume; d'ailleurs il est rare qu'on pleure à la fois pour une foule de maux, et quand les i)lessures sont multipliées, il y en a toujours une plus cuisante que les autres qui finit par absorber les moindres peines. Ce chant pareil qui revient à chaque couplet sur des paroles variées imite parfaitement la nature; l'homme qui souffre promène ainsi ses pensées sur différentes images, tandis que le fond de ses chagrins reste le même.

Pergolèse a donc méconnu cette vérité, qui tient à la théorie des passions , lorsqu'il a voulu que pas un soupir de Fàme ne ressemblât au soupir qui l'avait précédé. Partout où il y a variété, il y a distraction, et partout où il y a distraction , il n y a plus de tristesse'.

Que dirons-nous des psaumes? La plupart sont sublimes de gravité, particulièrement le Dixil Dominiui Domino meo, le O^nfilebor (Un et le LaudaXe pueri. Lin exxtu offre un mélange indéfinissable de joie et de tristesse, de mélancolie et d'espérance; le Kyrie eleison y le Gloria in excelsis et le Credo des grandes fêtes élèvent l'âme, et le Feni Creator exprime bien les ardentes supplications d'un cœur qui veut être exaucé.

Faut-il s'étonner, après cela, que notre chant sacré

> Génie du Cbrislianisme. t. ii, c 11.

fasse de si vives impressions sur les liommes qui ont de Toreilleet du cœur! « Je ne pouvais me lasser, ô mon Dieu! s'écrie saint Augustin , de considérer la profondeur de vos conseils dans ce que vous avez fait pour le salut des hommes, et la vue de ces merveilles remplissait mon cœur d'une douceur incroyable. Combien le chant des hymnes et des psaumes qu'on chantait dans votre Église me faisait-il répandre de larmes, et combien étais-je vivement touché d'entendre retentir vos louanges dans la bouche des fidèles! car à mesure que ces paroles toutes divines frappaient mes oreilles, les vérités qu'elles expriment s'insinuaient dans mon cœur, et l'ardeur des sentiments de piété qu'elles y excitaient faisait couler de mes yeux une grande abondance de larmes, mais de larmes délicieuses, et qui faisaient alors le plus grand plaisir de ma vie '. »

El pour citer un homme bien différent, nous dirons (ju'on se rappelle encore avoir vu plus d'une fois Jean- Jacques Rousseau assister aux Vêpres de Saint -Sulpice pour y éprouver ce divin enthousiasme dont une âme sensible ne saurait se défendre, quand elle prend part avec quelque recueillement aux sublimes mélodies qui , jointes à l'accord d'un peuple immense et à la décence des rites sacrés, prenaient dans cette superbe église un degré d'intérêt capable d'élever la piété jusqu'aux cieux, et d'attendrir le cœur même d'un sceptique. I.e simple récitatif de nos prières faisait sur cet homme une telle impression, qu'il ne pouvait l'entendre sans être Iriuché jusqu'aux larmes.

« Un jour, dit Bernardin de Saint-Pierre, étant allé avec Rousseau promener au Mont-Valérien, quand

' r.onf. lih. IX, c. 0.

nous fiimes parvenus au sommet de la montagne, nous formâmes le projet de demander à dîner aux ermites qui en ont fait leur demeure. Nous arrivâmes chez eux un peu avant qu'ils se missent à table , et pendant qu'ils étaient à Téglise, J.-J. Rousseau me proposa d'y entrer et d'y faire notre prière. Les ermites récitaient alors les Litanies de la Providence, qui sont fort belles. Après que nous eûmes fait notre prière dans une petite chapelle, et que les ermites se furent acheminés à leur réfectoire, Jean-Jacques me dit avec attendrissement : « Maintenant j éprouve ce qui est dit dans l'Évangile : Quand j)Iusieur5 d'entre vous seront rassemblés en mon nom , je me trouverai au milieu d'eux. Il y a ici un sentiment de paix et de bonheur qui pénètre l'àme*. »

PRIERE

0 mon Dieu 1 qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir établi tant de moyens de me parler au cœur; ne permettez pas que je sois insensible à votre voix.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /e chanterai de cœur aussi bien que de bouche les louanges de Dieu,

' Éludes de la Nature, t. m, p. 306.

XP LEÇON.

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Nature du sacriOce. — Sa nécessité. — Sacrifices anciens. — Sacrifice du Calvaire. — Sacrifice sringlaiit. — Il réunit en les accomplissant tous les sacrifices anciens. — La Messe est un vrai sacrifice, le même que celui du Calvaire. — La Messe est nécessaire.

S'il était utile d'expliquer roffice canonial dont les Fidèles ne récitent qu'une partie et seulement une fois chaque semaine, il est nécessaire d'exposer en détail Tacte sublime qui s'accomplit chaque jour sur nos autels, et auquel tous les Chrétiens sont rigoureusement obligés d'assister les Dimanches et les fôtes : cet acte divin, c'est la Messe, c'est le sacrifice catholique.

Qu'est-ce que le sacrifice en général? Le sacrifice est-il indispensable dans la Religion? La Messe est-elle un vrai sacrifice? La blesse est-elle nécessaire? Telles sont les questions préliminaires auxquelles nous avons à répondre.

Et d'abord, qu'est-ce que le sacrifice? Ze sacrifice, c'est V offrande faite à Dieu d'une chose quon détruit en soji honneur pour reconnaitre son souverain domaine sur toutes les créatures \ Le sacrifice est plus qu'une simple offrande : ce cpii le constitue essentiellement, c'est le changement ou la destruction de la chose offerte ; condition indispensable (|ui se trouve môme dans le sacrifice non sanglant, comme nous le verrons bientôt.

' Oblalio facla Dec per Immut.ilioncm allrnjus rci, in sicnum supreml donainii, ex U-('/Utma instiiulionc. S. l.if;. Iltrolorj. moral, in compend. rcdacl. l. M, c. fi.

La définition du sacrifice donne la réponse à notre seconde question, savoir : Le sacrifice est-il indispensable dans la Religion?

Dès que vous admettez un Dieu créateur, conservateur de toutes choses, principe de tous les biens naturels et surnaturels dont jouit la créature, vous êtes obligé d'admettre que la créature lui doit 1 hommage de tout ce qu'elle est et de tout ce qu'elle a. Bien plus, Dieu lui-même ne peut dispenser la créature de ce devoir, parce qu'il ne peut pas se dispenser lui-même de faire tout pour sa gloire, étant la fin de toutes ses œuvres aussi bien qu'il en est le principe. Prétendre le contraire serait admettre que Dieu peut agir pour un autre que pour lui, c'est-à-dire pour une fin indigne de lui ; ce serait lui ôter la sagesse, ce serait détruire la notion de son être, ce serait le nier.

Et maintenant, le seul vrai moyen de reconnaître et d'honorer le souverain domaine de Dieu, non-seulement sur la vie et la mort, mais sur l'être même, c'est le sacrifice. En effet, Dieu seul est auteur de tout l'être : pour honorer son souverain domaine sur l'être créé, il faut la consomption et la destruction entière de cet être. Si dans le sacrifice tout n'est pas détruit et consumé par la mort des hosties et des victimes, cela vient de l'imperfection du culte humain et de l'impuissance de rhomme qui ne peut faire davantage. La mort n'est donc là proprement qu'une représentation de cette entière destruction de l'être, qui devrait se faire dans le sacrifice, en hommage à l'Etre divin et à son domaine sur tout l'être créé.

Il suit de là que tout sacrifice demande bien la destruction, mais non pas la mort de la victime, la mort

n'élanl qu'une des manières dont les choses peuvent être détruites, ou qui représentent la destruction des choses; car la destruction des choses offertes à Dieu en sacrifice sous la loi de Moïse se faisait de différentes manières. Par exemple, les pains de proposition étaient détruits par la manducation et consumés par le feu naturel de l'estomac; Tagneau pascal Tétait par la mort; d'autres victimes, par le feu.

Le sacrifice est donc l'acte essentiel, indispensable de la Religion. 11 est aussi impossible de concevoir une religion sans sacrifice que de concevoir Dieu sans domaine sur ses créatures, et les créatures sans obligation de rendre hommage à Dieu. Dans Tétat d'innocence conservée, il y aurait eu des sacrifices, puisqu'il y aurait eu une religion; mais il n'y aurait point eu de sacrifices sanglants, puisque la mort n'est entrée dans le monde que par le péché, suivant le langage deTapôtre saint Paul '.

Depuis le péché, le sacrifice est devenu sanglant, et il a du rétre. Le souvenir de la faute originelle resta profondément gravé dans la mémoire de l'homme ; il sentit qu'il avait besoin d'expiation. « Les dieux sont bons, et nous tenons d'eux tous les biens dont nous jouissons; nous leur devons la louange et l'action de grâces; mais les dieux sont justes et nous sommes coupables : il faut les apaiser; il faut expier nos crimes, et, pour y parvenir, le moyen le plus puissant, c'est le sacrifice. » Telle fut la croyance antique, et telle est encore, sous différentes formes, celle de tout Tunivers.

' \ oyez, sur loulcs ce» notion», rexcellcnt ouvrage du P. de Condren, V/d^e fin Sam flore n du Sacrifice (te Jésus-Clirisl, p. û8. \oycz aussi S Thomas, p. 1, q. ?j5, art. j.

Les hommes primitifs dont le genre humain reçut ses connaissances fondamentales se crurent coupables : les institutions générales furent toutes fondées sur ce dogme. En sorte que les hommes de tous les siècles n'ont cessé d'avouer la dégradation primitive et universelle, et de dire comme nous, quoique d'une manière moins explicite : Nos mères nous ont conçus dans le crime; car il n'v a pas un dogme chrétien qui n'ait sa racine dans la nature intime de T homme et dans une tradition aussi ancienne que le genre humain.

Persuadé qu'il était coupable, qu'il avait mérité la mort, et qu'il lui fallait une expiation, l'homme égorgea des victimes : Dieu lui-même lui avait appris le mérite des sacrifices sanglants. En efTet , comment Ihomme aurait-il pu imaginer qu'un animal immolé à sa place l'exemptait de la mort, et (jue Dieu acceptait celte substitution ? Si elle n'était révélée, cette idée serait la plus étrange et même la plus absurde qu'on puisse concevoir. Mais en enseignant à l'homme le sacrifice sanglant, Dieu lui dit : Tu es coupable, tu mérites la mort; je veux que tu le reconnaisses. Tu immoleras donc des victimes, et tu avoueras par là que c'est toi qui devrais être immolé ; à la place de ton sang, j'accepterai le leur, je t'exempterai de la mort que lu mérites, et le pardonnerai les crimes qui t'en ont rendu digne. »

Et pour que l'homme n'oubliât pas que c'est lui qui devrait être la victime, Dieu voulut qu'on choisît pour le sacrifice les animaux les plus précieux par leur utilité, les plus doux, les plus innocents, les plus en rapport avec l'homme par leur instinct et par leurs habitudes. Ne pouvant ^nfin immoler l'homme pour sauver

riiomme, oq choisissait dans Tespèce animale les victimes les plus humaines^ s'il est permis de s'exprimer ainsi, et toujours la victime était brûlée en tout ou en partie, pour attester que la peine naturelle du crime est le feu, et que la chair substituée était brûlée à la place de la chair coupable^

Les Païens ne s'en tinrent pas là : ils conclurent que plus la victime serait importante, plus le sacrifice serait ellicace. Cette croyance, juste dans ses racines, mais €orrompue par le démon, enfanta de toutes parts l'horrible superstition des sacrifices humains. Ils en vinrent au point de croire qu'on ne pouvait plus supplier pour une tète (\\\ àu. prix d'une téte^. Voilà ce qui se passait universellement dans l'ancien Paganisme. Lorsque nous arrivâmes en Amérique à la fin du quinzième siècle, nous y trouvâmes cette môme croyance, mais bien autrement féroce. Il fallait amener aux prêtres mexicains jusqu'à vingt mille victimes par an ; et pour se les procurer il fallait déclarer la guerre à quelque peuple : mais au besoin les Mexicains sacrifiaient leurs propres enfants. Le sacrificateur ouvrait la poitrine des victimes et se hâtait d'en arracher le cœur tout vivant. Le grand-prétre en exprimait le sang, qu'il faisait couler sur la bouche de lidole, et tous les prêtres mangeaient la chair des victimes *.

Vous comprenez bien que, loin d'être agréables à Dieu, ces sacrilices païens étaient d'horribles attentats <iui provoquaient sa juste colère. Les sacrificesdes Juifs étaient innocents, il est vrai ; jnais ils étaient par eux-

' ÉclaircUs. «ur les $acnf. par M. de Maislrc, p. 306. ' Marrob. Sntur. 1, 7.

' ÉdairciM. p. 413.

mêmes absolument inefficaces. Et quelle proportion, je vous prie, entre un Dieu irrité et le sang d'un bouc? Une injure qui s'adresse à l'Etre infiniment parfait est par cela même infinie; il faut, pour égaler la réparation à Toffense, une expiation d'un prix infini. Or, cette expiation, vous la chercheriez vainement dans les sacrifices anciens. Si Dieu daignait les agréer, ce n'était point à raison de leur valeur intrinsèque, mais comme images d'un sacrifice digne de lui, c'est-à-dire d'un mérite et d'une valeur infinis. Mais un sacrifice d'un mérite infini suppose une victime d'un prix infini : Dieu seul est infini ; la seule victime digne de Dieu , capable de proportionner Texpiation à l'ofiénse, c'est donc Dieu lui-même.

Oui , un Dieu , victime d'un Dieu , immolé pour l'homme, tel est le grand, le profond mystère que la raison humaine soupçonnait, dont elle appelait l'accomplissement et dont elle figurait l'efficacité toutepuissante par une multitude de sacrifices impuissants. Dieu ne laissa point ignorer au genre humain que toute cette multitude de sacrifices ne pouvaient satisfaire à sa justice, et qu'un jour ils seraient remplacés par un sacrifice unique et uniquement digne de lui. Voici ce qu'il disait aux Juifs par la bouche de Malachie, cincj cents ans avant l'immolation de la grande victime : Je ne veux plus de vous, et je ne recevrai plus cV offrande de votre main; voici que depuis le lever du soleil jusqu'au couchant y mon nom est grand parmi les nations; en tous lieux une victime pure est offerte et sacrifiée à la gloire de mon nom, paire que mon nom est grand parmi les nations ' .

' ilalacb. Il, 11.

Le Seigneur cependant voulut bien dissimuler et attendre pendant quarante siècles ; mais enfin l'heure de la grande expiation sonna à l'horloge de l'éternité. Et voici que, dans la plénitude des temps, l'Agneau de Dieu, l'auguste et sainte victime attendue par le Ciel et la terre avec tant d'impatience, descendit sur la terre. Immolations, hosties paciliques, holocaustes, sacrifices de tout genre, ombres vaines, disparaissez : voici la réalité qui vient. Le genre humain n'a plus besoin de vous : un sacrifice unique va vous remplacer ; seul il satisfera à toutes les exigences du Créateur, à tous les besoins de la créature. Entendez le Fils de Dieu, le Prêtre catholique du Père', qui, en entrant dans le monde, annonce la fin de votre règne : 0 mon Père! dit-il^ vous navez point voulu des hosties ni des oblations^ mais vous m'avez formé un corps : vous n'avez point agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché, alors j'ai dit : Voici que je viens pour accomplir votre volonté : je le veux, et votre volonté est une loi écrite en tête du livre de ma vie et gravée au milieu de mon cœur^.

Et la sainte victime a été immolée, et nous connaissons le lieu , le jour, Theure et l'edicacité de son sacrifice. L'autel fut à Jérusalem, mais le sang de la victime baigna V univers^. A la vue de ce sang. Dieu et l'homme, le Ciel et la terre, les anges et toutes les créatures tressaillirent en quelque sorte de douleur et de joie. Ce sang fut utile à tous : à Dieu il rendit la gloire, à l'homme la paix; car il a plu à Dieu de réconcilier toutes choses par celui qui est le principe de la vie et le premier-né d'entre les morts, ayant pacifié par le sang qu'il a répandu sur

• Saccrdos Pal ris calijolicus. TrrtuU.

» Hebr. x, 5. — ' Ori|;. Ilomil. 1, in Lccit. ii. 3.

la croix tant ce qui est en la terre que ce qui est au CieV .

Par les paroles que le Fils de Dieu adresse à son Père, il est clair que le sacrifice du Sauveur a été substitué à tous les sacrifices anciens , et qu'il en renferme toutes les propriétés. En effet, ces sacrifices étaient de quatre sortes : \" V holocauste, dans lequel on brûlait la victime tout entière : la fin principale de ce sacrifice était d'honorer Dieu dans sa sainteté infinie, dans son souverain domaine et dans la plénitude de toutes ses perfections; 2" le sacrifice pacifique : il était offert à Dieu en actions de grâces de ses bienfaits et pour lui rendre hommage de ses dons; S"* le sacrifice de propitiation : il était offert pour rendre à la justice de Dieu la satisfaction qui lui est due, à cause de nos péchés, et pour nous le rendre propice; 4"" le sacrifice impétratoire : il s'ofiVait à Dieu pour obtenir de sa libéralité les grâces et les bienfaits nécessaires à la vie spirituelle et corporelle, temporelle et éternelle. Quoique ce sacrifice semble regarder simplement rintérét de la créature , il est cependant un hommage que nous rendons à Dieu , un aveu de notre dépendance et de T indigence où nous sommes de son secours, en le reconnaissant pour la source et la cause de tous biens.

Il ne faut pas oublier que, dans tous ces sacrifices, les prêtres et le peuple devaient participer à la victime en en mangeant une partie; celte manducalion était si essentielle que, dans l'holocauste, où la victime était consumée tout entière, le peuple ne laissait pas d'y participer en quelque sorte en mangeant dune autre hostie qu on offrait avec l'holocauste. .Telle était la grande loi et l'indispensable condition du sacrifice, loi révélée dès

• Colosi. 1, 20; EpUc5. i, 10; Hebr. i\, 23.

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