VII
178 CATKCHISMR
l'origine des temps, condition imposée par Dieu luimême, puisque, chose très-remarquable! cette participation à la victime avait lieu chez tous les peuples.
«Par toute la terre, dit Pélisson, on mangeait la chair des victimes. Dans toutes les nations , le sacrifice qui finissait par là était regardé comme un festin solennel de rhomme avec Dieu : d'où vient que Ton trouve si sou\ ent dans les anciens poètes païens le festin de Jupiter, les viandes de Neptune, pour signifier les victimes^ dont on mangeait après les avoir immolées à ces fausses^ divinités ; et s'il y avait parmi les Juifs des holocaustes, c'est-à-dire des sacrifices où la victime était entièrement bridée en Thonneur de Dieu , on les accompagnait de lotTrande d'un gâteau , afin qu'en ces sacrifices mêmes il y eût à manger pour Thomme'. »
On communie avec la Divinité par l'entremise des substances qui lui sont immolées : telle fut la loi du monde entier avant la naissance du Sauveur. Nous le répétons, la communion faisait partie du sacrifice, elle en était le complément et le lien de l'unité religieuse. Celte idée universelle était vraie et prophétique. Vraie. elle venait d'une révélation primitive; prophétique, elle annonçait une autre communion, comme les sacrifices» anciens annonçaient un autre sacrifice.
Ce sacrifice est celui du Calvaire. Il est temps de montrer qu'il répond parfaitement aux sacrifices anciens et (|u il les accom[)lit tous, i" Le sacrifice du Calvaire est holocaustique ou latreutique; car il est tout consacré et tout olVert à Dieu, pour qui la victime est immolée tout entière; ^" il est pacifif/ue ou d'actions de grAces, puisqu il est offert pour remercier Dieu de ses bienfaits, et
• Traité de l'Kin liar. p. 182, I»ari«, 1094.
pour lui rendre hommage de ses dons ; 3" il est propitiatoire, puisqu'il a été offert pour expier les péchés du monde et pour satisfaire à la justice divine; 4° il est impéiraioire , puisqu'il a été offert pour mériter et obtenir à tous les hommes les grâces et les biens nécessaires à la vie du corps et de Fàme, du temps et de l'éternité ; il accomplit et remplace tous les sacrifices anciens, puisqu'il est d un prix infini : telle est la doctrine de l'Église catholique'.
Comme tous les sacrifices anciens, le sacrifice de la nouvelle alliance doit être accompagné d'une communion à la victime sainte; et comme ce sacrifice est celui de tous les temps, de tous les pays jusqu'à la fin du monde, il faut que la communion à la victime qui y est offerte soit possible à toutes les générations qui viendront sur la terre jusqu'à la consommation des siècles. Et voilà qu'il est entré dans les incompréhensibles desseins de l'amour tout-puissant de perpétuer jusqu'à la fin du monde, et par des moyens bien au-dessus de notre laible intelligence, ce même sacrifice du Calvaire, malérialement offert une seule fuis jxjur le salut du genre humain. Par une immense bonté, attaquant une immense dégradation, la chair divinisée et perpétuellement immolée de la victime du Calvaire est présentée à l'homme sous la forme extérieure de sa nourriture privilégiée; et celui qui refusera d' en mamjer ne vivra point-.
Et comme la parole, qui n'est dans l'ordre matériel qu'une suite d'ondulations circulaires excitées dans l'air, semblables à celles que nous apercevons sur la surface de l'eau frappée dans un point ; comme cette
« r.onc. Trid. Se«8. x\ii, c. 2 et c 3. * Joan. VI, 54,
480 CATÉCHISMl':
parole, d s-je, arrive cepondaut dans sa raystéricuse intégrité à toute oreille touchée dans tout point du fluide agité, de même Tessence corporelle de celui qui s'appelle parole, rayonnant du centre de' la toute-puissance, qui est partout, entre tout entière dans chaque bouche, et se multiplie à Tinfini sans se diviser. Plus rapide que l'éclair, plus actif (jue la foudre, le sang théandrique pénètre les entrailles coupables pour en dévorer les souillures'. Par une véritable allinité divine, il s'empare des éléments de Ihomme, et les transforme sans les détruire^. C'est ainsi que, depuis la venue du Rédempteur, l'homme communie à Dieu, non plus d'une manière figurative, mais d'une manière réelle et substantielle ; et il en sera de même tant qu'il y aura des hommes à sanctifier.
Or, la continuation du sacrifice de la Croix, qui met rhonime en état de participer par la manducation à la grande victime du Calvaire, c'est le sacrifice de l'autel. De là sort d'elle-même la réponse à notre troisième question : La Messe est-elle un vrai sacrifice?
Oui, la Messe est un vrai sacrifice. En effet, la Messe, ou le Sacrifice de l'autel, est le même que celui delà Croix. A l'autel et au Calvaire, je vois la même victime, le même Prêtre, les mêmes fins : la seule différence est dans la manière dont le sacrifice est offert ; sanglante au Calvaire, elle est non sanglante à l'auteP ; là, coupable; ici, innocente; là, les bourreaux; ici, le Prêtre.
■ AiltiJTcat Nisccribus mcis... lit iii me uon remaneal sccleruin macula. I.ilurg. de In Sfcsfc.
* Ëclairci&seinciUs sur le5 sacrifices.
i l'na cnim eadcmquc est hoslia, idem iiunc ofTcrcns saccrdolis miiiisterio, qui »€lp>um lune iii cruce oblullt, »ola offercndi ralioue divcrsa. Conc. Tiid, .scu. \xii, cip. 2.
D'abord, à Tautel et au Calvaire, c'est la inéme victime, notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'offre et s'immole sous les espèces du pain et du vin.
C'est le même Prêlre. Au Calvaire, notre Seigneur s'immola lui-même : C'est moi-même qui donne inaviCy nous dit-il, ce nest pas un autre qui me Vote malgré moi ; cest moi qui la sacrifie de mon plein gré\' de même à l'autel. Le Prêtre mortel n'est que le ministre du Prêtre éternel; il n'agit que par son ordre et par délégation, suivant cette parole : Faites ceci en mémoire de moi. Pour montrer encore mieux que le Prêtre n'agit qu'au nom de Jésus-Christ, il ne dit pas : Ceci est le corps de Jésus-Christ^ mais : Ceci est mon corps. Le Prêtre secondaire s'eiface et disparaît pour laisser le Prêtre principal convertir la substance du pain et du vin en la substance de son corps et de son sang.
A Tautel et au Calvaire, Vobjet du sacrifice est le même Dieu est le seul à qui il est offert. C'est pour la gloire de Dieu, pour reconnaître parfaitement son souverain domaine, en lui présentant une Victime égale à lui, qu'eut lieu le Sacrifice du Calvaire : il en est de même du Sacrifice de l'autel. Jamais l'Église catholi(iue n'offre la Messe à un Saint, à un Ange, pas même à Tauguste Marie. Le Sacrifice étant l'acte du culte suprême, il ne peut sans idolâtrie être offert à aucune créature; et les hérétiques, qui osent accuser TKglise de le faire, la calomnient.
Il va quinze cents ans que saint Augustin leur a répondu: aNous ne Wtissons point de tem[)los,nous n'ordonnons point de Prêtres, nous n'instituons point de sacrifices pour les martyrs; car ils ne sont pas nos dieux ;
Joan. X, 18.
c'est leur Dieu qui est notre Dieu. Il est vrai que nous honorons leurs tombeaux comme ceux de bons serviteurs de Dieu qui ont combattu pour la vérité jusqu'à la mort, et répandu leur sang pour propager la vraie Religion et vaincre Terreur; mais qui a jamais entendu un Prêtre catholique, debout devant Tautel consacré à Dieu sur le corps d'un martyr, dire dans ses prières : Pierre, Paul ou Cyprien, je vous offre ce sacritice? Lorsqu'on l'offre sur leurs monuments, on l'offre à Dieu , qui les a faits hommes et martyrs, et qui les a associés à ses Anges. Que si ces solennités ont été instituées sur leurs sépulcres, c'est afin de rendre grâces au vrai Dieu de la victoire qu'ils ont remportée, et que cela nous excite à nous rendre dignes, en imitant leur courage, d'avoir part à leurs couronnes et à leurs récompenses. Tous les actes de religion et de piété qui se pratiquent aux tombeaux des saints martyrs sont donc des honneurs qu'on rend à leur mémoire, et non des sacrifices qu'on leur offre comme à des dieux. En un mot, quiconque connaît l'unique Sacrifice des Chrétiens qui s'offre à Dieu sur ces tombeaux , sait aussi qu'on n'y sacrifie point aux martyrs'. »
Le Sacrifice de l'autel est offert pour les mêmes fins que celui du Calvaire, c'est-à-dire pour adorer Dieu, pour le remercier, pour lui demander ses grâces et pour expier nos péchés : telle est encore la foi de l'Eglise universelle ; telle est aussi la parole de notre Seigneur : Faites ceci en mémoire de moi, c'est-à-dire offiez, couïme je viens d'offrir, la même victime ^u même Dieu et pour les mêmes fins^ Le Sacrifice de la Messe est donc le même (jue celui du (Calvaire : la seule manière de
' Cllé de Dieu, liv. \im, c. 27. — ' Conc. Trid. Se«8. xxii, c 1, etc.
l'offrir-est différente'. Que dis-je! au Sacrifice de la Messe le Sauveur renouvelle non-seuleraenl les mystères de sa mort, mais encore ceux de sa résurrection et de sa vie glorieuse.
\° Il y renouvelle les mystères de sa mort. En changeant le pain en son corps, notre Seigneur offre ce corps adorable comme il Ta offert sur la croix ; TEucliaristie renferme sa Passion^. Nous n'annonçons sa mort en le mangeant, suivant l'expression de saint Paul, que parce qu'il offre sur nos autels sa mort précieuse^; et il est vrai de dire , avec saint Cyprien , que le Sacrifice que nous offrons est la Passion même du Sauveur *. Tout l'appareil extérieur du Calvaire qui manque à l'autel n'avait rien de commun avec le sacrificateur; l'essentiel du Sacrifice de la Croix consistait en l'oblation que Jésus-Christ fit de son corps : la même chose a lieu sur l'autel.
2" Il y renouvelle les mystères de sa résurrection et de sa vie glorieuse. A l'autel, le Sauveur s'oflVe comme à sa résurrection , puisqu'il y offre son corps immortel et glorieux; il s'y offre comme à son ascension, puisqu'il y monte encore de Tautel de la terre au sublime autel du Ciel, suivant les paroles du canon, pour y aller résider et intercéder en notre faveur, offrant ainsi toujours une même hostie. C'est pour cela que nous disons à la Messe que nous offions ce Sacrifice pour renouveler la mémoire de la Passion , de la résurrection et de l'ascension de notre Seigneur Jésus-Christ. Voilà donc à la Messe la réunion de tous les mystères qui ont été
• CoMC. Trid. Scs$. xxii.
> Cœnam suain dédit, I*as«iuncm suam dcdit. Aug. i" Psal. xxi. ^ Cor. XI , 26. — ' i'aMÏo c»l ciiiiu Doiuiui ft.icxiiîciuffl quod oflerimus. Episi, LXiii ad drciU
les diverses parties, ou la continuation , ou le fruit du sacrifice du Sauveur, et Taccomplissement littéral de cette prophétie de David : Eti donnant sa nourriture à ceux qui le craignent, il a renouvelé la mémoire de toutes ses merveilles * .
Ces explications répondent d'avance à notre quatrième question : La Messe est-elle nécessaire ?
Oui , la Messe est nécessaire dans le plan chrétien de notre sanctification. Il est vrai , le sacrifice du Calvaire a pleinement satisfait à Dieu pour tous nos péchés , il a pleinement acquitté toutes nos dettes, car il est d'un prix infini : il suffit, et au delà, pour sanctifier mille mondes, fussent-ils mille fois plus coupables que le nôtre. Tout cela est vrai , et néanmoins la Messe est nécessaire ; car il faut que le sacrifice du Calvaire se consomme en nous, il faut qu'il nous soit appliqué, identifié par la communion à la grande Victime. Or, celte divine victime ne pouvait être mangée par les fidèles sur le Calvaire. Voilà ce qui manquait à l'autel de la croix , et c'est à l'autel de l'Église que cette manducation s'accomplit par la communion. La môme victime est offerte sur le Calvaire et sur nos autels ; mais au Calvaire elle n'est qu'oiïerte , ici elle est offerte et distribuée, suivant l'expression de saint Augustin^. « C'est à l'autel, ajoute saint Ambroise, que s'accomplit la perfection du sacrifice de la croix, car Jésus-Christ nous y nourrit réellement tous les jours du sacrement de sa Passion \ »
Ainsi , par le sacrifice de la croix , Jésus-Christ paya
• Psal ex. — ' r.onf. Ilb. i\, c. 12 et 13.
■ Signlficans Passionem Domlni Jcsu , cnjus quotidic vcscimur sacramcnto. In rsal.
le prix de notre rançon , et par celui de Tautel il nous applique le fruit de ce payement. Il suit de là que le sacrifice de la grande victime commencé sur le Calvaire ne se termina pas alors, mais commença pour durer aux siècles des siècles'. II faut que toutes les générations venant en ce monde trouvent le divin banquet préparé, et qu'elles puissent se sanctifier, se diviniser, se christianiser, s'il m'est permis de le dire^ en s'incorporant le sang et la chair du Christ , victime unique , éternelle, catholique , du ciel et de la terre. La Messe est donc absolument nécessaire dans le plan chrétien de notre sanctification.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir institué le Sacrifice de nos autels pour perpétuer le sacrifice du Calvaire et nous en appliquer le fruit ; faites-moi la grâce d'assister toujours à la sainte Messe avec les dispositions nécessaires pour en profiter.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pouil'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, /assisterai au Sacrifice de V autel comme f aurais assisté au sacrifice du Calvaire.
' s. LIg. Selva, y. ii, p. 197.
Xir LEÇON.
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Excellence du sacrifice de la Messe, — Trait historique. — Le Prêtre. — Ses pr(*parations. — Ses vêlements. — Amict. — Aube. — Cingulon. — Manipule. — Élole. — Chasuble. — Étole du Diacre. — Dalmatique. — Tunique du Sous-Diacre. — Surplis. — Chape. — lUchesse des ornements.
I. Excellence da saint Sacrifice de la Messe. — Mêliez ensemble les mériles de Taugusle Marie, les adorations des Anges, les travaux des Apôtres, les souffrances des martyrs, les austérités des anachorètes, la pureté des vierges, les vertus des confesseurs, en un mot, les bonnes œuvres de tous les Saints qui ont été, qui sont et qui seront depuis le commencement du monde jusqu'à la consommation des siècles ; joignez-y, par la pensée , les mérites des Saints de mille mondes plus parfaits que le nôtre : il est de foi que vous n'aurez pas la valeur d'une seule Messe. La raison en est facile à comprendre; tous les honneurs que les créatures peuvent rendre à Dieu sont des honneurs finis, tandis que l'honneur qui revient à Dieu du sacrifice de nos autels , lui étant rendu par une personne divine, est un honneur infini '. Telle est donc Texcellence de l'auguste sacrifice de nos autels considéré en lui-même.
Il n'est pas moins grand si vous le considérez dans ses effets : c'est la conséquence de ce cpie nous venons de dire. De toutes les œuvres, il n'en est point de plus chère à Dieu que la sainte Messe, il n'en est point (jui
Conc. Trid. Se»», xxii.
puisse aussi efficacement désarmer sa colère , point qui porte un coup aussi terrible aux puissances de Tenfer, point qui procure une aussi grande abondance de grâces à 1 homme voyageur, point qui obtienne d aussi grands soulagements aux âmes du Pur^^atoire. De là ces magnifiques mais justes expressions des Pères de l'Église et des saints Docteurs. « La Messe, dit saint Oilon , abbé de Glu ni , est l'œuvre à laquelle est attaclié le salut du monde', k « C'est à la messe, ajoute Timothée de Jésusalem , que la terre doit sa conservation; sans elle, il y a longtemps que les péchés des hommes l'auraient anéantie^. » « Chaque fois qu'il s'immole sur Tautel , continue saint Bonaventure , notre Sei^rneur ne fait pas au genre humain une moindre faveur que celle qu'il lui accorda en se faisant homme ^. » a Le sacrilice de Tautel , dit saint Thomas , n'étant que l'application et le renouvellement du sacrifice de la croix, une Messe est pour le bien et le salut des hommes aussi ellicace que le sacrifice du Calvaire*. » De là cette magnili(|ue conséquence tirée par saint Chrysostome : « Une Messe vaut autant que le sacrilice de la croix ^. »
Et maintenant supposons qu un sauvage, sorti du fond des déserts, arrive tout à coup dans une de nos villes chrétiennes, et qu'on lui dise : Il y a parmi nous
' In hoc mystcrio salus muiuli iota coiisislit. Opusc. 2, c. 28.
' l'er quam lerrarum orbis coiisislit. Oral, de Vropli.
^ Nom minus videtur faccre Dcus in hoc, quod qiiolidic dinnatur dosccndere super altare, quam cum naluram humani generis nssuropsit. De hatit, p. I, c. 11.
* In qualihct Mlssa Invcnitur omnis frurlus qiiem Cliristiis operaUis «si in cruce. Quidquid est ciïecUis dominiez Passionis, est efTcctus liujus sacriHcli. In cap. VI Isa {{T.
■' Tantum valet cdchratio Mifs.T (luaniiim \alt t mors Cliristi in cruce. Apud. Discip. Scrm. 48.
488 CATr^CllISME
UQ sacrifice dans lequel, h la voix triin Prêtre, le Ciel i?'ouvre, le Fils du grand Esprit descend sur un autel, s'immole entre les mains du sacrificateur, et nous donne sa chair à manger et son sang à boire, afin de nous faire vivre de sa vie et de faire de nous des dieux. Quelles pensez-vous que seraient les pensées de ce pauvre sauvage? quel son respect pour un si auguste Sacrifice? quel son désir d'y prendre part? quelles sa préparation, sa frayeur religieuse avant d'y participer? quel son attendrissement en y participant? quelles sa reconnaissance et sa joie après y avoir participé?
Or, tous ces sentiments, nous devons, oui, nous devons les éprouver. Que dis-jel ils doivent être en nous d'autant plus parfaits que nous sommes plus riches de lumières et de grâces. Cependant, que chacun de nous mette ici la main sur sa conscience, et qu'il dise s'il ne doit pas envier la foi et les dispositions du sauvage ignorcJnt dont nous venons de parler. IhUons-nous de changer; autrement, quelles excuses aurons-nous à présenter au souverain Juge? quelle réponse à ce reproche trop bien mérité : Malheur à toi, BetJisaïde, malheur à toi, Corozaïn^ car si les miracles que j'ai opérés devant tes yeux eussent été faits en faveur de Sodome et de Gomorrhe, c'est-à-dire des peuples les plus sauvages et les plus corrompus, ils auraient fait pénitence dans la cendre et le cilice ' /
Pour détourner de nous cet anathème, nous avons deux devoirs à remplir, dont le premi^T consiste à assister fidèlement à la Messe, nous rappelant ce proverbe confirmé mille fois par l'expérience : La Messe ne retarde pas plus que iaumdne 71 appauvrit. A ce sujet
' Luc. X, 13.
DE PERSEN ERANCli:. !89
nous iisons dans la vie de saint Jean l'aumônier Thistoire suivante : Deux ouvriers du même métier habitaient la même ville ; l'un était chargé d'une nombreuse famille; l'autre était seul avec sa femme : le premier se faisait un devoir d'assister chaque matin à la messe, oîj il recommandait avec ferveur et ses besoins spirituels et ses besoins temporels; l'autre, au contraire, pour ne pas perdre un instant de travail , ne paraissait jamais à léglise pendant la semaine : souvent même il manquait la messe le dimanche, sous prétexte que Touvrage pressait. Cependant le premier prospérait, tandis que le second restait dans l'indigence. D'où \ient, dit un jour celui-ci à son compagnon, que tu réussis en tout, et que plus je travaille, moins j'avance. — Demain tu n'as qu à venir avec moi , et je le conduirai dans le lieu oii je trouve tant à gagnei*. De bon malin il était à la porte de son voisin en disant : Me voilà. — Eh bien ! partons ; et son voisin le conduisit à l église, et, après avoir entendu la messe, il lui dit d'aller travailler. Le lendemain il tit la même chose ; enfin le troisième jour cet homme dit à son pieux voisin : H est inutile de me conduire de nouveau à l'église, j'en connais le chemin; ce que je te demande, c'est que tu me montres le lieu où tu trouves tant à gagner, afin que je puisse profiter de tes indications. — Mon ami , ce lieu, c'est l'église; je n'en sais point de meilleur pour gagner des trésors spirituels et temporels. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Jésus-(]lirist lui-même. Ne connais-tu pas ces paroles de l'Kvangile : Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît; et n'est-ce pas à la messe que notre Seigneur, qui est le maître de tout, ouvre ses
trésors? A ce discours le pauvre ouvrier resta fort étonné; cependant, la foi se réveillant dans son cœur, il suivit l'exemple de son ami. Chaque matin il venait à la messe, et après avoir exposé ses besoins au Père céleste, il s'en allait à Touvrage : Dieu le bénit et bientôt il vit ses affaires prospérer au delà de ses espérances.
Le second devoir que nous avons à remplir , c'est d apporter désormais à l'auguste Sacrifice les dispositions que demandent et le Prêtre qui l'offre, et la victime qui est offerte et à laquelle nous devons participer ' . Dans cette vue, recueillons soigneusement les précieuses instructions , les pieux sentiments dont l'Église nous offre une source abondante dans tout ce qui précède ou accompagne la célébration de nos augustes mystères.
il. Préparation du Prêtre. — Prenez d'abord le Prêtre qui en est le ministre, et voyez avec quel soin on le prépare à cet emploi tout divin ; considérez cet homme devenu supérieur en puissance aux Anges mêmes : VKglise Ta tiré de la masse commune pour Télever à des fonctions qui font trembler les esprits célestes; elle Ta séparé, elle Ta longtemps éprouvé, elle l'a fait passer par beaucoup de degrés avant qu'il ait pu arriver au sanctuaire. Il a fallu former son cœur, orner son esprit, s'assurer que ses lèvres seraient les fidèles dépositaires de la science, et sa conduite le modèle du troupeau. Le Pontife delà nouvelle alliance, après avoir consulté le Ciel et la terre, après desjeùnes et des supplications réitérées, a fait couler sur lui l'onction divine, l'huile du sacerdoce royal. La parole de Jésus-Christ y est engagée, sa pro-
' \o\iz ce que nous avons dit »ur la manière U'enlendrc la lVlc»»e' dans la seconde panic du r.aiéchlsnic, leçon xlix.
messe est formelle, le Saint-Esprit est descendu sur cet homme, il lui a communiqué ses dons les plus excellente et des pouvoirs surhumains.
Tant de préparations ne suflisent pas; et voilà le ministre sacré qui se lève avant i'aurore pour vaquer à de longues prières. Lorsqu'enfin la cloche, cette trompette de l'Église militante, sonne Theure du Sacrifice, recueilli, pénétré, tremblant à la vue de ses augustes fonctions, le Prêtre s'avance pour offrir la victime qui reconcilie la créature avec son Dieu. Silence au Ciel , silence à la terre! il va négocier les plus grands intérêts du genre humain. Arrivé à la sacristie , le Prêtre se lave les mains en disant : « Seigneur, purifiez mes mains, afin que je puisse, sans souillure d'âme et de corps, accomplir votre saint ministère. » L'usage de se laver las mains avant la prière remonte aux siècles apostoliques, les premiers Chrétiens n'y manquaient jamais. C'est ainsi que dans ses moindres pratiques l'Église a conservé de vénérables traditions.
III. Ornements du Prêtre. — Arrêtons-nous maintenant à considérer les vêtements sacrés dont le Prêtre va se revêtir. Ils sont comme un livre plein d'instruction et de piété, souvent peut-être on Ta ouvert à nos yeux et nous n'y avons rien compris. Les vêlements du Prêtre qui célèbre les saints mystères sont : I" Tamict, 2** Taube, 3" le cingulon, 4" le manipule, 5" l'étole, 6" la chasuble. Si le célébrant est un Évêque, il en ajoato d autres encore que nous expliquerons plus loin.
Dans Tancienne loi , Dieu avait voulu que les Prêtres et les lévites eussent des vêtements particuliers et consacrés lorsqu'ils immolaient les victimes. Héritière des tiadilions antiques, TKglise a voulu que ses ministres
Tussent aussi revêtus d'habits particuliers et sacrés dans l'exercice de leurs augustes fonctions. Le respect du aux choses saintes , et par les Prêtres et par les Fidèles , en fait un devoir. D'ailleurs, les hommes n'ont-ils pas toujours besoin de signes extérieurs et sensibles qui les rappellent intérieurement à la grandeur invisible des mystères? Aussi r usage des habits sacerdotaux remonte jusqu'aux Apôtres'.
« Les vêtements ecclésiastiques dont se servent les Prêtres et les autres ministres pour offrir à Dieu le culte divin avec tout le respect qu'il mérite doivent être propres et consacrés, et, comme tels, nul ne doit en faire usage que les Prêtres et ceux qui sont dédiés au saint ministère '^. » Vous venez d'entendre les paroles de saint l:]lienne, Pape et martyr, qui vivait en 250. « La Religion divine, ajoute saint Jérôme, a un habit pour le ministère de l'autel, et un autre pour l'usage commun. »
Dans le temps des persécutions, les vêtements sacrés étaient nécessairement moins riches; mais quand l'Eglise fut en paix, et qu'elle compta parmi ses enfants les puissants du siècle, elle ne craignit pas de célébrer son culte avec magnificence. Tout ce qu'il y a de grand dans le monde vient de Dieu, et doit être consacré à sa gloire. Lor et l argent m appartiennent , dit le Seigneur^. Et quel plus noble usage en peut-on faire que de les employer au culte de celui qui les a créés et qui nous eu fait don?
' Euseb. lib. viii, c. S.
'■> Epi«l. ad Hilar. royrj aussi TcrtuU. de Monogamia, c. 12; Orig Jlomîl. W in cap. 20 Letit. ; Hicroii. \\b. xirr, Comment, in cap. bh E^cch.; Uona, lib. i, c 2û. yoyej en parllculicr, sur le même sujet, saint Thomas, 3 p. suppl, q. AO. art. 7.
3 Agg. IX.
DK PERSÉVÉRANCE. !! î
Dès l'origine, on eut pour les velemeiiîs sacrés i-i plus f^rand respect. Il n'était point permis aux feinmes de les toucher ; on les gardait avec un soin religieux, dans des lieux consacrés. Le prêtre Rogalien faisait tant de cas de la tunique dont il était revêtu en oiïrant le saint Sacrifice , qu'il la laissa par testament à saint Jcmaie, pour qui il avait une vénération toute particulière '. Etudions maintenant Torigine de ces divers ornements, les changements que la propreté et la commodité y ont introduits, les intentions do l'Eglise en les faisant prendre à ses ministres, et la raison pour laquelle ils sont de diverses couleurs, suivant les fêtes.
i" L'amict ^. L'amict est un voile blanc que le Prêtre pose d'abord sur sa tête, et qu'il rabat ensuite sur son cou et sur ses épaules: il rattache avec deux tresses qui viennent se croiser sur sa poitrtne. Le mot amict vient d'un verbe latin qui signifie couvrir ■\ Ce vêtement fut introduit il y a plus de mille ans pour couvrir le cou que les ecclésiastiques et les laïques porlaient nu jusqu'alors. La longueur des offices, la continuité du chant dans les froides et imi:ienses basiliques du moyen âge demandaient cette précaution. Sa destination nattirelle est donc de conserver la voix de ceux qui doivent chanter les louanges de Dieu , et de rappeler au Prêtre la modestie avec laquelle il doit faire usage de la sienne, et le soin qu'il doit avoir de retrancher, pendant le Sacrifice, toute parole étrangère à cette action (jui doit l'occuper tout entier. Aussi IKvêque, en donnant famict au jeune ordinand, l'avertit qu'il est un signe de la retenue et de la modestie de la voix.
Les fidèles qui assistent à la Messe sont pour ainsi
» Hicron. Epfst. ad Ileliod. Epitaph. Rojat,— ' Amiclu». — Amicire. VII. 4J
dire cosacriûcateurs avec le Prêtre, et obligés jusqu'à un certain point d'y apporter les mêmes dispositions que lui. Ils doivent donc prendre pour eux cet avertissement, et se souvenir qu'une fois en présence des saints autels, toute conversation, toute parole avec la terre leur est interdite.
Comme tout dans le Prêtre doit rappeler Jésus-Christ, le souverain Sacrificateur, l'amict figure le Fils de Dieu, qui, descendu du ciel pour sauver le monde , couvrit sa divinité du voile mystérieux de l'humanité ^ 11 est encore le signe de ce voile d'ignominie dont on couvrit sa face adorable, alors qu'une multitude effrénée, insultant à sa qualité de prophète , banda ses yeux qui voient dans les ténèbres, et disait : Devine, Christ, quel est celui qui t'a frappé ^? Posé sur la tête, l'amict figure le casque du guerrier, et rappelle au Prêtre qu'il est un soldat. En effet, le Prêtre qui se dispose à offrir les saints mystères va livrer un grand combat. Cette dernière signification de l'amict est exprimée dans la prière que le Prêtre récite en le prenant : « Seigneur, mettez sur ma tête le casque du soldat, afin que je puisse résister aux coups du démon.»
T L'aube % ainsi nommée à cause de sa blancheur, remonte à la plus haute antiquité. Le grand-prêtre de la loi s'en révêtait pour le sacrifice; les Païens eux-mêmes faisaient usage de ce vêtement lorsqu'ils immolaient à leurs dieux : c'était un vol fait à la vraie religion. Partout on a compris que, pour s'approcher de la Divinité, il fallait d'autres vêtements que ces habits de peau de bête dont Dieu couvrit l'homme coupable.
» Durandus, c. 2; Dnranlus, lib. ii, c. 9. » Mattb. xwi, ee. — * Alba.
Il est remarquable que les Prêtres, non-seulement chez les Chrétiens, mais chez les Juifs et chez les Païens, ont toujours employé les tuniques de lin dans les fonctions religieuses : c est un fait universel et incontestable'. Quelle en peut être la raison? « G est, répond un philosophe païen, parce que les vêtements faits de la dépouille des animaux ne sont pas assez purs ^ »
Ce que Pythagore entrevoyait, nos auteurs chrétiens nous le disent ouvertement. L homme a toujours eu la conscience de sa chute, il a su que les vêtements faits de la substance des animaux étaient un opprobre, une punition , une livrée de dégradation : il les a quittés pour s'approcher de Dieu, et a témoigné, en prenant d'autres vêtements, du désir qu'il avait de recouvrer sa pureté en revenant à Dieu. En effet, il aurait pu se servir de vêtements de /ame blanche pour ses fonctions religieuses, s'il n'avait voulu marquer que sa disposition de pureté : mais non; il y avait là un souvenir de la souillure primitive, et il a pris des vêtements de lin *. Ces vêtements nouveaux étaient donc Temblème de la
' foye^ Apulée, dans son Apologie; le même, Fables milésiennes , liv. n, Ovide, en parlant des Prêtres d'isis :
Nec tu Uoigeram fieri quid posslt ad Isim Quxsieris.
Et ailleurs :
Nuoc dea linigera colilur ceicberriraa turba.
Scheffer dit la même chose des Pylha[;oriciens, De ilalica philosophia, c. 14.
» Apollonius, interrogé sur cet usage, répondit : l'estem quant e morticinis plerique ferunl non puram eue ratus l'ythayoras , linea veste usus est. Apud Philost. lib. VIII.
■' Alba, lineum veslimentum , longissime distat a lunicis pclliccis, quae de raortuis animalibus fiunt, quibus Adam veslilus est posi peccatum , et DO^itatem vila si;;niûcat, quam Christus et habuit et docuil tt tribuit, de qua diclt Aposlolus : hAuile vclercm homiiicin. Uuperl. Tiiilicn». lib. i, De dit. O/fic. C 20; Inijoc. III, lib. i, Mysl. Missir. cl 30.
vie nouvelle d'innocence et de sainteté qu'on venait chercher dans les sacrifices '.
L'aubeétaitaussi un vêtement particulier à la noblesse romaine : c'est cette toge ou robe traînante affectée à la classe distinguée, par où Ton jugeait du rang des personnes. Comme il n'est point sur la terre de dignité qui égale celle du sacerdoce, il était juste qu'on lui consacrât le vêtement auquel Tusage attachait les idées les plus nobles. Par sa longueur et par sa blancheur, l'aube rappelle aux Prêtres la persévérance dans les bonnes œuvres, la gravité qui doit accompagner ses fonctions, et surtout la grande pureté qu'il doit apporter à la célébration des divins mystères : la prière qu'il récite en la prenant ne lui permet pas de douter de l'intention de l'Église à ce sujet. « Seigneur, dit-il, lavez-moi, purifiez » mon cœur, afin que, blanchi dans le sang de l'Agneau, » je jouisse éternellement de la joie promise à ceux qui » auront dignement rempli leurs fonctions. »
Parés de leurs aubes, les ministres des autels ressemblent à celte troupe de serviteurs fidèles que saint Jean nous montre dans son Apocalypse, vêtus de robes blanches, continuellement debout devant l autel de l'Agneau, occupés à le servir dans son temple qui est le Ciel. Ici nous avons le même autel, la même victime, le même Sacrifice : pourquoi les sacrificateurs de TAgneau n'auraienl-ils pas des robes blanchies dans son sang? Ce nest donc pas seulement la plus belle antiquité, c'est encore la divine image de la Jérusalem céleste que l'aube met sous nos veux.
Qu'à la vue de cet habit du Prêtre, les fidèles se souviennent de la sainteté du Sacrifice auquel ils assistent,
• Durai. lus. lib. ii, c. 9.
et des dispositions d'innocence ou du moins de componction et de pénitence qu'ils doivent y apporter. Dans le cours de sa Passion, notre Seigneur, le Fils de Dieu, fut aussi revêtu, par ordre d'Hérode, d'une robe blanche figurée par l'aube, qui devient ainsi le mémorial de celte circonstance des ignominies du Sauveur.
S'' Le cingulon \ Après avoir pris Taube, le Prêtre se ceint comme un guerrier prêt au combat ; le cingulon et l'aube sont de la même antiquité. Les peuples anciens, qui se servaient d'habits longs et larges, ont toujours pris une ceinture pour marcher et pour agir plus commodément. Aujourd'hui, le cingulon sert au même usage : il est destiné à retenir l'aube, qui deviendrait incommode sans cela. De plus, il avertit le Prêtre que sa vertu doit être forte et énergique, son courage sans faiblesse, et que, pour monter à l'autel de l'Agneau sans tache, pour boire son sang, il doit retrancher jusqu'au moindre sentiment de la vie sensuelle et mondaine. L'Église veut qu'en se ceignant ainsi, il demande à Dieu (( de mettre autour de ses reins une ceinture d'innocence et de pureté, afin de conserver la plus aimable des vertus. »
Le cingulon, qui est une espèce de corde, peut servir à nous rappeler les liens dont le Sauveur fut attaché au jardin des Oliviers, devant ses juges, à la colonne, et en montant au Calvaire. En venant à la Messe, les fidèles doivent aussi se ceindre des liens du Sauveur, c'est-à-dire retrancher toute mollesse, toute superfluité dangereuse, déposer toute vanité, se resserrer dans les bornes de la mortification chrétienne , afin de n'être
' (.inguluo}.
point embarrassés pour marcher à ia suite du divin
maître et combattre avec lui ^
4** Le manipule ^ que le Prêtre porte au bras £:auche était autrefois une espèce de mouchoir destiné à essuyer le visage pendant les saints offices. Sous ce rapport , le manipule est de la plus haute antiquité. Vers le dixième siècle, on orna ce mouchoir, on le garnit de franges et de dorures, en sorte qu'il devint un ornement dont la signification mystérieuse est tout à la fois Thistoire de nos misères et la consolation de nos peines ^.
Il servait d'abord à essuyer les larmes et la sueur. Cet antique usage du manipule nous rappelle qu'ici nous sommes condamnés au travail ; que le Ciel soullVe violence ; qu'il faut gagner à la sueur de notre front le pain de la vie éternelle ; que nous avons mille sujets de pleurer pendant la nuit de notre exil, mais que viendra bientôt le jour de Téternité où le Seigneur essuiera nos pleurs; jour heureux où, marchant avec allégresse , nous nous présenterons au Père de famille comme des moissonneurs laborieux, portant en nos mains les gerbes recueillies dans les travaux et dans les larmes. Tel est le sens de la prière que le Prêtre adresse à Dieu en pendant le manipule à son bras : « Seigneur, que je mérite de porter le manipule des larmes et de la douleur, afin que je reçoive dans Fallégresse la récompense promise au travail. » Le Sauveur l'a adouci, ce travail, en joignant au sien les verges et les fouets dont le manipule est la figure, et qu'il nous remet sous les yeux pendant le saint Sacrifice.
» P.aban. Manr. 111). i, de Inslil. cleric. c. 13; Bernard, lib. Sentent. ; Bcda> tib. ioUrctanrn: F'-ona, lier, lilurg. lib. i, c. 27. ' ^Jauipulum. — ' Bona, ibid.
L Ëvêque ne prend le manipule que lorsqu'il est à l'autel , après avoir récité le Confiteor. Voulez-vous en savoir la raison? Autrefois la chasuble, de forme ronde, enveloppait tout le corps ^ et le manipule ^ qui servait de mouchoir, ne se mettait qu'en dernier lieu au bras qui restait libre : cet usage, alors commun à tous les Prêtres, n'a plus lieu que pour les Évéques. Le Sous- Diacre lui met le manipule après la confession, parce que , dans l'antiquité, on avait coutume de soulever la chasuble en ce moment-là, pour qu'elle n'embarrassât pas le Prêtre montant à l'autel \
0° L'étole^, qui entoure le cou du Prêtre et descend sur ses genoux, est un ornement de dignité et d'autorité. On en fait usage dans Tadministration de plusieurs sacrements , et toutes les fois qu'on remplit une fonction qui a pour objet immédiat le corps adorable de notre Seigneur, ou que l'on exerce certains autres ministères pour lesquels elle est prescrite.
Hélas! vous le savez, la prévarication de notre premier père nous a tous dépouillés de notre grandeur et de notre vêtement d'immortalité, dont celui-ci est l'image. En voyant l'étole, Prêtres et fidèles, nous devons , rois déchus , gémir de nos pertes , rendre grâces à Jésus-Christ qui les a réparées , élever nos esprits et DOS cœurs vers Timmortel séjour où, participant tous aux fonctions sacerdotales devant Tautel éternel de l'auguste Victime, nous serons revêtus de l'étole de la gloire et des brillants ornements d'une royauté tonte divine. Mais pour y parvenir, il faut auparavant porter l'ignominie de Jesus-Christ, nous charger des liens par lesquels il a brisé les nôtres; et voilà tout ce que prêche
' liona, Prr. litunj. lib. i, c. 27. — ' Slola.
à nolie foi letole de nos cérémonies. Aussi, en la prenant, le Prêtre a-t-il soin de dire à Dieu : « Rendez-moi, Seigneur, le vêtement de Timmorlalité que j'ai perdu par la prévarication de mon premier père , et quoique je m'approche, sans en être digne, de vos mystères sa« crés, faites que j'arrive cependant à la félicité éternelle. »
L'étole, appelée dans le principe orarium^ parce qu'elle servait à essuyer le visage, était un linge trèspropre et très-fin , que les personnes de distinction portaient autour du cou : elle remonte aux premiers siècles de l Église. Le concile de Laodicée, réservant ce vêtement d'honneur aux Évêques, aux Prêtres et aux Diacres, défendit aux autres ministres de le porter '.
G" La chasuble- est le dernier ornement du Prêtre qui va célébrer. C'était autrefois un manteau rond et fort large, sans ouverture sur les côtés : il était commun aux laïques et aux ecclésiastiques ; mais ceux-là le quittèrent, et TÉglise, qui sait sanctifier les choses les plus communes, le conserva et le donna exclusivement aux Prêtres pour offrir le saint Sacrifice : il y a de cela onze cents ans. Les Grecs ont conservé la chasuble
' Conc. 1-30(1. can. 28 L'iisnfjc de l'ctolo, dans le sens que nous venons de dire, était déjà connu des Romains. Nos pères n'inventèrent pas une nouvelle mode. L'élole était rorneracnt des dames romaines : sa longueur les disiinguait dos personnes mal famées ou d'une condition inféri'ure. Pour Ragncr les bor.nes grâces du peuple, Aurélien fut le premier qui lui donna Vorarium, afin que sur le passage de i'em|)ereur le peuple pût agiter en l'air cet orarium et témoigner de sa joie. Vopisc. in Aurclfan.
* Casula vel plancla. Casa signifie maison , et casula une petite maison. La oliasulile était autrefois ronde et si amj)le «ju elle enveloppait tout le corps; c'éiaii comme une petite maison dans laquelle un homme habitait. De là son nom. Ibid. On'f/in. lib. xix, c. 2/j.
l'Uincta ou planète. La chasuble, qui n'avait qu'une ouverture pour y passer la Itie, et qui n'avait rien pour la fixer, pouvait tourner facilement autour i!u rou : c'él;;it donc un vêlement errant, et de Va ii<scz bien nommé ;;/rt;jrr^, ticmma animœ, lib. î, c. 207.
sans aucun changement; les Latins en ont retranché peu à peu , depuis environ trois siècles, tout ce qui euopèchait d" avoir les bras libres. Lorsqu'elle avait sa forme primitive, on était obligé de la soulever pendant que le Prêtre encensait ou qu'il élevait le calice et la sainte hostie. L'usage de soulever la chasuble dans ces circonstances s est conservé, quoiqu'on lui ait donné une tbraie plus commode en la faisant moins large et en la coupant sur les cotés , tant l'Église aime ce qui rappelle son antiquité. C est un service qu'elle rend aux sciences ; combien de faits et de coutumes, révélateurs des temps passés, seraient perdus si l'Église ne les eut immortalisés en les adoptant !
La même raison maintient un autre usage dont peu de personnes connaissent l'origine et la signification : pendant le Carême et dans les autres jours de jeune , le Diacre et le Sous-Diacre servent à Tautel sans dalmatique. En elfet, comme dans la primitive Eglise leurs fonctions étaient plus multipliées les jours de jeûne et de Carême, à cause de l'allluence des fidèles, ils quittaient leur chasuble ou la relevaient plus haut afin d'être plus libres. Diaconi levant platwlas in scapulas, dit l'Ordre romain. Aijjourd'hui , ils ôtent donc leur dalmatique par un reste de l'antique usage.
L'Évê(jue, en donnant la chasuble au Prêtre dans l'ordination, l'avertit qu'elle est le signe de la charité (jui doit nous revêtir tout entiers ; de cette charité qui doit iie répandre sur toutes nos œuvres et faire la gloire de nos autres vertus, de même que ce vêteiuent couvre .tous les autres; de cette charité qui doit nous faire compatir aux misères d'autrui et nous ap[)rendre à les couvrir d'un manteau de miséricorde qui les cache aux
yeux des hommes, et d'un manteau de pardon qui les eftace aux yeux de Dieu. La chasuble est encore la ligure du joug de Jésus-Christ , que les Prêtres et les fidèles doivent porter tous les jours ; de ce joug doux et aimable qui fait notre gloire et notre bonheur. Une grande croix est marquée sur la chasuble ; d'autres , plus petites , sur les différentes choses servant au Sacrifice. C'est afin que nous ayons sans cesse sous les yeux Tobligation de porter la croix à la suite du Sauveur, et de nous faire souvenir que nous ne pouvons rien que par la croix , qu'elle est toute notre espérance; que Tautel est un vrai Calvaire où se renouvelle et se perpétue le sacrifice de la croix et où nous devons nous-mêmes nous immoler sur la croix de Jésus-Christ.
IV. Ornements du Diacre et du Sous-Diacre. — Des ornements du Prêtre passons à ceux du Diacre et du Sous-Diacre qui l'assistent à l'autel. Outre l'amict, Taube, la ceinture et le manipule, les Diacres portent la dalmatique et une étole qui leur est propre ; l'habit particulier au Sous-Diacre, c'est la tunique.
L'étole du Diacre se place sur l'épaule gauche : cet usage est emprunté des Romains. Dans les fêtes solennelles du peuple-roi, les principaux ministres des tables mettaient une serviette d'honneur sur leur épaule gauche. L'Église donna cette marque de distinction à ceux qui servaient au banquet divin et aux tables où se réunissaient les fidèles pour célébrer leurs innocentes agapes. Mais ce linge blanc, attaché sur l'épaule gauche des Diacres, voltigeait lorsqu'ils allaient et venaient dans l'église pour remplir leur ministère. Comme il pouvait les embarrasser, surtout lorscju'il eut pris une forme très-allongée, on en iil passer les deux bouts au côté
droit et on les v arrêta : la même chose s'observe encore aujourd'hui.
Quel que soit notre état^ nous sommes tous les diacres, c'est-à-dire les serviteurs de Jésus-Christ. Ayons soin de retrancher tout ce qui pourrait embarrasser nos pieds dans la voie des commandements, ou retenir nos mains dans la pratique des bonnes œuvres. Tels sont les enseignements que nous donne le Diacre paré de son étole.
La dalmatique ^ est ainsi appelée parce que c'était l'habit distinctif des habitants de la Dalmatie. Au second siècle , le pape saint Sylvestre ordonna que les Diacres s'en serviraient à l'église : auparavant ils portaient la tunique^. La dalmatique, dans sa première forme, avait des manches courtes et larges, très-commodes pour ceux qui étaient obligés d'agir beaucoup ; elle devint commune aux Évêques et aux Diacres. La dalmatique était de soie blanche , ornée d'or et de deux bandes de pourpre. C'est pourquoi elle est devenue un habit de solennité qui doit inspirer une sainte joie , et au Diacre qui la porte, et aux fidèles qui la voient. Tel est le sens de la prière que riwêque adresse au Diacre lorsqu'il l'en revêt dans l'ordination, et que le Diacre lui-même récite en la prenant pour servir à l'autel \
L'ornement particulier du Sous-Diacre, c'est la tunique*. Dans les premiers siècles de l'Église, les Sous- Diacres servaient à l'autel revêtus seulement d'une aube; plus tard on leur a donné la tunique, qui est
' Dalmalica. — ^ Colobia.
3 Isid. Orig. Tib. xix,e. 22; Uona, llb. i, c. :6.— * Tunica.
aussi un vêtement dlionneur et de joie ' . La tunique était chez les Romains Tliabit ordinaire des simples serviteurs; maintenant c'est, comme la dalmalique, un ornement ordinairement riche , fait de la même étoile que la chasuble des Prêtres, avec des manches larges et courtes qui ne gênent nullement ceux qui s'en servent.
Les ministres inférieurs portent le surplis"^. Ce vêtement était autrefois plus long; mais sa couleur est demeurée la même. Du temps de saint Jérôme, il était déjà ordonné aux ecclésiastiques de n'assister aux saints offices qu'en vêtements blancs : touchante prescription par laquelle l'Eglise a voulu rappeler à ses enfants et l'innocence qu'exigent les augustss mystères, et les noces de l'Agneau, où les Saints assistent avec des vêtements dont 1 éclatante blancheur est l'image de la pureté ^
La chape' est un autre vêtement sacré commun aux différents ordres de ministres. C'était autrefois un large manteau, semblable à ceux dont on se sert aujourd'hui, excepté qu'à la place du collet il y avait un chaperon qu'on retirait sur la tête pendant la pluie : de là le nom deplunale donné à la chape. Elle était en usage dans les cérémonies de TÉglise avant le huitième siècle "^ Sa richesse, ses couleurs éclatantes fleurent ce vêtement de gloire et d'immortalité dont nous serons revêtus après la résurrection '^.
Vous le voyez, les habits sacerdotaux sont un livre mystérieux où le simple fidèle peut lire de grandes leçons de vertu, de pureté et de charité, et le savant lui-
» IJonor. in Ccmma anima, )ib. i, c. 229.
' Supcipt.liceum. — ' Ijona, 11b. r, r. 2/i.— '' Pluviale. — '■' Ordre romain. — ♦' Uuratuhis, lib. m, c. 1.
DE PERSÉVÉRANCE. 20o
même les mœurs et les usages de Tantiquitéla plus vénérable. De chacun de ces ornements comme de chacune des bénédictions et des cérémonies du culte catholique, sort, pour ainsi parler, une voix qui dit aux hommes chrétiens ou non : Du fond de toutes ces choses, quinze, dix-huit, trente et quelquefois soixante siècles vous contemplent ; toutes les générations humaines revivent à vos yeux, représentées par quelqu'un de leurs rites, par quelque événement mémorable de leur histoire. Est-il possible d'avoir de la science et de la fo] sans être saisi, en les voyant, dun respect profond. d'une vénération vraiment religieuse? Celui pour qui tout cela n'est qu'un spectacle muet laisse à douter s'il conserve quelque chose de l'être intelligent'.
V. Richesse des ornements. — Quant à la richesse des ornements saciés, sans doute des habits brochés en or et relevés par des broderies n'ajoutent pas à la valeur du Sacrifice : le Seigneur préfère des mœurs pures aux ornements les plus magnifiques; mais n'est-il pas du devoir de T homme de rendre à Dieu le plus dlionneurs qu'il lui est possible et de faire servir à la majesté de son culte ce quil y a de plus beau et de plus riche sur la terre? Les minisires des rois ne paraissent jamais en leur présence sans être revêtus d'hal)its précieux ; ils feraient injure à leur maître et croiraient manquer à sa majesté s'ils venaient auprès de lui sans les ornements symboles des pouvoirs qui leur sont délégués. LKglisc' veut (jue les Préires de Jésus-Christ agissent de la même manière; et pour donner plus de gloire à son Epoux cl inspirer à ses enfants plus de piété et plus de respect, elle demande que les ornements de ses clercs soient
' Qusis aurcs liabcat, aut quid in hoc liomini siaiilc sit, ncscio. Cic.
non-seulement décents et propres, mais toujours en rapport par leur richesse à la condition et à la fortune des Fidèles ^ .
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir multiplié les vêtements sacrés de vos ministres; faites que je m'instruise désormais en les voyant, et que je m'excite à pratiquer les vertus qu'ils représentent.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, f étudierai avec soin les cérémonies de l'Eglise.
• .M. Tliirat, Esprit des cérém. p. 272.
DE PERSÉVÉRAxNCE. 207
\UV LEÇON.
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Vêlements des É>équcs. — Les pantouOes et les bas. — La croix pectorale. — La petite tuoiquc et la dalmatique. — Les gants. — L'anneau. — La mitre. — La crosse. — Le pallium. — Le grémiaL — Couleurs des ornements. — Parements de l'autel.
I. Ornements desÉvêques. — Les ornements dont nous avons parlé dans la leçon précédente sont communs à tous les Prêtres ; il en est d'autres réservés aux Évêques, qui s en revêtent lorsqu'ils doivent ofticier solennellement : tels sont les pantoufles, les bas, la croix pectorale, la petite tunique, la dalmatique, les gants, l'anneau, la mitre et la crosse, et le pallium, si c'est un Archevêque, enfin le grémial. Comme les autres, ces ornements sont pleins des souvenirs de la plus haute antiquité et donnent au Fidèle éclairé les plus belles leçons de sainteté et de sagesse chrétiennes.
TLes pantoufles et les bas\ — La chaussure des anciens, surtout des Romains, consistait en une semelle retenue par des courroies croisées sur le pied et passées autour de la jambe. Sous les empereurs, cette chaussure fut remplacée, pour les personnes de distinction, notamment pour les princes et les sénateurs, par une autre plus riche appelée compagia^ relevée d'or et de pourpre et qui couvrait mieux le pied^.
Afin de manifester par tous les moyens possibles sa
> Caligx, sandalia.
» Compagla. Voye^ Tubellius Pollio, Julius CapiioL cl Ui$t. de l'Acad. des inscript, l. Il .
vénération pour les choses saintes, TÉglise s empressa de donner à ses Pontifes la chaussure sénatoriale, la plus distinguée qui fut alors connue, afin que les augustes mystères fussent offerts avec une magnificence extérieure capable d'imprimer le respect et d'exciter dans les cœurs des sentiments de piété. Ailleurs que dans leurs fonctions, les Évêques portaient la chaussure ordinaire. Voilà pourquoi, encore aujourd'hui, l'Évêque, arrivé à Téglise et monté sur son trône, quitte ses souliers et revêt la chaussure antique, et la dépose après le saint Sacrifice. La prière que TÉvéque récite en prenant ce noble vêtement rappelle qu'il est le successeur des ApcMres, envoyé comme eux pour annoncer l'Évangile : « Mettez, Seigneur, une chaussure à mes pieds, afin que j'aille annoncer l'Évangile de la paix, et protégez-moi à lombre de vos ailes. »
La défense faite par l'Église à tous ses ministres. Prêtres, Diacres et Sous-Diacres, de s'approcher de Tautel sans avoir les pieds couverts, subsista tant que subsista la chaussure romaine, qui laissait le pied presque nu. Aussi tous portaient des espèces de compagia ou chaussure couverte, mais dilférentes de celles des Évéques' ?
2° La croix pectorale. Dans les premiers siècles de rÉclise, les Fidèles, hommes et femmes, avaient une petite croix suspendue au cou : usage vénérable dont on ne saurait trop déplorer la cessation. Pour le perpétuer autant qu'il est en son pouvoir, l'Eglise a voulu que ses Pontifes portassent une croix sur leur poitrine, surtout lorsqu'ils célèbrent les saints mystères.
Omnis presbylcr missam c.lcbret ordiiic romain cu:n S3:i bliis. Capitiil. iaroi. Mayn. lib. v, c. 219.
Cette croix, placée sous les yeux de TÉvéquc, lui rappelle et le Dieu qui mourut pour lui et les martyrs qui signèrent de leur sang la foi qu'il professe; car cette croix pectorale est remplie de reliques de Martyrs; comme l'indique la prière que FÊvèque récite en la prenant.
3" La petite tunique et la dalmatique', qui sont Torncment du Diacre et du Sous-Diacre, nous rappellent que rÉvèqueest revêtu de la plénitude du sacerdoce, comme elles lui disent à lui-même qu il doit avoir à un degré supérieur toutes les vertus.
4° Les gants-. Avant le huitième siècle, les gants faisaient déjà partie du vêtement épiscopaP; ils rappellent un fait célèbre dans Thistoire des Patriarches et donnent à rÉvêque une grande leçon de sainteté. Jacob, voulant obtenir la bénédiction de son père Isaac,se présenta devant lui les mains couvertes d'une peau de chevreau ; cette ruse, qui induisit le saint vieillard dans une mystérieuse erreur, valut à Jacob les bénédictions les plus abondantes. Comme Jacob, le Pontife vient demander à Dieu le Père les biens véritables : pour cela, il cherche à se confondre avec son frère aîné notre Seigneur Jésus- Christ, comme Jacob se cacha sous le vêtement d'Esaii aûn d'obtenir la bénédiction paternelle. Tel est le sens de la prière que fait lÉvêque lorsqu il prend ses gants ; « Seigneur, dit-il, environnez mes mains de la pureté du nouvel homme qui est descendu du Ciel, afin qu'à l'exemple de Jacob, voire bien-aimé, qui, s'étant converties mains de la peau d'un chevreau, obtint la Ix^nédiclion de son père, après lui avoir offert une viande et une bois • ^on excellente,j'obtienne, en considération delà victime
' Tunlcclla, daloiaiica. — ' Cliiroihcca;. — ^ Onlrc romain. VII. U
salutaire offerte par mes mains, la bénédiction de votre grAce.» Ce n'est pas que Dieu puisse être trompé ; mais il veut, lorsque nous nous présentons pour obtenir ses faveurs, que nous soyons d'autres Jacob, c'est-à-dire d'autres Jésus-Christ.
o° L'anneau ^ est le signe de l'alliance spirituelle qui existe entre TÉvéque et son Église, c'est comme le cachet de leur contrat; car, chez les anciens comme chez les modernes, on appose un cachet aux contrats , afin de les confirmer et de les rendre authentiques. De là, l'usage encore existaKl de donner un anneau à l'épouse dans la célébration du mariage. L'anneau épiscopal n'est pas seulement le signe de l'alliance de l'Évéque avec son Église ; il est aussi une marque de l'autorité du Saint-Esprit, en vertu de laquelle l'Évéque a le droit de distribuer les fonctions dans l'Eglise : il le porte au second doigt de la main dioite, suivant la coutume des Hébreux , parce (jue ce doigt est l'indicateur du silence. Ce qui rappelle à f Evêque le secret inviolable des mystères, la discrétion parfaite avec laquelle il doit les annoncer, de peur de jeter les perles devant les pourceaux*. Toutes ces leçons, utiles aux Prêtres et aux fidèles aussi bien qu'aux Pontifes, sont contenues dans les paroles adressées à lÉvêcfue, lorsque le Pontife consécraleur lui remet l'anneau dans la cérémonie de l'ordination : «Recevez l'anneau, marque de discrétion et de dignité, signe de fidélité, alin que vous sachiez taire ce qui doit être tu, manifester ce qui doit être manifesté, lier ce qui doit être lié et délier ce qui doit l'être \ »
' Annulus.
' Jcrcm. c. XXII ; Trebcll. l'oll j;i .)/. Srplhn.; Duranli, lib. ii, c. 9, n. 37 et 8cqq.
3 Ordre romain.
6" La mitre ' nous reporte à la plus haute antiquité. La tête du grand-prètre et des sacriticateurs de la loi mosaïque en était ornée". L'histoire de lÉglise fait mention de la mitre de saint Jean TÉvangéliste et de Tapôtre saint Jacques". Il est vrai, la mitre, telle que les Évèques la portent aujourd'hui, diffère de Fancienne par la matière dont elle est faite et par les ornements qui en rehaussent l'éclat; mais elle est la même quant au fond. Vêtement de gloire et de dignité, la milre rappelle à TÉvêque son souverain sacerdoce, la consécration de tous ses sens, et la connaissance pai faite, qu'il doit avoir de l'Ancien et du Nouveau Testament, figurés par les deux bandes qui retombent sur ses épaules \ Pénétré de celte pensée, lÉvêque demande à Dieu, en la prenant, qu'il lui donne la force et la discrétion nécessaire pour éviter toutes les embûches que le démon peut lui tendre.
7° La crosse ^ est l'emblème de la puissance pastorale, c'est la houlette du berger; louchante figure qui nous montre l Église comme un bercail, dont les fidèles sont les brebis, et les Évêques les pasteurs : ce uest point la force aveugle et brutale qui gouverne, mais la charité, la sollicitude éclairée et soutenue par la foi. En donnant la crosse à l'Évêque le jour de son ordination, on lui adresse ces paroles : « Recevez le bàlon signe de votre gouvernement sacré, et souvenez-vous de fortifier les faibles, daffermir ceux qui chancellent, de corriger les méchants, de diriger les bons dans le chemin du salut éternel; recevez aussi le pouvoir d'é-
' Mitra . cidaris.
^ Honor. (icmma nnimœ , lib. i, c. 21 'j. — ^ tusel>. lib. v, c. 2'i. ♦ lujioc. Ul, c. ûO; Auloniu. 3 pars. Snmm. llU 20, c 2; Stepli. Kducns. cpUc. lib. de Sacram. altnr. c. 11—' Pcilum , «eu baculu» pasloraKis.
lever ceux qui sont dignes, et d'abaisser ceux qui sont indignes, avec le secours de Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi, ce que le sceptre est au roi, la crosse Test à rÉveque. L'usage en vient des premiers siècles du Christianisme'. Lorsqu'il monte à Tautel , l'Évêque quitte la mitre et la crosse ; sa puissance disparaît devant celle de Jésus-Christ. Par la raison contraire, il en reprend les insignes lorsqu'il se tourne vers le peuple ^.
8" Le pallium \ Si le Pontife est un Archevêque ou un Patriarche, après s'être revêtu de tous ses ornements, il prend le pallium. Le pallium est un ornement qui se porte sur les épaules; il est formé de deux bandelettes de laine blanche , larges de deux doigts qui pendent sur la poitrine et sur les épaules , et qui sont parsemées de croix noires. Les métropolitains le portent comme une marque de juridiction sur les églises de leur province. On le regarde aussi comme l'emblème de rhumilité, de l'innocence et de la charité. H sert à rappeler au Prélat qui en est décoré qu'il doit, à Texemple de Jésus-Christ, le prince des pasteurs, chercher la brebis égarée, et la rapporter au bercail sur ses épaules. La matière même du pallium indique sensiblement cette touchante signification.
Il est fait de la laine d'agneaux parfaitement blancs. IvC jour de sainte Agnès, et dans l'église de son nom,
» Ordre romain.
» r.los». in lan. discipliner . disi. .'i5. Sur les difTOrciUcs significations de la cro»»e, nous aimons à citer les vers suivants :
in bacuii forma, prxsul, ditur iixc tii)i norma : AUralie per primum, mdio rc^je, |)unRc pcr imum; Allrahc peccanlcs, rq',e juslos, punyc valantes; AUralic, sustenta, stimula, vapa, morl)ida, Icnta.
GI088. de Sacr. Unct. C. Unie.
l'aliium.
bâtie à Rome sur la voie Nomentane, on bénit chaque année des agneaux blancs dont la laine doit servir à faire le palliuin ; on les garde ensuite dans quelquç communauté de reliirieuses jusqu'à ce que le temps de les tondre soit arrivé. Les pallium faits de leur laine se déposent sur le tombeau de saint Pierre , et y restent toute la nuit qui précède la fête de cet Apôtre. Le lendemain ils sont bénits sur Tautel de Téglise qui lui est consacrée , et envoyés aux Prélats qui ont le droit de les porter. Ce droit est restreint à certains jours , et ne s'étend pas au delà de l'église. Au contraire, le souverain Pontife porte toujours et partout le pallium , comme étant investi de la suprême puissance et de la juridiction universelle sur toutes les Églises \ Le pallium est de la plus haute antiquité. Saint Isidore de Péluse*, qui vécut au milieu du cinquième siècle, et saint Grégoire-le-Grand parlent du pallium et en expliquent les différentes significations ^ On en rapporte l'origine à saint Lin , second successeur de saint Pierre \ Il rappelle Téphod du grand-prêtre des Juifs.
9° Le grémial. Lorsque TÉvêque s'assied pendant la Messe pontificale, on lui place sur les genoux un voile de soie ou d'autre étoffe précieuse, appelé grémial, du mot latin (jremhim, giron, il sert à reposer les mains du Pontife et à préserver ses ornements, que la sueur pourrait ternir ^.
Tels sont les ornements particuliers aux Evêques. Si nous réfléchissons à tout ce mystérieux appareil dont la Religion environne ses ministres lorsqu'ils doivent offrir
' T'Ona, lit). I, c. 24. Voyez la description de la bénédiction du pallium dan» k» Trois Rome, t. ii, 21 janvier.
' Lib. epist. cwwi — ' Greg. Ma;;ii. lil). ii, cpixt. 3^. — » Auclor velu», r.ll. ceci. S. R. E. lib. I, lit. 10, c. 3. — ^ Ccrem. cpiK. lib. i, c 11.
244 CATt^CHISME
la viclifiie sainte, voici la pensée qui se présentera naturellemeni à notre esprit : elle est donc bien auguste celte victime; il est donc bien saint le Sacrifice catholique ; elles sont donc bien redoutables les fonctions du sacerdoce ! Nous-mêmes , qui assistons à ces graves mystères, nous devons donc être bien purs ! Et c'est là justement une des fins que TÉglise s'est proposées en établissant ses nombreuses cérémonies et en donnant à ses Prêtres tant de vêtements doublement vénérables par leur antiquité et pai* leur signification.
II. Couleurs des ornements. — La diversité de leurs couleurs n'est pas non plus sans instruction. Le blanc, figure de l'innocence de l'Agneau de Dieu , et le rouge, figure de son sang répandu pour nous, remontent aux temps apostoliques ; les autres couleurs sont aussi d'une haute antiquité ^ L'Église, cette divine épouse de Jésus- Christ, se présente devant son époux, revêtue d'une agréable et mystérieuse variété ; sa gloire et sa beauté ese^entielle sont au dedans sans doute ; mais cet appareil exiérieur en est l'expression. Suivant les circonstances où elle se trouve, elle laisse paraître ses dispositions au dehors, afin d'avertir ses enfants d'en apporter de semblables. Comme les qualités essentielles des mystères ou des Saints peuvent être envisagées sous différents points de vue, les couleurs qu'on emploie pour célébrer les fêles ne sont pas les mêmes dans tous les diocèses ; l'important est de se conformer aux règlements des lieux où l'on est, et de bien entrer dans l'esprit des usages que l'on suit.
Dans le rit parisien on se sert du blanc, symbole de la pureté et de la sainteté, aux fêtes de Marie , à celles
' Durand, national, lib. m, c. 18, n. 9.
DE PERSÉVÉRANCE. 2<d
des saints Aoges, des Docteui's, des Prêtres, des Confesseurs, des Vierges, et de tous les justes qui n'ont pas versé leur sang pour la foi : les Pontifes sont exceptés , pour eux on prend la couleur verte. La vue du blanc, en nous rappelant TAgneau de Dieu , nous dit : Aimez la pureté , les choses saintes sont pour les Saints ; offrez à Dieu une ànie sans tache et digne d'être reçue un jour dans la Jérusalem céleste , où rien de souillé n'entrera jamais.
Le rouge , qui présente d'abord F idée du sang et du feu , s'emploie pour célébrer les fêtes des Martyrs et la fête du Chef des Martyrs, notre Seigneur Jésus-Christ, immolé pour .nous dans l'Eucharistie. Comme le propre du Saint-Esprit est d'éclairer les âmes et d'embraser les cœurs, comme ii descendit sur les Apôtres en forme de langues de feu, on se sert du rouge pour l'honorer. Se pourrait-il que cette image du sang et du feu nous laissât . froids et sans courage? Le souvenir des amphithéâtres, le souvenir du cénacle ne nous dira-t-il rien? n'avonsnous pas reçu le même Esprit , et ne sommes-nous pas les enfants des martyrs? leur sang ne coule-t-il plus dans nos veines? pourrions-nous nous plaindre des faibles sacrifices qu'on nous demande , en regardant cette nuée de témoins qui ont vaincu en s'immolant? Paris prend le rouge à tous les dimanches ainsi qu'à toutes les fériés d'après la Pentecôte, comme étant une suite de cette fête, où le rouge convient aux langues de feu qui parurent sur la tête des Apùtres.
On emploie le vert pour les Pontifes : symbole d'espérance, couleur générale de la nature, le vert nous dit les travaux de tous ces célestes laboureurs qui ont cultivé le champ du Père de familNî, sonlonus dans leurs tra-
2ir> CATÉCHISME
vaux par respérance d'une abondante moisson. Rome prend le vert aux dimanches ordinaires et aux fériés ; il semble juste, en effet, de consacrer par un usage plus fréquent celte couleur que nous avons continuellement sous les yeux. N'est-il pas convenable que l'habitant des campagnes, qui va le matin de chaque jour recevoir la bénédiction du Père de famille avant d'aller à son héritage, ou qui vient le dimanche se délasser devant le Seigneur des travaux de la semaine , retrouve dans nos temples sa prairie, son arbre, son raisin? N'est-ce pas là une belle et touchante harmonie? Et puis, vous tous qui aimez à contempler les merveilles de la nature, n'étes-vous pas heureux de rencontrer jusqu'au pied des autels un mémorial des bienfaits du Créateur, et un motif nouveau de bénir celui qui répand la verdure sur nos campagnes, la fécondité dans nos champs, qui habille le lis de la vallée, qui nourrit l'oiseau , musicien des chaumières, et qui prépare des aliments à tout ce qui respire? Le violet, dont la teinte est moitié sombre, moitié éclatante, rappelle tout ensemble et les travaux et les avantages de la pénitence. Il s'emploie dans les temps et dans les circonstances où la douleur et l'espérance, naissant de cette même douleur, sont le fond du culte divin. Ainsi, pendant l'Avent, on gémit, on soupire ; mais on gémit seulement du relard ; on soupire , mais ces soupirs appellent le Juste et le font descendre : on emploie donc le violet. En Carême on pleure ses fautes, mais on voit le pardon à la tin de la sainte quarantaine ; on pleure les souffrances de Jésus-Christ, mais on voit apparaître le jour glorieux de sa résurrection ; on pleure dans les calanntés, dans les afflictions publi(}ues ou particulières, mais on attend la fin des larmes mômes que Ton verse :
cet ineffable mélange de tristesse et de consolation , de douleur et d'espérance, est exprimé par le violet.
A la mort des rois, comme la puissance ne meurt pas \ et que le même coup qui fait tomber la couronne de la tête de Tun la porte sur la tête d'un autre, on prend le violet. Cette couleur doit donc toujours nous anéantir et nous confondre dans notre misère, mais relever notre courage par la considération des miséricordes infinies du Seigneur. Elle doit toujours nous dire que nous devons aller à la gloire par les tribulations , et que notre seule espérance est dans la croix ; notre seul bonheur ici-bas dans l'espérance, parce qu'il n'y a sur la terre que des joies souffrantes.
-^lais quand l'Eglise pleure ses enfants., (jui sont morts tout entiers pour la vie présente, alors, n'envisageant que les peines du purgatoire, d'où il faut les tirer, n'entendant que leurs supplications lamentables, ne voyant qu'avec effroi ce passage terrible du temps à l'éternité, sentant toujours la plaie malheureuse qui a introduit la mort dans le monde , toujours incertaine sur les dernières dispositions de celui pour qui elle prie; alors cette tendre mère, tout entière à sa douleur, se revêt de noir, et se présente ainsi devant son divin époux. Par celte lugubre couleur elle lui dit éloquemment combien grande est son affliction , combien d idées tristes réveille en elle ce châtiment du péché qui s'exécute sur le genre humain depuis six mille ans. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que, sans rien dire , le Prêtre revêtu d'ornements noirs est un prédicateur bien éloquent; il me semble que de celle chasuble couverte de larmes sort
■ On cunnaU le vieil adage : Le mort «aisil le ^if; ou : Mon le roi. vi\e le roi I
une voix, qui dit : Souviens-toi, ô homme! que tu es poussière , et que tu retourneras en poussière ; tu ne sais ni le jour ni l'heure : sois prêt. A ton frère , hier ; à toi demain, aujourd'hui peut-être.
Pour condusion, les Fidèles qui assistent à nos augustes mystères doivent se souvenir que c'est à eux , bien plus encore qu'aux Israélites , que s'adressent ces paroles : Kous êtes les Prêtres du Dieu vivant, une race rmjale, un peuple de Saiîits \ et que les préparations que Dieu prescrit au sacrificateur de la nouvelle alliance pour monter à l'autel, il les demande d'eux pour en approcher. Comme autrefois il envoya Moïse vers le peuple pour le sanctifier pendant deux jours, et 1 ui ordonner de laver ses vêtements, parce qu'il devait être témoin de la présence du Seigneur sur la montagne ; ainsi, il veut que ses Prêtres avertissent les Fidèles de ne jamais s'approcher de la montagne sainte du vrai Sinaï, sans cet ensemble de vertus intérieures et de dispositions extérieures figurées par les vêtements sacerdotaux.
III. Parements de l'autel. — Voici les parements de l'autel et les vases sacrés qui vont continuer le même avertissement : ouvrons nos esprits et nos cœurs pour le recevoir.
L'autel représente un tombeau, nous savons pourquoi: les tombeaux des martyrs furent les premiers autels du Christianisme. Telle est encore la raison pour laquelle on renferme des reliques de Saints et de martyrs dans nos autels. Dès les premiers siècles les autels furent en bois, en pierre ou en marbre , indilTéremment; ils étaient massifs ou supportés par des pieds et des colonnes. On les couvrait, pour offrir le saint Sacrifice, d'une grande
' Exod. XXIX , 0.
nappe en lin ou en soie, à laquelle on donnail le nom de palle. Déjà, au temps de saint Augustin, les autels étaient ornés de fleurs^ ; souvent même des guirlandes de lis et de roses décoraient les murs des églises" : aujourd'hui trois nappes sont posées sur lautel, celle qui est par-dessus est enrichie de dentelles et de broderies. L'Église a prescrit l'usage de ces trois nappes en lin , et faciles à laver, pour parer au grave inconvénient qui pourrait résulter de la chute du calice. L'autel doit être consacré par l'Évéque ; avant cette consécration , qui remonte a la plus haute antiquité, il n'est pas permis d'y célébrer les saints mystères \
Sur l'autel, vous voyez trois cartons appelés canons ; parce qu'ils servent à diriger le Prêtre en mettant sous ses yeux des prières qu'il serait obligé de lire avec gêne dans le missel. Le plus grand se place au milieu devant le tabernacle, le second à gauche , et le troisième à droite. L'autel, suivant l'antique usage, est placé à Torient, afin que les fidèles en prières regardent le soleil levant, image de celui qui est le vrai Soleil, et dont la lumière, après avoir dissipé les ténèbres du Pa^^anisme, éclaire tout homme venant en ce monde \
Au milieu de l'autel est le tabernacle, où l'on conserve la sainte Eucharistie. En parlant de la Communion, dans la seconde partie du Catéchisme , nous avons expliqué la forme des anciens tabernacles. L'usage de conserver le Saint-Sacrement dans un laberna-
• De CIv. Dci, lib. x, 1 , c. 8.
' Hier. Epiiaph. yepot. : Grcg. Turon. de Gloria conf. c. 50 ; Paulin. Sat, m, S. Felicit.
- Hlncmarus Remcns. in Capitnl. ; l'.cda , lib. v, Hist. cil; Alhan. Apol. ad i onstantium : Eufcb. lib. iv, rie Ifta (onstnntini.
♦ Tcrtull. rtrfr. fnlrnt. c. 3.
cle placé au centre de l'autel, sous le pied même de la croix, est d'une assez haute antiquité'. Remarquezvous toutes les belles traditions que rappelle ce mot de tabernacle? Le désert du Sinaï, la manne, Aaron cl ses lévites, toutes les merveilles accomplies en faveur de l'antique Église, il y a plus de trois mille ans, sont là réunies dans ce seul mot. Aujourd'hui, ce même mot vous en rappelle de plus grandes encore : la Cène, le Calvaire, le passage du Rédempteur sur la terre, sa présence perpétuelle au milieu des enfants des hommes. Connaissez- vous, dites-moi, un mot plus riche que celui-là ?
Le tabernacle est surmonté d'une grande croix ; bien des siècles déjà l'y ont vue , bien des générations l'y ont adorée; elle est là pour rappeler que le Sacrifice de nos autels est la continuation du sacrifice du Calvaire, et pour apprendre que c'est à Dieu seul que cet acte suprême de religion se rapporte, et non aux Saints ou aux Martyrs. Trois flambeaux, ou du moins un de chaque côté, brûlent pendant la Messe pour honorer le signe de la Rédemption et rappeler les Catacombes. La Religion, l'histoire, l'antiquité, tout ce qu'il y a de plus propre à élever l'âme, à toucher le cœur et à saisir les sens se trouve réuni sur un autel calliolique. Si pour l'indillérent stupide Tautcl n'est qu'une pierre, pour le savant, et surtout pour le Chrétien, il est le plus éloquent de tous les livres; des volumes de commentaires sufiiraientà peine pour l'expliquer. 0 enfants des hommes! juscjues à quand aurez-vous des yeux pour ne point voir?
• Voyez Burchard, lib. v, Uccret. c. 9.
DE PERSÉVÉRANCE. 2îl
PRIERE
0 mon Dieu î qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir pris tant de soin de m'instruirc en multipliant les ornements et les signes sacrés de la Religion ; ouvrez mon esprit et mon cœur à ces saints enseignements.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour, je remercierai Dieu d'avoir établi les augustes cérémonies de la Religion .
m CATÉCHISME
XIV LEÇON
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Vases sacres. — Calice. — Patène. — Ciboire. — Osleusoir. — Béuédiction de l'eau bénite avant la Messe du dimanche. — Aspersion de l'eau bénite.
I. Vases sacrés. — Si les ornements des ministres et les parements de l'autel sont pleins de souvenirs et d'instructions, les vases sacrés n'offrent pas un moindre intérêt à la pieuse curiosité du savant et du fidèle. Et d'abord, leur consécration, leur éclat, leur richesse, nous rappellent notre consécration au Seigneur et la sainteté qu'il exige de nous : car nous aussi nous sommes des vases sacrés. A nous le devoir d'être bien plus saints et bien plus purs que les vases destinés à l'autel, puisque le Dieu trois fois saint, dont le corps adorable touche simplement les calices et les ciboires, s'incorpore à nous. Les principaux vases sacrés sont : le calice, la patène, le ciboire et l'ostensoir.
Le calice est aussi ancien que le Christianisme. G est dans une coupe que noire Seigneur consacra son sang divin et le donna à boire à ses Apôtres. Le calice était un vase dont les Juifs se servaient dans leurs repas; tous buvaient dans la môme coupe, qu'on se transmettait de main en main comme une marque d'amitié. Le môme usage, signe de fraternité, existe encore chez plusieurs peuples de l'ancien et du nouveau monde. Dans les premiers siècles, alors que nos pères n'étaient riches que de leur pauvreté et de leurs vertus, les calices étaient quelquefois de verre, de cuivre, ou de tout
autre métal moins précieux ; mais aussitôt que les ressources le permirent, les calices et les autres vases sacrés furent d'or et d'argent. Le pape Zéphirin, qui fut élu en 203, défendit d'en faire désorniais d'un autre métal ^ L'Église exige aujonrd hui que les calices soient d argent, au moins la coupe, dont l'intérieur doit être doré. Par respect pour le corps et le sang de notre Seigneur, on consacre les vases qui servent à Tautel : cette consécration est de la plus haute antiquité".
Lorsque tout le peuple communiait sous l'espèce du vin, les calices étaient beaucoup plus grands qu'aujourd'hui. On en cite un entre autres , donné par Charlemagne à l'église d'Aix-la-Chapelle, du poids de dixhuit livres. Ces calices avaient ordinairement deux anses, afin de pouvoir les transporter plus facilement. Il paraît néanmoins que ce n'était pas dans le calice principal que le peuple prenait le précieux Sang, mais bien dans des calices plus petits, où Ton mettait [une partie du sang du Sauveur, consacré à l'autel dans le calice principal \ C'était aussi dans des calices particuliers que le peuple offrait le vin et l'eau qui devaient être consacrés* : ils ont été remplacés par les burettes. Quelque saints que fussent tous ces vases destinés à Tautel, les Évéques les plus pieux et les plus éclairés, tels que saint Ambroise à Milan, saint Augustin à Hippone, Deo-Gratiasà Carthage, n'hésitaient pas à les vendre pour soulagei" les pauvres ou racheter les captifs : ils donnaient le moins pour le plus\
' Durantus, lib. 1, c. 7. Celle date est lrè«-préclcuse pour fixer l'ûgc des coupe» eucharistiques en verre trouvées dans les Catacombes. Voyez noire Ilist. (les i aliiromhcs. — ' Ordre romain.
* Ce« calices s'appelaient calices ministrn'ntes. — * Amulir on Itamfr.
'•' Quelques auteurs prétendent que les rases vendus par les saints Évêtjues
22i CATÊCHlSxME
La patène est un petit plat d'or ou d'argent doré sur lequel repose le pain qui doit être consacré. Lorsque, durant les beaux jours de l'Église, tous ceux qui assistaient à la Messe avaient le bonheur de recevoir la sainte Eucharistie, chaque fidèle présentait à 1 offrande le pain qui devait être changé au corps de Jésus-Christ. Ces offrandes étaient placées sur la patène et mises sur l'autel : alors les patènes étaient fort grandes; il n'est même pas douteux quil n'y en eut plusieurs. Le Prêtre s'en servait encore pour rompre le pain et le distribuer plus commodément. Aujourd'hui, la patène n'est utile qu au Prêtre, pour déposer l'hostie qu'il doit consacrer au saint Sacrifice. L'usage de l offrande est aboli; le nombre des communiants est malheureusement moins considérable, et l'on emploie, pour distribuer l'Eucharistie, les ciboires où Ion conserve les espèces consacrées.
Le ciboire, fait en forme de calice couvert, doit être en argent et l'intérieur de la coupe doré. On gardait autrefois ce vase précieux dans une tour ou une colombe d'argent suspendue au-dessus de l'autel : aujourd hui on le place dans le tabernacle. Le ciboire rappelle naturellement Tarclie d'alliance du peuple d Israël, où était renfermée la manne, figure de l'Eucharistie. Mais autant la réalité l'emporte sur la ligure, autant l'arche d'alliance de la nouvelle loi l'emporte sur l'ancienne : c'est assez dire quel doit être notre respect pour elle. Près du tabernacle, ou en face de l'autel, est suspendue une lampe nuit et jour allumée; elle est là pour nous dire que Jésus-Christ, lumière éternelle du monde, est
n'éiaicnl ni des ciboires ni des calices, mais d'autres \ aisseaux apparlcnaiU k 1 tSiVisc. Je ne sais sur ((uoi repose uue pareille opinion.
présent sur nos autels, qu'il attend nos adorations, et que notre vie doit briller devant lui comme un flambeau par la sainteté de nos œuvres.
Dans le tabernacle se place aussi l'ostensoir. L'ostensoir, construit en forme de gloire ou de soleil, nous rappelle par sa forme le véritable Soleil dont la gloire a éclairé le monde. Lorsque, prosternés au pied des autels, nous voyons apparaître l'ostensoir, quels sentiments doivent se presser dans notre àrae au souvenir des peuples surlesquels n'a point encore brillé ce divin Soleil, et du monde entieravantque ce Soleil se fut levé sur lui!
L'ostensoir n'est pas aussi ancien (jue les autres vases sacrés, son origine remonte au temps oi'i l'impiété et Terreur attaquèrent le dogme fondamental de la présence réelle. Toujours attentive aux besoins de ses enfants , rÉglisc protesta contre le blasphème et l'hérésie. En établissant la fête solennelle du Saint-Sacrement, elle fournit aux. âmes chrétiennes l'occasion de manifester leur foi, et de rendre à son divin Epoux, prisonnier de son amour dans nos tabernacles, l'adoration et l'hommage qu'il mérite. Auparavant, on se contentait, à la Messe, après le canon , d'élever un peu aux yeux des fidèles, le corps et le sang de Jésus-Christ, en disant : Omnis lionor et fjloria : Tout honneur et toute gloire lui appartiennent. Depuis l'hérésie de Déranger, on fit solennellement l'élévation des saintes espèces aussitôt après les paroles delà consécration. Dans l'intérieur de l'Église, les assistants se prosternaient pour adorer, et la cloche annonçait, comme elle l'annonce encore aujourd'hui, à ceux qui n'avaient pu assister au SacriBce, que le Fils de Dieu venait descendre sur l'autel, et qu'ils avaient à lui offrir leurs respects et leurs vœux.