‹ Catéchisme de persévéranceChapitre 7 sur 48 · VII. »o · texte numérisé non relu

VII. »o

2ib CATÉCHISME

Vers le même temps, on fit extérieurement des processions où Ton portait avec pompe l'auguste Sacrement. Dans réglise , et à des reposoirs préparés au dehors , on bénissait le peuple avec la sainte hostie ; on la portait d'abord renfermée dans une bourse, comme nous faisons encore dans Tadministration des malades éloignés de réglise. Bientôt, pour exposer le Sauveur avec plus de décence et de pompe aux adorations des fidèles, on fit des tabernacles portatifs qu'on appelait melchhédechsy et que nous appelons ostensoirs. On en vit de toutes formes et de toutes grandeurs; plusieurs représentaient une tourelle percée à jour. Cet emblème est riche d'idées chrétiennes et de souvenirs vénérables, nous l'avons expliqué en parlant de la communion. Les ostensoirs étaient d'or ou d'argent doré, quelquefois enrichis de pierres précieuses. Aujourd'hui , la gloire au moins doit être en argent, et le croissant ou cercle qui soutient et renferme la sainte hostie doit être doré'.

11. Bénédiction de Teau. — Nous venons d'expliquer tous les préparatifs du Sacrifice redoutable : le Prêtre avec ses ornements, l'autel avec ses parements et ses vases sacrés nous sont connus. Si c'était un jour ordinaire, nous accompagnerions immédiatement le ministre saint à l'autel, mais il ne faut pas oublier que nous expliquons les cérémonies du dimanche. Or, la Messe de ce premier des jours est précédée de la bénédiction de l'eau bénite et de la procession. La bénédiction de l'eau rentre dans les bénédictions générales de TEglise, c est la même raison qui la établie. Gomme les autres, elle renferme toute T histoire du genre humain ; elle nous

• Thier», Exposit. du Saint-Sacrement , lil). ii , c. 1 , sub fine; Ili&tolrc des Sacrcmciil», l. il, p. 200 ; M. Thlrat, Esprit des Cérém. p. 2^iO.

dit la création de l'homme et du monde dans un état de perfection , la dégradation de Ihomme , la victoire du Démon sur lui et sur toutes les créatures qu'il remplit de ses malignes influences, la réhabilitation ou la sanctification de toutes choses par Jésus-Christ.

La bénédiction de Teau remonte , comme les autres, aux temps apostoliques ' . Saint Paul en a donné le précepte dans ces paroles absolues : Il faut, dit-il, r/iic toute créature soit purifiée et sanctifiée par la parole de Dieu et far la prière^. Parlant de Teau en particulier : «Il faut, dit saint Cyprien, que Teau soit purifiée et sanctifiée par le Prêtre ^ » L'usage de bénir leau chaque dimaache avant la Messe est de la plus haute antiquité ; il se lie évidemment à la coutume où étaient les premiers Chrétiens de se laveries mains et le visage avec de l'eau bénite, afin de se purifier en entrant dans l'église^. Qae veut donc TÉgUse en bénissant l'eau et en la répandant sur les fidèles ? Mère tendre et nleine de sollicitude, elle veut rappeler à ses enfants leur chute et leur rédemption ; elle veut les purifier et leur donner toute la sainteté nécessciire pour assister dignement aux mystères i*edoalables ; elle veut enfin les préserver de tout ce qui pourrail les souiller et leur nuire ; dans celte vue, elle joint à ses prières les signes les plus convenables pour montrer la fin quelle se propose.

Le propre de l'eau, c'est de laver; le sel préserve de la corruption, et l'eau et le sel mêlés ensemble sont un symbole de pureté et d innocence : telle est la double matière de Teau bénite. Revêtue du pouvoir même de

' Basil, de Spiritu sancto, c. 27.

' Omnis crcatura... sanctificalur pcr vcrbum Dci et oralioiiem. / Tim. IV, 4, 5.

- EpUl. L.\x. — * Microlog. c. 41.

son divin Époux à qui toute puissance a été donnée au Ciel et sur la terre, l'Église ordonne à ses ministres de soustraire ces deux créatures, Teau et le sel, au pouvoir du démon, et de les rendre utiles à l'homme en les rappelant, par la sanctification, à leur destination primitive : et le Prêtre exorcise Teau et le sel.

Exorciser veut dire conjurer et commander : c'est un terme qui ne convient qu'à ceux qui parlent avec une suprême autorité. Dans la langue de l'Église, exorciser signifie conjurer le démon , le chasser, lui défendre de nuire. Exorciser Teau et le sel veut dire que le Prêtre commande au démon, de la part de Dieu et par les mérites de la croix de Jésus-Christ, de laisser libres ces deux créatures, de ne plus s'en servir pour nuire aux hommes , en sorte qu'elles soient désormais utiles à notre salut : tel est le sens des exorcismes qu'on fait sur toutes les créatures inanimées. On s'adresse à elles, mais c'est au démon que vont les commandements ; de même que c'est sur le démon que retomba l'anathème divin après la chute de nos premiers pères, quoique Dieu ne parlât qu'au serpent. Que les créatures soient viciées, que le démon exerce sur elles un grand empire, qu'elles aient besoin d'être sanctifiées, c'est une vérité de foi catholique dont nous avons donné les preuves en parlant des bénédictions en général.

Donc, le dimanche, avant la Messe, le Prêtre représentant de celui qui a créé les éléments, qui a commande, durant sa vie mortelle aux créatures inanimées, a la mer, aux vents et aux tempôtes, qui a tant de fois chassé le démon des i)0ssédés : le Prêtre se revêt d'un surplis et d'une étole; et, précédé de deux clercs, dont l'un porte un flambeau allumé, l'autre un peu de sel et

un aspersoir, il se rend auprès du bénitier. Dans quelques diocèses leau se bénit à la sacristie ; ailleurs c'est à Tautel , au chœur ou dans la nef. Ce dernier usage est plus conforme à l'antiquité et semble faire plaisir au peuple*.

Aussitôt le Prêtre demande à Dieu son assistance en disant : Adjutorium nostrum : Toute notre aide est dans le nom du Seigneur. Les fidèles , représentés par le clerc, répondent : Qui fecit, etc. : Qui a fait le Ciel et la terre. Dites, la confiance de lÉglise peut-elle être mieux placée? Puis, étendant la main sur le sel, en signe de commandement , et pour montrer qu'il agit au nom du Tout-Puissant, le Prêtre continue ainsi : « Sel, créature |de Dieu , je t'exorcise au nom du Dieu vivant -{*, du Dieu vrai -f-, du Dieu saint -{*, du Dieu qui par le prophète Elisée te fit jeter dans les eaux pour les rendre salubres; je t'exorcise afin que tu deviennes pour les fidèles une source de salut, et que tu procures à tous ceux qui te goûteront la santé de Tâme et du corps ; que l'esprit immonde fuie ; que sa malice et ses ruses disparaissent de tous le? lieux où tu seras répandu, et cela au nom de celui qui viendra juger les vivants et les morts et le siècle par le feu. »

Le sel délivré des malignes influences du démon, que reste-t-il au Prêtre, sinon de conjurer le Seigneur de venir prendre possession de sa créature, de la bénir de nouveau et de la rendre utile au genre humain? Il invite tous les fidèles à se réunir à lui pour obtenir cette grâce : Prions, dit-il , et il continue ainsi : « Dieu éternel et tout-puissant , nous implorons avec humilité votre souveraine clémence : daiû;nez dans votre miséri-

' Lebrun , p. 53.

corde bénir f et sanctifier -{- ce sel que vous avez ciéé à l'usage du genre humain ; qu'il serve à tous ceux qui en prendront au salut de leur âme et de leur corps , et que tout ce qui en sera touché et aspergé soit préservé de toute impureté et de toute attaque des esprits de malice. Par Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec vous en Tunion du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. » Tous les fidèles , par la bouche du clerc, répondent : « Qu'il en soit ainsi : Ameii. »

Voilà le sel purifié , oui purifié , c'est-à-dire ramené à sa destination primitive , qui était d'être utile à l'homme, et, en procurant son avantage, de procurer la gloire du Créateur. Oui , quoi qu'en puisse dire l'impiété ou la légèreté mondaine, il en est ainsi. Si elle en doute , qu'elle réponde donc aux questions suivantes : Est-il vrai que les créatures soient viciées et assujetties au démon , qui s'en sert pour nuire à Thomme et le tenter? Est-il vrai que Dieu peut les purifier et les soustraire à rinfluence du démon? Est-il vrai qu'il le veut? est-il vrai qu'il peut et qu'il veut communiquer son pouvoir à des hommes choisis? Est-il vrai qu'il le leur a communiqué? L'a-t-il dit? Répondre affirmativement à ces questions , c'est être catholique. Y répondre négativement, c'est abjurer le sens commun, c'est faire le procès au genre humain. Et qui êtes-vous pour vous arroger un pareil droit et pour dire : Moi seul je suis sage , seul éclairé parmi les mortels?

Le Prêtre, ayant donc sanctifié le sel, reprend de nouveau l'attitude du commandement ; il étend la main , et, s'adressant à l'eau, il dit : a Eau , créature de Dieu, je l'exorcise au nom de Dieu -f , le Père tout-puissant , au nom de Jésus-Christ f, son Fils, notre Seigneur, et

par la vertu du Saint-Esprit -f-, afin que tu sois une eau pure et sainte, capable de détruire la puissance de notre ennemi et de le renverser lui-DQÔme avec ses anges apostats. Par notre Seigneur Jésus-Christ qui viendra juger les vivants et les morts et le siècle parle feu.»

Et le Prêtre invite les fidèles à demander avec lui que Dieu veuille opérer ce qu'il demande. Prions, dit-il, et il continue ainsi : « 0 Dieu ! qui, en faveur du genre humain , avez donné à Teau d'immenses propriétés, écoutez favorablement nos prières et répandez la vertu de votre bénédiction -f- sur cet élément qui est préparé pour diverses purifications ; faites que , servant à vos mystères , il reçoive l'effet de votre grâce divine pour chasser les démons et guérir les malades ; que tout ce qui sera aspergé de cette eau , dans les maisons et dans les autres lieux où se trouveront les fidèles , soit préservé de toute impureté et de tous maux ; que cette eau en éloigne tout souffle pestilentiel ou corrompu; qu'elle écarte les pièges de Tennemi caché , et tout ce qu'il pourrait y avoir de nuisible à la santé ou au repos de ceux qui les habitent, et qu'enfin cette santé, que nous demandons par Tintercession de votre saint nom, nous soit conservée contre toutes sortes d'attaques. Par Jésus-Christ notre Seigneur, etc. »

Pendant ces exorcismes et ces oraisons , le Prêtre fait plusieurs signes de croix pour rappeler que ce n'est que par les mérites de notre Seigneur (}ue le démon a perdu sa puissance et que les créatures cessent de nous être nuisibles.

Ijc PnHre prend ensuite le sel avec la main droite et le répand dans Toau en forme de croix en prononçant ces paroles : « Que le mélange du sel avec l'eau se fasse

au nom du Peic, et du Fils , eldu Sainl-Ksprit. » Alors les fidèles, par la bouche du clerc , répondent : Qu'il en soit ainsi : Aîiien. Vient ensuite une magnifique et touchante prière par laquelle le Prêtre conjure le Seigneur, au nom de TÉglise , de donner à Teau bénite toutes les vertus exprimées dans les oraisons précédentes ; il dit : (( 0 Dieu î auteur d'une puissance invincible et roi d'un empire inébranlable, qui triomphez toujours glorieusement , qui réprimez les efforts de toute domination opposée , qui abattez la fureur de Tennemi rugissant et qui domptez puissamment la malice de vos ennemis , nous vous supplions très-humblement , Seigneur, de res:arder d'un œil favorable cette créature de sel et d'eau, de relever sa vertu et de la sanctifier par la rosée de votre grâce, afin que , par l'invocation de votre saint nom, toute corruption de l'esprit impur soit bannie des lieux qui en seront aspergés ; que la crainte du serpent venimeux en soit éloignée, et qu'en implorantvotre miséricorde nous soyons en tous lieux assistés par la présence du Saint-Esprit. Par notre Seigneur Jésus-Christ, etc. »

Ces prières nous apprennent que nous avons lieu d'attendre quatre effets de Teau bénite : i" de chasser le démon des lieux qu'il a pu infester, et de faire cesser les maux qu'il a causés ; 2° de l'éloigner de nous , des lieux que nous habitons , et de tout ce qui sert à nos usages ; 3" de servir à la guérison des maladies ; 4" de nous attirer en toule occasion la présence et le secours du Saint-Esprit pour le bien de notre ûme et de notre corps ; 4° d'effacer les péchés véniels.

Et tous ces effets sont réellement produits par l'eau bénite. Pour les révoquer en doute, il faut nier l'histoire ecclésiasticjue depuis la première page jusqu'à la der-

nière; il faut, comme les Protestants, accuser l'Église de superstition et d'erreur ; il faut regarder comme des imposteurs ou des imbéciles les hommes les plus vertueux et les plus grands génies qui aient jamais brillé sur la terre : Tertullien, Origène, saint Augustin, saint Chrysostome , saint Épiphane , saint Jérôme, saint Grégoire, saint Bernard et bien d'autres '.

C'en est assez pour justifier l'Église , qui fait usage de Teau bénite sur les hommes, sur les créatures, sur les morts , afin d'exciter eu nous , lorsque nous la répandons sur les trépassés, des sentiments de contrition, de charité et de dévotion propres à soulager leur âme ; qui en asperge chaque dimanche les fidèles et le temple où ils viennent assister aux saints offices, et qui en conserve toujours à la porte de la maison du Seigneur. C'en est assez pour justifier les fidèles qui, suivant les conseils de l'Église, ne doivent pas se contenter de prendre de l'eau bénite dans l'église , mais encore l'emporter dans leurs maisons, l'y garder avec soin, en prendre en se couchant , en se levant, et en divers autres temps de la journée, pour éloigner d'eux l'esprit de ténèbres et attirer le secours de Dieu dans mille dangers imprévus du corps et de Tàme.

III. Aspersion de leau bénite. — L'eau étant bénite, le Prêtre, revêtu de l'aube et de Tétole, en fait Taspersion. L'Kglise veut purifier les fidèles, afin qu'ils puissent assister au saint Sacrifice avec plus d'attention, d'innocence et de piété. En faut-il davantage pour nous faire prendre la résolution ellicace de ne pas manquer à l'aspersion! Si pendant la Messe nous sommes distraits, tièdes , pesants, n'est-ce pas notre faute? Avons-nous

' Voyez leurs imposants témoignages dans Durant!, lib. i, c. 12.

pris le moyen établi par TEglise pour éviter ces défauts?

Arrivé au pied de Tautel , le Prêtre entonne ce verset du Ps. 50" : Asperges me : Vous m aspergerez , Seigneur; et le chœur continue : Avec Vhysope , et je serai purifié; et vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige. Vous ignorez, sans doute, pourquoi TÉglise a choisi ces paroles , et pourtant vous ne seriez pas fâché de le savoir : votre curiosité est louable , nous allons la satisfaire. L'Église a choisi ce verset , parce qu'il exprime parfaitement les eifets de Teau bénite. Mais pourquoi le Prophète royal dit-il : Vous m'aspergerez avec rhysope, et non pas avec toute autre chose? Pour trois raisons : la première , parce que Thysope est un petit arbrisseau dont les feuilles, pressées et touffues, sont très-propres à retenir les gouttes d'eau pour l'aspersion; la seconde , parce que la propriété médicale de l'hysope est de purifier et de dessécher les mauvaises humeurs , ce qui le rend un signe très-convenable de la purification de l'âme et du corps par l'eau bénite ; la troisième, parce que l'aspersion du sang de l'agneau pascal sur les portes des maisons , Taspersion de l'eau qui purifiait de la lèpre, se faisaient avec un bouquet d'hysope.

Ces aspersions étaient des figures de celle du sang de Jésus-Christ : or il convenait que la réalité s'accomplît par le même moyen que l'ombre et la figure. Pendant Taspersion, nous devons donc nous regarder comme le peuple d'Israël, dont les tribus, passant devant Moïse au pied du Sinaï, étaient aspergées du sang des victimes, et demander sur nous Taspersion du sang de Jésus- Christ, la grande victime, c'est-à-dire l'application des mérites de son sang précieux, qui seul peut effacer les péchés et nous préserver de tous les maux.

Au temps pascal, c'est-à-dire depuis Pâques à la Trinité, on chante : Vidi aquam : J'ai vu Veau sortir par le côté droit du temple, etc. Tout occupée du Baptême qu'on administrait la veille de Pâques, T Église a choisi ces paroles pour en rappeler le souvenir à ses enfants. Ce temple sacré , ouvert du côté droit, est le Sauveur dont le côté entr'ouvert laissa couler du sang et de l'eau, emblème du sacrement de la régénération. Entrons donc dans les vues de cette bonne mère , et sollicitons avec ardeur la conservation ou le recouvrement de notre innocence baptismale.

Après avoir entonné V Asperges me, le Prêtre récite à voix basse le psaume Miserere. Si nous voulons obtenir la purification de notre âme, efforçons-nous d'entrer dans les sentiments exprimés par ce cantique du roi pénitent. A genoux sur le premier degré, le Prêtre asperge l'autel en jetant par trois fois de l'eau bénite , au milieu, au côté de l Évangile et au côté de TÉpître; il asperge ensuite le sanctuaire, dont il fait le tour. L'Église se propose par là d éloigner de ce lieu saint et redoutable, l'esprit de ténèbres, qui, au sentiment des Pères, fait tous ses efforts pour troubler les Prêtres et les ministres pendant leurs saintes et redoutables fonctions. Le Prêtre se lève et se donne de l'eau bénite à lui-même en portant Faspersoir à son front ; il asperge ensuite tout le peuple en descendant dans la nef. De retour à Tautel , il invoque le Seigneur et le conjure d'accorder à l'assemblée sainte les effets attachés à l'eau bénite. Voici sa prière : « Exaucez-nous, Seigneur saint, Père toutpuissant, Dieu éternel, et daignez envoyer des cieux votre saint ange, qui conserve , entretienne , protège ,

visite et défende tous ceux qui sont en ce lieu. Par notre Seigneur Jésus-Christ. »

Et cette prière, qui a traversé bien des siècles \ qui a passé par les lèvres de tant de saints Prêtres et Pontifes, qui a retenti aux oreilles de tant de Saints, nos pères et nos anciis ; cette prière, qui nous rappelle la puissance des anges protecteurs, leurs miracles de charité , à partir d'Abraham et de Tobie, l'assistance de celui qui veille à notre garde; cette prière , dis-je, a tout ce qu'il faut pour remplir notre cœur de confiance, d'allégresse et de piété. Puisse-t-elle toujours produire en nous ces saintes dispositions.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir établi des bénédictions pour sanctifier toutes les créatures : faites-moi la grâce de ne jamais m'en servir que pour votre gloire.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour , je ferai tous mes efforts pour assistera l aspersion de ïeau bénite avant la Messe.

< Sacram. Gelas. 238.

XV^ LEÇON

LE CHRISTIAMSME RENDU SENSIBLE

Procewions en général. — Trait historique. — Procession du dimanche avant la Messe. — I)i\isioo de la Messe. — SigniGcalion de ce mot. — Première parlie de la Messe; la préparation au bas de l'autel. — Rapports entre les cérémonies delà première partie de la Messe et la Tassion. — Sentiments qui doivent dominer dans notre cœur.

I. Processions en général. — L'aspersion finie, la procession commence : avant de nous y rendre , sachons ce que nous allons faire. La procession est une marche religieuse et solennelle du clergé et du peuple. Voici encore un de ces riies de l'Église catholique dont l'existence remet sous nos yeux l'antiquité la plus reculée. Chez tous les peuples il y a eu des processions : les Hébreux en faisaient souvent; on connaît celle que fit Salomon avec une magnificence digne de lui, pour transporter l'arche d'alliance dans le temple de Jérusalem ' ; on connaît celle du peuple juif lorsqu'il vint à la rencontre du Sauveur, portant en ses mains des branches d'olivier, et chantant llosanna, yloire au Fils de David,on connaît celles des Païens eux-mêmes pour l'ouverture des jeux du cirque, et en particulier celle que la ville d'Autun faisait en l honneur de Gybèle : elle est devenue fameuse par le martyre de saint Symphorien , dont elle fut l'occasion *.

« Exod. c. XV; Judith, c. xv, xvi; E»ther, c. iv; Joël, c. ii; Josué, c. m. ' Sur les processions dos Païens, voyer Drisson, lib. vu, de Formutis; et les Trois Home, t. m, IUhi i/ftiott du tjrand cirque.

Cette antiquité, cette universalité des processions, ne prouve-t-elle pas que ce rite sacré est d'institution divine, et vient d'une révélation primitive? Où l'homme aurait-il pris l'idée qu'une marche solennelle pouvait honorer la Divinité? Héritière de tous les usages et de toutes les traditions saintes et immortelles, l'Église, en adoptant les processions , a pris son bien oii elle Ta trouvé, chez les Juifs aussi bien que chez les Païens : dès le principe, elle fit acte de propriété. Ses premières processions eurent lieu dans les Catacombes, en attendant quelle pût les faire à la face du soleiP. Quels étaient le recueillement et la ferveur de ces processions de Chrétiens, la plupart destinés au martyre, marchant à la lueur des flambeaux dans les galeries souterraines, au milieu des tombeaux de leurs frères immolés pour la foi, sous la conduite d'un Évoque, plus vénérable encore par ses vertus que par ses cheveux blancs? Il est facile de nous en faire une idée. Puisse cette idée salutaire nous accompagner nous-mêmes lorsque nous marchons sur les traces de nos Pères !

Eh quoi! la procession du dimanche dans l'intérieur de l'église ne se fait-elle pas dans une Catacombe à la lueur des flambeaux, entre des tombeaux de Martyrs dont les ossements sacrés reposent, à notre droite et à notre gauche, dans les chapelles latérales de la basilique I Et nous-mêmes ne sommes-nous pas, ne devonsnous pas être des martyrs de la paix, comme dit saint Cvprien^, toujours prêts à nous immoler et toujours immolant nos convoitises au Dieu pour qui nos aïeux

répandirent leur sang! Que dis-je! notre foi n'est-elle

« BokJelli, Osterv. sopra i cimitcr. lib. xi, c. 16, p. 529.

' Ilabcl tt pax martyres suos.

pas, suivant Texpression de Tertullien, un engagement au martyre de sang ' !

Mais pourquoi des processions? quelle est la raison, quel est le sens de ce fait si ancien et si universel? d'où vient que l'Église le conserve si religieusement? pourquoi, dans ses jours de joie comme dans les temps de deuil, ordonne-t-elle des processions à ses enfants ?

Pénétrons le mystère. La procession est un acte solennel de religion et un grand enseignement : c'est un acte solennel de religion, car c'est une prière publique. Que dit à Dieu tout ce peuple qui, portant en triomphe l'image révérée de la Divinité ou de quelque Saint, parcourt en priant, en chantant ou en pleurant, les rues de ses villes ou les chemins de ses campagnes, sinon qu'il est pénétré de confiance en Dieu ; qu'il le remercie avec amour comme la source de tous les biens, ou qu'il espère le fléchir, parce qu'il est le vengeur du crime, le maître redoutable de la foudre, de la guerre, de la peste et de tous les fléaux ? Il veut que cet hommage rendu à toutes les perfections de Dieu soit public et que toutes les créatures s'unissent à ses sentiments. Connaissez-vous un acte religieux plus significatif et pluseilicace? De là vient que dès l'origine du Christianisme on fit des processions soit pour obtenir des faveurs, soit pour détourner des calamités*. Je n'en citerai qu'un seul exemple, mais bien mémorable. Au milieu du troisième siècle, vers l'an 274, l'église de (^barres en Mésopotamie, l'ancien Haran, où Abraham

■ Debitricem martyrii fiilctn.

» Tertull. ad Uxor. Ilb. ii, c. û ; S. Hier, cpist. 7, 22, 23; S. Ilasil. epistZtk Mcephor. Iliat. iib. x, 35; lib. \ii,^5; lib. xiv, t\l \ Ilb. iv, 3; Haroii. an 398 i(l. an. 1065; S. Grq;. Turon. Uist. lib. ir, 5; S. Aur. de Civ. Pei, lib. x\ii 9). Ambr. Scr. \x et x\i, etc.

îiO CATÉCHISME

avait séjourné, avait pour évêque un saint et savant Pontife nommé Archélaiis. Cet évoque avait pour ami un chrétien nommé Marcel, illustre par sa naissance, ses richesses et sa piété. Charres était sur les frontières de l'empire romain et de celui des Perses, et par là même très-exposé aux malheurs delà guerre. Un jour, la garnison romaine de la ville et de la province amena devant rÉvéque sept mille sept cents prisonniers ; elle était résolue à les vendre ou à les tuer. Comme elle demandait une grande somme d'argent, Archélaiis, inquiet, va trouver son ami Marcel, qui ouvre aussitôt ses trésors, et, sans compter, se meta distribuer aux soldats plus même quils ne démandaient. Les soldats sont émerveillés de cette charité .les uns ne veulent recevoir que le quart du prix qu'ils ont demandé d'abord ; les autres n'acceptent que leurs frais de route; plusieurs quittent même le service pour se faire Chrétiens.

Cependant Marcel iipprend d'un des captifs l'occasion de leur malheur : tous étaient Chrétiens. Accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, ils s'étaient rendus à un lieu de pèlerinage, suivant la coutume de leurs an" célres, pour obtenir de la [)luie dans un temps de sécheresse. Comme ils y passaient la nuit dans la veille etdans le jeûne, le sommeil les accabla. L'armée romaine, les ayant trouvés dans celle situation, les prit pour des ennemis en embuscade, en tua treize cents et en blessa cinq cents durant la luiit, et emmena les autres, au milieu des plus mauvais Iraitemenls, jusqu'à Charres, qui était à trois journées de chemin. Marcel fondit en larmes à ce récit ; en même temps il faisait dresser sept cents tables, où il les servit lui-même comme autrefois Abraliam. Il les traita ainsi durant quinze jours, après les-

DE l'ERSÉVÉRANCE. 241

quels ils demandèrent à retourner chez eux; il ne retint (\ue les blessés, jusqu'à ce qu'ils fussent guéris; après fjuoi il les renvoya pareillement, en leur fournissant avec aijondance tout ce qui était nécessaire pour le voyage. A ces actes de charité il en avait joint un autre : c'était d'aller, avec un grand nombre de personnes, enterrer ceux qui avaient été tués au lieu du pèlerinage ou qui étaient morts en route*.

La procession est encore un grand enseignement : c'est rima2;e de la vie, c'est toute l'histoire du genre humain passée, présente et future. Qu'est-ce, en effet, que la vie de Thomme, sinon une marche vers le Ciel? sorti de Dieu, il doit retourner à Dieu. Mais qui dirigera sa route, sinon celui qui est la lumière et le druide de tout homme venant en ce monde? VA voilà que dans nos processions la croix part du pied de l'autel : c est Jésus-Christ sortant du sein de son Père pour d?scendre parmi les hommes. La croix s'avance accompagnée de lumières; les fidèles se mettent à sa suite : c'est Jésus- Christ paraissant au milieu de nous, répandant la lumière de sa doctrine, et recueillant sur son passage les élus de Dieu, dispersés aux quatre vents". Lacroix précède la marche : c'est Jésus-Christ conducteur de 1 homme d;ms la route du Ciel. Bientôt à la croix se réunissent des bannières; sur Tune est 1 image de Marie, sur les autres l'image des Saints : viennent encore

' Hisl. uuiv. de l'Éjîl. l. v, p. 520.

' I.'iisa|;c des lampe» cl t!es (lamb'aux dans les «^j;! « s , d ms le» cérémonie» reli[;ieiiRr8 el dans les profession», C5t de tonte ami juité. Kxod. \v ; III Reg. IV; S. Greg. '4 Dialog, r. 3); Greg. Turon. de Gloria ma>tyr. c. 20 cl 70. — Aux «•'•piillurcs on met ainsi de» (lanibenux pour marquer que ks Chrétien» mort» ont remporté la victoire sur l ur» ennemi?. S. (,r :; N.r7. Orat. 1 in Jidian.; et Orot.l in mort, fratn's: Cliry». Hmnil, l\\ (ul pop. VU. 46

des cliàsses, espèce de chars de triomphe où reposent les corps sacrés des glorieux vainqueurs du monde et du démon; tous sont là pour diriger nos pas et animer notre courage. Le peuple suit en priant, en chantant lour à tour ses espérances et ses douleurs. Ah! c'est ici surtout qu'est Timage de la vie, de la vie chrétienne. N'est-ce pas au milieu des prières, des larmes, des soupirs que l'exilé accomplit son pèlerinage jusqu'aux frontières de la patrie? N'est-ce pas sur les traces de Jésus-Christ, et sous la protection de Marie et des Saints, que nous devons marcher vers le Ciel? n'est-ce pas là une des plus importantes leçons dont Thomme ait besoin?

La procession est à peine en marche, que le son des cloches se fait entendre : ce sont les trompettes de l'Église militante qui annoncent le passage du grand Roi et de son armée ; passage accompagné de combats sans cesse renaissants contre les légions infernales, contre les séductions du monde et les passions révoltées. La procession décrit différentes lignes , parcourt différentes routes : c'est Jésus-Christ parcourant le monde, appelant à lui tous les hommes de l'Orient et de TOccident. Enfin la procession rentre dans l'église : c'est Jésus- Christ rentrant dans le Ciel, conduisant à sa suite les élus sauvés par son sang et éclairés par ses paroles. La croix vient se reposer au pied de l'autel, au même lieu d'où elle était partie : c'est Jésus-Christ se reposant sur son trône à la droite de son Père, après lui avoir conquis un peuple entier d'adorateurs. Les fidèles, rendus au lieu d'où ils étaient partis, c'est l'homme, enfant du Ciel, de retour au Ciel ; c'est l'exilé revenu dans la patrie. La procession est finie ; la vie est terminée :

et voilà une grande, une touchante leçon donnée à Ihomme ; une leçon plus significative, plus éloquente et plus complète que tous les discours des philosophes'.

II. Procession du Dimanche. — Telle est la signification générale des processions. La plupart se rattachent aussi à des événements mémorables dont elles conservent le souvenir de générations en générations. Celle du dimanche, avant la grand' Messe, a été établie pour rappeler une circonstance de la résurrection de notre Seigneur.

Il est écrit que les Anges, s'adressant aux saintes femmes venues pour visiter le sépulcre, leur dirent : « Allez, dites aux disciples et à Pierre : Le Seigneur vous précédera en Galilée. » Et le Seigneur lui-même, les rencontrant comme elles sortaient du sépulcre, leur dit, après qu'elles l'eurent adoré et embrassé ses pieds sacrés : « Allez, avertissez mes frères d'aller en Galilée : là, ils me verront. » L'Église, prenant pour elle CCS paroles, se met en marche tous les dimanches avant l'auguste Sacrifice, et s'en va, comme les saintes femmes, annoncer de toutes parts à ses enfants que son époux est ressuscité. C'est le même jour et presque à la même heure où cet ordre fut donné sur le Calvaire aux saintes femmes de Jérusalem, que TÉglise l'accomplit, depuis dix-huit cents ans, sur tous les points du globe. Et voilà comment nos moindres cérémonies atte>tent à toutes les générations les grands événements sur lesquels repose Thistoire du genre humain. A cette procession l'Eglise asperge ses enfants d'eau bénite en mémoire du Baptême, parce que tous les dimanches de

' Sur loul ceci, voyez les inléicssmiis di'lails donnrs pnr Durand, nation, dit. ofjlc, lib, IV, c. C.

Page 1