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n\ CATÉCHISME
rannée sont comme une suite du dimanolie de Pâques et de la Pentecôte, jours solennels où le Baptême se donnait dans les premiers siècles : caria nuit qui précédait ces grandes fêtes faisait partie des fêtes ellesmêmes. On croit communément que c'est le pape Agapet qui a établi la procession du dimanche '.
Lorsque la procession rentre dans le chœur, on chante une antienne au saint patron de l'Eglise pour le supplier de veiller sur les fidèles, surtout durant le Sacrifice. Celle qu'on chante à Nevers s'adresse à saint Cyr et à sainte Julitte , sa mère, patrons de la cathédrale : elle est ainsi conçue : Parentes 7ios(ri, etc. : « 0 nos Pères, et vous tous qui habitez dans les cieux, intercédez pour nous auprès du Seigneur notre Dieu, afin qu'il agisse avec nous dans sa miséricorde, qu'il nous donne la joie du cœur, et qu'il fasse régner la paix pendant tout le cours de notre vie. »
Ces prières et toutes les processions doivent nous faire j)enser que nous sommes voyageurs sur la terre, que le (je! est notre patrie, que nous avons besoin de Jésus- ( Christ pour y tendre et pour y arriver. Il est la voie, la vérité et la vie : la voie par où Ton marche, la vérité ou l'on tend, et la vie où l'on demeure éternellement^.
III. Messe, première partie. — Nous voici revenus de la procession : recueillons-nous maintenant , l'auguste Sacrifice va commencer. Nous diviserons la Messe en six parties ^ La première comprend la préparation au Sacrifice, qui se fait au bas de l'autel ; la deuxième^ de-
' Piupcri. Ilh. vu, c. 20; Diiraïuliis, lib. iv, c. G; id. lib. \[,c. 10; Meunier, Traité des processions; fiveillon , fir Vrocrss. l-.cclcsiœ. ' Auf',. Tract, in Joan. ; U; I'. I.chrmi, 9'J. ' I ebruu. Id ; k- P. de Coiidrcn , Utéc du Sacerdoce, etc.
DR PERSÉVÉRANCE. 2i5
puis rinlroït jusqu'à 1 Offertoire ; la troisième, depuis l'Offertoire jusqu'au Canon; la quatrième, depuis le Canon jusqu'au Pater; la cinquième^ depuis la prière Libéra nos jusqu'à la Communion ; la sixième, depuis la Communion jusqu'à la fin de la Messe'.
Le mot messe veut dire renvoi. Dans les premiers siècles de rÉglise, il y avait deux renvois des assistants. Le premier avait lieu après l'Évangile et l'instruction, lorsque le Diacre avertissait les catéchumènes, les infidèles, les pénitents et tous ceux qui ne devaient point participer aux saints mystères, de sortir de l'église : ce renvoi s'appelait la messe ou le renvoi des catéchumènes. Le second avait lieu lorsqu'après la célébration du saint Sacrifice, le même Diacre disait aux fidèles : « Sortez, le moment en est venu^ » Et ce second renvoi s'appelait la messe ou le renvoi des fidMes^. Le nom de Messe, donné aux saints mystères, semble né avec l'Église; on le trouve dès l'origine du Christianisme. Vers Tan 166, le pape saint Pie, écrivant à Juste , évêque de Vienne, lui dit : (( Notre sœur Euprepia, comme vous vous en souvenez, a donné sa maison aux pauvres. Nous y demeurons maintenant et nous y célébrons la Mes-se^. » En 254, le pape saint Corneille, écrivant à Lupicin, évoque de la même Église de Vienne, lui dit ; « Il n'est
* Comme le sacrifice de l'autel, ainsi que le sacrifice du Calvaire, est offert pour quatre Qns : expier, adorer, demander et remercier, on peut aussi diviser la Messe en quatre parties : la première pour expier, depuis le commencement jusqu à lOCTcrioirc; la deuxième pour adorer, depuis l'Offertoire à la Consécration ; la troisième pour demander, depuis la Consécration à la (^.ommunion ; la quatrième |)our remercier, depuis la Communion jusqu'à la fin.
' Ite, Miftsa est. — ^ ilona, iih. i, c. 1
* Soror nostra Euprepia, siciit bcnc r(M-ordaris, titulum domus 8U2 paupcribus assi|;navii, ubi nuiic commorantcs missas ar^imits. Baronius, ann. 166.
2i6 CATÉCHISME
pas permis maintenant aux Chrétiens de célébrer publiquement la Messe, même dans les Catacombes les plus connues, à cause de la violence de la persécution'. »
La première partie de la Messe est la préparation qui se fait au bas de Tautel. Le Prêtre, chargé du ministère le plus auguste et le plus redoutable, sort de la sacristie paré de ses ornements, et s'avance avec modestie et gravité pour consommer la grande action qui doit réconcilier le Ciel avec la terre. Encore un instant, et il fera pleuvoir sur le monde les bénédictions les plus abondantes, ou plutôt il fera pleuvoir le Juste, auteur de toute grâce. Arrivé au pied de l'autel, qu'il salue profondément, il n'ose en franchir les degrés, ou, s'il les monte pour quelques préparatifs nécessaires, il les redescend bientôt comme repoussé par la majesté du Dieu qui va paraître.
Il se prosterne de nouveau et dit : In nomine Patris, etc. Pour sacrifier une victime, il faut avoir droit sur sa vie; or, Dieu seul a droit sur la vie du Verbe incarné, victime du Sacrifice de Tautel. Afin donc de pouvoir offrir Jésus-Christ à Dieu son Père, le Prêtre a besoin de l'autorité de Dieu-même. Cette autorité lui a été promise, elle est attachée à son sacerdoce, il l'invoque en disant : Au nom du Père,
Au nom du Père, qui seul a le droit de sacrifier son Fils, parce que lui seul a droit sur sa vie; au nom du Père, par l'autorité , par le choix et par la vocation de qui je suis Prêtre.
Au nom du Fils, et Filii, c'est-à-dire en sa personne et en sa place, comme faisant partie de ce Prêtre unique
» non», C 3, p. 13.
et éternel, comme associé à son sacerdoce et revêtu de sa puissance, afin qu'il fasse sur la terre, par mon ministère, ce qu'il fit lui-même sur la croix, et ce qu'il fait encore dans le Ciel .
Au nom du Saint-Esprit , et Spiritiis sancli, c'est-àdire en sa puissance; car c'est par lui que la victime de ce Sacrifice a été formée dans le sein de l'auguste Marie; c'est par lui que je peux avoir la sainteté nécessaire à mes redoutables fonctions. Telle est donc la signification du signe de la croix que le Prêtre forme sur lui au commencement de la Messe.
Au nom du Père, dont je suis Prêtre ;
Au nom du Fils, de qui je suis Prêtre ;
Au nom du Saint-Esprit, par qui je suis Prêtre :
Au nom du Père, à qui j'offre le Sacrifice;
Au nom du Fils, que j'offre en sacrifice;
Au nom du Saint-Esprit, par qui je l'offre en sacrifice.
Le Prêtre a besoin de rappeler tous ces souvenirs pour oser entreprendre d'immoler la grande victime. Cosacrificateurs avec le Prêtre , les fidèles aussi doivent se les rappeler; et, pour cela, ils doivent faire avec un respect et une attention particulière le signe de la croix, qui commence la Messe. Étonné de ce qu'il va faire, le Prêtre s'écrie: Quoi! j'irai à la montagne sainte , je monterai à l autel du Dieu rivant ! Introïbo ad altare Dei! Ici commence entre lui et le peuple assemblé, représenté par le clerc qui répond la Messe, un de ces dialogues inimitables qu'on ne trouve dans aucune langue humaine.
Craignant que la frayeur n'arrête le Prêtre, le clerr semble l'encourager au nom de tout le peuple, que réu-
nil le désir de recueillir les fruits du Sacrifice : Oui, lui dit-il, vous irez vers le Dieu bon et clément qui réjouit notre jeunesse : Ad Deuni , etc. Ces paroles ne le rassurent pas encore. Alors , s'adressant directement à Dieu, ille prie d'entrer en jugement avec lui, avantqu'il franchisse le pas sacré. Il le conjure de ne point faire attention à ses fautes, mais de se souvenir seulement qu'il est de la nation sainte, et qu'il désire être entièrement séparé du mensonge et de 1 iniquité; il le supplie de lui envoyer d'en haut sa divine lumière, cet esprit de vérité et de foi qui peuvent le conduire sûrement à la montagne du salut , à ce tabernacle auguste où réside la majesté du Tout-Puissant.
Pendant qu'il s'occupe ainsi avec le Seigneur, toujours tremblant sur son indignité, le peuple, représenté par le clerc , effrayé de cette indécision et de ces retards, l'interrompt à plusieurs reprises pour Texciter. Il lui rappelle que le Seigneur est notre force et notre soutien ; qu'il sait guérir nos blessures et rendre à notre àme sa beauté; et le peuple lui répète : Oui, vous irez à l'autel du Dieu qui réjouit notre jeunesse. Cédant à ces instances réitérées , le Prêtre s'écrie : Oui, mon Dieu , je chanterai vos louarujes à la fax:e de la terre ; et toi, mon àme , pourquoi es-tu triste et me troubles-tu de la sorte? Oui, continue le peuple, espérez au Seigneur; nous le bénirons avec vous. Il est notre Sauveur et notre Dieu. Gloire lui soit rendue : Gloria Patri, etc., répond le Prêtre. Et le peuple , unissant sa voix à la sienne, ronlinue la louange de l'auguste Trinité : Sicut erat, etc.
Mais, comme s il se repentait de la promesse qu'il vient de faire d'avance, le Prêtre s'étonne de nouveau :
DE PERSÉVÉRANCE. 2 tO
Quoi! je monterai à l autel de Dieu! Assurément, lui répond le peuple , le Dieu de miséricorde vous y appelle. Encore une fois , c'est le Dieu bon, le Dieu qui réjouit notre jeunesse. Eli bien ! c'en est fait, dit le Prêtre, je mets ma force et ma confiance dans le nom du Seigneur : Adjutorium nostrum, etc. Elle est bien placée y répond le peuple : c^est lui qui a fait le Ciel et la terre : Qui fecit, etc. Alors, s'inclinant profondément ot se frappant la poitrine comme le Publicain qui n'osait lever les yeux, le Prêtre Sti proclame coupable à la face du Ciel et de la terre. Placé entre la Jérusalem céleste et la Jérusalem terrestre , il appelle ces deux cités à entendre le récit de ses fautes, et les conjure d'en solliciter le pardon : Confiteor, etc.
Et le peuple de la terre, unissant sa voix à celle du peuple du Ciel , répond : « Que le Seigneur Dieu tourpuissant ait pitié de vous, et qu'après vous avoir pardonné vos péchés, il vous conduise à la vie éternelle : » Misereatur ^ etc. Pendant que toute lÉglise demande grâce et pardon pour son ministre, celui-ci reste profondément incliné dans l'attitude d'un suppliant. Avant de se lever, il exprime le seul vœu qu'il ait dans le cœur : Amen : « Qu'il en soit ainsi, dit-il au peuple ; que le Seigneur exauce vos prières et purifie mon àme. »
Touché de cette humilité du Prêtre, le peuple comprend que lui aussi a besoin de pardon et de miséricorde. Kl, de fait, n'olfre-t-il pas avec le Prêtre? Ne doit-il pas être saint comme lui? Le Seigneur verra-t-il avec complaisance l'offrande de son ministre, si le peuple pour qui il prie ne fait rien pour se purifier luimême? Et voilà que le peuple , prenant à son tour 1 at-
titude du pénitent, confesse humblement ses fautes, se frappe la poitrine et demande au Prêtre , qu'il appelle son père , de prier pour lui le Dieu tout-puissant. Le Prêtre répond : « Que le Seigneur tout-puissant ait pitié de vous, et qu'après vous avoir pardonné vos péchés, il vous conduise à la vie éternelle. » Puis, mêlant sa cause à celle du peuple, il ajoute : « Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde Tindulgence, l'absolution et la rémission de nos péchés. » En disant cette prière, il fait le signe de la croix, afin de rétablir en lui-même et dans le peuple l'image de Jésus crucifié , image d'innocence et de sainteté parfaite.
De quel œil pensez-vous que l'Église du Ciel , cette sœur aînée de l'Église de la terre , doive voir sa jeune sœur s'humiliant ainsi et se repentant devant le Père commun ? Les brebis prient pour le pasteur, et le pasteur pour les brebis. Est-il un spectacle plus attendrissant et plus propre à faire descendre sur la terre un fleuve de miséricordes? Plein de confiance, le Prêtre, s'adressant au Seigneur, lui dit : Maintenant, Seigneur, vous vous convertirez à nov^; vous Jious regarderez dun œil favorable : ce regard nous donnera la vie : Deus tu conversuSy etc. Et le peuple ajoute cette touchante parole : Et votre peuple se réjouira en vous. Votre peuple, ce yeuple que vous avez tant aimé , pour qui vous avez opéré tant de prodiges ; ce peuple qui vous est cher comme laprunelle de votre œil; ce peuple se réjouira en vous, et la joie des enfants fera le bonheur et la gloire du père : Et plebs tua, etc. Ces prières mutuelles, ce touchant commerce de charité, cette humiliation devant Dieu, ont ramené dans le cœur la confiance et la joie. Le Prêtre et le peu-
pie achèvent leur admirable dialogue en conjurant le Seigneur de laisser monter jusqu'à l'oreille de son cœur le cri de leur amour.
Nous avons dit que ce dialogue est admirable. Si nous voulions l'examiner avec les yeux profanes de la critique littéraire, il ne serait pas diflicile démontrer que l'Église , qui le met dans la bouche de ses enfants au moment de l'action la plus redoutable et la plus sainte, a parfaitement connu la théorie des passiom. En effet, un sentiment vif, profond, quel qu'il soit, douleur, amour, haine, tristesse, indignité, se replie sans cesse sur lui-même. Vous pouvez varier les termes pour l'exprimer, mais il revient toujours. Or, voyez comment le sentiment d'indignité, de misère, d'humilité qui pénètre le Prêtre et le peuple en présence de Tautel du Dieu trois fois sainr, se répète sans cesse et s'exprime dans chaque parole !
Vlntroibo et le psaume Judica sont en usage dans l'Église romaine depuis plus de sept cents ans'. Avant le neuvième siècle, on laissait aux Évêques et aux Prêtres la liberté de faire cette préparation, selon leur dévotion, soit seuls et en silence , soit avec les ministres. Si les souverains Pontifes ont depuis changé cet usage, gardez-vous de penser qu'ils se soient crus plus éclairés et plus sages que leurs prédécCvSseurs ou les Apôtres: non : mais le temps et les circonstances Font exigé. Aux Messes des morts et an temps de la Passion, on supprime ce psaume, à cause de ces paroles : 0 mon âme, pourquoi étes-vous triste? Qiiare tristis es? etc. Ces paroles doivent bannir toute tristesse, au lieu que les cé-
Innoccnt. UI, lib. xi, (te Myst. Missœ, c. 1^}.
252 catéchismh:
rémonies lugubres de Toflice des morts et du temps de la Passion l'inspirent. Cependant, à ces Messes-là même, l'Église n'ôte pas au Prêtre la consolation intérieure qu'il espère trouver à lautel, c'est pourquoi il dit toujours : feutrerai jusqu'à l'autel du Dieu qui réjouit ma jeu^
nesse *
Avant de quitter le peuple pour monter sur la montagne sainte, le Prêtre lui dit : Que le Seigneur soit avec vous : Domiiius vobiscum ; et le peuple répond : Et aussi avec votre esprit : Et cum spiritu tuo. Ces paroles, tirées de l'Écriture, sont depuis une haute antiquité employées par rÉglise pour exprimer le salut mutuel du Prêtre et du peuple : elles renferment un grand sens. Accoutumés à les entendre sortir de la bouche du Prêtre, et peut-être à lui répondre par habitude, avons-nous jamais médité ce qu'il nous promet de la part de Dieu, et ce que nous lui désirons à notre tour?
Que le Seigneur soit avec vous! Eh! que peut le Prêtre nous souhaiter de meilleur? C'est au moment du Sacrifice qu'il adresse ces paroles aux fidèles. C'est comme s'il leur disait : a Que pendant l'auguste action où le Ciel va s'ouvrir, où Dieu va descendre, où je vais traiter de vos plus grands intérêts, PEsprit de Dieu repose sur vous; qu'il forme en vous l'esprit de prière, (ju'il vous donne les saintes dispositions de repentir et de ferveur nécessaires au succès de vos demandes. Que le Seigneur soit avec vous dans ce moment où il désire luimême avec tant d'ardeur de s'unir à vous. » Est-il un soulKiit plus touchant et plus étendu? N'y mettons point d'obstacle, et il s'accomplira en notre faveur.
' Lehnin, p. 113.
DE PERSÉVÉRANCE '2o3
La réponse que le peuple fait au Prêtre renferme les mêmes vœux : Et avec votre esprit. Le peuple ne dit pas : Et avec vous, mais : Avec votre esprit, « parce que, dit un auteur du neuvième siècle, tout est mystérieux et spirituel dans les fonctions qu'il va remplir, et que son cœur ne peut être pénétré de la grandeur de son ministère qu'autant que son esprit s'applique à réfléchir sur les grandes vérités que lui présentent les prières qu'il va réciter. En un mot, le peuple ne regarde plus le Prêtre comme un homme, mais comme un pur esprit, comme un ange de Dieu qui va pénétrer pour lui dans le redoutable sanctuaire, et accomplir la fonction la plus angélique dont une créature puisse être honorée. Ainsi le Prêtre souhaite aux fidèles que Jésus- Christ soit au milieu deux, et le peuple fait la même prière pour le Prêtre, afin que Jésus-Christ soit tout en tous; que lui seul prie, aime, adore dans tous les cœurs, et que tous les cœurs réunis ne forment qu'un seul cœur en Jésus-Christ. Afin d'entretenir et de renouveler cette union, on répète la belle prière qui l'exprime jusqu'à huit fois pendant la Messe : puissions-nous ne pas l'oublier!
Depuis une longue suite de siècles ', la piété catholique aime à voir, dans les cérémonies de l'auguste Sacrifice de nos autels, les diverses circonstances du sacrifice de la croix. Elle aime à suivie pas à pas la grande Victime marcliant lentement à l'autol sanglant, depuis le jardin de Celhsémani jusqu au sommet du Calvaire. Et dans cette voie douloureuse elle éprouve une touchante variété de scntimenls de componction, de reconnais-
» Durand, national, div. o/fic lib. iv, c. 7.
sauce, d'humilité, de confiance et d'amour. Sans donner à ces rapprochements une importance exagérée , nous les exposerons successivement. Saint François de Sales sera notre guide : on conviendra que nous ne pouvions en choisir un meilleur ^ . On célèbre la sainte Messe en mémoire de la Passion de notre Seigneur , comme il la commandé à ses Apôtres en leur disant : Faites ceci en mémoire de moi; comme s'il voulait dire : Lorsque vous ollrirez 1 auguste Sacrifice, souvenez-vous de ma Passion et de ma mort. Entrons dans le désir du Sauveur, et, pendant la première partie de la Messe , voyons, dans le Prêtre entrant à l'autel, Jésus entrant au jardin; dans le Prélre récitant les premières prières de la Messe, Jésus en oraison au jardin ; dans le Prêtre récitant le Confdeor, Jésus prosterné le visage contre terre; dans le Prêtre baisant Tautel, Jésus recevant le baiser de Judas; dans le Prêtre allant au côté de TÉpître , Jésus emmené prisonnier^.
Quoi qu'il en soit de ces rapprochements, il est certain que la componction et l'humilité sont les deux sentiments qui doivent dominer dans notre cœur pendant celte première partie de la Messe : les prières et les cérémonies qui la composent l indiquent clairement.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir établi le saint sacrifice de la Messe , où vous m appli(iuez les mérites de votre mort et Passion ; faites-
« T. XIV, Opuscul. p. 267 cl «ulv.
> Le* même» rapprocheracnU se trouvent aussi avec quelques variantes : 1 dans Bellarmin, Dottr. Crist. ; 2" dans S. Thomas, 3 p. q. 73, art. 6 ; 3° dan» Turlol, Catéch, h part, leçon 18, p. 629.
moi la grâce d*y assister avec plus de piété que je n'ai fait jusqu'ici.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Tamour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je réciterai le Confiteor au commencement de la Messe avec beaucoup de piété.
!oO CATÉCHISME
XVP LEÇON.
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIRLE
Encensements. — Seconde partie de la Messe, depuis l'Introït jusqu'à l'Offertoire. — Introït. — Kyrie eleison. — Gloria in Excedis.
Voilà le Prêtre et les fidèles qui viennent de se souhaiter nautuellement la vraie disposition pour bien profiter de Tauguste Sacrifice. Que le Seigneur soit avec son peuple et avec son ministre ; qu'il prie , qu'il aime , qu'il adore en eux et avec eux, et les bénédictions les plus abondantes leur sont assurées. Après avoir recommandé aux fidèles de prier toujours : Oremus, pnons^ le Prêtre part et s avance lentement vers Pautel, redoublant ses instances pour obtenir d'entrer sans souillure dans le Saint des saints. Nouveau Moïse, il n'oublie pas, en montant au Sinaï, le peuple bien-aimé qu'il a laissé dans la plaine. Pour les fidèles aussi bien que pour luimême, il fait cette prière : « Nous vous en supplions , Seigneur, otez de nous nos iniquités, afin que nous puis- .sions entrer dans votre sanctuaire avec un cœur pur. Par Jésus-Christ notre Sauveur. Amen. »
Arrivé devant le tabernacle, il s'incline profondément et baise l'autel pour exprimer son respect envers Jésus- (^hrist, qui va bientôt y descendre, et sa vénération pour les saints martvrs dont les reliques v sont renfermées. Il accompagne cette cérémonie de la prière suivante : u Nous vous prions, Seigneur, par les mérites de vos Saints dont les reliques sont ici, et de tous les Saints, quil vous plaise de me pardonner tous mes péchés.
Amen, » En plaçant sous la table de l'autel les reliques des martyrs, FÉglise de la terre a voulu imiter ce que saint Jean avait remarqué dans le Ciel : J'ai vu, dit-il, sous V autel de l Agneau, les âmes de ceux qui soîU inarts pour le nom de Jésus '. Cest avec raison que le Prêtre se recommande aux Saints en général et aux martyrs en particulier. Les prières des uns, le sang des autres, unis aux mérites et au sang de Jésus-Christ, sont d'une valeur infinie, et leur intercession puissante est bien capable de lui obtenir de Dieu la rémission de toutes ses fautes. Le Prêtre fait à voix basse ces deux prières, parce qu'elles le regardent personnellement : elles sont très anciennes dans 1 Église^.
L Encensements. — Aux Messes solennelles , après que le Prêtre a dit les prières précédentes et baisé Tautel , le Diacre le prie de bénir l'encens en lui disant : a Bénissez , mon révérend Père. '> Le mot de Père est bien touchant par la vénérable antiquité qu'il rappelle: c'était le nom que les premiers Chrétiens donnaient aux Prêtres et aux Evêques, aussi bien quaux auteurs de leurs jours. Rien n'est plus juste : les Prêtres et les Évéques ne sont-ils pas les pères de nos âmes ? L'usage de cette appellation s'est conservé intact dans les communautés religieuses, où les saintes traditions de T Église primitive se sont réfugiées avec le véritable esprit de l'Évangile. Le célébrant met de l'encens dans l'encensoir en disant : u Soyez béni par celui en l'honneur de qui vous serez brûlé, » et le bénit en faisant le signe de la croix. H reçoit l'encensoir des mains du Diacre, encense la croix, le fond de l'autel vers les chandeliers, le devant et les deux côtés.
Apoc. VI, 9. — ' Bona, li!>. ii, c. 22. VIÎ. M
D'où vient l'usage des encensements et quelle est sa signification? Voilà encore une de ces questions dont votre pieuse curiosité est impatiente d'obtenir la solution. Pour arriver à l'origine de l'encens dans le culte divin, il faut franchir trois mille cinq cents ans, se transporter au désert du Sinaï et écouler Dieu lui-même prescrivant à Moïse la manière de composer le parfum qui devait être brûlé dans le tabernacle \ Quand un usage repose sur une pareille antiquité et vient d'une source aussi respectable, on peut sans doute le pratiquer sans rougir. Une des fonctions principales des Prêtres de l'ancienne loi était de brûler de l'encens sur l'autel des parfums. Les Païens, héritiers infidèles de la tradition primitive, conservèrent Tusage de l'encens dans leurs
cérémonies^.
En Tadoptant pour les siennes, l'Église catholique ne fut point l'imitatrice des Païens, elle ne fit que pratiquer sous l'Évangile ce qui était ordonné sous la Loi. Le Sauveur lui-même lui apprit, par son exemple, que l'offrande de l'encens continuerait dêtre agréable à Dieu. Paimi les présents qu'il inspire aux Mages de déposer à ses pieds, l'encens est marqué en termes exprès. Plus tard, le Fils de l'Homme, invité à dîner chez un Pharisien, se plaint de ce qu'on ne lui a pas parfumé la tête, comme on le faisait aux personnes qu'on voulait honorer^. Marie, sœur de Lazare, n'y manqua point dans une occasion semblable^. Dès les premiers siècles, l'Église fit usage des encensements^; et nous voyons Constantin, à peine monté sur le trône des Césars, s'empresser de faire
' Exod. XXX, 35i. — =* Tcrtull. ApoL c. 30 ; Arnob. lil). ii. ^ Luc. VII, ûO. — * Joaii. XII, 3. — ■' Can. des Apôtres, Liturgie de saint Jacques, etc.
présent aux églises d'encensoirs dor pour leur servir pendant la célébration des augustes mystères'.
II. Signification de l'encens. — Quelle est maintenant la raison de cet usage si constant, si ancien et si universel? 1° L'encens qu'on brûle durant les saints mystères est comme un holocauste offert à Dieu : on témoigne par là que toutes les créatures doivent être employées et consumées pour son service et pour sa gloire. La liturgie orientale fait connaître clairement cette intention, puisqu'elle fait accompagner Tencensement de cette prière : « Gloire à la très-sainte, consubstantielle et vivifiante Trinité , maintenant , toujours et dans tous les siècles des siècles^. » 2° L'encens qu'on brûle à l'autel, d'où le parfum se répand dans l'église, est une figure de la bonne odeur de Jésus-Christ qui se répand de l'autel sur l'àme des Fidèles : toute l'antiquité chrétienne s'accorde à lui reconnaître cette belle et mystérieuse signification \ Les Pères nous disent que » Tencensoir représente l'humanité de Jésus-Christ, le feu sa di\ inité, et la vapeur du parfum sa grâce. « « L' encensoir, dit saint Augustin, est comme le corps du Seigneur, et l'encens comme ce même corps offert en sacrifice pour le salut du monde et reçu comme un doux parfum par le Père céleste''.))
Pénétrés de ces idées mystérieuses et sublimes, les premiers Chrétiens avaient tant de vénération pour l'encens qu'on brûlait dans l'église, qu'ils tâchaient d'en respirer Todeur en disant ce que le Prêtre dit encore au-
' Pontifical. Dama» cl Metaplir. m t'ila S. Sicoiai. — * Euch. Graec. p. 2. 3 S. Denis, Werarch. ceci. c. 3 cl 4; Simon TiieMal. de Templo; D. Tbom. 3 part. q. 83. arl, 5.
♦ Uornll. VI 1/1 Apoc. X, 3.
jourd'hui: «Que le Seigneur allume en nous le feu de
son amour et la flamme de réternelle charité ^! »
3° L'encens a toujours été pris pour une vive expression des prières que nous adressons à Dieu et du désir ardent que nous avons qu'elles s'élèvent vers lui comme ce doux parfum s'élève en haut. La prière qui accompagnait les encensements dans les anciennes liturgies et qui l'accompagne encore aujourd'hui ne laisse aucun doute à cet égard. « 0 Jésus-Christ, dit l'Église orientale, qui êtes Dieu, nous vous offrons cet encens comme un parfum spirituel, afin que vous daigniez le recevoir en votre saint et sublime autel, d'où nous attendons les effets de votre miséricorde^...» «Que ma prière, Seigneur, dit l'Église occidentale, s'élève vers vous comme cet encens.» C'est sans doute pour se conformer à l'esprit de l'Église que l'an o26, à Césarée en Palestine, le saint Prêtre Zozimas, fondant en larmes dans le moment où la ville d'Antioche fut abîmée, fit apporter l'encensoir dans le chœur, y alluma de l'encens, se prosterna par terre et joignit à la fumée de cet encens ses pleurs, ses soupirs et ses prières pour tâcher d'apaiser la colère du Seigneur ^ 11 est donc certain que l'encens a toujours été regardé comme un symbole de nos prières. Pouvait-on en trouver un plus expressif? L'encens ne s'élève en haut que par Tactivité que le feu lui donne; et nos prières, qui ne sont réellement que les désirs de notre cœur, ne peuvent aller jusqu'à Dieu si elles ne sont animées par le feu de l'amour divin. Ce qui s'élève de Tcnrens est de bonne odeur : leçon touchante qui nous dit de préparer tellement notre cœur qu'il ne s'en
• lo'jrj le p. Menard, p. 271. — ^ Lilurg. ChrysosU Eucii. p. 52, - Evaij. ///'(. ceci. Til). IV, c. 7.
élève rien qui ne soit agréable à Dieu. Tout l'encens est consumé, il ne reste aucune partie qui ne s'élève en vapeur ; de même tous les désirs de notre cœur doivent tendre vers Dieu sans qu'aucun ne s'attache à la terre.
4° Si 1 encens représente les prières des Saints de la terre, à plus forte raison représente-t-il celles des Saints du Ciel. Voilà pourquoi l'apôtre saint Jean nous dit: Les vieillards étaient prosternés devant V Agneau , ayant chacun des coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières des Saints\ Puisque Tencens est l'emblème de la prière, le premier encensement ne pouvait être mieux placé qu'après Toraison Oramus te^ dans laquelle nous conjurons Dieu d'avoir égard aux supplications des Saints pour nous faire miséricorde*.
Autrefois on encensait tout le tour de l'autel ; aujourd'hui, la disposition des lieux ne le permettant plus, on se contente d'encenser le fond, le dessus et les trois cotés qui paraissent. Après avoir encensé l'autel, le célébrant remet l'encensoir aux mains du Diacre : celui-ci encense le Prêtre : il faut en donner la raison. Chez tous les peuples, et surtout en Orient, l'encensement a été une marque d'honneur. Pour faire honneur à une personne, on parfumait la chambre dans laquelle on la recevait'; on répandait de l'huile odoriférante sur sa tête; on parfumait les habits de cérémonie'*. Parmi les présents que Jacob envoya en Egypte à Joseph, il fit mettre des parfums, et la reine de Saba fit hommage à Salomon d'une quantité des parfums les plus exquis*^.
Conformément à cet usage, on encense Tautel parce qu'il est la figure de Jésus-Christ; on encense le saint
« Apoc. vin. — » Lebrun , p. 550.
3 Canlc I, 11.— ' Gcii. xwii, Ï7. — ^ Ili IWg x, 2.
Évarii^ile parce qu'il renferme la parole de Jésus-Christ; on encense les Prêtres et les lévites parce qu'ils sont les ministres de Jésus-Christ ; on encense les reliques des Saints parce qu'elles sont les restes précieux des membres de Jésus -Christ; on encense les choristes, c'est-àdire ceux qui chantent les louanges de Dieu, parce qu'ils sont en quelque sorte les organes dont TÉglise se sert pour rendre à TÉiernel, par Jésus-Christ, Thommage de la prière; on encense les princes et les supérieurs dans Tordre temporel, parce que toute autorité venant de Dieu, on l'honore dans ceux qui sont ici-bas les images vivantes du Roi des rois, du Seigneur des seigneurs. Il ne faut donc pas s y méprendre : tous ces honneurs sont relatifs et remontent à celui qui seul mérite Thonneiir, Tempire et la gloire'.
m. Seconde partie de la Messe. — Ici commence la seconde partie de la Messe : elle comprend V Introït, le Kyrie, le Gloria in eœcelsis, la Collecte, VEpitre, le Graduel ou le Trait, ï Evangile et le Credo. L'Église joint riristruction, la louange de Dieu et la prière, parce qu'il faut remplir de saintes pensées, de saints mouvements l'esprit et le cœur des Fidèles, pour les disposer à la célébration (les redoutables mystères : cette pratique, pleine de sagesse, nous vient des premiers siècles. Alors seulement on avait soin de ne rien mettre dans cette partie de la Messe qui eût un rapport trop marqué au sacrifice de THucharislie, de peur de révéler les mystères aux catéchumènes qui pouvaient assister à ces prières et à ces lectures jusqu'à Toblation^.
Lors donc que le Prêtre a été encensé, il va du côté de IKpître et commenceV Introït. Le mot introït veut dire
' Cochin, Céràn. de In Messe, p. 222. — ' Lebrun, p. 107.
entrée, parce qu'on le chante au moment où le Prêtre vient à l'autel. Quelques-uns croient qu'on le chantait pendant que les Fidèles entraient à Téglise : telle est la raison pour laquelle il se composait d'un psaume entier et quelquefois de plusieurs'. Au pape Célestin est dû rétablissement de llntroït; avant lui, la Messe commençait par une lecture de l'Écriture sainte, comme cela se pratique encore aux veilles de Pâques et de la Pentecôte*. L'Introït, qui se composait originairement d'un psaume entier, a été réduit à quelques versets; mais on a laissé le Gloria Patri, parce que dans Toffice chaque psaume est suivi de cette prière. D'ailleurs, la Messe pouvait-elle mieux commencer que par la louange de la très-sainte Trinité, à qui le saint Sacrifice doit être offert ?
Pourquoi l'Église a-t-elle choisi de préférence les chants du Roi-Prophète pour composer l'Introït? Un ancien auteur répond en ces termes : (( L'entrée du Prêtre à l'autel figure le premier avènement du Fils de Dieu sur la terre, et l'Introït est le cri par lequel le monde ancien appelait le Désiré des nations; et on emploie pour s'exprimer les paroles de David , parce qu'il fut du nombre de ces rois et de ces prophètes qui désirèrent si ardemment de voir ce que 7îous voyons, et d'entendre ce que nous entendons ^. Plus heureux que tous ces saints personnages, les enfants de lEglise catholique dilatent leur cœur, expriment leur allégresse en saluant l'avénemeiit du Rédempteur; ils possèdent celui que les Patriarches, les Pro[)hètes, les rois, les Prêtres, tous les anciens justes a[)pelaient par ces paroles en-
• Rhénan, ad Tirtutl. de Coron. — ■ Amal. lib iri, c. 5; Lib. Ponllf. c û?. ' ilatth. XI ; Luc. x.
flammées : Envoyez, Seigneur, l Agneau dominateur du
monde; venez y Seigneur, et ne tardez pas '. »
Pendant l'Introït, auquel nous devons nous faire un devoir d'assister , unissons nos cœurs et nos désirs à ceux des anciens justes , entrons dans leurs dispositions; un ardent désir est une condition indispensable pour bien profiter de Tauguste Sacrifice. Oh! quelles eussent été les dispositions d'Abraham, d'ïsaac et de David, s'ils avaient eu , comme nous, le bonheur d'assister à la Messe, à l'immolation de cet Agneau de Dieu qu'ils appelaient avec tant d'ardeur!
Le Prêtre dit l'Introït du côté de l'Épître , et s'y tient longtemps pendant la Messe. En voici la raison : Dans les anciennes églises bien orientées , la sacristie est au midi, à la droite de ceux qui entrent, et le Prêtre, placé de ce côté-là , se trouve plus à portée de tous les ministres qui vont et viennent de la sacristie à l'autel. C'est par la même raison qu'on place de ce côté-là le siège de lÉvêque ou du célébrant aux Messes solennelles. L'autel, qui est le lieu propre du Sacrifice, n'est pas la place nécessaire de l'Introït , ni de tout ce qui précède l'oblation. Il y a déjà plus de mille ans que le souverain Pontife, après avoir baisé l'autel, allait se placer à son siège, et ne revenait à l'autel que pour r Offertoire : les Évêques font encore de même aux Messes solennelles. Il est une autre raison de cet usage, c'est que la longueur de ce qui est lu ou chanté jusqu'à roifertoire demandait qu'on se plaçât hors de l'autel, afin de pouvoir s'asseoir*, d'autant mieux qu'aux grandes fêtes on répétait, comme on répète encore, rinlroït deux fois, pour plus de solennité.
' Maxim, ni Exposit. lUurg. — ' Rit. Lauil. p. 98; id. Ord. Uoman.
DE PERSÉVÉRANCE. 26j
Après l'Introït, le Prêtre ayant les mains jointes, en signe d'humilité et d'anéantissement devant la majesté de Dieu, va au milieu de Tautel pour dire alternativement avec le peuple, représenté par le clerc, trois fois Kyrie eleison, trois fois Christe eleison ^ et trois fois Kyrie eleison. A'yne eleison sont deux mots grecs qui signifient : Seigneur , ayez pitié. L'usage de celte prière, commencé dans TÉglise grecque , est de la plus haute antiquité dans l'Église latine. «Considérant, dit un ancien concile , que dans l'Église de Rome , aussi bien que dans toutes les provinces d'Orient et d'Italie , s'est établie la sainte et très-salutaire coutume de répéter souvent avec un grand sentiment de ferveur et de componction Kyrie eleison , nous voulons que dans toutes nos églises, à Matines, à la Messe et à Vêpres, on introduise, avec le secours de Dieu, ce saint usage \ )> Comment avait-il commencé dans l'Église grecque elle-même? Rien de plus touchant que son origine; écoutez : Dans les premiers siècles , les catéchumènes et les pénitents assistaient à la Messe jusqu'à l'OITertoire. Touchés des désirs des premiers et des larmes des seconds, les fidèles avaient soin de les recommander au Seigneur. Les catéchumènes et les pénitents se mettaient à genoux, et le Diacre disait : Catéchumènes., pliez; puis, s'adressant aux fidèles: Que les fidèles prient pour eux et surtout les enfants^. Oh! oui, les enfants, les anges de la terre, dont le cœur pur et les mains innocentes élevées vers le Ciel sont tout-puissants sur le cœur de Dieu. Et le Diacre faisait tout haut
' Concil. Yasens. sub Leone I, can. 5.
' Le» Constitution» apostolique» ajoutent : Que le peuple, sur chacune de» chose» que le Diacre propose, dise: Kyrie eleison, cl surtout les enfinls. Conttit. apost. lib. viii, c. 5 cl 6.
diverses demandes pour les catéchumènes , il disait : « Prions tous pour les catéchumènes, afin que le Seigneur, plein de bonté et de miséricorde, entende leurs prières et leur accorde les demandes de leur cœur. « Les fidèles, et surtout les enfants, répondaient : Kyrie eleison : « Seigneur, ayez pitié. »
Le Diacre : a Qu'il leur découvre l'Évangile de Jésus-Christ. »
Les fidhles, et surtout les enfants : « Kyrie eleison : Seigneur, ayez pitié. »
Le Diacre : « Qu'il les éclaire et qu'il leur apprenne ses commandements. »
Les fidèles , et surtout les e?ifants : « Seigneur , ayez pitié. »
Le Diacre : a Qu'il leur inspire une crainte chaste et salutaire; qu'il ouvre les oreilles de leur cœur, afin qu'ils s'occupent de sa loi jour et nuit. »
Les fidèles, et surtout les enfants: «Seigneur, ayez pitié. »
Le Diacre : « Qu'il les unisse et les mette au nombre de ses ouailles , les rendant dignes de la régénération et du vêtement de l'immortalité. »
Les fidèles , et surtout les enfants : « Seigneur , ayez pitié. »
Le Diacre : « Qu'il les purifie de toute tache de corps et d'esprit, qu'il habite en eux avec son Christ, qu'il bénisse leur entrée et leur sortie, et fasse réussir tous leurs projets. »
I-^s fidèles, et surtout les enfants: « Seigneur, ayez pitié. »
Le Diacre : a Qu'ils reçoivent la rémission de leurs péchés par le BapU^me, afin qu'ils soient rendus dignes
DE PERSÉVÉRAxNCE. 267
des saints mystères et de la demeure des Saints. » Les fidèles^ et surtout les enfants: a Seigneur, ayez pitié. »
Après ces invocations en faveur des catéchumènes, le Diacre en commençait d'autres pour les pénitents. Les fidèles, et surtout les enfants, y répondaient comme aux premières : Seigneur, ayez 'pitié. Le nombre de ces invocations n'était pas rigoureusement déterminé. De là est venu que, dans le principe, lorsque l'Église eut appliqué ces prières à tous les fidèles , le K]jrie eleison se récitait plus ou moins de fois, suivant les circonstances. Aujourd luii , une pieuse coutume approuvée par l'Église fait dire neuf fois Kyrie ou Christe eleison , pour imiter le chant des Anges , qui comprend neuf chœurs. On dit trois fois Kyrie en l'honneur du Père , trois fois Christe en l'honneur du Fils, et trois fois Kyrie en l'honneur du Saint-Esprit, pour adorer et invoquer également les trois personnes de la sainte Trinité.
L'Église latine a conservé les paroles grecques, pour montrer que l'Église occidentale ne faisait qu'une avec sa sœur l'Église orientale , et que par elle Dieu était loué et béni dans toutes les langues '. Désormais, lorsque nous entendrons le Kyrie eleison, reportons-nous par la pensée dans ces anciennes basiliques de Constantinople ou de Nicée , et tâchons de le redire avec les mêmes sentiments, et surtout avec la même innocence que les enfants de ces heureux siècles ; ou bien encore, disons-le comme l'aveugle de Jéricho , qui n'employa pas d'autres prières pour obtenir du Fils de David la guérison qu'il sollicitait. Hélas ! cette prière ne nous convient pas moins qu'à lui. Puisse-t-clle être dans notre
' Aug. Append. p. hk.
cœur comme elle était dans celui de tant de Saints qui Tont dite avant nous !
Après le Kyrie eleison, le Prêtre, toujours au milieu de l'autel , étend les mains en signe de prière , et , les élevant jusqu'à la hauteur des épaules pour signifier par ce geste Tamour des choses célestes et le désir qu'il a de les posséder , entonne le Gloria in excelsis Deo, A ce dernier mot , il joint les mains et fait une inclination par respect pour le nom de Dieu. Le Gloria in excelsis touche au berceau même du Christianisme; les Anges ont entonné ce chant d'amour sur la crèche de l'enfant de Bethléem , et l'Église l'a continué : telle est l'origine du Gloria in excelsis. Dès le temps de saint Athanase , les Fidèles le récitaient à la prière du matin, les simples femmes le savaient par cœur * . Depuis plus de treize cents ans au moins il est d'usage de le dire à la iMesse*. Pendant l'Avent, le Carême, aux Messes des morts , et à certains autres jours, on ne chante point le Gloria. L'office alors rappelle la pénitence ou la tristesse , et l'on n'ose pas se réjouir et chanter la gloire céleste , tandis qu'on pleure sa propre misère et les souffrances des âmes du Purgatoire.
Cantique de louange et d'amour, le Gloria est admirablement placé après le Kyrie eleison. L'Église vient de crier miséricorde vers son divin Époux ; pleine de confiance qu'elle est exaucée, elle entonne l'hymne de sa reconnaissance , et , empruntant les paroles mêmes des Anges, elle chante le grand mystère de Tlncarnation , qui fait son bonheur, son espérance et sa gloire; elle en l>énit le Seigneur, et sollicite ainsi sa protection toute-
' De Virfjin. vers. fin. Conslit. aposl. lib. vu, c. 47. * Sacramcnt. de S. Grég.
puissante. Le Prêtre, qui Tenlonne seul , et auquel tout le peuple répond , rappelle bien la manière dont il fut chanté par les Anges. Un de ces esprits célestes apparaît aux bergers , et leur annonce la grande nouvelle ; il n'a pas fini de parler, qu'une multitude d'Anges, unissant leurs voix à la sienne , chantent avec lui : Gloire à Dieu dans les hauteurs des deux et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté^ L'Introït exprime les vœux des Patriarches, le Gloria in excelsis en annonce l'accomplissement. Deux grandes époques du genre humain, l'époque antérieure au Messie et l'époque qui lui est postérieure, se réunissent ainsi dans la seconde partie du Sacrifice catholique. Cette pensée n'est-elle donc pas assez élevée pour nous dire quelque chose ? Sera-t-elle incapable d'éclairer notre esprit , de fixer notre imagination et d'enflammer notre cœur ?
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui (Hes tout amour, je vous remercie d'avoir perpétué le sacrifice du Calvaire ; faites-moi la grâce d'entrer dans les sentiments de componction , de reconnaissance et de joie qu'inspirent les premières prières de la Messe.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme nioi-mèmc pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, ;e m'efforcerai de réciter le Kyrie eleison comme les premiers Chrétiens,
> Luc. II, Ik»
XVir LEÇON.
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Seconde partie de la Messe (suite). — Oraison. — Épltre. — Graduel. — Trait. — Alléluia. — Prose.
En finissant le Gloria in excelsis, le Prôtre fait le signe de la croix. Cet usage nous reporte à dix-huit siècles, il replace sous nos yeux les premiers Chrétiens, qui, nous le savons, ne manquaient jamais de faire le signe de la croix au commencement et à la fin de leurs principales actions. Pouvaient-ils, et nous-mêmes pouvons-nous trop souvent avoir recours à ce signe tout-puissant, et nous rappeler que toute bénédiction nous est venue de la croix? Soigneuse de conserver les saintes pratiques des premiers âges, TÉglise a voulu que, durant les augustes mystères, on fît le signe de la croix à la fin du Gloria in excelsis, avant l'Évangile, après le Credo, TOraison dominicale, le Sancius^ , etc.
Le cantique des Anges vient de retentir; la paix apportée au monde par Jésus-Christ a été annoncée; quoi de plus naturel que le Prêtre, cet ange d'ici-bas, la souhaite aux fidèles? Mais de quelle manière va-t-il le faire! Il baise l'autel pour puiser cette paix dans le sein même du Sauveur; il le baise au milieu, parce que là est la pierre sacrée, tombeau des Martyrs et figure de la pierre angulaire de l'Église, Jésus-Christ; il joint les mains, et, se tournant vers le peuple les yeux baissés, il ouvre les mains pour marquer sa charité, et dit : Que le Seigneur soit avec voiis. En Orient, les Prêtres, au lieu
' Durandus, national, lib. v, n. Vo.
DE PERSÉVÉRANCE. t7l
dédire : Dominus vobiscum : Que le Seigneur soit avec vous y ont toujours dit : Fax vobis : Que la paix sait avec vous. C'est par ces douces paroles que le Sauveur, après sa résurrection, saluait les Apôtres : les Évoques d'Occident ont conservé cet usage. Quand ils ont récité le Gloria in excelsia, ils disent : Fax vobis : Que la paix soit avec vous , pour souhaiter aux fidèles cette paix qu'ils viennent d'annoncer. Comme presque partout, les Évêqnes seuls, jusqu'au onzième siècle, ont dit le Gloria in excelsis à la Messe, ils ont dit aussi seuls : La paix soit avec vous, à cause du rapport de ces paroles avec l'hymne angélique. Le peuple répond : Qu'il soit aussi avec votre esprit. Pleins de reconnaissance pour le souhait si avantageux que le Prêtre vient de leur faire, les fidèles lui rendent le salut en priant pour lui \
Riche des bénédictions de ses frères , le Prêtre se tourne du côté de TÉpître et dit : Frions. C'est la seconde fois depuis le commencement de la Messe qu'il se donne à lui-même et au peuple cet avertissement essentiel; prions, nos cœurs viennent de s'unir par le souhait d'une charité mutuelle; le Seigneur est avec vous, il est aussi avec mon esprit ; il prie en vous, il prie en moi ; ayons confiance : le Fils de Dieu, qui règne dans nos cœurs, n'est-il pas toujours exaucé à cause du respect (pii lui est dû ?
Et le Prêtre tient ses mains ouvertes et élevées : souvenirs de trois mille ans, tradition de dix-huit siècles. Souvenirs de trois mille ans : c'était les mains élevées vers le temple de Jérusalem que priaient les Israélites*. Tradition de dix-huit siècles : c'était les mains étendues, pour imiter Jésus-Christ sur la croix, que priaient
* Rcmig. Aulissiod. Expos, miss. — • Tsal. wvii.
nos pères, exprimant par cette attitude leur disposition au martyre, au sacrifice entier de leur fortune, de leur famille, de leur vie même, plutôt que de renoncer à la foi ' ; usage touchant si jamais il en fut, et que TÉglise a pris soin de conserver. Ah ! quand nous verrons désormais un Prêtre à Tautel, sur la montagne du Sacrifice, les mains étendues, pourrons-nous oublier notre Seigneur en croix, nos pères dans les Catacombes se disposant au martyre ? pourrons-nous oublier que nous sommes les enfants de Jésus-Christ et des Martyrs , et que nous devons être leurs imitateurs, du moins par la disposition de notre cœur? et si nous n'élevons plus nos mains pendant la prière, élevons du moins nos affections et nos pensées.
Après avoir averti tout le peuple de prier avec lui, le Prêtre commence TOraison^ Cette prière s'appelle oraison, ce qui est la même chose que prière; bénédiction, parce qu'elle est destinée à attirer sur l'Église la bénédiction de Dieu ; collecte, pour deux raisons : la première, parce qu'elle se fait sur le peuple assemblé ; le mot collecte veut dire assemblée. La seconde, parce qu'elle est un précis de tout ce que le Prêtre doit demander à Dieu, soit pour lui-même, soit pour les fidèles.
La plupart des collectes qui sont encore en usage ont été rédigées par les souverains Pontifes saint Grégoire
1 Terlull. Apolog. et de Orat. c. 10.
2 Autrefois, aux stalions ou processions des jours de jefinc, le peuple se rendait dans une église où il attendait rfivcquc, qui cominenrait par l'oraison appcK-e Ad coUcctam, c'eRt-h-dire À l'assemblée ou Sur l'assemblée. De là on allait à une autre église, où 1 on commençait la Messe. Le célébrant disait : Orrm ut, prions. Le Diacre disait : Fteciamus gcnua, afin que les assistants fissent à genoux une petite i)au8c pendant laquelle on priait en silence. Le Diacre disait ensuite : I^nte. On se levait, et le célébrant disait l'oraison, dans laquelle il exposait les demandes de l'assemblée. Sacramcnt. S. Creg. in cap. Jejun. p. Zi ; Bona, lib. 2, c. 5.
DE PERSÉVÉRANCE. àTJ
ei Gélase , mais le fond est de tradition apostolique'. Rien n'est plus vénérable, et nous pouvons ajouter que rien n'est plus complet : les collectes de la Messe forment un recueil unique. Quelque variés que soient nos besoins, nos vœux, nos souffrances, il n'en est pas un qui ne trouve son expression dans ces admirables prières. Ajoutez qu'il règne dans ces collectes une simplicité et une onction qu'on chercherait vainement ailleurs. A l'Eglise catholique seule il appartenait de les composer; car Tépouse véritable connaît seule la manière de parler à son époux et le chemin qui conduit à son cœur. Autant elle l'emporte sur les sectes par la vérité de son enseignement , autant elle leur est supérieure par la beauté de ses prières.
Communément, aux jours de pénitence, le Prêtre en dit plusieurs; dans les grandes solennités, il les restreint à une seule, pour fixer les fidèles sur le mystère du jour, unique objet qui doit les occuper dans les fêtes importantes; car nos mystères, quelque dilTérents qu'ils paraissent par les objets qu'ils nous présentent, se rapportent tous à une seule et même fin, la gloire de Dieu et notre salut. L'Église veut que nous comprenions que cest demander tout à Dieu que de lui demander l'application du mystère qu'elle célèbre. Dans les fêtes des Saints, les collectes sont une demande relative aux principales vertus (jui ont distingué ces amis de Dieu, et pour nous un engagement à l'imitation de leurs exemples. Mais ll^glise a bien soin de nous faire apercevoir la (lilîérence essentielle (jue la foi lui fait mettre entre le Saint qu'elle honore et le Dieu qu'elle invoque. Ici, le
' Bona, lib. ii, c. 5.