‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 2)Chapitre 10 sur 29 · X" LEÇON · texte numérisé non relu

X" LEÇON

LE CHRISTIANISME ÉTABLI. (1" siècle, SUile.)

Commencement de la grande lutte entre le Paganisme et le Chi istianisme. — Dix grandes persécutions. — La première sous Néron- — Portrait de ce prince. — Détails de la persécution. — Jugement de Dieu sur Néron. — Jugement de Dieu sur Jérusalem.— Riync de la ville et du temple. — Seconde persécution, sous Domiticn. — Portrait de ce prince. — Saint Jean jeté dans une chaudière d'huile bouillante. — Jugement de Dieu sur Doniitieu.

Jusqu'ici nous avons suivi l'Eglise naissante à la bonne odeur de ses vertus. Maintenant nous allons la suivre, pendant trois siècles, à la trace de son sang et à la lueur de bûcherss qu'on allume contre elle. Tendre épouse de l'Homme -Dieu, ceignez vos reins; le moment du combat est venu. Dix fois le monde entier va se lever contre vous pour effacer jusqu'à la mémoire <le votre nom * .

En effet, on compte dix grandes persécutions, c'esl-

• Nous comptons, avec Dom Ruinart, dix persécutions générales, c'est-à-dire ordonnées ou autorisées par les empereurs romains, maîtres du monde. Ce n'est pas que chacune s'étendit à toutes les provinces de l'Empire ; quelques-unes furent restreintes dans les limites de certaines contrées. Le P. Mamachi en met douze, parce qu'il comprend au nombre des grandes persécutions celle des Juifs sous Rarchocbébas, et celle de Licinius.

"2^2 CATÉcniSME

à-dire dix persécutions commandées par les empereurs romains, dont la terrible puissance s'étendait sur la plu8 grande partie du monde alors connu. 11 y eut d'autres persécutions qu'on appelle particulières, parce qu'elles furent restreintes à quelques royaumes : telles furent celles des empereurs Licim'us et Valens, celles de Sapor, roi de Perse, qui durèrent quarante ans; celles des Goths et des Vandales en Afrique et ailleurs.

Sortons maintenant des Catacombes, où nous avons admiré les futures victimes. Rentrons dans Rome païenne ; dirigeons nos pas vers le palais impérial, pour | voir de près le premier bourreau des Chrétiens. Ce ne peut être que le plus méchant des hommes; pour le If prouver, il suffit de le nommer : c'est Néron. Voici son portrait.

Néron naquit i'an 35 de Jésus-Christ. Adopté par l'empereur Claude, il lui succéda l'an 5i. On vit bientôt se développer en lui tous les vices qui en ont fait l'horreur du genre humain. Il commença par faire empoisonner Britannicus, fils de Claude. Un crime en amène un autre : Néron, livré à la corruption de son cœur, oublia bientôt jusqu'aux bienséances que les scélérats môme respectent dans leurs excès. II passait les nuits dans les rues, dans les cabarets et dans les lieux de débauche, suivi d'une jeunesse effrénée avec laquelle il battait, volait et tuait. Pour briser son dernier frein, il résolut la mort d'Agrippine, sa mère. 11 essaya d'abord de la noyer ; cette tentative ne lui ayant pas réussi, il la fit poig[»arder. Le sénat approuva cette atrocité.

Néron, se voyant autant d'esclaves que de sujets, ne consulta plus que le dérèglement de son esprit insensé. Il se fit comédien. On vit un empereur qui jouait publiquement sur les théâtres comme un acteur ordinaire. Lorsqu'il devait chanter en public, des gardes étaient dispersés d'espace en espace pour punir ceux qui ne se montraient pas assez sensibles aux charmes de sa voix.

La cruauté marcha toujours chez lui, comme chez tous les scélérats, d'un pas égal avec la luxure. Octavie, sa femme, Burrhus et Sénèque, ses précepteurs, furent sacrifiiés à sa rage. Ces meurtres furent suivis d'un si grand nombre d'autres , qu'on ne le regarda plus que comme une bêle féroce altérée de sang.

Entendant quelqu'un se servir de cette façon de parler proverbiale: «Que le monde brûle quand je serai mort !» ilrépliqua: «Etmoijedis: Qu'il brûle, et que jelevoie !» Ce fut alors qu'après un festin aussi extravagant qu'abominable, il fit mettre le feu aux quatre coins de Rome, pour se faire une image de l'incendie de Troie. L'embrasement dura huit jours. Sur les quatorze quartiers de la ville, dix furent réduits en cendre. Ce spectacle lamentable fut une fête pour lui : il monta sur une tour fort élevée pour en jouir à son aise. Là il se mit à déclamer, en habit de comédien, un poëme qu'il avait composé sur l'embrasement de Troie *. Tout le peuple l'accusa d'être l'auteur de l'incendie 2; mais Néron le rejeta

' Ceci arriva l'an 64 de J.-G.

* La vérité de cette accusation est confirmée par le témoignage de plusieurs historiens très-dignes de foi. On peut consulter Suétoue et Diun Cassius, et parmi les modernes, Tillemont, Cuvier, etc.

Page 1