IX' LEÇON
LE CHRISTIANISME ÉTABLI. ( Suite du 1" siècle.) Rome souterraine. — Détails sur les martyrs.
Une piété tendre et sincère, une charité universelle, une sainteté parfaite, formèrent, à quelques exceptions près, le caractère des premiers Chrétiens, durant le long espace de trois cents ans. « Nous ne voulons pas nier, disait Tertullien, qu'il n'y ait parmi nous quelques hommes livrés à leurs passions; mais pour prouver la divinité de la Religion chrétienne, c'est assez qu'ils soient en petit nombre. Il est impossible que dans un corps, quelque parfait que nous le supposions, il ne se trouve pas quelque tache; mais beaucoup de bien à côté d'un peu de mal fait éclater la perfection d'une société'. »
Tant de vertus étonnaient les Païens, et peut-être nous-mêmes sommes -nous tentés de croire que les exemples de nos pères ne sont plus imitables pour leurs enfants. Ce qu'il y a de certain cependant, c'est que nous sommes appelés comme eux à la sainteté parle fait
' Tert., ad Nation.^ t. 1, c. 5, p. 43. Foy. aussi Mamarhi, pr^f., p. 17-31.
seul de noire vocation au Christianisme; ce qu'il y a de certain encore, c'est que Dieu ne nous refuse aucun des moyens nécessaires pour devenir des saints ; enfin ce qu'il y a de certain, c'est qu'en prenant les moyens et les précautions dont nos pères faisaient usage, nous pouvons imiter leurs vertus. Ils ont été ce que nous sommes, pourquoi ne pourrions-nous pas devenir ce qu'ils fièrent?
Comme nous l'avons vu, ils passaient leurs jours dans la prière, le travail et l'exercice des œuvres de charité. . Qui nous empêche de suivre leur exemple? Connaissant toute la faiblesse et la corruption de la nature, lisse défiaient d'eux-mêmes et s'éloignaient avec grand soin de toutes les occasions de péché. Une fois qu'ils étaient passés du Paganisme au Christianisme, ils ne voulaient plus avoir aucun contact impur avec la vieille société ; ils fuyaient non-seulement ses livres, ses chants profanes, ses temples, mais encore ses théâtres, ses fêtes et ses bals. Leurs raisons n'ont rien perdu de leur force, car, aujourd'hui comme autrefois, toutes ces profanes assemblées sont des occasions de scandale et de péché.
Et d'abord les premiers Chrétiens n'allaient point aux théâtres : c'est un fait attesté par les auteurs païens. L'exemple d'aïeux aussi vénérables devrait suffire pour régler la conduite d'enfants bien nés. Cependant, si nous demandons à nos pères la raison de leur conduite, ils nous répondront ce qu'ils répondaient aux Païens : «Vous nous demandez pourquoi nous n'assistons point à vos spectacles, c'est que nous en connais-
sons tout le danger ^ Or, ce danger n'est-il pas le même aujourd'hui qu'autrefois?
Écoutons Tertullien, méditons ses paroles, et, la main sur la conscience, disons si l'histoire qu'il nous fait des spectacles de son temps, n''est pas l'histoire des spectacles de nos jours? « Le théâtre, dit-il, est proprement le sanctuaire de l'amour profane ; on n'y va que pour y chercher du plaisir. Le charme du plaisir allume la passion, qui s'enflamme à son tour par l'attrait du plaisir. Je suppose qu'on s'y tienne avec un extérieur modeste et composé : qui me répond que, sous cet extérieur flegmatique, sous ce masque imposé par l'art ou par le rang, le cœur soit impassible, et qu'il n'y ait pas au fond de l'âme une secrète agitation? On ne vient pas chercher du plaisir sans s'attacher à celui qu'on trouve; or, il devient impossible de s'y attacher sans quelque sentiinent d'affection, et c'est cette affection même qui est le plus vif aiguillon du plaisir que l'on y goûte. Que l'affection cesse, plus de plaisir; ce n'est plus qu'ennui, perte de temps, inutilité, et je vous demande si tout cela va b. des Chrétiens ? Quoi qu'on puisse penser soi-même du spectacle, on aura beau n'y être qu'à regret, le délester môme, rougir de la compagnie où l'on se trouve, c'en est assez pour autoriser par sa présence ceux qui s'y rendent ; c'est se mettre en contradiction avec soi-même. Ce que notre pensée condamne, notre exemple l'absout ; on devient l'approbateur du mal quand on se rencontre de plein gré avec ceux qui le commettent. 11 ne nous
' Minut. Félix, Octen:, p. 8 et 2C.
suffit pas de n'être pas acteurs quand nous avons l'air d'être complices; il n'y aurait pas d'acteurs s'il n'y avait pas de spectateurs.
» Au théâtre, l'impudique amour entre dans lecœurpar les yeux et par les oreilles; là, des femmes s'immolent à ^'incontinence publique d'une manière plus dangereuse qu'on ne le ferait dans des lieux qu'on n'ose nommer. Quelle mère, je ne dis pas chrétienne, mais tant soit peu honnête, n'aimerait pas mieux voir sa fille dans le tombeau que sur le théâtre ! Quoi ! l'a-t-elle élevée si tendrement et avec tant de précautions pour cet opprobre? l'a-t-elle tenue nuit et jour sous ses ailes avec tant de soin pour la livrer au public et en faire un écueil à la jeunesse ? Qui ne regarde pas ces malheureuses comme des esclaves égarées en qui la pudeur est éteinte? Et voilà qu'elles s'étalent elles-mêmes en plein théâtre avec tout l'attirail de la vanité ! N'est-ce rien aux spectateurs de payer leur luxe, d'entretenir leur corruption, de leur exposer leur cœur en proie, et d'aller apprendre d'elles tout ce qu'il ne faudrait jamais savoir?
» Si nous ne devons avoir que de l'horreur pour l'impudicité, nous peut-il être permis d'aller entendre ou voir ce qu'il nous est défendu de faire ou de dire, nous à qui il sera demandé compte d'une parole oiseuse? Le spectacle nous est donc interdit par le seul fait de l'interdiction de toute impudicité.
» Ce à quoi nous avons solennellement renoncé au baptême, il ne nous est pas permis de le pratiquer, ni de l'exprimer, ni de le regarder de près ou de loin. Or,
quel que soil le nom que la scène présente, tragédie, comédie, pantomime, n'importe, pas une pièce dont l'intrigue n'ait pour sujet une action contre les mœurs ou contre l'humanité : faiblesse ou forfaits , voilà tout ce qu'on y voit.
» Que vous apprend, dites-moi, la tragédie? Rien que des aventures controuvées ou exagérées qui ne rappellent à votre esprit, la plupart du temps, que des actes ou violents ou honteux, qu'il vaudrait bien mieux avoir oubliés, ou bien développent dans votre cœur des germes malheureux qui se déclarent par de trop fidèles imitations.
» La comédie, que vous apprend-elle? qu'exposet-elle à vos regards? L'adultère et l'infidélité, les manèges de la séduction et le déshonneur des époux, d'indécentes bouffonneries, les pères joués par leurs valets et par leurs enfants, des vieillards imbéciles et débauchés.
» La pantomime ? Elle étale sous vos yeux tous les désordres d'une luxure insolente, tout ce qu'une bouche chrétienne n'a pas le courage de retracer. Quelle école pour les mœurs, ou plutôt quel foyer de crimes! que d'aliments pour tous les vices ! »
Après avoir montré que le spectacle est urte occasion dépêche, et que les vœux du baptême l'interdisent au chrétien, Terlullien examine les prétextes qu'on allègue pour y justifier sa présence. Pas un des sophisme s modernes en faveur des spectacles qui ne soit prévenu et réfuté victorieusement par l'éloquent écrivain.
UK PERSÉVÉRANCE. '221
€ On nous dit : A mon âge, dans le rang que j'occupe, avec la force de mes principes ou l'heureuse température de ma constitution, je n'ai rien à redouter du spectacle. Votre âge? qui que vous soyez, il ne vous sauve pas des dangers du théâtre. Jeune, c'est pour vous qu'ils sont le plus formidables. Comment vous défendre des impressions de la volupté qui vous y assiège par tous les sens, et qui n'y trouve que des approbateurs? Le devoir ne tient pas contre les spectacles, qui remuent tout votre être, et parlent plus puissamment à votre cœur que la conscience. La vieillesse elle-même n'est pas un bon préservatif; non, les glaces de l'âge n'éteignent pas des feux dès longtemps allumés, et dont le temps n'a fait qu'accroître l'activité.
» Le rang que vous occupez vous en fait, dites-vous, une nécessité? Et moi, je vous réponds que la foi chrétienne n'admet point d'autre nécessité que celle d'obéir à la loi du Seigneur. 11 est, dites-vous, des circonstances ou l'on ne peut se dispenser de s'y rendre. Et moi, je vous dis qu'il n'en est point où l'on puisse se permettre d'offenser Dieu. Tous vous croyez garanti par votre constitution. J'en appelle, moi, à l'expérience; et, d'après ses leçons journalières, je vous demande qui jamais est sorti du théâtre comme il y était entré. Que si j'interroge votre conscience, qu'aura-t-elle à me répondre? Par quel chemin êtes-vous arrivé jusqu'au spectacle? Par des passions qui voulaient être satisfaites. Qu'étes-vous allé voir? Tout ce qui pouvait vous plaire, et tout ce qu'il vous est défendu d'imiter. De bonne foi, était-ce là la place
d'un Chrétien ? On ne se trouve dans le camp ennemi que quand, inûdèle à son prince, on a déserté ses drapeaux. Quoi ! vous étiez le moment auparavant dans l'église de Dieu, et vous voilà dans le temple du Démon ! tout à l'heure dans la société des Esprits célestes, maintenant dans une fange impure I Quoi 1 ces mains que vous veniez d'élever vers le ciel, elles ont pu battre pour un histrion 1 Cette même bouche qui s'ouvrait pour chanter nos saints mystères, elle a proclamé les louanges d'une prostituée ! Qui désormais vous empêchera de chanter des hymnes à la gloire de Satan ?
» Mais, dites-vous, je ne choisis que de bonnes pièces; il est des spectacles honnêtes qui en font même des écoles de morale. Où donc sont-elles ces bonnes pièces? Dites plutôt que vous choisissez les moins mauvaises : ici le choix n'est pas entre ce qui est bon et mauvais, mais entre ce qui est plus ou moins mal. Toutes ne respirent - elles pas plus ou moins la plus perlide des passions? et puis ces pièces ne changentelles pas de nature quand elles sont représentées , en devenant mille fois plus dangereuses par l'entourage de séductions qui les escortent ? Vous allez au théâtre comme à une école de morale ! vous allez y chercher des modèles de vertus chrétiennes ! Ah ! ce n'est pas là votre religion, ou c'est une religion défigurée. Les dignes interprètes de rKcrilure que vos poètes dramatiques î les dignes organes du Saint-Esprit que vos acteurs !
» Mais j'y vais pour accompagner mes enfants.
El de quel droit leur permellez - vous d'y aller? N'étail-ce donc pas assez de leur avoir communiqué le feu de la concupiscence eu les engendrant? fautil encore que vous l'embrasiez en les conduisant au foyer de toutes les passions? Mais c'est pour les former. Eh quoi ! voire fille ne peut-elle être formée sans avoir une comédienne pour modèle, et votre fils un comédien pour précepteur ?
» Mais ce n'est là qu'un passe-temps. Je réponds que la main qui apprête le venin homicide n'en frotte pas la coupe de fiel et d'ellébore, mais de sucs doux et amorçants, afin de déguiser la trahison et la mort. Voilà les manœuvres et les artifices du Démon. Que l'on se récric sur la beauté des scènes, sur la mélodie des chants, sur rexcellence des poèmes, mOme sur la pureté de la morale. Hayons de miel, si vous voulez : le vase d'où ils s'épanchent n'est pas moins empoisonné ; l'attrait du plaisir ne vaut pas le risque du danger qui l'accompagne. Redoutez ces perfides attraits : que les libertins, les filles perdues, les âmes malfaisantes aillent au thédlre; c'est pour eux qu'il est fait. Nos jeux, à nous, nos fêtes ne sont pas encore prêts; nous ne pouvons pas siéger à la môme table, parce que nous ne pouvons pas les avoir pour convives. Tout vient à son temps : pour eux aujourd'hui les joies; pour nous les tribulations. Le monde, nous dit Jésus-Christ, sera dans Ja joie, et vous dans la tristesse. ^Soyons donc dans l'affliction, tandis que le Païen se réjouit, afin d'être dans la joie quand il commencera à s'affliger, de peur qu'en
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partageant ses plaisirs nous ne partagions aussi ses douleurs '.
L'horreur qu'ils avaient pour les spectacles, nos pères la témoignaient pour les bals et les fêtes profanes ". Les Païens ne manquaient pas de leur en faire un reproche ; mais ils leur répondaient : « Vraiment les Chrétiens sont des sauvages, des ennemis de l'Etat, parce qu'ils n'assistent pas à vos festins, et que, consacrés à la vraie religion, ils célèbrent les jours de fête de l'Empereur par une joie tout intérieure, non par la débauche ! Grande preuve de zèle, en eiïet, d'allumer des feux et de dresser des tables dans les rues, d'étaler des banquets sur les places publiques, de transformer Rome en taverne, de faire couler des ruisseaux de vin, de courir par troupes cà et là, pour se provoquer les uns
• De SpcclacuUs. Tatien, Orat. contr. Grcecos, p. 279. Saint Théophil. d'Aatioche, ad Jutolfc, p. 416. Saint Cyprien, de Speclac. Lact., J/istit. div. Saint Basile, homlK 4, in Hexaineron. Saint Jean Clirjs., honiil. 15, ad Pop. Antioch., et 3, in Saiil et David ; et Anibr., de Fiiga sœculi. Saint Aug., Confess., lib. 3. Salvien, lib. G, de Providenl., etc., etc.
Les conciles d'Elvirc, en 305, can. 62 et 63 ; premier d'Arles, en 314, can. 5; troisième de Cartilage, en 395, can. 2 ; quatrième id., en 398, can. 88; d'Afrique, en 424, can. 28 ou 61, can. 30 ou 63, can. 129 ; second d'Arles, en 432, can. 20 ; sixième conc. génér., en 680, can. 9 ; synode de saint Charles Borrouiée, en 1 568 ; de Bourges en 1584, can. 4.
Les comédiens eux mêmes, les auteurs de comédies, les habitues des tluàtres, tiennent le même langage. Ils sont d'accord avec les Pères de IKglise et les conciles pour condamner les spectacles. Voyez leurs aveux dans Després de Boissy, Lettres sur les xpec' tacles.
' J'ny, Mamarhi, t. 2, p. 188.
les autres par des injures, par de scandaleux défis, par d'impudiques regards ! La joie publique ne se manifestet-elle donc que par la honte publique ? Ce qui viole les bienséances à tout autre jour devient-il bienséance aux fêtes de l'Empereur? Oh ! que nous sommes vraiment dignes de mort, d'acquitter les vœux pour l'Empereur, et de prendre notre part d'allégresse générale, sans cesser d'être chastes, modestes et réservés dans nos
mœurs
Peut-on faire un portrait plus ressemblant de ce qui se passe parmi nous à certaines époques de l'année et à certains jours de réjouissance publique ? Rapprochement humiliant qui montre qu'une partie de la société est redevenue semblable aux Païens. Pour nous, enfants des Chrétiens, notre conduite est tracée dans les exemples de nos pères. Nous avons les mêmes raisons de nous éloigner de toutes ces fêtes coupables : la fuite des occasions est la sauvegarde de la vertu.
Jusqu'ici nous avons tracé le portrait des deux sociétés qui existaient il y a dix-huit siècles, après la prédication des pêcheurs galiléens. Nous avons vu l'état et les mœurs de Rome païenne ; nous avons vu aussi l'état et les mœurs bien difiFérentes de la Rome souterraine, demeure sacrée des premiers Chrétiens. Il faut assister maintenant au combat terrible qui va s'engager entre la vieille société et la société nouvelle.
Or, comme c'est'^toujours l'erreur qui attaque, parce que l'erreur vient toujours après lajéritô, c'est la vieille
' Tertull., JpoL, c, 35.
société qui commença le combat : elle débuta par des calomnies. Il fallait d'abord rendre odieux ceux qu'on voulait égorger ; car la violence chercha toujours à se parer des dehors de la justice. Ici les Juifs et les Païens firent cause commune. Les descendants aveugles d'Abraham et de Jacob, au lieu de faire pénitence de leur déicide, comblèrent la mesure de leurs crimes en persécutant avec rage les disciples du Messie. Pressentant la ruine de leur culte figuratif, ils poussèrent les premiers le cri d'alarme. A peine eurent-ils connu le dessein que les Apôtres avaient formé de porter l'Evangile par toute la terre, qu'ils écrivirent des lettres et qu'ils envoyèrent en toute hâte des émissaires pour indisposer les esprits. Ils disaient : Une secte nouvelle s'est élevée qui porle le nom de Chrétiens; elle soutient l'athéisme et détruit toutes les lois; sa doctrine est impie, détestable, sacrilège*.
Présenter le Christianisme comme destructeur de toute vertu et hostile aux gouvernements, c'était attirer sur la tète de ses sectateurs la haine des peuples et des rois. Ces atroces calomnies n'eurent que trop de succès. Les Païens les adoptèrent, et les fausses impressions qu'elles produisirent n'étaient pas effacées deux cents ans après ". On prétend même que les Juifs gardent encore aujourd'hui à Worms, sur le Rhin, une de ces lettres qui furent alors envoyées partout contre Jésus-Christ et ses disciples ^.
' Saint Justin, Dial- cum Tr)-ph., p. 235.
« Ori},'., in Cels., 1. 6. TcrtuU., ad I^'at., 1. 1,c. 14.
' TiUciuunt, t. 1, p. 148*
La Renommée, qui va toujours croissant, ajouta d'autres imputations, et bientôt les Païens, tirant la conséquence de tant de calomnies, regardèrent les Chrétiens comme les plus scélérats des hommes, et les rendirent responsables de toutes les calamités, petites ou grandes, qui affligeaient TEmpire. Leur nom seul était un crime; il suffisait de le porter pour être coupable de tous les forfaits '. Aussi Tacite, rapportant que Néron avait fait brûler vifs un grand nombre de Chrétiens qu'il accusait faussement d'avoir mis le feu à la ville de Rome, dit naïvement qu'ils étaient moins convaincus d'aucun crime que de la haine du genre humain-.
C'est pour réfuter toutes ces odieuses inculpations que Dieu suscita tant d'éloquents apologistes. Ils étaient obligés de demander comme une grâce qu'on ne condamnât pas les Chrétiens sans les entendre, et que leur nom seul ne fût pas un crime capital ^ La conduite des Chrétiens répondait encore plus éloquemment à toutes les accusations; mais la haine est aveugle. Celle des Païens et des Juifs, non contente de fermer les yeux pour ne pas voir les vertus de nos pères, se boucha les oreilles pour ne pas entendre leurs raisons, se plaça sur le cœur un triple airain pour ne ressentir à leur égard aucun sentiment d'humanité, et s'arma de haches et de glaives pour immoler ses victimes. Le sang coula bientôt h flots sur toute l'étendue de la terre, et
' Tertull., ApoL, c. 40.
* Annal., 1, 15, c. 44.
» lertuU., Apoi.^ c. i, p. U,
le Ciel eut à couronner des milliers de martyrs.
Plaçons ici quelques détails sur ces héros de la foi, parlons de leur nom, de leur nombre, de leurs actes, et des circonstances qui accompagnaient et suivaient leur mort.
Le nom de martyr signifie témoin; il désigne une personne qui a souffert des supplices et même la mort pour rendre témoignage de la vérité de la Religion ; on le donne par excellence aux premiers Chrétiens qui ont sacrifié leur vie pour attester la vérité des faits sur lesquels le Christianisme est fondé. Le Sauveur avait annoncé que la Religion aurait des martyrs. En chargeant ses Apôtres de prêcher l'Evangile : Vous me servirez de tèmoinSf leur disait-il, à Jérusalem^ dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre ^. Ailleurs, il leur expliquait que leur témoignage serait un témoignage de sang : On vous tourmentera, on vous ôlera la vie, et vous serez odieux à toutes les nations à cause de mon nom^. Mais aussitôt il raisurait leur timidité en ajoutant : Ne craignez point ceux qui peuvent tuer le corps et ne peuvent pas tuer l'âme. Si quelqu'un me confesse devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est au ciel; mais si quelqu'un me renie devant les hommes^ je le renierai devant mon Père '.
De ces paroles sacrées, TerluUien conclut avec rai-
' Act., 1,8.
» Matth., XXXIV, 9.
^ Ibul., X, 28 et 32.
son que la foi chrétienne est un engagement au martyre '. Y pensons-nous !
Le nombre des martyrs est incalculable; quelques faits nous en donneront une idée :
1» Il y eut, pendant l'espace de trois cents ans, onze persécutions générales dans toute l'étendue de l'empire romain, et l'empire romain comprenait à cette époque à peu près tout le monde connu. Au quatrième siècle, il y en eut de particulières en Perse et en Afrique, sous les Goths et les Vandales : une seule dura quarante ans, et fit deux cent mille martyrs^. Or, depuis le passage des Apôtres, il y avait des Chrétiens partout. Du tempsdeTertullien, ils étaient en si grand nombre, qu'ils remplissaient tout, excepté les temples des dieux, et que s'ils avaient voulu se venger des Romains, ils n'auraient eu qu'à se retirer et que l'Empire serait devenu désert ^.
2° On faisait un tel carnage des Chrétiens, que dans la seule ville de Lyon il y eut dix-neuf mille martyrs ; on n'épargnait ni l'âge, ni le sexe, ni le rang,
3° Le nombre des victimes fut tel, ue Dioclétien et Maximien se vantèrent, au commencement du quatrième siècle, d'avoir enfin exterminé la race des Chrétiens et anéanti leur religion*.
Déjà avant les grandes persécutions, et au com-
* Debitricem martyrii fidem. De Spect.
* Sozom., Hist. eccl.
* Apol.,c. 37.
* Notnine Christianorum dcleto ; superstitione christiana uhiquc Hflpta.
mencement du règne de Marc-Aurèle, saint Irénée, évéque de Lyon, écrivait : « Partout où l'Église se rencontre, cette sainte mère envoie au ciel, avant elle, par le martyre, une multitude de ses enfants, qu'elle offre au Père comme un gage de l'extrême amour qu'elle a pour lui. Mais les autres assemblées n'ont point de martyrs; il n'y a que l'Eglise qui aime à soufTrir les opprobres pour témoigner à Dieu quel est l'excès de sa charité et quelle est la grandeur de la foi qui lui fait confesser hautement Jésus-Christ. Souvent on l'a vue s'affaiblir par la perte de son sang et de ses membres, puis, tout à coup, se rétablir, reprendre de nouvelles forces et redevenir mère d'un plus grand nombre d'enfants*. »
En souffrant la mort, les martyrs prouvaient la divinité de la Religion, puisqu'ils montraient l'accomplissement visible des prophéties du Sauveur; ils la prouvaient encore par leur constance surnaturelle. Souffrir la mort sans aucun intérêt de vanité, d'ambition, de haine, de gloire humaine; la souffrir même au milieu des insultes de tout un peuple; la souffrir avec calme, avec une douce sérénité; la souffrir pour attester des faits qu'on a vus de ses yeux et touchés de ses mains; la souffrir quand on peut s'y soustraire par un seul mol ; la souffrir pour soutenir une Religion sainte, contraire à toutes les passions, dans laquelle on n'a pas été élevé, mais qu'on a embrassée par convic-
' Lib. i, CaG't. ^oy., sur le nombre dea martyrs, DumRuinart, Actes des Martyrs, préf.
tion et en s'attendanl bien à la signer de son sang ; et quand cela se failnonpasun jour, mais pendant des siècles; et quand cela se fait non par un seul homme, mais par des millions de personnes de tout âge, de tout sexe, de tout rang, de tout état, de tout pays; si ce n'est pas là une chose surnaturelle, il faut abjurer la raison et renoncera pouvoir jamais lier deux idées.
Les Païens étaient tellement convaincus que le courage des martyrs ne pouvait venir que de Dieu, qu'ils se convertissaient en grand nombre à la vue de leur constance au milieu des tourments. « La constance que vous nous reprochez, dit Tertullien, est une leçon ; en la voyant, qui n'est pas tenté d'en rechercher la cause? quiconque examine notre religion, l'embrasse ; alors il désire de souffrir, afin d'acheter, par l'effusion de son sang, la grâce de Dieu et le pardon de ses crimes *.
En deux mots : le Sauveur avait promis à ses Apôtres la grâce qui les rendrait supérieurs à tous les tourments; il tint sa parole^. Voilà tout le secret de la constance des martyrs; il n'y a pas seulement de la folie, mais du ridicule à en chercher une autre.
Mais quel témoignage en faveur de la religion que la signature sanglante de tant de raillions d'innocents et héroïques témoins ! L'impiété pourra bien renverser les temples des martyrs, briser leurs tombeaux, disperser leurs cendres sacrées, effacer leurs épilaphes, mais ce témoignage de sang, jamais.
' Âpol., c. 50.
^ Luc, XXI, 15 et 10. Joan., xvi, 33; arl Philipp., i, 18.
Les relations de leurs jugements, de leurs supplices et de leur mort s'appellent les Actes des martyrs. Rien de plus vénérable après l'Ecriture sainte ; car les réponses des martyrs aux interrogatoires des juges leur étaient dictées par le Saint-Esprit. Notre-Seigneur avait promis en termes exprès de répondre pour eux et de parler par leur bouche : Né vous mettez pas en peine, disait-il aux martyrs de tous les siècles dans la personne de ses Apôtres, de chercher ce que vous aurez à répondre; l'Esprit de votre Père parlera lui-même par votre bouche^. Rien de plus propre que les actes des martyrs à ranimer notre piété : un fils noble et généreux sent son cœur s'enflammer au récit des actions éclatantes de son père ; comment donc pourrions-nous rester, lâches et délicats, insensibles au bonheur du ciel, lorsque nous voyons que pour y arriver les martyrs ont traversé une mer de sang, marché sur des brasiers et sur le tranchant des glaives? Les premiers Chrétiens étaient si persuadés de cette vérité, quils hasardaient souvent leur vie pour recouvrer les actes des saints martyrs.
Le premier moyen, et un des plus ordinaires dont ils se servaient pour avoir la communication de ces actes, était de gagner, à force d'argent, les commis du greffe où les registres étaient gardés, et d'en tirer des copies. Secondement, lorsque les juges faisaient tourmenter quelque Chrétien, plusieurs fidèles qui n'étaient pas connus se mêlaient parmi les Païens, et recueillaient soigneusement les demandes et les réponses, et les autres cir-
* Luc, XXI.
constances du procès. Ces différentes pièces, réunies en corps, étaient portées à l'évêque; l'approbation donnée, la relation était distribuée aux fidèles, qui en faisaient leur lecture ordinaire. On lisait aussi les actes des martyrs datis l'église, les jours d'assemblées*.
Si nos pères avaient tant de vénération pour l'histoire des martyrs, ils en avaient bien davantage pour les martyrs eux-mêmes. Ils étaient à peine arrêtés, qu'ils devenaient des êtres sacrés et jouissaient de plusieurs prérogatives. A leur prière on rendait la communion à ceux qui étaient tombés durant les persécutions; des diacres étaient nommés pour les visiter, les encourager, et prendre soin de leur entretien. Aux diacres se joignaient les diaconesses : c'étaient des vierges ou des veuves de quarante à soixante ans, sages, prudentes, d'une vertu et d'un zèle éprouvés. Une partie des fonctions que les diacres exerçaient à l'égard des hommes, les diaconesses les remplissaient à l'égard des femmes. Leur charge était de visiter toutes les personnes de leur sexe arrêtées pour la foi, ou que la pauvreté, la maladie, rendaient dignes des soins de l'Eglise.
Dans les temps ordinaires, elles instruisaient celles qui étaientcatéchumènes, ou plulôtleur répétaient lesinslruclions du catéchisme ; elles les présentaient au baptême, leur aidaient à ôter et à remettre leurs vêtements, afin que personne ne les vît dans un état peu décent. Elles avaient les nouvelles baptisées sous leur conduite pendant quelque temps, afin de les former à la vie chré-
' D. Ruinart, Actes des Martyrs, préf.
tienne *. Dans l'église, elles gardaient les portes du côté des femmes, et avaient soin que chacune fut placée à son rang et observcll le silence et la modestie. Les diaconesses rendaient compte de toutes leurs fonctions à l'évêque, et, par son ordre, aux prêtres et aux diacres ; elles servaient principalement à les avertir des besoins des autres femmes, et à faire, sous leur direction, ce qu'ils ne pouvaient faire eux-mOmes avec autant de bienséance ^
Si quelquefois les autres fidèles pouvaient obtenir la permission d'entrer dans les prisons, c'était à qui baiserait les chaînes des confesseurs; chacun s'empressait de leur procurer quelque soulagement, de panser leurs plaies, de leur rendre de petits services, et de leur donner des marques de vénération et de respect.
Ainsi l'Eglise n'avait rien omis pour que les martyrs fussent pourvus et visités. La veille de leur mort, lorsque la sentence était portée, avait lieu le souper libre; c'est-à-dire qu'on permettait à tous les condamnés de manger ensemble^. Pour cela, on les réunissait dans une salle commune, autour d'une table que les Chrétiens avaient soin de servir le plus convenablement que leur pauvreté pouvait le permettre. Tout le public pouvait assister au repas des martyrs; les Chrétiens n'y manquaient pas, soit pour exhorter les saints confesseurs, soit pour recommander h leurs prières et recevoir leurs derniers conseils.
* Const.npost.,\.ùyC. 17;1.8,c. 19. Terlull., rfe A>/anrf. rirg.^ix»
* Mœurs d/s Chrét., p. 254.
* Voy. Actes dr sainte Perpétue, et Godeferard, 0 aviil, etc., etc.
Après l'exécution de la sentence, les Chrétiens s'empressaient, lorsque la chose était possible, d'enlever les corps et les restes des martyrs; ils les enveloppaient dans l'or et la soie, avec les parfums les plus exquis. C'est auprès de leurs tombeaux qu'ils venaient prier; c'est sur leurs tombeaux que s'olTrait l'auguste sacrifice. Les conciles d'Afrique défendirent qu'on dressât aucun autel sans y mettre des reliques de martyrs; cette loi s'observe encore dans toute l'Eglise. Persuadés avec raison que les martyrs qui venaient de donner leur sang pour Jésus-Christ étaient tout-puissants dans le ciel, nos pères les invoquaient; on institua des fêtes en leur honneur ; on choisit pour les célébrer le jour de leur martyre : ce jour fut appelé Nativité ou naissance. Admirable idée qui rappelait que c'était le jour de leur mort qu'ils étaient nés à la véritable vie. L'Eglise n'a pas manqué de retenir ce langage.
Saint Augustin va nous apprendre quel était le culte qu'on rendait aux martyrs. Ce saint docteur, écrivant contre Fauste le Manichéen, qui accusait les Catholiques d'avoir substitué les martyrs aux idoles, lui répond en ces termes : « Si les Chrétiens honorent les saints martyrs, c'est ou par le désir de participer à leurs m;''rites, ou dans l'espérance d'être heureux par leurs prières, ou pour s'exciter à l'Imitation de leurs vertus. Ainsi les autels que la piété éleva sur leurs tombeaux ne sont érigés à aucun martyr, mais au Dieu des martyrs. Quel prêtre du Seigneur, montant à l'autel, a jamais dit : C'est à vous, Pierre ; c'est à vous, Paul ; c'est
à vous, Cyprien,que nous offrons? Ce qu'on offre, c'est à Dieu qu'on l'offre, à ce Dieu qui a couronné les martyrs. II est vrai, nous l'offrons souvent dans les lieux où il les a couronnés, mais c'est afin que la vue de ces lieux sacrés excite dans nos cœurs une charité plus ardente, un amour plus vif, et envers ceux que nous devons imiter, et envers celui par qui nous le pouvons. Nous révérons donc les martyrs. . . mais le culte de latrie, nous croyons et nous enseignons que Dieu seul peut en être l'objet. Or, le sacrifice étant l'acte essentiel de ce culte, nous ne l'offrons ni aux martyrs, ni aux Saints, ni aux Anges. Si quelqu'un des nôtres venait à tomber dans une semblable erreur, nous lui opposerions aussitôt la saine doctrine, afin qu'il pût rentrer en luimême, ou qu'on fût en droit de le fuir '. »
PRIÈRE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour , je vous remercie de la sainteté et du courage que vous avez donnés à nos pères : faites-nous la grâce d'imiter leur vigilance sur eux-mêmes et leur constance dans les peines de la vie.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et le prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, j'e veux fuir avec horreur les assemblées du monde.
• Contr. Faust., \. 20,21.
DE PERSÉVlÎRA.NCli. 237
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME ÉTABLI
(Premier siècle.)
Q. Comment nos pères dans la foi étaient-ils parvenus à une si grande sainteté ?
R. Nos pères dans la foi étaient parvenus à une si grande sainteté, en s'appliquant à bien faire leurs actions de chaque jour, et en partageant leur temps entre la prière, le travail et la pratique des œuvres de charité; mais surtout en fuyant toutes les occasions de péché.
Q. Quelles étaient ces occasions?
R. Ces occasions étaient principalement les spectacles, les danses et les fêtes publiques. Les premiers Chrétiens n'allaient ni aux spectacles, ni aux danses, ni aux fêtes publiques. Voici quelles étaient leurs raisons : elles sont les mêmes pour nous. 1^ lis regardaient avec raison les spectacles, les comédies, les tragédies, comme une école de libertinage. Ils croyaient qu'un Chrétien ne devait point aller voir des choses qu'il lui est défendu d'imiter; qu'il est bien difficile de ne pas se laisser entraîner par les passions, lorsque tout contribue à les enflammer. 2* Ils disaient que l'âge ne saurait excuser, parce qu'on est homme, c'est-à-dire faible à tout âge ; que la coutume ne pouvait autoriser, parce que la coutume du monde n'est pas une loi pour un
Chrétien; que Tunique nécessité était d'obéir ix la loi du Seigneur ; 3° qu'en allant au spectacle on scandalise son prochain, et que, s'il n'y avait point de spectateurs, il n'y aurait point d'acteurs. Ils disaient la même chose des bals et des fêtes publiques, et ils demandaient aux Païens si l'on ne pouvait honorer les maîtres de la terre qu'en se livrant aux excès de l'intempérance, et en offensant le maître du ciel.
Q. Cette conduite si vertueuse plaisait-elle aux Païens?
/?. Cette conduite vertueuse ne plaisait pas aux Païens, pas plus que la conduite des gens de bien ne plaît aux mauvais Chrétiens de nos jours. Les Juifs et les Idolâtres répandirent même beaucoup de calomnies contre nos pères. Les apologistes de la Religion les défendirent avec éloquence, et la vertu des Chrétiens les défendait encore mieux. Mais la haine est aveugle. Les Juifs et les Païens ne voulurent entendre aucune jusliflcation, et ils se mirent à persécuter les Chrétiens. Le sang coula bientôt à grands flots. Des millions de victimes furent immolées en haine de la Religion.
Q. Comment appellc-t-on ces victimes?
R. On les appelle martyrs : martyr veut dire témoin. On donne ce nom aux Chrétiens qui sont morts pour la défense de la foi. Le nombre des martyrs pendant les quatre premiers siècltîs est incalculable. iVotre-Scigneur avait annoncé que ses Disciples seraient mis à mort à cause de sa doctrine. En souffrant le martyre, nos pères accomplissaient donc une prophétie ; ils prouvaient la divinité de Noire-Seigneur qui avait prédit leurs tour-
menls, et établissaient la vérité de la Religion. Ils l'établissaient encore par leur constance au milieu des supplices. C'est un miracle que des millions de personnes vertueuses de tout âge, de tout sexe, de toutes conditions, de tout pays, aient souffert toutes sortes de supplices pendant trois cents ans, avec calme, sans murmure et sans plainte. Or, Dieu ne peut pas faire des miracles pour autoriser des imposteurs. La Religion chrétienne est donc vraie.
Q. Qu'entendez-vous par les actes des martyrs?
R. On entend par les actes des martyrs la relation de leur jugement, de leur interrogatoire, de leur supplice et de leur mort. Rien n'est plus vénérable et plus propre à nous exciter à la vertu. Les Chrétiens se procuraient les actes des martyrs de deux manières : 1° en achetant des greffiers du tribunal la permission de les transcrire ; 2° en se mêlant, sans être connus, parmi les Païens, lorsqu'on jugeait les martyrs, et en écrivant tout ce qui se passait. On portait les actes des martyrs à l'évêque. Lorsqu'il les avait approuvés, on les donnait aux fidèles, qui en faisaient leur lecture ordinaire; on les lisait aussi dans les églises. On avait grand soin des martyrs pendant qu'ils étaient en prison. Après leur mort, on les ensevelissait avec soin, et on célébrait le saint sacrifice sur leurs tombeaux, non en leur honneur, mais en l'honneur du Dieu qui couronne les martyrs. On les priait comme nous prions les autres saints.
PRIÈRE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de la sainteté et du courage que vous avez donnés à nos pères : faites-nous la grâce d'imiter leur vigilance sur eux-mêmes, et leur constance dans les peines de la vie.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par -dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux fuir avec horreur les assemblées du monde.