‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 2)Chapitre 13 sur 29 · S46 CATÉCHISME · texte numérisé non relu

S46 CATÉCHISME

Sature, qui n'était point avec nous lorsque nous fûmes arrêtés, mais qui depuis se livra volontairement auT persécuteurs à cause de nous. Quand il fut arrivé au haut de l'échelle, Use tourna vers moi, et me dit : «Perpétue, je vous attends; mais prenez garde que le dragon ne vous morde. » Je lui répondis : « Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, il ne me fera point de mal. » Alors, comme s'il eût eu peur de moi, il leva doucement la tête de dessous l'échelle, et moi, m'étant mise en devoir de monter, elle me servit de premier échelon. Lorsque je fus parvenue au haut de l'échelle, je vis un homme d'une grande taille, habillé en berger, dont les cheveux étaient blancs; il tirait le lait de ses brebis, et était environné d'une multitude innombrable de personnes vêtues de blanc. Il m'appela par mon nom, et me dit : « Ma fille, soyez la bien-venue. » Il me donna d'une espèce de caillé fait avec le lait qu'il tirait; je le reçus en joignant les mains, et le mangeai ; tous ceux qui étaient là présents répondirent amen. Je m'éveillai à ce bruit, mâchant quelque chose de fort douï. Je racontai cette vision à mon frère, et nous en conclûmes que nous souffririons la mort. Nous commençîlmes donc à nous détacher entièrement des choses de la terre, et à tourner toutes nos pensées vers l'élernilé.

» Quelques jours après, le bruit s'élant répandu que nous allions être interrogés, je vis arriver mon père dans la prison; la douleur était peinte sur son visage : « Ma fille, me dit-il, prends pitié de mes cheveux blancs ;

aie pitié de moi. Si je suis digne que tu m'appelles ton ipére, si je t'ai moi-même élevée jusqu'à cet âge, si tu as toujours eu dans mon cœur la préférence sur tes frères, ne me rends pas l'opprobre des hommes! Regarde tes frères, regarde ta mère, regarde ton fils, qui ne pourra vivre après toi ; quitte cette fierté, de peur de nous perdre tous ; car aucun de nous n'osera paraître en public, si tu es condamnée au supplice. »

» En me parlant ainsi, mon père me baisait les mains ; puis, se jetant à mes pieds tout baigné de larmes, il m'appelait, non pas ma fille, mais madame. Ma peine était extrême, lorsque je pensais que, de toute ma famille, il serait le seul qui ne se réjouirait pas de mon martyre. Je lui dis pour le consoler : « De tout ceci, il n'arrivera que ce qu'il plaira à Dieu ; notre ^rt est entre ses mains, et non entre les nôtres. » Il se relira accablé de tristesse.

» Le lendemain, comme nous dînions, on vint nous enlever tout à coup pour être interrogés. Le bruit s'en répandit aussitôt dans tous les quartiers; la salle d'audience fut remplie en un instant d'un peuple infini. On nous fit monter sur une espèce de théâtre, où le juge avait son tribunal. Nous comparûmes devant ÏTilarien, intendant de la province, qui repré«entai( le proconsul, mort depuis peu. Tous ceux qui furent interrogés avant moi confessèrent généreusement Jésus -Christ. Mon tour étant venu, je me préparais à répondre, lorsque voilà mon père qui paraît, accompagné de mon enfant, porté par un domestique. Il m'éloigna un peu du pied

du tribunal, et employa tous les moyens que la tendresse put lui suggérer pour m'attendrir sur le sort de celle innocente créature. Hilarien se joignit à mon père : «Eh quoi ! me dit-il, vous ne serez touchée ni par les cheveux blancs d'un père que vous allez rendre malheureux, ni par l'innocence de cet enfant, qui va devenir orphelin par votre mort? Sacrifiez seulement pour la prospérité des empereurs ! » Je lui répondis : « Je ne sacrifierai point. » Hilarien reprit : « Vous êles donc Chrétienne? — Oui, je suis Chrétienne,» répliquai-je. «Cependant mon père, qui était resté là dans l'espérance de me gagner, reçut un coup de baguette d'un huissier à qui Hilarien avait ordonné de le faire retirer. Ce coup me fut très-sensible, et je ressentis une vive douleur de voir mon père ainsi maltraité dans sa vieillesse. Le juge prononça ensuite notre sentence, et nous condamna tous à être exposés aux bétes. Nous retournâmes à la prison remplis de joie. Dès que j'y fus entrée, je priai le diacre Pomponius de demander mon enfant à mon père ; il ne voulut pas me l'envoyer. » :■ Il paraît que Secondule était mort en prison avant l'interrogatoire, puisqu'il n'est pas parlé de lui. Hilarien, avant de prononcer la sentence, avait fait subir une cruelle flagellation à Sature, li Saturnin et à Uévocal; il avait aussi fait battre au visage Perpétue et Félicité. l\ différa le supplice des martyrs jusqu'aux jeux qui devaient se donner à la fôte de Géta, que l'empereur Sévère, son père, avait créé César, lorsque Caracalla eut été proclamé Auguste.

Sainte Perpétue reprend son récit : « On nous transféra bientôt dans la prison du camp; nous fûmes tous mis à la chaîne jusqu'au jour où nous devions être exposés aux bétes. Cependant l'officier, nommé Pudens, qui commandait les gardes de la prison, voyant que Dieu nous favorisait de plusieurs dons, conçut une grande estime pour nous et laissa entrer librement les frères qui venaient nous voir, soit pour nous consoler, soit pour recevoir eux-mêmes de la consolation. Comme le jour marqué pour le spectacle approchait, mon père vint me trouver; il était dans un accablement qu'on ne saurait rendre ; il s'arrachait la barbe, se jetait par terre, y demeurait couché sur le visage,^ maudissait sa vieillesse et disait des choses capables d'émouvoir toutes les créatures. Je mourais de douleur de le voir dans cet étal. » Ici finit la relation de sainte Perpétue; ce qui suit fut écrit par un témoin oculaire.

Félicité était enceinte de huit mois, et voyant le jour des spectacles si proche, elle était fort affligée, craignant que son martyre ne fût différé, parce qu'il n'était pas permis d'exécuter les femmes enceintes avant leur terme. Les compagnons de son sacrifice éprouvaient une grande tristesse de la laisser seule dans le chemin de leur commune espérance. Ils se mirent donc tous en prières pour elle, afin qu'elle fût délivrée avant le jour du combat. Aussitôt après leurs prières, les douleurs la prirent ; la violence du mal lui fît jeter quelques cris, un des guichetiers lui dit : « Tu te plains, que feras-tu quand tu seras exposée aux bêtes? — C'est moi , ré-

pondit Félicité, qui souffre maintenant ce que je souffre ; mais là il y en aura un autre en moi qui souffrira pour moi, parce que je souffrirai pour lui. » Elle accoucha d'une fille qu'une femme chrétienne éleva comme son enfant.

Cependant le tribun qui avait les saints martyrs en sa garde les traitait avec une extrême rigueur. Perpétue, conservant toujours son grand caractère, lui dit hardiment : « Osez-vous bien traiter avec cette dureté des prisonniers qui appartiennent à César, et qui sont destinés à combattre le jour de sa fête ? Pourquoi leur refusez-vous le peu de soulagement qui leur est accordé jusque-là? n'est-il pas de votre honneur qu'on nous trouve frais et bien portants? » Le tribun, honteux et confus de ces reproches, ordonna que les martyrs fussent traités avec plus d'humanité. Les frères eurent la permission d'entrer dans la prison et de leur porter des rafraîchissements. Le geôlier Pudens, qui s'était converti, leur rendait secrètement tous les bons offlces qui dépendaient de lui.

La veille du combat, on leur donna, suivant la coutume, le souper qu'on nommait le souper libre, et qui se faisait en public; nos saints changèrent autant qu'il leur fut possible ce dernier souper en un repas de charité. La salle où ils mangeaient était pleine de peuple; les martyrs lui adressaient de temps en temps la parole. Tantôt ils lui parlaient avec fermeté, le monavant de la colère de Dieu; tantôt ils relevaient le bonheur qu'ils avaient de mourir pour le nom de Jésus-

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Christ ; d'autres fois, ils lui reprochaient sa curiosité brutale. « Quoi! leur disait Sature, le jour de demain ne vous suffira-t-il pas pour nous contempler à votre aise? Aujourd'hui vous faites semblant d'avoir pitié de nous, et demain vous battrez des mains à notre mort. Regardez bien toutefois nos visages, afin de nous reconnaître à ce jour terrible où tous les hommes seront jugés. » Ces paroles, prononcées avec ce ton d'assurance et celte fermeté que la foi seule donne, jetèrent l'étonneraent dans l'âme de la plupart; les uns se retirèrent saisis de crainte, plusieurs restèrent pour se faire instruire, el crurent en Jésus-Christ.

Enfin, le jour qui devait éclairer le triomphe de nos généreux athlètes étant arrivé, on les fit sortir de prison pour les conduire à l'amphithéâtre. La joie était peinte sur leur visage, elle éclatait dans leurs paroles et dans tout leur extérieur. Perpétue marchait la dernière : la tranquillité de son âme se manifestait dans sa démarche; elle tenait ses yeux modestement baissés vers la terre, pour dérober aux spectateurs la vivacité de son regard. Pour Félicité, elle ne pouvait exprimer la joie qu'elle ressentait de se trouver en état de combattre les bêtes aussi bien que les autres. Lorsqu'ils furent à la porte de l'amphithéâtre, on voulut, suivant l'usage, leur faire prendre les ornements de ceux qui paraissaient à ce spectacle : c'était pour les hommes un manteau rouge, habit des prêtres de Saturne; pour le» femmes, une bandelette autour de la tête, symbole des prêtresses de Cérès. Les martyrs refusèrent les livrées de l'idolâtrie.

Perpétue chantait, comme se tenant déjà assurée de la victoire. Révocat, Saturnin et Sature menaçaient le peuple des jugements de Dieu. Lorsqu'ils furent vis-àvis le balcon d'Hilarien, président des jeux, ils lui crièrent : «Vous nous jugez en ce monde, mais Dieu vous jugera en l'autre. «Le peuple, irrité de cette hardiesse, demanda qu'ils passassent par le fouet; nos saints se réjouirent d'être traités comme l'avait été Jésus-Christ leur divin maître ^

Ce Dieu bon qui a dit : « Demandez, et vous recevrez, » accorda à nos martyrs ce qu'ils lui avaient demandé. Un jour qu'ils s'entretenaient ensemble des divers supplices qu'on fait endurer aux Chrétiens, ceux-ci souhaitaient mourir d'une façon, ceux-là d'une autre. Saturnin témoigna le désir d'être exposé à toutes les bêtes de l'amphithéâtre, afin de multiplier ses victoires en multipliant ses combats. 11 obtint en partie ce qu'il désirait, car lui et Révocat, après avoir été longtemps attaqués par un léopard, le furent aussi par un ours furieux qui les harcela jusqu'auprès du théâtre, où il les laissa tout déchirés. Sature ne craignait rien tant que d'être exposé à un ours, et il aurait souhaité qu'un léopard lui eût ôlé la vie du premier coup

' Pro ordine venatorum, disent les Actes. On appelait venatores ceux qui étaient armés pour combattre les bêtes. Ils se rangeaient sur deux lignes, ayant un fouet «î la main, et à mesure que les bestiarii, ou personnes condamnées aux bètes, passaient au milieu d'eux, ils leur en décLargeaient chacun un coup. Les bestiarii étaient dépouillés de leurs vêtements en passant par ce genre de supplice.

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de dent. Cependant, voilà qu'on lâcha sur lui un sanglier; mais cet animal s'élani retourné contre le piqueur qui le conduisait, il lui ouvrit le ventre avec ses défenses, puis, revenant à Sature, il se contenta de le traîner quelques pas sur le sable ; ensuite on le mena près d'un grand ours qui ne voulut point sortir de sa loge. Ainsi Sature entra au combat et en sortit sans avoir reçu aucune blessure.

Ce fut alors que s'étant retiré sous les portiques de l'amphithéâtre, il trouva l'occasion de parler à Pudens; il l'exhorta à persévérer constamment dans la foi. «Vous voyez, lui dit-il, que les bêtes ne m'ont point fait de mal, conformément à mes désirs et à la prédiction que j'en avais faite. Croyez donc fermement en Jésus-Christ. Je retourne dans l'amphithéâtre où un léopard m'ôlera la vie d'un seul coup de dent. » La chose arriva ainsi ; sur la fin du spectacle un léopard se jeta sur lui, d'un seul coup de dent il lui fit une si large blessure, que son sang coulait à grands flots, et le peuple s'écria : « Le voilà baptisé pour la seconde fois. » Alors le martyr tourna ses derniers regards sur Pudens et lui dit : « Adieu, cher ami, souvenez-vous de ma foi, et que I mes souffrances, au lieu de vous troubler, ne servent qu'à vous fortifier. » Il lui demanda ensuite l'anneau qu'il avait à son doigt, puis l'ayant trempé dans son sang, il le lui rendit en disant : « Recevez-le comme un j gage de notre amitié, portez-le pour l'amour de moi, et ] que le sang dont il est rougi vous fasse souvenir de celui ! que je répands aussi pour Jésus-Christ. » Après cela le

saint martyr Tut transporté au lieu où l'on achevait c nx qui n'étaient pas morts de leurs blessures.

Sur ces entrefaites, le Démon, crevant de dépit de voir que le sexe le plus faible allait remporter une victoire signalée, avait fait en sorte que, contre la coutume, on destinât une vache sauvage pour combattre contre Perpétue et Félicité. Les deux saintes furent donc dépouillées et mises dans un filet pour être exposées à celle bêle furieuse. A ce spectacle le peuple fut saisi d'horreur et de pitié, voyant l'une si délicate et l'autre qui venait d'accoucher; on les relira et on les couvrit d'habits flottants. La vache, s'élant jetée d'abord sur Perpétue, l'éleva en l'air et la laissa tomber sur le dos. L» jeune martyre, qui s'aperçut que ses vêtements étaient déchirés, les arrangea promptement, moins occupée de ses douleurs que de la modestie qui pouvait être blessée ; elle se releva, renoua ses cheveux qui s'étaient détachés, afin de ne pas paraître semblable aux personnes: affligées.

Ayant aperçu Féhcité qui- avait été fort maltraitée par la vache et qui était èteodue sur le sable, ell©coujrut à elle et lui donna l'a mai» pour faider à se^ relever. Elles attendaient toutes deux qu'on leur fît soutenir une nouvelle attaque ; mais le peuple ne l'ayant: pas voulu, OB les conduisit ;i la porte Sanavivariaf qui donnait dans la place publique. Perpétue y fut reçue par U1Ï CQléchumène nommé Rustique. Alors cette femme admirable s'éveilla comme d'un profond sommeil, et dleniamla quand on len exposerait à cette vache furieuse.

Lorsqu'on lui eut dit ce qui s'était passé, elle n'en voulut rien croire, jusqu'à ce qu elle eût reconnu Je catéchumène et aperçu sur son corps et ses vêtements les marques de ce qu'elle avait souflFert.

« Eh ! où était-elle donc? s'écrie saint Augustin en parlant de cette circonstance ; où était-elle lorsqu'elle était attaquée et déchirée par une bêle furieuse sans en ressentir les coups, et lorsque, après un si rude combat, elle demandait quarîd il devait commencer ? Que voyaitelle pour ne point voir ce que tout le monde voyait? Que sentait-elle pour ne pas sentir une douleur si violente? Par quel amour, par quelle extase, par quel breuvage élait-elle ainsi transportée hors d'elle-même et comme divinement enivrée, pour paraître insensible dans un corps mortel ? »

La Sainte fit appeler son frère et lui dit, ainsi qu'à Rustique : (( Demeurez fermes dans la foi, aimez-vous les juns les autres, et ne soyez point scandalisés de nos souffrances. »

Cependant on se disposait à égorger les martyrs dans le Spoliarium, où Sature avait été transporté. C'était, comme nous avons dit, le lieu où l'on achevait ceux que les bêtes n'avaient pas entièrement tués ; mais, pour jouir jusqu au bout de ce spectacle inhumain, le peuple Jeraanda qu'ils fussent tous égorgés au milieu de l'amphithéâtre ; ils se levèrent aussitôt, s'embrassèrent jour sceller leur martyre parle saint baiser de paix, et j^e rendirent où le peuple les demandait. Ils reçurent !0us le coup de la mort sans faire le moindre mouve-

ment et sans laisser échapper la moindre plainte. Sature fut le premier couronné, conformément à la vision de sainte Perpétue. Elle-même tomba entre les mains d'un gladiateur maladroit qui la fit souffrir longtemps; elle conduisit elle-même à sa gorge la main tremblante du bourreau, et lui marqua l'endroit où il devait frapper.

Leurs corps glorieux furent recueillis par les fidèles. Dans le cinquième siècle, ils étaient dans la grande église de Carthage. Leur fête, au Rapport de saint Augustin, attirait plus de monde pour honorer leur mémoire, que la curiosité n'avait autrefois attiré de Païens à leur martyre. Les t.oms de sainte Perpétue et de sainte Félicité ont été insérés dans le canon de la messe. Quels noms plus beaux l'Eglise pouvait-elle consacrer à Timmortalité ! Quels exemples plus touchants pouvait-elle proposer aux générations chrétiennes!

PRIÈRE

O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir choisi des témoins de notre foi dans tous les états, dans tous les pays et dans toutes les conditions, afin de confondre l'incrédulité et d'offrir des modèles à tous les Chrétiens; failes-nous la gr;)ce d'imiter la charité et la grandeur d'àme de sainte Perpétue et de sainte Félicité.

chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, jt' veux penser chaque jour aux jugements de Dieu.

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PETIT CATECHISME

LE CHRISTIANISME ÉTABLI

( 3* siècle.)

Q. De quelle manière commence le troisième siècle?

R. Le troisième siècle commence par une guerre plus vive et plus générale contre l'Église. Les philosophes, les hérétiques, se réunissent aux bourreaux pour l'anéantir; mais Dieu prend soin de la défendre : aux philosophes, aux hérétiques, il oppose deux grands apologistes ; aux persécuteurs, il oppose une multitude de martyrs. Ces deux grands apologistes sont Tertullienet Origène.

Q. Qui était TertuUien?

R. TertuUien était un prêtre de Carthage. Il était né dans cette ville l'an ÎGO de Notre-Seigneur; il était fils d'un centurion. Étant venu à Rome, il publia une défense des Chrétiens qu'il présenta aux magistrats de l'Empire. Cet ouvrage est un chef-d'œuvre; il porta un coup mortel au Paganisme. Après avoir confondu les Païens, TertuUien se tourna vers les hérétiques ; il réfuta toutes les hérésies passées, présentes et futures dans un ouvrage appelé les Prescriptions, où il montre que l'Église catholique est la seule véritable, parce qu'elle seule remonte jusqu'aux apôtres et jusqu'à Jésus-Christ. TertuUien eut le malheur de tomber ensuite dans des erreurs condamnables; mais elles n'ôtent rien au mérite des ouvrages qu'il écrivit avant sa chute.

Q. Qui était Origène?

R. Origène naquit à Alexandrie l'an 185 de Notre- Seigneur; il avait eu pour père le saint martyr Léonidas. Appliqué de bonne heure à l'étude, et doué d'un vaste génie, il devint une des plus brillantes lumières de l'Eglise . En ce temps-là, un philosophe païen nommé Celse écrivit un ouvrage contre les Chrétiens. Il avait su y réunir toutes les calomnies répandues contre les fidèles, et toutes les objections possibles contre la Religion. Origène le combattit et en triompha. Origène donna aussi dans quelques erreurs, mais il paraît qu'il n'y fut jamais obstiné.

Q. Quelle fut la septième persécution générale?

R. La septième persécution générale fut celle de l'empereur Scptime- Sévère. Dès l'an 200, ce prince barbare publia un édit de proscription. Le sang coula dans toutes les parties de la terre. Les premiers martyrs qui se présentent furent sainte Perpétue et sainte Félicité et leurs compagnons. Ces Saints étaient de Carthage. Perpétue, âgée de vingt-deux ans, était d'une famille noble, mariée et mère d'un enfant qu'elle nourrissait elle-même. Félicité était esclave; elle était aussi mariée. Le proconsul llilarien lit arrêter nos saints martyrs. Aussitôt le père de sainte Perpétue , qui était païen, vint la supplier de renoncer à la foi et de ne pas le faire mourir do douleur. Mais sainte Perpétue demeura inébranlable. Quelques jours après, ils comparurent devant le juge. Au moment où ils montaient au tribunal, le père de Perpétue parut, suivi d'un dômes-

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tiqiie portant le jeune enfant de la Sainte. Là il conjura sa fille, au nom de ses cheveux blancs, au nom de son petit enfant, de ne pas s'obstiner à mourir. Le proconsul se joignit à lui ; mais Perpétue se contenta de leur répondre : Je suis Chrétienne.

Q. Qu'arriva-t-il ensuite?

R. On conduisit ensuite les martyrs dans la prison. Le geôlier se convertit et leur procura quelques soulagements. La veille du jour où ils devaient être exposés aux bêtes, on leur donna le souper libre. C'était un repas qu'on donnait aux martyrs : ils le prenaient dans une salle où tout le monde pouvait venir les voir. Il y vint une foule de peuple, auquel les martyrs parlaient avec beaucoup de fermeté : plusieurs se convertirent. Le lendemain, les martyrs furent conduits dans l'amphithéâtre. Trois furent exposés aux bêtes ; sainte Perpétue et sainte Félicité furent enfermées dans des filets et exposées à une vache sauvage et furieuse. Cette vache éleva en l'air sainte Perpétue et maltraita beaucoup sainte Félicité. Les deux Saintes se relevèrent pour soutenir une nouvelle attaque ; mais le peuple ne le voulut pas. Sainte Perpétue fut conduite à la porte de l'amphithéâtre, et demanda à un catéchumène, nommé Rustique, quand on l'exposerait à cette vache furieuse. On lui dit ce qui venait de se passer. Elle ne s'en était pas même aperçue. Le peuple demanda que tous les martyrs fussent égorgés au milieu de l'amphithéâtre. Ils se levèrent sur-le-champ, se donnèrent le baiser de paix, se rendirent au lieu où le peuple les demandait,

el reçurent le coup de la mort sans faire le moindre mouvement et sans pousser la moindre plainte.

PRIÈRE

O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir choisi des témoins de notre foi dans tous les états, dans tous les pays et dans toutes les conditions, afin de confondre l'incrédulité et d'olTrir des modèles à tous les Chrétiens ; faites-nous la grâce d'imiter la charité et la grandeur d'âme de sainte Perpétue et de sainte Félicité.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je veux penser chaque jour aux jugements de Dieu.

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