‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 2)Chapitre 14 sur 29 · XV*^ LEÇON · texte numérisé non relu

XV*^ LEÇON

LE CHRISTiAXISME ÉTABLI. (3^ sièclC.)

Saint Irénée. — Jugement de Dieu sur Septime-Sévère. — Persécution particulière sous iMaximin. — Portrait de ce prince. — Jugement de Dieu sur lui. — Huitième persécution générale, sous Dèce. — Portrait de ce prince. — Martyre de saint Pionius. — de saint Cyrille, — de sainte Aifathc. — Jugement de Dieu sur Dèce. — Neuvième persécution jîcnérale, sous Valérius. — Portrait de ce prince. — Martyre de saint Laurent, — de saint Cyprien.

Tandis que Carthage recevait une double gloire et de la naissance de Tertullien et du martyre de sainte Perpétue, Lyon acquérait un nouveau titre à l'immortalité : saint Irénée, son évêque, signait de son sang la foi qu'il avait défendue avec éloquence contre les hérétiques *.

' Le principal ouvrage de saint Irénée est un Traité contre les hérésies. Il le dirigea surtout contre lesValentiniens.

Dans le premier livre, saint Irénée expose les rêveries des Valentiniens sur la généalogie des trente Eones. Ces êtres imaginaires étaient des divinités intérieures qu'on faisait produire par le Dieu éternel, invisible, nommj Profondeur^ auquel on donnait pour femme la Pensée.

Dans le second, saint irénée montre que Dieu seul a créé l'univers, et réfute le système des Eones.

Dans le troisième, il se plaint de ce que les hérétiques, étant pressés par l'Ecriture, en éludaient l'autorité, prétendant que la tradition était poui eux; et de ce qu'attaqués par la tradition,

Deux de ses disciples, Ferréol et Ferjeux, arrosèrent de leur sang la semence évangélique qu'ils avaient jetée à Besançon. Ce fut vers l'an 210.

Cependant Septime -Sévère devait, comme tous les persécuteurs, servir à la gloire de Jésus-Christ, en devenant un monument de sa justice. La main divine le frappa d'une maladie mortelle au milieu de ses conquêtes. Il vit son propre fils, Caracalla, armé d'un poignard, attenter à ses jours. Le coup ayant manqué. Sévère devint en proie à la tristesse la plus noire. Sentant sa mort approcher, il s'écria : J'ai été tout ce qu'un homme peut être; mais que me servent aujourd'hui ces honneurs * ? Sa fermeté l'abandonna. Après avoir vainement demandé du poison, il mangea exprès et si avidement des mets indigestes, qu'il en mourut l'an 211. La vieille société païenne était alors si déréglée que, pendant le seul règne de cet empereur, c'est-à-dire pendant quatorze ans, on fil le procès à trois mille personnes accusées d'adultère.

ils l'abandonnaient et en appelaient à l'Ecriture seule, tandis que l'Ecriture et la tradition fournissaient des armes invincibles contre leurs erreurs. 11 le [)rou\e.

Dans le quatrième, il prouve l'unité de Dieu, et montre que Jésus-Christ, en abolissant les anciens sacrifices, y a substitué celui de son corps et do son sanp, qui doit être offert dans tout le monde, suivant la prédiction de Malachie.

Dans le cinquième, îl parle de notre rédemption parJésus-Cbrist, et rapporte les preuves de la résurrection des corps.

Saint Epiphane dit de saint Irénée qu'il est un bonime trèsdocte, très-cloquent, et doué de tous les dons du Saint-Esprit. Théodoret le re{j;arde comme la lumière des Gaules occidentales,

' Omnis) fui, et vidi quia nihii expedit.

Sous l'empereur Caracalla, il y eut encore des martyrs : il en fut de même sous le règne de ses premiers successeurs. Cependant le feu se ralentit; mais ce ne fut que pour se rallumer avec plus de violence. Maximin, étant monté sur le trône l'an 235, excita une persécution qui dura trois ans. Elle fut surtout dirigée contre les évêques et les prêtres*. Le pape saint Poncien fut emporté dans cet horrible tourbillon ^.

Pour apprécier le nombre des martyrs et l'horreur des supplices auxquels ils furent condamnés, il sufflt de savoir que Maximin était un monstre si cruel, que les historiens païens l'ont nommé un Gyclope, un Busiris, un Phalaris, un Typhon ; Rome et le sénat firent des prières publiques pour demander au Ciel que ce détestable tyran ne revît jamais le Capitole. Le bruit de ses cruautés inouïes venait sans cesse frapper les oreilles ; on n'entendait autre chose par toute la ville que le récit funeste des exécutions qu'il ordonnait : il faisait crucifier les

' C'est sans doute pour cette raison qu'elle n'est pas comptée parmi les persécutions générales.

* On croit qu'un soldat chrétien y donna lieu par une action qui eut beaucoup d'éclat. Quand on proclama Maximin empereur, ce prince fit, suivant l'usage, des libéralités aux troupes. Chaque soldat devait se présenter au nouvel empereur avec uca couronne de laurier sur la tête : il en parut un qui avait la tête nue et qui tenait sa couronne à la main. Il était déjà passé .-^ans que le iribun y fit attention, quand les murmures de ses compagnons le lui firent remarquer. Cet officier demanda au soldat pourquoi il ne portait pas comme les autres sa couronne sur la tète. « C'est parce que je suis Chrétien, répondit le soldat, et que ma religion me défend de porter vos couronnes. » Le soldat fut dépouillé de son habit militaire et mis en prison.

uns, enfermer les autres dans le cadavre des bêles tuées fraîchement ; ceux-ci étaient exposés aux lions et aux ours; ceux-là étaient assommés à coups de bâton, sans que ce monstre eût égard ni au rang ni au mérite ; car il avait pour maxime que le moyen d'affermir un trône, c'était de le cimenter avec du sang. Jamais bête plus cruelle n'a marché sur la terre *. Sa mort fut digne de la vie. Ayant appris que le sénat avait nommé vingtdeux personnes pour gouverner la république, il en conçut une telle colère, que, dans les accès de sa fureur, il hurlait comme une bêie, et se heurtait la tête contre les murailles de sa chambre. Après avoir un peu calmé ses chagrins par le vin, il résolut de marcher sur Rome pour se venger ; mais ses soldats l'assassinèrent, en 238. Après lui parut Dèce, auteur de la huitième persécution générale.

Une bêle exécrable, appelée Dèce, est venue, dit Laclance, pour ravager l'Eglise. Ce nouveau Néron, après avoir souillé sa main par le meurtre de son bienfaiteur, s'empara du trône et commença à ravager l'Eglise. Entre les généreux athlètes qui souffrirent la mort pour la Religion durant la persécution de Dèce, il n'en est point de plus illustre que saint Pionius. Ce prêlre, la gloire de l'Eglise de Smyrne, avait hérité de l'esprit de saint Polycarpe. 11 convertit un grand nombre d'idohltres, en faisant servir à la gloire de Jésus-Christ la profonde connaissance qu'il avait des vérités de la Religion, et le talent de la parole qu'il possédait à un degré supé-

* Jul. Capitol. HerodiaD., 1. 7 et 8.

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rieur. Ses exemples avaient aussi une efficacité merveilleuse. La pâleur de son visage, qui annonçait l'austérité de sa vie, faisait sur les cœurs l'impression la plus puissante.

Il fut arrôté le samedi 23 février 250, lorsqu'il célébrait la fête de saint Polycarpe, avec Asclépiade et une femme chrétienne nommée Sabine. La veille, Pionius ayant jeûné avec Asclépiade et Sabine, comme on jeûnait la veille des fêtes des martyrs, il eut une vision par laquelle il comprit qu'il serait arrêté le lendemain. La vision fut si claire, qu'il fit faire trois chaînes, pour lui, pour Sabine et pour Asclépiade. Ils se les mirent au cou, firent la prière solennelle, prirent le pain sanctifié et l'eau, et virent arriver Polémon, prêtre des idoles, accompagné d'une troupe de soldats qui se saisirent de leurs personnes.

«Savez-voiis, leur dit Polémon, qu'il y a un commandement de l'empereur qui vous enjoint de sacrifier aux dieux ?

Pionius. Nous ne connaissons qu'un commandement, c'est celui d'adorer un seul Dieu.

Polémon. Suivez -moi, et vous saurez si ce que je vous dis est vrai. »

Comme ils traversaient la place la chaîne au cou, le peuple, qui se fait de tout un sujot d'amusement et de spectacle, se mit à les suivre ; la foule grossit tellement, que la place fut bientôt remplie; les toits des maisons et des temples qui l'environnent furent couverts de spectateurs. Les martyrs étaient au milieu de tout ce

peuple, lorsque Polémon leur dit : « Vous feriez bien mieux d'éviter le supplice, de vous soumettre, comme tant d'autres, et d'obéir aux ordres du prince. » Alors Pionius, prenant la parole, démontra aux Païens la vanité des idoles et la divinité du Christianisme. Il parla longtemps et fut écouté avec une grande attention. Le peuple voulait même aller au théiUre, afin de mieux entendre la parole du martyr; mais Polémon ne le voulut pas. Il dit alors à Pionius : « Si tu ne veux pas sacrifier, entre au moins dans le temple.

PioNics. Il n'est pas bon pour les idoles que nous y entrions.

Polémon. Il est donc impossible de te persuader?

PiONics. Plût à Dieu que je pusse vous persuader de devenir Chrétien ! — Garde-toi bien de le faire, dirent quelques-uns en se moquant, de peur que nous ne soyons brûlés vifs.

Pionius. C'est bien pis d'être brûlé après la mort. »

Pendant cette contestation, les spectateurs, s'apercevanl que Sabine riait, lui dirent d'une voix menaçante : «ïu ris?

Sabine. Je ris, puisque Dieu le veut, car nous sommes Chrétiens.

Les spectateurs. Tu souffriras ce que lu ne voudrais pas.

Sabine. Le Dieu saint y pourvoira. »

Polémon dit encore à Pionius : « Obéis.

Pionius. Si vous avei ordre de persuader ou de pu- Bir, punisse», car vous ne sauriez nous persuader.

PoLÉMON, piqué de cette réponse : Sacrifie. PiONius. Non.

PoLÉMON. Pourquoi non?

PioNics. Parce que je suis Chrélien.

PoLÉMON. Quel Dieu adores-lu?

PiONius. Le Dieu tout-puissant qui a fait le ciel et la terre, qui nous a tous faits, qui nous donne abondamment toutes choses, que nous connaissons par Jésus-Christ son Verbe.

PoLÉMON. Sacrifie du moins à l'empereur. PiONius. Je ne sacrifie point à un homme. » Polémon l'interrogea alors juridiquement, faisant écrire toutes ses réponses par un greffier qui les gravait sur de la cire : « Comment t'appelles-tu? lui dit-il. PiOMUS. Je m'appelle Chrétien?

Polémon. De quelle Eglise ?

PioNics. De l'Eglise catholique. »

Polémon, laissant Pionius, se tourna vers Sabine. La Sainte avait changé de nom, sur le conseil de Pionius, de peur d'être reconnue et de retomber entre les mains de sa maîtresse, qui était Païenne^ et qui, sou» l'empereur Gordien, voulant lui faire abandonner sa foi, lavîdt enchaînée et reléguée dans les montagnes, où les frères l'avaient nourrie secrètement. Polémon. Comment t'appelles-tu?

Sabise. Je m'appelle Théodote CliFétienne, PçHJÉMON. De quelle Eglise?

Sabine. De l'Eglise catholique.

Polémon. Quel Dieu adores-tu?

Sabine. Le Dieu toul-puissant qui a fait le ciel et la terre, et que nous connaissons par Jésus-Christ son Verbe.

PoLÉMON, s'adressant à Asclépiade : [Et ^toi, comment t'appelles-tu?

Asclépiade. Je m'appelle Chrétien.

PoLÉMON. De quelle Eglise?

Asclépiade. De l'Eglise catholique.

PoLÉMOx. Quel Dieu adores-tu?

Asclépiade. Jésus-Christ.

PoLÉMON. Quoi donc ! en est-ce un autre ?

Asclépiade. Non ; c'est le même qu'ils viennent de confesser.

Après cet interrogatoire, on conduisit les martyrs en prison ; une foule immense remplissait toute la place. Sabine tenait Pionius par son habit, afin de se soutenir dans la presse. Arrivés dans la prison, ils prirent tous la généreuse résolution de ne pas recevoir ce que les fidèles avaient coutume d'apporter aux confesseurs ; car Pionius, ce saint prêtre, disait : Je n'ai jamais été à charge à personne ; je ne commencerai pas maintenant. Les gardes, qui avaient coutume de recevoir des présents de ceux qui venaient voir les Chrétiens, irrités de ce que leurs prisonniers ne leur en attiraient point, les jetèrent dans un cachot noir et infect, afin de les tourmenter davantage. En y entrant, les Saints louèrent Dieu, et donnèrent aux gardes les présents qu'on avait coutume de leur faire. Le geôlier en fut étonné, et voulut les remettre à la première place;

DE PERSÉ\TÉRANCE. 3G9

mais ils refusèrent, en disant : Dieu soit loué, nous sommes bien ici; nous aurons la liberté de méditer et de prier jour et nuit.

Plusieurs Païens les visitaient et s'efforçaient de persuader Pionius; ce fut en vain: ils étaient forcés d'admirer la sagesse de ses réponses. Cependant Polémon et Théopbile, maître de la cavalerie, survinrent avec des gardes et une grande foule de peuple, et ils enlevèrent les martyrs. Tous les trois s'écriaient à haute voix : Nous sommes Chrétiens. Arrivés au milieu de la place, ils s'assirent par terre, de peur d'entrer dans le temple des idoles ; mais six soldats enlevèrent Pionius. Il résistait avec tant de force, qu'ils eurent bien de la peine à le pousser dedans, lui donnant des coups de pied dans les côtés. Enfin, ils appelèrent du secours, le prirent sur leurs bras, et le déposèrent devant l'autel comme une victime; on lui mit sur la tête des couronnes, afin de le faire participer, du moins extérieurement, à l'idolâtrie; mais il les jeta par terre et les brisa. Les autres martyrs s'écrièrent comme lui : Nous sommes Chrétiens.

Voyant qu'ils ne pouvaient rien gagner, les Païens reconduisirent en prison les généreux confesseurs; le peuple se moquait d'eux et leur donnait des soufflets.

Peu de jours après, le proconsul Quintilien vint à Smyrne; il se fit amener Pionius, et lui dit : Est-il vrai que tu étais le docteur des Chrétiens?

PiOMUs. Je les instruisais.

QuiNTiuEN. Tu leur enseignais la folie?

Pioxius. Non, la piété.

QuixTiLiEN. Quelle piété?

PioMus. La piélé envers le Dieu qui a créé le ciel et la terre.

QuiXTiLiEN. Sacrifie donc à nos dieux.

PioKius. J'ai appris à n'adorer que le Dieu vivant.

QuiNTiLiEN. Nous adorons tous les dieux, et le ciel, et ceux qui l'habitent. Pourquoi regardes-tu le ciel?

PioNius. Ce n'est pas le ciel que je regarde, mais Dieu qui a fait le ciel ?

QuiNTiLiEN. Qui l'a fait?

PiOMCs. 11 n'est pas à propos de le dire.

QuiNTiLiEN. 11 faut que tu dises que c'est Jupiter, avec qui sont tous les dieux et toutes les déesses. Sacrifie à ce Roi du ciel et des dieux.

Pionius se tut. Alors le proconsul le fit saisir pour lui donner la question. Lorsqu'on eut commencé à le tourmenter, Quinlilien lui dit : Sacrifie.

PiOMDS. Non.

QoiNTiLiEN. Sacrifie, te dis-je.

Pionius. Non.

QuiNTiLiKN. Quelle présomption te fait courir à la mort? Fais ce qu'on l'ordonne.

PioNiLS. Je ne suis point présomptueux, mais je crains le Dieu éternel.

Le proconsul, le voyant si ferme, délibéra quelque temps avec son conseil ; puis, s'adressanl à Pionius, il lui dit : Persisles-tu dans ta résolution?

PiONius. Oui.

QuiNTiLiEN. Veux-tu la liberté de te consulter et de délibérer plus longtemps?

PiONius. Non.

QciNTiLiEN. Puisque lu cours à la mort, tu seras brûlé vif. Ensuite il appela le greffier, qui lut la sentence suivante : «Pionius, sacrilège, s'étant avoué Chrétien, nous avons jugé qu'il doit êlre brûlé vif, pour venger les dieux et donner de la crainte aux hommes. »

Pionius se rendit gaiement et d'un pas ferme au lieu du combat; il s'étendit lui-même sur le bûcher, et donna ses pieds et ses mains à clouer. Après qu'il fut attaché, le bourreau lui dit ; Reviens à toi et change d'avis, et on ôtera les clous. Pionius répondit : Je les ai bien sentis. Ensuite, se tournant vers le Seigneur, il dit : Je me presse. Seigneur, afin de me relever plus tôt ; marquant la résurrection par ses paroles. On l'éleva donc attaché à un poteau, autour duquel on entassa une grande quantité de bois. Le martyr fermait les yeux, et le peuple crut qu'il était mort ; mais il priait. Ayant fini sa prière, il ouvrit les yeux, regarda le feu d'un air riant, dit amen^ et expira doucement, disant : Seigneur, recevez mon âme. Après que le bûcher fut éteint, les fidèles qui étaient présents trouvèrent son corps entier, et comme en pleine santé : les oreilles molles, les cheveux tenant à la tête, la barbe belle, tout le visage éclatant. Ils se retirèrent confirmés dans la foi, tandis que les Païens s'en allaient épouvantés et agités des remords de leur conscience. Ceci se passa

'^"rÀ CATÉCHISME

A Smyrne, Tan de Jésus-Christ 250, le 5 de mars, à quatre heures après midi.

Si, du pied de ce bûcher encore fumant où vient d'expirer le saint prêtre de Smyrne, nous tournons nos regards vers la Cappadoce, nous apercevons les flammes d'un autre bûcher qui consume une nouvelle victime. Nous venons de voir mourir un prêtre vénérable, allons voir un jeune enfant donnant généreusement sa vie pour noire foi.

Cyrille, né à Césarée de Cappadoce, n'avait que sept ans, lorsque son père, qui élait idolâtre, découvrant qu'il élait Chrétien, le chassa de sa maison, et le laissa manquer de loul . Le juge de Césarée fit arrêter ce jeune martyr. Les promesses et les menaces furent vainement employées pour lui faire adorer l'idole ; enGn le juge le condamna à être brûlé vif. Le petit marlyr entendit sa sentence avec une grande joie. Tous les assistants fondaient en larmes; mais il leur dit : « Tenez plutôt chanter un canliquc de joie autour de mon bûcher. Oh! si vous saviez la grandeur de la gloire qui m'attend ! » A ces mots il courut au bûcher, et bientôt son ùme pure comme un Ange s'envola dans le sein de l'élernel repos.

Tandis qu'en Asie le Démon était vaincu par un enfant, une jeune vierge remportait sur lui, en Europe, une éclatanle victoire. Agathe, issue d'une illustre famille, héritière d'une immense fortune et douée de loules les qualités qui rendent une personne accomplie, s'était consacrée à Dieu dès ses plus tendres années. La violence des plus affreux tourments ne put ébranler

son courage. Envoyée en prison loule couverte de plaies, elle adressa celte prière au Dieu des martyrs : Seigneur, mon Dieu, vous m'avez toujours protégée dès le berceau; c'est vous qui avez déraciné de mon cœur l'amour du monde, et qui m'avez donné la patience nécessaire pour soufTrir; recevez maintenant mon âme. Sa prière finissait à peine, que le Seigneur vint recevoir sa belle âme, et la réunir aux chœurs des vierges qui chantent les louanges de l'Agneau dans la Jérusalem céleste. Ainsi Dieu prenait soin de choisir ce qu'il y a de plus faible, pour triompher de ce qu'il y a de plus fort, afin de faire briller sa gloire dans tout son éclat.

Cependant le tyran au nom duquel s'exerçaient toutes ces cruautés devait aussi contribuer à la gloire de Dieu, qu'il outrageait; la main de Dieu se fit sentir. î)èce venait de déclarer la guerre aux Goths; son armée, surprise par l'ennemi, fut mise en déroute ; luimême poussa son cheval dans un marais profond, où il s'enfonça sans qu'on pût jamais retrouver son corps. Privé par là des honneurs de la sépulture, nu et dépouillé, comme il convenait à un ennemi de Dieu, il devint la pâture des bêtes féroces et des oiseaux de proie *. Ce fut au mois d'octobre de l'an 251.

Ce persécuteur ne disparut que pour faire place à un autre peut-être encore plus cruel. Soldat insolent, impie, despote, Valérien, qui excita la neuvième persécution générale, fut proclamé empereur en 253. Lui aussi

' Lact.,c. 4.

se révolta contre l'Agneau dominateur du monde, et répandit des flots de sang chrétien. Animé par Macrien, un de ses ministres, il publia de sanglants édits contre le Christianisme; il se flatta follement de le détruire, ignorant qu'il était l'ouvrage du Très-Haut. Pour dissiper plus facilement le troupeau, il attaqua d'abord les pasteurs. Le pape saint Sixte II fut arrêté l'année suivante; comme on le conduisait au supplice, Laurent, son diacre, le suivait en pleurant; et s'estimanl malheureux de ce qu'il ne partageait pas ses souff"rances, il lui disait : «Où allez-vous, mon père, sans votre fils? où allez-vous, saint pontife, sans votre diacre ? Jamais vous n'offriez le sacrifice sans que je vous servisse à l'autel ; en quoi ai-je eu le malheur de vous déplaire? Eprouvez-moi de nouveau, et voyez si vous avez fait choix d'un diacre indigne pour la dispensation du sang de Jésus-Christ.

Le saint pape, ému de compassion et de tendresse, le consola en lui disant : Je ne vous abandonne point, mon fils ; une épreuve plus grande et une victoire plus glorieuse vous est réservée, à vous qui êtes dans la vigueur de la jeunesse ; pour moi, je suis épargné à cause de ma faiblesse et de mon grand Age : vous me suivrez dans trois jours. Après lui avoir ainsi parlé, il le chargea de distribuer sur-le-champ aux pauvres les trésors dont l'Eglise était dépositaire, de peur qu'ils ne fussent enlevés par les Païens. En effet, en sa qualité de premier diacre de l'Eglise romaine, Laurent avait soin du trésor de l'Eglise et des pauvres qu'elle nourrissait. Cette place supposait un rare mérite.

Transporté de joie d'apprendre que Dieu l'appellerait bientôt à lui, Laurent G; une recherche exacte des veuves et des orphelins qui élaient dans l'indigence, et leur distribua tout l'argent qu'il avait entre les mains: il vendit aussi les vases sacrés, et les employa au même usage. L'Eglise de Rome avait alors des richesses considérables : non-seulement elle fournissait à l'entretien de ses ministres, mais elle nourrissait un grand nombre de veuves et de vierges, outre quinze cents pauvres d'entre le peuple. 11 y avait une liste de tous ces malheureux chez l'évêque ou chez le premier diacre. L'Eglise de Rome était aussi en état d'envoyer d'abondantes aumônes dans les pays éloignés. Ces richesses, et surtout la magnificence des vases sacrés, enflammèrent la cupidiié des persécuteurs'.

Le préfet de Rome résolut de s'en emparer. Dans cette vue, il fit arrêter Laurent et lui parla de la sorte : « Vous vous plaignez souvent, vous autres Chrétiens, qu'on vous traite avec rigueur; aujourd'hui il ne s'agit point de tortures ; je me contente de vous demander avec douceur ce que vous pouvez donner. Je sais que vos prêtres se servent de vases d'or pour faire des libations, qu'ils reçoivent le sang sacré dans des coupes d'argent, et que dans vos sacrifices nocturnes vous allumez des flambeaux de cire que soutiennent des chandeliers d'or ; remettez-moi ces trésors que vous cachez ; le prince en a besoinpour réparer ses finances épuisées. »

Laurent répondit : « A la vérité, l'Eglise est riche,

' Euseb., 1. 8, c. 22.

et l'empereur n'a point de trésors aussi précieux qu'elle. Je vous en ferai voir une bonne partie , je vous demande seulement un peu de temps pour les disposer et les mettre en ordre. »

Le préfet ne comprit pas de quel trésor Laurent voulait parler. S'imaginant que son prisonnier lui remettrait de grandes richesses, il lui accorda trois jours de délai. Durant cet intervalle, Laurent parcourt toute la ville pour chercher les pauvres nourris et entretenus aux dépens de l'Eglise. Le troisième jour, il en rassemble un grand nombre. En tête, il place les aveugles munis d'un bâton, non pour combattre, mais pour se conduire; au second rang viennent les boiteux, d'un pas lent et inégal ; les uns, dont les genoux sont disloqués, traînent avec peine leurs jambes inutiles; les autres n'en ont que de bois ; ceux-ci, réduits ù la moitié de ce qu'ils furent autrefois, paraissent moins des hommes que des bustes. Les manchots marchent après; ils ne font qu'un môme corps avec ceux qui sont couverts d'ulcères. Tous sont connus de Laurent, et tous le connaissent. Le saint diacre fait placer toute cette foule devant l'église ; puis il va trouver le préfet, et l'invite à venir voir les trésors dont il lui a parlé. Qui dirarélonnement de cet homme avide en voyant, au lieu de coffres remplis d'or et d'argent, une troupe de misérables dont plusieurs faisaient horreur à voir? Jetant alors sur le Saint des regards menaçants, il lui demanda l'explication d'un speclacle si extraordinaire, et le pressa de lui faire voir les trésors de l'Eglise.

l)K PERSÉVÉRANCE. 377

« Les voilà, lui Jit Laurent. Dans la personne de ces pauvres, vous voyez les trésors de l'Eglise. Voici ses perles et ses pierres précieuses : regardez ces vierges et ces veuves consacrées à Dieu; l'Eglise, dont elles sont la couronne, devient par elles l'objet des conoplaisancesde Jésus-Christ. Elle n'a point d'autres richesses ; vous pouvez vous en servir pour l'avantage de Rome, celui de l'empereur et le vôtre. » Ainsi il l'exhortait à racheter ses péchés par l'aumône, et lui faisait en même temps connaître l'usage auquel on employait les trésors de l'Eglise.

Mais cet homme charnel, loin de profiter du spectacle si instructif et si touchant qu'il avait devant les yeuï, s'écria dans un transport de rage : « Misérable, comment oses-tu me jouer ! est-ce donc ainsi que tu insulles mes haches et mes faisceaux *? Je sais que tu désires la mort ; mais ne t'imagine pas mourir sur-le-champ. Je prolongerai tes tortures, afin de le rendre la mort plus douloureuse : tu ne mourras que par degrés. » Ayant ainsi parlé, il ordonna de préparer un gril de fer, qui fat mis sur des charbons à demi allumés. Deux bourreaux dépouillèrent le saint diacre de sa tunique et l'attachèrent sur ce lit funeste, afin que le feu pénétrât sa chair par des progrès insensibles. Cependant des rayons de lumière environnaient la léle du martyr. Les Chrétiens les aperçurent et sentirent une odeur Irès-agréable qui s'exhblait de son corps. Ce double prodige resta caché aux Païens.

' Les magistrats romains étaient précédés de licteurs qui por« taïent des haches et des faisceaux, symbole du pouvoir.

Tandis que les flammes matérielles, dit saint Ambroise, agissaient sur le corps du saint diacre, le feu de l'amour divin, qui brûlait son cœur avec beaucoup plus d'activité, absorbait le sentiment des douleurs quil endurait. En effet, rien ne put troubler la paix de son âme ni le calme de son visage. Après avoir enduré longtemps l'horrible torture imaginée par le tyran, il dit avec tranquillité : « Tu peux maintenant me retourner; je suis assez rôti de ce côté -là. » Les bourreaux l'ayant tourné, il ajouta, toujours en s'adressant au juge : « Ma chair est assez rôtie, tu peux en manger. » Le préfet ne lui répondit que par des insultes.

Cependant ce saint martyr, élevant les yeux au ciel, priait avec ferveur pour la conversion de Rome. « 0 Jésus! s'écria-t-il, seul Dieu, seule lumière de l'univers, c'est vous qui avez donné à Rome tous les sceptres du monde; vous l'avez fait en vue de votre Religion et pour unir tous les peuples dans votre nom sacré; que Rome, la capitale du monde, se soumette au joug de la foi, afin que l'Evangile puisse se répandre plus facilement dans toutes les provinces de l'Empire. Otez, Seigneur, de la plus belle ville du monde la tache honteuse de l'idolâtrie; envoyez votre Ange qui lui fasse connaître le vrai Dieu. Rome possède déjà des gages de celle espérance : les princes des Apôtres en ont pris possession en votre nom. Je l'espère, ô mon Dieu ! bientôt vous triompherez seul dans cette ville de ses empereurs et de ses idoles. »

La prière finie, il expira. Le saint diacre est devenu

la gloire de Rome aussi bien qu'Etienne l'élait de Jérusalem. Saint Prudence ne balance pas à assurer que Teniière conversion de Rome fut le fruit de la mort el des prières de saint Laurent. Dieu, dit-il, commença de l'exaucer avant même qu'il fut sorti de ce monde. Plusieurs sénateurs, témoins de son courage el de sa piété, se convertirent sur-le-champ, chargèrent euxmêmes sur leurs épaules le corps du saint martyr, et l'enterrèrent honorablement le 10 août 258, dans le champ de Yeran, près du chemin qui conduit à Tibur. La mort de Laurent fut celle de l'idolâtrie, qui alla toujours depuis en déclinant.

Le tombeau du grand archidiacre de Rome venait de se fermer, lorsqu'un autre s'ouvrait aux portes de Carthage pour recevoir le corps précieux d'un illustre évêque. Ce nouveau martyr, cet évêque, une des lumières de l'Eglise, est saint Cyprien.

Il eut pour père un des principaux sénateurs de Carthage. Doué d'un rare génie, il devint professeur d'éloquence. Cet emploi était anciennement fort honorable. Cyprien vivait d'une manière conforme à son illustre naissance. Ce ne fut que dans un âge mûr qu'il abandonna les superstitions du Paganisme. Ses vei lus et surtout son zèle ardent le firent bientôt élever au sacerdoce el à l'épiscopal. 11 était évêque de Carlhage depuis quelques années, lorsque l'édil de persécution y arriva. A peine eut-il été publié, que les idolâtres ameutés coururent dans la place, en criant : «Cyprien aux lions! Cyprien aux bêles! » Le 30 août de l'an 258, il fut arrêté el conduit

devant le proconsul Palernus, qui lui dit : « Nos très-religieux empereurs, ValérienetGallien, m'ont écril pour m'ordonner d'obliger tous ceux qui ne suivent pas la religion des Romains à l'embrasser. Je t'ai fait venir pour te demander compte de ta croyance et de tes pensées touchant les ordres de nos princes. Quel est ton nom? quelle est ta qualité?

Cyprien. Je suis Chrétien et évêque. Je ne connais qu'un seul Dieu, qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment; c'est ce Dieu que nous servons, nous autres Chrétiens. Nuit et jour nous implorons sa miséricorde pour nous, pour tous les hommes et pour la prospérité des empereurs.

Paternls. Persisles-lu dans cette déclaration?

Cyprien. Quand la volonté est droite et dévouée au Seigneur, elle ne peut jamais changer.

Paterxus. Va en exil dans la ville de Curube.

Cypriex. J'y vais.

Paterncs. Dis -moi combien il y a de prêtres dans celle ville.

Cyprien. Je ne peux les découvrir : les lois romaines punissent les délateurs; mais on peut les trouver chez eux.

Paternus. Je saurai les trouver: j'ai de plus donné des ordres pour vous empêcher de lenir vos assemblées et d'entrer dans les cimetières ; quiconque osera les enfreindre sera puni de mort.

Cyprien. Faites ce qui vous est commandé.

Curube, où le sainl fut exilé, était une petite \i!le éloignée d'environ dix-huit lieues de Carlhage. ^Son exil fut parlagé par le diacre Ponlius et par quelques autres Chréliens. Galère-Maxime ayant succédé à Paternus, le Saint eut la liberté de revenir; mais il fit sa demeure dans une maison de campagne qu'il avait auprès de la ville. Il l'avait achetée pour le profit des pauvres quand il reçut lo baptême. Ce fut dans cette paisible retraite qu'il vit arriver deux officiers du proconsul. Le Saint, préparé à tout, les reçut avec un visage gai et tranquille. Les officiers l'ayant fait monter dans un chariot, le conduisirent à un tribunal de la campagne, où le proconsul s'était retiré pour sa santé. Galère remit l'interrogatoire au lendemain, et le martyr fut conduit à Carlhage pour être gardé dans la maison du premier des deux officiers qui l'avaient arrêté.

Aussitôt que le bruit se fut répandu que l'on s'était saisi de Cyprien, toute la ville fut alarmée. Il se fit un grand concours de peuple autour de la maison. L'officier qui garda Cyprien pendant la nuit eut beaucoup d'égards pour son prisonnier ; il permit à ses amis de le voir et de souper avec lui. Le lendemain malin, qui, au rapport du diacre Ponlius, fut un jour de joie pour le saint évêque, on le conduisit sous bonne escorte au prétoire. Le proconsul Galère s'étant assis sur son tribunal, on fit entrer le Saint dans la salle des criminels. Galère lui dit :

«Thascius Cyprien, es-lu Chrétien?

Cyprien. Oui, je le suis.

Galère. Es-tu celui qui a été Tévêque et le père de ces hommes impies?

Cyprien. Oui, je suis l'évêque de ceux que vous traitez d'impies.

Galère. Les très-sacrés empereurs t'ordonnent de suivre les cérémonies de la religion romaine. Cyprien. Je ne le puis. Galère. Pense à toi et à la vie.

Cyprien. Faites ce qui vous est ordonné. La justice de la cause que je soutiens ne me permet pas de balancer sur le parti que je dois prendre. »

Galère, ayant pris l'avis de son conseil, continua ainsi : « Il y a longtemps que tti vis dans l'impiété et que lu engages un grand nombre de malheureux à conspirer avec loi contre les dieux de l'Empire. Nos très -sacrés empereurs Gallien et Valérien n'ont pu le ramener à leur culte. Puisque lu n'as pas rougi d'être le principal auteur d'un pareil crime, tu serviras d'exemple à ceux que tu as séduits, et J'obéissance aux lois sera rétablie par Ion sang. » Prenant ensuite des tablettes, il y écrivit cette sentence qu'il lut à haute voix : «J'ordonne que Thascius Cyprien soit décapité. » Cyprien répondit : «Dieu soit loué. » Les Chrétiens qui étaient présents s'écrièrent qu'ils voulaient mourir avec leur évéque.

Quand le Saint fut sorti du prétoire, une troupe de soldats se rangèrent autour de lui ; des centurions el des tribuns marchèrent à sos côtés. On le conduisit à la campagne, dans un lieu uni el couvert d'arbres, sur

lesquels plusieurs montaient pour le voir de loin, à cause de la foule. Arrivé au lieu du supplice, il ôla son manteau, qui était de couleur brune, se mit à genoux et pria quelque temps ; il ôla ensuite sa dalmatique, la donna à quelques diacres qui l'avaient accompagné, et ne garda qu'une simple tunique de lin. Le bourreau étant venu, il lui fit donner vingt-cinq pièces d'or. Il se banda luimême les yeux et dit à Julien, prêtre, et à Julien, sousdiacre, de lui lier les mains. Les frères mirent autour de lui des linges pour recevoir son sang. Un instant après, le Saint reçut le coup qui termina sa vie mortelle et commença sa vie glorieuse. Les fidèles portèrent son corps dans un champ voisin et renterrèrent pendant la nuit avec beaucoup de solennité'.

' Les principaux ouvrages de sainf Cyprien sont : 1° Sa Lettre sur le mépris du monde; 2° Le livre de la f'anité des idoles ;

3° Les deux livres du Témoignage, où le Saint rassemble tous les passages relatifs à Jésus-Christel à l'Eglise;

4" Le li^re de la Conduite des vierges. Le Saint y relève la grandeur de leur état et leur trace des règles de conduite ;

5° Le livre de P Unité de l'Eglise. C'est une éloquente démonstration de la nécessité de l'unité de l'Eglise ;

6° Le livre de Ceux qui sont tombés. Durant la persécution de Dèce, il y avait eu des chutes parmi les Chrétiens : le Saint commence par relever la couronne des martyrs, déjilore ensuite avec amertume la chute des apostats; il passe aux remèdes, et s'élève contre ceux qui demandent une pénitence trop prompte ;

7° Le livre de l'Oraison dominicale. On y trouve une explication de toutes les demandes du Pater, et l'indication des heures auxquelles priaient les premiers Chrétiens;

8" Le livre de In Btorlalité. Il fut composé à l'occasion d'une peste qui désola l'Afrique. Le Saint y montre quels doivent être

384 CATÉCHISxME

PRIÈRE

O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie des grands exemples de verlu que vous me donnez dans la personne des martyrs; failes-moi part de la charité de saint Laurent et de la foi de saint Cyprien.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux secourir et respecter les ])auvres.

PETIT CATÉCHISME

LE CHRISTIANISME ÉTABLI

(3* siècle)

Q. Quel fut l'culeur de la huilième persécution générale?

R. L'auteur de la huilième persécution générale fut Dèce. Le plus illustre marlyr de celte persécution, qui fit périr un nombre incroyable de Chrétiens, est saint Pionius. Il était de Smyrne. 11 était prêtre et disciple de saint Polycarpe. Il fut arrêté le jour même où il célébrait la fête de ce glorieux martyr. A toutes les ques-

les .sentiments et la conduite des Chrétiens dans les calamités publiques ;

9^ Ses lettres, au nombre de 81.

Lactance dit de saint Cyprien qu'il réunit tout ce qui fait le grand oiarcur : il saii plaire, instruire et persuader; on ne peut même décider lequel de ces Iruis talents il possède dan$ un degré plus éminent.

lions du juge il se contenta de répondre : « Je suis Chrétien, enfant de l'Eglise catholique. » Après l'avoir tourmenté de mille manières, le juge le fit conduire dans un temple d'idoles pour offrir de l'encens aux faux dieux; mais le saint martyr ne le voulant pas, il reçut de nouveaux outrages et fut condamné à être brûlé vif. Mais, après avoir fait sa prière, il expira sans que le feu eût hrûlé ni sa barbe ni ses cheveux.

Q. Nommez encore quelques autres martyrs.

R. Pendant celte perséculion arriva le martyre d'an jeune enfant nommé Cyrille, qui, en montant sur le bûcher, engageait les assistants à chanter des cantiques pour se réjouir de son bonheur. En Sicile fut aussi martyrisée sainte Agathe. Elle était jeune encore, issue d'une illustre famille et héritière d'une grande fortune; elle aima mieux renoncer à tout qu'à sa foi.

Q. Quel fut l'auteur de la neuvième persécution générale?

R. L'auteur de la neuvième persécution générale fut Valérien. Il fit mourir un grand nombre de Chrétiens, entre autres le pape saint Sixte II. On le conduisait au martyre lorsque saint Laurent, diacre de l'Eglise de Rome, lui demanda en pleurant où il allait sans lui. Le saint pape lui dit : « Vous me suivrez dans trois jours.» Laurent fut arrêté. Le préfet lui demanda les trésors de l'Eglise. Le Saint rassembla tous les pauvres que l'Eglise nourrissait, et dit au préfet : «Voilà les trésors des Chrétiens.» Le juge furieux fil coucher Laurent sur un gril de fer placé sur un brasier. Le Saint y parut aussi X. v. 2ô

Iranquille que s'il eût été sur un lil ordinaire. Il dit même au lyran : Tu peux me tourner mainlenant, ce côté-là est assez rôti; tu peux me manger. Il pria ensuite pour la conversion de Rome, et expira doucement. Saint Cyprien le suivit de près.

Q. Qui était saint Cyprien?

jR. Saint Cyprien était évêque de Carthage, et fils d'un des premiers sénateurs de cette ville. Après avoir secouru les Païens affligés de la peste, il fut arrêté, et confessa généreusement le nom de Jésus Christ. Le juge l'envoya en exil ; mais bientôt après il en fut rappelé et condamné à perdre la tête. Le Saint, entendant la sentence de mort, répondit : Dieji soit loué ! Il fit donner une somme d'argent au bourreau, se banda luimême les yeux, se fit lier les mains par deux de ses ecclésiastiques, et, après avoir prié pour son Eglise, il reçut le coup de la mort. Son sang coula sur des linges que les Chrétiens avaient étendus pour le recevoir.

PRIÈRE

O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie des grands exemples de vertu que vous me donnez dans la personne des martyrs; faites-moi part de la charité de saint Laurent et de la foi de saint Cyprien.

chose, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux secourir et respecter les pauvres. ^

XVr LEÇON.

LE CHRISTIANISME ÉTABLI. (3^ et ¥ siècle.)

uijement de Dieu sur Valérien. — Per-écution particulière sous Auréîien. — Portrait de ce prince. — Martyre de saint Denis. — Jugement de Dieu sur Aurélien. — Dixième persécution générale, sous Dioclétien et Maxiiiiien. — Portraits de ces deux princes — Martyre de saint Genès, — de la légion Thébaine,— Viede saint Paui ermite.

Comme tous les autres persécuteurs, Valérien devait servir de monument à la justice de Dieu, et apprendre à toutes les générations qu'on ne se révolte pas impunément contre le Seigneur et contre sou Christ. Etant parti pour l'Orient afin de repousser les Perses qui envahissaient les provinces de l'Empire, il fut fait prisonnier en 260. Le roi Sapor le mena en Perse, où il l'obligeait à lui servir de marchepied lorsqu'il montait à cheval ou en voilure. C'est là un triomphe, lui disait-il en l'insultant, que les Romains ne peindront pas sur leurs murailles. Dieu voulut, pour ajouter à la peine du persécuteur, que son fils et son successeur ne prît aucun soin de le délivrer. Enfin Yalérien mourut, après avoir exposé le nom romain aux insultes des Barbares. Sapor l'ayant fait écorcher *, ordonna de corroyer sa

' Quelques auieurs prétendent qu'il fntécoiciié vif.

peau, et de la teindre en rouge; puis il la suspendit dans un temple pour Hre un monument éternel de la honte des Romains, ou plutôt de la vengeance de Dieu. Après ces châtiments éclatants infligés aux persécuteurs du Christianisme, n'est-il pas étonnant qu'il se soit encore rencontré des hommes assez audacieux pour méditer quelque chose contre le Dieu tout-puissant qui brise les monarques et les peuples comme des -vases d'argile?

Aurélien, oubliant ces terribles leçons, osa bientôt provoquer la justice divine en persécutant les Chrétiens. Cet empereur, qui monta sur le trône en 270, était fils d'un fermier des environs de Sirmium en Illyrie. C'était une de ces âmes brutes et grossièrement Gères, pour qui tout objet d'orgueil est bon. Naturellement dur et sans pitié, il n'avait que rarement cette sensibilité apparente que l'amour-propre affiche un moment pour tromper l'opinion publique et se livrer ensuite avec plus de sécurité h des penchants atroces. S'il fut quelquefois admiré, il fut toujours haï.

Deux villes célèbres, Rome et Paris, furent arrosées du sang d'illustres martyrs. La première vit périr le pape saint Félix 1^"^ ; la seconde, saint Denis et ses compagnons. Saint Denis, premier évêque et fondateur de l'Eglise de Paris, avait été envoyé de Rome dans les Gaules avec six autres missionnaires, revêtus comme lui du caractère épiscopal ^ Denis s'avança plus avant

' Ces six autres évcques sont saint Trophinie d'Arles, saint Catien de Tours, saint Austri^moinc de Clermont, saint Paul de Nar-

que les autres dans le pays, et fixa son siège à Paris. Les Eglises de Chartres, de Senlis, de Meaux, de Cologne, lui doivent ou à ses disciples leur fondation. Le saint Apôtre convertit un grand nombre d'idolâtres, et vit ses travaux couronnés par un glorieux martyre.

Après avoir passé par divers genres de supplices, Denis et ses compagnons, Eleuthère, diacre, et Rustique, prêtre, curent enfin la tête tranchée. Une tradition constante, appuyée sur d'anciens monuments, nous apprend que ce fut sur une montagne voisine de Paris, nommée depuis pour ce sujet le Mont-des-Marlyrs, et vulgairement Montmartre. On montre à Paris le lieu où saint Denis fut emprisonné, et celui où il fut mis à la torture ; Ion y a bâti deux églises en son honneur. Le juge avait ordonné de jeter dans la Seine les corps des martyrs; mais une dame païenne, qui songeait à embrasser la foi, sut gagner ceux qui étaient chargés de cette commission, et elle fit enterrer secrètement les saintes reliques.

Les sanglants édits d'Aurélien parvenaient à peine aux extrémités de l'Empire, que lui-même arrosait 1 terre de son sang dans les environs d'Héraclée. Mnestée, son secrétaire, craignant la colère de son maître, en contrefit l'écriture, et montra aux principaux chefs de l'armée une liste de proscrits, parmi lesquels étaient leur nom et le sien. Dieu permit qu'ils donnassent dans le piège. Ils se jetèrent sur Aurélien, qui fut ainsi

bonne, saint Saturnin de Toulouse et saint Martial de Limoges. On met la mission de ces hommes apostoliques vers l'an 250.

l'empereur. Une voix d'une beauté et d'une étendue surprenante, un jeu d'un naturel parfait, et surtout une finesse extraordinaire pour saisir et représenter les ridicules, tout cela joint à une grande connaissance de son art, faisait de Genès l'idole des Romains ; quand il devait paraître sur la scène, tout Rome accourait au théâtre. Bioclélien étant venu dans la capitale, on l'y reçut avec la plus grande magnificence; entre les fêtes qu'on lui donna, les divertissements du théâtre ne furent point oubliés. Genès, qui connaissait la haine de ce prince contre les Chrétiens, crut avec raison qu'une pièce où l'on jouerait les mystères de leur religion lui plairait infiniment; il choisit les cérémonies du baptême pour en faire le sujet de ses coupables bouffonneries. Il savait quelque chose de nos rites sacrés, en ayant ouï parler à quelques personnes qui professaient le Christianisme.

Genès parut donc sur le théâtre, couché dans un lit, feignant d'être malade. Pour ouvrir la scène, il s'écria: « Ah ! mes amis, je me sens sur l'estomac un poids accablant ; je vais mourir si vous ne trouvez moyen de m'en délivrer. — Que faire? reprirent les autres comédiens; veux-tu qu'on te passe au rabot pour te rendre plus léger? »Tout le peuple riait aux éclats de ces fades bouffonneries. « Vous n'y entendez rien, répondit Genès ; je sens ma fin approcher, et je veux mourir en Chrétien. — El pourquoi? répliquèrent les acteurs. — C'est, dit Genès, alin qu'à ma mort Dieu me reçoive dans son paradis comme un déserteur de vos dieux. »

Alors parurent deux acteurs, dont l'un représentait un prôlre et l'autre un exorciste. S'étant placés au chevet du prétendu malade, ils lui dirent : « Pourquoi, mon fils, nous faites-vous venir? » Genès, changé tout à coup par un miracle de la grâce, répondit, non plus par jeu, mais sérieusement : « Parce que je désire recevoir la grâce de Jésus-Christ, être régénéré et délivré de mes péchés. » La cérémonie du baptême a lieu, mais toujours en jouant, de la part des acteurs qui contrefaisaient les ministres de l'Église. On revêt le néophyte d'une robe blanche ; puis, d'autres acteurs, habillés en soldats, se disant envoyés par le préfet de Rome, se saisissent de Genès, feignent de le maltraiter et le mènent à l'empereur pour être interrogé de la même manière que les Chrétiens. Dioclétien et tous les spectateurs riaient de toutes leurs forces en voyant un jeu si naturel. Pour le continuer, l'empereur feignit tout à coup d'être fort en colère, et demanda brusquement à Genès : € Es-tu Chrétien ? »

A quoi Genès répondit en ces propres termes : « Seigneur, et vous tous qui êtes ici présents, officiers de l'armée, philosophes, sénateurs, citoyens, prêtez l'oreille à mes paroles. Jusqu'ici j'ai eu une telle haine pour les Chrétiens, que je ne pouvais entendre prononcer leur nom sans être saisi d'horreur ; je détestais même ceux de mes parents qui professaient celte religion. Je me suis instruit des mystères et des rites du Christianisme, uniquement pour m'en moquer et pour le faire mépriser aux autres. Mais, du moment que l'eau du

baptême a eu touché mon corps, et que j'ai eu répondu sincèrement que je croyais les articles sur lesquels on m'interrogeait, j'ai vu au-dessus de ma tête une troupe d'Anges éclatants de lumière qui lisaient dans un livre tous les péchés que j'ai commis depuis l'enfance ; puis, ayant plongé ce livre dans l'eau où j'étais encore, ils me l'ont montré plus blanc que la neige, et sans aucune trace d'écriture. Vous donr, puissant empereur, vous, Romains qui m'écoutez, vous tous qui avez tourné en dérision les mystères du Christianisme, croyez avec moi que Jésus-Christ est le vrai Dieu, qu'il est la lumière et la vérité, et que c'est par lui que vous pouvez obtenir la rémission de vos péchés *. »

Dioclétien, furicu\ de ce discours, lui fit soulTrir une cruelle fustigation, après quoi il le remit à Plautius, préfet du prétoire, afin qu'il le forçât de sacrifier. Gênés, ayant été étendu sur le chevalet, eut les côtés déchirés avec les ongles de fer et brûlés avec des torches ardentes. Il montrail, pendant ces tortures, une patience admirable, et répétait sans cesse ces paroles : « Il n'y a point d'autre Seigneur du monde que celui que j'ai eu le bonheur de voir ; je l'adore, je le reconnais pour mon Dieu : je lui serai inviolablement attaché, dussé-je souffrir mille morts ! Toute ma douleur est de l'avoir outragé par tant de crimes, et de l'avoir connu si tard. »

• Ce haptéme arlmînistr(< «sur la srènc n'était point un sacrement, faute d'uue intentiun sérieuse de faire ce que fait l'Eglise, il fut suppli'é dans Gmcs par le désir accompagné d'une vraie contrition, ainsi que par le martyre.

Le juge, désespérant de vaincre sa constance, le condamna à perdre la tête : ce fut le 25 août 286.

Un comédien converti sur la scène, et du théâtre appelé à la gloire du martyre, manifestait hautement le pouvoir de la grâce de Jésus-Christ et l'étendue de sa miséricorde. A ce trait on reconnaît le Dieu qui, d'un Publicain, sut, en un clin d'oeil, former un Apôtre. Le martyre de la légion Thébaine va notls offrir un nouveau monument de cette puissance miraculeuse.

L'empereur Maximien-Hercule, collègue de Dioclétien, s'était mis en marche pour combattre les Bagaudes, peuple principalement composé des paysans des Gaules. Dans son armée se trouvait la légion Thébaine, devenue si fameuse. Il paraît que cette légion était ainsi appelée parce qu'elle avait été levée dans la Thébaïde, ou haute Egypte, peuplée d'un grand nombre d'excellents Chrétiens. La légion était toute chrétienne et composée de soldats d'une valeur éprouvée, dont la plupart avaient vieilli dans le métier des armes. Maurice la commandait. Maximien ayant passé les Alpes, accorda quelques jours de repos à son armée, afin qu'elle pût se remettre des fatigues d'une marche pénible. On se trouvait alors à Octodurum. C'étaii, dans ce temps-lii, une ville considérable bittie sur le RhAn<», au-dessus du lac de Genève. C'est aujourd'hui le village de Marligny dans le Valais.

Toute l'armée ayant reçu l'ordre de faire un sacrifice aux dieux pour obtenir le succès de l'expédition, la légion Thébaine s'éloigna pour aller ramper

près d'Agaune, à trois lieues d'Octodiirum. Agaune était un bourg silué dans une vallée profonde au milieu des Alpes, dont les pointes la couronnent de tous côtés. L'empereur, informé du départ de la légion, lui envoya l'ordre de revenir au camp et de se réunir au gros de l'armée pour l'oblalion du sacrifice. La légion refusa de participer à cette cérémonie sacrilège. Furieux de cette résistance, Maximien ordonna que la légion fût décimée, et les soldats sur lesquels le sort tomba furent mis à mort. Le reste de la légion demeura inébranlable. Et l'envoyait tous ces vieux soldats s'exborter mutuellement à mourir plutôt que de violer le serment qu'ils avaient prêté au Roi du ciel le jour de leur baptême !

Cette première décimation fut suivie d'une seconde qui ne produisit pas plus d'effet. Tous ceux qui vivaient encore s'écrièrent qu'ils n'obéiraient point. Maurice, Exupère et Candide, leurs principaux officiers, ne contribuaient pas peu à les entretenir dans ces beaux sentiments.

Le cruel empereur fit dire à la légion qu'elle eût à se rendre, ou qu'elle périrait tout entière. Ces généreux soldats, animés par leurs officiers, envoyèrent à Maximien cette réponse pleine de noblesse et de fermeté:

« Nous sommes vos soldats, mais nous sommes aussi les serviteurs du vrai Dieu. Nous recevons de vous la solde, mais nous tenons de Dieu la vie. 11 ne nous est plus permis d'obéir à notre empereur dès que notre

Dieu nous le défend, et noire Dieu est le vôtre, Sel' gneur. Commandez-nous des choses qui ne soient point contraires à sa loi, et notre conduite passée vous répond de notre obéissance à venir. Nous avons fait serment à Dieu avant de vous le faire ; vous fieriez-vous au second serment, si nous allions violer le '|»rçmier?Nous avons vu massacrernos compagnons sans les plaindre, et nous nous sommes môme réjouis du bonheur qu'ils avaient de mourir pour leur religion. L'extrémité à laquelle on nous réduit n'est point capable de nous inspirer des sentiments de révolte. Nous avons les armes à la main ; mais nous ne savons ce que c'est que de résister, parce que nous aimons mieux mourir innocents que de vivre coupables. »

La légion Thébaine était composée d'environ dix mille hommes bien armés, qui pouvaient vendre chèrement leur vie ; mais nos pères savaient qu'en accordant à Dieu ce qui est à Dieu, il faut aussi rendre à César ce qui est à César, et ils montraient plus de courage en mourant pour la foi qu'en gagnant des batailles. Maximien, désespérant de vaincre leur résistance, les fit investir par son armée. Loin de faire la moindre résistance, tous mirent bas les armes et se laissèrent tranquillement oter la vie. Il n'y en eut pas un seul qui se démentît. La terre était couverte de corps morts, des ruisseaux de sang coulaient de toutes paris.

Pendant que l'armée pillait ceux qu'on venait de massacrer, arriva un vétéran, nommé Victor, qui n'était pas du môme corps. Saisi d'indignation, il se retira sans vou-

loir prendre pari à la joie féroce des bourreaux. On lui demanda s'il était aussi Chrétien. Sur sa réponse affirmative, les soldats se jetèrent sur lui et le massacrèrent. Ursus et Victor, tous deux de la légion Thébaine, se trouvaient aussi absents au moment de l'exécution, mais ils furent martyrisés-à Solodora ou Soleure, et l'on y garde encore leurs reliques. Ainsi périt cette heureuse légion. Son exemple apprend aux siècles futurs à se former une juste idée du courage. Le héros chrétien aime ses ennemis. Plutôt que de se révolter, il supporte les plus rudes épreuves, et nul sacrifice ne lui coûte dès qu'il s'agit de conserver sa vertu.

Jusqu'ici, Dioctétien et ses collègues n'avaient persécuté nos pères qu'en vertu des édits précédents. Le moment approchait où leur nom devait s'ajouter à celui des tyrans qui, depuis trois siècles, armaient le monde païen contre l'Église naissante. Cette nouvelle lutte sera plus furieuse que toutes les autres : c'est le dernier effort du Paganisme expirant. Épouse bien-aimée de riIomme-Dieu, rassurez-vous, l'époux céleste a pris soin de vous assurer la victoire. Il est temps de mettre au grand jour l'action de la Providence sur vos destinées immortelles, et de développer une des plus belles figures de rAncicn Testament qui doit s'accomplir en vous.

Le peuple d'Israël traversait le désert pour se rendre à la terre promise. Les enfants d'Amalec viennent s'opposer à son passage, et, de leur multitude armée, forment une barrière insurmontable. Une grande bataille devient inévitable : elle est fixée au lendt^main. Dès la

pointe du jour, Moïse quitte le camp d'Israël et monte au sommet d'une montagne voisine. Là, il élève son cœur et ses mains vers le ciel, sollicitant la victoire pour son peuple. Le combat s'engage, et, pour montrer que le succès dépend de la prière de Moïse, le Seigneur permet que les Israélites aient l'avantage tant que son serviteur tient ses mains élevées vers le ciel, et qu'ils perdent du terrain aussitôt que Moïse les laisse retomber. Tant il est vrai que les événements humains sont très-souvent déterminés par les prières des amis de Dieu ! Cette croyance est aussi ancienne que le monde. Tous les peuples ont prié pour obtenir des faveurs temporelles, ou détourner de leurs têtes des calamités également temporelles : donc, tous les peuples ont cru à l'influence de la prière sur les événements humains.

Voyez les Païens eux-mêmes. Allaient-ils à la guerre? avant le départ de l'armée on se rendait solennellement aux temples des dieux, on faisait des vœux et des prières, ou olTrait des sacrifices pour obtenir la victoire. L'avait-on remportée? on venait suspendre aux voûtes des temples les trophées qu'on croyait devoir à la faveur du Ciel. Dans les calamités publiques, dans les maladies, dans les dangers, la prière montait vers l'autel avec la fumée de l'encens. Sans doute c'était à tort que les Païens attribuaient à leurs dieux les succès et les faveurs dont ils se réjouissaient, mais leur conduite ne prouve pas moins la croyance invariable de tous les peuples à l'influence de la prière sur les événements humains. D'où a pu venir une pareille croyance, sinon

de cette révélation primitive qui nous apprend que le inonde est régi par une providence libre dans ses déterminations, et qui suspend et qui modifie ses lois pour récompenser ou pour punir les habitants de la terre ? Les annales sacrées sont pleines de faits qui prouvent la même vérité. Les Enfants dans la fournaise, Judith et les habitants de Béthulie, les Chrétiens de Jérusalem priant pour Pierre, prisonnier d'Hérode, Paul sur le vaisseau menacé de la tempête, rediront éternellement la foi des peuples et l'efficacité de la prière.

Pour en revenir à notre sujet, au moment précis où la grande bataille du Paganisme contre le Christianisme allait s'engager, au moment où d'un bout de l'Empire à l'autre allait retentir ce cri féroce : « Les Chrétiens au lion; » au moment où des milliers de jeunes enfants, de faibles femmes allaient descendre dans les amphithéâtres et monter sur les échafauds. Dieu fait partir pour les saintes montagnes de la Thébaïde de nouveaux Moïse. Du fond de leur solitude, Paul, Antoine et leurs disciples élèveront vers le ciel leurs voix et leurs mains suppliantes, et demanderont grâce et courage : grâce pour les persécuteurs, courage pour leurs frères qui combattront dans les arènes ensanglantées : et la voix de la vertu obtiendra grâce aux tyrans, courage aux martyrs et Constantin à l'Église.

11 est temps de faire connaître les chefs de cette troupe d'élite, de cette sainte colonie du désert chargée de faire violence au Ciel.

Paul, le premier des ermites, naquit dans la basse

Thébaïde en Egypte, en 229. Il n'avait que quinze ans lorsqu'il perdit son père el sa mère. Les qualités de son cœur répondaient aux talents de son esprit ; on le vit toujours, dès sa plus tendre jeunesse, doux, modeste et craignant Dieu. Au temps de la persécution de Dèce, il s'enfuit au désert. Après une longue marche, il arriva au pied d'un rocher où étaient plusieurs cavernes ; il en choisit une pour sa demeure. Auprès de cette caverne était une fontaine dont l'eau lui servait de boisson ; un grand palmier lui fournissait ses feuilles pour vêtements et ses fruits pournourriture. Paul n'avait que vingt-deux ans lorsqu'il eritra au désert. Son premier dessein était d'y laisser passer l'orage de la persécution et de retourner ensuite parmi les hommes ; mais le Seigneur avait d'autres vues sur son serviteur. Pour fixer le nouveau Moïse sur la sainte montagne, Dieu lui fit trouver des douceurs inelTables dans la vie pénitente et contemplative, et Paul, fidèle à la grâce, prit la ferme résolution de ne pas rentrer dans le monde et de consacrer sa vie à prier pour ceux qui l'habitaient.

Il ne vécut, jusqu'à l'âge de quarante-trois ans, que du fruit d^ son palmier; le reste de sa vie il fut miraculeusement nourri, comme autrefois le prophète Élie, par un corbeau qui lui apportait chaque jour la moitié d'un pain. Que fit le patriarche du désert pendant les quatre-vingt-dix ans qu'il passa dans la solitude, seul avec Dieu seul, étranger à tout, à l'établissement de la Religion, aux révolutions des empires et jusqu'à la succession des temps ; connaissant à peine les choses dont il T. V. 26

ne peut absolument se passer, le ciel qui le couvre, la terre qui le porte, l'air qu'il respire, l'eau quil boil, le pain miraculeux dont il se nourrit? Il priait, il expiait, il contemplait Dieu, l'adorait, l'aimait, faisait en un mot tout ce que le ciel et la terre, les hommes et les Auges doivent faire sans cesse, la volonté de Dieu.

Cependant le Seigneur voulut révéler au monde cette merveilleuse existence. Voici comment la chose arriva. Le grand saint Antoine, alors âgé de qualre-vingt-dii ans, fut tenté de vaine gloire ; il s'imaginait que personne n'avait servi Dieu aussi longtemps que lui dans une entière séparation du monde. Lorsqu'il était occupé de cette pensée. Dieu lui envoya un songe dans lequel il le détrompa ; il lui ordonna en même temps d'aller chercher un de ses serviteurs qui habitait dans le fond du désert. Antoine partit dès le lendemain matin. Après une marche de deux jours et deux nuits, le Saint aperçut une lumière qui lui découvrit la demeure de celui qu'il cherchait. Il approche, prie le Saint de lui ouvrir, et fait beaucoup d'instance avant de pouvoir obtenir cette grâce. Paul cependant lui ouvre à la fin, et le reçoit avec un doux sourire; les deux vieillards s'embrassent tendrement, et, éclairés d'en haut, s'appellent mutaellcmcnl par leur nom.

Us s'assirent l'un auprès de l'autre, et Paul dit à Antoine : « "Voici celui que vous avei cherché avec tant de fatigues, dont le corps est usé par la vieillesse el dont la itMe est couverte de cheveux blancs; voici cet homme qui est sur le point d'être réduit en poussière;

mais puisque la charité ne trouve rien de difficile, dites-moi, je vous prie, comment va le monde ? fait-on de nouveaux btiliments dans les anciennes villes? qui est celui qui règne aujourd'hui? se trouve-t-il encore des hommes assez aveugles pour adorer des idoles ? » Pendant cette naïve conversation, le corbeau nourricier arrive et se repose sur une branche du grand palmier ; de là, volant tout doucement jusqu'à terre, il dépose devant les deux patriarches un pain tout entier. Sa commission remplie, l'oiseau prend son essor et disparaît. « Voyez, dit Paul, comment notre bon maître nous envoie à dîner : il y a soixante ans que je reçois chaque jour par le même messager la moitié d'un pain; mais comme vous êtes venu me voir, Jésus-Christ a doublé la provision de son serviteur. »

Aussitôt ils rendent grâce à Dieu, disent leur Bene- (licite et viennent s'asseoir sur le bord de la fontaine. Là s'engage une dispute de prévenance et d'humilité, lun et l'autre veulent se déférer l'honneur de rompre le pain; Paul insiste sur les lois de l'hospitalité, Antoine refuse à cause de l'âge avancé du patriarche. Enfin ils concluent que chacun prenant le pain et le tirant à soi, en retiendrait la partie qui lui demeurerait entre les mains. Après avoir mangé ils se désaltèrent dans l'eau limpide de la fontaine, disent leurs Grâces et passent la nuit en prières. Le lendemain matin, Paul dit à Antoine ; « 11 y a longtemps, mon frère, que je sais votre séjour dans le désert et que Dieu m'a promis que vous emploieriez comme moi votre vie à son service. L'heure de mon

sommeil est arrivée; allez chercher, s'il vous plaît, pour envelopper mon corps, le manteau que vous a donné l'évêque Athanase. » Ce n'était pas qu'il se souciât beaucoup que son corps fût enseveli, mais il voulait épargner à Antoine la douleur de le voir mourir, et lui témoigner son respect pour saint Athanase et son attachement à la foi de l'Église, pour laquelle ce grand évêque souffrait alors les plus cruelles persécutions.

Cette demande du manteau donné par saint Athanase surprit saint Antoine. Il vit bien que Dieu seul pouvait avoir révélé ce fait au bienheureux Paul. Au lieu d'approfondir le motif d'une telle demande, il ne pense qu'à obéir ; il embrasse les mains de son vénérable ami et reprend en toute hâte la route de son monastère. Deux de ses disciples accourent au-devant de lui : « Mon père, lui dirent-ils, où avez-vous demeuré si longtemps? — Je ne suis qu'un misérable pécheur, leur dit-il, je suis indigne d'être appelé serviteur de Dieu. J'ai vu Élie, j'ai vu Jean-Baptiste, je dis mal, j'ai vu Paul dans un paradis. » Sans en dire davantage, il entre dans sa cellule, prend le manteau, et repart incontinent. Il presse sa marche dans la crainte d'arriver après la mort du patriarche. Sa crainte n'était que trop fondée. Le lendemain, au point du jour, il vit l'âme du bienheureux Paul monter au ciel, au milieu des Anges, des Prophètes et des Apôtres. Il se prosterne le visage contre terre, pour donner un libre cours à ses larmes. Puis, s'étant relevé, il continue sa marche.

Arrivé à la caverne, il trouva le corps du saint à ge-

DE l'ERSÉVÉr.ANCE. 405

noiix, la tête levée et les mains étendues vers le ciel. C'est ainsi que priaient les premiers Chrétiens. Il crut donc qu'il priait, et il se mit à prier à son côté : mais, ne l'entendant point soupirer comme il avait coutume de faire dans la prière, il lui fut aisé de voir qu'il était mort. Il ne songea donc plus qu'à lui rendre les derniers devoirs. Il enveloppa son corps du manteau d'Athanase, le tira de la caverne et chanta des hymnes et des psaumes, suivant la tradition de l'Église catholique.

Son embarras fut extrême en se voyant dépourvu des instruments nécessaires pour creuser une fosse. Dieu, en qui il avait mis saconfiance, y suppléa. Il vit deux grands lions qui accouraient du fond du désert, faisant flotter leur longue crinière. Le saint s'étant recommandé à Dieu, demeura aussi tranquille que si c'eût été deux colombes. Ils vinrent se coucher auprès du corps du bienheureux vieillard, ils le flattèrent avec leur queue, puis jetèrent de grands rugissements pour lui témoigner qu'ils le pleuraient. Ils commencèrent ensuite à gratter la terre avec leurs ongles, jusqu'à ce qu'ils eussent fait une fosse capable de contenir un corps humain. Après quoi, comme s'ils eussent demandé la récompense de leur travail, ils vinrent en remuant les oreilles, baissant la tête vers Antoine, et se mirent à lui lécher les pieds. Le saint comprit qu'ils lui demandaient sa bénédiction, et, rendant grâce à Notre-Seigneur de ce que les animaux eux-mêmes adoraient sa divinité, il dit: « Seigneur, sans la volonté duquel la moindre feuille ne tombe dans les forêts, le moindre oiseau ne perd

sommeil est arrivée ; allez chercher, s'il vous plaît, pour envelopper mon corps, le manteau que vous a donné l'évêque Athanase. » Ce n'était pas qu'il se souciât beaucoup que son corps fût enseveli, mais il voulait épargner à Antoine la douleur de le voir mourir, et lui témoigner son respect pour saint Athanase et son attachement à la foi de l'Église, pour laquelle ce grand évêque souffrait alors les plus cruelles persécutions.

Cette demande du manteau donné par saint Athanase surprit saint Antoine. Il vit bien que Dieu seul pouvait avoir révélé ce fait au bienheureux Paul. Au lieu d'approfondir le motif d'une telle demande, il ne pense qu'à obéir ; il embrasse les mains de son vénérable ami et reprend en toute hâte la route de son monastère. Deuï de ses disciples accourent au-devant de lui : « Mon père, lui dirent-ils, où avez-vous demeuré si longtemps? — Je ne suis qu'un misérable pécheur, leur dit-il, je suis indigne d'être appelé serviteur de Dieu. J'ai vu Élie, j'ai vu Jean-Baptiste, je dis mal, j'ai vu Paul dans un paradis. » Sans en dire davantage, il entre dans sa cellule, prend le manteau, et repart incontinent. Il presse sa marche dans la crainte d'arriver après la mort du patriarche. Sa crainte n'était que trop fondée. Le lendemain, au point du jour, il vit l'âme du bienheureux Paul monter au ciel, au milieu des Anges, des Prophètes et des Apôtres. Il se prosterne le visage contre terre, pour donner un libre cours à ses larmes. Puis, s'étanl relevé, il continue sa marche.

Arrivé à la caverne, il trouva le corps du saint à ge-

noux, la lête levée et les mains élendues vers le ciel. C'est ainsi que priaient les premiers Chrétiens. Il crut donc qu'il priait, et il se mit à prier à son côté : mais, ne l'entendant point soupirer comme il avait coutume de faire dans la prière, il lui fut aisé de voir qu'il était mort. Il ne songea donc plus qu'à lui rendre les derniers devoirs. Il enveloppa son corps du manteau d'Athanase, le tira de la caverne et chanta des hymnes et des psaumes, suivant la tradition de l'ÉgUse catholique.

Son embarras fut extrême en se voyant dépourvu des instruments nécessairespour creuser une fosse. Dieu, en qui il avait mis sa confiance, y suppléa. Il vit deux grands lions qui accouraient du fond du désert, faisant flotter leur longue crinière. Le saint s'étant recommandé à Dieu, demeura aussi tranquille que si c'eût été deux colombes. Ils vinrent se coucher auprès du corps du bienheureux vieillard, ils le flattèrent avec leur queue, puis jetèrent de grands rugissements pour lui témoigner qu'ils le pleuraient. Ils commencèrent ensuite à gratter la terre avec leurs ongles, jusqu'à ce qu'ils eussent fait une fosse capable de contenir un corps humain. Après quoi, comme s'ils eussent demandé la récompense de leur travail, ils vinrent en remuant les oreilles, baissant la tête vers Antoine, et se mirent à lui lécher les pieds. Le saint comprit qu'ils lui demandaient sa bénédiction, et, rendant grâce à Notre-Seigneur de ce que les animaux eux-mêmes adoraient sa divinité, il dit : « Seigneur, sans la volonté duquel la moindre feuille ne tombe dans les forêts, le moindre oiseau ne perd

la vie, donnez à ces lions ce que vous savez leur être nécessaire. » Ensuite il leur fit signe de la main, et leur commanda de s'en aller. Les redoutables fossoyeurs s'éloignèrent à Tinslant.

Cet empire admirable des saints sur les créatures n'a rien qui doive étonner ; ils avaient, par leur énùneote vertu, recouvré une partie de la puissance dont le premier homme fui honoré. Plus l'homme est saint, plus il se rapproche de la perfection dont il est déchu, plus il rentre en possession de ses antiques prérogatives : c'est la promesse même du Réparateur de toutes choses*.

Lorsque les lions furent partis, Antoine descendit dans la fosse le corps du bienheureux, le couvrit de terre suivant la coutume de l'Église. Il repartit ensuite pour son monastère, emportant la tunique de feuilles de palmier que Paul s'était tressée à lui-même de ses propres mains ; il la garda toujours précieusement, et s'en revêlait aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte. Antoine raconta à ses disciples tout ce qui lui était arrivé \ La mort du bienheureux Paul, patriarche du désert, arriva l'an 342,

PRIÈRE

O mon Dieu î qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir veillé avec tant de soin sur voire sainte Eglise;

' Voyez Discours d'Arnaud d'Anditljf sur la vit des Pères du désert, t. 1, p. 17 et 8uiv.

* Fie de siiinf Paul par saint Jérôme, et fie de sntiit Antoine par >aint Aihanase. A de tels liéru» il fallait de tclf> hislorieas.

donnez-nous le courage des généreux soldais de la légion Thébaine, et l'esprit intérieur de saint Paul.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ne veux jamais murmurer contre mes supérieurs.

PETIT CATÉCHISME

LE CHRISTIANISME ÉTABLI

(3e et 4* siècle.)

Q. Comment Dieu punit-il l'empereur Valérien?

R, Comme tous les autres persécuteurs, l'empereur Valérien fut puni d'une manière éclatante; il fut fait prisonnier par Sapor, roi de Perse, qui l'obligeait à se courber et à lui servir de marchepied lorsqu'il voulait monter à cheval ou en voiture. Il le fit ensuite écorcher tout vivant, teignit sa peau en rouge, et la suspendit dans un temple de ses dieux.

Q. Quelle fut la dixième persécution générale?

R. La dixième persécution générale fut celle de Dioclétien. Ce prince cruel commença par persécuter les Chrétiens sans porter contre eux de nouveaux édits, mais en vertu des édits précédents. Il s'associa à l'Empire Maximien, Galèreet Constance Chlore. Tous, excepté le dernier, étaient remplis de haine contre les Chrétiens. Maximien ayant passé les Alpes pour combattre les ennemis de l'Empire, voulut offrir un sacri-

fice aux idoles afin d'obtenir le succès de son expédition. Il s'arrêta en Suisse, près de Genève. Il avait dans son armée une légion toute composée de Chrétiens. C'étaient tous de vieux soldats venus d'Orient et des environs de Thèbes en Egypte ; c'est pourquoi cette légion s'appelait la légion Thébaine. Ils étaient au nombre d'environ dix mille; ils refusèrent de sacrifier. Maximien en fit d'abord massacrer un sur dix ; comme ils refusaient encore, il les fit décimer de nouveau; enfin il ordonna à son armée de les massacrer tous, ce qui fut fait. Ces généreux soldats n'opposèrent aucune résistance.

Q. Comment Dieu vint-il au secours de son Eglise?

R. La persécution allait se répandre par toute la terre ; elle devait être longue et furieuse ; des milliers de Chrétiens devaient être appelés à confesser la foi. Dieu voulut leur assurer la victoire comme il l'assura au peuple d'Isradl combaltantcontre les Amalécites. Pendant que les enfants d'Israël combattaient dans la plaine, Moïse priait sur la montagne, et sa prière obtint la victoire à son peuple. Ainsi, au moment où les Chrétiens allaient être attaqués avec plus de violence que jamais. Dieu envoya dans le désert de nouveaux Moïse pour prier et obtenir la victoire aux fidèles. Ces nouveaux Moïse furent saint Paul, le premier ermite, saint Antoine et ses nombreux disciples.

0' Qui était saint Paul?

R. Saint Paul, premier ermite, naquit en Egypte en 229. II entra dans le désert ù r<1ge de vingt -deux

ans. Après avoir marché plusieurs jours, il se trouva au pied d'un rocher où il y avait une caverne ; à côté étaient un grand palmier et une petite fontaine. La caverne lui servit de demeure, les feuilles du palmier de vêtement, et ses fruits de nourriture. A l'âge de quarante-trois ans, le Seigneur le nourrit miraculeusement comme autrefois le prophète Elie. Il vécut dans l'exercice de la prière et de la pénitence jusqu'à l'âge de cent treize ans. Quelques jours avant sa mort, saint Antoine, qui ne l'avait jamais vu, vint le visiter, et quand il fut mort, il l'ensevelit. Deux lions vinrent creuser la fosse dans laquelle saint Antoine le déposa en chantant les hymnes et les prières de l'Eglise. Saint Antoine emporta sa tunique faite de feuilles de palmier, et il ne la mettait qu'aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte.

PRIÈRE

O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir veillé avec tant de soin sur votre sainte Eglise; donnez-nous le courage des généreux soldats de la légion Thébaine et l'esprit intérieur de saint Paul.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne veux jamais murmurer contre mes supérieurs.

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