‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 2)Chapitre 16 sur 29 · XIX« LEÇON · texte numérisé non relu

XIX« LEÇON

LE CHRISTIANISME ÉTABLI. ( 4-^ siècle.)

Martyre de saint Phocas, jardinier. — Martyre de saint Taraque, vétéran.— Martyre de sainte Agnès. — Martyre de sainte Eulalie.

La persécution, qui avait cherché ses premières victimes dans le palais des empereurs et parmi les enfants des rois, pénétra bientôt dans les chaumières des pauvres. Dieu le permit ainsi, afin que le Christianisme eût des témoins dans tous les rangs, et tous les états de la société des représentants et des protecteurs dans le ciel.

Au temps du martyre de saint Cyr et de sainte Julitte vivait à Synope, ville du Pont, un pauvre jardinier nommé Phocas. C'était un homme d'une simplicité et d'une innocence de mœurs vraiment patriarcales. La culture de son peut jardin lui fournissait de quoi vivre et de quoi faire l'aumône. Dans cette profession, vile aux yeux du monde, il retraçait en quelque sorte l'état heureux où se trouvèrent Adam et Eve dans le Paradis terrestre. De son jardin et de sa petite maison il avait fait un hospice, qu'il tenait ouvert h tous ceux que la Providence lui adressait. Les étrangers, les voyageurs qui ne savaient où loger étaient sûrs de trouver chez le saint jardinier une touchante hospitalité.

Cette vertu lui procura la couronne du martyre; elle avait fait connaître Phocas dans tout le pays : des méchants l'accusèrent d'être Chrétien. Son prétendu crime était si notoire, qu'on n'observa point à son égard les formalités ordinaires. Les bourreaux eurent ordre de le mettre à mort, en quelque endroit qu'ils le rencontrassent. Arrivés à Synope, ils s'arrêtèrent à la maison de Phocas, et demandèrent à loger chez lui. Ils ne le connaissaient point, lui-même ne les connaissait pas non plus. Ils ne dirent pas d'abord le sujet qui les amenait. Leur dessein était de s'informer du peuple de ce faubourg quel homme était ce Phocas et où il demeurait. Ainsi l'innocent agneau se trouvait au milieu d'une troupe de loups, et la colombe sans fiel et sans malice parmi des vautours cruels et carnassiers.

Enfin, celte liaison qui se forme d'ordinaire à table ayant fait naître la confiance entre les soldats et leur hôte, le Saint leur demanda qui ils étaient et ce qu'ils venaient faire à Synope. Ils étaient si charmés de son honnêteté et de ses attentions, qu'ils lui dirent : « Nous promettez-vous de ne découvrir à personne ce que nous allons vous confier? — Je vous le promets, répondit Phocas. — Nous cherchons un certain Phocas que nous avons ordre de mettre à mort aussitôt que nous le rencontrerons. Nous vous prions d'ajouter une nouvelle faveur à celle de l'hospitalité que nous vous devons, en nous aidant à découvrir cet homme. — Je le connais beaucoup, répondit le Saint d'un air tranquille; je me fais fort de le trouver : je ne vous demande pour cela

que quelques heures, et je vous promets de vous en donner des nouvelles certaines. En attendant, ajouta le Saint, veuillez vous reposer dans ma petite maison. »

Les soldats s'étant retirés pour aller se coucher, le saint employa le délai qui lui restait à faire deux choses : la première, à préparer un bon repas pour le lendemain à ses futurs bourreaux ; la seconde, à tout disposer pour ses funérailles : son âme était prête à paraître devant Dieu. Pendant la nuit, le Saint creusa sa fosse et mit ordre à tout ce qui était nécessaire à sa sépulture. Dès le matin, il va trouver ses hôtes : « Eh bien, leur dit-il d'un air riant, l'oiseau est dans le filet ; je vous l'avais bien promis; j'ai fait de si bonnes recherches, que j'ai trouvé Phocas; vous pourrez vous saisir de lui quand vous voudrez. — Où est-il? lui demandent les soldats avec grand empressement. — Il n'est pas loin d'ici; il est devant vous, c'est moi. »

Frappés d'une pareille réponse, ils restèrent quelque temps immobiles, ne pouvant se résoudre à tremper leurs mains dans le sang d'un homme qui montrait tant de vertus, et qui les avait reçus dans sa maison avec une si grande cordialité. Phocas les encourageait indirectement, en leur répétant qu'il ne craignait point la mort, puisqu'elle devait lui procurer les plus précieux avantages. Enfin, ils lui coupèrent la tête, et son dme fut offerte à Dieu par les Anges, comme une hostie d'agréable odeur.

Sortons de la chaumière du pauvre et portons nos pas vers les camps romains. Ces camps, déjà remplis de

Dt PEUSÉVÉ RANGE. 405

Chrétiens un siècle auparavant, vont nous donner encore un illuslre exemple de ce courage chrétien, hélas ! SI rare aujourd'hui. C'est un vieux vcléran qui va paraître devant le tribunal des persicuteurs. Voici la relation fidèle de son martyre et de celui de ses deux compagnons '.

Taraque était Romain d'extraction, quoique né en Isaurie; c'était un vieux soldat des armées impériales. Il s'était retiré du service dans la crainte qu'on ne l'obligeât à faire quelque chose de contraire à sa conscience. Lorsqu'on l'arrèla, il était âgé de soixante-cinq ans.

Probus, le second des martyrs, natif de Pampliilie, avait quitté une fortune considérable afin do pouvoir servir Jésus-Christ avec plus de liberté.

* Les actes de saint Taraque, de saint Probe et de sain^ Andronic sont un des plus précieux monuments de l'antiquilé cl.rctiennr. Les trois premières parties contiennent le^interro^^rloires que nos saints subirent à Tarse, à Mopsucste et à Anazarbc, villes de Cilicie. C'est une copie authentique des actes prcconsulaires que les Cbrétiens achetèrent deux cents deniers des notaires publics, lis le disent eux-mêtues en les envoyant à leurs frères d'icône : « Nous kg avons tirés des registres du greffe criminel de Inrsc, par l'entremise de Sebaste, l'un des offlciersde la justice de cette ville, qui nous en a obtenu la communication moyennant la somme de deux cents deniers, que nous lui avons donnée. Vous y verrez le commencemerit et la suite du martyre de ces hommes admira- Lies, leur fin glorieuse, et les prodiges qu'il a plu à Dieu d'opérer par leur moyen, pour sa propre gloire et pour notre édification. Nous vous supplions de vouloir en faire part aux fidèles de la Pisidie et de la Pamphilie, afin que notre Seigneur Jésus Christ soit glorifié, et que chacun trouve dans ce récit fidèle un nouveau mo'if de s'animer à combattre, sous les auspices du Saint Esprit, les ennemis de la vérité. » (Ruinart, t. 2, p. 93.)

La quatrième partie des Actes est de trois Chrétien^ n moins oculaires du mirtyre.

T. v. ZO

itH> CATÉCHISME

Afldronic, le pl-us jeune des {rois, «Hail d'une des premières familles de la ville d'Éphèse. Ils furent lous les trois arrôlés à Pompéiopolis, ville de Cilicie, par l'exempt Eulolmius Palladius, et conduits à Tarse, capitale de la province. Le 21 juin de l'an 304, ils comparurent devant le gouverneur Numérius Maxime tenant l'audience publique. Le centurion Déméfrius, s'approchant du tribunal , dit : Seigneur, voici trois hommes, de la secte impie des Chrétiens, qui ont refusé d'obéir aux édits des empereurs.

Maxime s'adressant d'abord àTaraque, lui dit : Quel est ton nom?

Taraque. Je suis Chrétien.

Maxime. Ne me parle pas de ton impiété, dis-moi seuleipent ton nom.

TaPxAque. Je suis Chrétien.

Maxime s'adressant aux bourreaux : Qu'on le frappe sur la bouche afin de lui apprendre à ne pas répondre une chose pour une autre.

Taraque après avoir reçu un violent soufflet : Je vous dis mon vrai nom ; si vous voulez savoir celui que j'ai reçu de mon père, je m'appelle Taraque, et à l'armée on me nommait Victor.

Maxime. Quelle est ta profession, ton pays?

Taraque. Je suis Romain, mais né A Claudiopolis en Isaurie; j'étais soldat de profession, mais j'ai quitté le service parce que je suis Chrétien.

Maxime. Tu as bien fait, ton impiété le rend indigne

de porter les armes; mais comment as-tu quille le service?

Taraque. J'ai demandé mon congé à Publius, mon capitaine, et il me l'a accordé.

Maxime. Écoute, j'ai pitié de tes cheveux blancs ; si tu obéis aux ordres de l'empereur je te procurerai son amitié. Viens, sacrifie aux dieux à l'exemple même des empereurs.

Taraque. Les empereurs se trompent.

Maxime. Qu'on le frappe sur la bouche pour avoir dit que nos princes sont dans l'erreur.

Taraque. Oui, je le répèle, ils sont hommes, et en cette qualité ils sont trompés.

Maxime. Sacrifie aux dieux et renonce à ta folie.

Taraque. Je ne peux renoncer à la loi de Dieu.

Maxime. Tête de fer ! y a-t-il d'autre loi que celle des empereurs?

Taraque. Oui, il y en a une autre, et vous la transgressez en adorant l'ouvrage de vos mains, des statues de bois ou de pierre.

Maxime. Qu'on le frappe sur le cou pour lui faire quitter son entêtement.

Taraque. Ce que vous appelez entêtement n'est que le salut de mon âme, et je ne l'abandonnerai jamais.

Maxime. Je te le ferai bien quitter moi, et te rendrai sage malgré toi.

Taraque. Vous pouvez faire ce qu'il vous plaira, mon corps est en votre pouvoir.

Maxime. Qu'on le dépouille et qu'on le fasse passer par les verges.

Taraque, tandis qu'on le frappait : C'est maintenant que vous avez trouvé le secret de me rendre un vrai sage. Les coups que vous me faites donner me fortifient; ils augmentent ma confiance en Dieu et en Jésus- Christ.

Maxime. Méchant que tu es, comment peux-tu dire qu'il n'y a qu'un Dieu; en voilà deux que tu viens de nommer. N'as-tu pas donné le nom de Dieu à une certaine personne appelée Christ?

Taraque. Oui; c'est le Fils du Dieu vivant; c'est l'espérance des Chrétiens ; c'est pour lui que nous souffrons, et c'est par lui que nous sommes sauvés.

Maxime. Renonce à celte extravagance; viens, et sacrifie.

Taraque. J'ai soixante-six ans ; j'ai toujours vécu dans la connaissance et l'amour de la vérité; je ne puis l'abandonner.

Le centurion Déméirius, affectant un air de pitié, lui dit : Tu me fais compassion; suis mes conseils, et sauve ta vie en sacrifiant.

Taraque. Garde tes avis pour toi, ministre de Satan.

Maxime. Qu'on le charge de grosses chaînes, et qu'on le conduise en prison. Faites entrer celui qui suit.

Le centurion Démétrius dit : Seigneur, le voilà.

Maximf. Quel est Ion nom?

pROBUs. J'en ai deux : le plus noble est Chrélien; celui qu'on me donne dans le monde c'est Probus. >

Maxime. Quel est ton pays ? quelle est ta famille ?

Probus. Mon père était de Thrace ; je suis né à Sida, en Pamphilie. Ma famille n'est pas noble ; mais je suis Chrétien.

Maxime. Tu ne l'ennobliras pas beaucoup avec ce nom. Crois-moi, sacrifie aux dieux; c'est un moyen bien plus sûr; car si tu obéis, je te promets mon amitié et la faveur des empereurs.

Probus. Tout cela m'est inutile; je pouvais par ma fortune tenir un rang distingué dans le monde ; mais j'ai renoncé à tout pour servir mon Dieu.

Maxime. Qu'on lui ôte ses habits, et qu'on lui donne cent coups de nerf de bœuf.

Tandis qu'on frappait le martyr, le centurion Démétrius lui dit : Aie pilié de toi-même, mon ami; vois la terre toute couverte de ton sang.

Probus. Faites ce que vous voudrez de mon corps ; vos tourments sont pour moi un rafraîchissement déli-, fieiix.

Maxime. Ta folie est donc incurable? Qu espèreslu?

Probus. Je suis plus sage que vous, parce que je n'adore point les démons.

Maxime. Qu'on le tourne, et qu'on le frappe sur le ventre.

Probus. Seigneur, mon Dieu, assistez votre serviteur.

Maxime. A chaque coup, dites-lui : Où est le Dieu que tu appelles à ton secoues ?

Probus. Il m'assiste, et il m'assistera, car je fais si peu de cas de vos tourments, que je ne vous obéis point.

Maxime. Misérable ! vois ton corps déchiré et la terre toute couverte de ton sang.

Probus. Plus mon corps souffre pour Jésus-Christ, plus mon âme acquiert de force et de vigueur.

Maxime. Qu'on lui mette les fers aux pieds et aux mains, qu'on lui étende les jambes dans les ceps jusqu'au quatrième trou, et qu'on ne permette à personne de le voir. Le troisième, où est-il?

Le centurion Démétrius dit : Seigneur, le voilà.

Maxime. Quel est ton nom?

Andronic. Mon vrai nom est Chrétien.

Maxime. Tes ancêtres ne portaient pas ce nom-là ; réponds juste.

Andronïc. Parmi les hommes, on m'appelle Andronic.

Maxime. Quelle est la famille?

AsDRONic. Mon père est un des principaux habitants d'Ephèse.

Maxime. Veux-tu m'en croire? n'imite pas les fous qui ont passé avant toi ; leur folie leur a coûté cher. Adore les dieux, et obéis aux empereurs, qui sont nos pères et nos maîtres.

DE PERSltV^RANCE. i"!

As^DRONic. Le Démon est voire père quand rofis faites ses œuvres.

Maxime. Jeune homme, tu fais l'insolent; Sais-to que j'ai des tourments tout prêts.

AxDRGNiG. Je ne les crains pas.

Maxime. Qu'on le dépouille, qu'on le ceigne, et qu'on retende sur le chevalet*.

Alors le centurion Démétrius dit au martyr : Obéis, mon ami, avant qu'on déchire ton corps.

A:?îDRONic. J'aime mieux voir mettre mon corps en pièces que de perdre mon âme.

Maxime. Sacriûe, ou je te condamne à une mort cruelle.

A:!fDRO]:ïic. Je n'ai jamais sacriflé aux Démons dès mon enfance ; je ne commencerai pas aujourd'hui.

Athanase, corniculaire ou contrôleur de l'armée, lui dit : Je suis assez âgé pour être ton père, et j'ai droit de te donner des conseils : obéis au gouverneur.

A>^DROKic. L'admirable conseil que celui dB sacrifier aux Démons!

Maxime. Misérable! nous verrons si tu es insensible aux tourments; quand tu les sentiras, tu renonceras peut-être à ta folie.

* Lp chevalet était un instrument de supplice qui se composait d'une ou plusieurs planches fixées sur des tréteaux. On couchait le martyr sur ces planches, on lui prenait les pieds et les mains avec des cordes qui passaient dans des poulies, et dont l'extrémité s'attachait à un tour placé à chaque bout du chevalet. Ou tournait CCS tours, et on étendait ainsi, jusqu'à les disloquer et à les rompre, les membres du martyr. Dans cet état de tension, on le frappait k grand* coup» sur le corps.

i72 CATÉCUiSMK

Androsic. Heureuse folie que celle d'espérer en Jésus-Christ ! c'est la sagesse du monde qui donne la mort éternelle.

Maxime. Qui l'a appris toutes ces extravagances?

Androic. Le Verbe, qui donne la vie, qui la conserve, et qui un jour nous ressuscilera, suivant la promesse de Dieu.

Maxime. Qu'on le tourmente avec violence.

Andromc. Je n'ai fait aucun mal, et vous me tourmentez comme un scélérat. Je ne souffre que pour le culte qui est dû au vrai Dieu.

Maxime. Appelles-tu n'avoir rien fait, que d'avoir foulé aux pieds les ordres de nos empereurs, et de m'avoir bravé jusque sur mon tribunal? Si tu avais le moindre sentiment de piété, tu adorerais les dieux de nos princes.

Andronic. C'est une impiété d'abandonner le vrai Dieu pour adorer le marbre et le bronze.

Maxime. Tu oses dire que nos princes sont des impies ! Qu'on lui enfonce des pointes de fer dans les côtés.

Andronic. Je suis entre vos mains ; faites ce qu'il vous plaira.

Maxime. Qu'on mette du sel sur ses plaies, et qu'on lui frotte les côtés avec des morceaux de tuiles cassées.

Anuronic. Vous venez de me donner un grand soulagement.

Maxime. Je le ferai mourir peu à peu.

Andronic. Vos menaces ne me font point peur;

l'esprit qui m'anime est plus fort que celui qui vous fait agir.

Maxime. Qu'on lui mette des chaînes aux pieds et au cou, et qu'on le garde en prison.

Ainsi finit le premier interrogatoire. En vain chercheriez-vous, dans l'histoire profane, une scène plus dramatique, un tableau plus complet. Dans ce tableau, vous voyez un juge qui, à toute la brutalité du tyran subalterne, joint la cruauté du tigre ; devant lui, un vieux soldat qui répond avec toute la franchise militaire ; un homme distingué par sa fortune, qui conserve le calme le plus parfait au milieu des supplices; et enfin un jeune homme qui désespère le juge par la vivacité de ses reparties. A cùté de ces trois figures, se montre dans l'ombre une autre figure, figure hypocrite, figure de Judas; c'est celle de ce Démétrius, qui, feignant la pitié, engage les martyrs à une lâche trahison. Ce tableau si complet, si animé, nous allons le retrouver dans le second et le troisième interrogatoire.

Le gouverneur étant parti de Tarse pour Mopsueste, autre ville de Gilicie, fit conduire enchaînés à sa suite ses trois prisonniers ; il voulait peut-être, par ce spectacle, épouvanter les Chrétiens, ou donner à ses inférieurs une idée de sa puissance. Quoi qu'il en soit, il fut à peine arrivé à Mopsueste, qu'il monta sur son tribunal, et, s'adressant au centurion Démétrius, il lui dit : Qu'on amène les impies qui suivent la religion des Chrétiens. — Seigneur, répondit Démétrius, les voici.

i74 CATÉCHISME

MAXI3IE, s'adressant à Taraqoe. Je sais qu'on doit respecter la vieillesse, mais c'est lorsque la prudence et le jugement l'accompagnent. J'aime à croire que tu as fait un bon usage du temps que je t'ai laissé ; tu as sans doute changé de sentiments. Viens donc sacrifier aux dieux ; je suis prêt à rendre à ton âge et à ton mérite tout l'honneur qui leur est dû.

Taraqce. Je suis Chrétien, et plût au Ciei que vous et les empereurs quittassiez votre aveuglement pour suivre le chemin qui conduit à la vie !

Maxime. Qu'on lui brise les mâchoires avec une pierre, en lui disant : Renonce h la folie.

Taraque. Cette folie est une vraie sagesse.

Maxime, Misérable ! tu as toutes les dents cassées; sauve du moins le reste. Sacrifie; c'est ce que lu as de mieux à faire.

Taraque. Si je le croyais, je n'endurerais pas de si cruels tourments.

Maxime. Qu'on le frappe encore sur la bouche, en lui disant : Réponds.

Taraque. Vous m'avez fait rompre toutes les dents, et vous voulez que je réponde ?

jMaxim£< Homme maudit des dieux, je saurai bien Le guérir de ta folie. Qu'on apporte des charbons ardents ; qu'on élendo ses mains sur le feu, jusqu'à ee qu'elles soient brûlées.

Taraque. N'est-ce que cela? votre feu est peu de chose ; je ne crains que les flammes éternelles.

DE PERSÉVÉRANCE. ï'tb

Maxime. Vois tes mains toutes rôties ; rien ne pourra donc te rendre sage? Sacrifle.

Taraqce. Avez-vous d'autres tourments? vous pouvez les employer; j'ai de quoi vous mener loin.

Maxime. Qu'on le pende par les pieds, la tête en bas, et qu'on allume dessous un feu qui fasse beaucoup de fumée.

Taraqce. Votre feu n'a pu me faire périr, et vous prétendez ra'intimider avec de la fumée ?

Maxime. Versez-lui du vinaigre et du sel dans les narines. •

Taraque. Vos bourreaux vous ont trompé; votre vinaigre^o'est pas fort ; rien n'est plus fade que votre sel.

Maxime. Mêlez-y de la moutarde, et frottez-lui-en le nez.

Taraque. Je vous en avertis, vos bourreaux vous trompent ; au lieu de moutarde, il» m'ont donné du miel.

Maxime. En voilà assez pour cette séance; j'inventerai de nouvelles tortures pour te faire renoncer à ta folie.

Taraque. Vous me trouverez toujours prêt.

Maxime. Qu'on le remette en prison, et que l'on m'en amène un autre. •

Démétrius le centurion amena Probus, qui répondit dans ce nouvel interrogatoire avec la même fermeté que dans le preinier. Le barbare Maxime, continuellement mis à bout par la présence d'esprit do saint mar-

476 CATÉCmSMK

lyr, employa la seule logique que coDuaissenl les lyraus vaincus. Il lui fil successivement briser les mâchoires, brûler la plante des pieds, écorcher les épaules et couvrir la lêle de charbons ardents.

Andronic, avant de passer par les mêmes épreuves, eut à éviter un piège que le perfide tyran lui tendit. Aussitôt qu'il fut entré dans la salle, Maxime lui dit : « Tes compagnons ont d'abord refusé d'obéir, il a fallu employer les tourments pour vaincre leur opiniâtreté, A la fin ils ont cédé, et ils seront magnifiquement récompensés de leur obéissance. » Andronic lui répondit : « Pourquoi cherchez-vous à me tromper? Mes compagnons n'ont point renoncé au culte du vrai Dieu; et quand ils l'auraient fait, je ne me rendrais jamais coupable d'une pareille impiété. Le Dieu que j'adore m'a revêtu des armes de la ifoi; Jésus-Christ mon Sauveur est ma force, en sorte que je ne redoute ni votre pouvoir, ni celui de vos maîtres, ni celui de vos dieux. Vous pouvez en faire l'épreuve. » Maxime ie fit lier à des pieux et déchirer à coups de nerf de bœuf, ensuite frotter le dos avec du sel, puis retourner afin qu'on le frappât sur le ventre pour rouvrir les plaies faites pendant le premier interrogatoire.

Ici eut lieu une nouvelle scène qui jeta le tyran dans un accès de rage impossible à décrire, et les spectateurs dans un grand étonnemenl. Andronic parut à tous les regards parfaitement guéri des blessures qu'il avait remues dans son premier interrogatoire. A cette vue, Maxime s'adressant aux gardes de la prison : « Traîtres

que vous êtes, ne vous avais-je pas expressément défendu de laisser entrer qui que ce fut pour voir cet hoitime ou pour panser ses plaies?

Pégase le geôlier. J'en jure par votre grandeur, personne ne l'a vu, personne n'a pansé ses plaies. On l'a gardé, chargé de chaînes, dans l'endroit le plus écarté de la prison. Si vous doutez de ma fidélité, voilà ma tête, je consens à perdre la vie.

Maxime. Comment donc se fait-il qu'on n'aperçoive plus aucune trace de ses plaies?

Pégase. J'ignore comment il a été guéri.

Andronic. Aveugles que vous êtes, vous ne savez pas que le médecin qui m'a guéri est aussi tendre que charitable ? Vous ne le connaissez point. Ce n'est pas avec des poudres ou des herbes qu'il guérit, mais par sa seule parole. Il est au ciel et il est présent partout. » Le tyran confondu ordonna qu'on chargeât le martyr de nouvelles chaînes et qu'on le remît en prison.

Ce gracieux gouverneur parfit ensuite de Mopsuesle et se rendit ;\ Anazarbe, autre ville de son gouvernement. Il y traîna encore les saints martyrs. Là, nouvel interrogatoire et nouvelles tortures. Le chevalet, les lèvres coupées, la peau de la tête enlevée et la tête couverte de charbons, des broches rougies au feu plantées dans les côtés, des clous rougis et plantés dans les mains, les yeux piqués avec des pointes jusqu'à la perte de la vue, telles furent les égreuves des courageux témoins de notre foi.

Tout éiant inutile, Maxime envoya chercher le pontife

Térenlien, qui avait l'inspection des jeux publics et des spectacles, pour le charger de donner le lendemain le divertissement des jeux. Il se rendit une foule innombrable à l'amphithéâtre, qui était à un mille delà ville.

« Nous étions retirés sur une montagne voisine, disent les Chrétiens, auteurs du reste des actes, regardant ce qui se passait et attendant avec crainte la fin de la journée et l'issue du combat de nos frères. Tout à coup, Maxime ordonne à ses gardes d'aller chercher les Chrétiens condamnés aux bêtes. Leurs tourments les avaient réduits dans un si triste étal qu'ils ne pouvaient se soutenir. On les chargea sur les épaules de quelques portefaix qui les apportèrent dans l'amphithéâtre. Nous nous avançâmes autant qu'il nous fut possible, nous cachant à demi derrière quelques pierres qui étaient là. La vue de nos frères réduits en cet état nous fit verser bien des larmes ; plusieurs môme des spectateurs ne purent s'empêcher d'en répandre.

» A peine les martyrs eurent-ils paru, qu'il se fit un grand silence. Le peuple se mit à murmurer tout haut contre la barbarie du gouverneur. Bon nombre abandonnèrent les jeux et retournèrent à la ville. Le gouverneur, irrité, mit des soldats à toutes les avenues de l'amphithéâtre, pour empêcher que personne en sortît, et pour remarquer ceux qui s'y présenteraient et les lui dénoncer. Il fit lâcher un grand nombre de bêles, mais elles s'arrêtèrent tout coi|pl au sortir de leurs loges et ne firent point de mal aux saints martyrs. Furieux d'un pareil spectacle, Maxime fit donner cent coups de bâton

auï gardiens des bêles, comme pour les punir de ce que les lions et les tigres étaient moins cruels que lui. Il les menaça de les faire mettre en croix, s'ils ne lui fournissaient sur l'heure celle de toutes leurs bêtes qu'ils croyaient la plus féroce et la plus carnassière. Ils lâchèrent donc un grand ours qui ce jour-là avait tué trois hommes. Le terrible animal s'approcha à petits pas du lieu où étaient les martyrs, et se mit à lécher les plaies d'Andronic. Ce jeune héros, qui souhaitait passionnément de mourir, appuya sa tête sur l'ours, faisant tous ses eiforts pour le mettre en colère, mais l'ours ne bougea pas. Maxime, ne se possédant plus, fit tuer l'ours sur-le-champ aux pieds d'Andronic.

» Térentien, craignant pour lui-même, ordonna de lâcher une lionne furieuse, dont le souverain sacrificateur d'Antioche lui avait fait présent. Dès qu'elle parut, tousles spectateurspâlirent.Ses rugissements effrayèreut les plus intrépides. Cependant, quand elle fut auprès des martyrs, qui étaient étendus sur le sable, elle se coucha aux pieds de Taraque dans une altitude suppliante et les lécha. Maxime, écumant de rage, la fit provoquer. La lionne, reprenant alors sa fureur qu'elle n'avait oubUée que pour les saints martyrs, rugit d'une manière effroyable, mit en pièces un guichet de la porte de l'amphithéâtre, et jeta une si grande épouvante parmi le peuple, qu'on criait de toutes parts : c Nous sommes perdus ; qu'on ouvre la loge à la liqnne. » On appela les confecleurs ou gladiateurs, qui achevèrent les saints martyrs. La nuit étant venue, nous enlevâmes

leurs corps et nous les portâmes dans une caverne de rocher, pratiquée sur le flanc d'une montagne voisine. Marcion, Félix e\ Yérus se sont retirés dans le rocher, résolus d'y passer le reste de leur vie, afin que le même tombeau qui renferme ces saintes reliques couvre aussi un jour leur corps.

» Que notre Dieu soit béni à jamais ! Nous vous conjurons, au reste, nos chers frères, de recevoir avec yotrc charité ordinaire ceux qui vous remettront cette lettre ; ils méritent vos soins et votre estime, car ils sont du nombre des ouvriers qui travaillent sous les ordres de Jésus-Christ, auquel la gloire et la puissance appartiennent, avec le Père et le Saint-Esprit, avant tous les siècles, maintenant et toujours, et dans les siècles avenir. Amen. »

Dans tous les lieux qu'il visite, le soleil éclaire des combats semblables à celui que nous venons de décrire. Suivons cet astre dans sa course; de l'Orient passons à l'Occident; là, nous terminerons ce court abrégé de la dixième persécution générale. Voici deux nouveaux champions qui formeront pour nous l'arrière-garde de la grande armée de martyrs, dont le règne de Dioclétien admira les triomphes. Ce sont deux jeunes vierges à peine âgées df treize ans; toutes deux d'une illustre naissance, toutes deux héritières d'une grande fortune, toutes deux belles et pures comme des Anges, toutes deux trop faibles pour porter leurs chaînes, et étonnant déjà leurs juges et leurs bouneanv par la grandeur de leur courage. C/( st Agnès et Eulalie.

Agnès illustra la grande Rome, qui fui le théâtre de ses victoires. Ses richesses et sa beauté la firent rechercher en mariage par plusieurs jeunes gens des anciennes familles de Rome, en particulier par Procope, fils du gouverneur de celte ville. Ce jeune homme lui envoya un riche présent ; Agnès le refusa en disant qu'elle était déjà promise à un autre époux. Procope en fit parla son père, en le priant d'employer l'autorité que lui donnait sa place de gouverneur pour obtenir le consentemenld' Agnès. Legouverneurlafildoncveniret lui demanda pourquoi elle refusait l'alliance de son fils. « C'est, lui répondit la Sainte, que je suis promise à un époux divin. » Le gouverneur ne comprit pas celle réponse ; mais un de ses officiers lui dit que celle enfant était Chrétienne, et que cet époux divin était le Dieu des Chrétiens.

Le gouverneur, changeant de ton et de manière, ordonna à la Sainte de quitter sur-le-champ cette secte impie, sous peine de perdre sa fortune et d'être livrée aux plus cruels tourments. II espérait l'effrayer; il se trompa. Agnès montra, dans un corps délicat et dans un âge si tendre, une âme intrépide qui ne soupirait qu'après le martyre. Le gouverneur fit allumer un feu terrible et étaler les ongles de fer, les chevalets et tous les instruments de supplice. La jeune vierge considéra cet épouvantable appareil sans la moindre émotion. Ce n'est pas assez dire : elle fit éclater sa joie à la vue des tortures qui lui étaient préparées, et se présenta d'elle-même pour les souffrir.

Alors, on la traîna devant les idoles pour la forcer à leur offrir de l'encens, mais elle ne leva la main que pour faire le signe de la croix. Le gouverneur, voyant l'inutilité de toutes ses mesures, menaça la Sainte de l'envoyer dans un lieu infâme, où cette chasteté qu'elle aimait tant serait exposée aux insultes d'une jeunesse libertine. «Jésus-Christ, répondit Agnès, est trop jaloux de la chasteté de ses épouses pour souffrir que celte verlu leur soit ravie; il en est lui-même le gardien et le protecteur. » Le juge, transporté de colère, exécuta la menace qu'il avait faite. La Sainte fut traînée dans un lieu de débauche. Un libertin qui osa se présenter fut frappé de la foudre çt perdit la vue. Ses compagnons effrayés le portèrent à la Sainte qui, par ses prières, lui rendit sur-le-champ la vue et la santé.

Cependant, le principal accusateur d'Agnès aigrissait de plus en plus le magistrat contre elle; mais le juge n'avait pas besoin d'aiguillon. Outré lui-même de se voir méprisé et défié par une jeune vierge, il la condamna à être décapitée. La vue du bourreau chargé de l'exécution remplit Agnès de joie. Le bourreau s'élant approché de sa jeune victime, fut attendri; son visage pâlit, sa main Ifembla : la Sainte fut obligée de l'encourager. Puis elle fit une courte prière et baissa la tôle, tant pour adorer Dieu que pour recevoir le coup qui consomma son sacrifice. Les spectateurs ne purent retenir leurs larmes en la voyant, dans une extrême jeunesse, chargée de 1er et intrépide sous la main tremblante du bourreau. Elle fut enterrée auprès de Rome, sur le chemin de

Nomenlo. Od a toujours spécialement invoqué la Mère de Dieu et sainte Agnès , pour obtenir la vertu de pureté.

Pendant qu'Agnès triomphait du démon dans la capitale môme de son empire, Eulalie le couvrait de honte en Espagne, où la guerre contre les Chrétiens était dans tout son feu. Le barbare Dacien, gouverneur de la province, qui venait de faire périr le diacre saint Vincent au milieu de tourments inouïs, était alors à Mérida, capitale de la Lusilanie. Eulalie, issue d'une des premières familles d'Espagne, avait été élevée dans la Religion chrétienne. Une admirable douceur de caractère, une modestie rare, une tendre piété, un grand amour de la virginité l'avaient rendu dès son enfance également chère à Dieu et aux hommes. Douée dune grande âme, elle n'aimait rien de ce qui flatte et qui perd les jeunes personnes, la parure et les plaisirs. Elle n'avait encore que douze ans lorsque parurent les édits de Dioclétien. Malgré sa jeunesse, elle regarda ces édits comme le signal du combat. Sa mère, inquiète de l'ardeur qu'elle témoignait pour le martyre, crut devoir la mener à la campagne.

Eulalie, conduite par l'esprit de Dieu, s'échappe durant la nuit, et, après beaucoup de fatigue, elle arrive au point du jour à Mérida. Elle court au palais, se fait jour à travers la garde du gouverneur, parvient au pied de son tribunal et se trouve, sans pûlir, au milieu d'une forêt de haches et de faisceaux. Elle reproche au fier Dacien l'impiété dont il se rendait coupable, en vou-

lant faire abjurer la seule vraie Religion. « Au reste, ajouta-t-elle, puisque vous cherchez des Chrétiens, je suis Chrétienne. » Dacienla fit arrêter. Il employa d'abord les caresses, et lui représenta le tort qu'elle se ferait à elle-même, et la douleur qu'elle causerait à ses parents, si elle persistait dans sa désobéissance.

Ces moyens étant inutiles, il eut recours aux menaces, lui montra tous les instruments de supplice destinés à la tourmenter, et lui dit qu'elle ne subirait aucune torture si elle voulait prendre, seulement du bout du doigt, un peu de sel et d'encens. Eulalie, pour montrer qu'elle ne se laisserait pas gagner, renversa l'idole et foula aux pieds le gâteau préparé pour le sacrifice. Cette sainte audace eut bientôt sa récompense. Deux bourreaux la saisissent et lui déchirent les côtés avec des crocs de fer. Eulalie compte ses plaies en répétant d'un air tranquille : « On vous écrit sur moi, Seigneur ; on grave sur mon corps, avec le fer et l'acier, vos victoires : que j'aime à les lire ainsi ! »

On lui applique ensuite des torches ardentes sur la poitrine et sur les côtés. Elle soulTre cette nouvelle torture sans se plaindre. Enfin, le tyran, que le fer ne sert pas assez vite, a recours au feu. 11 fait allumer un grand nombre de torches autour d'Eulalie; la flamme l'environne bientôt et s'attache ù toute sa personne. La jeune martyre,voyantseshabits brûler, se hille de dénouer ses cheveux qu'un nœud tenait négligemment relevés sous Son voile. Ils viennent flotter sur ses épaules et les couvrent d'une infinité de boucles que l'art n'avait point

faites. Cette précaution rassura un peu sa pudeur alarmée. Mais déjà la flamme l'enveloppe et gagne les cheveux. Au moment où ce dernier voile lui est enlevé, la chaste vierge expire étoufTée par la flamme et la fumée. La neige qui tombe en abondance couvre son corps. Le Ciel, qui prend soin des funérailles d'une vierge qui lui est chère, en ordonne lui-môme la pompe, et y fait régner partout la couleur des vierges. Les Chrétiens l'enterrèrent près du lieu de son martyre. On bâlit depuis, en cet endroit, une magnifique église, et ses reliques furent placées sous l'autel.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir choisi tout ce qu'il y a de plus faible pour vainerc ce qu'il y a de plus fort; donnez-nous la pureté de sainte Agnès et de sainte Eulalie.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je penserai dans mes peines aux souffrances des martyrs.

PETIT CATÉCHISME

LE CHRISTIANISME ÉTABLI

(4* siècle.)

0' Rapportez-nous le martyre de saint Phocas.

R. Saint Phocas était un jardinier dont le jardin et

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la petite maison étaient situés aux portes de la ville de Synope. C'était un homme d'une simplicité et d'une innocence de mœurs vraiment patriarcales. Son petit jardin lui fournissait de quoi vivre et faire l'aumône. Les étrangers et les pauvres voyageurs étaient sûrs de trouver chez lui une touchante hospitalité. 11 fut dénoncé comme Chrétien. Le gouverneur de la province envoya des soldats pour le tuer. Ils arrivèrent sans le savoir à la maison de Phocas, qui leur offrit à loger. Ils acceptèrent. Pendant le repas, ils le prièrent de leur rendre un service : c'était de leur faire connaître un certain Phocas qu'ils avaient ordre de tuer. Phocas leur répondit d'un air tranquille qu'il se faisait fort de le trouver; il les engagea seulement à prendre du repos. Le lendemain matin, il leur dit : « J'ai trouvé Phocas. — Où est-il : lui demandèrent les soldats. — Il n'est pas loin, répondit Phocas ; c'est moi. » Les soldats ne voulaient pas lui faire de mal; mais il leur dit qu'il ne craignait point la mort, et ils le tuèrent.

Q. Rapporlez-nous le martyre de saint Taraque, de saint Probus et de saint Andronic.

R. Saint Taraque était un vieux soldat. Il avait soixante-cinq ans lorsqu'il fut arrêté. Saint Probus était an homme très-riche, mais qui avait renoncé à tous ses biens pour mieux servir Notre-Seigneur. Saint Andronic était un jeune homme d'une des premières familles d'Éphèse. Ils furent tous trois conduits devant Maxime, gouverneur de Cilicie. II demanda leur nom, leur profession. Ils répondirent : «Nous sommes Chré-

liens, voilà notre nom et notre état. » Le gouverneur leur fit rompre les dents ; il les engagea ensuite à renoncer à la foi, qu'il appelait une folie. Les saints lui répondirent que c'était le culte des idoles qui était une folie, tandis que la Religion du vrai Dieu conduisait au bonheur éternel. Le gouverneur leur fit déchirer les cotés avec des peignes de fer ; il les exhorta à sauver leur vie et à sacrifier aux dieux qu'adoraient les empereurs. Ils lui dirent que les dieux n'étaient que de vaines idoles, et que c'était une impiété de les adorer. Le gouverneur leur fil percer les mains avec des clous rougis au feu, écorcher la tête sur laquelle on plaça des charbons brûlants. Voyant qu'il ne pouvait rien gagner, il les condamna à être exposés aux bêtes. Le jour des spectacles on lâcha contre eux un ours qui, ce jour-là même, avait tué trois hommes, et une lionne d'une taille démesurée, dont les rugissements faisaient trembler tous les spectateurs. Ces deux animaux s'approchèrent doucement des saints martyrs, se couchèrent devant eux en leur léchant les pieds. Le tyran, confondu, leur fit trancher la tête. Les Chrétiens enlevèrent leurs corps pendant la nuit, et les enterrèrent dans une caverne de rocher.

Q. Rapportez le martyre de sainte Agnès et de sainte Eulalie.

R. Pendant que le sang des martyrs coulait enOrient, il arrosait aussi toutes les provinces de l'Occident. Deux jeunes vierges, d'une illustre naissance et héritières d'une grande fortune, remportèrent une glorieuse vie-

loire. La première est sainte Agnès. Elle était à peine âgée de treize ans. Le gouverneur de Rome l'ayant demandée en mariage pour son fils, elle répondit qu'elle était promise à un époux céleste. On comprit par là qu'elle était Chrétienne. Elle fut arrêtée. L'appareil épouvantable des instruments de supplice ne lui causa pas la moindre émotion; elle engagea elle-même le bourreau à lui donner le coup de la mort; elle le reçut au milieu des larmes des spectateurs.

Sainte Eulalie était née à Mérida, en Espagne. Agée d'environ treize ans, elle se présenta elle-même à Dacien, gouverneur delà province, et lui reprocha l'impiété avec laquelle il voulait détruire la vraie Religion. Dacien lui fit déchirer les côtés avec des ongles de fer rougis. La Sainte comptait ses plaies et disait tranquillement : a On vous écrit sur moi, Seigneur; on grave avec le fer vos victoires sur mon corps. Que j'aime à les lire ainsi écrites ! » Le tyran la fit brûler vive. Une grande quantité de neige qui tomba ce jour-là couvrit le corps j de la Sainte. Les Chrétiens l'enterrèrent près du lieu j où elle avait souffert, et plus tard on y bâtit une magnifique église où ses reliques furent déposées.

PBIÈEE.

O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir choisi tout ce qu'il y a de plus faible pour vaincre tout ce qu'il y a de plus fort; donnez-nous la pureté de sainle Agnès et de sainte Eulalie.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par -dessus

toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage', de cet amour, je penserai dans mes peines aux souffrances des martyrs.

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