QUI RE3IP. EVERTEBANT
DIOCLETIAN. C^S. AUG.
GALERIO ÏN ORIENTE ADOPT.
8UPERSTITI0ÎVE CHRISTI UBIQ. DELETA,
CULTU VEORUM PROPAGATO.
(Dans Baronius, à 'année 304.)
Ces colonnes, cette double inscription, devaient raconter à toutes les générations le triomphe des tyrans, et voilà qu'elles n'ont immortalisé que leur barbarie et leur impuissance. De leur vivant même, l'Agneau dominateur prit soin de les humilier et de tirer vengeance du sang de ses serviteurs.
Dioclétieu, intimidé par la puissance et les menaces de Galère, abdiqua l'empire à Nicomédie, c'est-à-dire dans la même ville où il avait signé l'édit de persécution. Il se retira en Dalmalie, où il mena une vie privée près de Salone, aujourd'hui Spalatro, où l'on montre encore les ruines de son palais. Quelques années plus tard, il eut la douleur de voir sa femme et sa fille con^ damnées à mort par le tyran Licinius et exécutées sur une place publique. A ces premières douleurs se joignit celle de se voir l'objet du mépris général. Livré à des agitations continuelles, il ne voulait ni manger ni dormir ; nuit et jour on l'entendait soupirer et gémir ; ses yeux étaient souvent humides de larmes de désespoir ; il se roulait tantôt sur son lit, tantôt sur la terre. 11 périt ainsi par la faim, la mélancolie et le chagrin. Maximien Hercule fut aussi contraint d'abdiquer à Milan. Il voulut par trois fois reprendre la pourpre et . même l'arracher à Maxime, son propre fils ; tous ses efforts ayant été inutiles, il se pendit de désespoir.
Galère fut attaqué d'une horrible maladie. La pourriture et les vers se mirent à son corps ; il exhalait une odeur si infecte, que ses propres domestiques ne pou-
« Lacl., de Mortib. perseciitor., sub liu.
vaient le supporter ^ ; enfin il expira dans des douleurs horribles en 311. Ainsi périrent les trois grands persécuteurs du nom chrétien. Et maintenant, rois, comprenez : instruisez-vous, juges de la terre. Nous verrons dans la suite des siècles que tous ceux qui ont osé suivre leur exemple ont subi le même sort.
Cependant le moment marqué de toute éternité pour le triomphe de l'Eglise était venu. Dieu avait assez fait connaître que toutes les puissances de la terre ne pouvaient la renverser; quand il fut bien constant, bien avéré que lui seul l'avait établie, il y appela enfin les empereurs, et fit du grand Constantin le protecteur déclaré du Christianisme. Ce prince était fils du César Constance Chlore. Il réunissait dans sa personne les plus éminentes qualités : un génie vif, mais toujours tempéré par une rare sagesse, était encore relevé en lui par une taille avantageuse et une figure noble. Après la mort de son père, Constantin fut proclamé empereur à l'âge de trente ans. Cette dignité lui fut disputée par Maxime, fils de l'empereur Maximien Hercule. Ils se livrèrent quelques légers combats, où Maxime eut d'abord l'avantage; enfin Constantin prit la résolution d'en venir à une bataille décisive. Il conduisit donc son armée en Italie et s'approcha de Rome*.
Comme l'armée de Maxime était plus forte que la sienne, il comprit qu'il avait besoin d'un secours extraordinaire, et il songea à se rendre favorable le Dieu des
* Eusèb., 1. 8, c. 16. Lact., loc. cit.
* yoy. Eusèb., in Vita Constant.
Chrétiens. 11 le pria avec les vœux les plus ardents de se faire connaître à lui. Ce prince avait le cœur droit, il fut exaucé. Vers l'heure de midi, lorsqu'il marchait à la tête de ses troupes par un temps calme et serein, il aperçut dans le ciel une croix éclatante, au milieu de laquelle étaient tracés, en caractères de lumière, ces mots : « Par ce signe, vous vaincrez. » Toute l'armée vit ce prodige ; mais personne n'en fut plus effrayé que le prince. Il s'occupa le reste du jour à chercher ce que signiflait celte merveille. La nuit suivante, pendiiatson sommeil, Jésus-Christ lui apparut avec le même signe, et lui ordonna de faire sur ce modèle un étendard pour le porter dans les combats, comme une sauvegarde contre ses ennemis.
Le malin, l'empereur appela des ouvriers, et leur traça le dessin de l'étendard. C'était une espèce de pique couverte de lames d'or, avec une traverse en forme de croix, d'où pendait un voile tissu d'or. Au haut de la croix était une couronne enrichie de pierreries : on voyait au milieu de la couronne les deux premières lettres du nom de Christ^ entrelacées, et au-dessus du voile paraissaient les images de l'empereur et de ses enfants. Ondonnaà cet étendard le nom de laèarww. Constantin choisit parmi ses gardes cinquante hommes des plus braves et des plus pieux pour le porter l'un après l'autre. Encouragé par celle vision céleste, il n'hésita point à livrer la bataille à son ennemi. Maxime fut vaincu; il prit la fuiie, et en fuyant il se noya dans le Tibre. Rome ouvrit ses portes ù Constantin, qui y entra victorieux.
Alors il appela auprès de lui des évêques pour s'instruire des vérités de la Religion chrétienne, et il en fit une profession publique. Son premier soin fut de publier un édit en faveur du Christianisme.
Rien n'est plus certain, dans l'histoire, que cette apparition miraculeuse de la croix, rapportée par Eusèbe de Césarée, historien de l'empereur, et confirmée par une multitude d'écrivains et de monuments de toute espèce. «Si un autre nous l'eût racontée, dit cet historien, il aurait eu peine à nouspersuader ; mais l'empereur Constantin nous ayant lui-même fait le récit de ce prodige, et nous l'ayant assuré avec serment, à nous qui écrivons cette histoire, quelqu'un pourrait-il en douter, surtout après que l'événement a justifié la promesse? »
Ainsi parlait Eusèbe dans le temps où une infinité de personnes, témoins oculaires de ce fait, vivaient encore et pouvaient le démentir. On a bonne grâce de venir, quinze siècles après, sans preuves, sans monuments, révoquer en doute un fait aussi grave, uniquement parce qu'il ne nous convient pas ; que dis-je ? uniquement parce qu'il prouve la divinité d'une Religion qu'on craint parce qu'on ne l'aime pas, et qu'on n'aime pas parce qu'elle condamne le mal qu'on aime.
Du reste, quand nous abandonnerions ce miracle à l'impiété, sa cause n'en serait pas meilleure. En effet, voici le raisonnement que nous lui faisons : Ou le Christianisme s'est établi par des miracles, ou sans miracles ; lequel voulez-vous? choisissez : l'un et l'autre nous est égal. Si vous dites que le Christianisme s'est éta-
bli par des miracles, il est donc divin ; car il est impossible que Dieu fasse des miracles pour autoriser le mensonge. Si vous dites que le Chris lianism.e s'est établi sans miracles, vous admettez par là le plus grand de tous les miracles ; c'est-à-dire la conversion de l'univers par douze pêcheurs désavoués du Ciel et repoussés de la terre. Si vous croyez la chose humainement possible, allez -vous-en donc au bord de nos rivières, envoyez douze de nos pêcheurs dans les quatre parties du monde, avec mission de convertir l'univers à une religion quelconque^ vous verrez s'ils réussiront.
Pour vous bien faire sentir toute la force de ce raisonnement, transportons-nous par la pensée au moment où le Christianisme parut sur la terre, et supposons avec saint Chrysostôme qu'un philosophe païen eût rencontré le Sauveur prêchant sa doctrine dans la Judée, et que le dialogue suivant se soit établi :
« Que prétendez-vous, lui demande le philosophe, en prêchant par les villages une doctrine nouvelle? — Convertir le monde, lui répond Jésus. — Mais faire abandonner à l'univers ses dieux , sa religion , ses mœurs, ses usages, ses lois, pour lui faire adopter vos maximes, vous êtes donc plus sage que Socrate, plus éloquent que Platon, qui ne put jamais imposer ses lois à une seule bourgade de l'Atlique ? — Je ne me donne point pour un sage. — Mais qui êles-vous donc ? — On me connaît pour le fils d'un obscur artisan de Nazareth. — Mais par quels secrets moyens avez-vous donc préparé le succès de votre entreprise ? — Jusqu'ici j'ai passé ma
vie dans la boutique de mon père. Depuis peu je parcours le pays ; quelques disciples se sont mis à ma suite, etc'est à eux que je confierai le soin d'établir ma doctrine parmi les nations.
— Mais vos disciples sont donc des hommes aussi distingués par la noblesse de leur naissance que par la supériorité de leurs talents? — ?TÏes disciples, ce sont douze pêcheurs qui ne connaissent que leurs barques et leurs filets, douze Juifs, et vous savez combien les Juifs sont méprisés des autres peuples. — Mais vous comptez donc sur la protection de quelque puissant monarque? — Je n'aurai point de plus mortels ennemis que les rois- et les grands du monde; tous s'armeront de leur puissance pour anéantir ma doctrine. — Mais vous possédez donc d'immenses richesses? et en faisant briller l'or aux jeux des peuples, je conçois qu'il est facile de se créer des adorateurs. — Je n'ai pas de quoi reposer ma tête; mes disciples, pauvres par leur naissance, le seront encore plus par mes ordres : ils vivront d'aumônes ou du travail de leurs mains.
Mais enfin c'est donc sur votre doctrine elle-même que vous fondez l'espérance de vos succès? — Ma doctrine ! elle repose sur des mystères que les hommes prendront pour des folies. Je veux, par exemple, que mes disciples annoncent que je suis Dieu et homme tout ensemble ; que je suis né d'une vierge ; que je suis mort sur une croix entre deux voleurs, car c'est par ce genre de supplice que je dois bientôt terminer ma vie; que trois jours après je suis ressuscité et T. V. 32
enfin monté au ciel. — Mais du moins votre morale est bien commode, sans doute qu'elle flalle toutes les passions?— Ma morale ! elle combat toutes les passions, condamne tous les vices, commande les plus austères vertus, et punit jusqu'à la pensée même du mal. — Mais vous promettez de magnifiques récompenses à ceux qui voudront l'embrasser? — Oui ; sur la terre je leur promets le mépris, la haine du genre humain, les prisons, les bûchers, la mort sous toutes les formes ; après leur vie, je leur promets des récompenses que l'esprit de l'homme ne peut comprendre.
— Mais dans quelà lieux, à quels hommes prétendezvous enseigner une si étrange philosophie ? sans doute à quelques ignorants, comme ceux que vous appelez vos disciples? — Ma religion sera prêchée à Jérusalem (levant la Synagogue, à Athènes devant l'Aréopage, à Rome dans le palais même des Césars ; partout, devant les rois et les peuples, dans les villes et dans les campagnes, jusqu'aux extrémités du monde. — Et vous vous llattez de réussir? — Sans doute; bientôt je serai reconnu partout pour le seul Dieu du ciel et de la terre ; le monde va changer de face; toutes les idoles vont tomber; les peuples accourront en foule pour embrasser ma doctrine ; les rois euxmêmes se prosterneront devant l'instrument de mon supplice, et le placeront à leur couronne comme son plus bel ornement ; j'aurai partout des temples et des autels, des prêtres et des adorateurs. — Allez, allez, retournez dans la boutique de votre père ; votre projet est le comble de l'extravagance. »
Lo philosophe avait raison. Oui, je le soulicns, aux yeux de la raison, entreprendre la con'crsion du monde avec douze pêcheurs, au siècle d'Auguste, en dépit de toutes les forces humaines, ce projet est le comble de la folie ; l'exécution en surpasse évidemment toutes les forces humaines. Et cependant l'histoire, l'histoire profane est là pour Tattester, ce projet a été exécuté; il l'a été de la manière et par les moyens que Jésus avait prédits; il l'a été rapidement, il l'a donc été divinement.
Si le philosophe dont nous parlons revenait aujourlihui sur la terre, s'il voyait la religion de Jésus de Nazareth dominant dans tout l'univers, douterait-il du miracle de son établissement? ne s'écrierail-il pas, ravi d'admiration : «Tout cela est au-dessus de l'esprit et des forces humaines; tout cela est donc l'œuvre de Dieu ' ? »
Ainsi, il demeure démontré qu'il est mille fois plus difficile d'expliquer la conversion du monde sans miracles qu'avec des miracles ; en d'autres termes, que la conversion du monde par douze pécheurs, sans miracles, est le plus grand de tous les miracles.
Cependant, jusqu'à Constantin, l'Eglise n'avait point (Ml d'existence sociale ; il y avait des familles chrétiennes, il n'y avait point de nations chrétiennes. Kn montant sur le trône avec Constantin, la Religion passa de l'èlat domestique à l'état social. Alors elle fit sentir son iniluence aux nations, comme elle l'avait fait sentir
' Inci'fdibile, ei'fto divinuin. (Tertuil , ait Marc)
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aux individus ; les lois se modifièrent d'après son esprit, et les législations, et les mœurs publiques, et le , langage même, devinrent peu à peu chrétiens, et le \ triomphe de Jésus-Christ fut complet.
Cette influence salutaire mérite bien de notre part quelques instants d'étude ; nous devons tant ù la Religion, et nous sommes si portés à oublier ses bienfaits, que c'est un vrai service rendu aux hommes que de leur en rappeler le souvenir.
Considérons cette influence !<• sur le droit des gens, c'est-à-dire dans les rapports des peuples les uns avec les autres. Avant le Christianisme la grande loi qui réglait les rapport des peuples entre eux, c'était la loi du plus fort ; malheur aux vaincus ' ! était la devise universelle : aussi on ne faisait la guerre que pour conquérir du butin et des esclaves. La guerre était toujours accompagnée de la dévastation, de l'incendie, du carnage, de la désolation du pays vaincu, el enfin de l'esclavage de ses habitants. Or, nous avons vu quel était le sort des esclaves : des fers que rien ne devait plus bri er, des traitements indignes, l'obligation de se tuer les uns les autres pour amuser les vainqueurs ou pour honorer leurs funérailles, voilà le seul avenir qui les attendait.
Le Christianisme, passé à l'état social, modifie peu à peu ce code barbare; au droit brutal du plus fori, il substitue insensiblement la douce loi de la charilé universelle ; la guerre ne se fait plus avec la môme barba-
' Vae victis! •
rie ; les prisonniers de guerre ne sont plus esclaves ; recueillis sur le champ de bataille par les vainqueurs, les blessés sont soignés, soulagés, rendus à la vie, et plus tard à leur patrie, à leur famille. Tel est le caractère général de la guerre parmi les nations chrétiennes; et pour qu'on sache bien que c'est au Christianisme, et au Christianisme seul que ce terrible fléau doit d'être adouci, il conserve encore son caractère de barbarie chez les nations modernes qui n'ont point reçu l'influence de l'Evangile, et il redevient de plus en plus barbare chez les peuples chrétiens, à mesure que l'Evangile perd son influence.
De cet adoucissement de la guerre est résultée peu à peu l'abolition de l'esclavage; mais ici, combien le Christianisme s'est montré sage et prévoyant ! Appeler tout d'un coup les esclaves à la liberté, c'eût été bouleverser le monde ; Notre-Seigneur se contente de déposer dans l'Evangile les principes de la liberté, en disant: «Vous êtes frères ; aimez-vous les uns les autres comme vous vous aimez vous-même. » Et les Apôtres et l'Eglise sont venus, suivant l'opportunité des circonstances, faire l'application de ce principe, et, sans secousses, sans révolutions, les esclaves ont passé à la liberté. Il est admirable de voir les modifications successives de la législation sous l'influence chrétienne. Lisez le Code Justinien, et les capitulaires de nos rois, surtout ceux de Charlemagne, et vous assistez à cette transformation du vieux monde au monde nouveau.
Ici encore, pour qu'on sache bien que c'est au
Christianisme, cl au Chrislianisme seul, qu'apparlienl Tabolilion de l'esclavage, il suffit de savoir que les nations idolâtres vivent encore sous le régime de la loi païenne, et que l'esclavage est chez elles en pleine vigueur.
:2" Considérons l'inlluence chrétienne sur l'ordre politique, dans les rapports des rois et des peuples. Dans le Paganisme, vous voyez toujours le droit du plus fort réglant toutes choses, c'est-à-dire asservissant partout l'être faible au profit de l'être fort. Les rois étaient de véritables despotes ; les peuples, de vils troupeaux, qui devaient servir à tous les caprices de leurs maîtres. L'histoire des empereurs romains place celte humiliante vérité au rang des faits les plus incontestables. Le divin Législateur, le Roi des rois, meurt pour son peuple, et du haut de la croix il dit : « Rois, je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme j'ai fait. » Auparavant il avait dit : « Que celui qui est le premier parmi vous soit le serviteur des autres. » Du haut de la croix descend une autre leçon : en portant l'obéissance à son Père jusqu'à la mort, le Fils de Dieu dit aux peuples: «Je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez comme j'ai fait. » Auparavant il avait dit : « Rendez à César ce qui est à César. » Dans celle double leçon esl la consécration du pouvoir et du devoir, le principe de l'espril de sacrifice, la véritable base d'une société parfaite. Ainsi, dans le Christianisme passé à l'élat social, les peuples ne sont plus pour les rois, mais les rois pour les peuples, comme les enfants ne sont pas pour les parents, mais les parents pour les enfants. Les
dignités, les postes élevés, s'appeilenl des charges dans la langue chrétienne. Dans ces principes évangéliques est l'abolition du droit de la force matérielle ; là est le principe de la douceur, de l'équité qui distingue les législations des peuples chrétiens.
Et pour qu'on sache bien que c'est au Christianisme, et au Christianisme seul, que nous devons ces avantages, les peuples idolâtres sont encore régis par la loi du plus fort : les rois y sont des despotes ; et plus l'influence de l'Evangile diminue chez les nations chrétiennes, plus les lois redeviennent injustes, barbares, contradictoires, c'est-à-dire plus nous retombons dans l'arbitraire du Paganisme *.
3" Sur l'ordre civil. Dans la famille, nous avons déjà vu ce que le Christianisme avait faiten faveur dupère, de I a mère et de l'enfant . Ces bienfaits devinrent des lois sous Constantin, c'est-à-dire que cet empereur, faisant passer dans la législation le grand principe évangélique de la charité et de l'égalité, abolit la polygamie et le divorce : là étaient les deux sources d'esclavage, de honte et de malheur pour la famille païenne. Le mariage un et indissoluble, qui ennoblit le père, relève la femme, assure la vie et l'éducation de l'enfant, en un mot, qui fait le bonheur de la famille dans les sociétés modernes, est tellement un bienfait du Christianisme, que partout où l'Evangile ne règne pas, la polygamie et le divorce subsistent ; que partout où l'Evangile perd
' Voyez Code de la Religion et des mœurs, par l'abbé Meuiy, 1 vol. in-ia.
de son influence, ces deux fléaux reparaissent sous une forme ou sous une autre.
Ainsi, sous l'influence chrétienne, le droit des gens, le droit politique, le droit civil, tous les rapports des hommes entre eus se sont modifiés, perfectionnés, sanctifiés. Nations modernes, là est le principe de votre supériorité. Puissiez-vous ne jamais l'oublier ! et ne jamais forcer la Religion à se dire cette amère parole : « J'ai élevé, j'ai nourri des enfants, et ils m'ont méprisée * ! » Prenez-y garde, le Christianisme fut le triomphe de la charité sur la force brutale, de l'homme régénéré sur l'homme dégradé; de l'esprit sur la chair. Si vous le bannissez, il passera à d'autres peuples, plus dignes que vous de ses bienfaits; et comme le soleil, en descendant sous l'horizon, ne laisse après lui que l'horreur des ténèbres, le divin flambeau, en s'éloignant, ne vous laissera que la nuit de l'erreur et le chaos des révolalions, en attendant les fers de l'esclavage et les horreurs de la barbarie. Voyez ce qui est arrivé à la Grèce, à l'Afrique, autrefois si éclairées, si florissantes et si heureuses, parce qu'elles étaient chrétiennes. Que leur exemple vous serve de leçon.
4°Surtoutce qui soufl"re. Sous le Paganisme, l'élre faible était partout opprimé, avili. Tout ce que le Christianisme avait opéré dans les lois était dirigé vers le but unique de proléger la faiblesse contre la force. Grâce à son influence, les combats de gladiateurs furent abolis. Mois, en dehors de l'action des lois , il
' Isaïc, ri.
restait encore une foule de misères à soulager. Le Christianisme avait pour réussir toutes les ressources nécessaires; mais sous la persécution, il avait été forcé de les resserrer en lui-même. A peine fut-il libre, qu'il se fit comme un immense débordement de charité. On eût dit un fleuve d'amour qui, descendant d'une haute montagne, franchit toutes ses bornes, inonde toutes les campagnes, portant partout la fécondité et la vie. Voyez, et dites s'il est une seule misère que cette religion d'amour n'ait soulagée.
Les oreilles délicates des Grecs et des Romains furent obligées de s'habituer à des termes nouveaux, expressions variées de bienfaits inconnus. On vit s'élever â l'envi des maisons pour nourrir les petits enfants exposés ou autres, quelle que fût la religion de leurs parents; d'autres, pour les orphelins; d'autres, pour les malades; d'autres, pour le logeinent des étrangers et des passants; d'autres, pour toute espèce de pauvres en général *. Pas une misère qui n'eût son palais.
C'était d'ordinaire un apôtre de cette divine charité, un prêtre, qui en avait l'intendance, comme à Alexandrie saint Isidore, sous le patriarche saint Théophile; à Constanlinople, saint Zotique, et ensuite saint Samson. Il y avait des particuliers <îui entretenaient des hôpitaux à leurs frais, comme saint Pammachien à Porto,
' L'asile de l'enfance s'appelait en grec hrephotropliium ; celui des orphelins, orplianotrophium ; celui des malades, nosocomiuni; celui des étrangers, xenodochiuni; celui des vieillards, geronfocumiitm ; celui de toute espèce do pauvres, ptochotrophiuin.
et saint Gallican à Ostie. Ce dernier avait été patrice et consul, et c'était une merveille qui attirait des spectateurs de toutes parts, de voir un homme de ce rang, qui avait eu les ornements du triomphe et l'amilié de l'empereur Constantin, de le voir, dis-je, laver les pieds des pauvres, les servir à table, et donner aux malades toutes sortes de soulagements*. Combien de fois, depuis celte époque, le même exemple n'a-l-il pas été donné par des rois et des reines, par des princesses délicates nées sur les marches du trône! Oh! le culte des pauvres, qu'on passe l'expression, est le caractère exclusif de la Religion chrétienne.
Les saints évêques n'épargnaient rien pour ces sortes de dépenses; ils avaient grand soin de la sépulture des pauvres et du rachat des captifs qui avaient été pris par les Barbares, comme il arrivait souvent dans la chute de l'empire romain * ; ils vendaient jusqu'aux vases sacrés pour ces deux dernières aumônes, tant elles étaient privilégiées; et saint Empère, évoque de Toulouse, se réduisit par là à une telle pauvreté, qu'il portaitle corps de Notre-Seigneur dans un panier et le sang dans un calice de verre. Saint Paulin, évoque de Noie, après avoir tout vendu, se rendit lui-môme esclave pour racheter le fils d'une veuve. Ainsi les grands trésors des églises, Tor et l'argent dont elles étaient ornées, n'y étaient que comme en dépôt, en attendant une occasion de les employer utilement, telle qu'une calamité publique, une morta-
' baron., .id 3 decerab.
» Saint Cypr., ép. 66, p. 146. Mamachi, t. 3, p. 46 et suit.
lilé, une famine. Tout cédait à l'enlretien des temples vivants du Saint-Esprit*.
Ce changement dans les mœurs n'est pas moins miraculeux que le changement dans les idée:?. Si.dcrant les persécutions, un homme se fût (oui à coup présenté au milieu de l'amphithéâtre, où la vieille reine buvait avec délices le sang des chrétiens, et que, s'adressant à l'empereur, au sénat, aux superbes matrones, il eût dit; «Un jour viendra, et il n'est pas éloigné, où vos filles, devenues chrétiennes, se feront un honneur de servir les pauvres et les esclaves. Tous ces malheureux que vous daignez h peine regarder, que vous accablez de chaînes et de coups, que vous envoyez mourir dans des îles désertes, sur le bord des chemins, ou que vous jetez à vos murènes, seront recueillis par vos fils, respectés, chéris, appelés du nom de frères; et vos descendants les plus illustres al tacheront plus de gloire à être les serviteurs et les servantes des pauvres que les rejetons des Scipions et des Césars; si, dis-je, un homme avait tenu ce langage à l'empereur et au sénat, certes on l'eût regardé comme un insensé, et cependant il eût été prophète. El si cent ans après Constantin, tous ces empereurs, tous ces grands de Rome fussent revenus sur la terre, quel eût été leur étonnement envoyant la prophétie réalisée? Auraientils pu ne pas s'écrier : C'est un inconcevable prodige ; il ne peut être que l'ouvrage de Dieu : Incredibile, ergo divinum.
' Fleury, Mœurs des Clirétiens^ p. 330
PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir donné la liberté à votre Eglise; grâces vous soient rendues de tous les bienfaits qu'elle a répandus sur le monde et sur chacun de nous en particulier.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je prierai chaque jour pour mes supérieurs temporels.
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME ÉTABLI
(4* siècle.)
Q. Que remarquez-vous sur l'histoire des martyrs?
JL Je remarque sur l'histoire des martyrs que Dieu a eu soin de les choisir dans tous les pays du monde, afln de montrer l'unité et la catholicité de la foi ; dans tous les âges et dans toutes les conditions, aOn de nous apprendre qu'il n'esl ni âge, ni condition qui n'ait donné des saints au ciel et qui ne puisse encore en donner, si nous le voulons.
Q. Que remarquez-vous sur la mort des persécuteurs?
R. Je remarque sur la mort des persécuteurs qu'elle
est une preuve visible de la justice de Dieu. Le châliment dont ils ont été frappés dès cette vie nous apprend à craindre Dieu, et cette crainte contribue à affermir la Religion. Ainsi, les martyrs et les tyrans contribuent, chacun de sa manière, à la gloire de Jésus- Christ.
Q. Qui est ôelui qui donna la pais à l'Église? jR. Celui qui donna la paix à l'Eglise fut Conslantin. Ce prince était fils du César Constance Chlore ; après la mort de son père il fut proclamé empereur. Le tyran Maxime voulut lui disputer l'Empire. Constantin marcha sur Rome et présenta la bataille à son ennemi. La veille du combat, une croix lumineuse apparut dans les airs à Conslanlin et à toute son armée ; au milieu de la croix étaient ces mots : Vous vaincrez par ce signe ; ils entouraient les deux premières lettres du mot Christ. La nuit suivante, Noire-Seigneur apparut à Constantin et lui ordonna de faire un étendard semblable à celui qu'il avait vu dans les airs, et qu'il remporterait la victoire. Constantin obéit, et il donna à cet étendard le nom de Labarum. La bataille fut livrée, et Maxime vaincu se noya dans le Tibre. Constantin, demeuré seul maître de l'Empire, entra dans Rome; il appela aussitôt les évêques, se déclara le protecteur de la Religion, et publia en 313 un édit par lequel il lui donnait une pleine liberté.
Q. Que prouve l'établissement de l'Église? R. L'établissement de l'Église prouve la divinité de la Religion ; elle s'est établie en dépit de toutes les
forces humaines, c'est donc Dieu qui en esl l'auleur. Ainsi nous pouvons dire aux impies : La Religion chrétienne s'est étahlie par des miracles ou sans miracles. Si vous dites qu'elle s'est établie par des miracles, elle est donc divine, elle est donc vraie; car Dieu ne peut pas faire des miracles pour autoriser ie mensonge. Si vous dites que la Religion s'est établie sans miracles, vous admeltez le plus grand de tous les miracles, car l'univers conveili par douze pêcheurs, sans l'assistance de Dieu, est le plus grand des miracles.
Q. Qu'a produit la Religion en devenant libre?
R. La Religion, en devenant libre, a changé toutes les lois et les a rendues douces et équitables; elle a aboli l'esclavage, la polygamie, le divorce, le droit de vendre et de luer les enfants; elle a soulagé toutes les misères humaines. Aussitôt qu'elle fut libre, elle établit des maisons de charité pour les enfants, les vieillards, les malades, les étrangers, tous les pauvres ; elle aime tant les pauvres, que plus d'une fois ses plus saints évéques ont vendu les vases sacrés pour soulager les malheureux ou racheter les captifs.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir donné la liberté à votre Église; gr.1ces vous soient rendues de tous les bienfaits qu'elle a répandus sur le monde el sur chacun de nous en particulier.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toule
chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je prierai chaque jour pour mes supérieurs tempords.
512 CATIÎGUISML
XXr LEÇON.
LE CHRISTIANISME CONSERVÉ ET PROPAGÉ
( 4* siècle.)
Moyens de conservation, le prêtre, les saints, lesordres religieux ; — de propagation; les missions.— Portrait des hérésies. — Pères et docteurs de l'Ei^lise. — Histoye d'Arius. — Son hérésie. — Concile de Nicée. — Solennité des conciles. — Jugement de Dieu sur Arius. — histoire de saiat Al hanase. — Mission de saint Frumcnce en Ethiopie. — Conversion des Ibériens.
Après trois cents ans d'une lutte sanglante, voilà le Christianisme vainqueur qui s'est assis, avecConstantin, sur le trùne des Césars; il est établi, il est sacré publiquement roi du monde; son aclion salutaire se fait sentir en tout; il régénère l'homme dans son esprit, dans son cœur, dans son corps, en le délivrant de la honteuse servitude de l'erreur, du crime et du despotisme brutal. Que res(e-t-il à faire au divin fondateur de l'Eglise, sinon à la conserver et à l'étendre, afin que toutes les générations puissent participer à ses bienfaits ?
Nous disons conserver. Oui, le premier soin du Sauveur, après avoir établi son œuvre divine, sera de la maintenir et delà défendre. Mais quoi! une Religion sisaiiiîe, si vraie, si bienfaisante peut-elle avoir des en-
nemis? Au premier coup doeil cela paraît impossible; il semble au conlraire qu'après avoir introduit tant d'améliorations salutaires dans les lois, dans les institutions et dans les mœurs publiques, le Christianisme, aimé, chéri et respecté, ne doit renconîrer que des enfanls soumis et des disciples fidèles. Oui, il le semble; mais, dans la réalité, il n'en peut être ainsi.
Les suites du péché, relativement h l'homme, sont affaiblies par le Christianisme, mais non pas détruites ; l'œuvre de la Rédemption ne sera consommée que dans le ciel. En attendant, il y aura lutte : lutte intellectuelle, il faut qu'il y ait des hérésies; lutte morale, il faut ifu'il y ait des scandales ; lutte physique, il faut qu'il y ait des misères publiques et particulières ^ . Il faut tout cela pour que notre vie temporelle reste ce que Dieu veut qu'elle soit depuis le péché, une épreuve, et une épreuve méritoire, par conséquent pénible. L'homme est un soldat : il doit conserver son union avec le nouvel Adam, et croître en perfection les armes à la main''.
L'enfer et le vieil homme firent de persévéranfs efforts pour rendre cette lutte périlleuse, et ruiner l'œuvre de la Rédemption à l'égard des particuliers et des peuples. Tantôt ils susciteront des hérésies pour altérer la vérité chrétienne et ruiner l'œuvre de la Rédemption dans l'homme intellectuel ; tantôt ils susciteront des scandales pour substituer la concupiscence à la charité, la vie des sens à la vie surnaturelle, par conséquent
' I Cor., XI, 19. Matth,, xvili, 7. Act. xiv, Ul. ' Job., VII, 1.
514 CATÉCUISME
pour miner l'œuvre de la RédemplioD dans l'homme moral ; enfin le double crime du scandale el de l'hérésie, ou d'autres causes particulières, attireront sur les peuples des épidémies, des guerres, des calamités, des bouleversements, des brigandages, des injustices, Toppression, le despotisme, qui tendront à ruiner l'œuvre de la Rédemption dans l'homme physique, en faisant revivre la loi brutale du plus fort, el replongeant le monde dans l'état de souffrance et d'abjection où il était sous le Paganisme.
Sur tous ces points d'attaque, le nouvel Adam place une sentinelle :
1" Le prêtre ou le sacerdoce. Déifenseur-né, consçrvaleur universel de l'œuvre de la Rédemption contre les hérésies, les scandales, les misères physiques, le prêtre sera tout à la fois docteur, pour défendre la vérité ; modèle, pour donner l'exemple de toutes les vertus, c'est-à-dire de l'amour pratique des biens surnaturels, ol par lii empêcher l'amour déréglé des créatures de reprendre l'empire dans le cœur humain; infirmier de toutes les misères humaines, afin deprévenirpar une charité infatigable el universelle la ruine de la Rédemption dans riiomme physique, par le retour ù la dégradation païenne et aux souffrances qui en étaient la suite.
2" Les saints. Quelquefois les dangers deviennent plus grands ; les loups cruels rôdent, plus nombreux et plus acharnés, autour du bercail. C'est alors que, du sein toujours fécond de son Eglise, Dieu fait naître de
nouveaux auxiliaires de l'œuvre réparatrice : ce sont ces saints extraordinaires qui apparaissent de loin en loin au jour du combat. Comme l'enfer ne peut attaquer le Christianisme que par trois endroits : dans l'homme intellectuel, par l'erreur ; dans l'homme moral, par le scandale; dans l'homme physique, par le retour à la servitude et à l'abjection païenne, il y a trois espèces de saints, et il n'y en a que trois : les saints apologistes, pour la défense et la propagation de la vérité; les saints contemplatifs, pour rappeler sans cesse noire cœur à l'amour des clioses surnaturelles; les saints infirmiers, pour soulager l'homme physique el l'empêcher de retomber dans l'état de misère et de servitude d'où le Rédempteur l'a tiré. Nous verrons que tous ces saints apparaissent au jour précis où le besoin de leur présence se fait le plus vivement sentir; c'est une preuve sensible de l'action continuelle de la Providence sur l'Eglise.
3*^ Les ordres religieux. Il se rencontre dans la vie de l'Eglise des époques terribles où Ion dirait que la puissance de l'enfer va prévaloir. L'hérésie, le scandale, l'injustice, ligués ensemble, attaquent la Religion sur tous les points; la lutte sera longue, acharnée, la mêlée générale : jamais le monde n'aura couru de dangers plus pressants. C'esl dans cette extrémité que Dieu tire des trésors de son amour un nouvel auxiliaire de la Religion ; ce sont les ordres religieux. Il y en a de trois sortes : les ordres apologistes pour lu défense el l'enseignement de la vérité ; les ordres contemplatifs, pour la
516 CATÉCHISMl
défense de la charité, et vous les voyez, par un noble mépris de toutes les choses sensibles, relever l'amour humain vers les biens surnaturels, faire, par des expialions volontaires, le contre-poids au scandale, et empêcher la concupiscence de reprendre son empire; enfin les ordres infirmiers, consacrés au soulagement de toutes les misères humaines ; on les trouve postés sur tous les points par où l'enfer peut attaquer l'œuvre de la Rédemption dans l'homme physique. Qu'elle est donc belle, mon Dieu! votre Religion sainte, envisagée dans ces moyens de conservation ! Semblable à la tour de David, mille boucliers protègent ses murailles, mille sentinelles veillent nuit et jour à sa défense.
Le sacerdoce, les saints, les ordres religieux, tels sont les trois moyens établis par le nouvel Adam pour maintenir le Christianisme. Ces trois moyens se résument dans un seul, qui est l'Eglise; car c'est dans l'Eglise et par l'Eglise que les prêtres sont sacrés, que les saints sont formés et les ordres religieux établis.
Voilà le Christianisme pourvu de tous les moyens de conservation; que reste-t-il, sinon à le propager? car Dieu veut que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité *. Le moyen de propagation, ce sont les missions; nous ferons leur histoire à mesure que nous les rencontrerons sur notre route.
Reprenons maintenant notre récit, et remettons-nous en marche avec l'Eglise. 0 divine épouse de l'Homme de douleurs ! attendez-vous à partager le sort de votre
• II Cor., V. 15.
DE PERSÉVÉRANCB. 517
céleste épouï. Sur voire front comme sur le sien doit briller une immortelle couronne d'épines ; c'est le diadème auquel on vous reconnaîtra, jusqu'à la fin des siècles, pour la légitime épouse. En vain les sectes voudront se parer de vos autres ornements, jamais il ne leur sera donné de porter la robe du martyre ni le manteau de la persécution. Les amphithéâtres sont encore teints du sang de vos enfants ; les bûchers qui les consumèrent sont encore fumants ; dans le lointain on entend encore les rugissements des lions qu'on déchaîna contre eux. Vous respirez à peine, que voici un nouvel eunemi, un gigantesque sectaire, qui s'élève de l'Egypte et s'avance pour vous frapper au cœur. Arius ose nier la divinité de Jésus-Christ. Ne craignez rien, tendre épouse de l'Homme-Dieu, au champion du mensonge Dieu saura opposer le défenseur de la vérité.
Le quatrième siècle, qui débute par la plus sanglante des persécutions, se continue par la plus redoutable de toutes les hérésies. Le Démon, voyant la Religion établie malgré les efforts des tyrans qu'il avait armés contre l'œuvre de Dieu, ne perd point courage : il change seulement ses batteries. 11 entreprend de démolir l'édifice qu'il n'a pu empêcher de bâtir. Une nouvelle guerre commence.
Regardez, et voilà une nuée d'hérétiques attachés à toutes les parties de .l'édifice de la Religion, depuis le faîte jusqu'à la base, armés du sarcasme, du mensonge, de la calomnie, défigurant, souillant, dégradant, essayant le marteau destructeur contre toutes les
pierres, cherchant à les mutiler, à les ébranler les unes après les autres, avec un acharnement et une persévérance qui n"a eu d'imilalion dans l'histoire que celle des Vandales du siècle passé, qui ont dispersé parmi nous les débris de nos temples et de nos palais. Regardez encore, cl voilà qu'une multitude de docteurs, revêtus de la triple armure du génie, de l'éloquence et de la vertu, viennent de l'Orient et de l'Occident, font tomber les hérétiques, les confondciit, quebjuefois les convertissent* toujours brisent leur marteau comme les martyrs émoussaient le glaive des tyrans, et l'édifice immortel reparaît aux yeux dans toute sa beauté première et toujours ferme sur ses bases.
Jamais celle lutte de l'erreur contre la vérité ne fut plus acharnée que pendant le quatrième siècle; aussi jamais l'Eglise ne déplo\a-t-elle un si grand luxe de docteurs et d'apôtres. C'est proprement l'ère des Pères de l'Eglise; nous allons les faire connaître en peu de mots.
On appelle Pères de l'Eglise tous ces grands hommes qui ont paru pour défendre l'Eglise et expliquer sa doctrine pendant les six premiers siècles'. On les divise en Pères grecs et en Pères latins, suivant qu'ils ont écrit dans l'une ou l'aulre langue. Les plus illustres d'entre ces hommes illustres, c'est-à-dire ceux qui ont le plus écrit et dont la doctrine est. le plus généralement
' r.ergirr, art. Pères.
r.t'prniJant on dit i;(^oéralninent dp s.iint Bernard, «in'il est le dernier des Père.t^v l'Fjjli.sr.
autorisée et suivie, portent le titre de docteurs de l'Eglise, il y a quatre saints docteurs de l'Eglise grecque, savoir : saint Athanase, saint Basile le Grand, saint Grégoire de Nazianze, et saint Jean Chrysostdme ; et cinq de l'Eglise latine : saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand et saint Thomas d'Aquin. Ce tut le pape saint Pie V qui donna à saint Thomas d'Aquin le litre de cinquième docteur de l'Eglise'.
Nous les appelons Pères parce que notre Sauveur, qui les remplit particulièrement de son esprit, les a donnés à son Eglise pour être ses défenseurs et ses conseillers, au monde pour en être les oracles et la lumière \
« Nous les appelons Pères, parce que leurs écrits, pleins de la science du salul, dit saint Augustin, se sont répandus comme une rosée abondante dans le champ de l'Eglise pour y faire fructifier les germes de vie que Jésus-Christ et ses premiers disciples y avaient laissés, afin qu'ils nourrissent les âmes de la plus pure substance de la vraie doctrine. Ce sont eux qui ont apporté pour la construction de l'édifice sacré le ciment et les riches décorations dont se fortifie et s'embellit cette Eglise bâtie par Jésus-Christ, qui en est la pierre angulaire, par les Prophètes et les Apôtres, qui en sont les immortels fondements ^. » Unis à l'Ecriture, ces ouvrages, consacrés par la sanction de l'Eglise, ajoutent à l'autorité de la parole divine, immédiatement éma-
• Dict. des Sciences eccL, art. Docteurs.
' Luminaria inundi, sernidnem vitae coDtinentia. Act. concil» F.phes. Labbe, t. 3, Conc, p. 836.
* Saint Aug., contr. Julian-, lib. 2, c. 10, p. 552.
née de l'Esprit saint, le poids imposant d'une inspiration an moins indirecte qui les a produits, et l'efficacité d'une grâce toute particulière qui les dislingue si éminemment de toulesles compositions humaines*. Ils composent cette chaîne auguste de la tradition dont la majestueuse unité s'est soutenue inébranlable à travers les chocs des révolutions, les attaques du schisme et de l'hérésie, les ruines du temps, les ténèbres de l'ignorance et les ravages des mauvaises mœurs ^
Quant à leur éloquence, il ne faut songer à lui rien comparer, a Quoi ! un Père de l'Eglise ! un docteur de l'Eghse ! Quels noms ! quelle tristesse dans leurs écrits ! quelle sécheresse ! quelle froide dévotion ! et peut-être quelle scolastique ! disent les gens du monde ignorants et légers qui ne les ont jamais lus ; mais plutôt quel étonnement pour tous ceux qui se sont fait des Pères une idée si éloignée de la vérité, s'ils voyaient dans leurs ouvrages plus de tour et de délicatesse, plus de politesse et d'esprit, plus de richesse d'expressions et de force de raisonnement, des traits plus vifs et des grâces plus naturelles que l'on n'en remarque dans la plupart des livres de ce temps qui sont lus avec goût, qui donnent du nom et de la vanité à leurs auteurs ! Quel plaisir d'aimer la Religion et de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et de si solides esprits, surtout lorsque l'on vient à connaître que, par l'étendue des connaissances, par la profondeur et la pénétration,
• Saint Basile, f'oy. Uiit,'uet, Confcr. tcclés.y t. 2, p. 309.
• r.uiHon, t. 1, p. 10.
par les principes de la pure philosophie, par leur application et leur développement, par la justesse des conclusions, par la dignité du discours, par la beauté de la morale et des sentiments, il n'y a rien, par exemple, que l'on puisse comparer li saint Augustin ' ! »
Revenons à notre sujet. Le premier qui osa tenter de démolir l'édifice de la Religion après son établissement fut Arius. Conduit par l'esprit infernal, il dirigea ses coups contre la pierre angulaire. Cet homme, auteur de la grande hérésie connue sous le nom d'Arianisme, était né en Libye. Il passa en Egypte, où il fut ordonné diacre de l'Eglise d'Alexandrie. Des menées séditieuses, auxquelles il prit part, forcèrent saint Pierre, patriarche de cette Eglise, à le retrancher du nombre des fidèles. Le saint patriarche connaissait trop bien le caractère inquiet et ambitieux de cet étranger pour se laisser gagner par des apparences extérieures de repentir; aussi ne voulut-il jamais le recevoir à la communion ; il n'eut pas même égard aux instantes prières qu'on lui en fit quand il allait au martyre. Mais Arius trouva le moyen de s'insinuer dans les bonnes grâces d'Achillas, successeur de saint Pierre ; il se soumit à l'extérieur, et affecta de vifs sentiments de repentir. Achillas y fut trompé ; il reçut l'hypocrite dans le sein de l'Eglise; il l'éleva même au sacerdoce, et lui confia le gouvernement d'une des paroisses d'Alexandrie.
Achillas étant mort, on élut saint Alexandre pour lui succéder. Arius fut vivement piqué de cette élection,
' La Brujcre, cb. des Esfjritsford.
parce que sa vanité lui avait fait croire que personne n'était aussi digne que lui du patriarcat. Pour se venger, il se mit à dogmatiser contre la divinité deNotre- Seigneur. Inutilement saint Alexandre tâcha de le ramener par les voies de la douceur, Arius fut insensible et persista opiniâtrement dans sou hérésie. Chaque jour il la répnndait parmi les Gdèles, et le mal allait toujours en augmentant. Le patriarche ne crut plus devoir dissimuler; il excommunia l'hérésiarque dans un synode composé de tous ses suffragranis*, qui se tint à Alexandrie en 319. Alexandre informa tous les évoques de ce qui venait de se passer.
Cependant l'Arianisme gagnait de toutes parts, et le désordre augmentait tous les jours dans l'Eglise. Constantin, affligé de cette division, résolut, par le conseil de§ évoques, d'assembler un concile œcuménique, c'esl-à-dire universel, pour terrasser l'erreur et en réprimer les partisans^ Sous les empereurs païens, on
' On np\>c\\e su ffrcigants les évéques qui composent une province ecclésiastique, qui donnaient autrefois leur suffrage pour l'élection du métropolitain, et qui dépendaient de lui en quelque manière.
' Un (roncile est une assemblée des pasteurs de l'Eglise, pour décider les question:» qui appartiennent à la foi, aux mœurs ou à la discipline. On appelle concile gt-néral on œcuménique celui auquel tous les évéques de la chrétienté ont été convoqués, autant qu'il est possible, et qui est présidé par le souverain Pontife ou par son \égat ; le concile national est celui qui se compose des évéques d'une seule nation, comme la France, l'Espagne; le concile provincial, ca'\u\ qui se tient par un métropolitain et les évéques de sa province; le synode est l'assemblée des i)rétres d'un diocèse présidée par l'évéque Quoi(|ue les décisions de tous les conciles particuliers soient très respectables, celles du concile général 8*nt
n'avait pu tenir de si grandes assemblées; mais Conslanlin, devenu maître de l'Empire, pouvait exécuter ce dessein si digne de sa piété, et l'on ne saurait s'empêcher d'admirer la Providence, qui rendit alors cette exécution facile en réunissant tant de pays sous la domination d'un seul homme. La ville de Nicée fut choisie pour le lieu de l'assemblée, parce qu'elle était voisine de Nicomédie, où résidait l'empereur. Constantin envoya donc à tous les évoques de la chrétienté des lettres d'invitation pleines des expressions les plus respectueuses pour les engager à se rendre au concile, et il donna ordre de leur fournir à ses frais les voitures et tout ce qui était nécessaire pour le voyage. L'affaire était de trop grande importance pour que les évêques ne répondissent pas à la convocation avec le plus grand empressement ; aussi se trouvèrenl-ils bientôt à Nicée au nombre de trois cent dix-huit, sans compter les prêtres et les diacres. Le vénérable Osius, évêque de Cordoue, présida le concile, et y représenta le pape saint Sylvestre, qui y avait encore envoyé deux prêtres, ne pouvant y aller en personne à cause de son grand âge. Saint Alexandre, évêque d'Alexandrie, était accompagné du diacre Alhanase, encore jeune, qu'il estimait particulièrement et qui lui fut d'un grand secours.
seules infaillibles. On compte dix-huit conciles généraux : deux de Nicée, quatre de Constantinople, un d'Eplièsc, un de Chalcédoine, cinq de Latran, deux de Lyon, un de Vienne, un de Florence et un de' Trente. Kous en parierons à mesure que nous les. rencontrerons sur notre route.
Jamais assemblée ne fut plus vénérable. Plusieurs des évêques qui la composaient étaient éminenis en sainteté, et portaient encore sur leurs corps mutilés les marques honorables des persécutions qu'ils avaient endurées pour la foi. Tel était, entre autres, saint Paplinuce, évêque de la haute Tliébaïde, à qui on avait crevé l'œil droit. L'empereur le faisait souvent venir dans son palais; il prenait plaisir à s'entretenir avec lui, et, par respect, il baisait la plaie qui lui restait au visage*.
Pour donner une idée de la solennité avec laquelle se tenaient les conciles, nous allons décrire ce qui se passa à celui de Nicée. La même chose, à quelques différences près, commandées par les circonstances, se renouvela dans toutes ces augustes assemblées.
Le 19 juin de l'an 325 fut choisi pour l'ouverture du concile. Ce jour solennel étant arrivé, tous les Pères se réunirent dans une vaste salle décorée avec la magnificence convenable à l'état de l'Eglise, délivrée de la servitude et protégée par le grand Constantin, alors seul maître du monde. Au milieu de la salle s'élevait un trône richement paré, sur lequel on plaça le livre des Ecritures, comme représentant l'Esprit saint qui les avait dictées, et qui allait les interpréter par l'organe des pasteurs, à qui sa perpétuelle assistance avait été promise. L'empereur s'y rendit lui-même, revêtu de la pourpre et tout couvert d'or et de pierres précieuses; il était accompagné, non de ses gardes, mais seu-
' f'oyez Fli'ury, Hist. cccle's. et Hist. abrogée de l'Eglise.
lement de ses ministres, qui étaient Chrétiens; il alla se placer à l'extrémité de la salle, où il resta debout jusqu'à ce que les évéques l'eussent prié de s'asseoir.
La discussion s'ouvrit. Arius était présent avec ses défenseurs; il exposa ses erreurs, elne craignit pas de proférer les plus horribles blasphèmes contre Notre- Seigneur. Une indignation soudaine s'empara de l'assemblée. Plusieurs, afin d'étouffer plus vite l'impiété, voulaient la condamner en général et sans nouvelle discussion, s'écriant qu'ils s'en tenaient à la foi reçue dès le commencement et perpétuée par la tradition*. D'autres firent observer qu'il ne fallait rien faire sans délibération et sans le plus- mûr examen ; c'est pourquoi les plus savants évêques réfutèrent avec force ces nouveautés impies, s'appuyant sur les livres saints et sur les écrits des premiers Pères. Nul ne le fit avec autant de vigueur et de succès que le jeune diacre Athanase. Nous le ferons bientôt connaître.
Après bien des discussions, le concile choisit pour exprimer l'unité indivisible de la nature divine, le mot consubstantiel ; il déclara par ce terme que notre Sei-
• Ainsi les évêques ne font pas de nouveaux dogmes, ils rendent seulement témoignage à une vérité existante.
" Qu'a fait l'Eglise par ses coacilt-s ? dit à ce sujet saint Vincent de Lerins. Elle a voulu que ce qui était dOjà cru simplement fût professé plus exactement; que ce qui était prêché sans beaucoup d'attention fût enseigné avec plus de soin ; que l'on expliquât plus distinctement ce que Ion traitait auparavant avec une entière sécurité. Tel a toujours été son dessein : elle n'a donc fait autre chose, par les décrets des conciles, que de mettrepar écrit ce qu'elle avait déjà reçu des anciens par tradition. {Commonit., c. 23.)
gneur Jésus -Christ esl vrai Fils de Dieu, égal en tout à son Père, enfin vrai Dieu comme le Père et le Saint- Esprit. Ce mol, qui ne laissait aucun subterfuge à l'hérésie, fut depuis la terreur des Ariens. Le président du concile dressa donc la profession de foi solennelle si connue sous le nom de symbole de Nicée ; elle fut écrite par Herraogène, qui fut depuis évêque de Césarée en Cappodoce. Elle est ainsi conçue : « Nous croyons en un seul Dieu tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire de la substance duPère, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non fait, consubslantiel au Père, par qui toutes choses ont été faites au ciel et sur la terre, qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné et fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, d'où il viendra juger les vivants et les morts. »
Tous les évoques, à l'exception de deux qui étaient Ariens, inscrivirent ce symbole et prononcèrent ana- Ihème contre Arius et ses sectateurs. En vertu de ce jugement, que la puissance séculière appuya, mais qu'elle ne prévint pas, l'empereur condamna Arius à l'exil et ses livres aux flammes. Avant de se séparer, les évêques adressèrent à toutes les Eglises du monde une lettre synodale pour les informer de ce qui avait été par eux proposé, examiné, résolu et décidé concernant l'impiété d' Arius ; ils envoyèrent en même temps
une copie des actes du concile au pape saint Sylvestre, qui les approuva et les confirma de son autorité apostolique.
La conclusion du concile s'étant trouvée le jour anniversaire de l'élévation de Constantin à l'empire, il y eut une fêle magnifique pour célébrer cet heureux événement et l'issue non moins heureuse de l'assemblée. L'empereur voulut recevoir les évéques dans son palais et à sa table. Tous furent introduits avec honneur, entre deux lignes de soldats, dans ce même palais, naguère si redouté, et d'où étaient émanés contre les Chrétiens tant de sanglants édits. Les évêques pouvaient à peine en croire h leurs yeux ; ils entrèrent jusque dans les appartements les plus secrets, et se mirent à table, les uns avec l'empereur, les autres séparément sur des lils préparés des deux côtés ; ils croyaient voir une image du règne de Jésus- Christ. L'empereur, après ce festin, les salua chacun en particulier, leur fit de riches présents, et conclut en se recommandant à leurs prières.
Telle fut la conclusion de cette célèbre assemblée, dont la mémoire a toujours été en vénération dans l'Eglise. Saint Augustin, en particulier, la nomme le concile de l'univers, dont les décrets sont à l'égal des commandements célestes.
Cependant l'arianisme, terrassé par la"décision de Nicée, nétaitpas détruit. Après trois ansd'exil, Arius trouva moyen de se faire rappeler^ il présenta h l'empereur une professionde foi, composée avec tant d'art, qu'il était dif-
528 CATÉCHISMI
ficile d'y découvrir l'erreur cachée sous le manteau de la vérité. L'hérésiarque revint triomphant à Alexandrie; mais saint Alhanase, successeur de saint Alexandre, ne voulut pas le recevoir à sa communion. Constantin, informé des troubles que la présence d'Arius causait h Alexandrie, le rappela à Constantinopîe, et lui demanda s'il suivait la foi deNicée. Arius le jura. Constantin, trompé, fit prier TévOque de Constantinopîe de le recevoir à la communion des fidèles ; mais cette prière resta sans effet, par un événement qui, en faisant triompher les Catholiques, donna au monde entier une preuve éclatante que les ennemis de Jésus-Christ, hérésiarques ou persécuteurs, doivent tous contribuer à sa gloire et à raffermissement de son règne.
On avait choisi un dimanche pour le rétablissement de cet impie, afin de le rendre plus éclatant. Le samedi, sur le soir, l'orgueil impatient des hérétiques leur fiUonduire Arius par la ville, comme en triomphe; et lui-même, enchérissant sur leur ostentation, se répandit en discours insolents. La foule était innombrable, et grossissait de rue en rue. Comme on approchait de la place Constantienne, et qu'on apercevait au bout de cette place le temple où l'hérésiarque devait être rétabli, il pâlit tout à coup, h la vue de tout le monde, éprouvant une soudaine frayeur ; il sentit en même temps quelque besoin naturel. Il entra dans un des lieux publics, multipliés dans la nouvelle Rome avec autant de magnificence que les autres édifices, et y expira dans les plus cruelles douleurs, en rendant avec grande abondance de sang une
liE PERSÉV'ÉRANCE. 529
partie de ses entrailles. C'était l'an 336 de Jésus-Christ. Digne fin d'un impie, trop semblable, pendant sa vie, au perfide Judas, pour ne pas lui ressembler dans les circonstances de sa mort. Ce dénoûment effrayant, et qui passa pour miraculeux, causa autant d'abattement aux Ariens que d'espoir aux fidèles orthodoxes.
Arius était mort, mais son hérésie ne l'était pas. Timide dans le commencement, et comme étourdie du coup qui venait de frapper son chef, elle s'enhardit bientôt, et ne connut plus de bornes à ses orgueilleuses prétentions. L'Eglise ébranlée faisait des perics immenses ; mais le Dieu qui a dit que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle, était là, l'œil ouvert sur ses besoins. Pour la soutenir à l'intérieur, il suscita le grand Athanase ; pour lui donner au dehors autant d'enfants qu'elle comptait d'apostats, il suscita saint Frumence et ses compagnons- Saint Athanase, la colonne de l'Eglise, le fléau de l'Arianismc, était né à Alexandrie, dont il devint évoque après le concile de Nicée. Dieu, qui le destinait h combattre la plus terrible des hérésies, armée tout à la fois des subtilités de la dialectique et de la puissance des empereurs, avait mis en lui tous les dons de la nature et de la grâce qui pouvaient le rendre propre à remplir cette haute deslination. A peine fat-il élevé sur le siège d'Alexandrie, que les Ariens, furieux d'avoir été confondus par le saint patriarche au concile de Nicée, l'accusèrent auprès de l'empereur d'avoir imposé
530 CAtKCHISME
an peuple une sorte de tribal, sous prétexte de pourvoir aux besoins de son Eglise, et d'avoir envoyé un coffre plein d'or à des conspirateurs. Athanase fut cité à comparaître devant l'empereur. L'innocence du saint patriarche fut bientôt reconnue, mais la haine des Ariens n'en devint que plus violente ; ils firent si bien, par leurs artifices et leurs calomnies, qu'ils obtinrent contre lui une sentence d'exil.
Athanase partit en effet, et vint se retirer à Trêves, auprès de saint Maximin,évêque de cette ville. Enfin, un concile fut assemblé à Sardique, où l'innocenee d' Athanase fut publiquement reconnue. Le saint pasteur rentra triomphant dans son Eglise. Le reste de sa vie se passa dans une suite continuelle de persécutions de la part des Ariens contre ce grand homme, en qui la foi catholique semblait personnifiée, et de patience, d'héroïsme et de vertu de la part d' Athanase. Toujours l'hérésie trouva en lui une âme inflexible et supérieure à toutes les considérations humaines; semblable à un roc, rien n'était capable de le faire fléchir en faveur du mensonge et de l'injustice. Celte héroïque fermeté ne lempêchait pas d'être d'une humilité si profonde, que personne ne portait celte vertu plus loin que lui ; doux et affable, il n'y avait personne qui n'eiU auprès de lui un accès facile. 11 joignait à une bonté inaltérable une tendre compassion pour les malheureux ; il était fervent et assidu à la prière, austère dans les jeûnes, infatigable dans les veilles saintes, plein de condescendance pour les petits, el intrépide lorsqu'il s'agissait de s'opposer
aux persécutions des grands'. Il lermijia sa vie dans un âge fort avancé, pour aller .se réunir à ses pères, aux Patriarches, aux Prophètes, aux Apôtres, aux Martyrs, ^1 l'exemple desquels il avait généreusement combattu pour la vérité \
Alhanase fut l'oracle de l'Eglise entière et de tous les siècles chrétiens, qui l'ont mis au premier rang des docteurs et des héros de la foi ^. Les ouvrages qu'il nous a laissés sont si précieux, qu'un ancien moine avait coutume de dire : a Quand vous trouverez quelque chose des ouvrages de saint Athanase, si vous n'avez pas de papier, écrivez-le sur vos habits*.» 11 mourut paisiblement entre les bras de son peuple, le 2 mai de l'an 353, après quarante-six ans au moins d'épiscopal, passés dans une agitation perpétuelle ^
' Saint Grég. de Naz,, orat. 21, p. .378. - Saint Grég. de Naz., orat. 21, p. 378. Vera Ecclesiœ columna. (Saint Gréer de ^"7... orn^ *>! , p. (.178. -y
■ Piat. Spir., c. 40.
■ Les priucipaux ouvrages de saint Athanase sont :
1" i,' Exposition de la Foi. C'est une explication des mystères de la Trinité et de l'Incarnation, contre les Ariens ;
; L'Apologie du Saint, adressée à l'empereur Constance. C'est un des plus finis et des plus éloquents ouvrages de saint Athanase;
3° Quatre discours contre les Ariens. On y trouve une force et une solidité de raisonnement qui écrase ces hérétiques ;
4° La Vie de saint Antoine. Le symbole qui porte son nom paraît n'être pas de lui ; il ne lui est attribué que parce qu'il renferme une explication du mystère de la Trinité et de l'Incarnation, sur lesquels saint Athanase a si bien écrit, et pour la défen.'>e desque's il a montré tant de zèle.
I.a meilleure édition de ses œuvres est celle du P. de Montf.iucon, J vol. jn-fol., Paris, Ifiiis.
o3'À CATÉCHISME
Tandis que Dieu soutenait l'Eglise à l'intérieur, par le ministère d'Alhanase, il la propageait au dehors, et réparait ainsi les perles que l'hérésie lui faisait éprouver : un enfant de miracle grandissait dans l'ombre, et allait, au moment précis, emporter le sacré flambeau dans des régions étrangères. Voici comment la chose arriva : Un philosophe, nommé Métrodore, fit divers voyages pour satisfaire sa curiosité; il pénétra jusque dans la Perse et les Grandes-Indes, nom sous lequel l'Ethiopie était connue des anciens. A son retour, il présenta à l'empereur Constantin des diamants et des pierres précieuses de la plus grande beauté. Mérope, philosophe de Tyr, encouragé par le succès de Métrodore, entreprit le même voyage, pour un semblable motif; il emmena avec lui Frumence et EJère, ses neveux, de l'éducation desquels il s'était chargé. Son voyage achevé, il s'embarqua pour revenir dans sa patrie. Le vaisseau qui le portait avec ses neveux, encore enfants, s'arrêta dans un port pour y faire les provisions nécessaires à l'équipage; la côte était habitée par des Barbares qui pillèrent le vaisseau, et passèrent au fil de l'épée tous ceux qui le montaient. Edère et Frumence, assis sous un arbre à quelque distance, étudiaient et préparaient leurs leçons; les Barbares les ayant trouvés, se laissèrent loucher par leur Innocence, leur candeur et leur beauté; ils les conduisirent à leur roi, dont la résidence était à Axuma, qui n'est plus qu'un village de l'Abyssinie*.
• roy. Ludolfc, Hixf. /Et/iiop.
DL PEKSÉVëUANCE. 533
Le prince, qui remarqua de l'esprit et d'heureuses dispositions dans ces deux enfants, prit un soin particulier de leur éducation. Il fil depuis Edère son échanson, et Frumence son Irésoricr et son secrétaire d'Etat. Frumence, qui avait la principale part aux affaires, et qui désirait faire connaître l'Evangile aux Ethiopiens, engagea plusieurs marchands chrétiens qui se trouvaient dans le pays à s'y établir; lui-même partit pour Alexandrie, afin de prier saint Alhanase d'envoyer un évêque dans ce pays, pour achever la conversion d'un peuple bien disposé. Saint Alhanase assembla un synode, et tous les évêques qui le composaient décidèrent que personne n'était plus propre que Frumence à consommer la bonne œuvre qu'il avait commencée. Il fut donc sacré évêque des Ethiopiens. Revêtu du caractère épiscopal, Frumence repartit pour Axuma; ses discours et ses miracles opérèrent un très-grand nombre de conversions. Aucune nation peut-être n'embrassa le Christianisme avec plus d'ardeur et de courage. Le saint évêque continua d'instruire et d'édifier son troupeau jusqu'à sa dernière heure ^
Pendant que Frumence ajoutait une nation au domaine de Jésus-Christ, un missionnaire d'un autre genre convertissait un peuple barbare. Ce nouvel Apôlre était une esclave chrétienne. Prise par les Ibériens, nation voisine du Pont-Eu\in, elle attira leur admiration par la pureté de sa vie, sa sobriété, sa douceur, son assiduité à la prière. Les Barbares, étonnés, lui deman-
' Fleury, liv. 11, c 38.
dëreul pourquoi tout cela? elle déclara simplement qu'elle servait ainsi le Christ son Dieu.
Or c'était la coutume du pays, quand un enfant était malade, que la mère le portât par les maisons, pour s'informer si quelqu'un savait un remède. Une femme ayant ainsi porté son enfant partout inutilement, vint aussi trouver la captive. Celle-ci lui dit qu'elle ne savait aucun remède humain, mais que Jésus-Christ son Dieu pouvait rendre la santé aux malades les plus désespérés; elle prit l'enfant, le mit sur le cilice qui lui servait de couche, pria pour lui, et le rendit plein de santé à sa mère.
Le bruit de ce miracle vint aux oreilles de la reine, qui souffrait de grandes douleurs; elle se fit porter chez la captive, qui la fait placer sur son cilice, et qui, après avoir invoqué le Sauveur, la fait lever en parfaite santé. La reine, pleine de joie, retourne au palais, fait part de son bonheur au roi son époux. Celui-ci veut offrir des présents à la captive ; « La seule récompense qu'elle désire, lui dit la reine, c'est que nous adorions Jésus-Christ, ce Dieu qu'elle a invoqué et qui m'a guérie.» Le roi différa quelque temps ; enfin, dans un danger pressant, il promit de se faire Chrétien. Sa prière fut écoutée, et il tint parole. La pauvre captive leur expliqua la religion le mieux qu'il lui fut possible, demanda qu'on bâtît une église, et en décrivit la forme. Le roi, ayant assemblé son peuple, lui raconta ce qui lui était arrivé, à lui et à la reine ; il instruisit ses sujets comme il put dc> vérités de la foi ;
la relue, de son côté, instruisait les femmes. On se réunit pour bâtir une église. Comme toute la nation désirait ardemment de bien connaître la Religion, on envoya, par le conseil de la captive, une ambassade à Constantin, afin de lui demander des évêques qui pussent achever l'œuvre de Dieu. L'empereur les envoya, et sentit plus de joie de cette conversion que d'une ^ grande conquête*. Et nous aussi, nous devons en ressentir une grande joie, parce qu'elle nous montre la bonté de notre Père céleste, qui veut le salut de tous les peuples, et le soin continuel avec lequel Jésus- Christ veille sur son épouse pour essuyer ses larmes.
PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie des admirables moyens que vous avez pris pour conserver et propager notre sainte Religion; les prêtres, les saints, les ordres religieux, les missions, seront l'objet de toute ma reconnaissance et de tout mon respect.
chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je prierai pour la conversion des hérétiques.
> Fleurjr, l.ll,c. 39.
536 CATÉCHiSAIE
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME ÉTABLI
( 4" siècle.)
Q. Quels sont les moyens par lesquels Notre-Seigneur conserve et propage la Religion?
R. Les moyens par lesquels Notre-Seigneur conserve et propage la Religion, sont : 1° le sacerdoce; 2° les saints; 3° les ordres religieux ; 4° les missions. Après que la Religion fut établie et reconnue publiquem-ent, il ne restait plus qu'à la conserver et à l'étendre. La Religion, quoique sainte, vraie, bienfaisante, aura toujours des ennemis, car elle combat toutes les passions. Les uns l'attaqueront par l'hérésie, les autres par le scandale ; d'autres, par des calamités qu'ils attireront sur ses enfants.
Q. Quels sont les premiers défenseurs de la Religion ?
R. Les premiers défenseurs de la Religion sont les prêtres. Voilà pourquoi le prêtre est chargé d'enseigner la vérité, aGn de l'opposer à l'erreur ; de donner le bon exemple, afln de l'opposer au scandale ; de soulager toutes les misères humaines, afin d'empêcher l'homme de redevenir aussi misérable qu'il était dans le Paganisme.
Q. Quels sont les seconds défenseurs de la Religion?
R. Les seconds défenseurs de la Religion sont les grands saints qui apparaissent de temps en temps lorS'
que les maux de l'Église sont plus grands et ses dangers plus graves. Ils sont chargés ou de défendre la vérité, ou de donner de bons exemples, ou de soulager les misères humaines. De là, trois espèces de saints : les saints apologistes, les saints contemplatifs et les saints inOrmiers. Ils apparaissent toujours au moment oîi leur présence devient nécessaire.
Q. Quels sont les troisièmes?
R. Les troisièmes défenseurs de la Religion sont les ordres religieux. Quelquefois les maux de l'Eglise doivent étrelongs, les assauts de l'enfer très-redoutables; alors Dieu tire des trésors de sa miséricorde quelque ordre religieux pour détendre l'Eglise. Les ordres religieux sont aussi de trois sortes : les ordres savants pour la défense de la vérité, les ordres contemplatifs pour donner le bon exemple et pour prier, les ordres infirmiers pour soulager les misères humaines. Tous ces moyens de défense se réduisent à un seul qui est l'Eglise, car c est dans l'Église et par l'Église que les prêtres sont consacrés et que se forment les saints et les ordres religieux.
Q. Quel est le moyen établi par Notre-Seigneur pour propager la Religion?
R. Le moyen établi par Notre-Seigneur pour propager la Rehgion, ce sont les missions. Il y en a eu depuis le commencement, et il y en aura jusqu'à ce que l'Évangile soit annoncé par toute la terre. Elles ont lieu surtout au moment où un peuple se rend indigne de la Religion. C'est alors que des missionnaires partent
538 CATI^CUISMË
pour conquérir à l'Église de nouveaux enfants et la dédommager de ceux qu'elle a perdus.
Q. Après les persécutions l'Église fut-elle en paix?
R. Après les persécutions l'Église ne fut point en paix. Elle doit, comme Noire-Seigneur, être toujours en butte â de nouvelles attaques. Le premier qui se souleva contre elle fut Arius. Cet impie osa nier la divinité de Notre-Seigneur. Il fut condamné au concile général de Nicée, composé de trois cent dix-huit évêques. L'hérésiarque fut envoyé en exil, d'où il ne revint que pour mourir d'une mort cruelle et honteuse. Le plus grand défenseur de la vérité contre les Ariens fut saint Alhanase. Il était évêque d'Alexandrie, en Egypte. Il eut beaucoup à souffrir pour la bonne cause, pendant sa vie qui fut très-longue. Il mourut au milieu de son peuple, regretté de tout le monde, l'an 373 de Notre-Seigneur.
Q. Comment Notre-Seigneur répara-t-il les pertes de son Église ?
jR. L'Église avait vu un grand nombre de ses enfants entraînés dans l'hérésie, Notre-Seigneur la consola par la conversion de nouveaux peuples. Saint Frumence porta le flambeau de la foi dans l'Abyssinie. Cette nation embrassa la Religion avec beaucoup d'ardeur et de courage. En même temps, une esclave chrétienne convertit la nation des Ibériens.
P&IÈAE.
0 mon Dieu ! qui éles (oui amour, je vous remercie
ÔE PERSÉVÉUANCE. 539
des admirables moyens que vous avez pris pour conserver et propager notre sainte Religion. Le prêtre, les saints, les ordres religieux, les missions seront l'objet de toute ma reconnaissance et de tout mon respect.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je prierai pour la conversion des hérétiques.
Sé^^
XXir LEÇON.
LE CHRISTIANISME CONSERVÉ ET PROPAGÉ. ( 4' siècle.)
Saint Hilaire, évêque de Poitiers, défenseur de la foi. — Saint Martin, évêque de Tours, propagateur de la foi. — Julien l'apostat, persécuteur de l'Eglise. — Il tente de rebâtir le temple de Jérusalem. — Vanité de ses efforts. — Il accomplit littéralement la prophétie du Sauveur. — Jugement de Dieu sur Julien l'apostat. — Saint Grégoire de Nazianze, défenseur de la Religion. — Saint Basile le Grand, autre défenseur de la foi.
L'intrépide Athanase, après s'être signalé dans tant de combats, cinq fois banni et cinq fois rappelé, avait laissé son esprit de courage et de foi à un illustre évoque. Saint Hilaire de Poitiers flt dans l'Occident ce que le saint patriarche d'Alexandrie avait fait pour l'Orient. Sur ces deux grandes colonnes reposa l'édiflce de lEglise, ébranlé par les Ariens.
Saint Hilaire, qui eut le bonheur de préserver les Gaules de la contagion de l'Arianisme, naquit ù Poitiers d'une illustre famille. Elevé dans le Paganisme, il fui conduit par degrés à la connaissance de la vraie Religion; il l'embrassa avec ferveur. En 35.5, il fut sacré évoque de sa ville natale, el ne se regarda plus que comme
DE PERSÉVÉRANCE. 54l
l'homme de Dieu. Les pécheurs, touchés de ses discours, entraient dans de vifs sentiments de componction et renonçaient à leurs désordres. Cependant il ne se livrait pas tellement aux fonctions extérieures, qu'il négligeât son propre salut; il avait ses heures marquées pour la prière, et c'était dans ce saint exercice qu'il ranimait sans cesse sa ferveur et qu'il obtenait les bénédictions abondantes que Dieu répandait sur ses travaux. Sa plume fut aussi consacrée à la gloire de la Religion. Comme l'empereur Constance travaillait à répandre l'Arianisme en Occident, il lui présenta une apologie qui lui valut une sentence d'exil.
Le Saint profita de son repos forcé pour combattre l'erreur avec une vigueur que tous les siècles ont admirée. Il composa contre l'Arianisme son Traité de la Trinité. Il y prouve de la manière la plus solide la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit; il enseigne que l'Eglise est une, et que tous les hérétiques sont hors de son sein; qu'elle est distinguée de toutes les sectes en ce que, conservant toujours son unité, elle les combat et les confond toutes, quoique seule contre elles, et qu'elle trouve la matière de ses plus beaux triomphes dans les divisions perpétuelles qui régnent entre les partisans de l'erreur.
Rien n'est plus magnifique que les éloges donnés à saint Hilaire par saint Augustin et par saint Jérôme. Le premier Va^^eWeV illustre docteur de V Eglise^; le second, un fleuve d'éloquence; na fleuve que Dieu a
' Lib. 2, adv. JuL, c. 8.
542 cAtécfliSME
(ranspofté du monde dans le cTiamp de son Eglise*. Le
Saint, au retour de son exil, mourut à Poitiers en 368^.
Tandis que saint Hilaire soutenait l'Eglise à Tintérieur, un de ses plus illustres disciples fut choisi de Dieu pour rendre à cette épouse bien-aimée autant d'enfants que l'hérésie pouvait lui en ravir. Ce nouveau Paul, l'apôtre de l'Occident, fut saint Martin. Admirateur des vertus de saint Hilaire, il s'était formé à son école, prenant part à tous ses combats pour la foi.
Martin naquit h Sabarie, ville de Pannonie, de parents idolâtres. Dieu prévint ce saint enfant d'une bénédiction si singulière, qu'à l'âge de dix ans il se rendait à l'église malgré ses parents, et se fil inscrire parmi les catéchumènes. Cependant il vint un ordre de l'empereur qui obligeait les enfants des officiers et des soldats vétérans à porter les armes. Ainsi Martin, qui avait quinze ans, prêta le serment militaire et entra dans la cavalerie. La profession des armes, qui est pour tant d'autres une école de licence et de désordre, devint pour lui l'apprentissage des vertus les plus héroïques.
« Lib. 3, fidr. Bufin., p. 115.
■■' Les autres ouvrages de saint Hilaire sont :
i" Des Commentaires sur saint Matthieu ;
2" Le Livre, des Synodes. Cet ouvrage fournit de grands éclaircissements sur l'histoire de l'Arianisme. Saint Jérôme en faisait tant de cas, qu'il le copia de sa propre main ;
3" Let Livres à l'empereur Constance.. Le Saint y demande à l'enipcrcur !a j)Prmission de justifier la foi callioli<iue,mémeen sa prëjcTice
r.c baini écrivit encore plusieurs autres ouvrages, dans lesquels il se montre toujours digne de lui-même. La meilleure édition de ses œuNri'fi «st crlK' du P. C.ousiant, Bénédfrtin. P.iris. 1093.
ïl se distingua surtout par un tendre amour pour les pauvres ; il ne pouvait rien leur refuser, et tout ce qui lui restait de sa solde, il le leur distribuait.
Un jour, dit son historien, saint Sulpice Sévère, pendant un hiver rigoureux, durant lequel plusieurs personnes moururent de froid, il trouva à la porte d'Amiens un mendiant presque nu qui demandait l'aumône. Ce spectacle excita la compassion du saint cavalier; mais il ne lui restait que ses armes et ses vêlements. Que faire? Il tire son sabre, coupe la moitié de son manteau, et le donne à ce pauvre pour se couvrir. Une si belle action ne resta pas sans récompense. La nuit suivante, Martin vit en songe notre Seigneur Jésus-Christ revêtu de cette moitié de manteau, et lui entendit dire aux anges qui l'environnaient : « C'est Martin, encore catéchumène, qui m'a revêtu de ce manteau. »
Cette vision consolante le détermina à demander le baptême ; il le reçut dans sa dix-huitième année. A vingt ans, il quitta le service et se rendit auprès de saint Hilaire. Ce grand évêque connut bientôt le mérite extraordinaire de Martin ; il voulut l'attacher à son diocèse et l'ordonna diacre ; mais le Saint, par humilité, refusa cet honneur; il consentit seulement à se laisser ordonner exorciste. Il partit ensuite pour la Pannonie, où il convertit sa mère. Là, il combattit vigoureusement les Ariens et repassa dans les Gaules , où il fonda le premier monastère. Il sortait de temps en temps de sa retraite pour aller prêcher la foi aux idolâtres, qui étaient encore en assez grand nombre dans les
villages, et Dieu autorisa le zèle de son serviteur par des miracles éclatants.
Il ne tarda pas à être connu dans toutes les Gaules, et on le jugea digne de l'épiscopat. Le peuple de Tours le demanda pour pasteur ; mais il fallut user d'artifice et même de violence pour l'arracher à sa solitude. S'étant présenté à la porte de son monastère afin de donner sa bénédiction à un malade, on se saisit de sa personne, et on le conduisit à Tours sous bonne garde. Martin fut le même sur le siège de Tours qu'il avait été dans son monastère. Il se logea dans une petite cellule près de l'église ; on ne vil aucun changement ni dans ses habits, ni dans sa table ; il ne voulait honorer sa dignité que par ses vertus. La destruction de l'idolâtrie devint l'objet ordinaire de ses travaux : il parcourut plusieurs fois la Touraine et une partie des Gaules, où il détruisit les restes de l'idolâtrie.
Etant un jour dans un bourg rempli de Païens, il renversa le temple des idoles, et se proposa de faire couper un pin qui était devant et qui était aussi un objet d'idolâtrie. Les Païens n'y consentirent qu'à condition qu'il se tiendrait du côté où l'arbre devait tomber. Martin, plein de foi, accepta la condition, se laissa lier et placer où l'on voulut. On coupa l'arbre ; mais, dans l'instant de sa chute, le Saint fit le signe de la croix, et l'arbre se redressa pour tomber de l'autre côté, au grand étonnement des Païens qui demandèrent le baptême.
Le saint évêque n'interrompait ses missions que
par d'autres œuvres de charité; il allait quelquefois intercéder auprès des princes en faveur des malheureux. Ce fut pour ce sujet qu'il fît deux voyages à Trêves, où était alors l'empereur Maxime, Mais il demandait ses grâces en évêque, et avec un ton de dignité qui imposait aux princes mômes. Maxime n'en conçut que plus d'estime pour lui, et plusieurs fois il l'invita à manger à sa table. Saint Martin s'en défendit d'abord, mais ensuite il crut devoir se rendre à cette invitation. Maxime en eut tant de joie, qu'il appela comme à une fêle les personnes les plus distinguées de sa cour, entre aulres son oncle et son frère, et le préfet du prétoire. Mariin fut placé à côté de l'empereur, et le prêtre qui l'accompagnait toujours, entre l'oncle et le frère de l'empereur. Au milieu du repas, un officier, selon l'usage, présenta la coupe à l'empereur. Le prince fit signe ;le la présenter à Martin, de la main duquel il comptait la recevoir; mais le saint évêque, ayant bu, la présenta à son prêtre, comme à la personne la plus respectable de la compagnie. Celte aclion ne déplut nullement au prince, qui loua saint 3Iartin d'avoir préféré à toute la puissance impériale l'honneur dû au sacerdoce de Jésus-Christ.
Le Saint revint à Tours, où il fut reçu par son peuple comme un ange tutélaire. Quoique avancé en âge, il ne diminua rien de ses austérités ni de ses travaux apostoliques. Il continua jusqu'à la fin de sa vie de confirmer par des miracles la doctrine qu'il prêchait. Ses occupations ne lui faisaient point perdre le déli- T. V, 35
cieu\ souvenir de la présence de Dieu. Tout ce qu'il rencontrait lui fournissait l'occasion de se sanctifier ou de donner aux autres des leçons de vertu.
Voyant un jour une brebis nouvellement tondue, il dit agréablement à ceux qui étaient avec lui : «Voilà une brebis qui a rempli le précepte de l'Evangile: elle avait deux habits; elle en a donné un à celui qui n'en avait point. Faisons de même. » A la vue d'un homme couvert de haillons qui gardait des pourceaux, il s'écria : «Voilà Adam chassé du paradis; dépouillons - nous du vieil Adam pour nous revêtir du nouveau. » Une autre fois il arriva au bord d'une rivière où des oiseaux cherchaient à prendre des poissons : « Voilà, dit-il, l'image des ennemis de notre salut ; ils sont en embuscade pour prendre nos âmes et en faire leur proie. » 11 ordonna aux oiseaux de se retirer ; ce qu'ils firent à l'instant. Arrivé à l'âge de quatre-vingt-dix ans, le Paul de l'Occident alla recevoir la couronne due à celui qui a combattu vaillamment et qui a gardé la foi.
Jetons un dernier regard sur le tombeau de saint IMarlin, en le priant de conserver du haut du ciel cette foi précieuse qu'il planta dans les Gaules par ses travaux et qu'il arrosa de ses sueurs; puis repassons en Orient. Un nouveau spectacle va s'oiïrir à nos yeux. Ce n'est plus assez de l'hérésie pour attaquer l'Eglise; voici le Poganisme, oui, ce vieux Paganisme usé et déjà mort, qui essaie de se relever de sa tombe pour saisir, s'il le peut) le sceptre du monde, que porte d'une main si ferme la divine épouse de Jésus-Christ,
Julien, neveu du grand Constantin, était parvenu à l'empire en 355. Séduit par des philosophes païens, el entraîné par ses propres passions, ce prince abjura publiquement la Religion, et entreprit de ressusciter l'idulâtrie. 11 déclara une persécution iourdc et perlide contre les Chrétiens, dépouilla les églises de tous leurs biens, révoqua tous les privilèges qui leur avaient été accordés, supprima les pensions que Constantin avait données pour nourrir les clercs, les veuves et les vierges, et défendit aux Chrétiens de plaider et d'exercer les charges publiques. Il ne s'en tint pas là; il ne voulut plus qu'ils enseignassent les belles-lettres, sachant les grands avantages qu'ils liraient des livres profanes pour combattre le Paganisme el l'irréligion. Quoiqu'il témoignât en toute occasion un mépris souverain pour les Chrétiens, qu'il appelait toujours Galiléens, cependant il sentait l'avantage que leur donnaient la pureté de leurs mœurs el l'éclat de leurs vertus, el ne cessait de proposer leur exemple aux prêtres païens. Tel fut le caractère de la persécution de Juhen : la douceur apparente el la dérision de l'Evangile. Il en vint néanmoins à des moyens violents, quand il vit que tous les autres étaient inutiles. Sous son règne un grand nombre de martyrs signèrent noire foi de leur sang.
Le prince impie, trouvant que la guerre n'allait pas assez vite, résolut d'abattre le Christianisme d'un seul coup. Pour cela, il entreprit de donner un démenti solennel à Notre-Seigneur lui-même, el par là de le convaincre d'imposture, el ;lc livrer son œuvre à la dérision
de tous les siècles. Mais que sont les conseils des hommes'contre le Seigneur ! Nous^allons le voir.
Son principal dessein était de convaincre de faux les prophéties, tant celle de Daniel qui annonce la ruine du temple de Jérusalem comme irréparable, que celle du Sauveur qui porte expressément qu'il n'y resterait pas pierre sur pierre. Julien entreprit de rebâtir cet édifice. Il écrivit à tous les Juifs une lettre très-flatteuse, leur promettant de les aider de tout son pouvoir à relever de ses ruines le temple où ils avaient si longtemps adoré le Dieu de leurs pères. A cette nouvelle, les Juifs accourent de toutes parts à Jérusalem. Ils ont bientôt amassé des sommes considérables. Les femmes juives donnent leurs bijoux et leurs pierreries pour contribuer aux frais de l'entreprise. Les trésors de l'empereur fournissent des sommes immenses. L'empereur luiraème envoie d'habiles architectes des différentes provinces de l'Empire ; il confie la surintendance des travaux à Alypius, son ami intime, qu'il envoie sur les lieux pour en presser l'oxéculion. Tout étant ainsi disposé, on amasse une quantité prodigieuse de matériaux ; on travaille nuit et jour avec une ardeur incroyable à nettoyer l'emplacement de l'ancien temple, et à démolir ce qui restait des fondements. Quelques Juifs avaient fait faire pour ce travail des boyaux, des pelles et des hottes d'argent. Les femmes les plus délicates mettaient la main à l'œuvre, et emportaient les décombres dans leurs robes les plus précieuses.
Cependant, la démolition terminée, on se préparait h
DE PEUSÉVKllANCE. 549
placer les nouvelles fondations; mais c'était là que Dieu attendait ses ennemis. Ecoutons un auteur dont on ne peut suspecter le témoignage : c'est Ammien Marceliin, qui était Païen de religion, et qui a fait de Julien le héros de son histoire.
« Pendant que le comte Alypius, assisté du gouverneur de la province, pressait vivement les travaux, d'effroyables tourbillons de flammes s'élancèrent des fondements, brûlèrent les ouvriers et leur rendirent la place inaccessible. Enfin cet élément persistant toujours avec une espèce d'opiniâtreté h repousser les ouvriers, on fut obligé d'abandonner l'entreprise*. »
Voilà de quelle manière s'exprime un historien qui adorait les idoles du Paganisme, et qui était admirateur de Julien. Qui a pu lui arracher un pareil aveu, sinon la force de la vérité? Saint Grégoire de Nazianze, auteur contemporain, ajoute que la foudre tomba, qu'on vit des croix de couleur noirâtre imprimées sur les habits de ceux qui étaient présents ; que plusieurs, poursuivis par les flammes, voulurent se sauver dans une église voisine; mais un feu soudain les atteignit, consuma les uns, mutila les autres, leur laissant à tous les marques les plus visibles de la redoutable puissance du Dieu qu'ils étaient venus braver. On s'opiniâtra néanmoins à reprendre l'ouvrage ; mais ces éruptions de feu recommencèrent toutes les fois qu'on voulut renouveler les travaux, et ne cessèrent que quand on les eut en-
• Liv. 23, c. 1.
Uèiement abandonnés. «C'est, dil-il, un fait notoire et don! îûuL !e nijnde convient \ »
Ainsi, tant qu'il reste quelques pierres à ôter des anciennes fondations du temple, c'est-à-dire tant qu'il faut travailler à donner aux paroles du Sauveur leur accomplissement littéral, Julien est tout-puissant; mais fautil replacer une seule pierre dans ces fondements à jamais maudits, il voit échouer toute sa puissance et tonte sa haine. Il est donc vrai , toutes les attaques dirigées contre l'Eglise tournent à sa gloire et à son triomphe. C'est une remarque que nous faisons une fois pour toutes.
Julien, écumant de rage, jura, malgré sa défaite, d'éteindre le Christianisme; mais il voulut auparavant terminer la guerre contre les Perses. Il fit des préparatifs immenses et des sacrifices sans nombre, et jura de nouveau, en partant, de ruiner l'Eglise à son retour. Mais Dieu la garantit de ses menaces insensées. Ce prince, s'élant engagé sans cuirasse dans le premier combat, fut blessé dangereusement. Comme il levait le bras pour animer ses troupes en criant : «Tout à nous ! » il fut frappé d'un dard qui le blessa à mort. Tl prit alors dans sa main du sang de sa blessure, et s'écria en le jetant vers le ciel : Tu as vaincu, Galilôen ! Ce fut là le dernier cri du Paganisme expirant. La nuit suivante, 26 juin 303, Julien mourut âgé de trente -deux ans, prince digne en tout d'avoir Voltaire pour apologiste '.
' Oral, 4, adi'. Jul.
• f^oy. la yie dp Julien^ |>ar l'abbc de La Bletlerie.
Ce n'était pas seulement avec son glaive que Julien combattit la Religion qu'il avait abandonnée, c'était encore avec sa plume. Mais la Providence suscita de vigoureux adversaires au sophiste couronné.
Un des premiers qui se présentent est saint Grégoire de Nazianze.Ce docteur de l'Eglise, surnommé le Théologien, à cause de la connaissance profonde qu'il avait de la Religion, naquit dans le territoire de Nazianze, petite ville voisine de Césarée, enCappadoce. Grégoire, son père, était Païen ; mais il fut converti par les prières de sainte Nonne, son épouse. Cette vertueuse dame consacra au Seigneur son fils Grégoire, dès le moment de sa naissance. II répondit parfaitement aux soins que prirent ses parents de le former à la vertu. Après avoir fait ses premières études, il fut envoyé à Athènes, afin de profiter des leçons des maîtres célèbres dont cette ville était le séjour. Il s'y lia d'une étroite amitié avec saint Basile, venu comme lui pour achever ses études. Tous les Chrétiens citeront à jamais ces deux grands hommes comme des modèles accomplis d'une amitié également tendre et sainte. Ils étaient inséparables l'un de l'autre. Attentifs à éviter les compagnies dangeteuses, ils ne fréquentaient que ceux de leurs condisciples en qui l'amour de l'élude se trouvait réuni à la pratique de la vertu. Jamais on ne les voyait assister aux divertissements profanes. Ils ne connaissaient dans la ville que deux rues, celle qui conduisait à l'église, et celle qui conduisait aux écoles publiques. Leur vie était fort austère; ils ne prenaient sur l'argent que leur
552 CATÉCUISMI.
envoyaient leurs familles que ce qui était nécessaire aux plus indispensables besoins de la nature ; le reste était distribué aux pauvres.
Grégoire, précédé d'une brillante réputation, revint à Aazianze; son premier soin fut de recevoir le baptême. Dès ce moment, mort au monde et à tous ses charmes, il ne connut plus d'ardeur que pour la gloire de Dieu. Pour satisfaire le désir qu'il avait de sa perfection, il rompit tout commerce avec le monde, et alla rejoindre saint Basile, qui vivait dans la solitude. Les veilles, les jeûnes et les prières faisaient les délices de ces deux grands hommes ; ils y joignaient le travail des mains, le chant des psaumes et l'étude de l'Ecriture sainte. Dans l'explication des divins oracles, ils suivaient, non leurs propres lumières, ni leur esprit particulier, mais les doctrines des anciens Pères et des docteurs de l'Eglise ^
Ce fut vers ce temps-là que Grégoire composa son célèbre discours contre Julien ; il y parle avec cette force qu'employaient les Prophètes lorsque, par l'ordre de Dieu, ils reprenaient les crimes des rois et des impies. Son unique but était de défendre l'Eglise contre les Païens, en démasquant l'injustice, l'impiété et l'hypocrisie de son plus dangereux persécuteur.
Dieu ne permit pas que cette brillante lumière restât plus longtemps cachée sous le boisseau. L'Eglise de Conslanlinople gémissait depuis quarante ans sous la tyrannie des Ariens ; le peu de catholiques qui y res-
' KuQn, Hist., 1. 2, c. [), p. 2J4.
laienl, privés de pasteurs et même d'église, s'adressèrent à Grégoire, dont ils connaissaient le savoir, l'éioquence cl la piété, et le conjurèrent instamment de venir à leur secours. Plusieurs évêques se joignirent à eux, afin d'obtenir plus sûrement le succès de leurs prières. Après bien des résistances, Grégoire fut forcé de se rendre. De dire ce qu'il eut à souffrir sur le siège de Constantinople, de la part des hérétiques, c'est ce que nous n'entreprendrons pas ; il nous suffit de savoir que le Saint n'opposa à tant d'outrages que la prière et la patience. Ses vertus et ses talents attiraient auprès de lui un grand nombre de personnes ; saint Jérôme lui-même quitta les déserts de la Syrie pour venir à Constantinople. Il se rangea parmi les disciples de Grégoire ; il étudia sous lui l'Ecriture, et il se glorifia toute sa vie d'avoir eu un tel maître.
Cependant les troubles augmentèrent dans l'Eglise de Constantinople ; un concile fut assemblé pour y mettre un terme. Le saint patriarche montra, dans cette occasion, une grandeur d'âme au-dessus de tout éloge. Voyant qu'il y avait beaucoup de fermentation dans les esprits, il se leva, et dit à l'assemblée : « Si mon élection cause tant de troubles, je consens à subir le sort de Jonas ; qu'on me jette dans la mer, pour apaiser la tempête que je n'ai point excitée. Je n'ai jamais désiré d'être évêque, et, si je le suis, c'est contre ma volonté; s'il vous paraît expédient que je me relire, je suis prêt à retourner dans ma solitude, afin que l'Eglise de Dieu puisse enfin devenir tranquille. Je vous prie seulement
55i CATÉCUISME
de réunir vos efforts, pour que le siège de Constanlinople soif rempli par une personne de vertu, et qui ait du zèle pour la défense de la foi*. »
Après avoir ainsi donné sa démission, le Saint sortit de l'assemblée, et se rendit au palais ; là il se jeta aux pieds de l'empereur Théodose, et lui ayant baisé la main : « Je viens, seigneur, lui dit-il, non dans le dessein de demander des richesses et des honneurs pour moi ou pour mes amis, ni pour solliciter votre libéralité envers les Eglises ; je viens demander la permission de me retirer. Votre Majesté n'ignore pas que j'ai été placé malgré moi sur le siège de cette ville; je suis devenu odieux, même à mes amis, parce que j'envisage uniquement les intérêts du ciel. Je vous conjure de faire agréer ma démission. Ajoutez à la gloire de vos triomphes celle de rétablir dans l'Eglise la paix et la concorde. »
L'empereur fut singulièrement frappé d'une telle grandeur d'dme, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'il accorda au saint évêque ce qu'il demandait avec tant d'ardeur. Grégoire fit ses adieux par un beau discours, qu'il prononça dans la grande église de Constanlinople, en présence des Pères du concile et d'une multitude innombrable de peuple ". Il le finit en prenant congé de sa chère Eglise métropolitaine, des autres Eglises de la ville, des sainls Apôtres qui y étaient honorés, de son trône épiscopal, de son clergé, des moines et de tous les serviteurs de Dieu,
» Oral. 32.
de l'empereur el de toute la cour d'Orient et d'Occident, des Anges lulélaires de son Eglise el de la sainte Trinité qu'on y honorait : « Mes chers entants, ajoutat-il, gardez le dépôt de la foi, et souvenez-vous des pierres qu'on m'a jetées, parce que je travaillais à mettre la vraie doctrine dans vos cœurs. »
Les fidèles, inconsolables, le suivirent en pleurant et en le conjurant de rester avec eux ; mais des motifs supérieurs l'obligèrent à exécuter son dessein. Il se relira dans la solitude d'Arianze, où il passa le reste de ses jours ; il était alors fort âgé et très-infirme. Il y avait dans sa solitude un jardin, une fontaine et un petit bois, qui lui faisaient goûter les plaisirs innocents de la campagne. Là, il pratiquait toutes sortes de mortifications corporelles; il jeûnait et veillait souvent; il priait beaucoup à genoux; il ne voyait jamais de feu; ne se servait point de chaussure ; une simple tunique composait tout son vêtement; il couchait sur la paille, et n'avait qu'un sac pour couverture*.
Au milieu de ses rudes austérités, ce grand homme composa des poëmes pour réfuter les hérétiques appollinaristes. Telles furent ses occupations jusqu'à sa bienheureuse mort, qui arriva en 389 \
« Carm. 5 et 60.
* Les ouvrages de saint Grégoire se composent : lo De Discours, au nombre de cinquante. Quelques-uns de ces discours traitent des mystères de la Foi et de divers points de la morale chrétienne; la plupart ont pour objet de défendre la doctrine de l'Eglise contre les attaques des hérétiques; d'autres sont des panégyriques prononcés en l'honneur de plusieurs martyrs le
Parlons maintenant de saint Basile.
On nous en voudrait si nous séparions, dans noire récit, ces deux grands hommes, que la plus étroite amitié réunit sur la terre, et que la même gloire couronne maintenant dans le ciel. Saint Basile, surnommé le grand, à cause de son éloquence, de son savoir et de son génie, naquit à Césarée en 329. Il suça avec le lait la piété héréditaire dans sa noble famille; pour la science, il alla la chercher auprès des plus habiles maîtres de Constantinople et d'Athènes. Il excella bientôt dans la philosophie, dans la poésie, dans l'éloquence surtout, et dans toutes les parties de la littérature. Il possédait si supérieurement l'art d'enchaîner les conséquences aux principes, qu'on ne pouvait résister à la force de ses raisonnements; ils étaient si bien liés et si pressants, qu'on aurait eu plus de peine à s'en débarrasser qu'à sortir d'un labyrinthe. BasileXut regardé à Athènes comme un oracle qu'on devait consulter sur
jour de leur fête; il composa aussi l'éloge de saint Basile, son illustre ami;
2» De Lettres, au nombre de 2)7. La plupart sont très-intéressantes, et nous font connaître en détail le caractère de ce grand homme;
3" De poëmes et de poésies charmantes, en très-grand nombre.
Selon quelques auteurs, saint Grégoire est le plus grand des orateurs tant sacrés que profanes. Ce Père conçut toujours les choses noblement, et les exprima avec une délicatesse et une élégance inimitables» Vif, chaleureux, fleuri, majestueux, son style renferme une suite de beautés qu'on ne pourrait faire passer dans une autre langue- Ses vers, dignes de ses discours, mériteraient, bien mieuxi que ceux de Virgile, d'Homère ou d'Horace, d'être les livres classiques de nos écoles. Les œuvres de saint Grégoire ont été publiées en 2 vol. in-fol. Pari;;, 1630.
les sciences divines et humaines. Les étudiants et les maîtres de cette ville savante, pleins de vénération pour son mérite, employèrent toutes sortes de moyens pour le fixer parmi eux; mais ils ne purent y réussir. Basile crut qu'il était comptable à sa patrie des talents que Dieu lui avait donnés.
De retour dans son pays, il plaida quelques causes avec un brillant succès ; ensuite il se retira au désert pour se former à une vertu plus solide. C'est là qu'il écrivit ses Constitutions monastiques. Ce livre, digne du génie et de la vertu de son auteur, a servi de règle aux divers fondateurs des congrégations religieuses, et placé saint Basile au nombre des Patriarches des ordres religieux. Ces Patriarches sont au nombre de quatre : deux pour l'orient et le raidi, saint Basile et saint Augustin; deux pour le couchant et le nord, saint Benoît et saint François d'Assise ^
Dans son désert, Basile fonda plusieurs monastères, tant pour les hommes que pour les femmes, et conserva une inspection générale sur ces communautés, même durant son épiscopat. Après avoir peuplé la solitude d'une multitude d'Anges visibles, et formé par là l'expiation des crimes sans nombre qu'entraînaient à leur suite l'hérésie d'Arius et le Paganisme ressuscité par Julien l'Apostat, Basile fut appelé à prendre part à la grande lutte que l'enfer avait recommencée contre l'Eglise.
En 370, il fut élevé sur le siège archiépiscopal de
» Hélyot, t. 1.
Césarée. Celle nomination remplit de joie les Catholiques, qui pressentirent les victoires que Basile allait remporter sur l'hérésie. Il commença par les nourrir du pain de sa puissante parole. L'éloquent archevêque prêchait soir et matin, même les jours où les fidèles vaquent à leurs travaux ordinaires; son auditoire était si nombreux, qu'il lui donne le titre de mer^. Il établit à Césarée plusieurs pratiques de dévotion qu'il avait vu observer en Egypte, en Syrie et dans d'autres endroits, surtout celle de s'assembler le malin à l'église pour faire la prière en commun. Le peuple communiait le dimanche, le mercredi, le vendredi, le samedi, et toutes les fêtes des martyrs-.
Son zèle ardenl pour la conservation de la foi ne lui faisait pas oublier les brebis égarées dans les voies de l'hérésie ; il sollicitait leur conversion par des prières ferventes et des larmes continuelles. Rien ne prouNe mieuxla force eU'aclivité de ce zèle que la victoire qu'il remporta sur l'empereur Valons.
Le prince arien, voyant que Basile était comme une tour imprenable, contre laquelle les efforts de l'hérésie ne pouvaient rien, résolut d'employer contre lui les voies de la rigueur. Il envoya Modeste, préfet d'Orient, avec ordre d'engager Basile, par menaces ou par promesses, à communiquer avec les Ariens. Le préfet, assis sur son tribunal, et environné de ses licteurs, armés de leurs faisceaux, cita l'archevêque à comparaître de-
' ilcxuem., Itflmii. 9. et 3. ,
••^ lipist. 28'.i.
vanl lui. Basile se présenta dans une altitude ferme et tranquille. Modeste commença par des paroles insinuantes; ce moyen n'ayant pas réussi, il prit un air menaçant, et lui dit d'un ton de colère : « Pensez-vous, Basile, pouvoir vous opposer à un si grand empereur, aux ordres duquel tout le monde obéit? ne craignezvous pas de ressentir les effets de la puissance dont nous sommes armés?
Basile. A quoi peut s'étendre cette puissance?
Modeste. A la confiscation des biens, à l'exil, aux tourments, à la mort.
Basile. Menacez-moi de quelque autre chose, car rien de tout cela ne fait impression sur moi.
Modeste. Que dites-vous?
Basile. Je dis que celui qui n'a rien estàcouvertde la confiscation ; je n'ai que quelques livres et les haillons que je porte ; je n'imagine pas que vous soyez jaloux de me les enlever.
Modeste. Mais l'exil?
Basile. 11 ne vous sera pas facile de m'y condamner ; toute la terre est pour moi un exil ; le ciel seul est ma patrie.
Modeste. Eh bien ! craignez les tourments.
Basile. Je les crains peu ; mon corps est dans un tel état de maigreur et de faiblesse, qu'il ne pourra les souffrir longtemps ; le premier coup terminera ma vie et mes peines.
Modeste. Et la mort?
Basile. Je la crains encore moins ; elle est pour
moi une faveur, puisqu'elle doit me réunir au Dieu pour qui seul je vis.
Modeste. Jamais personne ne m'a parlé de la sorte.
Basile. C'est sans doute que vous n'avez jamais rencontré d'évèque.
Modeste. Je vous donne jusqu'à demain pour délibérer sur lé parti que vous avez à prendre.
Basile. Ce délai est inutile; je serai demain ce que je suis aujourd'hui ^))
Le préfet, déconcerté, s'en alla trouver l'empereur, en lui disant : «Nous sommes vaincus; cet homme est au-dessus des menaces.» Valens le laissa donc tranquille pour quelque temps ; plus lard, il voulut signer contre le Saint une sentence d'exil ; mais trois fois le roseau dont on servait alors pour écrire se brisa entre ses doigts. Saisi de frayeur, le prince déchira le papier, et laissa l'archevêque en paix.
Cependant le Saint vit arriver le moment où ses Iravaux allaient être couronnés; il mourut le 1" janvier 379, après avoir dit : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. » Il était figé de cinquante et un ans.
Ce grand homme avait un tel amour pour la pauvreté, qu'il ne laissa pas de quoi se faire faire une tombe en pierre ; mais ses diocésains, non contents de lui élever dans leur cœur un monument durable, l'honorèrent encore par de magniûques funérailles. Les gémissements et les soupirs étouffaient le chant des psaumes. Les
•iS. Greg. Nysscn., in Etinom., lib. 1, p. 313.
DE PERsr. VÉRANCE. 561
Païens el les Juifs pleuraieiil avtîc; les Chrétiens ; lous déploraient la mort de Basile, qu'ils regardaient comme leur père commun et comme le plus célèbre docteur du monde'.
PRIÈRK.
0 mon Dieu! qui éîes tout amour, je vous remercie d'avoir suscité tant de saints docteurs pour confondre l'hérésie el défendre noire foi; accordez-nous la grâce
' Les ouvrages de saint Basile sont :
1" \.' Hexaëmeron, ou Texplication de l'ouvrage des six jours, ea liL'uf homélies. Cet ouvrage est un chef-d'œuvre ; la science, l'élo(|i;ence, les grands aperçus di^génie, la piété d'un saint, se réunissent dans cet immortel ouvrage. Le Saint n'ayant pu y mettre la dernière main, son irère, saint Grégoire de Nysse, compléta l'ouvrage du saint archevêque. U est rapporté que les savants et le peuple accouraient en fouie pour entendre le grand docteur expli(iuant les merveilles de la création. Les plus simples le comprenaieat, les plus savants l'admiraient (Saint Grégoire de Nysse, Hexaëin., p. 3) ;
2° Unit homélies sur les psaumes ;
3" Cinq livres contre Eunomius. C'est une réfutation de l'arianisme. Elle fut écrite contre l'apologie de cette hérésie faite par Funomius;
4° Fingt-quatre homélies sur la morale, et les fêtes des martyrs ;
6° Les Ascétiques, destinés à donner les règles de la milice sacrée, c'est-à-dire de la guerre que nous avons à soutenir contre les ennemis de notre salut;
6" Le Liire du Saint-Esprit, où la divinité du Saint-Esprit est étahlic ;
7" Des lettres, véritables modèles de style épistolaire, au nombre de 336.
Tous les éloges donnés plus haut au style, à l'élocpience, au savoir de saint Grégoire de Nazianze, sont dus à son illustre.ami.
On donne en ce moment, à Paris, une magnifique édition de saint liasilc^ par les soins des frères Gaume, libraires.
d'imiter le détachemenl, la mortification et l'amour de la prière de saint Grégoire et de saint Basile, la foi de saint Hilaire, et la charité de saint Martin.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toule chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je îi'aurai jamais que des amis vertueux.
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME CONSERVÉ ET PROPAGÉ
(4' siècle.)
Q. Qui était saint Hilaire?
R. Saint Hilaire était évêque de Poitiers. Pendant que saint Athanase soutenait l'Eglise d'Orient contre i'Arianisme, saint Hilaire fut suscité de Dieu pour soutenir l'Eglise d'Occident et la préserver de cette funeste hérésie. Le saint évéque ont beaucoup à souffrir pour la foi; mais il confondit les hérétiques et par sa fermeté et par les livres qu'il publia contre eux : il laissa plusieurs disciples.
Q. Quel était le plus illustre"?
R. Le plus illustre des disciples de saint Hilaire fut le grand saint Martin. Fils d'un Iribun des soldats, Martin se vil obligé d'entrer dans la carrière militaire ; mais il sut y pratiquer toutes les vertus. Sa charité pour les pauvres était surtout remarquée. Ln jour d'hi-
DE PERSIÎVÉRANCE. 563
ver, il rencontra à la porte de la ville d'Amiens un pauvre transi de froid ; Martin coupa son manteau et lui en donna la moitié. La nuit suivante, Noire-Seigneur lui apparut vêtu de cette moitié de manteau, et disant aux anges qui l'environnaient : « C'est Martin, encore catéchumène, qui m'a revêtu de cet habit. » Le Saint quitta le service et fut baptisé. Il s'attacha à saint Hilaire ; il fonda le premier monastère qu'on connaisse dans les Gaules, et fut élevé à l'archevêché de Tours. Martin fut l'apôtre des Gaules; il convertit un grand nombre de Païens, et dédommagea l'Eglise des enfants que l'Arianisme lui avait fait perdre. Il mourut dans un âge très-avancé, couché sur la cendre et le cilice.
Q. Que se passait-il en Orient?
R. Pendant que saint Hilaire défendait la Religion en Occident et que saint Martin la propageait, l'empereur Julien l'Apostat essayait de rétablir le Paganisme en Orient. Pour ruiner la rejigion d'un seul coup, il entreprit de donner un démenti à Notre-Seigneur en rebâtissant le temple de Jérusalem. Tous les Juifs accoururent ; un ami intime de Julien dirigeait les travaux. On démolit ce qui restait des anciennes fondations; mais quand on voulut poser la première pierre du nouveau temple, des tourbillons de llammes sortirent de la terre et forcèrent les ouvriers à s'enfuir. Elles en consumèrent un grand nombre. On voulut recommencer plusieurs fois, mais toujours de nouveaux tourbillons de flammes empêchèrent les Ira-
5ft4 CATÉCHISME
vaux; à la fin on fut forcé de les abandonner. Julien jura de se venger de Notre -Seigneur en détruisant la Religion. Il remit à la persécuter à son retour d'une guerre qu'il avait entreprise contre les Perses; mais, dans la première bataille, cet impie fut mortellement blessé. Alors, écumant de rage, il prit dans sa main du sang de sa blessure, et le jeta contre le ciel, encriant : « Tu as vaincu, Galiléen. » C'est ainsi qu'il appelait Notre-Seigneur. Cette parole fut le dernier cri du Paganisme expirant.
Q. Comment Dieu soutint-il son Eglise?
R. Dieu soutint son Eglise d'abord en confondant Julien l'Apostat, ensuite en suscitant de grands docleurs qui le combattaient par leurs écrits, ainsi que l'Arianisme, dont les ravages s'étendaient de jour en jour. Parmi ces grands docteurs, il faut compter sainlGrégoire de Nazianze et saint Basile le Grand.
Q. Qui était saint Grégoire de .Nazianze?
R. Saint Grégoire de Nazianze est un grand docleur que Dieu a suscité pour combattre Julien l'Apostat et pour défendre l'Eglise contre les Ariens. Ce saint naquit à Nazianze, ville de Cappadoce. 11 répondit parfaitement aux soins de ses parents pour le former à la verlu. Envoyé à Athènes pour y étudier, il se lia d'une étroite amitié avec saint Basile. Ils ne connaissaient que deuv rues, celle qui conduisait à l'église et celle qui conduisait aux écoles publiques. Grégoire fut élu archevO(pie de Conslanlinople. il eut beaucoup à souffrir de la jinrl «les hérétiques. Vers la fin de sa
m: PERSÉVÉRANCE. 5(55
vie, il se retira dans la solitude, où il composa de beaux ouvrages, qui sont la gloire et le trésor de l'Eglise.
Q. Qui était saint Basile?
K. Saint Basile, l'ami de saint Grégoire, naquit à Césarée en Cappadoce, d'une famille plus illustre encore par sa sainteté que par sa noblesse. Saint Basile, parvenu à l'âge mûr, se retira dans la solitude pour se perfectionner dans la vertu. Il fonda plusieurs monastères, tant pour les hommes que pour les femmes, et leur donna de sages règlements. Il est regardé comme un des patriarches des ordres religieux. On en compte quatre, deux pour l'orient et le midi, saint Basile et saint Augustin, deux pour le nord elle couchant, saint Benoît et saint François d'Assise. Le Saint ac epla, malgré lui, l'archevêché de Césarée. Il fut une des colonnes de TEglise contre TArianisme; il résista à lempereur Valens et méprisa toutes ses menaces. Le Saint mourut à l'âge de cinquante et un ans. Il était si pauvre, qu'il ne laissa pas de quoi se faire faire une tombe en pierre.
PRIÈRE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir suscité tant de saints docteurs pour confondre l'hérésie et pour défendre notre foi; accordez-nous la grâce d'imiter le détachement, la mortification et l'amour de la prière de saint Grégoire et de saint Basile, In foi (le saint Hilairc et la charité de saint Martin.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus loule
chose, el mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; el, en témoignage de cet amour, je n'aurai jamais que des amis vertueux.
XXIir LEÇON.
LE CHRISTIANISME CONSERVÉ ET PROPAGÉ
(4« et b' siècle.)
Expiation des désordres causés par le schisme et l'hérésie. — L'Eglise consolée. — Saint Hilarion. — Nouvelle attaque. — Hérésie des Macédoniens. — Défense, concile général de Constantinople.— r Nouveaux défenseurs de la vérité, saint Ambroise, — saint Augustin.
Le propre de l'erreur, c'est la division et rinconslance. De la secte Arienne naquirent un grand nombre d'autres hérésies, puis des schismes et des divisions funestes. Tandis que les docteurs de l'Eglise combattaient l'erreur par leurs discours et par leurs écrits, des anges de paix, des victimes d'expiation, priaient dans le désert et se livraient à toutes les austérités de la pénitence, afin d'obtenir la victoire à leurs frères et de réparer les scandales et les désordres sans nombre causés par le schisme et l'hérésie. Quittons le champ de bataille où combattent nos illustres Pères saint Cyrille *, patriarche de Jé-
' Saint Cyrille nous a laissé d'excellentes instructions adressées aux catéchumènes, soit avant, soit après le baptême : les premières portent simplement le nom de Catéchèses; elles sont au nombre de dix-huit. On y trouve les plus intéressants détails sur l'excellence Hu baptême, le symbole, le signe de la croix, la virginité, le
rusalem, Laclance, sainlEphrem, diacre d'Edesse, saint Eusèbe de Verceil, saint Pacien, évéque de Barcelone ', et d'autres encore que le temps ne nous permet pas de nommer; dirigeons nos pas vers ces climats d'Orient, où nous avons déjà vu de si grandes merveilles. Yoyez dans le fond du désert cette cabane isolée; c'est celle d'Hilarion.
Hilarion, le héros de la pénitence, naquit dans la petite ville de Tabathe en Palestine. Ses parents étaient idolâtres. Envoyé fort jeune à Alexandrie pour étudier les lettres humaines, il donna des preuves éclatantes d'un esprit supérieur ot surtout d'une pureté de mœurs angélique. 11 eu( le bonheur de connaître et d'embrasser la Religion chrétienne. Devenu tout à coup un homme nouveau, il n'eut plus de goût que pour les
jeûne, la prière, la discipline du secrc.% ou l'obligation de ne pas révéler nos saints mystères aux profanes. Les secondes sont appelées Catéchèses mystagoqiques, c'est-à-dire qui introduisent dans le secretdes mystères : elles sont au nombre de cinq, et furent préchéesà Jérusalem, pendant la semaine de Pâques, après le baptême des catéchumènes ; les autres avaient été prcchccs durant le carême de la même année 347. Dans les Catéchèses mystagogiques, le Saint s'attache principalement à expliquer la nature et les effets du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie, qu'on recevait alors le même jour. La cinquième est on ne peut plus intéressante, parce qu'elle contient la liturgie telle qu'elle était en usage du temps de saint Cyrille, et nous apprend de quelle manière IcsCliréliens comuiuniaient. Grandcolas, docteur en théologie de la Faculté de Paris, a donné une traduction française des Catéchèses, Paris, 171,"), în-4".
• C'est d.iti.s une de ses lettres à Syivproniiis contre les hérésies qu'il dit ce lieau mol : Chrétien est mon nom, Catlioliipic est mon surnom; Tnn me distingti'-, l'aufre me désigne.
saintes assemblées des fidèles. La renommée de saint Antoine, si célèbre dans toute l'Egypte, parvint à ses oreilles ; il conçut aussitôt le dessein de l'aller visiter dans son désert. Touché de ses exemples, il changea d'habits et se mit à imiter sou genre de vie, sa ferveur dans la prière, son humilité dans la réception des frères, sa persévérance dans les austérités et ses autres vertus.
Toutefois, craignant d'être distrait par cette foule de personnes qui venaient trouver saint Antoine, soit pour être guéries de leurs infirmités, soit pour être délivrées du démon, il retourna dans son pays. Comme la mort lui avait enlevé son père et sa mère, il donna une partie de ses biens à ses frères et l'autre aux pauvres; il se retira ensuite dans un désert situé entre la mer d'un côté, et de vastes marais de l'autre. On lui représenta inutilement que ce lieu était infesté par les voleurs : toute sa réponse fut qu'il ne craignait que la mort éternelle. Quand il donna ce grand exemple de détachement et de courage, Hilarion n'avait que quinze ans. Sa santé était si faible et si délicate, que le moindre excès de chaud ou de froid faisait sur lui la plus vive impression ; il n'avait cependant d'autre vêtement qu'un sac, une tunique de peau que lui avait donnée saint Antoine, et un manteau fort court.
Arrivé dans son désert, il s'interdit l'usage du pain. Pendant six ans, il n'eut chaque jour pour toute nourriture que quinze figues, qu'il mangeait au coucher du soleil. Lorsqu'il éprouvait quelque tcntalion de la chair.
il entrait dans une sainte colère contre lui-même; il se frappait rudement la poitrine, et disait à son corps, qu'il traitait comme un cheval rebelle : « Je t'empêcherai bien de regimber; je te nourrirai de paille, au lieu de pain; je te chargerai et le fatiguerai tellement, que tu ne chercheras plus qu'à manger sans songer au plaisir. »
Il savait par cœur une grande partie de l'Ecriture sainte ; il la récitait en travaillant; il creusait ou labourait la terre ; ou bien, à l'exemple des solitaires d'Egypte, il faisait des corbeilles pour se procurer ce qui lui était nécessaire. Ce puissant athlète eut à soutenir de la part du démon les plus rudes assauts ; il en sortit victorieux par le secours de la prière et de la mortification. A l'flge de vingt et un ans, il se condamna à ne manger par jour qu'une poignée d'herbes trempées dans l'eau froide ; les trois années suivantes, du pain desséché, du sel et de l'eau firent toute sa nourriture. A quatre-vingts ans, il se réduisit à quatre onces de nourriture, encore ne mangeait-il jamais qu'au coucher du soleil. Saint Jérôme fait là-dessus de sages réflexions, sur la lâcheté des Chrétiens qui allèguent la vieillesse pour se dispenser de faire pénitence.
Tant de vertus furent récompensées par le don des miracles. Pour fuir sa réputation, qui s'étendait de jour en jour, Hilarion quitta son désert et vint visiter les lieux qu'avait habités saint Antoine. Rempli d'une nouvelle ferveur, il se retira avec deux de ses disciples dans une solitude aiïreuse ou le bruit de ses miracles
le fit encore découvrir. Enfin il s'embarqua pour l'île de Chypre. Là, retiré dans un lieu tout à fait inconnu, il retraça, autant que le peut un homme mortel, la vie des bienheureux dans le ciel. Parvenu à l'âge de quatre-vingts ans, le vénérable vieillard écrivit de sa propre main son testamenl, dans lequel il léguait à Hésychius, son disciple, toutes ses richesses; elles consistaient en un livre des Evangiles, un cilice et un manteau. Une famille de pieux Chrétiens, informée que le Saint était près de mourir, accourut comme pour recevoir son dernier soupir. Il lui fit promettre qu'aussitôt qu'il serait expiré on enterrerait son corps comme il était vêtu, avec sa haire et sa cape. Il était si faible, qu'on ne s'apercevait plus qu'il vivait que parla présence d'esprit qu'il conservait tout entière. On lui entendit répéter ces paroles, qui furent les dernières : «Sors, mon âme, que crains-tu? sors, mon âme, de quoi as-tu peur? Il y a près de soixante-dix ans que lu sers Jésus Christ ; peux-tu craindre la mort? » En achevant ces mots, il rendit l'esprit. Ce fut l'an de Noire-Seigneur 371.
Au nom glorieux d'Hilarion viennent se joindre des noms également célèbres dans l'histoire du quatrième siècle : saint Pacôrae, abbé de Tabenne; saint Abraham, saint Théodore, saint Julien, la fleur des déserts de Mésopotamie; saint Pambon» abbé de Nitrie; les deux Macaire, et tant d'autres dont le monde n'était pas digne. Durant celle grande lutte de l'erreur contre la vérité, et du scandale contre la verlu, le désert mit dans la balance divine les prières et les expiations de ses angéliques habitanls, et l'Eglise l'emporta
Elle venait de respirer un instant sous l'empereur Jovien, lorsqu'un cri de guerre se fit entendre. Un nouvel hérésiarque venait de s'attaquer à l'une des bases de l'édifice sacré : Macédonius niait la divinité du Saint- Esprit. Une vigilante sentinelle, Athanase, qui vivait encore, poussa le cri d'alarme, et réfuta victorieusement la nouvelle hérésie. Néanmoins le mal gagnait de proche en proche : Athanase venait de mourir. A la sollicitation des évéques, Théodose le Grand convoqua un concile à Constantinople, et ne se montra pas moins magnifique que Constantin ne l'avait été pour les Pères de Mcée. Ues évéques s'y trouvèrent au nombre de cent cinquante. On essaya d'abord de ramener les Macédoniens ; mais ils demeurèrent opiniâtres dans leurs sentiments; ils se retirèrent même du concile, qui alors les traita comme des hérétiques déclarés.
En confirmant le symbole de Nicéc. les Pères de Constantinople ajoutèrent seulement quelques paroles pour expliquer .davantage le mystère de l'incarnation et la divinité du Saint-Esprit. En parlant de lincarnation, le symbole de Nicée disait seulement : « 11 est descendu des cieux, s'est incarné, s'est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et il viendra juger les vivants et les moils. » Le symbole de Constantinople dit : « 11 est descendu des cieux, s'est incarné par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, et s'est fait homme ; a souffert, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, suivant les Ecritures, est monté aux cieux, est assis h la droite du
Père, et il viendra de nouveau juger avec majesté les vivants et les morts, el son règne n'aura point de fin. »
Touchant la troisième personne de la sainte Trinité, le symbole de Nicée n'exprimait la foi que par ces mots : Nous croyons au Saint-Esprit ; celui de Conslanlinople ajoute, à cause des Macédoniens : « Nous croyons au Saint-Esprit, qui est aussi Seigneur et viinficateiir, qui procède du Père; qui, avec le Père et le Fils, reçoit les mêmes adorations et une même gloire; qui a parlé par les Prophètes. »
L'empereur Théodose reçut cette décision comme sortie de la bouche de Dieu même; il fit une loi pour ordonner l'exécution de tout ce qui avait été réglé dans le concile. Tenu en 381, ce cor.cile fut approuvé par le souverain pontife, et il est le second œcuménique *.
Vaincue à Nicée et àConstanlinople, l'hérésie d'Arius et de Macédonius, semblable à ces monstrueux serpents d'Afrique qui joignent la ruse à la force, essaya de se montrer encore sous différents noms et sous différentes formes, tantôt employant l'artifice et tantôt la violence, pour enlever les brebis du Sauveur. Mais le divin berger, qui veille nuit et jour à la garde de son troupeau, suscita de nouveaux défenseurs, devant qui le crime el l'hérésie, armés de la puissance impériale, furent obligés de prendre la fuite. De ce nombre fut saint Ambroise, archevêque de Milan.
Ce grand docteur naquit dans les (iaules vers l'an 340. Il comptait parmi ses aïeux des consuls et des préfets
' FiPury, t. i, I 18.
de l'Empire. Son père, gouverneur des Gaules, de l'Anglelerre. de l'Espagne et d'une partie de l'Afrique, le laissa en mourant à une mère qui cultiva avec soin son cœur et son esprit. Après avoir fait ses études à Rome, Ambroise vint à Milan avec son frère Satyre, et tous deux suivirent la carrière du barreau. Leur unique sœur, nommée Marceline, reçut le voile des mains du pape Libère.
La réputation d' Ambroise s'étendit bientôt, et les hommes les plus éminents recherchèrent son amitié. De ce nombre fut Probus, préfet de l'Italie. 11 nomma Ambroise gouverneur de la Ligurie et de l'Emilie, c'est-à-dire de tout le pays qui comprend aujourd'hui les archevêchés de Milan, de Turin, de Gènes, de Ravenne et de Bologne, avec les diocèses qui dépendent de ces métropoles. En le quittant, Probus lui dit : « Allez, et agissez plus en évéque qu'en juge. » Ambroise, fidèle à ce conseil, qui s'accordait d'ailleurs avec son caractère, se fit admirer par sa probité, sa vigilance et sa doufeur. Au resto. la recommandation de Probus fut comme une prédiction de ce qui arriva bientôt.
Auxence, Arien furieux, qui avait usurpé le siège de Milan, vint k mourir. Pendant près de vingt ans que dura son intrusion, il persécuta les Catholiques avec autant de violence que de malice. Lorsqu'il fut question d'élire un nouvel évéque, la ville se divi.sa en deux partis : les uns demandaient un Arien, les autres un Catholique. Une sédition eut lieu. Ambroise vint pour l'apaiser. 11 se rendit à l'église où se tenait l'assemblée.
Il fit un discours rempli de sagesse et de modération. Pendant qu'il parlait, un enfant s'écria : Ambroise évêque ! Le tumulte cessa sur-le-champ ; Catholiques et Ariens se réunirent et proclamèrent unanimement le gouverneur évêque de Milan. Ambroise voulut en vain se soustraire à cet honneur en prenant la fuite ; s'étant égaré, il se retrouva le lendemain aux portes de Milan.
Ambroise n'était que catéchumène; on le baptisa, on l'ordonna prêtre, el il fut sacré évêque le 4 décembre 372. Placé sur la chaire épiscopale, il ne se regarda plus comme un homme de ce monde. Pour rompre les derniers liens qui pouvaient l'y attacher, il distribua ce qu'il avait d'or et d'argent à l'Eglise et aux pauvres, en réservant toutefois une renie à vie pour la subsistance de sa sœur Marceline. Ambroise se livra tout entier au soin de son troupeau et à la composition des précieux ouvrages dont il a enrichi l'Eglise.
Les Goths, s'étant jetés sur les terres de l'Empire, avaient pénétré jusqu'aux Alpes. Ambroise employa des sommes considérables pour racheter les captifs; il destina même à cette bonne œuvre les vases d'or de l'église, qui furent rompus et vendus. Les Ariens lui firent des reproches à ce sujet ; mais il leur répondit qu'il valait mieux sauver des âmes que de garder de l'or. Ces hérétiques, n'ayant plus d'église à Milan, excitèrent l'impératrice Jusline h se déclarer contre le saint archevêque. Ils y réussirent. Cette princesse, arienne zélée, lui envoya demander, aux approches de Pâques de l'année 385, la basilique Porcienne, afin
que les Ariens y flssent le service divin pour elle et pour plusieurs officiers de la cour.
Ambroise, qui savait que l'audace des sectaires croît à mesure du peu de résistance qu'on leur oppose, tint ferme, et répondit qu'il ne livrerait jamais le temple de Dieu à ses ennemis. L'impératrice, l'empereur luimême, eurent beau le menacer, le saint archevêque n'accorda rien. Il eut néanmoins beaucoup à soufl'rir dans cette occasion ; mais il se vengea comme les saints savent le faire. Il se dévoua pour empêcher les mauvais desseins du tyran Maxime contre l'Italie, et donna ainsi une grande preuve d'attachement à ses perséculeurs.
Peu après la pacification de l'Eglise de Milan, l'empereur Théodose tomba dans une faute qui fil couler bien des larmes. La ville de ïhessalonique s'était révoltée contre son gouverneur, qui fut tué dans une sédition. Théodose, pour venger sa mort, fit massacrer sept mille habitants de cette malheureuse ville. La nouvelle de cette barbarie déchira le cœur d'Ambroise. L'empereur s'étant présenté pour entrer à l'église, Ambroise alla au devant de lui sous le vestibule : «Arrêtez, prince, lui dit-il, vous ne sentez point l'énormilé de votre péché. L'éclat de la pourpre ne doit point vous faire oublier que vous êtes mortel, que vous êtes pétri du môme limon que vos sujets. Il n'y a qu'un Seigneur, qu'un Maître du monde. Avec quels yeux regarderezvous son temple ? avec quels pieds foulerez-vous sou sanctuaire? Oserez-vons, en priant, lever vers lui ces mains encore teintes d'un sang injustement répandu ? Reli-
DE PEKSKVKRANCE. 577
rez-vous donc, et n'ajoutez pas le sacrilège à tant d'homicides. »
Le prince ayant dit pour s'excuser que David avait péché : « Vous l'avez imité dans son péché, lui répondit Ambroise; imitez-le dans sa pénitence. » Théodose se soumit et accepta la pénitence canonique qui lui fut imposée. Il retourna dans son palais en soupirant ; il y demeura huit mois entièrement occupé des exercices propres aux pénitents publics. Aux approches de la fête de Noël, il sentit redoubler sa douleur. « Quoi ! disait-il, le temple du Seigneur est ouvert aux derniers de mes sujets, et l'entrée m'en est interdite ! » Il se rendit non à l'église, mais dans une salle voisine, où Ambroise lui dit de se placer parmi les pénitents publics. Théodose accepta la condition. Pour le corriger efficacement, le saint évêque exigea encore qu'il fît une loi pour suspendre pendant trente jours l'exécution des sentences de mort. Théodose à l'instant fit écrire la loi, la signa, et promit de l'observer. Alors saint Ambroise, touché de sa docilité et de l'ardeur de sa foi, leva l'excommunication et lui permit l'entrée de l'église.
Théodose, prosterné, baignant la terre de ses pleurs, se frappait la poitrine en prononçant à haute voix ces paroles de David : « Mon âme est demeurée attachée contre terre ; Seigneur, rendez-moi la vie selon votre promesse. » Tout le peuple, pénétré d'un si grand exemple, l'accompagnait de ses prières et de ses larmes. Cette majesté souveraine, dont l'impétueuse
T. V. ài
cftl^ç, ?»vait fsiil Ireiftliler tçul TEinpire, n'iospirjiit plus alors que des sentiments de compassion et de douleur. Exemple également admirable de la part du Saint et de la part de l'empereur, qui apprend m^ évêques que la foi et le zèle pur ont plus 4e force que le trône et le sceptre, çt qui aveulit les princes de la terre que leur véritable grandeur consiste à s'Uumilier devant le Roi des rois.
Le saint archevêque mourut la nuit du vendredi au samedi saint, 4 avril 395, dans la cinquantième année de son âge. L'antiquité lui a assigné la première place parmi les quatre grands docteurs de l'Eglise latine. Visiblement suscité de Dieu pour la défense de l'Eglise, ce saint docteur composa un grand nombre d'e\cellents ouvrages. Il y a peu die vérités importantes de la Religion qui ne s'y trouvent solidement établies et développées avec netteté ; ce qui les a fait ranger, aussitôt qu'ils ont été rendus publics, au nombre des livres que l'Eglise consulte dans les matières de foi^
• Les principaux ouvrages de saint Àinbroise sont :
!• VHexameron, ou traité sur les six jours dçla création. SfMAt Ambroise a suivi en partie saint Basile;
2° Le livre sur Noé et sur Parche. Noé est représenté coiame un modèle de vertus pour tous les hommes ;
3» Le livre du Bien de la mort. Le Saint y montre que la mort n'est point un mal ;
4" Les livres U'Abel, d'Isaoc et de Joseph, où sont peinte» le» ▼crtus de ces saints patriarches;
ô° Le livre des liénédictinns des patriarches, oii\e Saint traite de l'ohcissaDce et de la rcoo^onaissance ((ue les enfants. doive»! à l£UJr& pères et mères ;
6° Le livre d' Elle et du Jeûne, où il montre l'cfricacité du jeûne ;
En descendant au tombeau, Ambroise ferma pour ainsi dire le brillant cortège de tant d'hommes illustres qui avaient éclairé, défendu, édifié l'Église pendant le quatrième siècle. Mais, plus heureux que bien d'autres, le grand docteur se survécut à lui-même dans son incomparable disciple saint Augustin. Quand Ambroise n'aurait d'autre litre au souvenir de la postérité que d'avoir conquis Augustin à l'Église, c'en serait assez pour lui assurer la reconnaissance des siècles.
Celle nouvelle lumière de l'Église, ce fléau des hérésies, ce génie le plus vaste et le plus varié, cet espril le plus subtil et le plus pénétrant, ce cœur le plus aimant et le plus tendre qui ait peut-être jamais paru sur la terre, cet homme dont le nom seul est un éloge, Augustin, naquit à Tagaste, en Afrique, l'an 35i. Patrice, gon père, était païen. Sa mère fut sainte Mx^nique, la gloire de son sexe et le modèle toujours vivant des mères et des épouses chrétiennes *,
Pans sa jeunesse, Augustin suivit avec impétuosité
70 Les Offices des ministres, où le Saiot apprend aux prétr«a k (leTenir des bommes de Dieu ;
8° Le livre des Vierges et de la Virginité ;
V^ Les trois livres du Saint-Esprit et de l'Incarnation, où sont parfaitement réfutées les hérésies des Ariens et des Macëdottien» ;
10° Des Lettres très-intéressantes, au nombre de 91 ;
11' Les livres sur la Mort de Satyre, son frère ;
12' Des Hymnes et Chants, et le Te Deum qu'on lui attribue ainsi qu'à saint Augustin.
Les Bénédictins ont donné une belle édition de saint Ambroise. Paris, 1 686-1 C90, 2 vol. in-fol.
' Voyez sa vie dans Godescard, t. ô, p. 476. Elle devrait être le niNnuel de toutes les personnes engagées dans le mariage.
tous les désirs d'un cœur corrompu. Il donna dans le liberlinage et dans les erreurs des Manichéens. Sa pieuse mère néanmoins l'avait instruit des mystères de la religion chrétienne, et lui avait appris à prier. Autant qu'il lui fut possible, elle ne le quitta pas : elle se découragea encore moins. Elle le suivit en Italie où Augustin vint professer la rhétorique. Il exerça celte fonction à Rome et à 3Iilan, Saint Ambroise était alors évéque de cette ville. Augustin, touché de ses discours et des larmes de Monique, sa mère, pensa sérieusement à quitter le dérèglement et le manichéisme. S'étant fait instruire, il fut baptisé à Milan, à la Pâque de l'an 387, dans la trente-deuxième année de son dge. Augustin combattait encore pour quitter sa chaire de professeur; mais Dieu, qui le voulait tout à lui, brisa ce dernier lien.
Un seigneur d'Afrique, nommé Pontitien, vint rendre visite à Augustin et à son ami Alipius. 11 trouva sur leur table les épîtres de saint Paul, et prit de là occasion de leur raconter la vie de saint Antoine, père du désert, et de quelques autres serviteurs de Dieu. Le récit de Pontitien toucha singulièrement Augustin; il vit, comme dans un miroir, sa honte et sa confusion, et il se faisait horreur à lui-même. Pontitien ne fut pas plutôt parti, qu'il adressa ces paroles à Alipius : « Comment pouvonsnous souffrir que des ignorants s'élèvent et emportent le ciel, tandis qu'avec toute notre science nous sommes sans cœur et croupissons dans la chair et le sang? Rougirons-nous de les suivre parce qu'ils nous précèdent? Le comble de la honte, ne serait-ce pas de ne vouloir pas même les suivre ? »
Il se leva ensuite et descendit dans le jardin. Alipius l'y suivit. Augustin, s'étant un peu éloigné, se jeta par terre sous un figuier, et donna un libre cours à ses larmes : « Jusques à quand, Seigneur, s'écria-t-il, jusques à quand serez-vous irrité contre moi? Ne vous souvenez plus de mes iniquités passées. » Sentant cette volonté de fer, celte volonté perverse qui le retenait encore, il poussait de profonds soupirs, il se faisait à lui-même le reproche suivant : « Jusques à quand dirai-je : Demain, demain? Pourquoi pas aujourd'hui? pourquoi, dès ce moment, ne mettrais-je pas fin à mes infamies ? »
Tandis qu'il parlait de la sorte en pleurant, il entendit comme une voix d'enfant qui disait en chantant : Prenez et lisez, prenez et lisez. S'étant retourné, il ne vit personne. Mais il se rappela que saint Antoine s'était converti en entendant lire un passage de l'Évangile. 11 retourna donc promptement à l'endroit où se tenait Alipius et où il avait laissé les épîtres de saint Paul. Il prit le livre, l'ouvrit et lut tout basées premières paroles qui lui tombèrent sous les yeux : « Ne passez pas votre vie dans les festins et l'ivrognerie, ni dans la débauche et l'impureté, ni dans un esprit d'avarice et de contention; mais revêtez -vous de notre Seigneur Jésus-Christ, et gardez-vous de satisfaire les désirs de la chair'.
Il n'en voulut pas davantage. 11 se leva, vint trouver Alipius, le cœur calme et le visage serein. Tous deux allèrent raconter à sainte Monique ce qui venait de se passer. Cette sainte dame en fut transportée de joie.
* Rom., XIII, 18.
582 CAIÉCHISMK
Augustin parlit bientôt pour l'Afrique ; mais, arrivé au port d'Ostie, il perdit sa vertueuse raère. Rien n'est plui «édifiant que Ses dernières pafolés à Son fils Augustin : « Mon filg, lui dit-elle, il n'y a plus rien dans celle vie qui puisse me loucher ; que ferois-je ici plus longtemps ? Tous mes vceux êùtii accomplis. Je ne souhaitais la prolongation de mes jours que pouf vous voif catholique et enfant du ciel. Dieu a fait encore plus que je n'avais désiré, puisque je vous vois entièrement consacré à son service, et plein de mépris pour tous les avantagés auxquels vous auriez pu prétendre dans le monde. Qui pourrait donc me retenir ici plus longtemps? #
Cette grande sainte avait prié pendant dii-sepl àftS pour obtenir la conversion de son lils et de son mari. Un jour, dans sa douleur^ elle confia ses peines à un saint évéque, qui l'encouragea par ces mémorables paroles : « Non, le fils de tant de larmes ne saurait périr. » Kn effet, elle obtint tout ensemble la conversion de son mari et de son fils. Grand exemple pour tant de mèrea et d'épouses chrétiennes de nos jours! Qu'elles soient des Monique, et les maris et les fils deviendront d'autres Patrice et d'autres Augustin. Augustin fut inconsolable de la mort de sa sainte mère. Il la pleura longtemps et ne cessa de prier pour elle ••
De retour en Afrique, Augustin se retira à la campagne , où il se consacra au jeûne el ft la prière, ei forma une communauté rtvec quelques-uns de ses amis. L'ordre des ermite» de Saint * AuguêUn date de lô son
• Conf., 1. 9, c. 12.
DE Pfe&SÉVÉRANCE. oS3
ôrifitie. Augustin fonda aussi d'autres tilotiastères, et devint, par les sages règlements qu'il leur donna, le second patriarche des ordres religieux. Peu de temps après, étant venu dans la ville d'HIppone, les fidèles se saisirent de lui, et, le présentant àValère, leurévêquë, ils lui demandèrent à grands cris qu'il lui imposât les maiiis. Augustin fondait en larmes à la vue du danger qui accompagne les fonctions du sacerdoce ; mais il fut obligé de céder, et il reçut la prêtrise Vers la fin de l'année 390.
Valère lui permit, par un privilège singulier et iticonnu jusqu'alors en Afrique, d'annoncer la parole de Dieu; ce droit était réservé exclusivement aux évêques. Du reste, jamais l'Eglise n'avait eu un besoin plus pressant de défenseur.
Le schisme et l'hérésie ravageaient l'Afrique. D'un côté, l'évéque Donat et quelques autres, refusant de reconnaître pour légitime l'ordination de Cécilien, éVêque de Carthage^ quoiqu'elle fût approuvée et confirmée par le pape, formèrent un schisme déplorable qtii dura bien des années, et qui traîna à sa suite des ti-oiibles, des violences, des meurtres, des crimes innombrables ; d'un autre côté, les Manichéens, secte abominable, corrompaient la doctrine et les mœurs des fidèles : les Ariens, les semi-Ariens et surtout les Pélagiens, divisés entre eux, formaient contre la vraie Eglise une ligue formidable ; enfin les Païens ne cessaient d'appeler contre les Catholiques la haine universelle, en acensanl le Christianisme d'avoir attiré sur l'Empire les
58i CAIÉCUISME
invasions multipliées des Barbares elles autres calamités qui le désolaient.
Pour faire face à tant d'ennemis, pour guérir tant de plaies, la Providence suscita un homme, mais un homme universel ; et pour qu'on ne se méprenne pas sur la certitude de sa mission, Augustin était né en Afrique le même jour où le moine Pelage, auteur du Pélagianisrae, naissait en Angleterre. Cet hérésiarque niait la nécessité de la grâce pour faire son salut.
Avant de descendre dans l'arène, le vigoureux athlète de la foi avait commencé, ainsi que nous avons vu, par s'assurer de la victoire en plaçant dans le désert de nombreux Moïse, qui priaient sur la montagne sainte, pendant que lui-même combattait dans la plaine. Il n'en faut pas douter, les religieux de saint Augustin obtinrent à leur père ces lumières, cette force, cette étendue de génie surhumain qui le firent triompher; mais surtout ils obtinrent la conversion des cœurs et le pardon des coupables par leuM expiations volontaires : touchante réversibilité que nous admirons à chaque page de l'histoire de l'Eglise !
Augustin fut sacré évêque d'Hippono en 395, au commencement de la quarante-deuxième année de son âge. Valère mourut l'année suivante. Fortifié par l'onction sainte, Augustin attaqua d'abord les Manichéens. Dans une dispute publique, il démontra si clairement la fausseté de leur doctrine, qu'un des plus célèbres d'entre eux vint abjurer l'hérésie entre les mains de son vainqueur. ]1 écrivit contre eux difl'érents ouvrages qui
DE PERSÉVÉRAKCE. 585
(ionuèrenl li; dernier coup à celle secle abominable. Vinrent ensuite les Ariens, dont il démasqua la mauvaise foi et l'ignorance dans divers traités dignes de son étonnant génie. Les Pélagiens eurent leur tour; c'est contre eux surtout qu'il combattit le plus longtemps. Les confondre était, à ce qu'il semble, le but principal de sa mission; il s'en acquitta si bien, que ses ouvrages ont toujours servi de règle dans l'Eglise sur les questions de la grâce ; enfin se tournant vers les Païens, il publia contre eux son immortel ouvrage intitulé de la Cité de Dieu. La philosophie, l'érudilion, la piété, une logique exacte, la Religion, tout se trouve réuni dans ce grand ouvrage ; il l'entreprit pour répondre aux plaintes des Païens, qui attribuaient les irruptions des Barbares et les malheurs de l'Empire à l'établissement de la Religion chrétienne et à la destruction des idoles.
Au milieu des soins continuels qu'il mettait à éloigner les loups de la bergerie, le vigilant, l'infatigable pasteur n'oubliait ni le salut de son troupeau, ni sa propre sanctification. C'est pour l'instruction et l'édification des Catholiques qu'il composa un grand nombre d'ouvrages sur toutes les matières de Religion ; il donna aussi l'histoire de sa vie, qu'il intitula ses Confessions. On chercherait en vain plus d'onction, de piété, d'humilité, de simplicité, de confiance en Dieu, de vérité dans le tableau des passions humaines, qu'il n'y en a dans ce livre.
Son genre de vie était celui d'un saint, et d'un saint
péniletitî il êtail véta et meubîê Simplement, mais avec décence et propreté. Il n'y avait chez lui d'autre argenterie que des cuillers ; sa vaisselle était de terre, de bois ou de marbre ; il exerçait l'hospitalité de grand cœur, mais sa table était frugale. On y trouvait des légumes avec un peu de viande pour les étrangers et les malades ; la quantité de vin y était réglée pour chaque convive. Pendant le repas, on lisait ou on s'entretenait sur quelque matière importante, afin de bannir les discours inutiles. Il avait fait écrire au-dessus de sa table deux vers dont le but était d'éloigner toute espèce de médisances. Si quelqu'unblessait la réputation du proch ain en sa présence, il l'en avertissait sur-le-champ; et, pour mieux marquer l'horreur que lui causait ce vice, il se levait tout à coup et se retirait dans sa chambre. Lorsqu'il était obligé de parler à des femmes, c'était toujours en présence de quelques-uns de ses prêtres. Ce qu'il épargnait des revenus de son Eglise était employé au soulagement des pauvres, auxquels il avait donné précédemment son patrimoine. Il lui arriva quelquefois de faire fondre une partie des vases sacrés pour racheter les captifs, et veillait soigneusement nu maintien de la pieuse coutume qui était établie de son temps, d'habiller tous les ans les pauvres de chaque paroisse.
Son zèle pour le bien spirituel de son troupeau était sans bornes. « Je ne désire point, lui disait-i!, d'être sauvé sans vous. Pourquoi suis-je dans le monde? c'est pour vivre seulement en Jésus-Christ, mais avec vous; c'est là ma passion, mon honneur, mu gloire, ma joie;
ce sonl là mes richesses, » Sa ferveur awgmentail h mesure qu'il approchait de son dernier moment. Dorant la maladie qui le conduisit au tombeau, il fit écrire les sept psaumes de la pénitence sur la muraille de sa chambre, en sorte qu'il pouvait les lire de son lit, et il ne les lisait point sans verser beaucoup de larmes. Pour n'être point interrompu dans ses exercices de piété, il défendit, environ dix jours avant sa mort, que personne entrât dans sa chambre, excepté dans le temps où les médecins venaient le voir et quand on lui apportait sa nourriture. Cette défense fut exécutée ponctuellement. Enfin il expira tranquillement le 28 août 430, à l'âge de soixante-seize ans, après quarante ans passés dans les travaux du ministère. Ce grand homme ne fît point de testament, parce qu'il n'avait rien'.
PRIÈRE
O mon Dieu ! qui êtes tout ômouf , je Vous remercie de nous avoir donné des maîtres et des modèles comme àaint Ambroise et saint Augustin ; faites-nous part de leur fermeté dans la foi et de leur profonde humilité.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'aniôttr
' Les ouvrages de saint Augustin, dont les fidèles fcraiêtit bleu de faire usage, sont: fses Confessions; 2° ses Soliloques ; 3° ses titfCS de là Cité de Dieu ; 4* ses ouvrages sur la Genèse,- etc., etc. Pour les savants, ses ouvrages sont ud6 oline ifiépuisable^ La Mieilteure édition de ses OEuvres est celle qui se publie en ce moment à
f MTis, i% f 61. grand in-i.
588 CATÉCUISME
de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je prierai souvent pour la conservation de la foi.
PETIT CATÉCHISME
LE CHRISTIANISME CONSERVÉ ET PROPAGÉ
(4« et b" siècle.)
Q. Que se passait-il sur la fin du quatrième siècle?
R. Sur la fin du quatrième siècle le schisme et l'hérésie entraînaient une multitude de crimes, de violences et de désordres. Dieu, pour les expier et obtenir la victoire à l'Eglise, suscita de grands saints qui se retirèrent dans le désert afin d'y faire pénitence pour les péchés du monde. De ce nombre fut saint Hilarion.
Q. Qui était saint Hilarion?
R. Saint Hilarion était né en Palestine, de parents idolâtres et riches. A quinze ans, il se retira dans le désert après avoir reçu le baptême : il y vécut, jusqu'à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, dans des austérités incroyables. Se sentant près de mourir, il disait à son âme : « Que crains-tu, mon âme? il y a soixante-dix ans que lu sers Jésus-Christ, pourquoi craindrais-tu de mourir? »
Q. Quelle nouvelle hérésie s'éleva en ce temps-là?
R. En ce temps-là il s'éleva une nouvelle hérésie. Macédonius en fut l'auteur; il niait la divinité du Saint-
Esprit. Noire-Seigneur vint au secours de son Eglise par le moyen du concile de Constanlinople, qui condamna l'hérétique, et ajouta quelques paroles au symbole de Nicée pour mieux expliquer la foi touchant le Saint-Esprit. C'est ce symbole que nous chantons à la messe. Ce concile est le second concile universel.
Q. Après la condamnation de Macédonius, l'Eglise fut-elle en paix?
jR. Après la condamnation de Macédonius l'Eglise ne fat pas en paix. Les sectateurs de cet hérétique, ainsi que les Ariens, troublèrent l'Eglise en répandant leurs erreurs. Mais Dieu leur opposa un grand docteur qui les confondit tous : ce fut saint Ambroise.
Q. Qui était saint Ambroise?
R. Saint Ambroise était fils du préfet des Gaules. Etant gouverneur de l'Italie, il vint à Milan pour apaiser une sédition causée par les Ariens. Tout à coup un enfant s'écria : Ambroise évêque ! et le Saint fut fait évéque, malgré ses larmes et sa résistance. Il éteignit l'hérésie des Ariens dans son diocèse, et se montra toujours ferme pour défendre la cause de Dieu. L'empereur Théodose, ayant fait massacrer sept mille habitants delà ville de Thessalonique, osa se présenter à l'église. Saint Ambroise l'arrêta sur la porte et le mit en pénitence. L'empereur s'y soumit ; et il ne fut relevé de l'excommunication qu'après avoir fait une loi pour suspendre pendant trente jours l'exécution des sentences de mort. Saint Ambroise était très-charitable pour les pauvres et surtout pour les captifs; il vendit les vases
590 ÇATÉCUIiiMS
^sçrég pour les racheter. Sa plus noble conquête fut saint Augustin.
Q. Qui était saint Augustin?
R. Saint Augustin était fils d'un bourgeois de Car- Ihage nommé Patrice, et de sainte Monique. Son père était païen; mais il fut converti par les prières et la patience de sa vertueuse épouse. Augustin naquit à Tagasle en Afrique. Dans sa jeunesse, il se livra à toutes sortes de désordres ; mais il fut converti par saint Ambroise et par les prières de sainte Monique sa mère. Après sa conversion, il se relira en Afrique. Il fut ordonné prêtre, puis évêque d'Hippone. C'est un des plus grands hommes qui aient jamais paru dans le monde. Dieu le suscita pour combattre les schismatiques, les hérétiques et les païens, qui tous ensemble attaquaient l'Eglise, 11 en vint à bout par ses discours et surtout par ses admirables ouvrages. Comme saint Ambroise, il vendit aussi les vases sacrés pour racheter des captifs pris par les Barbares ; il était si pauvre, qu'il fut dispensé de faire un testament. 11 mourut en 430 dgë de loisanle-seize ans.
PRIÈRE
Q mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir donné des maîtres et des modèles comme $aint Ambroise et saint Augustin ; faites^nous part de leur fermeté dans la foi et de leur profonde humililé.
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chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je prierai souvent pour la conservation de la foi.
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