INTRODUCTION. C
pour le service de son maître et les intérêts de sa charge.
Tel est le sens de ces admirables paroles répétées jusqu'à trois fois : Simon , fils de Jean, m' aimez-vous? m'aimez-vous plus que les autres? Ce n'est qu'après avoir obtenu l'assurance de cet amour à toute épreuve , que le divin Pasteur lui dit : Paissez , mes brebis, paissez mes agneaux. Tout ce qu'il y a de paternel dévouement dans le pouvoir, tout ce qu'il y a de douceur filiale dans l'obéissance, d'indestructible par conséquent dans les liens sociaux , est renfermé dans cette consécration-modèle du premier de tous les supérieurs : consécration unique dans les fastes du monde, qui contient à elle seule plus de philosophie sociale que tous les livres ensemble.
Après avoir établi le chef suprême de son Église , le nouvel Adam lui associe des coopérateurs. Il s'approche de ses Apôtres et leur dit avec toute la majesté que demandait la grandeur de l'action : Toute puissance m'a étédonnée au Ciel et sur la terre : aile: donc^ enseignez toutes les nations, les baptisant
ex INTRODUCTION .
au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Juges de la foi avec saint Pierre, les Apôtres et leur Chef composent l'Eglise enseignante. Jésus-Christ l'appelle son corps, c'est-à-dire l'organe visible de son esprit et comme la bouche par laquelle il parle ; il lui promet d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles, comme l'ame est avec le corps. Or, le Christ ne meurt pas, son Église sera donc un corps immortel qui, par le remplacement successif de ses membres, ne doit jamais s'éteindre.
Ce sera désormais par l'organe de l'Lglise que le nouvel Adam enseignera sa doctrine, la développera , la propagera dans tout l'univers jusqu'à la fin des temps. C'est par elle que tous les hommes renaîtront en lui ; il sera désormais impossible d'avoir Dieu pour père si on n'a l'Eglise pour mère. Ici nous parlons de l'Église , de sa constitution , de son autorité , de ses caractères , de ses avantages.
Nos dernières paroles sont encore sur nos lèvres, que déjà un nouveau spectacle se montre à nos regards : le Sauveur remonte au Ciel. Modèle de l'homme dans la vie du
INTRODUCTION • CXJ
temps, il continue de l'être dans l'étemité. Premier né d'entre les morts, Chef du genre humain , il prend , au nom de tous les hommes, ses frères, une solennelle possession du Ciel; du Ciel, sa noble conquête et l'éternelle patrie de l'homme; du Ciel, fortuné séjour de tous ceux qui auront profité de sa Rédemption.
Là, nous le contemplons devant le trône de son Père , dans ses divines qualités d'Avocat et de Pontife , toujours interpellant pour nous, toujours veillant sur nos besoins , toujours opposant à la justice vengeresse le mérite infini de ses travaux et de ses plaies ; d'une main , tenant le gouvernail de l'Lglise et la dirigeant, à travers les écueils, • vers les célestes rivages ; de l'autre, plaçant des couronnes immortelles sur la tête de ses enfants parvenus au «terme de leur course.
Nous revenons ensuite sur la terre. Avec les Apôtres, nous entrons au Cénacle pour attendre l'Esprit divin qui doit animer l'Église. Ici commence notre troisième année.
l'\lj INTRODUCTION.
TR01l$I£]fIE A]¥]%£E.
1. Le Christianisme établi. — De même qu'ayant la Tenue du Messie, tout le dessein de Dieu tend à réaliser l'œuTre de la Rédemption; de même après le Messie, tout le dessein de Dieu tend à la maintenir et à rétendre. Ainsi la réparation de toutes choses par Jésus-Christ, voilà le pivot autour duquel roulent tous les événements du monde; voilà le but final de tous les desseins de Dieu, but sublime auquel concourent, le . sachant ou sans le savoir, le voulant ou sans le vouloir, les empires, les rois et les peuples.
iVous avons montré Taccomplissement de cette grande Loi pendai^t les quarante siècles qui ont précédé la venue (ki Libérateur. Si nous nous arrêtions là , notre tâche ne serait pas remplie. La Religion ne serait pas connue dans son magnifique ensemble , et notre enseignement demeurant incomplet, ne serait pas tel que le demande le grand
IVTRODUCTIOX. cx'iïj
Maître ([ui nous sert de ^uide '. L'exposé do la Religion depuis la Pentecôte jusqu'à no» jours, est donc aussi nécessaire que son liistoire antérieure; il est QK-me beaucoup plus intéressant, soit parce qu'il est moins connn, soit parce qu'il nous touche de plus près.
S'il est admirable d'assister à la naissance et aux développements successifs de cet Arbre divin dont les racines plongent dans la profondeur des siècles, combien il est plus admirable encore de le voir étendant ses rameaux protecteurs sur l'univers entier, couvrant de son ombre salutaire et nourrissant de ses fruits vivifiants toutes les générations qui marchent vers l'éternité; de le voir toujours battu par les orages et toujoius demeurant immobile sur son trône robuste ; toujours attaqué par le ver rongeur de l'hérésie , du scandale et de Tiiopiété , et toujours conservant sa vigueur , sa verdure et son inépuisable fécondité ! Miracle toujours subsistant devant lequel l'homme éclairé
' Narralio plcna est cum quisque primo catechisalur ab eo qiiod scriptum est, m priiicipio creavit Detts cœlum et tcrram , usque ad prisenti « tenipora Ecclesix'. — De caiectiis. rud. n. 1.
cxiv iNTRonrcTiox.
tombe à genoux et s'écrie dans le transport dé l'admiration : Œuvre de Dieu , mer^veille inexplicable à la raison \
Tel est le tableau- que nous déroulons aux regards des jeunes Chrétiens pendant la troisième année du Catéchisme.
Avant de remonter au Ciel, le Verbe divin avait créé le corps de l'Eglise, suivant, pour former l'homme régénéré , le même ordre qu'il avait suivi pour former l'homme déchu. Les Apôtres consacrés, des Disciples réunis aux Apôtres , divers ordres de ministres hiérarchiquement établis, des lois et des règlements promulgués, voilà pour ainsi dire le corps de l'EgUse : Tame manquait. Aussi leur avait-il bien recommandé de ne pas agir avant qu'ils ne fussent animés de l'Esprit d'en haut. Le moment arrive de donner la vie à ce corps immoitel. Le jour à jamais mémorable de la Pentecôte brille sur le monde ; l'Esprit descend au Cénacle et se repose sur chacun des Disciples assemblés. L'ame est jointe au corps : l'Eglise est animée.
Avec les Apôtres, nous sortons du Cénacle,
1 A Domino facluin est istum , et est mirabile in oculis nostris. Ps. i 17.
INTRODlCriOX. Cl\
nous les suivons dans leurs (îourses évangéliques. Nous disons les persécutions et le? efforts incroyables de l'enfer pour arrêter et étouffer l'œuvre de la Rédemption. Nou5 esquissons l'histoire des plus illustres martyrs. Pour faire faire aux jeunes Chrétiens, connaissance avec leurs Pères dans la Foi, nous décrivons en détail les mœurs des premiers Fidèles; nous en cherchons les traces à Jérusalem, à Antioche , à Corinthe , à Rome : nous descendons aux Catacombes.
Le flambeau de la science et de l'histoire à la main , nous parcourons les rues , les places, les oratoires de cette ville souterraine. Les monuments que nous y rencontrons, témoignent des vertus angéliques, des souffrances, de la foi vive et de la résignation de nos glorieux ancêtres. Nous les voyons dans ce ténébreux séjour, élevant vers le Ciel leurs mains innocentes; récitant, les bras étendus , leurs ferventes prières; célébrant leurs agapes et offrant les mystères saints, soit pour se préparer au martyre, soit pour obtenir le salut des persécuteurs superbes dont les chars roulaient ave<* fracas
CÎVJ INTRODUCTIOX.
au-dessus de leurs têtes. Ces lieux à jamais Ténérables sont remplis de si puissants souvenirs, qu'on ne saurait trop souvent y conduire et trop long-temps y retenir les Chrétiens de notre siècle.
En cela , nous imitons l'Lglise elle-même qui, dans les jours de refroidissement et d'indilFérence , reprend la route oubliée des Catacombes, comme pour remonter à sa source, et, rouvrant de toutes parts ces antiques sépultures, ranimer la piété et la foi de ses enfants avec les traditions et les monuments de son berceau '.
Image fidèle du Sauveur , nos Pères furent forcés de s'ensevelir souvent dans le sein de la terre pendant trois siècles, comme lui-même s'ensevelit dans le tombeau pendant trois jours : un siècle pour un jour! C'est de ce tombeau où elle était pleine de vie , que la chaste Epouse de l'Homme-Dieu sortit victorieuse pour monter sur le trône des Césars , comme son divin époux était sorti du sien, vainqueur de la mort et de l'enfer, pour régner éternellement sur le monde.
' M. Rr-oul-Rocbelle , Tobleau des Catacombes, page 93.
INTÏlODrCTIOX. CXV!J
La (Uvinilé du CJiiistianisine rendue aussi visible que l'existence du soleil , par le seul fait de son établissement, en dépit de toutes les forces humaines , nous montrons ses effets admirables sur le monde. Pour cela, nous comparons Thommc sous le Paganisme à l'homme devenu chrétien.
Entrant dans le détail des diverses positions où l'homme peut se trouver , et des divers rapports sous lesquels il peut être envisagé , nous faisons voir l'influence universelle du Christianisme : sur i homme intellectuel, moral, physique; il le réhabilite en l'éclairant, le sanctifiant, le seulageant; sur la société, il la réhabilite en rétablissant la vraie notion du pouvoir et du devoir ; sur la famille, il la réhabilite en la ramenant à sa perfection primitive, par l'abrogation du divorce et de la polygamie. Il réhabilite le père en en faisant non plus un despote , mais le lieutenant vénérable et chéri du Père qui est dans les Cieux; la femme , en la déclarant compagne et non esclave de l'homme; C enfant, en le présentant comme un dépôt sacré et aboUs-
Cwiij I.XTUODCCTIOX.
sant le droit barbare de l'exposer, de le tuer, ou de le Tendre; l'esclave, en le proclamant frère de son maître et son égal devant Dieu; le pauvre, le prisonnier, en les déclarant frères du Christ; l'étranger , le prochain de son hôte; enfin ce qui devrait être écrit en lettres d'or : le Christianisme relève partout l'être faible , en substituant partout au droit brutal du plus fort, la douce loi de la charité '.
Comparant ainsi , dans le détail , le monde payen au monde devenu chrétien, nous montrons la face nouvelle que toutes choses ont prise sous l'influence de l'Évangile. Chacun en particulier apprend ce qu'il doit au Christianisme, et se trouve forcé de bénir et d'aimer cette Religion bienfiiisante et le Dieu qui en est l'auteur.
Grâce au Sacerdoce , à l'Église , voilà le monde devenu chrétien. Après que tant d'améliorations salutaires ont passé dans les mœurs, dans les lois, dans les institutions; en un mot, après que les peuples, enfants dn
' Voyei l'admirable tableau des Mœurs de l'Église catholique, dau' saint Augustin. — De worxb Fcclcs. calhol. ixx.
IXTROULCTIOJI. Cxi\
vieil Adam , sont devenus participant de la vie du nouvel Adam, ne semble-t-il pas que, heureux de tant de bonheur et reconnaissant de tant de bienfaits , le monde doit reposer dans'le sein d'une paix profonde et le Christianisme jouir sans peine de son laborieux triomphe? Oui, il le semble; mais dans la réalité il n'en peut être ainsi.
Les suites du péché , relativement à l'homme , sont afl'aiblies non pas détruites : l'œuvre de la Rédemption ne sera consommée que dans le Ciel. En attendant, il y aura lutte; lutte intellectuelle, il faut qu'il y ait des hérésies : lutte morale, il faut quH y ait des scandales : lutte physique, // faut quil y ait des misères publiques et particulières \ Il faut tout cela pour que notre vie temporelle reste ce que Dieu yeut qu'elle soit, une épreuve et une épreuve méritoire, par conséquent pénible. L'homme est un soldat : il doit conserver son union avec le nouvel Adam et croître en perfection les armes à la main'.
' Oportet et haereses esse. — i. Cor. xi. 19.
Necesse est ut Teniant scaiidala. — Math, xviii. 7.
Per multas tribulationes oportet nos intrare i n regnnm Dei . — .^^rf. xit. ii.
' Militia est vita hominis super terraro. — Joh. vir. 1.
t'X\ IMRODLCTIOX.
L'enfer et le vieil homme feront de persévérants efforts pom' rendre cette lutte périlleuse et ruiner l'œuvre de la Rédemption à l'égard des particuliers et des peuples. Tantôt ils susciteront des hérésies pour altérer la vérité chrétienne et ruiner la Rédemption dans rhomme intellectuel. Tantôt ils susciteront des scandales pour substituer la concupiscence à la charité , la vie des sens à la vie surnaturelle , par conséquent , pour ruiner la Rédemption dans l'homme moral; enfin le double crime du scandale et de l'hérésie ou d'autres causes particulières, attireront sur les peuples des épidémies , des guerres , des calamités , des bouleversements, des brigandages, des injustices qui tendront à ruiner l'œuvre de la Rédemption dans l'homme physique , en faisant revivre la loi brutale du plus fort et replongeant le monde dans l'état de souffrance et d'abjection où il était sous le Paganisme.
Ainsi, ruiner l'œuvre de la Rédemption dans l'homme intellectuel, dans rhomme moral et dans l'homme physique, tel sera
IXTRODICTIOX. rxxj
le but constant du démon et du mauvais principe qui est en nous.
Sur tous ces points d'attaque, le nouvel Adam place une sentinelle. C'est ici que nous développons son admirable système de défense et de contervation. Heureux celui qui le comprend ! pour lui l'histoire n'a plus de secret. Il voit clairement le plan, le but, l'importance de chaque événemt^nt,; plus il l'étudié et plus il voit que Jésus-Christ est le Roi immortel des siècles , l'alpha et l'oméga, le centre auquel tout aboutit. Grâce à ce lumineux principe , sa raison s'éclaire , son jugement se forme , son cœur s'enflamme , une religieuse admiration devient le sentiment habituel de son ame, et il rend compte de tout avec une supériorité et une justesse que n'obtiendront jamais les philosophes sans foi.
Aussi tous nos efforts dans cette partie de nos leçons, tendent à soulever un coin du voile qui cache tant de merveilles.