‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 3)Chapitre 15 sur 46 · I.NTRODLCTIOX. t'ïxiij · texte numérisé non relu

I.NTRODLCTIOX. t'ïxiij

sacrifice ou (i'ctre Kxpiateur, précède celle de Prédicateur de la vérité et de .luge des consciences : ce dont l'homme a besoin avant tout , c'est d'expiation. Aussi l'apotre saint Paul commentant les paroles du divin Maître, dit en termes exprès : Tout Pontife choisi d'entre les hommes , est établi pour les hommes dans les choses de Dieu, afin d'offrir des dons et des sacrifices pour les péchés'. \ ient ensuite le détail de ses autres devoirs.

2* Docteur; afin d'empêcher par l'enseignement perpétuel de la vérité chrétienne la ruine de la Rédemption dans l'intelligence : Fous êtes la lumière du monde "; allez, enseignez toutes les nations.

3° Modèle; afin d'empêcher par l'exemple éclatant de la vertu , c'est-à-dire par l'amour pratique des biens surnaturels, la concupiscence ou l'amour déréglé des choses sensibles, "de ruiner l'œuvre de la Rédemption dans la volonté de l'homme. Vous êtes ''le sel de la terre^. Que vos œuvres brillent

' Mai h. c. v.l . ï Id. c. XVIII. 19.

î Id. c. V. 13.

CXxiv IXTRODUCTION.

devant les hommes, afin qu'ils glorifient votre Père qui est dans les deux.

^° Infirmier de toutes misères humaines , afin de prévenir par une charité infatigable et universelle la ruine de la Rédemption dans l'homme physique, par le retour à la dégradation payenne et aux souffrances qui en étaient la suite : Purifiez les lépreux , guérissez les malades , faites du bien à tous \

Prêtre ! telle est votre mission. En fut-il jamais une plus noble? Ces différents caractères d'expiateur, de docteur, de modèle, d'infirmier, se montrent toujours en lui , mais avec plus ou moins d'éclat , suivant l'exigence des temps et des lieux, ou en d'autres termes, suivant les besoins de l'œuvre divine. Le Prêtre, voilà donc le Conservateur-né du Christianisme ; est-il possible d'en donner une idée plus juste et plus haute? de lui rappeler à lui-même, d'une manière plus efficace , fobligation de toutes les vertus et d'inspirer plus sûrement aux peuples le respect et famour dont ils doivent fenvironner ?

» Math, c. X. 8.

IVTRODUCTIO.V. CXIV

Or , comme le principe mauvais qui combat contre le Christianisme est partout où il y a des hommes, toujours armé, toujours cherchant à miner et à corrompre rOEuvre divine , le Prêtre se trouve aussi partout ; partout veillant la nuit et le jour comme le pasteur sur sa bergerie, ou comme la sentinelle sur les murs d'une ville assiégée. Voilà pour les temps ordinaires.

Mais quelquefois les dangers deviennent plus grands. Les loups cruels rôdent plus nombreux et plus acharnés autour du bercail, les ennemis pressent plus vivement la place; déjà même ils mettent le pied dans son enceinte. Le pasteur isolé devient trop faible pour défendre le dépôt sacré. C'est alors que part le cri d'alarme et que les pasteurs particuliers recourent au Pasteur des Pasteurs , ou que , se réunissant de toutes parts j ils emploient le grand moyen de chasser les ennemis de la place, les loups de la bergerie, c'est-à-dire d'arrêter les hérésies et les scandales : ce moyen , ce sont les conciles.

Nous faisons , suivant que nous les rencontrons dans la suite des siècles, l'histoire

exXVJ INTROUlXriON.

de ces augustes assemblées. L'exposé historique de leurs causes, de leurs décisions et de leurs succès, ne montre pas seulement l'accomplissement littéral de cette promesse divine : Je suis avec vous tous les Jours , Jusqu'à la consommation des siècles ; mais encore l'absurdité du reproche fait à FEglise de créer de nouveaux -dosfmes.

Témoins de la foi antique , les pasteurs se contentent de rendre témoignage à la croyance perpétuelle de leurs églises particulières ; leur unique crainte est qu'on n'ajoute, qu'on ne retranche, en un mot, qu'on n'innove dans la doctrine. \ oyez ce qui se passe à Nicée , et cet exemple se reproduit dans tous les conciles.

Arius attaque la divinité du Sauve ui'.

L'évêque d'Alexandrie jette le cri d'alarme; les évêques des quatre coins du monde sont convoqués : ils arrivent à Nicée. Disentils : Nous avons découvert, nous jugeons pour la première fois que le Fils de Dieu est consubstantiel à son Père ? Non ; mai.^ ils disent : Nous rendons témoignage de la foi de nos Ki^lisos et nous déposons

INTRODICTIO.N. ClXYlj

qu'elles ont toujours cru et qu elles cro»ient encore la divinité du \ erbe. La doctrine d'Arius est opposée à la doctdne ancienne, c'est une nouveauté ; gardiens de la fol antique , nous condamnons la nouveauté et le novateur. Ainsi cen'estpas une foi nouvelle qu'ils établissent, c'est l'ancienne croyance qu'ils professent.

De même , lorsque les Evêques assemblés à Trente, de toutes les parties de la Chrétienté, ont condamné les erreurs de Luther et de Calvin, ils ont fondé leurs décrets, non-seulement sur TEcriture-Sainte , mais sur les décisions des conciles précédents , sur le sentiment constant des Pères et sur les pratiques établies de tout temps dans l'Eglise.

Est-ce ici un acte de despotisme ou d'autorité absolue exercée par les Evéques? Loin de là , c'est au contraire de leur part un acte de docilité et de soumission à une autorité plus ancienne qu'eux. Ils reçoivent la loi avant de l'imposer aux autres, et si l'un d'entre eux refusait de plier sous ce joug, il encourrait lui-même l'anathème et

CXXViij IXTROÎJUCTION.

serait déposé. Le simple fidèle qui se soumet à leur décision , ne cède donc pas à l'autorité personnelle des Pasteurs, mais à celle du corps entier de l'Église dont il est membre , et l'tglise elle-même obéit à l'autorité de Jésus-Christ , en accomplissant l'ordre qu'il lui a donné de lui rendre témoignage à Jérusalem, à Samarie , aux extrémités de la terre, jusqu'à la consommation des siècles ' .

Le Prêtre , tel est donc le défenseur-né , le conservateur perpétuel et universel du Christianisme.

Saints. Mais voici des jours où le principe mauvais prenant une nouvelle énergie, la lutte deviendra plus vive , la mêlée plus générale. C'est alors que du sein toujours fécond de son Église , Dieu fait naître de nouveaux défenseurs de l'Œuvre réparatrice. Nous venons de nommer ces hommes puissants en œuvres et en parole , ces Saints extraordinaires qui apparaissent de loin en loin au jour de l'épreuve. Leur mission est tellement visible , qu'ils sont toujours doués

' Voyei Bergicr , Dict, IhOolog. , art. Eglise.

■iH

INTROULCTION. CXxil

dans le degré le plus éminent de la (jualité réclamée par le besoin des circoostances.

Or, comme nous l'avons vu , l'enfer ne peut attaquer le Christianisme que par trois endroits : dans l'homme intellectuel, par l'erreur; dans l'homme moral, par le scandale ; dans l'homme physique, par le retour à la servitude et à l'abjection payenne. Voilà pourquoi, chose frappante ! ily a trois espèces fie Saints, et il ny en a que trois.

i" Les Saints apologistes^ pour la défense et la propagation de la vérité, c'est-à-dire pour empêcher l'erreur de ruiner l'œuvre de la Rédemption dans Fhomme intellectuel. On a remarqué avant nous qu'ils ont toujours apparu dans les lieux et au moment précis où la vérité courait le plus pressant danger.

Cette remarque essentielle qui rend visible l'action continuelle de la Providence sur l'Eglise, nous n'avons garde de la laisser ignorer aux jeunes Chrétiens. Une autre remarque non moins intéressante, c'est que les plus illustres apologistes de la Religion parurent dans les premiers siècles. Ces apologistes ne

CXXX » IXTRODUCTIOxN .

5ont ni les Tertullien, ni les Athanagore, ni les Clément d'Alexandrie; mais des hommes du peuple , des pauvres , des ignorants, des yieillai ds, de faibles femmes, de jeunes vierges, de timides enfants, en un mot, les Martyrs. Voilà les plus illustres témoins de la vérité , les éloquents apologistes qui ont assuré son triomphe. En effet, comment ne pas croire , disait Pascal, à des témoins qui se laissent égorger? Nous montrons que ce témoignage du sang , cette apologie par le supplice, la Religion les retrouve toutes les fois qu'ils lui sont nécessaires ;

2° Les Saints contemplatifs; nés pour la défense de la Rédemption dans l'homme moral , ils foulent aux pieds les honneurs , les richesses , les plaisirs, toutes les passions, et par le mépris solennel des choses sensibles , ils rappellent le cœur humain à l'amour des choses surnaturelles.

Certes, si tous les maux du monde viennent de l'amour désordonné des créatures, de quelle utilité ne sont pas au repos de la société et au bonheur des

INTRODUCTION. CXXXJ

peuples, ceux qui, par leurs exemples, contribuent plus eflficacenient à étouffer ce coupable amour, que tous les philosophes avec leurs livres et les législateurs avec leurs lois? L'histoire nous les montre encore apparaissant toujours au moment précis où , Tamour humain dégradé par le scandale et le relâchement, la concupiscence va ressaisir son sceptre tombé.

Chose admirable! à coté du vice, vous remarquerez toujours la vertu contraire, destinée à lui servir de contrepoids , et la victime innocente cliargée de l'expier. C'est ici une des plus belles harmonies du monde moral. Le Seigneur a tout disposé avec nombre , poids et mesure : profonde parole dont le monde des esprits offre des preuves bien plus éclatantes que le monde des corps. Nous le savons, la création physique serait à l'instant bouleversée , si la loi de proportion dont elle vit venait à cesser un instant; il en serait de même de la société, si la m^n qui tient en équilibre tant de forces contraires vse retirait.

5° Les Saints infirmiers ; suscités pour hî

CXXiij INTRODUCTION'.

soulagement du grand Malade qui gît sur la terre , c'est-à-dire pour la défense de la vie et du bien-être corporel , pour empêcher conséquemment Thomme physique de retomber dans l'état d'abjection, de servitude et de misère d'où le Rédempteur l'a tiré , leur existence n'est qu'un long dévouement au soulaojement de toutes les douleurs.

C'est ainsi qu'ils conservent les fruits de la Rédemption dans l'homme physique. L'histoire est encore là qui nous les montre apparaissant sur la terre comme des Anges consolateurs au moment où des calamités et des fléaux menacent de plus près le bienêtre ou la sûreté des petits et des faibles.

Tous ces Saints ont leur mission particulière. Cela toutefois ne les empêche pas de porter les autres caractères de ceux que Jésus-Christ a choisis pour conserver son œuvre divine ; mais nous les distinguons par leur caractère dominant , et ce caractère nous le reconnaissons à leurs œuvres. Chaque siècle nous présente quelques-uns de ces hommes providentiels. A mesure que nous les rencontrons, nous offrons leur vie à l'ad-

iNTRODiCTiox. rixxiij

miration et à rimitatioii des jeunes Chrétiens; pouvons-nous leur tracer un itinéraire plus sûr de la terre au Ciel ?

Ordres religieux. Si cette première partie du plan divin , pour la conservation du Christianisme, est admirable, en voici une autre qui ne l'est pas moins. Il se rencontre dans la vie de l'Église, des époques terribles où l'on dirait que les puissances de l'enfer vont prévaloir. Tous les vents contraires se déchaînent avec une violence inconnue ; de furieuses tempe tes battant la barque de Pierre , menacent d'engloutir avec elle l'œuvre de la Rédemption et de replonger le monde dans la dégradation payenne.

L'hérésie, le scandale, l'injuste oppression, ligués ensemble , attaquent sur tous les points l'homme régénéré. La lutte sera longue, acharnée , la mêlée générale : jamais le monde n'aura couru de dangers plus pressants.

C'est dans cette extrémité que Dieu tire du trésor de son amour un nouvel auxihaire de la Rédemption; ce sont les ordres religieux.

CXXxiV INTRODUCTION.

Réunis sous le même drapeau, manœuvrant comme un seul homme , nés au jour précis où leur présence devient nécessaire, ces grands corps durent aussi long-temps que la lutte dont ils ont mission d'assurer le succès. Or, comme nous l'avons déjà remarqué, il n'y a que trois points d'attaque, trois endroits par où l'enfer puisse ruiner l'œuvre de la Rédemption : l'homme intellectuel, l'homme moral et l'homme physique. Voilà pourquoi , chose frappante ! // y a ù^ois espèces d'ordres religieux, et il n'y en a que tj^ois :

1* Les ordres apologistes ou savants , pour la conservation , la défense , l'enseignement de la vérité , c'est-à-dire pour empêcher l'erreur de ruiner l'œuvre de la Rédemption dans l'homme intellectuel ;

2° Les ordres contemplatifs^ pour la défense de la Rédemption dans l'homme moral ; et vous les voyez, par un noble mépris de toutes les choses sensibles, relever l'amour humain vers les biens surnaturels , faire le contrepoids au scandale et empêcher la roncupisreuce de reprendre son empire. Xirlime*^

INTROIXCTIOX. r\X\\

pures, toujourij immolées et toujours vivantes, anges de la prière, nuit et jour prosternés entre le vesU||wle et l'autel , ils font plus pour le repos aumonde et la pureté des mœurs que les rois avec leur police , les magistrats avec leurs arrêts et les philosophes avec leurs maximes. Un pauvre couvent de Carmélites prévient plus de désordre que les bagnes n'en punissent ;

5° Les ordres infirmiers; consacrés au soulagement de toutes les misères humaines, on les trouve veillant sur le berceau de l'enfant nouveau et auprès du vieillard expirant, dans la chaumière de l'indigent et dans le cachot du prisonnier, attendant le voyageur au sommet des Alpes et suivant le mineur dans les souterrains du Potosi ; en un mot, ils sont postés sur tous les points par où l'enfer peut attaquer l'œuvre de la Rédemption dans l'hoinme physiique.

Quelle est donc belle la Religion envisagée dans ses moyens de conservation ! Tour de David, mille boucliers protègent tes murailles. Sacerdoce , maison de Dieu , camp d'Israël toujours veillant sur les murs de

CXIXVJ IMUODCCTIOX.

Jérusalem, ou priant sur la montagne ou combattant dans la plaine , sois béni ; et vous Saints de Dieu , astre^DÎenfaisants qu'il fait lever sur l'horizon de la terre coupable , pour dissiper les sinistres nuages de l'erreur et du vice , soyez bénis ; et vous aussi soyez bénis. Ordres religieux, puissants auxiliaires de la Rédemption, merveilles du monde, il suffit de vous connaître pour déplorer l'aveuglement des hommes qui vous ont supprimés.

Prier Dieu et se dévouer à son service , donner au monde l'exemple du détachement et de toutes les vertus, défricher des déserts , cultiver et embellir des terres réputées inhabitables, créer des ressources pour des milliers de familles, enseigner gratuitement la jeunesse, répandre l'instruction et toutes sortes de secours dans les campagnes , entreprendre et achever d'immenses travaux scientifiques qui excéderaient les forces d'un seul homme, offrir une retraite au repentir, un refuge à l'infortune, un asile à l'innocence, exercer ime hospitalité douce et affectueuse , héberger

Page 1