I.NTnODL'CflOX. C\ITvij
et guider les voyageurs, soigner les pauvres et les malades, consoler les allligés, satisfaire les besoins spirituels et temporels d'une population délaissée, tout cela est-ce donc une vie oisive et inutile^ voire même une chose abominable et infame\
Nous disons des Ordres religieux ce que nous avons dit des Saints, ils portent tous les caractères du Rédempteur ; mais chacun se distingue par un caractère dominant.
Cette partie du Catéchisme où nous racontons leur histoire, est sans contredit une des plus intéressantes et des plus propres à faire toucher au doii^t Faction conservatrice de la Providence. Elle a de plus, du moins pour notre siècle , le puissant intérêt de la nouveauté.
Le Sacerdoce , les Saints , les Ordres religieux, tels sont les trois moyens établis par le nouvel Adam pour le maintien du Christianisme. Ces trois moyens se résument dans un seul qui est l'Eglise ; car c'est dans l'Eglise et par l'Église que naissent les Saints ;
' M. de Haller. Histoire de la révoLui. relig. ou de la ré for, proteti. ânns la Suisse occident, p. 244.
CXXwiij IMRODUCTIOX.
c'est dans l'Eglise et par l'Église que se forment les Ordres religieux.
Conserver l'œuvre de la Rédemption sur la terre jusqu'à la consommation des siècles, contre les attaques sans cesse renaissantes de l'enfer et du vieil homme , telle est la première chose que le Sauveur se devait à luimême : la propager, c'est la seconde.
3. Le Christianisme propagé. — Tous les hommes sont enfants de Dieu. Pour tous sans distinction de pays et de condition, le sang divin a coulé sur le Calvaire ' . Dieu veut que tous parviennent à la vérité , et participent aux bénédictions dont le Médiateur est la source'. Si donc la plus grande marque d'amour que Dieu peut donner aux peuples chrétiens, c'est de leur conserver la Religion , la plus grande preuve de miséricorde qu'il puisse donner aux nations assises encore dans les ombres de la mort, c'est de faire briller pour elles le flambeau salutaire de l'Evangile.
f 2. Cor. V. 15.
' Gen. xxn. 18.
INTUOULT.TIOX CXXXIX
De là, les missions; de là , leur nécessité ; de là , leur existence perpétuelle dans le monde depuis la descente du Saint-Esprit et la sortie du Cénacle. Nous faisons l'histoire des principales missions qui ont eu lieu dans les différents siècles depuis rétablissement de l'Eglise jusqu'à nos jours. Ce champ est immense. Rien , ce nous semble, de plus propre à élever l'esprit et à toucher le cœur, que ce magnifique tableau des conquêtes évangéliques. Tout y intéresse vivement les enfants; tout y parle à leur imagination amie du merveilleux , et captive leur attention.
D'une part , les peuples inconnus auxquels les Missionnaires vont porter la bonne nouvelle, les ténèbres épaisses, la dégradation profonde dans laquelle ils les trouvent, les premiers progrès de l'Evangile, enfin le changement de ces hommes barbares en Chrétiens fervents; de l'autre, les industries, le dévouement héroïque , la patience infatigable des Missionnaires , les dangers sans nombre auxquels ils s'exposent, enfin les privations de tout genre auxquelles ils se condamnent , tout conspire à ranimer la
rxl iNTRomCTioy.
ferveur et à faire bénir le Dieu bon qui, nous ayant tirés nous aussi de la nuit du Paganisme, a placé notre berceau au milieu des lumières admirables de son Evangile.
Ajoutez que les époques et les succès des différentes missions, nous donnent une nouvelle démonstration de cette Providence infaillible qui veille sur l'Eglise. Quand le flambeau sacré s'éteint chez un peuple coupable, on le voit à l'instant passer chez un peuple nouveau. Nous ne savons s'il est dans l'histoire un fait plus constant et plus instructif.
C'est ainsi que docile au conseil de saint Augustin , nous conduisons l'histoire de la Religion depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours : notre récit s'arrête à la mission de la Corée.
1. Division du temps. — Pour compléter cet enseignement, nous consacrons une qtiatrième partie aux fêtes de l'Eglise. A ient
IMRODICTION. fXlj
d'abord la déllnition chrétienne du temps. Depuis la chute originelle , le temps n est que le délai accordé par la justice divine à l'homme coupable pour se réhabiliter. Dans cette simple délînition quelle source féconde de pensées et de sentiments salutaires ! A la définition du temps succède la division de l'année adoptée par l'Eglise , division éminemment philosophique dont les trois parties correspondent d'une manière admirable aux trois parties du Catéchisme, comme celles-ci correspondent aux trois états de la Religion , avant , pendant et après la prédication de Jésus-Christ.
La première partie de l'année qui comprend le temps de l'Avent jusqu'à la Nativité du Messie, nous retiace les quatre mille ans de préparations, les soupirs et les espérances du monde ancien , tels que nous les avons expliqués dans la première partie de nos le(^ons.
La seconde qui s'étend depuis Noël à l'Ascension , renferme toute la vie mortelle du Rédempteur et correspond à notre seconde année.
Cxlij iNTRODUCTiOJr.
La troisième , enfin , qui commence à la Pentecôte et finit à la Toussaint, rappelle la vie de l'Eglise développée dans notre troisième année'. Ainsi, cette vie de l'Eglise, cette succession de fêtes, ces différentes divisions de l'année, qui nous retracent toute la vie du genre humain et toute l'histoire du Christianisme, se terminent par la fête du Ciel. En effet, tout conduit là : le Ciel, voilà le dernier mot de toutes choses.
2. Culte extérieur. Dimanche. — A cette division de l'année succède l'explication du culte extérieur. Remontant aux anciens jours, nous disons ses origines, sa nécessité, sa touchante et complète harmonie avec nos besoins. Par là, nous montrons combien le culte catholique est digne de la vraie Religion, c'est-à-dire combien il est raisonnable, noble, saint, propre à captiver les sens et à les purifier en les élevant à la contemplation
« 11 n'y a point ici de lacune. Autrefois l'A vent durait six semaines et commençait à la St .-Martin , immédiatement aprisToclave de la Toussaint L'Église de Milan, fidèle à ses anciens usages, conserve encore les su semaines de TAvent primitif. Il en est de môme en Orient, choi les Grecs unis. — Annal, de In prop. de In Foi, n. ^7. p. 537.
IN'TBODUCTIO.X. Cxlilj
des choses divines; surtout nous nous attachons à montrer combien il est instructif et vénérable.
Supposez qu'un navigateur digne de foi s'en vienne , au retour d'un voyage dans des archipels inconnus, annoncer à TEiirope savante l'existence d'un peuple qui depuis dix-huit cents ans conserve intacts et invariables, ses mœurs, ses lois, ses usages, ses rites, jusqu'à la forme de ses édifices et de ses vêtements ; que toutes ces choses, étonnantes de grandeur , de sagesse et de génie , ont leurs racines dans des traditions plus anciennes dont la plupart remontent à l'origine des temps et se rattachent aux plus grands événements qu'aient marqués les annales du genre humain; de telle sorte qu'il suffit de connaître ce peuple, d'entrer dans ses temples, d'assister à ses cérémonies religieuses, d'en pénétrer le sens et la cause pour être transporté comme par enchantement à dix-huit siècles au-delà , et avoir l'intelligence de tous les mystères de l'homme et la vue de l'antiquité la plus sacrée.
Cxlir INTRODUCTION.
L'inexplicable ardeur qu'on manifeste aujourd'hui à fouiller dans les ruines du passé nous en est un sûr garant ; au récit du navigateur , le Havre , Brest , Marseille , nos différents ports, verraient accourir de nombreux amateurs empressés de partir pour visiter ce peuple monumental. Qui sait?
les gouvernements eux-mêmes enverraient peut-être chez ce peuple des expéditions scientifiques pour recueillir des traditions plus vraies , lire des inscriptions plus intéressantes et explorer des ruines plus vénérables que celles de Thèbes et de Memphis.
Eh bien ! ce peuple existe : c'est le peuple chrétien, c'est l'Eglise catholique. Jeunes amateurs de l'antiquité , assez long-temps vous êtes restés en admiration sur le seuil de nos Cathédrales, entrez dans le sanctuaire ; là vous découvrirez la pensée mystérieuse et puissante , dont l'expression merveilleuse vous ravit; et votive admiration doublera, car vous aurez \ esprit du monument dont vous ne connaissez que la letb^e morte. Soyez Chrétiens dans le sens pratique du mot; et, de simples spectateurs que vous étiez.
INTRODITTION Cllv
VOUS (leviendrc?. poètes de Tart : ne rouhlio/ pas , dans les arts , celui-là est ynovt des cette vie qui ne croit pas à l autre '.
Quand un jour de dimanche vous voyez ce Prêtre à l'Autel , faisant avec une précision mathématique les mêmes mouvements, répétant les mêmes paroles : loin , bien loin de vos esprits la critique ignorante : loin, hien loin de vos lèvres le sourire impie du mépris; recueillez vos pensées; pénétrez le mystère ; dites-vous à vousmêmes : Voilà devant mes yeux l'antiquité de la Foi; voilà l'immobile perpétuité du Christianisme. Tandis que tout change, tout tombe autour d'elle, cette Religion demeure toujours la même. Ce qu'il fait, ce Prêtre, se fait de même, en ce moment, sur tous les points du globe , par des milliers d'autres Prêtres; ce qu'ils font tous ensemble, se faisait de même il y a cent ans, il y a mille ans, il y a dix-huit cents ans. Les Basiliques de Constantinople et de Nicée, les Catacombes de Rome , furent témoins du même spec-
« Parole du célèbre Laurent de Médicis, qui fut tout à la fois appréciateur éclairé des arts, et prolecteur magninque des artistes.
Cxivj INTRODUCTION .
tacle. Dans ce Prêtre , je vois Chrysostôme à Antioche, Augustin à Hyppone, Denys à Lutèce, Ambroise à Milan , Clément à Rome. Il étend les bras pour prier 5 je vois le Chrétien des anciens jours; il place ses mains sur l'offrande sacrée , je vois Aaron prenant possession de la victime; il développe un linge blanc où il repose l'Hostie Sainte , je vois le linceul du Calvaire, où fut enveloppée la grande ^ ictime du genre humain. Toute l'antiquité se déroule à mes yeux. Dix-huit siècles sont franchis, et j'entends la voix du Fils de l'Eternel disant : Jamais un iota ne sera retranché de rna loi ; je vois de mes yeux l'accomplissement de son immortel oracle : le Ciel et la terre passeront , mais mes paroles ne passeront point.
Non-seulement les cérémonies de l'ausTuste sacrifice font briller aux yeux la vénérable antiquité de l'Eglise , les usages les plus vulgaires de nos saintes assemblées nous la racontent aussi dans leur langue pleine de candeur et de charité. Citons un exemple :
«Tous les souvenirs du dimanche primitit se sont conservés parmi nous. A nos grand'-
INTRODUCTÏOX. Cxlvij
me5ses on relrouTe ce pain rompu entre les fidèles, ces lectures des livres saints, ces dons faits aux pauvres et aux captifs ; ce que saint Justin confessait à Marc-Aurèle, après seize cents ans , nous le faisons encore.
» En mémoire du pain distribué aux fidèles, voici le pain béni que deux choristes portent sur un brancard orné de blanches draperies , et illuminé de cierges.
» En mémoire des dons volontaires des premiers Chrétiens, pour le soulagement des pauvres et le rachat des captifs , voici le Prêtre et les confréries qui font leurs quêtes. Ceux-ci demandent pour les malades et les petits orphelins; ceux-là povu^ les prisonniers. Cette jeune fdle, avec sa bourse de velours rouge * c'est pour Tautel de la Viers^e qu'elle s'adresse à vous, pour avoir de blancs bouquets de fleurs. Ce vieillard, avec sa bandoulière noire, semée de larmes d'argent, c'est un membre de la confrérie de la bonne mort; c'est pour avoir des cercueils pour les pauvres qu'il s'en va quêtant.
B En mémoire des actes des Apôtres et des livres des Prophètes que les Lecteurs
Cxlviij INTttODUCTION.
lisaient autrefois aux fidèles assemblés ; écoutez : voici le sous-diacre et le diacre qui font la même lecture; écoutez encore : voici le curé en chaire , il lit l'Evangile du jour; et, suivant la recommandation de l'Apôtre , il prie tout haut pour les Pontifes et les Rois, les riches et les pauvres, les malades et les infirmes , les voyageurs et les exilés.
» La Religion a arrangé les choses ainsi : il n'y a pas une douleur sans consolation , une misère sans soulagement , un besoin sans secours ; et , chaque dimanche , elle nous montre toutes ces bonnes œuvres liées ensemble comme un faisceau.
» Si de superbes esprits dédaignent une grand'messe , c'est qu'ils ne savent pas tout ce qu'elle rappelle de vieilles mœurs et de saintes coutumes. Chose admirable ! il n'y a pas dans toute la chrétienté un village , un petit hameau , qui ne puisse offrir, tous les huit jours, aux savants et aux érudits, des réminiscences de l'antiquité , des souvenirs des Césars et du Cirque , des Catacombes et des martyrs \
' Tableau poétique des Fêtes chrétiennes , par le V'^ Walsh.
INTKODUCTION. Cxlix
Ainsi s'explique et se justifie cette étonnante parole de Tame la plus aimante et peutêtre la mieux inspirée du seizième siècle : Je donnerais ma tête, disait sainte Thérèse, pour la plus petite cérémonie de l'Eglise, »
S*» Fêtes. Après avoir expliqué en détail l'histoire du dimanche, ainsi que les cérémonies si touchantes , si instructives et néanmoins si peu comprises de l'auguste sacrifice ; après avoir remarqué la profonde sagesse de l'Église dans l'usage constant de la langue latine , puisqu'il une doctrine immortelle il faut un idiome invariable, nous passons aux fêtes.
Avec nos maîtres dans la science sacrée , nous les faisons envisager comme un apprentissage du Ciel , comme une image faible , il est vrai , mais souvent reproduite de la Fête éternelle. Soyez bénie , Religion sainte , dont la bonté maternelle a répandu de distance en distance quelques fleurs , et planté quelques arbres au frais ombrage, sur la voie douloureuse que l'homme exilé parcourt si péniblement avant d'arriver dans sa patrie.
cl INTRODUCTION.
Ce nom de fête est à lui seul une leçon de haute philosophie. Ce nom , qui contraste d'une manière si pénible a\ec les larmes , le travail et les maux de la vie terrestre, redit à l'homme toute son histoire passée, présente et future ; il le porte à la crainte de Dieu, l'encourage, le console, en lui rappelant et sa destinée primitive , et sa rédemption, et les joies sans mélange et sans fin qui l'attendent.
Les fêtes font plus encore : elles préparent l'homme à la vie future en le détachant peu à peu de la vie sensuelle , en même temps qu'elles sont pour lui un soulagement, une trêve à ses pénibles travaux.
Oh ! qu'il y a eu d'amour et de sagesse delà part de l'Église, ou plutôt du Père céleste qui l'inspire , dans l'institution des fêtes ! Qu'il y a de cruauté et de déraison dans ceux qui veulent les abolir, dans ceux qui les dégradent par leur conduite ou qui les font violer par leurs exemples ! Quel mal ils font à l'humanité ! Tristes enfants d'Adam , pauvres, artisans , laboureurs , mercenaires, vous tous qui gagnez votre pain
INTRODUCTION. < Ij
à la sueur de votre front , les jours de fête étaient principalement établis pour vous. Ce n'est pas seulement l'intérêt de votre ame, c'est aussi le bien de votre corps que l'Église votre mère s'était proposée dans l'institution de ses solennités.
La société elle-même n'est pas moins intéressée à leur observation fidèle. Cette vérité, que la cessation du travail à certains jours touche au fondement des états, et que la violation des jours de repos compromet le bien-être même matériel de la société; cette vérité , disons-nous, aujourd'hui méconnue plus que jamais, nous ne négligeons rien pour la rendre palpable. On ne saurait trop le redire : la Religion , qui ne semble avoir d'autre but que la félicité de l'autre vie , fait encore le bonheur de celle-ci.
Quoique notre principal objet soit défaire connaître les fêtes chrétiennes sous le point de vue historique, dogmatique, moral et lithurgique , nous n'avons garde de passer sous silence leur admirable harmonie avec les saisons, et leur harmonie plus admirable encore avec les besoins de notre cœur.
Clij INTRODUCTION.
Chacune de nos grandes solennités se célèbre dans la saison la plus propre à développer les sentiments quelle a mission d'inspirer. C'est ainsi que la création physique concourt au but de la Religion , et que l'une et l'autre se rapportent au bien de celui pour qui elles ont été faites, l'homme; et par l'homme à Dieu, principe et fin de toutes choses. Un exemple pris au hasard sufiit pour faire toucher au doigt cette vérité trop peu connue.
Supposez, qu'au lieu de se célébrer en hiver, la fête de Noël se célèbre dans les beaux jours de l'été. Ne sentez- vous pas aussitôt s'affaiblir cette piété compatissante pour le nouveau-né de Bethléem ! Quelle difficulté d'exciter en notre cœur, au milieu des chaleurs brûlantes, ces sentiments si vifs pour ce petit enfant transi de froid. Replacez Noël au vingt-cinq décembre , et vous éprouvez , comme malgré vous , cette tendre pitié pour l'Enfant divin qui naît au milieu d'une longue nuit d'hiver, dans une grotte humide , ouverte de toutes parts au souffle glacé de l'aquilon.. Ne vous en étonnez
iNTRoucciroN. cliij
pas : dans la première supposition, il y a désaccord entre la fête et la saison; dans la seconde, riiarmonie existe; Tordre rétabli , les obstacles disparaissent, et sans peine le cœur éprouve tout ce qu'il doit éprouver.
Descendant encore plus avant dans ces mystérieuses harmonies, nous montrons que durant le cours d'une année, il n'est pas une vérité que l'Eglise ne nous prêche, pas une vertu qu'elle ne propose à notre imitation, pas une fibre dans notre ame que cette admirable variété de fêtes ne remue , tellement qu'on est porté à dire de chaque solennité ce qu'on est forcé à dire de chaque vérité chrétienne : si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer.
C'est ainsi que nous enseignons la lettre de la Relisrion.
4. Esprit de la Religion. — Quant à Y Esprit, nous suivons encore l'avis du grand Maître qui nous sert de guide. Toutes nos leçons, tout ce magnifique exposé du Christianisme, n'a d'autre but que de mettre en relief cette grande, cette unique vérité :
cliv INTRODUCTION .
Dieu aimam les hommes; les aimant toujours, n'ayant depuis le commencement du monde qu'un seul dessein , celui de rendre l'homme heureux, en réparant le mal qu'il s'est fait à lui-même , et faisant concourir à l'accomplissement de cette miséricordieuse pensée et le Ciel et la terre, et les peuples et les royaumes, et le monde ancien et le monde nouveau.
Gomment dès-lors avoir un cœur capable d'aimer, un esprit capable de lier deux idées , en un mot , comment être homme et se défendre de cette conséquence : Donc c'est un devoir, mais un devoir aussi doux que sacré, d'aimer un Dieu si bon, et pour l'amour de lui, notre prochain son image et notre frère?
Ainsi, amour de Dieu par-dessus toute chose, et, pour l'amour de Dieu, amour du prochain comme nous-mêmes; voilà le résumé , la conclusion , le but moral de chacune de nos leçons; voilà le grand sentiment qui domine le Catéchisme. Quand nous l'aurions voulu, nous eût-il été possible d'arriver à une autre conséquence.^
Et de fait , la Rédemption du monde
INTRODUCTION. civ
n'est-elle pas le centre auquel tout se rapporte ? Chacune de nos instructions n'expose-t-elle pas quelqu'un des moyens établis de Dieu pour la préparer, la réaliser, la maintenir et rétendre? Or, la Rédemption n'est-elle pas le grand mystère de l'amour de Dieu pour l'homme ' ? Comment dès-lors ne pas terminer chacune de nos leçons par un acte de reconnaissance et d'amour?
Si on nous faisait un reproche de cette répétition constante, nous trouverions notre justification dans la conduite du Disciple bie»aimé. Affaibh par les ans, l'Apôtre de la dilection se faisait porter à l'Église ; toutes ses instructions consistaient dans ces courtes paroles qu'il répétait continuellement, aimez-vous les uns les autres. Ses Disciples, étonnés de lui entendre toujours dire la même chose , lui en demandèrent la raison; il leur fit cette réponse bien digne de celui qui avait eu le privilège inefiable de reposer sur le cœur du divin Maître : C'est que si vous le faites , cela suffit.
Heureux si en ramenant tant de fois Yen-
* I. Tim. ni. 16.
<lvj IMRODUCTION.
prit et le cœur des jeunes Chrétiens, sur ce point fondamental, nous avons pu inspirer à quelques-uns d'être constamment fidèles à ce précepte de la charité, but unique du Catéchisme, abrégé de la loi, des Prophètes et de l'Évangile, dernier mot de toutes choses , terme final des œuvres de Dieu et de la vie de l'homme dans le temps et dans l'éternité!
DE CET EMSEICMEIIEIVT.
L'exposé de la Religion dans sa lettre, dans son esprit, dans son histoire, dans son dogme, dans sa morale, dans son culte, dans sa nature , dans ses moyens et dans sa fin du temps et de l'éternité, depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, tel est l'objet de ce Catéchisme.
Nous pouvons parler de sa supériorité, sans qu'il y ait vanité de notre part. L'idée fondamentale n'est point à nous. Nous l'avons fJit et nous le répétons, elle est de saint
INTUODLCTION. civij
Augustin. La forme elle-m^ine appartient souvent aux Pères de l'Eglise et aux auteurs célèbres que nous avons consultés. Loin de nous attribuer un bien étranger, nous nous faisons gloire, dans un sujet aussi sacré, de n'avoir rien dit de nous-mêmes.
Donc, 1° si on le considère en lui-même , ce plan d'enseignement est le plus complet de tous ceux qui ont été réalisés jusqu'à ce jour.
La plupart des Catéchismes, même développés, ne disent rien de l'Ancien Testament ni de l'histoire de l'Eglise. Quelques-uns, il est vrai , parlent des temps antérieurs au Messie , mais ils se taisent sur l'ouvrasTe des six jours et ne disent pas ce qu'est devenue la Religion depuis l'Ascension du Rédempteur. Un grand nombre omettent les fêtes de l'Eglise. Enfm , il n'en est aucun qui coordonne au Christianisme tous les événements du monde , soit antérieurs , soit postérieurs à Jésus-Christ, et qui rende compte de tout au moyen de la donnée chrétienne. Surtout, il n'en est aucun, ce nous semble, qui s'attache à montrer la
rlviij INTBODrCTION.
Religion dans ses rapports avec les besoins de rhomme : tâche essentielle que nous avons essayé de remplir, de manière à défier l'imagination la plus active de trouver dans l'homme intellectuel, dans l'homme moral, dans l'homme physique , une seule misère véritable que la Religion ne soulage, un seul vœu raisonnable qu'elle n'exauce, un seul sentiment légitime qu'elle ne satisfasse. De là résulte cette vérité concluante, que le Catholicisme renferme et renferme seul tous les moyens nécessaires à l'homme déchu , pour se régénérer. Hors de lui, tout est incomplet, vague, incohérent, inefficace, illusoire. Cet enseignement de la Religion , suivant le conseil de saint Augustin, est donc le meilleur , nous osons même dire l'unique moyen de faire connaître le Christianisme dans son magnifique ensemble.
2" Cette exposition complète de la Religion, dispense du secours laborieux et souvent inutile du raisonnement.
Comme le meilleur moyen de prouver le mouvement, c'est de marcher; de même le meilleur syllogisme en faveur du Christianisme ,
INTRODUCTION. cIîX
c'est de le montre?^ tel qu'il est. A quel homme de bon sens vint-il jamais dans l'idée de prouver la solidité des Pyramides? Ces masses imposantes se soutenant immobiles depuis des milliers de siècles , voilà la preuve de leur solidité. De môme, nous ne disons pas : Nous venons prouver que le Christianisme est divin, social, bienfaisant; que son dogme est sublime, sa morale aimable et pure, son culte magnifique et touchant; nous nous contentons de dire : Regardez.
Quand, du haut de la montagne solitaire, durant le calme parfait d'une belle nuit d'été , vous vovez la Reine des astres s'avançant majestueusement sur l'horizon , pour prendre possession de son empire, étincelant de myriades d'étoiles , demandez-vous des syllogismes pour croire à la magnificence des Cieux ? ne vous écriez-vous pas transportés d'admiration : Les deux racontent la gloire de Dieu , et le firmament révèle l'ouvratre de ses mains ?
De même , lorsque l'œil de l'esprit embrassant l'immense horizon des âges, on voit le magnifique édifice du Christianisme,
c\\ INTRODUCTION.
commencé à l'origine du monde, déyeloppant peu à peu ses gigantesques proportions, traversant immuable soixante siècles de tempêtes , survivant à la ruine de toutes les institutions humaines, triomphant avec une égale facilité des passions des peuples, des persécutions des rois, et de la rage de l'enfer, comment ne pas s'écrier : Le doigt de Dieu est là?
Lorsqu'on voit toutes les parties de ce grand Tout si parfaitement liées les unes aux autres, que toutes et chacune en particulier sont nécessaires à l'harmonie générale ; lorsqu'on voit cette Religion toujours jeune malgré son grand âge, toujours en avant de la raison et de ses progrès, malgré sa miraculeuse immobilité ; lorsqu'on réfléchit à ce Fait immense, toujours ancien et toujours nouveau, qui rend compte de tout et sans lequel on ne saurait rendre compte de rien; en un mot, lorsqu'on voit le Christianisme dans son majestueux ensemble, comment ne pas s'écrier : Chef-d'œuvre du Tout- Puissant , merveille ineœplicable à la raison! A quoi bon l'art mesquin du syllogisjiie pour
iNTRODUCTlOff. chj
prouver sa divinité? Il serait bien à plaindre celui (jui, à la vue du Ciel, ne confesserait pas Texistence de Dieu; plus à plaindre il serait celui qui, à la vue du Christianisme, ne tomberait pas à genoux et n adorerait pas dans l'anéantissement de l'admiration et de l'amour.
Si cette méthode large dispense de toutes les preuves particulières, elle rend aussi vaines et ridicules toutes les objections : avantage inestimable mais exclusif à l'exposition complète du Christianisme.
Etalez, sur une table aux yeux d'un ignorant tous les rouages qui composent le mouvement d'une montre, sur chaque pièce il pourra vous faire des questions et des difficultés sans fin. Il croira y voir mille défauts de précision et d'harmonie , il en viendra peut-être jusqu'à nier la possibilité du mouvement. Dans tous les cas, les pièces restant éparses, jamais il n'en comprendra les rapports. Essayerez-vous de le convaincre par le raisonnement ? Vous voilà réduit à vous perdre , sur chaque partie , en explications et en démonstrations dont l'unique
Clxij INTRODUCTION.
effet sera peut-être de vous fatiguer inutilement, d'embrouiller de plus en plus les idées de votre adversaire et de le confirmer dans ses fausses opinions.
Mais que l'horloger , sans entrer dans tous ces détails, reprenne ces différentes pièces, les remette chacune en son lieu et compose un mouvement parfaitement régulier, que deviennent les objections? que deviennent les doutes?
De même , quand le Chiistianisme vous a été montré tel qu'il est dans ses magnifiques harmonies , que deviennent les comment et les pourquoi de l'incrédulité?
0° Cet enseignement est le meilleur remède à la grande maladie de notre époque, l'indifférence.
L'indifférence est fille du doute et le doute est fils du raisonnement. De ce raisonnement destructeur, le moine de \A ittemberg fut le père ; les missionnaires les plus ardents, Voltaire et son école; la victime, notre siècle; les effets, tous les maux que nous souffrons, sans compter ceux qui nous attendent.
Prends courage , pauvre siècle ! prie Dieu
INTRODICTION. clliij
de te venir en aide, et continue tes efforts pour te débarrasser du suaire d'incrédulité qui t'enveloppe. Poursuis ta double tendance religieuse et scientifique , poursuis : au terme est la lumière de la vérité, le repos de Tamour. Cherche, cherche encore; mais 0 nouveau Colomb, garde-toi des sophistes , leur boussole est trompeuse. Lève les yeux vers cette lumière qui éclaire et qui guide tout homme venant en ce monde. Cette lumière resplendit vive et pure dans le Christianisme, et voici le Christianisme dans son magnifique ensemble.
L'à-propos de cet ouvrage sera facilement senti par tous les hommes éclairés qui comprennent l'état actuel des esprits relativement à la Religion. Dieu soit béni; le temps des discussions est passé.
Attaqué sur tous les points, et sur tous les points resté maître du champ de bataille, le Christianisme commence à recevoir l'hommage intellectuel des vaincus. Le cœur seul demeure encore indifférent; il refuse de se soumettre parce qu'il craint le noble vainqueur, et il le craint parce
thiv INTRODUCTION.
qu'il ne le connaît pas. Et voilà que nous le montrons tel qu'il est, l'ami des cœurs, le roi de l'amour ; et voilà que de sa part , nous disons aux cœurs rebelles : Beaucoup de péchés vous seront pardonnes si vous aimez beaucoup; et aux cœurs malades, aux cœurs brisés, aux cœurs victimes de qpiuelles déceptions , hélas ! et le nombre en est grand : Venez à moi vous tous qui gémissez dans la peine et le travail et je vous soulagerai; vivez sous ma loi et vous trouverez la joie et le repos.
Ainsi, pour diriger la tendance religieuse, guérir l'indifférence et dissiper l'ignorance de notre siècle, nous croyons que jamais une claire et complète exposition de la foi ne fut plus impérieusement réclamée.
« Il ne semble pas croyable d'abord que notre siècle, nous voulons parler de la portion éclairée, de la portion qui manifeste le désir de croire, d'espérer et d'aimer, évidemment plus religi'eux que le précédent, soit cependant bien plus que lui étranger à la connaissance des dogmes chrétiens ; et cependant, pour peu qu'on y regarde de