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entendre dans le lointain des âges, qui crie Heureuse faute ! Bientôt la conduite du Tout- Puissant nous apporte la justification de cette étonnante parole.
En effet, loin d'exterminer sur-le-champ la race humaine comme elle le méritait , loin de traiter l'homme comme il ayait traité les Anges , Dieu lui accorde l'épreuve du temps pour se réhabiliter et reconquérir les biens qu'il vient de perdre par sa faute. Ce n'est pas assez : il lui fournit surabondamment les moyens de réparer son malheur. Ici commence le grand mystère de la miséricorde.
Un Réparateur est promis. Se pla(^ant entre Dieu et l'homme , séparés désormais par une distance infinie, ce Réparateur rétablira leur union primitive rompue par le péché. Le Verbe éternel s'offre à son Père : sa médiation est acceptée. Dès ce moment elle a son effet : la grâce est rendue. Le lien surnaturel qui , avant le péché , unissait Thomme à Dieu , est renoué. Cette i^cunion , ou plutôt cette seconde union, dont Jésus-Christ est le Médiateur, s'appelle Religion \
> C'est rexplication de saint Augustin dans la cité de Dieu.
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Par là on voit clairement que la Religion fJe Jésus-Christ, ou le Christianisme, est aussi ancien que la chute de l'homme '. Par là est rendue palpable cette vérité qu'il importe si fort de rappeler aujourd'hui, qu'il n'y a jamais eu, et qu'il est impossible qu'il y ait jamais une autre religion ; que la supposition même d'une religion autre que le Christianisme, est contradictoire dans les termes ; car il n'y a point de religion possible sans Médiateur, et il n'y a point de Médiateur possible que Jésus-Christ, parce qu'il
> Suivant de graves théologiens, le Christianisme remonte encore plus haut ; ils enseignent que l'homme n'avait été créé dans un état suraaturel qu'en vue du mérite du Verbe dontrincarnatiou aurait eu lieu môme dans la supposition où l'homme n'aurait pas péché. Benoît XIV autorise formellement cette opinion ; voici ses paroles : • Merito Sixtus papa ii animadvertit in nonnuUos thcologos qui censura alliciebant opinionem in his versiculis contentam ; Pcccatorcs non abhorres sine qiiibus nunquam fores (ligna tanto fdio ; teste Diago. lib. 1. annal, c. 33, ubi sensum dicti Pontificis exponit his verbis : Cum duplex sit opinio catholicorum doctorum circa causas précisa» incaniationis ; altéra quod si Adam non peccasset, Dei filius carnem non sumpsisset ; altéra, quod etlam si humana naturain Adam non fuissct lapsa, adhuc di\inum Verbum factum fulsset homo , et utraque opinio pietati , Ûdei , autoritatibus et rallonibus subsistât, atque priori opinion! versus innitantur : dlclmus quidquid contra ipsos attenlatum fucritj teuierariura, pra;sumptuosum et pma dignum fuisse. De Dcatif. sanct. lib. ii. c, 28. n. 10. » Chacun sait que Benoit XIV est un des papes les plus savants qui soient montés sur le trône de saint PieiTC, et qu'il approuva lui-mCmc son traité de la canonisation des saints, compoçé lorsqu'il était encore archcvùque de Bologne,
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n'y a point d'autre Homme-Dieu que lui.
Ainsi le Médiateur a pour mission de rétablir Funion de l'homme avec Dieu. Pour cela, il doit oter le péché du monde, le péché qui seul a bouleversé le plan divin. Il sera donc expiateur pour satisfaire à la justice divine ; docteur , modèle , médecin pour réparer dans l'homme tout entier les funestes ravages du péché. En sa personne , le genre humain triomphera pleinement, parfaitement du péché et de ses suites, comme dans la personne du premier Adam le péché avait pleinement triomphé de l'homme dans son esprit, dans son cœur et dans son corps.
Or, comme il est évident que c'est notre union avec le premier Adam qui nous a rendus malheureux et coupables'; de même il est évident que c'est notre imion avec le second Adam qui nous sauvera. Le but de la vie du temps , le travail de chaque homme sera donc de s'unir au Christ d'une union
> Sicut rcvera homines nisi ex semiuc Adx propagati uascereotur, non nascerentur injusli cuin ea propagalionc per ipsum dum concipiuntur propriam injustitiam contrahunt ; ila nisi in Chrislo renascercntur nunqnain justificarenlur. Con. Irid. sess. 6. c. 3.
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complète et permanente : commencée sur la terre , cette union ne sera consommée que dans le Ciel où, comme aux premiers jours du monde, Dieu sera tout en toutes choses.
Tel est, en quelques mots, le plan divin de la réhabilitation humaine.
Ce dessein admirable , Dieu ne l'a pas développé tout d'un coup. L'homme eût été incapable de soutenir le vif éclat de cette manifestation subite. Il fallait d'ailleurs qu'il comprît, par une longue expérience, le besoin qu'il avait d'un Rédempteur. Toutefois, la sagesse et la bonté divine lui en disent assez, suivant les temps et les circonstances , pour le consoler dans son malheur, soutenir sa confiance et rendre ses œuvres surnaturelles; mais pas assez pour lui ôter le mérite de la foi et éblouir ses yeux par une lumière trop éclatante.
Dieu se proportionne aux besoins et aux forces de l'homme. Il fait briller le soleil de la révélation comme le soleil qui éclaire le monde physique , insensiblement et par degrés. Les tendres clartés de l'aube pré-
il INTRODUCTION.
parent l'oeil aux rayons plus vifs de l'aurore , et ceux-ci le disposent à soutenir les feux étincelants du midi. Ainsi en est-il dans le monde des esprits. Nous n'avons garde, dans nos explications, de nous écarter de cette marche providentielle.
C'est pourquoi , commenc^ant à l'origine des temps , nous suivons à travers les âges la manifestation progressive du grand mystère de notre Rédemption. Comme il repose tout entier sur Jésus-Christ à venir ou sur Jésus-Christ venu, c'est Jésus-Christ que nous cherchons, que nous suivons, que nous montrons partout depuis la première de nos leçons jusqu'à la dernière. Les faits historiques ne sont qu'une liaison entre les promesses , les figures et les prophéties. Ce qui ressort, ce qui domine dans chacune de nos instructions , c'est la grande image du Messie.
De cette sorte , nous réalisons le vœu de saint Augustin, qui veut que dans tout l'Ancien Testament on ne voie qu'une seule chose, Jésus-Christ'. Agneau immolé de-
' Omnls scriplurn Chrisluin narrai cl cbarilalem doccl... Tota Icx gravida crat Christo.
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pui$ le commencement du monde, Héritier de tous les siècles anciens et Père du siècle futur; Pierre angulaire qui unit l'ancien et le nouveau peuple; Centre de toutes choses dans Tordre intellectuel, moral et politique, le Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera dans tous les siècles ; c'est de lui que parlent toutes les écritures, n'est-ce pas de lui que devait parler cet ouvrage tout entier? Aussi, comme nous l'avons dit plus haut, Jésus-Christ régénérant le monde, voilà le centre, l'alpha et l'oméga, le commencement, le milieu et la fin de notre Catéchisme.
Après avoir montré en quoi consiste la nature , les moyens et la fin du Christianisme; après avoir reconnu que dans les conseils éternels de la divine sagesse, le Rédempteur ne devait pas venir immédiatement, nous cherchons ce que Dieu devait à sa bonté pour l'homme , afin de le consoler d'une attente de quatre mille ans.
Or, on conçoit sans peine que Dieu devait 1» promettre à l'homme ce Rédempteur; 2* lui en donner le signalement afin qu'il
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put le reconnaî're quand il Tiendrait, et s'attacher à lui ; 5° préparer le monde à sa réception et à rétablissement de son règne. Voilà aussi ce que Dieu fait d'une manière digne en même temps de son infinie bonté et de sa profonde sagesse. ?Sous montrons qu'en effet depuis la chute de l'homme jusqu'à la Tenue du Messie , c'est à cela que se rapportent tous les conseils de Dieu. De là l'explication successÎTe des promesses, des figures, des prophéties et des préparations du Libérateur.
3. Le Messie promis. — Pour fermer le cœur de l'homme au désespoir et lui faire prendre patience durant quarante siècles, Dieu deTait d'abord , ainsi que nous l'aTons TU , lui promettre un Rédempteur.
Aussi, le Roi de la création n'est pas plutôt tombé du trône, qu'une première promesse fait briller à ses yeux mouillés de larmes un rayon d'espérance : De ta femme naîtra un fits qui écrasera ta tête du serpent. Adam comprit cette mystérieuse parole, et la transmit fidèlement à ses enfants. Pendant
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lieux mille ans cette première promesse fut l'unique espoir du genre humain. Quoique hien vague, elle suiïit pour soutenir le courage des justes d'alors et rendre leurs œuvres méritoires.
La seconde promesse détermine la première. Faite à Abraham, elle nous fixe exclusivement sur la postérité du saint Patriarche. A mesure que les siècles se déroulent et que l'homme devient capable de connaissances plus claires , les promesses se succèdent de plus en plus précises. Il est admirable de suivre cette lonmie chaîne de promesses divines qui, se développant mutuellement , nous conduisent de degré en degré, de la généralité des nations à un peuple particulier, de ce peuple à une de ses tribus, de cette tribu à une famille. Arrivé là. Dieu s'arrête; là finissent les promesses, mais là ne finissent pas nos incertitudes.
Il est vrai , l'homme est assuré d'avoir un Rédempteur, et que ce Rédempteur sortira de la famille de David. Mais dans cette famille de David qui doit exister sans se confondre avec aucune autre jusqu'à la ruine
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de Jérusalem et de la nation, c'est-à-dire pendant l'espace de plus de mille ans, il y aura bien des enfants. Si donc de nouvelles lumières ne viennent nous éclairer, il nous sera impossible de reconnaître parmi tant d'autres ce rejeton de David qui doit sauver le monde. Et voilà le genre humain exposé ou à repousser son Rédempteur lorsqu'il viendra lui tendre la main pour le relever de sa chute , ou à s'attacher au premier imposteur de la race de David qui se dira le Messie. La difficulté est sérieuse. Cependant rassurons-nous. Dieu l'a prévue. Il nous donnera le signalement de ce fils de David auquel le monde devra son salut.
4. Le Messie signala. — Ici comme dans les promesses, nous montrons que Dieu s'accommode à la faiblesse de l'homme , et ne lui fait connaître la vérité que successivement et par des degrés insensibles. Il développe son intelligence comme il développe ses membres.
Il commence par ébaucher dans les ligures le signalement du Libérateur. Pendant trois
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mille ans, c'est-à-dire depuis Adam jusqu'à Jonas, paraissent une longue suite de grands personnages qui, tous, représentent le Messie dans quelques circonstances de sa naissance, de sa mort, de sa résurrection et de son triomphe; Dieu ménage mille événements, il établit une grande variété de cérémonies et de sacrifices, qui sont tîomme autant de traits épars , dont la réunion compose le signalement ébauché du Désiré des nations. Parmi toutes ces figures , la plus significative, c'étaient les sacrifices. Chaque jour le sang des victimes, l'immolation perpétuelle de l'agneau, dans le Temple de Jérusalem, rappelait sans cesse au peuple juif la Victime future dont le sacrifice devait remplacer tous les autres, et auxquels il donnait d'avance tout leur mérite. Mystère permanent dont le peuple entier avait fintelligence \ Si dans le Catéchisme nous n'avons ex-
' Quorum quidem sacriGciorura significalionem explicite majores ( les plus éclairés ) cognoscebant ; minores aulcm ( les moins éclairés; c'est le sens que saint Thomas lui-môme donne à ce mot, art. iv. ) sub velaminc illorum sacrificiorum credentes ca divinitùs esse disposita, de Gliristo venturo quodammodo habcbant velatam cognitionem.
D. Th. 2.7. 2. art. Tii.
IJVJ INTRODUCTION
pliqué qu'un certain nomljre de ces étonnantes figures , c'est d'abord qu'il a fallu nous borner ; c'est ensuite que nous avons choisi de préférence celles que les auteurs sacrés et les Pères de l'Église donnent comme les plus frappantes , et qui prêtent à l'explication d'un plus grand nombre de faits historiques. Cependant , celles que nous développons forment un portrait qui convient si parfaitement , si exclusivement au Messie , c'est-àdire à iNotre Seigneur Jésus-Christ, qu'il est impossible de ne pas le reconnaître pour le type de toutes ces figures , le modèle de tous ces tableaux.
Donc, à moins de soutenir que toutes ces admirables conformités ne sont qu'un jeu du hasard, à moins de nier le témoignage des Pères de l'Eglise et même des écrivains sacrés du Nouveau-Testament, il faut admettre que dans ces figures Dieu a réellement voulu représenter le Messie, et faire l'ébauche de son sisfnalement '.
, Voyez entre autres saint Aug., de catechis. riid. et contra Fanai. lib. 22; contra Fciic. manich. Eiiseb,Dem. Evong. lib. k- Catech. Con. trid. p. 63, Rossuet, sur tes caractères des deux alliances: et la Préface générale de la Bible de Vence.
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Toutefois, il faut en convenir, ces clifTérents traits ne suffisent pas : res(|uisse n'est pas le portrait, et c'est le portrait qu'il nous faut. Épars çà et là, et voilés d'ombres plus ou moins épaisses, ces rayons de lumière ne forment qu'un demi-jour, et ne donnent qu'une connaissance encore vague du Libérateur futur. Aussi n'est-ce là , disons-nous , que l'ébauche de son signalement. Or, Dieu veut que ce signalement soit tellement clair, tellement caractéristique, tellement circonstancié, qu'il soit impossible à l'homme, à moins d'un aveuglement volontaire, de s'y tromper et de méconnaître son Rédempteur.
Le voici donc qui va dissiper toutes les ombres, finir tous les traits et fixer toutes les incertitudes. Pour cela, que fait-il.^
Dans son infinie sagesse, il suscite les Prophètes. Associant leur intelligence à son inteUigence infinie , il leur communique les secrets de l'avenir. Devant leurs yeux il place le Désiré des nations , et leur ordonne de le dépeindre avec tant de précision , que rien ne soit plus facile que de distinguer, entre tous les autres, ce fils de David ([ui
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sauvera le monde. Qu'est-ce donc que les prophéties ? C'est le signalement complet du Rédempteur promis dès l'origine des temps , et figuré sous mille traits divers.
a En effet , dit un de nos plus célèbres Orientalistes, par Fexamen attentif du texte sacré, on voit clairement que toutes les prophéties ne forment , si j'ose m'exprimer ainsi, de la circonférence des quatre mille ans qui précèdent le Messie, qu'un grand cercle, dont tous les rayons aboutissent au centre commun, qui n'est et ne peut être que Notre Seigneur Jésus-Christ, le Rédempteur du genre humain , coupable depuis le péché d'Adam. Tel est l'objet et l'unique but de toutes les prophéties qui concourent à nous le signaler de manière à ne pas le méconnaître. Elles forment dans leur ensemble le tableau le plus parfait. Les Prophètes les plus anciens en tracent la première cxquisse; à mesure qu'ils se succèdent, ils achèvent les traits laissés imparfaits par leurs devanciers. Plus ils approchent de l'événement , plus leurs couleurs s'animent , et quand le tableau est terminé, les artistes
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disparaissent. Le dernier, en se retirant, a soin d'indiquer le personnage qui doit en lever le voile. Foici que je vous envoie, ditil', au nom de FEternel, Elie ie Prophète ( Jean -Baptiste ), avant que vienne le Jour grand et redoutable du Seigneur' . »
Dans le Catéchisme, nous exposons ce signalement tel qu'il est tracé par les Prophètes. Ce signalement à la main , nous cherchons parmi tous les enfants de David qui ont vécu avant la ruine du second temple dans lequel, suivant les Prophètes eux-mêmes, le Messie doit entrer, celui auquel il convient exclusivement et de tout point. Notre recherche n'est ni longue ni difficile. Semblable au navigateur qui , apercevant le rivage désiré , répète avec enthousiasme : Terre ! terre ! bientôt nous tombons à genoux, et dans les plus vifs sentiments de l'admiration , du respect et de l'amour , notre bouche proclame l'adorable nom de l'enfant de Bethléem.
lîn expliquant les prophéties, nous avons
> Malach. m. 33.
' M. Drach. Lettre aux Israélites, p. Al.