I INTRODUCTION
grand soin de signaler un fait essentiel, et, ce nous semble, trop peu remarqué, savoir que les Prophètes ne manquent jamais d'autoriser leurs oracles concernant le Messie, par l'annonce d'événements prochains ; ou , s'ils sont éloignés, dont l'accomplissement sera aussi visible que le soleil à son midi. Nous n'en citerons ici qu'un exemple.
Qui peut douter de la vérité des oracles d'Isaïe touchant le Rédempteur, lorsqu'il compare avec l'événement la prédiction de ce grand Prophète sur la ville de Tyr? Au temps où parlait Isaïe , Tyr était une des plus grandes et des plus fortes villes de l'Asie, peut-être même la plus opulente cité du monde. Cependant le Prophète annonce en termes précis , que cette Reine de la mer ne sera plus un jour qu'un misérable village, habité par quelques pauvres pêcheurs, qui laveront leurs filets sur cette même plage, où abordaient jadis les superbes vaisseaux de toutes les nations. Telle est Tyr aujourd'hui. 11 n'est pas jusqu'à l'impie Volney qui, debout sur ses ruines, ne se soit écrié en lisant Isaïe : U oracle s'est accompli! Mais ,
IVTKOUICTION . îj
homme aveugle ! si cet oracle s'est accompli, donc les autres, dont celui-ci est la preuve, 5e sont accomplis de mcme. Nolult intclUgere ut bene ageret.
Nous faisons remarquer encore combien est invincible la preuve du Christianisme , tirée des prophéties. En effet, Dieu seul connaît l'avenir, l'avenir qui, dépendant du libre concours des volontés et des passions humaines, échappe à tous les calculs. Dieu seul peut donc en donner connaissance à l'homme. Le don de cette connaissance , qui fait participer l'intelligence créée aux lumières de l'intelligence infinie, est un des plus grands miracles qu'il puisse opérer. Mais Dieu ne peut faire des miracles pour autoriser le mensonge. Donc , Jésus-Christ , qu'il a fait annoncer tant de siècles à l'avance par un si grand nombre de Prophètes inconnus les uns aux autres , comme le Rédempteur du monde, comme l'Envoyé du ciel et le Messie promis depuis l'origine des temps, n'est pas un imposteur; donc, sa rehgion n'est point une fable : nier cela c'est éteindre en soi la dernière lueur de la raison ,
)ij IXTRODUCTION' .
c'est fixer sa place parmi les brutes stupides.
Un dernier point sur lequel nous insistons également dans l'explication des prophéties, c'est l'admirable moyen que Dieu a choisi pour mettre au-dessus de tout soupçon l'antiquité et l'intégrité de ces livres divins. Un exemplaire de chaque prophétie est déposé dans le temple de Jérusalem , et confié à la garde des Prêtres. Des copies nombreuses sont entre les mains de tout un peuple qui en fait dans les maisons et dans les sjTiagogues sa lecture habituelle. Le moyen d'altérer un ouvrage qui se trouve possédé en même temps par des millions de personnes inconnues les unes aux autres !
Ce n'est pas tout : par un trait de providence qu'on ne saurait assez admirer , le peuple juif cesse d'être Tunique dépositaire des écritures , environ deux siècles avant la venue du Messie. Sur la demande d'un roi idolâtre , leurs Anciens , c'est-à-dire leurs Docteurs, au nombre de soixante-dix, font eux-mêmes une traduction authentique des livres saints. Déposée dans la plus fameuse bibliothèque de l'univers, cette traduction
INTROUrCllO.N. liij
est mise hors de leurs atteiriles. Quand le moment sera venu, il sera impossible à la synagogue de nier ou d'altérer les témoignages de Moïse et des Prophètes en faveur du Messie. Cette traduction , nous l'avons encore.
Depuis kl venue du Rédempteur, ces mûmes livres se trouvent entre les mains de deux sociétés essentiellement opposées Tune à l'autre. Quel moyen de collusion ! Chose admirable ! c'est précisément du peuple juif que Dieu se sert pour porter jusqu'à l'évidence, l'antiquité et l'intégrité des prophéties ! c'est à ce peuple, le plus intéressé à les altérer et à les détruire, que Dieu en confie la garde.
Vainement elles le convainquent, à la face de l'univers, du plus grand des crimes et de la plus inconcevable folie , il n'en est pas moins passionné pour ces livres sacrés ; il les conserve religieusement, il les aime comme l'avare aime son trésor , et , au prix même de sa vie, il leur rend témoignage envers et contre tous. Que dis- je ! iNon-seu- Içment Dieu a fait du peuple juif le gardien,
liv INTRODUCTION.
incorruptible des prophéties, il en fait le propagateur infatigable. Voilà pourquoi ce peuple ne prend racine sur aucun point du globe; voilà pourquoi il est partout sans être nulle part , partout portant avec lui dans sa course vagabonde et faisant lire à tous les peuples ces livres qu'il n'entenii pas luimême.
Ce n'est pas encore assez : depuis dixhuit siècles, un prodige unique dans les fastes du monde , conserve ce peuple ou plutôt ce cadavre de peuple, sans chef, sans pontife , sans patrie , sans autel , sans sacrifice, partout repoussé, partout méprisé, seul demeurant du monde antique , survivant à toutes les ruines et à tous les bouleversements, sans mélange et sans confusion, peuple visiblement fait exprès pour servir d'éternel témoin au Messie.
Or , nous disons que ces promesses , ces figures, ces prophéties étonnantes, les Juifs les comprenaient suftisamment pour attendre avec assurance et reconnaître avec facilité le Rédempteur fnt'ir.
D'abord , ils crovaienî tous à hi venue
IMKODLCTIOX. Jv
d'un Messie; cette croyance était le premier article de leur symbole, le fondement de toute leur religion. Ils savaient très-bien que le Messie naîtrait d'Abraham par Isaac , par Jacob , par Juda et par David. Ce divin Messie, conversant lui-même parmi eux , leur demandait un jour : De qui le Messie est-il fds ? Il est fils de David , lui répondent-ils sans hésiter'. S'ils savaient que le Messie serait homme , ils savaient aussi qu'il serait Dieu ; étonnés d'entendre Jésus leur parler de sa mort, ils s'écrient: Est-ce que le Christ ne doit pas vivre éternellement'?
Quant aux figures, les plus éclairés, dit saint Thomas cité plus haut, en avaient une connaissance explicite; les autres en avaient toute l'intelligence nécessaire pour y découvrir, confusément du moins, les différents traits du Rédempteur.
S'agit-il des prophéties? ils vous disent avec assurance que, suivant les Prophètes , le Christ doit naître «^ Bethléem de Juda ,
' Mal/i. \xii. /j2.
' Joan, xii. 3'i.
Ivj INTRODUCTION.
qu'il délivrera la maisolh d'Israël , qu'il sera Roi. Et de fait, comment supposer qu'ils n'eussent pas l'intelligence d'un livre remis exprès entre leurs mains pour leur annoncer le Réparateur du monde, et qui, depuis la première page jusqu'à la dernière , ne parle que de lui ' ?
C'est donc pour les Juifs d'abord que les promesses, les figuras et les prophéties ont eu lieu, c'est aussi et plus encore par nous Chrétiens. Elles nous révèlent le plan admirable de notre Rédemption, commencé dès l'origine des temps et développé sans interruption pendant une longue suite de siècles.
Par là elles établissent notre foi sur des bases inébranlables, en nous montrant que la Religion chrétienne étend ses racines jusqu'aux premiers jours du monde, qu'elle est l'héritière de toutes choses et qu'il est impossible qu'une Religioû dont le Fondateur, les mystères, les combats et les triomphes ont été annoncés, figurés, prédits tant de siècles d'avance, ne soit pas l'œuvre de Dieu. De plus, les prophéties qui déjà se sont vé-
I Jet. I. 14.
OTRODUCTIOM ItÏJ
rifiées, nous répondant de raccomplissement de toutes celles qui regardent les âges futurs, la certitude de notre foi se trouve ainsi démontrée sous le double rapport du passé et de l'avenir. Telle est la remarque de saint Augustin '.
4. Le Messie préparé. — Dieu vient d'employer deux cents ans à donner, par l'organe des Prophètes , le signalement complet du Messie. Le lieu de sa naissance, le temps de sa venue, tout le détail de ses actions est prédit. Que reste-t-il? le voici : Lorsqu'un grand roi , tendrement aimé de son peuple^ €t impatiemment attendu, doit faire son entrée dans la capitale de son royaume , on s'empresse de lui aplanir les voies , on lui ouvre toutes les portes, on prépare tous les esprits à le recevoir.
Ainsi, le Verbe éternel, le Roi immortel des siècles , le Désiré des nations , devant bientôt faire son entrée dans le monde, Dieu son père lui aplanit toutes les voies , lui ouvre toutes les portes , prépare les
» De caiechis, rud. n. ultim.
Iviij lS'TR0DlXTi05<
esprits à le recevoir , et fait concourir tous les événements à l'établissement de son règne étemel. Préparation étonnante (le grandeur et de majesté qui commence à être sensible à la vocation d'Abraham, mais qui devient évidente cinq cents ans avant l'arrivée du grand Roi.
Ici nous développons le plan divin en montrant , appuyé sur les Prophètes , que tous les événements politiques antérieurs au Messie, et surtout les quatre grands empires qui, suivant Daniel, devaient précéder sa venue , concourent , chacun à sa manière , à préparer le règne de ce Désiré des nations, par qui et pour qui tout a été fait.
Si Ton considère que ces quatre grandes monarchies ne se sont élevées que dans une longue suite de siècles, qu'elles ont été préparées par cette foule d'événements , de guerres, de victoires, d'alliances, dont l'Orient et l'Occident furent le théâtre depuis la plus haute antiquité , enfin qu'elles ne se sont développées qu'en absorbant tous les autres empires, on voit clairement que
IMRODIXTION. Ht
ces quatre grandes monarchies ont porté le monde entier aux pieds de Jésus-Christ : comme ces larges fleuves qui portent à rOcéan jion - seulement les eaux de leur source , mais encore celles de toutes les rivières devenues leurs tributaires.
C'est ainsi que l'histoire sacrée et l'histoire profane se réunissent pour nous donner la preuve palpable de cette sublime parole que Jésus-Christ est r héritier de toutes choses; que tous les siècles se rapportent à lui ' , et que non -seulement la nation juive, mais encore toutes les nations du globe étaient grosses de lui '.
Sur l'autorité des Prophètes, nous faisons voir que le premier des quatre grands empires prédits par Daniel , celui des Assyriens ou de Babylone, avait pour but providentiel de forcer les Juifs à conserver intact le dépôt sacré de la promesse du Libéra-
' llebr. 1. 2.
' Tola lex gravida crat Christo. — Saint Jérôme tient le même langag»' Voici ses remarquables paroles : Toute réconomie du monde visible ou invisible, soit avani, soil depuis la ci*éation, se rapportait à l'avèuemeni de Jésus Christ sur la terre. La croix de Jésus-Christ, voilà le centre auquel tout vient aboutir , le sommaiie de toute l'histoire du monde, Comment, sur Us épltres de saint Paul.
Ix INTRODUCTIOX.
leur, son souvenir et son culte parfait;
Que le second, celui des Perses, avait pour but de ménager la naissance du Messie dans la Judée, et d'opérer Taccomplissement des prophéties suivant lesquelles il devait être connu pour fils de David et entrer dans le second Temple ;
Quelle troisième, celui des Grecs, avait pour but de préparer les esprits au règne du Messie et d'en faciliter l'établissement , soit en rendant vulgaire, du couchant à l'aurore , la langue dans laquelle l'Evangile devrait être annoppé, soit en attirant les Juifs dans toutes les parties du monde, soit en faisant connaître universellement les livres saints par la traduction d'Alexandrie , et les mettant à l'abri des altérations judaïques ;
Enfin , que le quatrième , celui des Romains , avait pour but i ° d'aplanir toutes les voies à la prédication de l'Évangile , en renversant toutes les biurières qui séparaient encore les peuples divers, en nivelant le sol et pavant de grandes et larges routes d'un bout du monde à l'autre ; 2' d'accomplir la,
INTRODUCTIOX. Ilj
célèbre prophétie de Jacob mourant, et de mettre ainsi la dernière main à la préparation évangélique en faisant naître le Christ à Bethléem.
Admirable philosophie! qui résume en trois mots l'histoire universelle de quai^ante siècles : Tout pour le Christ , le Christ pour l'homme, l'homme pour Dieu.
Admirable philosophie ! dont la sublimité étonne le savant , et dont la simplicité se laisse comprendre des plus faibles intelligences : l'expérience nous a montré qu'il n'est aucune de ces vérités si hautes qu'on ne puisse mettre à la portée des enfants.
Ainsi, Dieu, l'homme, le monde, Jésus- Christ promis , signalé , préparé ; tel est l'objet de nos leçons pendant la première année.
DEUXIE^HE AlVIVÉE.
1. Vie du Messie. — Les temps sont accomplis. Nous sortons du règne des ombres et des préparations pour entrer dans celui
IXIY INTRODUCTION.
général des esprits et la situation particulière de la Judée , à la venue du Messie , nous montrons le Fils de l'auguste Vierge de Juda, occupé, dès sa naissance , non à fonder une autre Religion, mais à compléter l'ancienne sous le rapport du dogme, de la morale et du culte ; remplaçant ses éléments infirmes par des sacrements pleins de grâce et d'efficacité; abolissant tous les rites qui l'appropriaient au peuple juif; proclamant lui-même le but de sa mission par ces lumineuses paroles : Je ne suis pas venu pour détruire la loi ou les Prophètes , mais pour les accomplir et les vérifier': liant ainsi son œuvre à l'œuvre antique, ou plutôt nous apprenant que l'Ancien et le Nouveau Testament ne forment qu'un seul tout dont il est lui-même le centre, un même édifice dont il est la pierre fondamentale '.
Forcé d'abréger le récit de ses œuvres merveilleuses, nous nous attachons à raconter en détail celles où il se montre avec un éclat plus marqué : expiateur, docteur, mo-
» Uatfuy. 17.
2 Epk. II. 20.
INTRODICTIOX llV
dèle, médecin de toutes les infirmités, c'està-dire Rédempteur et Sauveur du genre humain , dans toute la signification de ces grands mots. Nous passons plus légèrement sur tout le reste. Après l'avoir vu naître, vivre, instruire en Homme-Dieu , nous le considérons mourant, mais mourant en Dieu, et prouvant sa divinité plus invinciblement par sa mort que par sa vie.
Sur le théâtre de ses douleurs, nous conduisons les enfants chrétiens, pour les toucher et les instruire. Qui n'aime à revoir les lieux qui font vu naître ? Le Calvaire fut notre berceau : nous y appelons l'incrédule lui-même pour le convaincre.
Du Calvaire , nous descendons avec le Sauveur dans le tombeau; de là nous suivons aux limbes ce mort libre entre les morts^ prêchant l'Evangile aux âmes bien-heureuses et faisant briller dans leurs sombres demeures, l'aurore de leur délivrance.
Les trois jours marqués par les Prophètes sont écoulés; le Fils de l'Éternel sort du tombeau, vainqueur du péché et de la mort„ satellite du péché. Nous montrons ses en-
hvj ÏXTRODUCTION .
nemis confondus, réduits au point d'acheter à prix d'argent la déposition menteuse de témoins endormis. Viennent ensuite les principales preuves de la résurrection du Messie, gage de la nôtre et base de tout le Christianisme. Nous racontons ses diverses apparitions et les épreuves auxquelles sa condescendance veut bien se soumettre pour convaincre les Apôtres.
Ici nous concluons un raisonnement dont quarante siècles de promesses, de figures, de prophéties et de préparations littéralement accomplies en Notre Seigneur Jésus-Christ , forment les magnifiques prémisses, et dont la divinité du Sauveur est la conséquence nécessaire.
De plus, par l'examen des faits extérieurs, nous montrons que Notre Seigneur est bien véritablement le Messie promis au genre humain et attendu chez tous les peuples.
Un premier fait , c'est qu'à dater de sa naissance , l'attente d'un Messie réparateur de l'homme, universellement répandue, de l'aveu mcme des incrédules , a cessé chez
iNTRonrcTioN. Ivvij
toutes les nations, la juive exceptée. Mais, chose admirable ! cette exception même est toute en notre faveur. Il était formellement prédit que les Juifs ne reconnaîtraient pas le Messie lorsqu'il paraîtrait', en sorte que s'ils eussent reconnu pour tel Notre Seigneur Jésus-Christ, il ne serait pas le Messie. C'est ainsi que tout conspire à rendre inébranlable la certitude de sa divinité.
Un second fait , c'est que Notre Seigneur a réellement accompli dans toute son étendue, la mission du Messie promis, du Désiré des nations. Que devait faire le Messie? une seule chose; mais une chose qui renferme tout : Oter le péché du monde ^ ou suivant l'expression de Dieu lui-même : Ecraser la tête du serpent.
Or, nous montrons que Notre Seigneur a effectivement ôté le péché. Par rapport à Dieu; il a rendu un hommage infini à sa majesté et une satisfaction infinie à sa justice. La crèche et la croix en sont les preuves éclatantes. Par rapport à lliomme ; il a été obéissant jusqu'à la mort et à la mort de
* Dan. IX. 26.
Ixviij INTRODUCTION.
la croix, afin à'ôter une désobéissance infinie. Par rapport à Dieu et à l'homme ; il a été Dieu et homme , afin de réunir de la manière la plus intime ceux que le péché avait séparés.
Il en a réparé toutes les suites, l'ignorance, la concupiscence, la mort; en sa personne, l'homme a connu Dieu parfaitement , il a été parfaitement affranchi de la concupiscence et de la mort, et il règne aujourd'hui triomphant dans les cieux. Toutes ces vérités consignées dans la vie de Notre Seigneur, sont des faits historiques. Or, les faits de Jésus-Christ, dit le philosophe de Genève, sont mieux prouvés que ceux de Socrate dont personne ne doute.
2. Le Messie nouvel x\dam. — Ainsi , dans la personne de FHomme-Dieu , le genre humain a été et demeure parfaitement réhabilité ; mais il faut que chacun de nous participe à cette réhabiUtation , autrement le Christ ne nous servira de rien *. Ici vient se placer d'elle-même l'explication d'une
1 Ad Gai. V. 2.
INTRODUCTIOX. Ixil
vérité fondamentale : qui ne la comprend pas , ne comprend rien au Christianisme ' . Laissons parler le plus sublime interprète des pensées divines, le scrutateur le plus profond de l'œuvre de la Rédemption humaine.
Saint Paul ne voit que deux hommes dans le monde : le premier Adam et le second Adam qui est Notre Seigneur '. Le premier représente le genre humain déchu , le second représente le genre humain régénéré. C'est l'union de toute la race humaine avec sa tige primitive qui l'a rendue coupable et malheureuse ; c'est son union avec sa seconde tige qui la rendra juste et heureuse. L'union de la race humaine avec le premier Adam , fut une union complète : union spirituelle, morale, physique. Voilà pourquoi l'homme a été dégradé dans toutes les
■ Toute la science de la Religion , dit saint Augustin , toute la foi chrétienne, consiste proprement dans la connaissance des deui Adam ; ce que nous avons hérité du premier , ce que nous avons reçu gratuitement du second. La nature tombée en Adam, la nature réparée en J.-C. , voilà toute la Religion. Du péché originel, p. 266.
^ jàd Rom. v ; i Cor. \\ . Ad Eph . iv . — Vojei aussi le concile de Trente cité plus haut.
hx INTRODUCTIOX.
parties de son être , dans son esprit , dans son cœur et dans son corps.
Pour être régénérés, que faut-il? Il faut, répond le grand Apôtre, que nous portions en nous-mêmes la ressemblance de Thomme céleste , comme nous avons porté l'image de rhomme terrestre ; il faut que nous devenions les fils du nouvel Adam par la communication de son esprit , de son cœur et de sa chair divine, comme nous naissons fils du premier Adam par la participation de son esprit, de son cœur et de sa chair de péché '. De là, pour chacun de nous, l'indispensable nécessité de nous unir au nouvel Adam par notre esprit, par notre cœur el par notre corps \
Pour expliquer cette mystérieuse renaissance que le nouvel Adam posa pour hase de notre réhabilitation , dans son entretien avec jNicodème , servons-nous d'une comparaison dont les éléments sont pris dans l'Écriture ^
' 1 Jd Cor . XV . /i9 . — ^d Heb. ii . 14 •
' Sicut fuit vêtus Adam effusus per toinm honiincm el loluni occupavit, ita modo totum oblineat Christus qui totum creavif, totum redemit, totum etglorificabit. St. Bern senn . iv. de adi. n. îef 3
^ 1 Joan . XV . 5 .
INTRODUCTION. Iwj
Deux grands arbres sont plantés an milieu du monde : un arbre de mort et un arbre de vie. Ces deux grands arbres sont le premier et le second Adam. Nous sommes tous , par la naissance , les rameaux de l'arbre de mort. Tant que nous lui restons unis , nous vivons de sa sève empoisonnée , nous ne portons que des fruits de mort, indignes de la vie éternelle. Pour en porter de bons , il faut que nous soyons entés sur l'arbre 'de vie et que nous recevions sa sève salutaire. Donc pour participer à la Rédemption , il faut que nous soyons unis au Ré- <lempteur, mais d'une union complète et permanente, afin d'être ses enfants et de prendre ses qualités. Telle est la volonté expresse du Sauveur, volonté qui porte avec elle-même la grâce de l'accomplir '.
3. Union DE notre esprit avec le nouvel Adam, PAR LA FOI. — L'union de notre esprit avec le nouvel Adam , s'opère par la foi ; l'union de notre volonté ou de notre cœur , par C amour ; l'union de notre corps et de notre
• Dédit eis polestatenifiliosDeifieri, etc. Joan. cl.
Ixxij INTRODUCTION.
être tout entier, par la communion. Cette triple union est nécessaire , quoique d'une nécessité différente ' ; de là , ces paroles du
» Afin de rester ici dans les limites de la foi catholique sur la nécessité de la communion relativement au salut, il est bon de se rappeler la doctrine de saint Thomas. Cet ange de la théologie, ce chantre inimitable du mystère d'amour, ce génie, Tun des plus beaux qui aient paru dans le monde, s'exprime ainsi : Concldsio : Quanquam non quoad reaLem perceptionem sicut baptismus Eucharistiœ sacramentum ad salutem necasarium sity est tamen ex parte rei quœ est imitas corporis mystici, necesiaiium ad salutem. In hoc sacramento duo est considerare : scilicet ipsum sacramentum et rem sacramenti. Dictum est autem quod res hujus sacramenti est unitas corporis mystici sine qua non potest esse salus : nulli enim patet aditus salutis extra Bcclesiam , sicut n#c in diluvio absque arca Noë, quae siguificat Ecclesiam. Dictum est autem quod rcs alicujus sacramenti haberi potest ante perceptionem sacramenti , ex ipso voto sacramenti percipieudi. Undè ante perceptionem hujus sacramenti potest homo habere salutem ex voto percipiendi hoc sacramen»um. Sicut et ante baptismum, ex voto baptismi. Est tamen differentia quantum ad duo : primo quidem quia baptismus est prlncipium spiritalis vita^ et janua sacramentorum ; Eucharistia vero est quasi consummatio spiritalis vitae et omnium sacramentorum finis. Per sanctifîcationcs enim omnium sacramentorum lit prxparatio ad suscipicudam vel cousecrandam Eucharistiam, et ideoperceplio baptismi est necessaria ad incohandam spiritalem vitam; perceptio autem Eucharistiœ est necessaria ad consummandam ipsam ; non ad hoc quod simplicitcr habeatur, sed sufficit eam habere in TOto sicut et finis habetur in desiderio et inlentione. Alia differentia est, quia per baptismum ordinatur homo ad Eucharistiam, et ideo ex hoc ipso quod pueri baptisuntur, ordinanlur per Ecclesiam ad Eucharistiam. Et sicut exfideEcclesiae credunt, sic ex intentione Ecclesix dcsiderant Eucharistiam et perconscquens recipiunt rem ipsius; sed ad baptismum non ordinantur per aliud prxcedcns sacramentum , et ideo ante susceptionem haptismi non babent pueri aliquo modo baptismum in voto, sed soli adulti. Undè rem jaerantex/t non possunt pcrcipere, sine pcrceptione sacramenti. Et ideo hoc sacramentum non hoc modo est de neccssitate salutis licut baptismus. — D, Th. 3. p. q. 73, art. m.
INTRODUCTION. Ixxiij
Sauveur lui-même , dont il est maintenant facile de comprendre le sens profond : Celui qui ne croira pas sera condamne ; celui qui naime pas demeure dans la mort ; si vous ne mangez la chair du Fils de C homme et si vous ne buvez son sang, vous n aurez point la vie en vous \
Cette admirable économie du Christianisme, ces conditions indispensables de notre salut, furent l'objet particulier des entretiens du Sauveur avec ses Apôtres, pendant les quarante jours qui s'écoulèrent entre sa Résurrection et son Ascension. C'est alors qu'il leur donna l'intelligence des Ecritures et qu'il les instruisit à fond des secrets du royaume de Dieu\ Voilà pourquoi nous plaçons à cette époque l'explication détaillée de toute sa doctrine ^
Le Sauveur ne se contenta pas de dire en général : Celui qui ne croira pas sera condamné. Entrant dans le détail, il enseigna à ses
« Joan . m , 18, 14 ; et vi. 5k .
> Àci. 1. 3.
' Tel est aussi le sentiment de saint Léon : Non ergo ii dics qui in(er resuirectionem Domini asceiisionemque iluxeruiit, otioso transiore decursu, sed magna in his confirmata sacramenta, magua sunl recelait mysleria. Serm. l. de Jscensio.
lixiv iSXRODCCTIOX.
Apôtres toutes les vérités qu'ils devaient prêcher au monde et que l'homme devait croire pour s'unir avec son Rédempteur, alin de participer au bienfait de sa Rédemption. Les Apôtres en composèrent un abrégé.
C'est ici qu'après avoir montré la nécessité de la foi , nous plaçons l'explication du Symbole catholique. Là sont toutes les vérités fondamentales de la Religion et de la raison humaine.
Dieu , un en nature , trois en personne ; le Père, et l'œuvre de la création et le gouvernement du monde ; le Fils , et l'œuvre de la rédemption; le Saint-Esprit, et l'œuvre de la sanctification :
L'homme, composé mystérieux d'une double substance ; l'homme , créé innocent et bon , dégradé par sa faute , soumis à une épreuve deréhabiHtation, environné de tous les moyens de reconquérir sa perfection primitive , et tenu de rendre compte , lorsque son épreuve sera finie , de l'usage qu'il en aura fait; bonheur ou malheur, sans vicissitude et sans fin , alternative inévitable qui l'attend après le jugement divin :
INTRODUCTION. lïXV
Le monde ^ créé de Dieu , ré^i par les loib d*une providence universelle, et destiné à passer par le feu au jour marqué par celui ipii le tira du néant.
Voilà en peu de mots ce que le Symbole catholique nous révèle sur tout ce qui peut être l'objet de nos connaissances , Dieu , l'homme et le monde.
Pour en comprendre toute la sublime simplicité, comparez-le aux symboles des mille sectes qui ont tour à tour paru sur la terre. Remarquez surtout, ce qu'on n'a point assez remarqué , comme chacun de ses articles réduit en poudre une ou plusieurs des théories absurdes rcvées par les philosophes payens sur Dieu, l'homme et le monde, et renouvelées avec si peu de honte par les impies modernes. Chaque mot est un trait de lumière qui dissipe une partie des ténèbres dont la raison de l'homme était enveloppée depuis la chute originelle, et la réunion de tous ces rayons divers, forme le soleil de la vérité devant lequel toutes les ténèbres disparaissent, comme *les ombres de la nuit devant l'astre du jour.
IXXVJ INTRODUCTION.
Qu'on examine le Symbole catholique avec impartialité, et quon dise s'il est possible de rien trouver de plus complet, de plus vénérable , de plus utile et même de plus consolant.
Peuples modernes, si fiers de vos connaissances, c'est au Symbole catholique, sachezle bien , que vous devez votre supériorité intellectuelle sur les nations payennes d'autrefois et d'aujourd'hui; c'est à lui que vous devez la délivrance des erreurs grossières, des superstitions infâmes qui dégradaient le Sénat et l'Aréopage. C'est lui qui , au dogme désespérant de l'aveugle destin et de l'inexorable fatalité, a substitué la douce croyance d'une providence universelle qui régit le monde et veille sur l'homme, comme l'homme lui-même veille sur la prunelle de ses yeux. Qu'on dise maintenant si les dogmes chrétiens sont inutiles ou contraires à la raison !
Le Symbole étant la vérité, ou, s'il est permis de le dire , étant Dieu communiqué h l'homme sous l'enveloppe de la parole , il s'ensuit que rintelHgencc qui le reçoit, qui
iNTRODrcTioN. hivij
le garde , reçoit Dieu '. Les pensées (Uyines du nouvel Adam remplacent nos pensées liumaincs, fausses, incomplètes, triste héritage du premier Adam. C'est ainsi cpie s'opère notre union , ou plutôt notre transformation intellectuelle au Rédempteur.
Sous ce premier rapport , chaque croyant peut dire : Ce n'est plus moi, moi fils du vieil Adam, qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi.
4° Union de notre volonté ou de notre
COEUR AVEC LE NOUVEL AdAM , PAR LA CHARITÉ.
Mais l'homme n'est pas seulement esprit, il est encore cœur et corps. Cette simple observation rend palpable une vérité, sujet, au seizième siècle, de bien des controverses, c'est que la foi seule ne suffît pas au salut : la raison en est claire.
Par la foi, notre union avec le nouvel Adam n'est pas complète, elle n'est que commencée. Aussi , avons-nous hâte de parler de l'union de notre cœur avec le Rédempteur par la charité. Dans l'ordre de nos
« Non raiuus est verbum Dei quani corpus Christi. St Aug. in stnn.
Ixxviij IXTROnUCTION .
leçons, au Symbole succède le Décalogue. Or, le véritable amour nest pas seulement en paroles , il se traduit par des œuvres. Aimer Dieu , c'est associer nos affections aux siennes en lui soumettant notre volonté: aimer Dieu, c'est observer sa loi. Nous aimons Dieu, dit l'Apôtre de la charité, si nous observons ses Commandements , et ses Commandements ne sont pas difficiles \
Si le Symbole est le tuteur de notre débile raison et le principe régénérateur de nos pensées, le Décalogue est la sauve-garde de notre cœur et le principe régénérateur de nos affections. C'est comme un bienfait , un immense bienfait , que nous faisons envisager chacun des Commandements. En effet l'amour humain, dégradé par la chute primitive, est enclin à se prostituer à tout ce qui est au-dessous de lui. Le Paeranisme ancien et moderne, et dans le Christianisme mcme, l'homme qui cesse d'être Chrétien , en offrent la preuve humiliante. Puis quand notre pauvre cœur, semblable à ces prêtres
' Harc est caritas Dei ut mandata cjus obsciTcmus et mandata ejus gravia non sunt. 1. Joan 5.
INTRODUCTION. IxMX
des idoles, qui cherchaient les secrets du Ciel dans les entrailles palpitantes des yictimes , a fouillé dans toutes les créatures , dans toutes les voluptés, pour y trouver le bonheur, il est forcé de s'écrier : Vanité, mensonge , affliction ; mécompte cruel , tourment horrible, dont le divin Réparateur a voulu le délivrer en le rappelant aux seuls objets dignes de son affection.
C'est pourquoi tous les préceptes se rapportent à deux : l'amour de Dieu, et l'amour du prochain pour l'amour de Dieu. Ainsi , dans le prochain lui-même, c'est Dieu que nous devons aimer.
Amour, amour de Dieu, grand besoin de l'homme , première loi de son être , précieux trésor enlevé par la couleuvre voleuse '; mais reconquis par le nouvel Adam et rendu à la race humaine pour faire son bonheur et sa gloire dans le temps et dans l'éternité , vous descendez jusqu'à nous par le Décalogue. Ce code sacré est la loi organique de la charité : la régler dans sa manifestation , la nourrir et la protéger contre tout ce qui
« Expression des livres Zends.
\XXS. INTROBLCTION.
pourrait la diminuer ou l'éteindre, tel est son but.
De là, dans le Décalogue, deux sortes de préceptes, les préceptes afprmaiifs et les préceptes négatifs. Par les premiers, le nouvel Adam nous apprend ce que nous devons aimer et comment nous devons l'aimer, c'est-à-dire Dieu, et l'homme pour l'amour de Dieu. Le premier Adam fit son malheur et celui de toute sa postérité , en violant cette loi primordiale; le second Adam fait notre bonheur en nous rappelant à cette douce loi d'amour.
C'est ainsi qu'en réglant nos affections , Jésus- Christ se montre vraiment le Sauveur de notre cœur , comme il a été le Sauveur de notre esprit en lui apprenant ce qu'il devait croire. En un mot , le Décalogue délivre le cœur de l'homme du joug dégradant de la concupiscence , comme le Symbole délivre son entendement du joug de l'erreur.
Par les préceptes négatifs , le nouvel Adam protège notre cœur contre tout amour ennemi , étranger , usurpateur. Tout ce qui
INTRODUCTION. lïXïj
peut être l'objet d*iin légitime amour, la Tie de notre corps et la vie de notre ame, la paix des familles , la sainteté du lien conjugal, nos propriétés, notre réputation même, il l'environne d'une barrière bien plus sacrée que toutes les lois humaines.
De là cette vérité malheureusement si peu comprise, que chacun des Commandements de Dieu est un bienfait, une garantie de bonheur même sur la terre '. Tel est, nous le répétons, le point de vue souverainement juste, sous lequel nous faisons envisager ce code divin. Quoi de plus important? N'est-ce pas , hélas ! pour avoir été habitués à le regarder comme un joug pénible , que tant d'infortunés le foulent aux pieds?
Non, non, hommes trompés, le Décalogue ne gêne point votre liberté , il la perfectionne ; il n'entrave point votre marche , il la règle; il n'embarrasse point vos pieds, il les affermit et les éclaire'.
Un voyageur s'avance vers une ville mag-
» Tollite jugum meum super vos... jagum enim meum suave est, ri onus meum levé... et invenietis requiem animabus vestris. Math. vu. * Luccrna pedibus mois verbum tuum. Ps. 118.
hxXlJ INTRODUCTIOX.
nifique où l'attend avec sa famille bienaimée une brillante fortune. Entre lui et la ville désirée est un abîme sans fond. D'épaisses ténèbres couvrent le chemin. Luimême est sans guide , sans flambeau. Sur cet abîme , il n'y a qu'une simple planche , étroite , vacillante : il faut nécessairement qu'il passe dessus. L'infortuné est ti^ès-sujet à faire de faux pas; de nombreuses et déplorables chutes ne le prouvent que trop.
Eh bien , dites-moi : si un guide charitable venait prendre ce voyageur par la main ; s'il élevait de chaque côté de cette fatale planche deux fortes barrières; s'il y suspendait de brillants flambeaux en sorte qu'il fût impossible au voyageur de tomber dans le gouffre , à moins qu'il ne renversât volontairement ce double parapet : regai deriez-vous ces barrières comme des entraves, ces flambeaux comme une injure, toutes ces précautions comme un mauvais service rendu à ce voyageur? ce guide charitable mériterait-il le nom de tyran pour lui avoir donné la main , prévenu ses chutes et assuré le succès de son voyage ?
INTRODUCTION. Uxxiij
L'application est facile : ce voyageur siijol à faire tant de faux pas, c'est l'homme sur la terre. Cette cité bienheureuse où l'attend la fortune, la gloire, une famille chérie, c'est le Ciel. Ce noir abîme, c'est l'enfer. Cette planche étroite, fragile, vacillante, c'est lavie. Ce guide charitable, c'est Dieu. Ces barrières élevées de chaque côté de la fatale planche , ces flambeaux qui y sont suspendus, ce sont les Commandements du Seigneur.
Qu'après cela, l'homme aveugle dise que le Décalogue est une entrave à sa liberté , pour nous , ô mon Dieu ! nous dirons toujours qu'il en est le guide et le soutien, par conséquent un de vos plus grands bienfaits; et, pour ne pas tomber dans le gouffre sans fond, nous nous garderons bien de jamais briser cette barrière salutaire.
De même qu'en croyant au Symbole, notre esprit s'unit au nouvel Adam, de même en recevant le Décalogue, notre cœur s'imit à lui. En effet, le Décalogue c'est la charité , ou s'il est permis de le dire, c'est Dieu communiqué à l'homme sons l'enveloppe du Commandement.
Ixxxiv INTRODUCTION.
Aussi voyez : le cœur humble et docile^ à la loi d'amour prend bientôt des inclinations toutes divines. Le nouvel Adam devient le principe , le guide , la vie de ses affections ; sous ce rapport encore l'homme régénéré peut dire : ce n'est plus moi , moi fils du vieil Adam , qui vis , c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Désormais, en lui comme dans l'Homme-Dieu, restent deux amours, l'amour de Dieu et l'amour du prochain; et ces deux amours n'en font qu'un; et il se trouve ainsi ramené à l'unité première de l'état d'innocence; et en lui, tout est saint, noble, pur, béatifiant.
Non , non , des volumes entiers ne suffiraient pas pour expliquer tout ce que renferme pour les peuples et les individus , de richesses, de gloire, de biens , ce Décalogue hélas! si mal connu, si indignement violé dans les jours mauvais où nous vivons.
Aussi , comme l'amour humain se dégrade ! Nations modernes, prenez-y garde, déjà vous avez fait plus d'un pas rétrograde vers le Paganisme. Imprudentes , vous foulez
iMRobriiTiov. Kl XV
aux pieds le Décalogue , hase sacrée do votre antiqjie gloire.
Loi divine, loi protectrice des particuliers et des peuples , recevez ici nos hommages. Que vous êtes aimable ! vous ne commandez rien qui ne soit conforme à nos véritables intérêts. Que vous êtes sage ! tous vos préceptes bien médités nous font sentir le rapport nécessaire qu'ils ont avec les besoins de notre cœur , toutes vos règles ne renferment que le remède de nos maux. Que vous êtes lumineuse ! c'est vous qui éclaircissez toutes les lois de la nature, en les interprétant selon toute leur pureté , en renversant toutes les erreurs dont Tie^norance , le libertinage et l'irréligion des hommes ont toujours voulu les obscurcir.
Que vous êtes puissante ! c'est vous qui autorisez toutes les lois humaines. Outre l'obligation civile et politique de les garder, vous y en ajoutez une de conscience, qui est inviolable et qui subsiste toujours ; vous faites respecter les supérieurs légitimes, non pas en qualité d'hommes, mais comme les ministres de Dieu. Vous maintenez leur
ixXXVJ INTRODUCTION.
autorité , non-seulement quand ils sont chrétiens et fidèles, mais quand ils seraient payens et idolâtres; non-seulement quand ils sont vertueux et parfaits , mais quand ils seraient remplis de vices; nonseulement quand ils sont doux et favorables, mais quand ils seraient emportés et fâcheux.
Enfin, c'est vous qui détruisez toutes les lois du péché dont le nombre est infini : votre gloire particulière est de n'en laisser aucune sans la réprouver ; frappant d'anathème l'injustice, en quelque sujet qu'elle paraisse; ne respectant en cela ni le rang ni la qualité ; n'ayant égard ni à la coutume ni à la possession ; ne vous accommodant ni a la faiblesse ni à l'intérêt; ne cédant pas même à la plus pressante de toutes les nécessités, qui serait celle de mourir: ]\e moriendi quidem necessliati disciplina nostra connivet, dit Tertullien.
Que vous êtes sainte ! sainte d'une sainteté solide, qui attaque le vire jusque dans ses principes les plus éloignés, le désir et la pensée, et qui établit la vertu sur des principes inébranlables. Sainte d'une sainteté
INTRODUCTION. hxiYJj
agissante , qui ne s*en tient ni aux sentiments ni aux paroles , mais qui demande des œuvres. Sainte d'une sainteté universelle , qui ne laisse pas échapper un point de ce qu elle ordonne : qui viole un seul de vos préceptes , devient infracteur de tous les autres et digne d'une étemelle réprobation. Sainte d'une sainteté sage , qui n'exige rien que d'équitable, que de raisonnable , que de praticable. Sainte d'une sainteté courageuse que les difficultés n'arrêtent point , que les contradictions n'ébranlent point , que les plus grands sacrifices n'étonnent point '.
Salut, loi du Seigneur, loi pure et sans tache; vous ravissez ceux qui vous contemplent; vous êtes fidèle dans vos promesses; vous donnez la sagesse aux plus simples; vous tracez à tous le chemin du bonheur; vous êtes un flambeau à nos pieds, un bâton à notre main, la joie du cœur, la lumière de l'esprit; vous êtes juste, vous vous jus-
' Voyez Domat y Lois civiles. — Ce célèbre jurisconsulte montre avec une rare supériorité de raison ((ue le Uécalogue est la source de toute législation humaine; que sans ce code divin, tous les autres sont ou mauvais ou impuissants.
kxiviij INTRODUCTION.
tifiez vous-même ; vous donnez la gloire aux nations qui tous suivent , et vous assurez le repos à l'homme qui porte votre aimable joug. Puissent les particuliers et les peuples vous obéir et vous aimer !
5" Umon de notre corps et de notre
ÊTRE TOUT ENTIER AVEC LE NOUVEL AdAM, PAR
LA Communion. — Cette double union de notre entendement et de notre volonté avec le nouvel Adam ne suffit pas. Le sang, la chair, le corps, les sens de l'homme sont viciés. Dégradé dans toutes les parties de son être , parce que tout son être était renfermé dans le premier Adam, l'homme a besoin d'être régénéré tout entier. Tout entier , il faut donc qu'il s'unisse au nouvel Adam. De plus, il faut un signe extérieur, palpable de cette union intérieure par la foi et par Tamour, car l'homme a des sens qui veulent être satisfaits. Comment le Sauveur répond-il à cette double exigence?
C'est ici que nous essayons de parler du plus auguste de tous les mystères , de la
INTRODUCTION. IXWIX
plus admirable invention de Tamour divin , FEucharistie.
Commencée par la foi , perfectionnée par l'amour, l'union de l'homme avec le nouvel Adam se consomme par la Communion, C'est là que l'homme devient complètement un autre Jésus-Christ ; c'est là qu'il perd sa vie première pour prendre une vie nouvelle ; c'est là que son esprit , son cœur et ses sens , sont pleinement régénérés par la participation à la nature divine \ Qui dira l'intimité de cette union déifique ?
Pour l'expliquer , les plus riches comparaisons découlent de la plume éloquente des Pères de l'Eglise. Le fer incandescent qui prend toutes les qualités du feu sans perdre sa propre nature; deux gouttes de cire fondues et mêlées ensemble , la greffe qui se nourrit de la sève de l'arbre sur lequel elle est entée ; l'aliment qui se change en la substance de celui qui le digère ; l'unité même qui est entre les divines personnes ; telles sont les sublimes idées que nos
» 2. Peir. 1. k-
IC IXTRODUCTIOX.
maîtres dans la foi nous donnent de l'union eucharistique.
Vous venez d'entendre saint C vrille, de Jérusalem, saint Thomas, saint Augustin , saint Chrysostôme , saint Hilaire et saint Basile '. Ecoutons maintenant l'aimable et saint évêque de Genève. En retraçant avec une admirable naïveté les merveilles que la communion opère dans les cœurs bien disposés, il n'a pas pris garde qu'il se peignait lui-même.
' Quemadmodum enim si quis ceram cers conjunxerit, utique alteram in altéra invicemque immeasse videbit : eodem quoque opinor modo, qui Salvatoris nostri Christi carnem sumit, ac ejus pretiosum sanguinem bibit , ut jpse ait, unum quiddara cum eo reperitur. — St. Cyr. in Evang. Joan. c. v, v, 56.
Initiati dictis obsequantur, ut non solum per dilectionem , sed eliam reipsa cum illa carne commlsceamur : id quod efEcitur per cibum quem ille dédit, ?olen5 nobis ostendere quanto erga nos ferveat amore. Propterea se nobis commiscuit, et in unum corpus totum constituit, ut unum simus, quasi corpus junctum capiti. — St. Ch'\s, hotnil. 46. in Math.
Est ergo in nobis ipse per carnem, et sumus in eo , dum secundum hoc quod nos sumus, in Deo est. Quàm autem in eo per sacramentum communicata? camis et sanguinis simus, ipse testatur, dicens : Et hic mundus me jam non videt ; vos autem me videtis, quoniam ego Ti*o et tos viTCtis ; quoniam ego in Pâtre meo , et tos in me, et ego in vobis. Si voluntatis tantùm unitatem intelligi vellet, cur gradum quemdam atque ordinem consummandx unitatis exposuit; nisi, ut cum ille in Pâtre per naturam divinitalis esset, nos contra in eo per corporalem ejus nativitatem , et ille nirsus in nobis per sacramentorum inessc mysterium crederetur? ac si perfectaper mediatorem unitas doceretur, cum nobis in se manentibus, ^se manerct in Pâtre, et in Pâtre maneus, maneret in uobis, et ita aduni*
INTRODUCTIOX. XCJ
« Ils ressentent, dit-il, (jue Jésus-Christ s'épanche et communique à toutes les parties de leurs âmes et de leurs corps. Ils ont Jésus-Christ au cerveau, au cœur, en la poitrine, aux yeux, aux mains, en la langue, aux oreilles, aux pieds, mais ce Sauveur, que fait-il tout par là? Il redresse tout, il purifie tout, il mortifie tout, il vivifie tout : il aime dans le cœur, il entend au cerveau , il anime dans la poitrine , il voit aux yeux, il parle en la langue, et ainsi des autres. Il fait tout en tout : et lors nous vivons, non point nous-mcmes, mais Jésus- Christ vit en nous '. »
Ainsi , c'est dans Ttlucharistie que s'accomplit pleinement le dessein du Sauveur de nous transformer en lui. En se faisant homme , il ne prit qu'une chair individuelle , mais dans l'Eucharistie, il prend, dit Bos-
latem Patris proflceremus ; cum qui in eo naluraliter secundum nativitatem inest, nos quoque in eo naturaliter inessemus, ipso in nobis naturaliler permanente. — St. Hil. de Trinit, lib. viii, n. 13.
Quomodo in carne divinitas ? quemadmodum ignis in ferro, non er progressa, sed ex participatipne. Non enim in ferrura ignis currit aut acœdit : verum in ioco remanens suaruro particeps virium ferrum red-» dit : cumque se lotura illi coramunicet niliil propterea de sua natura , nihil de suis amittit Tiribus . — St. Basil, serm. de hum. Christi^ gêner,
' Liv, II. Epist. 48. — Lyon, 1634.
XClj INTRODIJCTIOX.
$uet, le corps et Famé de nous tous. C'est pourquoi les Pères de l'Église et les Théologiens catholiques appellent l'Eucharistie l'extension de l'Incarnation ; car ce n'est plus à l'humanité , c'est à chaque être humain que le Verbe s'unit par la Communion. Son incarnation en nous a pour emblème l'union qui transforme l'aliment en la substance même du corps qui s'en nourrit. Ne demandez pas une autre union plus intime , vous demanderiez à être l'Homme-Dieu. Ne demandez pas que les voiles du sacrement soient levés , vous demanderiez le Ciel sur la terre , la patrie dans l'exil.
Il suit de là que la Communion est l'acte le plus élevé et comme le dernier mot de tout le Christianisme. Donc tous les sacrements, le Symbole, le Décalogue, la Religion toute entière se rapporte à l'Eucharistie. Telle estla doctrine expresse de saint Thomas.
L'Eucharistie , dit-il , est la fin de tous les sacrements ; c'est en elle que tous ont leur perfection, car tous se rapportent à elle '. La
» Eucliarislia est quasi consummalio spirilualis vilar, cl omnium sacramentorum finis. Per sanclificationes enim omnium sacramenlorum fit praeparaiio adsuscipiendamYelcoluecrjuiclîunEucharisliam. r,3. g 73. nvt, m.
iXTRODiTTioN. xeiij
raison en est claire. Tous les sacrements, et la Religion même, ont pour but de nous sanctifier , c'est-à-dire de nous unir à Jésus- Christ. Or, c'est dans l'Eucharistie que se consomme cette union déifique'. Le Baptême nous en rend capables; la Confirmation nous en rend plus dignes , ou nous aide à la maintenir; la Pénitence la répare si le péché l'a rompue; l'Extrême-Onction la maintient contre les attaques plus violentes du démon, à l'article de la mort et la consolide pour l'éternité ; enfin le Mariage et l'Ordre la perpétuent en perpétuant l'Eglise.
" Sacramenlum Eucharistiae esl polissimum inter alia sacramenta... nam insacramento Eucharistie continelur ipse Christus substantialiter . In aliii autera sacramentis continetur quxdam virtus instrumentalis participata à Christo.... Semper autem qnod est per essentlam potius est quam quod est per participationem. Insuper omnia alia sacramenta ordinari videntur ad hoc sacramentum sicut ad finem. Manifeslum est enim quod sacramentum ordinis , ordinatur ad Eucharistiae consecrationem : sacramentum vero baptismi ordinatur ad Eucharistiaî receptionem : in quo etiam perficilur aliquis per confirmationem , ut non vereatur se substrahere à tali sacramcnto : per pœnitentiam etiam et extremam onctionem praîparatur homo ad digne sumendum corpus Christi: malrimonium etiam saltem sua significatione attingithoc sacramentum, in quantum signiGcat conjunctionem Christ! et Ecclesiae, cujus unilas per sacramentum Ecclesiae signatur. Tandem hoc apparet ex ritu sacramentorum ; nam fere omnia sacramenta in Eucharistia consuramantur , ut Dionys, dicit, c. 3. Calcst. hierarch. ; esl sacramentum sacramentorum, quia sacramentis omnibus coD»ummatam perf^ctionem confert. — D. Th. loco sup. *it.
Xciv IXTRODUCTION.
En parlant des sacrements, nous n'ayons garde d'omettre l'explication des admirables cérémonies , des prières touchantes qui en accompagnent l'administration. Nous ne savons s'il est possible de trouver quelque chose de plus vénérable, de plus instructif, de plus éminemment philosophique, et nous le disons, de plus généralement ignoré que la lithurgie. Combien de rites et d'usages, dont la signification reporte la pensée jusqu'aux premiers jours de l'Eglise et l'élève à la contemplation des plus divins mystères, sont pour nous une lettre morte qui ne dit rien , une espèce d'hiéroglyphe inintelligible dont le fidèle ignorant ne peut rendre compte, et dont l'impie plus ignorant encore ne craint pas de se moquer!
Outre l'avantage d'éclairer la piété du Chrétien, l'explication que nous donnons de nos augustes cérémonies a encore celui de constater la tradition perpétuelle de Y¥jglise sur chaque sacrement : tradition de fait, bien plus frappante et bien plus facile à saisir que la tradition du témoignage.
Puisque l'Eucharistie est par excellence le