XXXIX' LEÇON
UE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM , PAR LA COMMUNION
Sacrement de Pénitence — Sa nécessité, sa définition, son institution. — Nécessité de la Confession.— Son histoire. — Confession auriculaire , Confession publique. — Témoignages de l'antiquité de la Confession.
Un Missionnaire parcourait les régions les plus écartées du Nouveau-Monde pour gagner des âmes à Jésus-Christ. Un jour il se présente à lui un Sauvage animé des meilleures dispositions. Le Missionnaire s'empresse de l'instruire des mystères de la foi, et lui administre le Baptôme ainsi que la sainte Eucharistie. Le Sauvage reçoit ces divins sacrements avec les plus vifs transports de reconnaissance et d'amour. Cependant le Missionnaire est obligé de s'éloigner pour faire d'autres excursions apostoliques. Il revient un an après dans le lieu oii était le Sauvage devenu Chrétien. Dès que celui-ci connaît l'arrivée du Missionnaire qu'il regarde comme son père , il se rend auprès de lui et le conjure de lui donner de nouveau la sainte Communion. — Je le veux bien, mon fils, lui dit le Missionnaire; mais il faut auparavant que vous confessiez les péchés dont vous avez pu vous rendre coupable; ne craignez rien,
UE i'KRSÉVÉRANClî. 307
je vous aiderai. — Quoi! mon père, répond le Sauvage avec ëtonnement, esl-il donc possible de pécher ijprès avoir été baptisé et avoir communie! Grâces à Dieu, je ne croisêtre coupable d'aucune faute volontaire. Il se confesse néanmoins et fond en larmes en accusant les imperfections les plus légères'.
Cette touchante erreur du vertueux Indien devrait être une vérité : après le Baptême et la Communion, le péché, surtout le péché mortel, ne devrait plus être connu parmi les Chrétiens. Mais hélas! telle est la fragilité de la nature humaine, que l'union admirable contractée avec le Sauveur dans la Communion, n'est que trop tôt et trop souvent rompue. Que serions-nous devenus si le Sauveur, dans son infinie miséricorde, ne nous avait donné un moyen de réparer notre malheur? Il l'a fait en instituant le sacrement de Pénitence.
C'est pourquoi le concile de Trente dit que la Pénitence n'est pas moins nécessaire pour le salut, à ceux qui tombent après le Baptême, que le Baptême à ceux qui ne sont pas encore régénérés. De là aussi ce mot célèbre de saint Jérôme, que la Pénitence est une seconde planche. Quelquefois, lorsqu'un vaisseau est échoué, il ne reste pour échapper au naufrage qu'une planche qu'on a le bonheur de saisir. Ainsi , après avoir perdu l'innocence du Baptême, il n y a plus d'autre moyen de salut que le sacrement de Pénitence, auquel il est absolument nécessaire de recourir.
On définit la Pénitence : Un Sacrement institué par
' Lcllics édifiantes
Notfe Seigneur Jésus- Christ pour remedre les pèches commis après le Baptême. C'était quelque temps avant de remonter à la droite de son Père; le Fils de Dieu fait homme , à qui toute puissance avait été donnée au Ciel et sur la terre , réunit ses Apôtres autour de lui ; il souffle sur eux en leur adressant ces paroles : Recevez le Saint- Esprit, ceux à qui vous remettrez les pé-chés. ils leur seront remis; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ' . Voilà un double pouvoir confié aux Apôtres, le pouvoir de remettre les péchés, et le pouvoir de les retenir. Ce pouvoir redoutable doit être exercé avec un grand discernement et avec parfaite connaissance de cause. Il faudra que les Apôtres et leurs successeurs jusqu'à la fin des siècles, car le pouvoir de remettre et de retenir les péchés sera toujours nécessaire à l'Eglise, connaissent et le nombre, et la gravité des fautes, et les dispositions des pénitents, afin qu'ils sachent s'ils doivent remettre ou retenir, lier ou délier. Mais pour arriver à cette connaissance indispensable, il n'y a que deux moyens. Ou il faut que les Apôtres et leurs successeurs dans le ministère de la réconciliation, lisent dans le fond des consciences, ou bien il faudra que les pénitents leur en dévoilent tous les secrets. Or, il est évident que les juges des consciences n'ont pas plus que les magistrats le privilège de pénétrer le fond des cœurs ; il faut donc que Içs pénitents eux-mêmes s'accusent de leurs fautes : cette accusation s'appelle confession. Ainsi, la confession est d'institution divine.
> Mattb. 18. 18.
DE PtlLSEVliRAKClL. 509
Elle est, elle fut toujours une partie essentielle du sacrement de Pénitence .
On s'est toujours confessé; de plus, on a toujours regardé la confession comme l'unique moyen d'obtenir larémissioii de ses péchés. Il est môme impossible qu'il y en ait un autre. En effet, s'il y avait dans la Religion un moyen autre que la confession, de rentrer en grâce avec Dieu; s'il suffisait par exemple de s'humilier en sa présence, de jeîiner, de prier, de faire 1 aumône, de lui avouer sa faute dans le secret du cœur; quarriverait-il? C'est que personne ne se confesserait. Et qui^ serait assez simple pour aller solliciter d' un ton suppliant , aux pieds d'un homme, une grâce qu'on pourrait si facilement obtenir sans lui et malgré lui? De deux, moyens, les hommes choisiront toujourscelui qui, plus facile, concilie encore admirablement les intérêts du salut et de l'amourpropre. Dès-lors, que devient la confession établie par Jésus-Christlui-môme? Elle tombe et reste sans honneur et sans effet dans le monde. Que devient le magnifique pouvoir qu'il donne à ses minisires de remettre et de retenir les péchés? N'est-il pas évident que ce pouvoir si étonnant et si divin devient un pouvoir ridicule et complètement illusoire , puisqu'ils ne pourraient jamais 1 exercer?
Ainsi, ou il y a obligation pour tous les pécheurs de confesser leurs péchés aux Prêtres, ou bien Jésus- Christ s'est moqué de ses Prêtres en leur disant : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remellrez, et ils seront rftcnus à ceux à qui vous les retiendrez. Il se
31 a CAT1-r.HlS.ME
seraitégalement moqué d'eux quand il leur a dit .Je vous donnerai les clés du royaume des deux; que leur servirait d'avoir les clés du Ciel , si on pouvait y entrer sans qu'il fût ouvert par leur ministère'? Vous voyez que si la confession n'était pas l'unique moyen, le moyen indispensable d'obtenir le pardon de ses péchés, les paroles du Fils de Dieu seraient insignifiantes, fausses et mensongères : blasphème horrible qui équivaudrait à nier la divinité môme de Jésus-Christ.
Aussi , les dix-huit siècles chrétiens qui nous précèdent , interprètesinfailiibles de l'Evangile, ont toujours cru que la confession était l'unique moyen d'obtenir la rémission de ses péchés. Nous allons le voir dans la pratique de l'Eglise, touchant l'administration du sacrement de Pénitence.
Dans les premiers siècles, il y avait deux sortes de confession : la confession publique et la confession auriculaire ou secrète. Dans la confession publique on accusait non-seulement les péchés publics, mais quelquefois aussi les péchés les plus secrets. Elle se faisait en présence de l'Evoque et des Prêtres qui composaient avec lui le sénat de l'Eglise; quelquefois môme elle avait lieu devant tout le peuple. C'est en conséquence de celte confession qu'on imposait la pénitence publique \ L'Eglise prenait les plus sages précautions pour que cette confession publique des péchés occultes, ne
1 Recherches sur la coiif. auriculaire, par M. Guillois, pag. 61. , f'oycz l'IIiôt. de la Péuil, publique dans la 4"' partie de cel ouvrage, Mevcncli des Cendres.
portât aucun préjudice à ceux qui la faisaient. Cela était d'autant plus nécessaire, que sans cela les pénitents se seraient exposés à la rigueur des lois civiles, qui condamnaient à mort ceux qui avaient commis certains crimes soumis à la pénitence publique. Ainsi on n'obligeait pas les homicides et les voleurs à s'accuser publiquement de ces péchés. On ne faisait môme, au moins pour l'ordinaire, ces sortes de déclarations publiques des crimes secrets que sur l'avis du Prêtre à qui on les avait déjà dits en particulier.
Nous avons de cette pratique une preuve authentique dans un passage célèbre d'Origène. Après avoir fait l'éloge et montré l'utilité de la confession, ce Père ajoute : « Il ne nous reste qu'à considérer attentivement et à voir à qui vous devrez confesser votre péché. Eprouvez auparavant le médecin à qui vous devez découvrir la cause de votre mal ; qu'il sache être faible
avec les faibles, pleurer avec ceux qui pleurent
et s'il vous donne quelques conseils, suivez-les exactement. S'il voit que votre mal soit tel qu'il ait besoin d'être découvert et traité en présence de toute l'Eglise, tant pour édifier les autres, que pour vous procurer à vous-même une guérison certaine, il faut suivre l'avis de ce sage médecin',» Ce passage d'Origène prouve que la confession auriculaire était déjà en usage , et qu'elle subsistait conjointement avec la confession publique. Nous en avons bien d'autres témoignages. En voici un du plus grand poids.
' Orig. homil. 2. in Psal 37.
312 catéchismt:
Le grand saint Léon étant monté sur la chaire de saint Pierre, apprit que quelques confesseurs contraignaient les pénitents à s'accuser publiquement euxmêmes de leurs fautes secrètes . Pour modérer ce zèle imprudent, il écrivit aux Evéques de Campanie une lettre qui date du milieu du cinquièmesiècle. « Jordonne , leur dit-il, qu'on réprime en toute manière la présomption de certaines gens qui, contre la règle apostolique et contre tout droit, exigent des Fidèles qu'ils écrivent dans des libelles, et qu'ils récitent publiquement toutes les espèces de péchés, puisqu'il suffit de découvrir au seul Prêtre, par une confession secrète, les péchés dont on se sent coupable. Car, quoique la foi de ceux qui, par la crainte de Dieu, veulent bien souffrir la confession publique de leurs fautes, paraisse louable, cependant les péchés de tous ne sont pas tels , que ceux qui demandent la Pénitence n'aient rien à craindre en les rendant publics. Qu'on rejette donc cette mauvaise coutume, de peur que plusieurs ne soient détournés de se servir du remède de la Pénitence, soit par la honte, soit par la crainte de publier devant leurs ennemis des actions qui pourraient être frappées par les lois civiles. Il suffit d'une confession faite d'abord à Dieu, et ensuite au Prêtre qui intercède pour les péchés du pénitent'. »
Ces deux passages et beaucoup d'autres que nous pourrions citer', nous font connaître toute la disci-
> Ad Epis. camp, epist. 136.
I ' a Tertull. dcPanit. St. Iren. iib. i. c. 9. hares. 43. St. Cypr. de lapsis. St. Basil, ep. ad Amphilo. 34. — Orig. contr. <'ets. Iib. 3. SU Pacian, Parœn. ad Pa»Hcn1cs, clc.
DE PEKSÉVÉRANCr.. Si 5
pline de la primitive Eglise touchant la Confession. Un pécheur désirait-il rentrer en grâce avec Dieu? il s'adressait à l'Evêque ou au Prêtre , lui faisait Ihumble et sincère aveu de tout le mal qui! avait à se reprocher. Le Directeur, sur le récit quil venait d'entendre, balançait dans son esprit les conseils qu'il avait à donner,. la conduite qu'il avait à prescrire. Si parmi les péchés, il en était de graves et de notoires , il ordonnait de les confesser hautement pour réparer le scandale. Si, dans les fautes secrètes il s'en trouvait dont la publication, sans nuire à un tiers, tournerait à l'avantage de tous et même d'un seul, elle était prescrite. Le Directeur avaitil à guérir une ame hautaine et dédaigneuse ? Après avoir inutilement essayé des remèdes plus doux, il aurait fini par la réduire à l'humiliante mortification de s'accuser en public, afin de dompter ainsi un orgueil jusqu'alors indomptable ; que si la siireté ou la réputation des personnes se fût trouvée compromise par une déclaration publique, un sage ministre se serait bien donné de garde de la commander, et l'Eglise y avait elle-même pourvu par ses défenses. La lettre de saint Léon, citée plus haut, en est une preuve incontestable.
Ainsi, la fidèle épouse de Jésus-Christ, la tendre Mère des Chrétiens, savait-elle concilier les intérêts du Ciel avec ceux de la terre, l'honneur et la sûreté des particuliers avec leur avancement dans la vertu, la sévérité des principes avec l'indulgence pour les personnes. Ainsi, savait-elle réparer le scandale sans jamais le faire naître, tourner la confusion des pécheurs au profit de
leur salut, et tirer du mal môme l'édification de tous ses enfants. Sous cette belle et admirable discipline, tout se passe avec décence , tout marche avec ordre, avec justesse. La confession sacramentelle, instituée par Jésus- Christ, va toujours la première; la confession publique, établie par l'Eglise, arrive quelquefois à sa suite et jamais qu'après elle; l'une toujours indispensable ordonne de celle qui n'est qu'auxiliaire. La première, de création divine, a subsisté et subsistera dans tous les temps; la seconde, d'origine ecclésiastique, après avoir tenu quelques siècles , s'est éteinte par la même autorité canonique qui l'avait instituée '.
La sagesse de l'Eglise ne brille pas moins dans l'abolition de la confession publique que dans son établissement. La ferveur des Chrétiens diminuant, ellecfaignit que l'obligation de se confesser publiquement éloignât les pénitents de la confession sacramentelle, nécessaire au salut, et la confession publique fut supprimée. Dès la fin du quatrième siècle elle avait cessé d'être en vigueur dans les Eglises grecques, elle se conserva un peu plus long-temps dans l'Eglise latine.
Les impies de nos jours, ennemis acharnés de la confession auriculaire, ont osé dire qu'elle ne remontait pas jusqu'aux premiers siècles de l'Eglise, mais que c'était le pape Innocent ïll qui l' avait inventée et publiée au concile général de Latran, tenu en 1215. Cette assertion ne fait honneur ni à leurs connaissances ni à leur bonne foi. Il est vrai que le concile de Latran, pour mettre une bar-
' Voyez Discussion amicale , /. ii. p. Ib7.
nu PERSÉVÉRANCE. 315
rière au relâchement qui devenait chaque jour plus général, ordonna que tous les Fidèles doués de l'usage de raison se confesseraient au moins une fois par an . Il y a loin de là à l'invention de la confession. Le concile ne fait que déterminer le temps où il faudra, sous peine de péché mortel, remplir un devoir connu, pratiqué et enseigné long-temps avant lui .
En efîet, saint Bernard, mort en 1153, s' adressant à ceux qui cachent leurs fautes en confession, leur dit : «Que sert-il de dire une partie de ses péchés et de supprimer l'autre? de se purifier à demi, et de rester à demi-souillé ? Tout n'est-il pas découvert aux yeux de Dieu ? Quoi ! vous osez cacher quelque chose à celui qui lient la place de Dieu dans un si grand Sacrement ' . »
Saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, mort en 1109, s'exprime ainsi dans son homélie sur les dix lépreux : « Découvrez fidèlement aux Prêtres, par une confession humble, toutes les taches de votre lèpre intérieure, afin d'en être nettoyés^ . » Dans un autre ouvrage , le même docteur ajoute : « Comme le péché originel est remis dans le Baptême, ainsi les péchés actuels sont remis dans la confession , elle est un véritable jugement. Car il y a deux jugements de Dieu : l'un se fait ici bas par la confession ; l'autre s'exercera au dernier jour, dans cet examen où Dieu sera le juge, le démon l'accusateur, l'homme l'accusé. Mais, dans le jugement
' Opuscule sur les jept degrés de la criiif.ssioii. ' St. Ansel. opéra, edit. colon, p. 476.
de la confession, le Prêtre, comme tenant la place de Jésus-Christ , est le juge, l'homme est tout ensemble l'accusateur et le criminel; la pénitence qu'on impose est la sentence '. » Ainsi, voilà la confession existante un siècle avant le Pape et le concile, que les impies en font les inventeurs. Remontons encore plus haut.
Dans le onzième siècle, nous voyons qu'un Prêtre, nommé Etienne, du diocèse d" Orléans, fut confesseur de Constance, femme du pieux roi Robert.
Au dixième siècle, saint Uidaric , évèque d'Augsbourg , confessait l'empereur Othon.
Au neuvième siècle, Charlemagne avait pour confesseur, Hildebrand, archevêque de Cologne.
Au huitième siècle, saint Martin, moine de Corbie, remplissait les mêmes fonctions auprès de Charles- Martel.
Le premier concile de Germanie, tenu dans le môme siècle, en 7i2, ordonne que chaque colonel aura un Prêtre qui puisse entendre les confessions des soldats.
Au septième siècle, saint Ansbert, archevêque de Rouen, était confesseur du roi Thierry P'. Si on ne craignait d'ennuyer, on pourrait continuer cette nomenclature, et citer les confesseurs des empereurs grecs et latins, ou d'autres personnages célèbres, jusqu'aux premiers temps'. Il est bon d'ailleurs de diversifier les
■ In Elucidario.
' Voyez, D. Denis île Sle Martlie, Erreurs des Caliinisics sur ta confession; Bellarmin, le P. Alexandre, le Traité historique de la confession de M. Boileau, les Lettres du P. Schcn'niaclier.
l)K l'IlRStVtdANCE. 3 17
preuves, afin de montrer que tous les genres d'autorité se réunissent en faveur de l'antiquité de la confession sacramentelle'.
Au sixième siècle , saint Jean Climaque s'exprime ainsi -.«Il est inoui que les péchés dont on a fait l'aveu au tribunal de la Pénitence, aient été divulgués. Ainsi; Dieu l'a permis , afin que les pécheurs ne fussent pas détournés de la confession, et privés de l'unique espérance de salut. »
Au cinquième siècle , saint Paulin rapporte dans la vie de saint Ambroise, que si quelqu'un venait lui confesser ses fautes, il pleurait de telle sorte, qu'il le faisait fondre en larmes; il semblait qu'il fut tombé avec ceux qui avaient failli; or, ajoute- t-il , «il ne parlait des crimes qu'on lui avait confessés qu'à Dieu seul- auprès duquel il intercédait pour les pécheurs. » Dans le même siècle, le grand saint Augustin, mort en 430, disait aux Fidèles : « Que personne ne dise : je fais pénitence en secret aux yeux de Dieu ; c'est assez que celui qui doit m' accorder le pardon, connaisse la pénitence que je fais au fond démon cœur. S'il en était ainsi, ce serait sans raison que Jésus-Christ aurait dit : Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel ; et qu'il aurait confié les clés à son Eglise. Ce n'est donc pas assez de se confesser à Dieu, il faut encore se confesser à ceux qui ont reçu de lui le pouvoir de lier et de délier ' . »
Au quatrième siècle, saint Basile, mort en 378 ,
' Serm. 2. in Psal. c. 1. n. 3.
-VI 8 CATltCfllSME
tient exactement le même langage. Il faut absolument, dit-il, découvrir ses péchés à ceux qui ont reçu la dispensation des mystères de Dieu '.« Saint Athanase, mort en 373, s'exprime ainsi : « De même que l'homme baptisé par le Prêtre est éclairé par le Saint-Esprit, de même celui qui confesse ses péchés dans la pénitence, en obtient la rémission par lé Prêtre'. ^ Au troisième siècle, Origène, celte brillante lumière de l'Eglise orientale, s'exprime ainsi : « Si nous nous repentons de nos péchés, et que nous les confessions nonseulement à Dieu, mais encore à ceux qui peuvent y apporter remède, ces péchés nous seront remis ^ »
Au deuxième siècle, Tertullien, cette autre lumière de l'Ëglise occidentale, ne parle pas d'une manière moins formelle. «Plusieurs, dit-il, évitent de déclarer leurs péchés, parce qu'ils ont plus soin de leur honneur que de leur salut. Ils sont en cela semblables à ceux qui, ayant une maladie secrète, cachent leur mal au médecin, et se laissent ainsi mourir. Vaut-il donc mieux vous damner en cachant vos péchés, que de vous sauver en les déclarant ^î?»
Au premier siècle, saint Clément, disciple et successeur de saint Pierre, s'exprime ainsi : « Que celui qui a soin de son ame, ne rougisse point de confesser ses péchés à celui qui préside, afin qu'il en reçoive la gué-
• Apud. Libcimann. c. 4. ;». lf)7.
■' Coll. Select. Pair. t. u.
^ Komill. iX.inPsal. 37.
^ DePœnit. c. 10.
DH PERSÉVÉRANCK. 3 11)
risoQ. Saint Pierre, ajoute-t-il, enseignait de découvrir aux Prêtres jusqu'aux mauvaises pensées. Pendant que nous sommes en ce monde , convertissons-nous de tout notre cœur , car après que nous en serons sortis , nous ne pourrons plus ni nous confesser ni l'aire pénitence'. »
Enfin, nous voici arrivés à ceux qui reçurent la Religion de la bouche même de Jésus-Christ. Je passe sous silence les textes où saint Jacques et saint Jean recommandent la confession'. Je mécontente du témoignage dé saint Luc , qui nous dit : Qu'un grand nombre de Chrétiens venaient aux pieds des Apôtres confesser et déclarer leurs péchés ^ Il s'agit ici d'une confession faite à des hommes, d'une confession pour obtenir le pardon de ses péchés : n'est-ce pas là la confession sa- , cramentelle ? Les Prolestants les plus célèbres en sont convenus avec franchise "*. Enfin, le Fils de Dieu, descendu du Ciel, dit aux Apôtres et à leurs successeurs, dans le sacré ministère : A quiconque vous remettrez les péchés, ils seront remis; à quiconque vous les retiendrez, ils seront retenus. Ainsi, c'est dans le Ciel, au sein de Dieu même, qu'est l'origine de la confession sacramentelle \ Jugez de la bonne foi et de la science des impies qui disent qu'Innocent III en est l'inventeur I
De meilleure foi que ses disciples, Voltaire lui-même
' Ep- 11 adCorintk.
^ Joan. 1. c. 1. 2. Jac. 3. 10.
î Act. 19. 18.
4 Grolius, lîosenmùiler,etc. Voyez le Catcoli. de Consiance, t. iit, 572.
5 Foyez, pour les développements. Discussion amicale t. ii, 180 et suiv.
avoue que la confession remonte jusqu'à l'origine du monde. « La confession, dit-il, est une institution divine qui n'a eu de commencement que dans la miséricorde infinie de son auteur. » L'obligation de se repentir remonte au jour où 1 homme devint coupable : or, pour paraître s'en repentir, il faut commencer par les avouer. C'est encore Voltaire qui parle : « Le repentir de ses fautes, dit-il, peut seul tenir lieu d'innocence. Pour paraître s'en repentir, il faut commencer par les avouer. »
D'accord avec toutes les traditions, Voltaire reconnaît que la confession était en usage chez les Juifs. Adam fut le premier pénitent : il se confessa en disant du fruit défendu : J'en ai mangé. A chaque page des livres saints, nous trouvons la confession, soit particulière, soit publique.
Ce même Voltaire reconnaît que l'usage de se confesser existait chez les Payens. « On s'accusait, dit-il dans les mystères d'Orphée, d'Isis, de Cérès, de Samothrace. L'histoire nous rapporte que Marc-Aurèle, en s'associant aux mystères de Cérès Eléusine, fut obligé de se confesser à l'IIyérophante. «
Il est assez remarquable que la confession est un de nos devoirs dont on trouve les traces les plus frappantes dans le Paganisme. Entre une foule de témoignages que nous pourrions citer et qu'on peut voir ailleurs", nous
' Voyex Recherches sur la confession auriculaire, par M. Guillois. Cet ouvrage est approuvé par Mgr. Bouvier, é\ôque du Mans. L'approbation est du 9 juillet 1836; cette date est remarquable.
DE rEUSÉVÉRANCE. 521
nous contenterons de rappeler ce qui se passait chez les Parses. L'usage que nous allons décrire se trouve consigné dans le Zend-Avcsta , ouvrage dont raiiliquité remonte, au jugement des savants, à plus de quatre cents ans avant l'ère chrétienne. Donc chez les Parses avaient lieu les Palets. Ce mot signifie proprement repentir. Les palets sont des confessions qui spécifient tous les péchés que l'homme peut commettre. Voici de quelle manière se font ces aveux : 1° Le pénitent vient devant le Destour, c'est-à-dire le docteur de la loi ou le prêtre ; 2° il commence par une prière à Ormusd et à Serosch, son ministre sur la terre ; 3*^ il accompagne cette prière delà résolution de faire tout le bien possible, et du dévouement de son être à Dieu.
Voici la confession : k Je me repens de tous mes péchés, j'y renonce ; ô Dieu ! ayez pitié de mon corps et de mon anie en ce monde et en l'autre. J'abandonne tout mal de pensée, tout mal de parole, tout mal d'action. 0 juste juge ! j'espère être supérieur h l'auteur du mal, à Ahriman ; j'espère qu'à la résurrection, ce qui se passera à mon égard sera doux et favorable. C'est ainsi que je me repens de mes péchés et que j'y renonce.))
Vient ensuite l'accusation détaillée des péchés qu'on peut commettre envers Dieu, envers le prochain, envers soi-même. Ce détail achevé, le pénitent conclut : « Les péchés qu Ormusd a fait connaître dans la loi, j'en demande pardon avec pureté de pensée, en présence d'Ormusd, juste juge, élevé au-dessus du monde et du Ciel, en présence de Serosch, en présence du docteur de la loi .
^22 CAXrCHISME
Les péchés contre père, mère, frères, sœurs, enfants: les péchés contre son propre chef, contre les proches qu'on a dans le monde, contre les associés en bien, les voisins, les concitoyens; les péchés en injustices que je puis avoir commis contre ces personnes; entin toute espèce de péché, toute espèce de faiblesse, toute espèce de crimes réfléchis, je m'en repens. »
A cette confession, les Parses attachaient la rémission de toutes leurs fautes; c'est au point que s'ils n'avaient pu la faire avant de mourir, ils ordonnaient qu'on la fit pour eux après leur mort'.
« En lisant ces témoignages et une foule d'autres, on reste pleinement convaincu de l'antiquité et de l'universalité de la confession Mais comment tous les peuples se seraient-ils accordés sur ce point, si, primitivement, il n'avait été révélé que le repentir pût seul obtenir le pardon, et que la marque essentielle du repentir, c est la confession, c'est-à-dire l'aveu franc et sincère des péchés dont on s'est rendu coupable?
« Lorsque Jésus-Christ vint sur la terre, il trouva donc la confession établie, et en imposant à ses Disciples l'obligation de se confesser, il ne porta point une loi nouvelle, il ne fit que confirmer et perfectionner une loi déjà existante : Non veni Icgeni soh'cre. sed adimplcre\ Comme il éleva le rit du mariage à la dignité de Sacrement, de môme il éleva le rit de la confession à une semblable dignité. H attacha à la confession des
' Zend-Avcsla , /., ii p. 28 ci suh-. <>Malil>.\. 17.
I)i: l'KRSÉVÉRANGE. ,'52 3
grâces spéciales en en faisant une partie essentielle du sacrement de Pénitence. C'est ce qui explique pourquoi le précepte de la confession n'excita aucun murmure, ni parmi les Juifs, ni parmi les Gentils; ils y étaient accoutumés ; rien ne leur paraissait plus naturel : une tradition constante et universelle leur en faisait sentir lanécessité indispensable'. »
Pour s'affranchir de celte loi, il faut donc braver non-seulement l'autorité de Jésus-Christ et de l'Eglise, mais encore celle du sens commun; il faut étouffer la voi\ de la nature. Elle crie à tous les coupables : Point de pardon sans repentir, et point de repentir sans aveu de la faute.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir institué le sacrement de Pénitence. Sans ce nouveau moyen de salut, que serais-je devenu après le
naufrage de mon innocence !
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je s^rat toujours fidèle à me confesser.
Recherches , etc. p. 52.
Si>4 CATÉCHISME
PETIT CATÉCeiSaiE.
i)E NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM , PAR LA COMMUNION. — 1)E LA PÉNITENCE.
Q. Pourquoi Notre Seigneur a-t-il institué le sacrement de Pénitence ?
R. Notre Seigneur a institué le sacrement de Pénitence pour remettre tous les péchés conimis après le Baptême, c'est-à-dire pour rétablir l'union que nous avons contractée avec lui, par la Communion, lorsque nous avons eu le malheur de la rompre. Ainsi la Pénitence, comme tous les autres Sacrements, se rapporte à l'Eucharistie?
Q. Qu'est-ce que le sacrement de Pénitence ?
R. La Pénitence est un Sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ pour remettre tous les péchés commis après le Baptême. Il n'est aucun péché, quelque grand qu'il soit, qui ne soit remis par le sacrement de Pénitence bien reçu.
Q. Comment Notre Seigneur institua-t-il ce Sacrement?
R. Notre Seigneur institua ce Sacrement lorsqu'il dit à ses Apôtres, en soufflant sur eux : Recevez le Saint- Esprit; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus.
Q. Que remarquez-vous sur ces paroles?
R. Je remarque sur ces paroles, qu'un double pou-
voir est confié aux Apôtres et à leurs successeurs : le pouvoir de remettre les péchés et le pouvoir de les retenir. Mais ils no peuvent les remettre ou les retenir s' ils ne les connaissent pas, et ils ne peuvent les connaître si les pénitents ne s'en confessent pas : la confession est donc nécessaire. Elle est d'institution divine.
Q La confession est-elle le seul moyen établi par Jésus-Christ pour remettre les péchés?
R. La confession est le seul moyen établi par Jésus- Christ pour remettre les péchés, car 1" Notre Seigneur n'en indique point d'autre; 2° l'Eglise n'en connaît point d'autre; 3° s'il y en avait un autre, le pouvoir de remettre et de retenir les péchés confiés aux Apôtres., serait vain et inutile.
Q. Pourquoi ?
R. Parce que personne ne se confesserait. Chacun, choisirait de préférence le moyen le plus facile d'obtenir le pardon de ses péchés.
Q. La confession a-t-elle toujours été en usage depuis les Apôtres jusqu'à nous?
R. Oui, la confession a toujours été en usage depuis les Apôtres jusqu'à nous. Dans les premiers siècles de l'Église, il y avait même deux, sortes de confessions, la confession auriculaire ou secrète, et la confession publique. La première est la confession sacramentelle, établie par Notre Seigneur, et la confession publique avait été établie par l'Eglise.
Q. L'une et l'autre étaient-elles également néces= saires ?
S2{j CATECHJSME
R. Non, elles n'étaient pas également nécessaires. La confession sacramentelle l'a toujours été; il n'en était pas de même de la confession publique. Lorsqu'un pécheur voulait se convertir, il allait se confesser secrètement à un Prêtre de tous ses péchés. Son Confesseur jugeait s'il était nécessaire qu'il se confessât publiquement, soit pour réparer le scandale, soit pour s' humilier, soit pour édifier les Fidèles. La confession publique a duré pendant cinq ou six cents ans.
Q. Montrez-nous que la confession auriculaire remonte jusqu'aux Apôtres.
R. Les impies ont osé dire que la confession ne remontait pas au-delà du treizième siècle. C'est une erreur et une calomnie. Nous avons des témoins de la confession depuis le treizième siècle jusqu'aux Apôtres. Pour le douzième siècle, saint Bernard; pour le onzième, saint Pierre Damien, pour le dixième, Reginon, abbé au diocèse de Trêves ; pour le neuvième, le concile de Paris; pour le huitième, saint Boniface, archevêque deMayence; pour le septième, saint Grégoire-le-Grand; pour le sixième, saint Léon; pour le cinquième, saint Augustin ; pour le quatrième, saint Chrysostôme; pour le troisième, saint Basile; pour le deuxième, Origène; pour le premier, saint Clément, disciple de saint Pierre, et parmi les Apôtres, saint Jean, saint Jacques et saint Luc; enfin. Notre Seigneur Jésus-Christ, quia dit : Je vous donne les clés du royaume des Cieux. Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le Ciel.
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On pourrait, pour chaque siècle, citer un grand nombre d'autres témoignages.
PRIERE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir institué le sacrement de Pénitence; faites-moi la grâce de toujours le recevoir dignement.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je serai toujours fidèle à me confesser.
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