CATÉCniSilE
notre cœur. Or, c'est dans notre coeur qu'est la source du bonheur ou du malheur delà société. La confession, qui est si puissante, et nous osons le dire, qui est seule puissante pour le guérir, est donc éminemment sociale.
Nous savons aujourd" hui ce qu'il faut penser des vertus et des honnêtes gens sans Religion, c'est-à-dire sans confession. Ce sont ces honnêtes gens-là qui ont fait et qui font la société actuelle. Par les fruits, jugez de l'arbre ! Au reste, c'est une chose bien remarquable que tous, indifférents, Protestants, impies, n'ont qu'une voix pour rendre hommage à la confession.
Aux yeux des indifférents qui ne la pratiquent point, elle est éminemment sociale. Voyez, ils sont bien aise que leurs femmes, leurs enfants, leurs domestiques, leurs fermiers, se confessent. L'éloignement dans lequel ils vivent eux-mêmes de la confession, est un hommage qu'ils rendent à son excellence. Dites, à quelle époque en ont-ils quitté l'usage? Est-ce lorsqu'ils sont devenus plus vertueux, plus probes, plus purs dans leurs mœurs? Et ne savons-nous pas qu'on ne quitte la confession que lorsqu'on veut se livrer à ses penchants et vivre en liberté ?
Les Protestants pensent de la confession comme les indifférents. Au seizième siècle, dans leur première fureur contre l'Eglise catholique, ils abolirent ce dogme salutaire. Mais bientôt des crimes de tout genre vinrent troubler l'ordre public. Ce fut au point qu'ils supplièrent l'empereur Charles-Quint de rétablir ?.î confession parmi eux , comme l'unique moyen de pré-
Ulî PERSÉVÉRANCE. 353
venir la ruine totale de leur république. Et ils avaient raison. Il faudrait des volumes si l'on voulait redire tous les désordres prévenus ou réparés par la confession , les mauvaises passions qui minent la société à petit bruit, étouffées dans leur germe, les haines éteintes, les restitutions opérées. Aujourd'hui quela plupart abandonnent ce devoir social, que voyons-nous? Des crimes qui font pâlir, des crimes chaque jour renouvelés, et chaque jour publiés et lus avec un horrible sang-froid comme des nouvelles ordinaires. Le désordre partout : dix-sept raille suicides dans dix ans; trois à quatre cents banqueroutes chaque année dans une seule place de commerce ' . Dites, si tout le monde se confessait, seriez-vous témoins d'un pareil spectacle ? Aveugles ! en présence de ces déplorables effets, vous vous obstinez à méconnaître la cause , vous poussez des cris de douleur par le sentiment du mal qui vous dévore, et vous repoussez le remède; vous le décriez, vous le tournez en dérision. Souffrez donc, vous ne méritez pas d être plaints.
Nous verrons, dans la leçon de l'Église . ce que pensait de la confession le célèbre lord William , mort il y a quelques années. En attendant, l'Europe entière n'a-t-elle pas retenti des éloges donnés à la confession par Tissot .
» Nous avons sous les yeux la stalistique des banqueroutes de la scutc ville de Paris. Depuis plusieurs années, terme moyen, on en compte une par jour. Dans les neuf premiers mois de celte année 1838, il en a été déclaré 323, et dans le moi» d'octobre, 37; total 360 faillites en dix mois. L'ensemble des passifs de toutes ces faillites, s'élève à environ 22 millions de francs. Aucune , sans doute , n'est frauduleuse 11 1 Extrait du registre du greffe du tribunal consulaire de la Seine.
35Zl CATÉCHISME
Ce médecin protestant prodiguait, à Lausanne, les secours de son art à une jeune dame étrangère, dont la maladie arriva à un point fort alarmant. Instruite de son dangereux état, et tourmentée par le regret de quitter si tôt la vie, elle s'abandonna à de violentes agitations et aux transports du désespoir. Le médecin jugea que cette nouvelle secousse abrégerait encore le terme de sai vie, et, selon son usage, il avertit qu'il n'y avait pas à différer pour lui faire administrer les secours de la Religion. Un Prêtre est appelé, la malade l'écoute, et reçoit, comme le seul bien qui lui reste, les paroles de consolation qui sortent de sa bouche. Elle se calme, s'occupe de Dieu et de ses intérêts spirituels, reçoit les Sacrements avec une grande édification, et le lendemain matin, le médecin la trouve dans un état de calme qui l'étonné; il trouve la fièvre baissée, et les symptômes changés en mieux : bientôt la maladie a cédé. Tissot aimait à répéter ce trait, et il s'écriait avec admiration : Quelle est donc la puissance de la confession chez les catholiques !
Vous demandez quelle est la puissance de la confession? Ses effets sont sous vos yeux. En donnant à l'homme la consolante certitude que l'amitié de Dieu lui est rendue, elle ramène subitement le calme dans son ame troublée par le remords ; et la vie qui semblait devoir n'être plus qu'un long supplice, devient douce et tranquille, et la mort perd ses terreurs. Oh ! qu'il est doux de pouvoir confier à un ami fidèle, incorruptible, dévoué, les pénibles secrets de sa
DE PERSÉVKUANCE. ."!S5
conscience, ses doutes, ses perplexités, ses craintes, ses chagrins, et toutes ces peines de cœur que le monde ne saurait ni comprendre ni soulager. Honte aux Catholiques qui ont abandonné la confession ; de tous nos dogmes, c'est un de ceux que les Protestants regrettent le plus.
Écoutons maintenant les philosophes impies.
« Il n'y a peut-être point d'établissement plus sage » que la confession, dit Voltaire. La plupart des hommes, )) quand ils sont tombés dans de grands crimes, en ont )^ naturellement des remords : les législateurs qui éta- )i blirent les mystères et les expiations, voulurent » également empêcher les coupables de se livrer au » désespoir et de retomber dans leurs crimes.... La » confession est une chose excellente, un frein aux crimes » invétérés : dans l'antiquité la plus reculée , on se » confessait dans la célébration de tous les anciens mys- » tères. Nous avons imité et sanctifié cette sage pra- » tique ; elle est très-bonne pour engager les cœurs » ulcérés de haine à pardonner, et pour faire rendre » aux voleurs ce qu'ils peuvent avoir dérobé à leur
■>■) prochain Les ennemis de l'Eglise romaine, qui
» se sont élevés contre une institution si salutaire, » semblent avoir ôté aux hommes le plus grand frein » qu'on pût mettre à leurs crimes. Les Sages de l'an- » tiquité en avaient eux-mêmes senti l'importance : s'ils » n'avaient pu en faire un devoir à tous les hommes, ils » en avaient établi la pratique pour ceux qui prétendaient '' î une vie plus pure ; c'était la première expiation des
» Initiés chez les Egyptiens, et aux mystères de Cérès » Eleusine. Ainsi , la Religion chrétienne a consacré » des choses dont Dieu avait permis que la sagesse hu-
•>y maine entrevit l'utilité et embrassât les ombres' »
L'auteur de V Histoire philosophique et politique du commerce des Indes ^ quoique ennemi déclaré de toute religion, n'a pu refuser des éloges à la confession. « Les Jésuites ont établi dans le Paraguay le gouver- » nement Théocratiquc , mais avec un avantage parti- » culier à la Religion qui en fait la base : c'est la pratique
» de la confession Elle seule tient lieu de lois pé-
» nales et veille à la pureté des mœurs. Dans le Pa- » raguay, la Religion, plus puissante que la force des y> armes, conduit le coupable aux pieds du magistrat. » C'est là que loin de pallier ses crimes, le repentir les )) lui fait aggraver ; au lieu d'éluder la peine, il vient la » demandera genoux : plus elle est sévère et publique, » plus elle rend le calme à la conscience du criminel. » Ainsi , le châtiment, qui partout ailleurs effraie les » coupables, fait ici leur consolation, en étouffant les » remords par l'expiation. Les peuples du Paraguay
' Ce n'est pas par imitation des Payeiis que le Fils de Dieu a établi la confession. Les traces de ce devoir, conservées dans le Paganisme, étaient des débris d'une révélation primitive, puisqu'on les retrouve chez toutes les nations. La confession est une loi de l'humanité coupable ; Notre Seigneur l'a proclamée de nouveau, l'a sanctifiée et l'a élevée à la dignité de Sacrement. Il n'a rien emprunté aux Paycns, c'étaient les Payens qui avaient reçu primitivement de Dieu cette pratique salutaire, qu'ils avaient si infidL'lement conservée. Là sagesse humaine n'ayd'il donc pas entrevu, la première, l'utilité de la confession : l'homme n'entrevoit que ce que Dieu lui fait voir : la vérité vient du Ciel et non de la terre.
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^) Il onl point de lois civiles, parce qu'ils ne connaissent » point de propriété; ils n'ont point de lois criminelles, » parce que chacun s'accuse et se punit volontairement : » toutes leurs lois sont des préceptes de Religion. Le » meilleur de tous les gouvernements , ce serait une » Théocratie, où l'on établirait le tribunal de la confes- » sion »
Et maintenant, dites-moi, que faut-il le plus admirer ou de la sagesse ou de la bonté de Notre Seigneur qui a établi la confession ?
Notre reconnaissance deviendra plus vive encore si nous considérons combien la confession est facile.
Mon joug est doux et mon fardeau léger, nous dit le Sauveur : c'est dans la confession surtout que se vérifient ces paroles. Notre Seigneur pouvait-il se montrer envers nous plus indulgent ? Après un péché mortel, nous méritons l'Enfer, c'est-à-dire des supplices inouis, éternels, sans adoucissement. Il pouvait mettre notre pardon à telle condition qu'il aurait voulu, et certes quand il s'agit d'éviter l'Enfer, nulle condition ne peut être trop dure. Dès-lors, ne serionsnous pas injustes si nous trouvions qu'en nous obligeant à confesser nos péchés à son ministre. Dieu en a mis le pardon à trop haut prix ? Il nous sera facile d'en juger par la supposition suivante :
Un homme du peuple fut admis à la cour d'un prince puissant. Rien ne manquait à sa félicité; honneurs, richesses, plaisirs, tout lui était donné par la munificence du monarque. Tant do bienfaits auraient dû lui inspirer
un dévouement sans bornes et un attachement inviolable jiour le roi. Il n'en fut pas ainsi. Entraîné par je ne sais quelle j^ssion abjecte , l'ingrat commit contre son bienfaiteur un crime énorme, qui ne perça pas, à la vérité, dans le public , mais parvint néanmoins à la connaissance du prince, avec toutes les preuves propres à en donner la certitude. Alors le roi usant du droit qu'il avait de punir, prononça la condamnation du coupable. Pâle, tremblant, les yeux baissés, le malheureux est conduit au lieu du supplice. Déjà l'exécuteur tient le glaive levé sur sa tête : c'en est fait, l'ingrat va mourir et subir le juste chiltiment de son crime. Mais tout à coup une voix forte fait entendre ce cri : Grâce ! grâce ! de la part du i?ot.'// Voyez-vous cet homme renaître à la vie? il ose à peine en croire ses oreilles, son cœur se dilate de joie. L'envoyé du roi arrive près du coupable et lui dit : Mon maître est bon; oui, il vous accorde votre grâce, mais il veut que vous fassiez l'aveu de votre crime à un de ses ministres, sans en omettre la moindre circonstance. C'est la seule condition que sa générosité vous impose: choisissez entre le supplice et ce moyen de salut. — Entendez-vous le coupable, transporté d une joie nouvelle, s'écrier : Ah ! montrez-moi ce ministre; je suis prêt à tout avouer; je n'ai qu'une crainte, c'est que mon roi ne se rétracte. Il parle encore lorsqu'un second envoyé arrive en criant : Grâce! grâce! de la part du Roi ta I! s'approche du coupable , et lui dit : Mon maître est bon, et pour preuve de sa clémence, il vous permet tio ch;>it>ii pa>i:ii lor.s ses ministres celui qui vous inspire
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le plus de confiance. Des larmes d'attendrissement coulent des yeux du coupable. Il n'a pu répondre, lorsqu'un troisième envoyé arrive en criant : Grâce ! grâce ! de la part du Roi!!! S" approchant du coupable, il lui dit : Mon maître est bon; non-seulement il vous permet de choisir entre tous ses ministres, mais de plus, il enjoint au ministre de votre choix un silence absolu sur tout ce que vous lui aurez confié, sous peine de venir lui-même prendre votre place à l'échafaud. Si vous acceptez, le roi mon maître oublie à jamais votre faute, il vous rend ses bonnes grâces, voshonneurs, vos dignités , et fixe votre place dans son palais , sur les marches du trône. Jugez des nouveaux transports du patient , et des bénédictions que la foule adresse au. monarque généreux. L'application est facile. Voilà toute l'histoire de la confession. Qui osera dire qu'elle est un joug pénible?
Pour opérer notre réconciliation avec Dieu, et rendre la paix à notre ame, la confession doit être bonne, c'est-à-dire qu'elle doit avoir certaines qualités ou conditions, dont le simple bon sens indique la nécessité.
1° La confession doit être simple. Le pénitent ne doit dire précisément que ce qui est nécessaire pour faire connaître au confesseur l'espèce, le nombre et la grièveté de ses péchés. Loin donc les détails superflus, les histoires étrangères, les phrases étudiées. Le pénitent ne doit s'appliquer qu'à découvrir au confesseur l'état de sa conscience . tel qu'il est, sans détour et sans ambiguité .
2° La confession doit être humble. Qu'est-ce, en effet, que la confession? Ce n'est ni un récit, ni UTic histoire indifférente, c'est une déclaration qu'on est coupable, et coupable de quoi? De tout ce qu'il y a de plus propre à donner de la confusion, d'ingratitude et de trahison : le péché est tout cela. Ainsi, le pénitent doit être humble dans son extérieur; il doit se présenter au tribunal dans un habillement décent et modeste , à genoux, dans la posture d'un criminel et d'un suppliant. Il doit 6tre humble dans la manière de déclarer ses péchés, ne les rejetant point sur autrui, mais les attribuant uniquement à sa malice, et s' abaissant devant Dieu dans la connaissance de sa misère, et du besoin qu'il a de la miséricorde de Dieu.
3° La confession doit être pure. Pure dans les paroles dont le pénitent se sert pour s'accuser; pure dans l'intention, c'est-à-dire qu'il ne doit s'approcher de ce saint tribunal que pour se corriger de ses péchés et changer de vie, et non par coutume ou seulement pour soulager sa conscience.
4° La confession doit être sincère , c'est-à-dire sans fard , sans artifice, sans déguisement, soit pour faire, paraître véniel un péché qui est mortel , soit pour diminuer la malice d'un péché ,'' en n'expliquant pas nettement les circonstances. Il faut dire en confession les choses comme elles sont et comme on les pense, sans augmenter ni diminuer. Le déguisement ne sert à rien devant Dieu, qui voit les plis et les replis du cœur. Si on trompe le confesseur, on ne trompe pas Jésus-Christ.
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5° La conlession doit être prudente. Il faut que le pénitent ménage l'honneur du prochain en s'accusant de ses fautes. Ainsi, il ne doit pas découvrir celles d' autrui, à moins qu'il n'y ait participé, et qu'il ne soit nécessaire pour faire connaître son péché tel qu'il est, ou qu'il ne juge que le confesseur pourra donner quelques avis salutaires au complice et le détourner du mal. C'est non-seulement une imprudence, mais un péché contre la charité, et une médisance que de déclarer sans nécessité les péchés des autres.
6<» La confession doit être entière. Le pénitent, dit le saint Concile de Trente, est obligé, de droit divin, à se confesser de tous et de chacun des péchés mortels dont il se souvient après un diligent examen , ainsi que des circonstances qui changent l'espèce du péché'. Voilà qui est de foi. Celui, par exemple, qui aurait volé à l'église, »e se confesserait pas suffisamment s'il se contentait de dire qu'il a volé : il doit ajouter que c'est à l'église, parce qu'il a commis un sacrilège. Cacher un péché mortel en confession, c'est commettre un horrible sacrilège, c'est changer le remède en poison. De plus, le pénitent est toujours obligé de répondre la vérité au confesseur qui r interroge sur ce qui est matière de confession . Quoique les péchés véniels ne soient pas matière nécessaire de l'accusation, il est cependant plus utile et plus sûr de les dire, soit parce qu'on en obtient plus facilement le pardon, soit parce qu'on peut s'exposer 5 prendre pour véniel ce qui est mortel. Puissions-nous ne jamais
' Scss. siv. can. vii.
nous écarter de cette règle si sage, qu'il faut faire chacune de nos confessions avec la même franchise que si elle élait la dernière!
Elle s'en était écartée, de cette règle salutaire, la jeune personne dont l'illustre archevêque de Florence , saint Antonin, rapporte l'effrayante histoire. Nous l'offrons à tous comme le meilleur remède contre la honte en confession.
Une jeune personne, dit ce grand Saint, qui avait été élevée dans les principes de la modestie la plus exacte, étant un jour violemment tentée, tomba dans le péché. A peine l' eut-elle commis, qu'elle fut couverte de confusion et déchirée de remords. Comment, disaitelle, aurai-je le courage de dévoiler ma faute h un confesseur? L'infortunée! la honte la fit tomber dans un crime plus affreux encore. Quand elle fut au confessionnal, elle n'osa pas déclarer son péché.
Ce sacrilège augmenta ses remords. Elle crut pouvoir les apaiser par les austérités de la pénitence. Elle entra dans un monastère, espérant avouer son crime dans la confession générale qui est d'usage avant les vœux . Elle fit en effet quelques efforts pour ouvrir son cœur, mais elle enveloppa tellement son péché, que son confesseur ne put connaître qu'elle en fiit coupable.
Cependant, lasupérieure du monastère mourut. Cette jeune personne menait une vie si édifiante, que les religieuses, trompées par les apparences, la choisirent pour la remplacer . Ce ne fut pas pour long-temps ; elle tomba bientôt dans une maladie mortelle. Toujours elle s'était
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promis de déclarer son péché à l'article de la mort, mais la honte lui ferma encore la bouche.
Elle reçut les derniers Sacrements avec une grande apparence de piété; elle les profana. Se sentant aux prises avec la mort, elle pensait à s'expliquer enfin; mais, ô terrible jugement de Dieu ! le délire survint, elle mourut dans son péché. Les grandes austérités qu'elle avait pratiquées, jointes à sa régularité exemplaire, ne laissèrent ps lieu de douter qu'elle ne iîit sauvée ; mais pendant qu'on priait pour elle. Dieu permit que, pour l'instruction de tous les siècles, cette infortunée appariît aux religieuses dans l'état de la plus terrible consternation, et dit : Cessez de prier pour moi ; je suis damnée pour avoir caché, dans ma jeunesse, un péché en confession.
PRIERE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d avoir établi le sacrement de Pénitence; je vous demande pardon de l'avoir reçu tant de fois avec peu de préparation et peu de profit.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de ceiamoni', je ferai chaque confession comme si elle devait être la dernière.
Zi)h CATÉCHISME
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM , PAR LA COMMUNION. — DE LA PÉNITENCE.
Q. Combien y u-t-il de parties dans le sacrement de Pénitence?
7î. Il y a trois parties dans le sacrement de Pénitence : la contrition, la confession et la satisfaction. Pour se repentir de ses péchés, il faut les connaître ; il faut donc, avant de se confesser, examiner sa conscience.
Q. Qu'est-ce que l'examen de conscience?
R. L'examen de conscience est une diligente recherche des péchés qu'on a commis depuis sa dernière bonne confession .
Q, Quelles sont les qualités de l'examen de conscience ?
R. L'examen de conscience doit être exact, il faut s'examiner sur tous les péchés de pensées, de paroles, d'actions ou d'omissions qu'on a pu commettre ; il doit ôtre impartial; il faut nous examiner sans nous flatter, comme nous examinerions un étranger.
Q. Quels sont les moyens de bien faire l'examen de conscience ?
R. Les moyens de bien faire l'examen de conscience, sont la prière , une foi vive , le recueillement et l'habitude de s'examiner tous les soirs.
Q. Qu'est-ce que la contrition?
R La contrition est une douleur de lame et une dé-
tcstation des péchés qu'on a commis, avec le ferme propos de ne plus les commettre. On distingue deux: sortes de contrition , la contrition parfaite et la contrition imparfaite qu"*;)n appelle attrition.
Q. Qu'est-ce que la contrition parfaite ?
R. La contrition parfaite est la douleur d'avoir of- . fensé Dieu, parce qu'il est infiniment bon, et que le péché lui déplaît. La contrition parfaite, jointe au vœu du sacrement de Pénitence , suffit pour remettre les péchés.
Q. Qu'est-ce que la contrition imparfaite ?
R. La contrition imparfaite est la douleur d'avoir offensé Dieu, parce que le péché mérite l'Enfer, prive du Ciel, et renferme une grande laideur. Regretter le péché, parce qu'il nous fait perdre la réputation, la tranquillité, n'est pas avoir la contrition. L'attrition suppose un commencement d'amour de Dieu ; pour remettre les péchés il faut qu'elle soit jointe au sacrement de Pénitence.
Q. Quelles sont les qualités de la contrition?
R. La contrition doit être intérieure, souveraine, surnaturelle, universelle. Intérieure, c'est-à-dire qu'elle doit être dans le cœur, et non pas seulement sur les lèvres ou dans l'imagination ; souveraine, le péché mortel doit nous déplaire plus que tout autre mal, parce qu'il nous prive du plus grand de tous les biens, qui est Dieu ; surnaturelle , elle doit être produite en nous par la grâce du Saint-Esprit, et fondée sur des motifs connus par la foi ; universelle, elle doit s'étendre à tous les péchés mortels, sans exception .
Q. Qu'est-ce que le ferme propos?
R. Le ferme propos est la résolution ferme, efficace, de ne plus offenser Dieu . Le ferme propos doit avoir les mêmes qualités que la contrition .
Q. Qu'est-ce que la confession ?
R. La confession est une accusation de ses péchés faite à un Prêtre approuvé , pour en recevoir l'absolution.
Q. La confession est-elle bien avantageuse ?
R. Oui, la confession est bien avantageuse à celui qui se confesse ; elle le console, elle lui rend la paix de lame; à la société, elle prévient une foule de crimes et fait réparer une foule de désordres ; elle est même bien douce. Qu'est-ce que la peine de nous confesser, en comparaison de l'P^nfer que nous avons mérité?
Q. Quelles sont les qualités de la confession?
R. La confession doit être 1° simple; on doit dire clairement ce qui est nécessaire pour se bien faire connaître au confesseur ; 2" humble, car c'est une accusation contre nous-mêmes; 3° pure, il faut se confesser dans l intention de devenir meilleur ; 4° sincère, il faut dire ses péchés tels qu'ils sont, sans les diminuer, ni les déguiser, ni les cacher ; 5° prudente, il ne faut pas confesser les péchés des autres ; 6° entière , il faut confesser tous les péchés mortels dont on se souvient après un examen suffisant.
DE PERSÉVÉIU^CE. 367
PRIÈRE
0 mon Dieu , qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir établi le sacrement de Pénitence ; je vous demande pardon de l'avoir reçu tant de fois avec peu de préparation et peu de profit.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour ,je ferai chaque confession comme si elle devait être la dernière.
'ki^
368 CATÉCIUSSIE
XhV LEÇON.
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMMUNION
Prières et cérd-monies de la confession. — Comparaison de la justice humaine avec la justice divine. - Troisième partie du sacrement de Pénitence, la satisfaction. — Trait historique. - Raison de la satisfaction. — Ce que c'est que les indulgences.
Si quelque Sage de l'antiquité avait inventé le tribunal de la Pénitence, tous les philosophes modernes seraient en admiration devant sa profonde sagesse . On le proclamerait le premier des législateurs. S'il avait enseignées prières et les cérémonies de la confession, nos artistes romantiques rediraient son génie en vers et en prose. Ces hommages seraient légitimes; mais nul mortel ne les méritera jamais : car ce n'est pas ainsi que l'homme invente. Cherchez tant qu'il vous plaira dans les livres des Sages et dans les coutumes des nations, jamais vous ne trouverez rien d'aussi touchant, d'aussi paternel, d'aussi sublime, d'aussi propre à réformer les mœurs , que la manière dont s'opère la réconciliation de l'homme avec Dieu au tribunal de la Pénitence. C'est vraiment ici que, suivant la parole du Prophète, se rencontrent la miséricorde et la vérité, que s' cm-
brassent, comme deux sœurs séparées dcpjiis long-temps, la justice et la paix. Voulez-vous savoir tout ce qu'il y a de doux dans ce baiser de réconciliation que le Créateur daigne donner à sa créature? Comparez les tribunaux humains au tribunal de Dieu.
Quand un homme est prévenu d'un crime, la justice humaine met ses gendarmes à sa poursuite; plus de jour serein, plus de nuit tranquille pour ce malheureux. 11 est obligé de se cacher dans les forêts tremblant au mouvement de la moindre feuille jusqu'à cô qu'il soit arrêté. Alors on le charge de chaînes. Traîné ignominieusement de prison en prison, il arrive au lieu où son jugement doit être prononcé. Sur le tribunal au pied duquel il va bientôt comparaître, sont inscrits ces mots terribles : Justice, châtiment. Le jour du jugement arrive, un appareil formidable est déployé. Devant le coupable sont des juges qui peuvent bien punir, mais non pas pardonner; à cûté de lui, des témoins et des accusateurs; au-dessus de sa tête, s'il est reconnu coupable, un glaive sanglant. Si la mort ne lui est pas destinée, il entrevoit en perspective des peines infamantes, des fers qui dureront peut-être autant que Sa vie, le déshonneur, la séparation perpétuelle ou temporaire de tout ce qu'il a de plus cher au monde. Et tout cela le rendra-t-il meilleur? Hélas! non. Telle est la justice humaine.
Bien différente est la justice divine.
Tant qu'il punit sur la terre. Dieu ne dépoaille jamais sa qualité de Père. Aussi un homme, c'est-à-dire un
370 CATÉCHISJIE
de ses enfants, l'a-t-il ofTensé, il lui députe le remords. Le messager de Dieu entre dans le cœur du coupable, il s'y établit, il le presse sans relâche de son aiguillon. Peu à peu le coupable, fatigué, s'arrête: il rentre en lui-même. Une voix plus douce se fciit entendre : c'est celle du repentir. De tendres souvenirs lui reviennent, mêlés à la triste pensée de son état présent. La honte, la crainte, se partagent son ame, et préparent l'arrivée de l'espérance. Tout à coup des paroles douces comme celles d'une mère, d'une mère qui gémit, retentissent à son cœur : Venez à moi, vous qui êtes dans la peine; "venez, et je vous soulagerai. Et ces paroles sortent de la bouche même de son Juge. Il ne craint plus ; et le voilà qui se dirige, conduit par le remords, le repentir et l'espérance, vers la maison de Dieu.
Devant lui est un tribunal sur lequel la foi lit cette consolante inscription : A la miséricorde'! hh, point
> Dans plusieurs régions caUioliqucs il est d'usage de metlre des inscriptions sur les Confessionnaux. Toutes respirent la miséricorde et la clémence dont le saint Tribunal est le siège et dont le prêtre est le ministre. Un Protestant célèbre, connu par ses piéjugés Laineux contre l'Eglise romaine, n'a pu s'empêcher d'admirer ces inscriptions. Il a pris la peine de recueillir celles qu'il a rencontrées sur les Confessionnaux d'Italie; les voici telles qu'on les trouve dans ses œuvres : Allez, montrezvous au Prêtre. — J'irai à mon Père, et je lui dirai : Mon Père, j'ai ■péché. — Ils seront remis dans le Ciel, — Retourne, ô mon ame, à ton repos, — Allez en paix, et ne péchez plus. — Celui qui vous écoute m'écoute. — Venez à ynoi vous tous qui gémissez sous le poids de vos misères. — Le Juste me reprendra avec miséricorde. — Voyez s'il est en moi une voie d'iniquité, et ramenez-moi dans le chemin du Ciel. — C'est pour entendre les gémissements des prisonniers. ( Addisson's Remarks on se\'eral paris of Italy. p. 31.)
de peiaes infamantes, point de chaînes, point de galères, point d'échafaud. Sur ce tribunal est assis un juge qui est plus qu'un homme, mais qui n'est pas un Ange; lui-môme a besoin de miséricorde. C'est le Vicaire de la charité de Jésus-Christ, revêtu de ses entrailles de compassion. 11 n'a sur les lèvres que des bénédictions, des encouragements et des prières; de ses yeux couleront bientôt des larmes sur le coupable repentant. Là, point de témoins étrangers, point d'accusateurs passionnés , le coupable sera lui-même son témoin et son accusateur. On s'en rapporte à lui. S'il avoue son crime, il ne sera pas puni, il sera pardonné.
Son accusation est prête : le voici qui entre au sacré tribunal, et qui va trouver dans l'humble aveu de ses misères des larmes mille fois plus douces que les joies du crime.
Pour animer sa confiance, il l'ait sur lui le signe adorable de la Croix ; et son cœur lui dit : Que le Fils de Dieu même a donné son sang pour expier ses péchés. Alors, s'adressant au ministre de ce Dieu de bonté, il lui dit : Bénissez-moi , mon Père, parce que j'ai péché. Prodigieuse confiance! Il est coupable, et parce qu'il est coupable, il demande des bénédictions. Oui, parce qu'aux yeux de Dieu l'enfant prodigue qui dit : J'ai péché, est digne des bénédictions paterrîelles. Il appelle le Prêtre, mon Père : ce mot dit tout'. Mon Père, vous
' Pour sentir tout ce qu'il produit dans Tainc, essayez de le remplacer, comme quelques-uns le font, sans y penser, par le mot mondain : Monsieur !
qut peut-être m' avez donn6 la vie de la grâce au jour de mon Baptême; qui peut-être m'avez nourri la première fois de ma vie du pain des Anges ; mon Père, qui avez le pouvoir de me rendre la vie de la grâce; mon Père, bénissez-moi. Et le Prêtre accepte ce litre si doux, et il se montrera vraiment Père. Et dès ce moment, touché de la prière de son fils, il dit en formant le signe de la Croix : Que le Seigneur soit dans votre cœur et sur vos lèvres , afin que vous fassiez une sincère et entière confession de tous vos péchés ; au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Qu'il en soit ainsi! Amen,
Le pénitent commence par accomplir une obligation aussi ancienne que le monde. Il fait la confession que fit Adam, le premier des coupables, et qu'ont faite et dû faire tous les coupables dans toute la suite des siècles et chez tous les peuples, afm d'être pardonnes. Il se confesse à Dieu : Je me confesse à Dieu. Il ne s'en tient pas là. Les Anges, les Saints, ont connu ses désordres : il leur en fait l'aveu, soit pour s'humilier, soit pour les attendrir. Il nomme tout ce qu'il y a de plus aimable, de plus pur, de plus miséricordieux dans le Ciel, la bienheureuse vierge Marie; tout ce qu'il y a de plus terrible au démon dont il veut secouer le joug, l'archange saint Michel ; tout ce qu'il y a de plus saint parmi les hommes, saint Jean-Baptiste, dont il désire que la sainteté fasse le contre-poids de ses crimes et touche le cœur de son juge ; tout ce qu'il y a de plus puissant sur la terre, saint Pierre et saint Paul, revêtus du pouvoir de lier et de délier les consciences; enfin, tous les Saints
ses amis et ses frères : à la bienheureuse vierge Marie, à saint Michel- Archange , etc., et à tous les Saints,
Après avoir convoqué toute l'Eglise du Ciel, il convoque l'Eglise de la terre représentée par le Prêtre, et il lui dit : Et à vous aussi mon Père, je me confesse. Et de quoi va-t-il se confesser? Qu'a-t-il donc de si intéressant à dire, qu'il appelle Dieu et les créatures, le Ciel et la terre à l'entendre? Je me confesse... d'avoir péché!! c'est-à-dire d'être un traître et un ingrat. Du moins a-t-il respecté quelques-unes des puissances de son arae et de son corps? Non , il les a toutes souillées : par pensées^ par paroles, par actions, rien en moi qui n'ait servi à l'iniquité. Était-il possible de mettre dans la bouche du pécheur une prière plus propre à former dans son cœur la honte, l'humiliation, le repentir, toutes les dispositions à une sincère pénitence ?
Alors le pénitent, comme pour montrer au Prêtre qu'il n'a pas exagéré, en disant j'ai péché par pensées, par paroles et par actions, entre dans le détail circons' tancié de ses fautes. Et quel détail! 0 Dieu, que vous êtes miséricordieux! Si un sujet s'avouait coupable contre son prince de la moitié des attentats dont l'homme se reconnaît coupable envers vous, le glaive sanglant frapperait à l'instant sa tête odieuse; et vous, mon Dieu, vous écoutez avec patience, que dis-je, avec bonté! Cependant la confession est finie, que va faire le pénitent? Hélas ! que peut-il faire, sinon se confondre, s'irriter contre lui-même, s'avouer grandement coupable. Il le fait en se frappant la poitrine et en disant : C'est ma
faute; j'avais tant de motifs et tant de moyens de ne pas pécher ! Que m'a-t-il manqué? que le Seigneur aurait-il dû faire de plus pour moi qu'il n'ait pas fait? C'est ma propre faute ; ce n'est ni à l'occasion, ni à la tentation, ni à l'humeur des autres, c'est uniquement à ma malice qu'il faut attribuer mes iniquités. C'est ma très-grande faute; oui, parce que je suis Chrétien, enfant bien-aimé de Dieu, comblé de préférence à des milliers d'autres, de ses plus précieuses faveurs.
Accablé sous le poids de sa honte , que va-t-il devenir ? Se désespérer, peut-être? Ah! la Religion inspire bien d'autres pensées. Elle lui dit de prier, et il prie en disant : C'est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours K^ierge^ Il n'ose s'adresser à Dieu, mais il conjure tous les Saints du Ciel et de la terre, témoins de ses crimes et de ses misères, d'être ses intercesseurs auprès de ce Dieu 'qu'il a si indignement outragé. Il s'adresse aussi à son Père, le Prêtre; et ce père tendre, cet ami dévoué, entend la voix de son fils pénitent. Il lui dit dans toute la ferveur de son amour : Que Je Dieu tout-puissant ail pitié de vous, et qu'après vous avoir pardonné vos péchés, il vous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il. Dans la crainte que cette première prière ne suffise pas pour fléchir le Seigneur ou rassurer le coupable, le Prêtre en ajoute une seconde : Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux vous accordfj^ le pardon, lahsohition et la rémission de tous vos péchés. Qu'il soit fait ainsi!
Médecin habile, le Prêtre indique au pénitent les re-
Dli PERSÉVÉIUNCIL. 375
mèdes dont il doit faire usage pour se guérir; les précautions qu'il doit prendre pour éviter de nouvelles chutes, puis lui impose une pénitence, pénitence bien douce en comparaison de ses fautes. Mais, ne l'oubliez pas, c'est ici le tribunal de la miséricorde. Encore un instant, et l'enfant prodigue sera rétabli dans tous ses droits. Mon fils, lui dit le Prêtre, repentez-vous, humiliez-vous, le sang expiateur va couler sur votre ame, et le pénitent s' incline et il prononce dans toute l' amertume de ses regrets l'acte de contrition . De son côté, le Prêtre invoquant le Dieu de bonté dont il tient la place, lève la main et prononce les paroles toutes puissantes de l'absolution.
Que se passe-l-il dans cet instant sublime? Les liens infernaux dans lesquels ce pécheur était enlacé sont rompus, le démon sort de son ame, l'Enfer se ferme sous ses pieds; le Ciel s'ouvre sur sa tête; son nom est inscrit de nouveau en lettres d'or dans le livre de îa gloire ; sa robe d'innocence lui est rendue; l'auguste Trinité le regarde avec complaisance, les Anges tressaillent d'allégresse : et voilà une ame belle, pure comme au jour de son Baptême .Elle peut tout espérer , et déjà de ses yeux * mouillés de larmes , el le entrevoit à quelques pas le banquet eucharistique, et plus loin, le festin éternel des noces de l'Agneau.
Heureux d'avoir rendu une brebis au divin Pasteur, le Prêtre, pour assurer sa persévérance, appelle sur el!e la force et les bénédictions d'en haut. Il dit : Que la passion de Noire Seigneur Jésus-Christ, les mé-
rites de la bienheureuse vierge Marie et de tous les Saints , tout ce qxte vous ferez de bien , tous les maux que vous endurerez-, servent à vous obtenir la rémission de vos péchés, à augmenter en vous la grace^ et à vous obtenir la récompense éternelle . Ainsi soit-il.
Que reste-t-il au Prêtre? Il a commencé par une prière, il finira par une bénédiction. Redevenu enfant de Dieu, le pénitent a droit maintenant à l'héritage terrestre de son divin Père; et cet héritage, c'est la paix : la paix intime, profonde, la paix que le monde ne peut donner ; la paix de la conscience qui supplée à tout et que rien ne peut suppléer, et le Prêtre lui dit : Allez en paix. Oui, vous êtes réhabilité, régénéré, tout est oublié, vous voilà un homme nouveau ; car le repentir est frère de l'innocence.
Le pénitent se retire. Il s'était agenouillé enfant du démon, et il se relève enfant de Dieu, et il s'en va témoigner par de ferventes prières sa reconnaissance au Dieu des miséricordes, et il réfléchit sur les merveilles qui viennent de s'opérer en lui, et il jure de nouveau d'être fidèle aux avis salutaires qui lui ont été donnés. Nous le demandons, où trouver quelque chose de plus paternel, de plus sublime, de plus propre à réformer les hommes qu'un pareil tribunal? Ajoutez que tout ce qui précède la confession et tout ce qui la suit, contribue à cette réforme salutaire. Bien souvent avant de se confesser, la seule pensée qu'on doit le faire, devient un frein au péché et un encouragement au bien ; on se dit : Si je pèche, il faudra m'en confesser ; je vais
faire telle bonne œuvre, parce que je doù me confesser tel jour. Après la confession on se dit encore : Aujourd'hui ou hier je me suis confessé, et c'est un motif pour ne pas retomber et pour continuer à bien vivre. La pensée qu'on est en état de grâce donne des forces et du courage pour mener une vie nouvelle et fervente. Et puis les bons avis du confesseur sur les moyens d'éviter les occasions, d'accomplir ses devoirs, de vaincre les tentations et de nourrir la piété ont, grâce à la bénédiction que Dieu répand sur les paroles du Prêtre, son représentant et son ministre, une efficacité particulière pour instruire et encourager le pénitent long-temps après qu'il est sorti du tribunal .
La Pénitence est donc un second Baptême , nous venons de le voir; mais c'est un Baptême laborieux. Différent du premier dans lequel Dieu nous remet à l'instant toutes nos dettes, celui-ci nous laisse l'obligation de satisfaire, rien n'est plus juste. Aussi la foi catholique nous enseigne que la satisfaction est une partie du sacrement de Pénitence. On la définit la réparation que le pécheur fait à Dieu en accomplissant les bonnes œuvres que le confesseur lui impose. Le pénitent est obligé de faire sa pénitence ; il ne peut la changer. Il ne doit pas négliger de l'accomplir , autrement il s'expose à l'oublier ou à la mal faire. Le pénitent doit accepter volontiers la pénitence qu'on lui donne. Qu'est-ce en effet que cette légère satisfaction en comparaison de ses fautes, en comparaison des pénitences que s'imposaient tant de saints Solitaires peut-être bien moins coupables que
lui? Ecoutons leur histoire; quelle nous apprenne à nous humilier do notre paresse et de notre insensibihté.
Accourez, dit saint Jean Climaquo, approchez, venez tous, vous qui avez irrité la colère de Dieu par vos offenses, et assemblez-vous pour écouter les merveilles qu'il lui a plu de me faire voir pour l'édification de mon ame. Ecoutons avec respect et pratiquons les actions saintes des illustres pénitents dont je vais vous parler, nous tous qui sommes tombés dans des offenses mortelles. Etant en Egypte, j'allai visiter le monastère de la Prison. C'était un lieu d'où toutes les consolations humaines étaient bannies : on n'y voyait jamais de fumée parce qu'on n'y faisait jamais de feu dans la cuisine. Il n'y avait ni vin, ni huile, ni aucune autre nourriture que du pain et les plus simples légumes. Ceux qui l'habitaient, n' étaientpas logés tousensemble, mais chacun à part, et seul à seul, ou au plus deux à deux.
Lors donc que je fus arrivé dans ce monastère, je vis véritablement ce que l'œil d'un homme lâche ne vit jamais, ce que l'oreille d'un homme négligent n'entendit jamais, et ce que l'esprit d'un homme paresseux ne conçut jamais, savoir : des actions et des paroles capables défaire violence à Dieu; des mortitications et des humiliations assez puissantes pour fléchir en peu de temps sa justice.
Je vis quelques-uns de ces innocents coupables qui passaient des nuits entières tout de bout et à l'air, jusqu'au lever dusoleil, sans s'accorder aucun sommeil. J en
DE PEUSÉVÉRANCE. "wO
vis d'autres qui, ayant toujours les yeux élevés en haut d'une manière qui était vraiment digne de compassion, demandaient pardon ù Dieu avec de tristes plaintes et de grands cris. J'en vis d'autres qui étaient en prière, ayant les mains liées derrière le dos, ainsi que des criminels qui tenaient les yeux baissés vers la terre, se jugeant indignes de regarder le Ciel. J'en vis d'autres qui étaient assis sur le cilice et sur la cendre, qui cachaient leur visage entre leurs genoux et se frappaient le front contre la terre. On n'entendait sortir de leur bouche d'autre parole, sinon : Malheur sur nous ! malheur sur nous ! C'est avec justice! c'est avec justice! Miséricorde! miséricorde î Quelques-uns se punissaient eux-mêmes en s'exposant aux plus grandes ardeurs du soleil ; d'autres choisissaient pour tourment de souffrir la grande rigueur du froid. D'autres, après avoir commencé à boire un peu d'eau, cessaient aussitôt, n'en n'ayant pris qu'autant qu'il en fallait pour ne pas mourir de soif.
Lorsque ces bienheureux criminels voyaient que l'un de leurs compagnons était près de quitter ce monde et qu'il avait encore le jugement libre, ils l'environnaient tous et lui disaient avec des gestes lamentables, des paroles tristes et des mouvements dune tendre compassion : Comment .vous trouvez- vous, notre cher frère? que dites-vous à présent? qu'espérez-vous? que pensez-vous? avez-vous obtenu ce que vous avez cherché avec tant de peine? n' avez-vous point entendu au fond de votre ame quelque voii qui vous ait dit : Vous
voiJà guéri; vos péchés vous sont remis. A cela , quelquesuns de ces mourants répondaient ; Je rends grâces au Seigneur de ce qu'il n'a point rejeté ma prière ni retiré sa miséricorde de dessus moi. D'autres répondaient avec une douleur qui fendait le cœur : Malheur à l'ame qui n'a pas gardé ses promesses. Voici l'heure en laquelle elle connaîtra ce qui lui est préparé pour l'éternité^
Je no doute point que les combats de ces bienheureux que je viens de rapporter, ne paraissent à quelques-uns incroyables et peut-être désespérants. Mais un homme courageux en tirera des mouvements tout contraires. Il se sentira porté à une sainte émulation, ou du moins il acquerra une humilité profonde en se comparant avec ces saints pénitents'.
Pour en revenir à notre sujet, voici la raison pour laquelle on impose des pénitences. L'absolution remet au pécheur converti la coulpe de ses péchés et la peine éternelle due aux péchés mortels dont il s'était rendu coupable; mais il reste ordinairement pour ces péchés remis, une peine à subir. Ainsi nous voyons dans l'Ecriture-Sainte ' , que Moïse ayant obtenu aux Israélites murmurateurs le pardon de leur péché, ils furent néanmoins presque tous punis de mort. La peine éternelle leur fut remise, mais la peine temporelle resta. David avait été pardonné de ses péchés, le prophète Nathan l'en avait assuré de la part de Dieu. Il lui resta néan-
> Cassien , Degrés de la Pénitence.
^ Nomb. c. 14. •
moins une peine temporelle à subir, dont le Prophète l'avertit par ces paroles ; Le Seigneur a transféré votre péché et vous ne mourrez point. Néanmoins, parce que vous avez été cause que les ennemis du Seigneur ont blasphémé contre lui, le fils qui vous est né perdra la vie. Aussi, l'Eglise a-t-elle toujours imposé des pénitences aux pécheurs réconciliés par l'absolution. Dans les premiers siècles, ces pénitences étaient très-longues et très-rigoureuses, comme nous le verrons ailleurs. On voulait qu'elles eussent quelques proportions avec l'outrage que le pécheur fait à Dieu en se révoltant contre lui .
Cette obligation de faire pénitence, même après la remise de la peine éternelle, est encore une preuve de la bonté de Dieu et de sa sollicitude pour notre salut.
1° Il a voulu nous inspirer Ihorreur du péché, et nous faire comprendre la profondeur de la plaie qu'il fait à notre ame, car rien ne fait mieux connaître la grandeur de la maladie, que la difficulté d'en obtenir le remède.
2° Il a voulu donner un frein à l'impétuosité de nos passions, et nous précautionner contre les occasions du péché, qui sont très-fréquentes en cette vie.
3° Il a voulu guérir en nous les restes du péché, c'est-à-dire certaines langueurs spirituelles, ou certain dégoiit pour la vertu, une attache déréglée aux biens temporels , une difficulté à faire de bonnes œuvres , tristes dispositions qui restent souvent après que le péché a été remis.
4** Il a voulu détruire nos mauvaises habitudes par la pratique des vertus contraires, et nous faire payer nos dettes avant de nous appeler à son redoutable tribanal.
5° Il a voulu nous rendre conformes à Jésus-Christ, dont toute la vie s'est passée dans les travaux et les souffrances'. Si nous voulons partager sa gloire, il faut que nous partagions sa Croix.
Mais ce tendre Père, dans la crainte que nous ne fussions eff^rayés et découragés par la rigueur des pénitences que nous sommes obligés de faire afm de proportionner la réparation à l'offense, a trouvé un moyen de ménager notre faiblesse, tout en conservant les droits sacrés de sa justice. Il a bien voulu que l'innocent payât pour le coupable, et que les satisfactions surabondantes do nos frères tournassent à notre profit, et diminuassent d'autant nos obligations. Ce moyen, ce sont les indulgences. Nous ne craignons pas de le dire, voici un des plus beaux dogmes du Christianisme et en même temps un des moins compris et des plus calomniés. Pour le venger, il suffit de dire ce qu'il est, nous allons l'entreprendre.
Dans une famille, un enfant désobéit : son père lui impose une pénitence. Le coupable se met en devoir de l'accomplir, lorsque sa mère, ou son frère, ou sa sœur, viennent demander grâce pour lui. Le père se laisse llécliir, et pardonne en considération des prières et de l'intercession de son épouse ou de ses enfants. Ce père
' Con.Tikl. Sess. 14- <•• 8.
de famille accorde une indulgence. Dans un royaume , un homme se rend coupable d'un crime. Les lois le condamnent à mort. Il va mourir, lorsqu'un personnage illustre vient se jeter aux pieds du monarque, et demande grâce pour le criminel. Le roi se laisse ilécliir, le coupable est épargne. Ce roi accorde une indulgence. Le genre humain, tout entier dans la personne d'Adam, se révolte contre Dieu. Il est condamné à la mort éternelle. Aussitôt le Fils de Dieu se présente et demande grâce, s'offrant à mourir à notre place . Le Père éternel se laisse iléchir, et l'homme est épargné. Dieu accorde une indulgence, et le Christianisme tout entier n'est qu'une grande indulgence accordée au genre humain, en considération de rinnocence par excellence volontairement immolée pour le monde coupable.
Qu'est-ce donc que les indulgences? Les indulgences, cest la rémission de la peine temporelle qui reste à subir après la remise de la faute et de la peine éternelle ; rémission accordée hors du sacrement de Pénitence, par l'application des mérites de Jésus-Christ et des Saints ' .
Pour comprendre les indulgences et les effets qu'elles produisent, il faut se souvenir que tout péché doit être puni en cette vie ou en l'autre. Si le péché est mortel, il doit être puni en l'autre vie d'une peine éternelle; s'il n'est que véniel, il doit être puni d'une peine temporelle en cette vie, ou après la mort dans le Purgatoire. Après que le péché, soit mortel, soit véniel, est remis par le sacrement de Pénitence, il
' Collet, Tract, de Indulg. c. 1.
reste assez ordinairement une peine temporelle à subir ; Car il est rare qu'on ait cette contrition parfaite qui exclut toute afîeclion au péché, et qui nous justifie pleinement devant Dieu. L'indulgence est la rémission de cette peine.
Qu'en remettant le péché et la peine éternelle, Dieu ne remette pas toujours la peine temporelle qu'il mérite, c'est une vérité que nous avons établie par les nombreux exemples que Dieu môme nous en donne. Tels sont ceux des Israélites murmurateurs et de David, que nous avons dtés plus haut. On peut y ajouter celui d'Adam. Ce premier père du genre humain se rend coupable. Dieu lui pardonne et le justifie pleinement en lui rendant son amitié. Néanmoins, il ne l'exempte pas des peine temporelles dues à son péché, il lui laisse la dure obligation de manger son pain à la sueur de son front, et la triste nécessité de souffrir et de mourir.
Ainsi 1° les indulgences ne sont point inutiles ; 2" elles ne remettent ni le péché ni la peine éternelle, mais seulement la peine temporelle .
Et nous le répétons ici, c'est un trait de miséricorde et de sollicitude de la part de Dieu, do ne pas nous remettre avec le péché toute la peine qui lui est due. Ne serait-il pas à craindre que cette grande facilité à pardonner ne fût un attrait au mal? C'est donc tout à la fois, dit saint Augustin, pour lui montrer la grandeur du mal qu'il a commis et du châtiment qu'il a mérité, et pour corriger une nature toujours portée à faillir et pour exercer la patience qui lui est nécessaire, que des
DE PEnSÉVliRAiN<:E. 385
peines temporelles s'attachent à l'homme, môme après qu'il a cessé d'être dévoué, pour ses fautes, à une éternité de supplices.
Mais celte expiation temporelle, faut-il absolument que nous la subissions dans toute sa rigueur et dans toute son étendue? La foi nous apprend que l'Eglise a reçii de Jésus-Christ le pouvoir de l'adoucir. Dogme sacré, pouvoir consolant, que nous plaçons avec reconnaissance parmi les bienfaits signalés que nous a procurés la médiation de Jésus-Christ. Nous en donnerons la preuve dans la leçon suivante.
PRIERE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de m'avoir si souvent reçu à pénitence avec tant de miséricorde ; je vous demande la grâce de conserver jusqu'au dernier soupir l'innocence que j'ai recouvrée.
Je prends la résolution d' ,imer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai ma pénitence avec beaucoup de ferveur .
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA CHARITÉ. — DE LA PÉNITENCE ET DES INDULGENCES.
Q. Quelles senties prières et les cérémonies qui accompagnent la confession ?
R . Voici les prières et les cérémonies qui accompagnent la confession : En entrant au confessionnal, le pénitent se met à genoux, fait le signe de la Croix pour se rappeler que le Fils de Dieu est mort pour lui ; ensuite il dit : Bénissez-moi, mon Père, parce que j'ai péché.
Q. Pourquoi le pénitent donnc-t-il au confesseur le nom de Père ?
R. Le pénitent donne au confesseur le nom de Père, 1° parce que c'est lui qui doit lui rendre la vie de la grâce; 2° pour lui rappeler les sentiments de tendresse, de compassion et de charité qu'il espère trouver en lui ; 3" pour lui témoigner sa conliance et son obéissance.
Q. Que fait le confesseur?
R. Le confesseur demande à Dieu qu'il donne au pénitent la grâce de faire une sincère et bonne confession.
Q. Que fait ensuite le pénitent?
R. Le pénitent récite le Con/ileor jusqu h ces paroles : C'est ma faute. Le Confiteor est une belle confession. Le pénitent appelle Dieu et les Saints pour entendre l'aveu de ses fautes, afin de s'humilier et de les attendrir.
Q. De quoi est suivi le Confilcor ?
R. Le Confiteor est suivi de la confession exacte de tous les péchés. Quand elle est finie, le pénitent se frappe la poitrine en signe de douleur, et il dit : C'est ma faute, c'est ma propre faute, c'est ma très-grande faute. Et tout cela est la vérité.
Q. Quelles prières fait alors le confesseur?
R. Le confesseur fait alors deux prières pour obtenir au pénitent le pardon de ses péchés. Ensuite il lui donne les moyens de ne pas retomber, lui impose la pénitence.
Q. Que fait-il ensuite?
R. Ensuite, s'il le trouve disposé, il lui dit de s'exciter à la contrition. Puis il lève la main en signe de l'autorité divine dont il est revêtu, et prononce les paroles de l'absolution.
Q. Que se passe-t-il en ce moment dans lame du pénitent ?
R. Voici ce qui se passe alors dans l'ame du pénitent bien disposé : Le démon sort de son cœur, l'Enfer se ferme sous ses pieds; le Ciel s'ouvre sur sa tète; sa robe d'innocence lui est rendue ; Dieu le regarde avec complaisance, et tous les Anges sont dans la joie.
Q. Quelles paroles le confesseur dit-il encore au pénitent?
R. Après l'absolution, le confesseur dit au pénitent , Allez en paix. C est là le grand bien qu'il vient de retrouver dans la confession.
Q. Pourquoi le confesseur donne-t-il une pénitence ?
R. Le confesseur donne une pénitence afin de satisfaire à la justice deDieu. Après la rémission de la peine éternelle, il reste encore ordinairement une peine temporelle à subir, et la pénitence en est une partie. Aussi, le pénitent est obligé de faire sa pénitence.
Q. Qu'est-ce que les indulgences?
11. Les indulgences, c'est la rémission de la peine temporelle due à nos péchés. L'Eglise nous accorde cette rémission hors du sacrement de Pénitence, par l'application des mérites de Jésus-Christ et des Saints. Pour ménager notre faiblesse et nous aider à payer nos dettes, Dieu veut bien accepter les satisfactions de Notre Seigneur et des Saints. Ainsi, les indulgences remettent la peine temporelle due à nos péchés, mais elles ne remettent ni le péché ni la peine éternelle.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de m'avoir si souvent reçu à pénitence avec tant de miséricorde ; je vous demande la grâce de conserver jusqu'au dernier soupir l'innocence que j'ai recouvrée.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ferai ma pénitence avec beaucoup de ferveur.
XLIP LEÇON.
ï)E NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM , PAR LA C03IJMUNION.
Pouvoir d'accorder des indulgences. >— Trésor des indulgences, de quoi il se compose. — Ce qu'il faut faire pour les gagner. — Ce qu'on entend par indulgence plénière, etc. — Ce que c'est que le Jubilé.
Le père dans sa famille, le roi dans son royaume, jouissent de la magnifique prérogative de faire grâce. Pourquoi l'Eglise, notre mère et notre reine, n'en jouirait-elle pas à l'égard de ses enfants? Le Sauveur l'en a honorée, lorsqu'il dit à saint Pierre : Je vous donnerai les dés du royaume des deux; tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le CieV . Cette promesse est générale, et n'admet aucune exception. Sur quoi nous raisonnons ainsi : L'Eglise a reçu de Jésus-Christ, en la personne de saint Pierre, qui est son chef, le pouvoir d'ouvrir le Ciel aux pécheurs pénitents ; elle a donc le pouvoir de lever tous les obstacles qui les empochent d'y entrer. Or, les peines temporelles qui leur restent à subir après la rémission
■ MatUi. 16. 19.
de la peine éternelle, sont autant d'obstacles qui empochent les pécheurs convertis d'entrer dans le Ciel, où l'on ne peut pénétrer sans avoir payé à la justice divine jusqu'à la dernière obole. L'Eglise a donc reçu le pouvoir de leur remettre ces peines. Elle le fait par le moyen des indulgences. En un mot, l'Eglise a reçu le pouvoir de remettre les péchés; donc, à plus forte raison peutelle remettre la peine due aux péchés.
Une autre preuve que l'Eglise a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d'accorder des indulgences, c'est la conduite des Apôtres. Instruits par Jésus-Christ lui-même, ils ont fait usage de ce pouvoir, et tous leurs successeurs les ont imités dans la suite des siècles. Témoin l'apôtre saint Paul. Cet infatigable ouvrier avait prêché l'Evangile à Corinthe : il y avait formé une Eglise florissante. Appelé par son zèle dans d'autres provinces, il apprend qu'un de ses néophitcs a commis un grand crime. Aussitôt il écrit à l'Eglise de Corinthe de le retrancher de son sein'. On lui répond que le coupable se repent. Touchéde compassion, l'Apôtre écrit une seconde lettre, dans laquelle il dit qu'il consent à user d'indulgence envers cette brebis égarée, mais pénitente , de peur qu'un excès de tristesse ne devienne pour elle une tentation de désespoir, et il ajoute : Si j'use d'indulgence, je Je fais à cause de vous et comme^ représentant de Jésus-Christ \ Saint Paul croyait donc que Jésus-Christ avait donné à ses Apôtres , et par conséquent à son
' 1. Cor. c. 5.
' 2. Cor. 2 10. . ,. ^
DE PEUSÉVERANCE. 391
Lglise , le pouvoir de faire grâce aux pécheurs , en considération des prières et des mérites de leurs frères innocents, c'est-à-dire le pouvoir d'accorder dos indulgences. Les hérétiques ou les impies qui osent contester ce droit à l'Eglise, se flatteraient-ils par hasard de mieux connaître la pensée de Jésus-Christ que saint Paul? de déterminer avec plus de précision l'étendue des pouvoirs qu'il a donnés à l'Eglise? Le grand ennemi des indulgences dans les temps modernes, Luther, no disait-il pas avant d'être condamné par le souverain Pontife : Si quelqu'un nie la vérité des indulgences du Pape, qu il soit anathcme.
Montrons maintenant que dès les premiers siècles, les successeurs de saint Pierre et tous les Evéques du monde catholique, ont été dans l'usage constant d'accorder des indulgences.
Au troisième siècle, les Montanistes; au quatrième, les Novatiens , s'élevèrent par un faux zèle contre la facilité avec laquelle les Pasteurs de l'Eglise recevaient les pécheurs à pénitence, et leur accordaient l'absolution et la Communion. Pour faire cesser leurs clameurs, on poussa fort loin la rigueur des pénitences qu'on imposait aux pécheurs avant de les réconcilier à l'Eglise. Mais les Pasteurs, malgré l'entêtement des hérétiques, continuèrent à user d'indulgence' envers les pénitents, soit en considération de la ferveur avec laquelle ils accom-
' Ils y élaienl autorisés par les canons des conciles de Nicée, d'Ancyre, deLérida, etc. St. -Basile, St.-Chrysostûmc, etc., approuvent celte conduite.
plirent leur pénitence, soit à cause de l'approche de la persécution afin de pouvoir donner la Communion aux pénitents comme un préservatif nécessaire contre les dangers qui les menaçaient, soit en considération des martyrs ou des confesseurs retenus dans les chaînes ou condamnés aux mines , qui demandaient souvent cette indulgence aux Évoques en faveur de quelques pénitents.
Comme Jésus-Christ au moment d'expirer, ces généreux Chrétiens, enfermésdans les prisons et prêts à souffrir la mort , tournaient encore vers leurs frères des regards decharité,et demandaient grâce pour eux. S'ils savaient écrire, ils mettaient le nom de leurs protégés sur un billet qu'on nommait libelle des Martyrs; s'ils ne pouvaient pas écrire, ils se contentaient de les nommer aux Diacres qui les visitaient dans leurs prisons. Les Diacres portaient les libelles ou recommandations verbales des Martyrs aux Evoques. Pour honorer la constance des Martyrs, les Evoques accordaient des indulgences aux pénitents, c'est-à-dire qu'ils abrégeaient la durée de leur pénitence . Comme entre les enfants de l' Eglise , tous les biens spirituels sont communs, ils jugeaient que les mérites des Martyrs pouvaient ôlre légitimement appliqués aux pénitents pour lesquels ils daignaient s'intéresser ' .
xVprès la conversion des empereurs, il n'y eut plus de martyrs qui pussent intercéder pour les pénitents; mais on ne crut pas que la source des grâces de l'Eglise fût
' st. Cy{) fp. 10, 11, 12, 13. 23.
tarie ou diminuée pour cela. Les mérites surabondants de Jésus-Christ et des Saints morts ou vivants, sont le trésor de cette sainte mère, et ce trésor est inépuisable. Elle peut donc toujours en faire l'application à ses enfants, lorsque cette indulgence peut tourner au bien général. Or il est certain que lindulgence, accordée avec la discrétion qui distingua toujours si éminemment l'épouse infaillible de Jésus-Christ, tournée l'avantage des Fidèles . Elle est pour les Saints vivants une raison de plus de multiplier leurs bonnes œuvres; pour les pécheurs, un motif de confiance à la Communion des Saints, et un engagement à éviter tous les péchés auxquels est attachée l'excommunication.
C'est donc une vérité de foi appuyée sur les paroles de Jésus-Christ lui-même, sur l'exemple des Apôtres et la tradition de tous les siècles, que l'Eglise a le pouvoir d'accorder des indulgences. Le saint concile de Trente prononce anathème contre quiconque oserait dire que les indulgences sont inutiles ou que I Eglise n'a pas le pouvoir d'en accorder ' . Il ne faut pas croire non plus que les indulgences portent au relâchement et à la dépravation, car jamais les indulgences n'ont autorisé un pécheur à refuser la pénitence imposée par le confesseur, à s'exempter d'une restitution, d'une réparation qu'il pouvait faire. L'objet des indulgences fut toujours de suppléer à des pénitences omises, mal accomplies ou trop légères eu égard à l'immensité des fautes. L'Eglise dit équivalemment au pécheur envers qui elle use de
' Scss. 25. c. 23.
o9ll CATÉCHISME
celle faveur : Vous devez tant, et vous n'avez rien ou presque rien pour payer ; mais si vous faites telle chose, vous serez déchargé. C'est un père, c'est un roi qui commue la peine méritée par un enfant désobéissant ou un sujet rebelle. En agissant de la sorte, l'Église ne fait que suivre T exemple de Dieu lui-même. Qu'estce, en effet, comme nous avons dit, que le Christianisme? qu'est-ce que la Rédemption de Jésus-Christ, premier fondement de notre foi? sinon une grande indulgence accordée à l'homme coupable en considération de cette Victime innocente? L'homme est coupable; seul , il ne peut satisfaire môme pour la plus légère offense : la justice divine réclame néanmoins tous ses droits; donc sans indulgence, c'est-à-dire sans les mérites du juste, appliqués au pécheur et reçus en payement de sa dette, point de rémission possible ; point de Rédemption, point de Christianisme. Voilà ce qui démontre que le dogme des indulgences tient au fond môme de la Religion de Jésus-Christ. Car les indulgences que lEglise accorde, ne sont qu'une application particulière de la grande iodulgence qui est la base môme du Christianisme.
Tout péché doit ôlre puni autant qu'il mérite de l'ôtre. Dieu ne peut rien céder des droits de sa juslice. L'indulgence ne saurait donc priver Dieu, même d'une partie de la satisfaction qui lui est due. Enfin, voici une proj>osilion incontestable : Dieu ne peut pas plus laisser un péché sans punition, qu'une bonne œuvre sans récompense; et il est rigoureusement né-
DE PEnSliVliRANCE. 395
cessaire que tout péché soit puni autant qu il le mérite ' .
Mais, medirez-vous, que laissez-vous à la bonté et à la miséricorde de Dieu? Vous l'anéantissez en lui ôtant tout exercice. Au contraire, je lui laisse tousses droits, seulement je vais vous montrer en quoi elle consiste. Elle consiste en ce que Dieu veut bien accepter la satisfaction de Jésus-Christ et des Saints pour l'expiation des péchés des hommes. Il pourrait exiger de nousmêmes ce que nous lui devons, jusqu'à la dernière obole; mais par bonté, il veut bien accepter la satisfaction d' autrui pour le payement d'une dette qu'il aurait été en droit d'exiger tout entière de chacun de nous.
Ces notions supposent 1° qu'il y a dans l'Eglise des satisfactions surabondantes; 2° que ces satisfactions peuvent être appliquées aux Fidèles>
Et d'abord, il y a dans l'Eglise des satisfactions surabondantes. En effet, toutes les bonnes œuvres sont en même temps mcritoires et satisfacloires. Elles méritent la gloire et la grâce, et expient le péché. C est ainsi que les bonnes œuvres du nouvel Adam, modèle de
' st. Aug. lib. 3. de lib. arbitr. c. 9 et 10; id. de natur. boni, c. 7. Nec sufficit solummodo reddere quod aLlatum est, scd pro contumelia illata plus débet retidere quam abstulit... St. Anselm. lib. \. Car De us homo. cap. i\.
Videamus utrùm sola miseriçordia, sine omni solutione ablati sibi bODoris deceat Dcum peccata dimiltere ? Sic dimittere peccatum non est aliud quam non punire; et quoniam recte ordinare peccatum, non est nisipunire, sinon punilur inordinatum dimitlilur. Secundum mensuram peccati oporiet satisfactionem esse. Aliter aliquatenùs inordinatum nianeret peccatum; quod esse non potest, si Deus nihil relinquit inordinatum in regno suo. Scd hoc est prœstitum , quia quamlibet parvum inconvcnicns in Dco impossibiieest. — Id. c. 20. — T\^7/cz aussi cap. 13. et 2/|.
tous les Saints, lui ont acquis pour son humanité le plus haut degré de gloire, pour les hommes, des grâces de salut, et en môme temps, ont effacé les péchés du monde. De môme, un Juste en état de grâce, qui fait une bonne œuvre, ajoute une perle de plus à sa couronne, obtient une grâce de plus, enfin expie quelquesuns des péchés qu'il peut avoir commis.
Mais si ce Juste n'a pas de péchés à expier, ou si le mérite de sa bonne œuvre surpasse sa dette, sa bonne action n'obtient qu'une partie de sa récompense. En tant qu'elle est expiatoire, elle demeure privée de son effet. Cependant ce genre de mérite ne saurait être perdu.
Or, 1" les satisfactions de Notre Seigneur ont surpassé de beaucoup les péchés du monde : elles sont infinies, les péchés du monde ne le sont pas. De là ces mémorables paroles du pape Clément VI, qui expliquent si bien la pensée de l'Eglise sur les indulgences : « Le Sauveur immolé sur l'autel de la Croix, n'a pas versé seulement une goutte de son sang, ce qui cependant, h cause de la dignité de sa nature, aurait suffi pour la rédemption du genre humain, mais il l'a répandu tout entier. Combien donc, pour que tant de mérites ne soient pas vains et inutiles, ne doit pas être gr'and le trésor de grâces qu'il a acquis à l'Eglise militante? Il a donné au prince des Apôtres et à ses successeurs le pouvoir d'en distribuer les richesses aux Fidèles'. »
1 Extravag. IJiiigcnilus, etc.
2° Il est bien certain que les Saints ont fait beaucoup de satisfactions surabondantes. Qui peut le nier de la sainte Vierge qui, exempte de tout pcch(5, a néanmoins tant souffert? qui peut le nier de tant de martyrs qui, des fonts sacrés du Baptême où ils venaient d'être purifiés, n'ont fait qu'un pas jusqu'à l'échafaud où ils consommèrent leur sacrifice? qui peut le nier de tant d'autres Saints qui ont passé leur vie dans les austérités, les jeûnes, les privations de toute espèce? C'est encore la doctrine de l'Eglise'.
Ainsi, le trésor des indulgences se compose des mérites surabondants de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des Saints. Ce trésor est inépuisable, puisque les mérites du Sauveur sont infinis.
Nous avons dit en second lieu que ces mérites peuvent être appliqués aux Fidèles. Nous l'avons prouvé en montrant que l'Eglise a le pouvoir d'accorder des indulgences. La justice veut qu il en soit ainsi. Ne serait-il pas étrange que dans une société aussi parfaite que l'Eglise, un si riche trésor demeurât enfoui? Dieu pourrait-il laisser inutiles tant de mérites de Jésus- Christ et des Saints? Cependant il ne peut les faire servira l'utilité, à l'avantage, ni de son Fils, ni des Saints, puisqu'ils n'ont point de dettes personnelles à payer. La justice demande qu'il les fasse valoir en faveur de ses enfants qui en ont besoin, il l'a fait. Ainsi, on le vit souvent pardonner aux plus grands pécheurs, quoiqu'ils ne fissent que de légères pénitences, lorsque
■ Extravag. Uaigenitus , etc.
398 CATÉcnisMi;
quelque saint personnage offrait ses satisfactions pour cuî. Ainsi pardonna-t-il aux Israélites rebelles, en considération de Moïse son serviteur ; ainsi aurait-il pardonné aux cinq villes infâmes, s'il s'y fût trouvé seulement dix Justes. Ainsi pardonna-t-il au profanateur Héliodore, en considération du Grand-Prètre Onias.
Et maintenant, que faut-il faire pour gagner les indulgences?
Les indulgences sont des biens qui appartiennent à l'Eglise, Pour en jouir, il faut appartenir à cette sainte société : il faut être baptisé. Ce sont des biens destinés à payer nos dettes ; il faut donc en avoir contracté ; il faut avoir commis des fautes. Ainsi, les enfants qui sont sans péché, ne sauraient en gagner pour eux. Les Fidèles défunts, ne cessant pas d'être membres de l'Eglise, peuvent aussi profiter des indulgences'. 11 faut cependant pour cela que le souverain Pontife dise que telle indulgence est applicable aux âmes du Purgatoire, parce que c'est à lui à régler la dispensation des mérites de Jésus- Christ. Il faut de plus que les Fidèles aient l'intention de la leur appliquer.
Pour gagner les indulgences, il n'est pas nécessaire que toutes les pratiques auxquelles elles sont attachées soient faites en état de grâce, à moins que le souverain Pontife ne l'exige expressément. Il suffit, mais il faut que toutes les pratiques commandées soient faites avec un cœur vraiment repentant, et qu'on soit en état de grâce pour faire la dernière. En effet, qui peut conce-
' Si. Aug. Civ, Vci. 1. 20. c. 9.
voir qu'un homme volontairement attaché h quelque péché mortel, puisse mériter la remise de la peine due à ce péché? Au reste, on sent bien que celui-là gagnerait plus amplement l'indulgence qui ferait toutes les pratiques exigées en état de grâce ou avec un plus grand esprit de pénitence'.
De ce que nous venons de dire, il suit 1° que le Chrétien qui se serait acquitté avec l'affection volontaire au péché mortel d'une partie des choses prescrites pour obtenir l'indulgence, ne la gagne point s'il ne réitère ses actions en état de grâce, ou du moins après avoir déposé l'affection au péché mortel ; 2° qu'il est rare qu'on gagne l'indulgence dans toute son étendue, parce que rarement on dépose toute affection au péché véniel, dont la peine, par conséquent, ne saurait être remise; 3° que les tièdes néanmoins, ne doivent point négliger les indulgences; parce que s'ils ne les gagnent pas entièrement, ils peuvent les mériter du moins en partie; 4<> que pour gagner les indulgences, la confession n'est pas nécessaire à ceux qui, étant sans péché mortel , sont véritablement contrits . Ceci a lieu lors même qu'il est dit que les indulgences ne sont accordées qu'à ceux qui sont contrits et confessés ; à moins cependant que la confession ne soit enjointe comme une partie essentielle des bonnes œuvres à faire' . 5° Enfin, pour gagner les^ indulgences, il faut avoir l'intention de faire ce qui est commandé , selon V intention
' Collet, Traite des Indulgences. — M. de Sanibucy, Munuel des Indulgences.
^ Collet, p 6. 88.
AOO CATÉCHISME
de l Église : il est bon d'exprimer un objet particulier.
Pour compléter ces notions, il faut ajouter qu'on entend par indulgence plénière la rémission de toutes les peines imposées autrefois par les canons pour toute espèce de crimes. L'indulgence de sept ans ou de sept quarantaines, est la rémission d'une peine équivalente à la pénitence de sept ans ou de sept carêmes, imposés par ces mômes canons. Maintenant, par une indulgence plénière ou de sept ans ou de sept quarantaines, obtienton la rémission de sept ans de Purgatoire, ou de sept fois quarante jours, ou même de toute la peine qu'on devait y souffrir ? Cela est absolument incertain. Quelques-uns pensent qu'on peut le croire. Quoi qu'il en soit, il suffit de savoir que celui qui gagne les indulgences obtient la rémission d'une partie de son Purgatoire, d'autant plus grande que sa dévotion est plus parfaite'.
Si nous avions un peu de foi, quel ne serait pas notre empressement à gagner les indulgences. Nos pères, plus éclairés que nous, parce qu'ils étaient plus Chrétiens, ne négligeaient aucune occasion de mériter ces précieuses faveurs. On cite de longs voyages entrepris, une foule d'Eglises fondées, de Monastères bâtis ou réparés, afin de gagner des indulgences. Et nos pères ne se trompaient pas. Je suppose que nous allions visiter une vaste prison , dans laquelle sont renfermés une multitude de malheureux, chargés de fers. Ils sont tous condamnés à des
' Collet, p. 0. 88.
peines terribles, les uns pour dix ans, les aulres pour vingt, les autres pour quarante. Nous leur disons : Le roi, dans sa bonté, veut bien abréger la durée de vos peines , ou môme vous les remettre entièrement , à condition que vous ferez telle prière , telle pratique de piété, très-courte, très-facile. Si vous acceptez, les portes de la prison vont s'ouvrir, vous pourrez revoir vos parents, vos amis, vos familles. Est-il un seul de ces prisonniers qui refusât une condition si avantageuse et si douce? Eh bien! ces prisonniers, c'est nous ; nous sommes tous débiteurs à la justice de Dieu. Cette prison , c'est le Purgatoire. Les peines de ce monde ne sont rien, comparées à celles qu'on y endure. On nous propose de nous en délivrer à des conditions très-faciles, et nous ne les acceptons pas ! et nous les remplissons avec une négligence scandaleuse ! Sommesnous raisonnables? Et si nous languissons un jour pendant de longues années dans les flammes du Purgatoire, ne sera-ce pas notre très-grande faute?
Parlons, en finissant, de la grande indulgence de l'Eglise catholique, le Jubilé.
Le Jubilé est une indulgence plénière à laquelle sont ajoutés plusieurs privilèges extraordinaires. 1° Il est plus étendu; il est donné à l'Eglise universelle, au lieu que les autres indulgences plénières ne sont que pour une partie du troupeau de Jésus-Christ. 2° Les confesseurs approuvés ont le pouvoir d'absoudre de tous les cas et de toutes les censures réservées .
Le Jubilé proprement dit , o!j le grand Jubilé, est T. IV. 26
Z|02 ^.ATF.^,ms^n;
celui qui revient tous les vingt-cinq ans, et l'on nomme cette année Y année sainte. Oh ! oui , année sainte par excellence ! et parce que TEîïlispnous y fait une singulière application des mérites do Jésus-Christ, sources inépuisables de toute sainteté, et parce que c'est plus que tout autre le temps de la grâce, des libéralités et de la clémenc e du Seigneur.
Lors de leur avènement au trône de saint Pierre , les souverains Pontifes ont aussi coutume d'accorder un Jubilé : ce n'est pas de celui-là que nous voulons parler.
Le mot Jubilé veut dire renvoi ou rémission. C'était chez les Juifs le nom de chaque cinquantième année. An retour de cette heureuse année, tous les prisonniers et les esclaves étaient remis en liberté, les héritages vendus retournaient à leurs anciens maîtres, les dettes étaient annulées, et la terre demeurait sans culture. C'était une année de grâce et de repos. Ce Jubilé de la loi ancienne n'élait que la figure de celui de la loi nouvelle . Le Jubilé du Christianisme remet les dettes spirituelles dont les pécheurs sont chargés; il délivre les prisonniers et les esclaves du démon ; il nous fait rentrer en possession des biens spirituels que nous avons perdus par le péché. Enfin, dans l'intention de l'Eglise, cette année doit être un temps de saint repos, dans laquelle oubliant les soins de la terre, nous devons nous occuper dans le silence de nos années éternelles. Ainsi, le Jubilé rappelle aux Chrétiens que leur Religion date des premiers jours du monde , qu'elle est l'accomplissement des
ne PERSÉVÉRANCE. ZjOS
figures mosaïques, qu'ils sont les enfants du Dieu d'Israël et les véritables héritiers des promesses faites à Abraham, à Isaac et à Jacob.
Il réveille aussi tous les souvenirs de la piété antique. Cette institution admirable remonte à une époque beaucoup plus reculée qu'on ne le croit communément. Le pape Boniface VIII, auquel on en attribue l'établissement, au commencement du quatorzième siècle, ne fit que régler un usage déjà ancien; car Ihistoire nous apprend que dans les premiers jours de l'année même où ce Pape donna sa bulle sur le Jubilé, les habitants de Rome, et après eux les étrangers, s'étaient em.pressés, de leur propre mouvement, de visiter la basilique du Vatican pour y gagner l'indulgence qu'on y obtenait tous les cent ans, d'après la tradition des Anciens. Clément VIII, jugeant que le terme de cent ans était trop long, parce que peu de personnes voient la fin d'un siècle, et qu'ainsi il y en avait peu qui jouissent de cette grâce, mit le Jubilé à la cinquantième année. Paul II , trouvant que ce terme était encore trop long, fixa, l'an 1470, cette indulgence chaque vingt-cinquième année.
Le grand Jubilé commence à Rome la veille de Noël . Il y dure un an ; il s'étend ensuite à toute la chrétienté. Qu'il était beau, qu'il était touchant, qu'il était moral, le spectacle que présentait autrefois le monde catholique au retour de l'année sainte ! A peine du haut du Vatican la trompette sacrée s'était fait entendre que les paroles du Père commun des Chrétiens, répétées de loin en loin
par les Archevêques et les Evêques, arrivaient jusqu'aux extrémités du monde. Alors tous les cœurs battaient de joie à cette voix alors si connue et si douce de la Religion . Comme les enfants d'Israël , les enfants de l'Eglise se réjouissaient, parce qu'on venait de leur dire que bientôt ils iraient dans la maison du Seigneur, dans cette Rohîc éternelle, demeure du Vicaire de Jésus-Christ. Alors on se revêtait de l'habit de pèlerin ; on prenait le bourdon héréditaire, et on se mettait en route. De tous les côtés , de nombreux voyageurs abandonnant leur patrie, leurs parents, leurs amis, entreprenaient à pied un long et pénible voyage. Immense députation que le monde catholique envoyait tous les vingt-cinq ans au Vicaire de Jésus-Christ pour lui rendre hommage, hii protester de sa foi et de son respectueux attachement, recueillir ses bénédictions et les rapporter dans tous les pays habités par sa grande famille.
Rien n'était plus édifiant que la marche de ces pieuses caravanes. Dès le point du jour on se mettait en marche. On chantait des cantiques à la louange du Seigneur ou des Saints, patrons des voyageurs ; comme le matelot perdu sur 1 immense Océan, on invoquait Notre-Damedu-Bon-Secours, en lui adressant la prière angélique dont l'homme éloigné de sa patrie comprend seul tout le charme divin. Le soir on venait frapper à la porte d'un monastère. Là, on trouvait dans les nouveaux hôtes des frères qu'on n'avait jamais vus, mais que la Religion faisait bientôt connaître. Les soins les plus tendres et les plus empressés reniellaient les voyageurs de leurs fa-
hK i'i;iisKvj':«'UN(.i'. ^505
tigues el leur rendaient bien loin de leur pays la famille qu'ils avaient quittée : c'était la foi qui faisait entreprendre ce voyage, et c'était la charité qui en faisait tous les frais.
Cependant on approchait du terme. La ville éter-. nelle commençait à se dessiner dans le lointain ; les pèlerins la saluaient de leurs acclamations en attendant qu'ils pussent s'agenouiller pour baiser avec respect ses monuments sacrés. L'accueil le plus cordial leur était réservé dans cette Rome, patrie commune de tous les Chrétiens. D'immenses bâtiments étaient préparés pour les recevoir ; c'étaient des enfants, des frères qu'on attendait depuis long-temps. Alors, quel spectacle ! quelles pensées se pressaient en foule dans lame émue ! Des hommes de toutes les nations se trouvaient assis à la même table, l'habitant de l'Europe à côté de l'Africain et de l'Asiatique ; des hommes qui ne s'étaient jamais vus, qui ne s'entendaient même pas, mangeaient gratuitement le même pain, s'aimaient, se comprenaient, ne voyaient partout que des frères et des enfants de la même famille, réunis dans la maison paternelle. Le Père commun de tant de Chrétiens se faisait un bonheur de visiter cette nombreuse famille ; et pour rappeler 'exemple du divin Maître, la servait de ses propres mains, contemplait avec amour et pressait sur son cœur ces enfants qu'il n'avait jamais vus et qu'il ne devait plus revoir.
On essaierait en vain de trouver dans l'histoire des nations quelque chose d'aussi sublime, d'aussi bien fait
40(3 CATI'CHlSMr.
|)oiir le cœur. Quoi de plus propre à proclamer hautement el à sanctionner cette grande maxime dont l'observation fit la gloire de l'Eglise dans ses premiers jours et ferait encore le bonheur du monde ; que tous les hommes sont frères, qu'ils ne doivent tous avoir qu'un cœur et qu'une ame comme il n'y a qu'un Dieu, qu'un Baptême, une Eglise, un chef visible de tous les Chrétiens ! Quoi de plus propre à rappeler l'homme aux pensées graves et saintes de la Religion que ces exemples de ferveur et de pénitence qui lui étaient données par tant de personnes de tout rang et de tout pays ! Quoi de plus propre surtout à ranimer la foi que la vue de cette Rome, théâtre des combats et des victoires du Christianisme !
Ces enfants, venus de si loin, ne s'en retournaient qu'après avoir reçu la bénédiction de leur Père commun. Mais qui peindra l'effet que cette magnifique cérémonie devait produire sur des hommes inaccoutumés à de pareils spectacles, et où le cœur et les sens trouvaient également de quoi se satisfaire.
Que tous ceux, dit un auteur, qui ont eu l'avantage d'en être les heureux témoins se rappellent combien la Religion est divine, combien le souverain Pontife est grand lorsque, environné de toute la pompe d'un monarque et de toute la dignité du chef de l'Eglise universelle , composée de quatre-vingts millions de Catholiques , il s'avance au son des cloches et au bruit de l'artillerie, précédé des Cardinaux et des Evoques de l'Eglise grecque et latine, sur l'immense portique du premier
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temple du monde, et se montre à des milliers de spectateurs accourus de toutes les parties de la terre pour le contempler. Quel spectacle que celui de ce Roi , Pontile et Père de tous les hommes', jouissant du bonheur de voir, dans la plus vaste enceinte , ses innombrables enfants à ses pieds. Le vicaire de Jésus-Christ, le successeur des pécheurs de Galilée , établi sur le même cirque où le cruel Néron fit immoler tant de victimes à sa haine pour le nom Chrétien ! Quel triomphe pour la Religion ! quelle consolation pour la foi ! De toute part règne un profond silence, alors du haut de la chaire apostolique, soutenue dans les airs avec magnificence, le successeur de Pierre jette un regard de bonté sur cette immense famille. Son cœur est ému, il se lève majestueusement, portant sur son front le triple diadème, et les mains de sa tendresse et les yeux de sa foi, semblent aller puiser dans les Cieux les trésors de grâce qu'il prodigue à Rome et à l'univers, urbi et orbi.
Témoin de cette auguste et imposante cérémonie, un de nos philosophes écrivait : Dans ce moment j'étais Chrétien. Ce mot-là dit tout.
Nous nous sommes étendus sur ce sujet, pour montrer combien sont injustes les déclamations que les impies n'ont cessé de faire retentir contre le Jubilé, les pèlerinages et les pompes de l'Eglise romaine.
' En lui mettant la thiare sur la tête , le cardinal lui dit ces paroles : Accipe Ihiaram tribus coronis ornatani et scias le esse palrem principum €t regum , reclorem orbis, in terra vicarium Salvatoris Domini Nosti i Jtsu Chrisli oui honor et gloria in sccula seculorum.
/lU8 CATÉCHISME
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir laissé à votre Eglise un trésor d indulgences dans les mérites surabondants de Jésus-Christ et des Saints ; faites-moi la grâce de m'en rendre digne.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne négligerai rien pour gagner les indulgences.
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMMUNION. — DES INDULGENCES ET DU JUBILÉ.
Q. L'Eglise a-t-elle le pouvoir d'accorder des indulgences ?
R. L'Eglise a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d'accorder des indulgences, lorsqu'il a dit à ses Apôtres : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le Ciel , et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel. Ces paroles donnent à l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés , à plus forte raison de remettre la peine]^temporelle due au péché.
Q. L'Eglise a-t-elle toujours fait usage de ce pouvoir?
fi. L'Eglise a toujours fait usage de ce pouvoir. Saint Paul usa d'indulgence à l'égard d'un Chrétien coupable, en considération des Fidèles de Corinthe Dans le temps des persécutions, l'Église abrégeait souvent la pénitence des pécheurs, à la demande des Confesseurs et des Martyrs. C'est ainsi que Dieu lui-même nous a pardonné à cause des mérites de Notre Seigneur, en sorte que le Christianisme n'est qu'une grande indulgence.
Q, Quelle est la source des indulgences?
fi. La source des indulgences sont les mérites surabondants de Notre Seigneur, de la sainte Vierge et des Saints.
Q. Comment cela?
fi. Toutes les bonnes œuvres faites en état de grâce ont une double vertu : elles procurent la gloire et expient les péchés ; mais si celui qui fait une bonne œuvre n'a point de péché à expier comme Notre Seigneur et la sainte Vierge, cette bonne œuvre sert à expier les péchés de ceux qui gagnent l'indulgence.
Q. Que faut-il faire pour gagner les indulgences?
R. Pour gagner les indulgences, il faut faire les prières ou les œuvres prescrites par le souverain Pontife; il suffit que la dernière soit faite en état de grâce. Il faut de plus, pour gagner l'indulgence de tous ses péchés, les détester tous sans aucune exception, même les péchés véniels. On ne peut obtenir la rémission de la peine due à des péchés pour lesquels on conserve de l'affection. Enfin, il faut se proposer de faire ce qui est commandé 5UîVanf ï intention de l'Eglise.
AlO r.ATKCliISME
Q. Qu entend-on par indulgence plénière?
R. On entend par indulgence plénière la rémission de toutes les peines canoniques que l'Eglise imposait autrefois pour toute espèce de péché.
Q. Qu'entend-on par indulgence de sept ans, de sept quarantaines?
R. On entend par indulgence de sept ans, de sept quarantaines, la rémission de sept ans, de sept carêmes de pénitence que l'Eglise imposait autrefois aux pénitents publics.
Q. L'indulgence plénière remet-elle toutes les peines du Purgatoire?
R. On peut le croire, mais l'Eglise ne l'a pas défini. Il suffit de savoir que celui qui gagne l'indulgence obtient la rémission des peines du Purgatoire à proportion que sa dévotion est plus grande.
Q. Qu'est-ce que le Jubilé?
R. Le Jubilé est une indulgence plénière à laquelle sont attachés plusieurs privilèges particuliers. Le mot Jubilé veut dire rémission.
Q. Qu'est-ce que le grand Jubilé ?
JR.Le grand Jubilé est celui qui s'accorde tous les vingt-cinq ans. Il commence à Rome la veille de Noël et dure un an. Il s'étend ensuite à toute la chrétienté. L'année du Jubilé s'appelle l'année sainte parce que c'est alors que l'Eglise nous applique, avec plus d'abondance, les mérites de Jésus-Christ et que c'est le temps des grandes miséricordes du Seigneur.
DE PEaSKVEI'.ANC.E. ZjJl
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir laissé à votre Eglise un trésor d'indulgences dans les mérites surabondants de Jésus-Christ et des Saints ; faites-moi la grâce de m'en rendre digne.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ne négligerai rien pour gagner les indulgences.
Al 2 CATÉCHISME