‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 7 sur 30 · XXXIV LEÇON · texte numérisé non relu

XXXIV LEÇON

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMxMUNION.

Avantage social des Sacrements. — Leur harmonie avec nos besoins. — Définition, histoire du Baptême. — Catéchumènes. — Cérémonies préparatoires, renonciation, onction, profession de foi. — Baptistère. — Administration du Baptême. — Confirmation, Eucharistie, lait et miel. — Pùque annoline.

Nous avons considéré les Sacrements dans leur rapport avec le but final de la Religion sur la terre, notre union avec Jésus-Christ , par la sainte Communion ; nous allons les envisager dans leur rapport avec la société et avec les besoins de l'homme.

Point de société sans Religion ; point de Religion sans Rédemption, parce que l'homme est déchu ; point de Rédemption appliquée à l'homme et par l'homme à la société, sans les Sacrements, puisque les Sacrements sont les canaux par lesquels descendent jusqu'à nous les mérites du Rédempteur. Demander quelle est l'importance, quelle est la nécessité des Sacrements relativement à la société, à sa prospérité à son existence même? c'est demander quelle est l'importance, quelle est la nécessité de l'ame relativement au corps, de la racine relativement à l'arbre, de la base relativement à l'édifice, de

la respiration relativement à la vie? Aussi, trouverezvous chez tous les peuples des rites mystérieux et sacrés, des espèces de Sacrements par lesquels on croyait que l'homme communiquait avec Dieu '.

Partie essentielle du Christianisme, nos Sacrements sont donc nécessaires à la société, au même titre que le Christianisme lui-même. Pour comprendre les avantages dont la société leur est redevable, il suffit de dire qu'à les considérer d'une manière toute humaine, les Sacrements de la nouvelle Loi forment le plus bel enseignement social que la raison puisse concevoir. Tous les crimes qui bouleversent la société, troublent les familles, et font le malheur de l'individu , viennent du peu de respect que r homme a pour lui-même . Parce qu il ne sait ni ce qu'il est ni ce qu'il vaut, il fait peu de cas de lui-même, il ne se respecte pas . Et le voilà qui se vend , qui se prête, qui se donne au crime, qui se dégrade et qui, en se dégradant, devient malheureux, méchant et pervers. Son esprit, il le livre à l'erreur, son cœur aux affections des brutes , ses sens à toutes les passions qui veulent les exploiter. Ne respectant pas plus les autres qu'il ne se respecte lui-môme, il se fait un jeu, une étude, un plaisir satanique de les dégrader, et en les dégradant, il les rend comme lui, malheureux, méchants et pervers. L'original de ce tableau est partout; c'est l'homme, c'est vous, c'est moi , c'est nous tous, tant que nous ne savons pas ce

I FoTjct l'ouvrage du célèbre Iluct, évCque d'Avranches. Qiurstioncs alnetanœ. Il fait voir qu'on trouve chez tous les peuples des vestiges ou des rudiments des sept SacreinmiU:.

DB PERSÉVÉRANCE. l7l

que nous sommes- Qui nous l'apprendra? La politique est muette, la philosophie impuissante. Qui donc? Les religions étrangères au Christianisme? Non, car toutes manquent de respect pour l'homme. Les unes ont versé son sang , les autres l'ont ahaltu tremblant devant d'affreuses idoles, toutes l'ont courbé sous le joug des plus dégradantes erreurs ; toutes plus ou moins se sont joué de sa vie , de son intelligence et de son cœur . Réparatrice universelle, la seule vraie Religion, en apprenant à l'homme ce qu'il est, ce qu'il vaut, lui apprend h se respecter et à respecter son semblable. Fils de Dieu, lui dit-elle, sois saint comme ton Père ' ; il est trois fois saint; sois toi-même trois fois saint : saint d'esprit, saint de cœur, saint de corps ; et cette triple sainteté, l'Eglise catholique ne se contente pas de la prêcher par ses paroles , elle l'imprime en quelque sorte sur tous les sens de l'homme par ses Sacrements. De là tous ces exorcismes , toutes ces bénédictions , toutes ces onctions tant de fois réitérées sur l'homme aux différentes époques de la vie . Dès lors que sont tous nos Sacrements, sinon un grand enseignement de sainteté, de vertu, d'innocence, de respect pour nous-même, enseignement sublime qui commence au berceau pour ne finir qu'à la tombe. C'est quelque chose de mieux. Non-seulement les Sacrements révèlent l'homme à l'homme, ils lui apprennent encore ce qu'il doit faire pour soutenir sa dignité dans toutes les circonstances de sa vie ; nous le

' Ego dixi dii estis. Ps. 81. — Sanctl estote quia ego sanctus sunio

ferons voir dans l'explication de chaque Sacrement.

Encore plus ; les Sacrements ne sont pas un enseignement stérile, ils donnent à l'homme les forces, l'aptitude nécessaire pour accomplir ce qu'ils lui enseignent. Le Fidèle qui en profite est un héros.

Héros dans la jeunesse. Il traîne à son char les passions vaincues ; ces passions qui enchaînent les héros du monde , qui les abattent le front dans la poussière devant des idoles infâmes. Alexandre, César, Platon, si vous m'entendiez, vous rougiriez encore dans le fond de vos tombeaux . A votre place , il en est plus d' un parmi nous qui lisent ici leur humiliante histoire.

néros dans l'âge mûr. Il connaît la noblesse et l'étendue de son cœur ; il a mesuré la terre et il la trouve trop petite ; il a vu les richesses , les honneurs , toutes les idoles de l'homme fait, et il a dit : Je suis plus grand que tout cela; je suis né pour de plus grandes choses. Et on ne l'a point vu, descendant à de basses intrigues, disputer les lambeaux sanglants du manteau des Rois, ni bouleverser la société par ses discours et par ses écrits : on ne l'a point entendu , pour arriver à la fortune , colorant l'égoïsme sous le prétexte du bien public, répéter à tout ce qui est au-dessus de lui, cet ignoble refrain, résumé trop fidèle de l'histoire politique de nos jours : Ole-loi de là que je m y melte.

Héros dans la vieillesse. Sa grande ame se déploie tout entière à la vue de l'éternité. Il voit avec un grand calme approcher sa dernière heure, c'est lui-môme qui console ceux qui l'entourent. Ce héros, les siècles chrétiens l'ont

VU SOUS tous les costumes , dans tous les rangs de la société, et aujourd'hui nous le trouvons encore quelquefois dans nos villes, plus souvent dans les campagnes, sous la bure grossière du villageois. Voilà l'homme enseigné, fortifié, ennobli par les Sacrements dans les diverses circonstances de la vie.

Qu'en dites-vous? une société composée de pareils citoyens, serait-elle inférieure à la nôtre? Voyez, la société a-t-elle beaucoup gagné en paix, en désintéressement, en morale, en bonne-foi, en sainteté, pour dire le mot, depuis que les Sacrements sont abandonnés ou livrés au mépris? Comprenez-vous maintenant que la Religion qui ne semble avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, est encore le meilleur moyen de nous rendre heureux dès celle-ci? Si vous le comprenez , si vous êtes comme vous le dites les amis de la société , pratiquez donc la Religion, recevez donc ses Sacrements; croyez-moi, vous n'en avez pas moins besoin que vos semblables; si vous ne le faites pas, cessez de vous plaindre de la mauvaise foi, de l'insubordination, de 1 immoralité , de la fraude, que sais-je? de tous ces maux qui font de la vie sociale un long supplice.

De quel droit prétendriez-vous que les autres eussent recours aux Sacrements et devinssent vertueux dans vos intérêts, si vous ne commencez par leur donner l'exemple? Sur leurs lèvres, n'apercevez-vous pas ce raisonnement sans réplique : ou il est nécessaire , pour réprimer ses passions, de fréquenter les Sacrements, ou cela n'est pas nécessaire. Si cela est nécessaire, pourquoi

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ne !e faites-vous pas? si cela ne l'est point, pourquoi voulez-vous que nous nous imposions un joug que vous trouvez bon de ne pasportcr ? Hommes comme nous , vous êtes faibles comme nous ; pourquoi voudriez-vous nous obliger à réprimer nos passions au profit des vôtres?

Des avantages sociaux des Sacrements , passons à leur touchante harmonie avec nos besoins.

Fondée sur les témoignages exprès de l'Ecriture, l'autorité de la tradition et la décision des conciles', l'Église catholique reconnaît sept Sacrements. Mais pourquoi le nouvel Adam n'en a-t-il établi que sept ni plus ni moins? En voici la principale raison : Le but de la Religion tout entière et par conséquent des Sacrements, c'est de nous donner la vie spirituelle, de la maintenir et de la perpétuer. Comme nous l'avons dit, cette vie spirituelle consiste dans notre union parfaite avec Notre Seigneur. Or, sept choses sont nécessaires à l'homme pour vivre de la vie naturelle, pour la conserver et pour l'employer utilement tant pour lui-môme que pour ses semblables. Il faut qu'il naisse, qu'il croisse, qu'il se nourrisse, qu'il emploie des remèdes pour se guérir s'il tombe dans quelque maladie, qu'il répare ses forces quand elles sont affaiblies, qu'il y ait des magistrats investis de l'autorité nécessaire pour procurer le bien public, et enfin qu'il se perpétue lui-même et le genre humain par la naissance légitime des enfants.

Eh bien ! toutes ces choses sont nécessaires à la vie

, Trid. sess. 7. c 4; Concil. Florent, in dccr. ad Ann. D, Tli. ?'. 3. q. G3. arl.i.

spirituelle et nous font concevoir la raison du nombre des sept Sacrements.

Le Baptôme qui est le premier et comme la porte des autres, nous fait naître à Jésus-Christ.

La Confirmation vient ensuite, elle augmente en nous la grâce de Dieu et nous fortifie par sa vertu.

L'Eucharistie est une nourriture toute céleste qui soutient notre ame.

La Pénitence rend la santé à nos âmes lorsqu'elles entêté blessées par le péché.

L' Extrême-Onction efface les restes de nos péchés et renouvelle les forces de lame.

L'Ordre perpétue dans l'Eglise le ministère des Sacrements , et le Mariage perpétue les Fidèles.

C'est ainsi que le Sauveur a pourvu à tous les besoins de l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe. Venons au détail.

Le premier et le plus nécessaire des Sacrements, c'est le Baptême; nul ne peut être sauvé, c'est-àdire voir Dieu face à face dans le Ciel , s'il n'est pas baptisé. La parole du Sauveur est formelle : Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit , il ne peut entrer dans le royaume des Cieux.

Or, le Baptême est un Sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ , qui remet le péché originel et qui nous fait enfants de. Dieu et de l Église. Pour mieux concevoir de ce Sacrement toute l'estime qu'il mérite, étudions son intéressante histoire.

L'histoire du Baptême, comme celle de tous les autres

Sacrements,' remonte jusqu'à Notre Seigneur Jésus- Christ. C'est toujours lui que nous voyons ouvrant aux hommes chacune de ces sources de grâces et de salut. Il institua le Baptême lorsqu'il fut lui-même baptisé par saint Jean. Les Pères de l'Eglise nous l'enseignent expressément lorsqu'ils disent que dans ce moment l'eau reçut la vertu de régénérer en donnant la vie spirituelle ' . Aussi, ce fut au moment du Baptême de Notre Seigneur que la Sainte-Trinité tout entière , au nom de laquelle on confère le Baptême, manifesta sa présence. La voix du Père fut entendue, la personne du Fils était présente, et le Saint-Esprit descendit en forme de colombe ; de plus , les Cieux s'ouvrirent comme ils s'ouvrent pour nous par le Baptême. Notre Seigneur manifesta ensuite à Nicodème l'institution de ce Sacrement, lorsqu'il lui dit: Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des Cieux. L'obligation de recevoir le Baptême pour être sauvé, commença le jour où le Sauveur dit à ses Apôtres : Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Fidèles à l'ordre de leur divin Maître, les Apôtres prêchèrent partout la nécessité du Baptême; depuis ce moment, l'Eglise n'a cessé de baptiser. Reportons-nous par la pensée aux premiers siècles du Christianisme, à ces jours de sainte mémoire, et voyons combien de pré-

' Greg. deNaz. orat. in Nat. Salv, circa fuicm. St. Auj. Scrm. 19 et 37 de terni-). ■' Constit. apost. L 8. c. 5.

DE PERSF.Vl'.RAiNCE. 177

cautions prenait la vi-^ilante Epouse du Fils de Dieu pour préserver'ce Sacrement de toute profanation.

Avant de donner le Baptême à ceux qui le demandaient, on les mettait au rang des Catéchumènes. Le mot catéchumène veut dire calechisé: on donnait ce nom à ceux qu'on instruisait de vive voix des vérités de la Religion, afin de les disposer au Baptême. Les rites de leur réception étaient simples : on leur imprimait le signe de la Croix sur le front et on leur imposait les mains avec des prières convenables. Les Catéchumènes se divisaient en trois classes.

Les écoutants qui étaient admis à entendre les instructions qu'on faisait dans l'Eglise. Il leur était permis d'assister à cette palrtie de la Messe qu'on appelait pour cela Messe des Catéchumènes; elle commençait à l'Introït et finissait à l'OfTertoire. Ils pouvaient aussi entendre la lecture des Saintes Ecritures et les exhortations ou sermons des Evoques qui suivaient ordinairement la lecture de l'Evangile. Cet avantage leur était commun avec les Pénitents , les Juifs, les Payens et mémo les Hérétiques. Le sermon fini, un Diacre disait à haute voix : Sortez Catéchumènes, Pénitents, Juifs, Hérétiques, Infidèles, et tous sortaient.

Les priants qui avaient le droit de rester dans l'Eglise un -peu après le départ des premiers, et qui se prosternaient pour recevoir la bénédiction dei'Evêque. Quand on les trouvait assez capables pour recevoir le Baptême, ils donnaient leurs noms pour y être admis. Alors on les appelait compétiteurs, cest-à-dire demandant ensemble.

Lorsque leur demande était admise, on les appelait élus, parce qu'ils étaient destinés à recevoir le Baptême à la première occasion, c'cst-à-dirc à Pâque ou à la Pentecôte prochaine : ils formaient la troisième classe des Catéchumènes.

Avant de les renvoyer de l'Eglise, on faisait sur eux des prières. Le Diacre ayant fait faire silence, disait : Priez , Catéchumènes , et que tous les Fidèles prient pour eux, afin que le Seigneur plein de bonté et de miséricorde entende leurs prières et leurs supplications; qu'il leur découvre l'Évangile de son Christ; qu'il leur inspire une crainte chaste et salutaire; qu'il les affermisse dans la piété et les rende dignes de la régénération, du vêlement de l'immortalité et de la vraie vie. Après ces paroles, le Diacre ajoutait : Levez-vous, Catéchumènes, demandez la paix de Dieu par Jésus- Christ. Le peuple répondait : Seigneur, ayezpilté!

Alors avait lieu une chose bien touchante et qui ne doit pas être omise.

Après avoir exhorté le peuple en général , le Diacre \* % exhortait en particulier les enfants à prier , parce qu'ils sont innocents. C'est pourquoi saint Basile et saint Chrysostome veulent qu'on les fasse prier dans les besoins publics, leurs prières ayant une force particulière pour fléchir la colère de Dieu '. La prière finie, les Catéchumènes s'inclinaient pour recevoir la bénédiction de l'Évoque qui prononçait sur eux cette prière : « Seiw gneur Tout-Puissant, inaccessible, incréé, seul vrai

' Casil. homil. in fumcm cl siaitat. Cliryst. homil. 72 in Mallh.

DE PlîRSl'VÉRANCE. 179

)^ Dieu, Dieu Père du Christ votre Fils unique, Dieu » du Paraclet et Seigneur de toutes choses, regardez » présentement vos serviteurs que l'on instruit de » l'Evangile de votre Fils et donnez-leur un cœur nou- >i veau; rendez-les dignes d'être initiés au saint Bap- » lême, unissez-les à votre Eglise sainte, et rendez-les » participants de vos divins mystères par Jésus-Christ » notre espérance, qui est mort pour eux, par lequel » vous soit rendu gloire et adoration dans le Saint- » Esprit aux siècles des siècles. Amen. » Cette prière finie, le Diacre disait de nouveau : Catéchumènes, sortez. On fermait ensuite les portes de 1 Eglise et on célébrait la Messe des Fidèles, qui commençait par l'ohlation des dons destinés au Sacrilice.

On instruisait avec soin les Catéchumènes. Ceux qui remplissaient cette fonction se nommaient Catéchistes. La durée du catéchuménat était ordinairement de deux ans '. On prolongeait ce temps à ceux qui tombaient dans des fautes considérables. Lorsque le jour du Baptême approchait, les Catéchumènes jeiànaient et se confessaient '. Les Fidèles eux-mêmes jeûnaient pour eux : toute l'Eglise se mettait en prière. Venaient ensuite des assemblées particulières qu'on nommait scrutins parce qu'on y examinait la foi et les dispositions de ceux qui devaient être baptisés. C'est pourquoi on ne se contentait pas de leur expliquer le Symbole et l'Orai-

' Const. apost. l. 8. c. 38.

' Tertul. de Baptis. c. 30. Euseb. de vit. Constant. J. Zj. c. 61. Greg. de Naz. or. 20. Social. Hisl. ceci. 1. 5. c. 17.

180 CATliClllSMl'.

son Dominicale, on les leur donnait par écrit, on les leur faisait apprendre par cœur, on les obligeait dans les scrutins suivants de les réciter et d'en rendre compte. On leur faisait aussi rendre l'écrit qui les contenait, de peur qu'il ne tombât en des mains profanes, et cela s'appelait la reddition du Symbole. Cette reddition se faisait ordinairement huit jours après la tradition ou exposition du Symbole.

Dans ces assemblées on faisait aussi des exorcismes sur les Catéchumènes , alin de chasser le démon et de purifier ceux que le péché avait assujélis à son empire. Le Prêtre leur marquait le front d'un signe de Croix avec le pouce, leur imposait la main sur la tète h tous , en leur disant à chacun la prière des Elus. Il leur mettait ensuite du sel dans la bouche, mais «in sel qui avait été béni et exorcisé en leur présence.

Venait ensuite l'imposante cérémonie de l'ouverture \ des oreilles, pour mettre les Catéchumènes en état den- 1 tendre l'Evangile et le Symbole de la foi qu'on allait leur expliquer . Pendant cpie les Prêtres allaient leur toucher les oreilles , on faisait deux leçons de l'Ecriture, pour demander h Dieu la guérison de la surdité de leur cœur. On voyait ensuite partir de la sacristie quatre Diacres portant chacun l'Evangile de chaque Evangéliste, en des volumes séparés , et précédés de cierges et d'encensoirs. Chaque Diacre allait poser son Evangile sur un des quatre coins de l'autel. Avant que d'en ouvrir aucun pour en faire la lecture, le Prêtre adressait un discours aux Catéchumènes, pour leur apprendre ce

DE l'KHSLNLP.ANCI'. 1S1

que c'était que lEvangile ot quels en étaient les auteurs. Un Diacre prenait ensuite l'Evangile de saint Matthieu dont il allait lire le commencement sur le jubé avec un grand appareil de cérémonies. Le Prêtre expliquait ce qu'on venait de lire, devant toute l'assemblée. Le Diacre prenait successivement les trois autres Evangiles que le Prêtre expliquait de même, après qu'on en avait lu le commencement. Il faisait remarquer les caractères différents de chaque évangéliste et les circonstances qui leur étaient particulières, pour mieux faire goiiter les vérités de l'Evangile aux Catéchumènes. Toutes ces explications finies, le Diacre faisait sortir les Catéchumènes, et la Messe des Fidèles commençait.

Venait enfin le moment tant désiré du Baptême. Dans la primitive Eglise, le Baptême ne s'administrait que la veille de Pàque et de la Pentecôte, parce que ces fêtes rappellent, l'une la sortie d'Egypte, l'autre l'abrogation du judaïsme et le passage à la loi de grâce Néanmoins, on administrait le Baptême dans tous les temps, lorsque la nécessité l'exigeait. On permettait aussi d'administrer le Baptême aux enfauts, quand même ils ne courraient aucun risque de la vie, lorsque les parents les présentaient et souhaitaient qu'on les baptisât.

C'était au commencement de la nuit que se donnait le Baptême solennel , parce que le Baptême et la Confirmation des néophytes devaient précéder l'office qui était fort long la veille des gi'andes solennités, et pendant lequel ils devaient participer avec le reste

i 82 CATÉCHISME

des Chrétiens aux mystères redoutables. La pratique de baptiser la nuit s'est long-temps conservés dans la plupart des églises, et môme dans quelques-unes jusqu'à la fin du onzième siècle. En cela, la chose représentait parfaitement la figure, puisque ce fut pendant la nuit que les enfants d'Israël traversèrent la Mer-Rouge et échappèrent à l'esclavage de Pharaon; esclavage qui n'est que l'image de celui du démon auquel nous échappons par le Baptême. Si T Eglise a depuis défendu de baptiser la nuit, c est que l'usage des veilles sacrées, s'est aboli depuis bien des siècles , et qu il y aurait à présent de l'inconvénient à baptiser en ce temps.

Lorsque le moment du Baptême était arrivé, les Catéchumènes, conduits par leurs parrains et marraines, venaient se présenter devant 1 Evoque et les Prêtres. Alors avaient lieu trois imposantes cérémonies : 1° la renonciation au démon. L'Evêque demandait aux Catéchumènes : Ptcnoncez-vous à Satan? Celui qui devait être baptisé répondait : J y renonce. — Et à toutes ses œuvres? — J'y renonce. — Et à toutes ses pompes?

— J'y renonce. 2° L'onction. On faisait une onction d'huile exorcisée, d'abord sur la tête et ensuite entre les épaules et sur la poitrine. C'était pour marquer auv Catéchumènes qu'ils étaient unis à Jésus-Christ qui est un olivier fertile , et qu'ils devenaient des athlètes destinés à combattre le démon auquel ils venaient de renoncer. 3" La confession de foi. On demandait aux Catéchumènes : Croyez-vous en Dieu Père Tout-Puissant?

— Je crois. — Croyez-vous en Jésus-Christ, son Fils

Dli PERSÈV1•UA^CE. 188

unique Notre Seigneur, qui est né et a soufl'erl? — Je crois. — Croyez-vous au Saint-Esprit , la sainte Eglise catholique, la rémission des péchés , la résurrection de la chair? — Je crois ' . Rassurés sur les dispositions et sur la foi des Catéchumènes, l'Evêquc et les Prêtres s'avançaient vers le Baptistère, afin d'en ouvrir les portes aux nouveaux élus.

Les Baptistères étaient des édifices de forme ronde et séparés de l'église. Dans certaines villes, ils étaient si spacieux , qu on pouvait y tenir de grandes assemblées . Les murs en étaient revêtus de marbre ou de porphyre. Au milieu étaient les fonts baptismaux, dans lesquels on descendait par plusieurs marches. C'est de dessus la dernière que l'Evêque et le parrain plongeaient dans le bain sacré celui qui devait être baptisé. L'immersion se répétait trois fois au nom des trois personnes de la Sainte-Trinité. Aussitôt que le baptisé était remonté des fonts, le parrain le présentait à un Prêtre qui lui imprimait, avec le pouce, le signe de la Croix avec le Saint • Chrême sur le haut de la tête, en disant : Que Dieu Tout-Puissant, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ qui t'a régénéré de l'eau et de l'Esprit-Saint, et qui t'a donné la rémission de tous tes péchés, t'oigne du Chrême du salut pour la vie éternelle; le baptisé répondait mnen. Les parrains présentaient ensuite au nouveau baptisé des linges pour s'essuyer, puis on le revêtait d'un habille-

' Sacrament. deGelase, de St. Grégoir. Ordre romain. 61. Aiubr. liv deMyst. c. 5. St. Cyril, de Jérus. Cateclt. 2. Mystag. St. Jérôme, lib. 12 in Joan. c, 65. Optât, de Mil. dial, adv. liiciferianos liv, 5. adv. Parmenian.

ment blanc, qu il portait huit jours en signe de joie. A l'habit blanc on ajouta le chrémeau, qui depuis a pris sa place. Le chrémeau était un vêtement de tête, que l'on mettait sur celle du nouveau baptisé, immédiatement après que le Prêtre lui avait fait l'onction verticale. C'était par respect pour le Saint-Chrême.

Après le Baptême, l'Evêque se retirait à la sacristie, attendant qu'on eût habillé les néophytes pour les confirmer. L'habillement blanc dont on les revêtait était un signe d'innocence et d'affranchissement spirituel.

En effet, chez les Romains on revêtait de blanc les esclaves à qui on donnait la liberté. C est ainsi que l'antiquité , même profane , se trouve rappelée dans les cérémonies de l'Eglise. L'usage de ce vêtement blanc remonte jusqu'au commencement du Christianisme ' .

Lorsque les néophytes étaient habillés, on les rangeait suivant l'ordre dans lequel leurs noms étaient inscrits. On tenait les enfants par le bras droit, et les adultes mettaient un pied sur celui de leurs parrains. L école des chantres entonnait les litanies, et l'Evêque revenait aux fonts pour leur administrer la Confirmation. La cérémonie achevée, on donnait à tous les néophytes un cierge allumé . On les conduisait en procession vers l' autel en chantant des psaumes.

Saint Grégoire nous découvre les raisons mystérieuses de cet usage lorsqu'il dit : Après le Baptême, on vous a conduits devant l'autel; c'est un prélude de

1 f'oyez martyre de S. Geiiès.

DE PERSE VÉllANCE. 185

la gloire qui vous est préparée. L autel, c'est le Ciel; le chaut des psaumes avec lequel on vous y reçjoit . vous annonce d'avance les louanges futures; les (lambeaux que vous portez signifient la lumière avec laquelle vous devez aller au-devant de l'époux ' .

Arrivés à l'autel, les néophytes recevaient la sainte Communion . On leur donnait ensuite du lait et du miel, pour leur faire entendre que par les Sacrements qu'ils venaient de recevoir, ils étaient entrés en possession de la véritable Terre promise, dont la Palestine n'était que la figure'. Cet usage remonte jusqu'aux temps apostoHques.

Les huit jours qui suivaient le Baptême étaient des jours de fête. Ils se passaient en actions de grâces, en prières et en bonnes œuvres. Chaque jour on instruisait les nouveaux baptisés. On ne se contentait pas des catéchismes qu'on leur avait faits pour les préparer au Baptême, on leur faisait des instructions plus détaillées pour leur donner l'explication des mystères qu'on ne pouvait découvrir qu'aux Fidèles, et pour leur en faire comprendre la vertu et l'efficacité. On appelait ces discours mtstagogiques , parce qu'ils contenaient l'explication de nos mystères. En un mot, on ne négligeait rien pour leur donner une haute idée de la grandeur de l'état auquel Dieu les avait appelés, et les exciter à conserver durant toute leur vie la mémoire des grâces et des bienfaits qu'ils venaient de recevoir. La

' Orat. de Baptis.

'' Tertul. rfe Coron. MU. c. 3.

sainteté dont brillait lEglise dans ces lieureux jours, nous apprend assez que ces soins n'étaient pas perdus.

Les nouveaux baptisés étaient l'objet de la vénération de toute l'Eglise. C'est au point que lorsqu'on voulait obtenir quelque grâce des empereurs et des rois, on se servait d'eux pour en faire la demande. On croyait de plus que Dieu attachait des bénédictions particulières à leur présence. Et en effet, n'étaient-ils pas ses enfants bien-aimés, les temples vivants de son Saint-Esprit? Ce fut dans cette persuasion , qu'au moment où Bélisaire partit avec sa flotte pour aller conquérir l'Afrique sur les Vandales, l'empereur fit amener au bord de la mer, près du palais impérial, le Vaisseau commandant; et que là, le patriarche Epiphane ayant fait les prières convenables pour la bénédiction du navire, y embarqua un soldat nouvellement baptisé, pour attirer sur cette flotte les bénédictions du Dieu des armées ' .

Les néophytes portaient pendant huit jours leur habillement blanc. Le dernier jour de celte sainte octave, lorsqtie le Baptême avait eu lieu la veille de Pûque, on leur chantait 5 la Messe ce touchant Introït. Comme de petits enfants nouvellement nés, désirez le lait pur, afin de croître pour le salut. Et les plus grands Docteurs de l'Église, les Augustin et les Chrysostôme, leur expliquaient le sens admirable de ces divines paroles.

Telles étaient, dans les premiers siècles de l'Eglise, les cérémonies qui précédaient, qui accompagnaient et qui suivaient I administration du Baptême. Ce jour

' Fleury, ^ l.p. 367.

DE PEUSJÎVÉRANCE. 187

heureux où ils étaient devenus enfants de Dieu et de l'Église, étaient, pour les premiers Chrétiens, le plus beau de leur vie. Ils en conservaient fidèlement la mémoire. Chaque année ils faisaient, avec un redoublement de ferveur, la fête de leur Baptême. Cest ce qui .s'appelait la Pàque annotine, parce que ceux qui avaient été baptisés à Pàque, célébraient l'anniversaire de leur régénération, l'année suivante, à pareil jour. Le mol annotin , annotine, veut dire annuel.

Ce jour-là, les baptisés, pour qui était la fête, reprenaient leurs habillements blancs, et faisaient avec grande solennité l'offrande pour le sacrifice. Ils étaient accompagnés de leurs parrains et de leurs parents, surtout lorsqu'ils étaient encore enfants. Après le service , tous participaient ensemble à un innocent festin. Cette fête touchante se célébrait encore au treizième siècle. Elle a disparu dans l'Eglise avec l'usage du baptême solennel des adultes. Mais qui peut empêcher chacun de nous de la faire revivre, et de conserver pour lui ce précieux usage ?

Nous avons vu que les néophytes , tant enfants qu'adultes, recevaient la Confirmation et l'Eucharistie au sortir des fonts baptismaux. Ainsi, ils étaient mis en même temps en possession de tous les biens et de tous les avantages de l'Eglise. Cette pratique s'est conservée jusqu'aux douzième ^et treizième siècles. Elle subsiste encore à présent dans les églises orientales. Elle a changé peu à peu dans l'Occident. Pour la ('onfirmation, lorsqise les Evêques n'ont plus administré

le Baptême par eux-mêmes, la multiplication des Fidèles et l'étendue des diocèses leur a rendu celte fonction impossible. Quant à la Communion , elle a tout à fait cessé, lorsque par des raisons très-sages, l'Eclise a défendu de la donner sous les deux espèces, ce qui eut lieu au commencement du quinzième siècle, au concile de Constance ' .

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir institué les Sacrements, qui sont comme autant de sources de grâces. Je vous remercie de m' avoir fait naître dans le sein de votre Eglise, et admis au saint Baptême.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je veux célébrer chaque année le jour de mon Baptême.

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNETR LE NOUVEL ADAM, PARLA COMMUNION. — DU BAPTEME.

Q. Combien y a-t-il de Sacrements?

/?. Il y a sept Sacrements : le Baptême, la Confir-

, Sur les Sacrements, voyet Catéchisme du Concile de Trente ; Flcuvy, Hist. Eccl. llv. 1 — 10; —saint Cyrille de Jérusalem. Catéchis.? Chardon, Hisloire des Sacrements , etc. , elc.

malion , l' Eucharistie , la Pénitence , lExlrôme-Onction, l'Ordre et le Mariage. Notre Seigneur a institué sept Sacrements parce qu'ils sont nécessaires à notre vie spirituelle.

Q. Comment cela?

/î. Le voici : le Baptême nous fait naître à Jésus- Christ ; la Confirmation nous fortifie; l'Eucharistie nous nourrit ; la Pénitence nous guérit ; l'Extréme- Onction renouvelle les forces de notre ame au moment de la mort; l'Ordre perpétue les Ministres des Sacrements, et le Mariage les Fidèles qui doivent les recevoir.

Q. Qu'est-ce que le Baptême?

R. Le Baptême est un Sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, pour remettre le péché originel et nous faire enfants de Dieu et de l'Eglise.

Q. Quand Notre Seigneur a-t-il institué le Baptême?

R. Notre Seigneur institua le Baptême lorsqu'il fut lui-même baptisé par saint Jean, dans le lleuve du Jourdain.

Q. Quand fut-on obligé de recevoir le Baptême pour être sauvé ?

R. On fut obligé de recevoir le Baptême pour être sauvé, lorsque Notre Seigneur dit à ses Apôtres : Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; depuis ce moment, l'Eglise catholique n'a cessé d'administrer le Baptême.

Q. Racontez-nous l'histoire du Baptême?

R. Dans les premiers siècles de l'Eglise, on n'admet-

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tait pas de suite au Baptême ceux qui le demandaient , on les instruisait, on les éprouvait ordinairement pendant deux ans. On les appelait Catéchumènes, c'est-à-dire catéchisés. Ils ne pouvaient assister à la Messe que jusqu'à l'Offertoire. Lorsque le moment du Baptême approchait , on interrogeait les Catéchumènes , on les examinait dans des assemblées appelées scrutins. On nommait élus ceux qui étaient admis.

Q. Quand donnait-on le Baptême?

R. On donnait le Baptême pendant la nuit qui précédait la fêle de Pàque et de la Pentecôte, parce que la première de ces fêtes rappelle le passage de la Mer- Rouge par les Hébreux, et la seconde le passage à la Loi nouvelle. Après le Baptême, on revêtait de blanc les nouveaux baptisés, pour marquer l'innocence et la liberté spirituelle qu'ils venaient de recouvrer. On leur donnait ensuite la Confirmation et la Communion ; après cela on leur servait à manger du lait et du miel pour leur montrer qu ils étaient entrés dans la véritable Terre promise.

O. Combien de temps les nouveaux baptisés portaientils leurs habits blancs ?

R. Les nouveaux baptisés portaient leurs habits blancs pendant huit jours. Ces huit jours étaient des jours de fête , de prières , d' instructions et de toute sortes de bonnes œuvres.

Q. Les premiers Chrétiens conservaient-ils fidèlement le souvenir de leur Baptême ?

R. Les premiers Chrétiens conservaient fidèlement

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le souvenir de leur liapK^me, chaque année ils en célébraient l'anniversaire avec une ferveur nouvelle. Cette fête s'appelait la Pàque annotine, c'est-à-dire annuelle.

Q. Quand a-t-on cessé de donner la Confirmation et l'Eucharistie aux nouveaux baptisés?

R. On a cessé de donner la Confirmation aux nouveaux baptisés, lorsqu'il n'a plus été possible aux Évoques d'administrer le Baptême par eux-mêmes. L'usage de la Communion a tout à fait cessé lorsque l'Eglise a défendu, pour des raisons très-sages, de la donner aux la'iques, sous les deux espèces : cela eut lieu au commencement du quinzième siècle, au concile de Constance.

PRIERE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir institué les Sacrements qui sont autant de sources de grâces. Je vous remercie de m' avoir fait naître dans le sein de votre Eglise et admis au saint Baptême.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je vcvx célébrer chaque année Je jour de mon Baptême.

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