‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 4)Chapitre 9 sur 30 · XXXVII LEÇON · texte numérisé non relu

XXXVII LEÇON

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM , PAR LA COMMUNION

Définition, Institution de l'Eucliaristie. — Ses différents noms. — Son Histoire — Offrande du pain et du vin. — Communion des Fidèles. — Trait historique. — Communion sous les deux espèces, et sous la seule espèce du pain. — Communion des absents, — Forme des anciens Tabernacles, Tour cl Colombe.

LEucharistie ! voici le terme auquel se rapporte tout le Christianisme; voici le mystère où s'opère entre Dieu et chacun de nous la plus parfaite union à laquelle nous puissions parvenir ici bas. Deux morceaux de cire fondus ensemble représentent à peine , suivant le langage des Pères, cette union déifique'. Après la Communion il n'y a plus que le Ciel; la Communion c'est le Paradis de la terre. Or, V Eucharistie où s'accomplit cette merveille est tm Sacrement gui contient vcrilaldcment, réellement et substandeUemeni le corps . le sang , l'ame et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ , sous

' Qusmadmodum enira si quis ceram cène conjunxerit, utique altcram in altéra invicom que immeasse videbit : eodenï quoque opinor modo, qui Salvatoris nostri Christi carnem sumit, ac ejus pretiosum sanguineni bibil, ut ipse ail, unum quiddamcumeo reperitur. — St. Cyril, in cvang. St. Joan. c V. V. 56. Voyez aussi les autres passages des Pères cifés dans Vlntroditctijn du Catéchisme, p. xc.

5/l4 CATÉCHISME

les espèces ou apparences du pain et âuvin. Cet ineffable Sacrement par lequel le nouvel Adam s' incorpore à chacu n de nous pour nous faire vivre de sa vie, fui institué le Jeudi-Saint, quelques heures avant la Passion. Nous avons vu tout cela dans la vie du Sauveur.

11 termina la consécration de son corps et de son sang par cette parole : Faites ceci en mémoire de moi. Pai'ole d'ineffable amour qui, en donnant aux Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de renouveler ce que r Homme-Dieu venait de faire*, nous lègue à perpétuité l'héritage de son corps et de son sang pour nous en nourrir et devenir en réalité d'autres enfants de Dieu, d'autres Jésus-Christ. A peine les Apôtres furent-ils séparés de leur divin Maître, après son ascension, qu'ils s'empressèrent de faire usage du pouvoir sublime qu'il leur avait laissé. Jusque-là, il daignait lui-même les communier de sa main '.

Nous les voyons à Jérusalem, au milieu des fervents néophites qu'ils avaient convertis le jour de la Pentecôte , vaquer à la fraction du pain. C'est ainsi , et par d'autres paroles également mystérieuses, qu'on désignait la sainte Eucharistie dans les premiers siècles de l'Eglise; car on craignait par-dessus tout de donner aux profanes la connaissance d'une chose si sainte. Toutefois, entre eux, les premiers Chrétiens donnaient à cet auguste Sacrement les mômes noms que nous lui donnons encore aujourd'hui.

Ils l'appelaient Eucharistie, c'est-à-dire actions de

' Jlist. des Sncretncnts, t. ii.

DE PEKStVÉRANClî. 3^5

grâces; tant parce que Notre Seigneur, en l'instituant, rendit grâces à son Père, que parce qu'en offrant et eu recevant le corps et le sang du Sauveur, sous les espèces du pain et du vin, on rend à Dieu de dignes actions de grâces pour tous les biens que nous tenons de son infinie bonté, puisqu'on lui offre un don qui égale tous ceux que nous avons reçus de lui '. Ainsi, l'Eucharistie est le reraercîment de l'homme à Dieu . En est-il un plus beau !

Avec saint Paul lui-môme, ils l'appelaient Table du Seigneur y Cène du Seigneur, parce que l'Eucharistie est un festin spirituel que Jésus-Christ institua après avoir mangé à souper l'agneau pascal, festin auquel il invite tous les Fidèles pour les nourrir de son corps et de son sang qui sont une véritable viande et un véritable breuvage ^

Ils l'appelaient Communion, parce qu'elle nous rend participants du corps et du sang de Jésus-Christ et nous unit avec lui et avec les Fidèles, mais d'une manière si étroite que nous ne faisons plus avec Jésus-Christ et entre nous qu'un même corps ^

Ils l'appelaient Viatique, parce qu'elle est la nourriture spirituelle des Fidèles pendant le pèlerinage de cette vie ^.

Ils l'appelaient aussi le corps et le sang du Seigneur;

' St. Juslit), martyr, apolog. 2. St. Irénée, lib. /J. adv. Iiœres. c. oli. St. Chrys. homil. 27. in Muttli. St. Aug. lib. contra adversar. le<j, et Prophet, c. 18.

2 1 Ad. Cor. c, 10 ; St. Ambr. d£ Elia et jejun. c. 10. St. Aug. Tract. 47 in Joan.

3 Homil. 2!^. in cpist. 1. Jd Cor,

''t St. Jérora. in cap. 15. Matth. St. Chrys. lib. C. de Sacerdvlio.

le Saint du Seigneur, ou simplement les choses sainks ; d'autrefois, les Mijstères terribles ' .

L'histoire de l'Eucharistie, en nous montrant la vénération profonde dont les dix-huit siècles chrétiens qui nous précèdent ont environné cet auguste Sacrement, sera tout ensemble un puissant moyen de réveiller notre piété, et un témoignage illustre rendu à la perpétuité de la Foi catholique.

La matière de l'Eucharistie fut toujours le pain et le vin. Autrefois c'étaient les Fidèles qui offraient euxmêmes le pain et le vin destinés à l'autel. La même chose avait lieu chez les Juifs . Rien de plus équitable que celuilà fournisse la matière d'un Sacrifice qui doit être offert à son profit. Aussi, tous faisaient cette offrande, hommes et femmes sans distinction. Cet antique et saint usage s'est conservé jusqu au neuvième siècle . On en voit encore aujourd'hui un vestige remarquable à Milan. Cette église entretient une congrégation de dix vieillards et dix femmes âgées, qu'on appelle Y École de saint Ambroise, pour représenter tout le peuple. Deux de ces vieillards, accompagnés des autres et revêtus d'habits particuliers, présentent le pain et le vin. Le premier vieiliard présente trois hosties, et l'autre une burette d'argent pleine de vin. Après eux, viennent deux femmes âgées qui présentent de même le pain et le vin. L'offrande se fail ainsi à toutes les fêtes solennelles ' .

• Terlul. (leResun: car. c. 8. St. Cyril. Caicch. mysfag. 5. St. Jeroin. cp. 1. adHcliud. St. Aug. lil). 3. de Trinif. c. /i. St. Cyp. de lapais. ^ Cérém. Anibr. liv. 1.

Dh PliKSÉVÉRANCE. 2^7

A part cette belle tradition , on ne connaît plus d Eglise où le peuple oft're à la Messe le pain et le vin de la Consécration . La raison de ce changement vient de ce que les Prêtres ont cru devoir offrir à l'autel des pains préparés avec plus de soin que ceux qui étaient offerts communément par le peuple, et de ce que les Fidèles ont fait des donations ou des fondations à l'Eglise, en chargeant les Ministres sacrés de tout ce qui est nécessaire pour le service divin. Ainsi, quoique le pain et le vin, destinés à être la matière du Sacrifice, ne soient plus offerts par le peuple, ils peuvent toujours être regardés comme l' oblalion des Fidèles parce qu'ils viennent de leurs bienfaits. C'est encore à cela que sont employées en partie les quêtes qui se font aujourd'hui dans nos églises.

Le pain et le vin destinés au Sacritice se plaçaient sur lautel. Le vin se versait dans des calices qui avaient ordinairement deux anses, parce qu'ils étaient grands et pesants et que par ce moyen on les portait et maniait plus aisément, quand il s' agissait de donner au peuple la Communion du sang de Jésus-Christ. Le pain se mettait sur un plat appelé patène , nom qu'il a retenu jusqu' à présent . Mais la patène antique était beaucoup plus grande que la nôtre, et il ne faut pas douter que quand il y avait une quantité considérable de pain à consacrer, il n'y en eût plusieurs comme il y avait plusieurs calices pour le vin.

Les premiers Chrétiens, qui avaient tant de vénération pour l'auguste Sacrement du corps et du sang de Notre Seigneur, dont ils faisaient leurs plus chastes déUces,

apportaient un grand soin à ce qui devait servir de matière à ce banquet divin. Ils ne se reposaient de ce soin sur personne, chacun faisait soi-même le pain qu'il devait offrir au Sacrifice; les empereurs mêmes ne se dispensaient pas de ce devoir ' . Ils ne croyaient pas avilir par là leurs mains habituées à porter le sceptre du monde, au contraire, ils ne croyaient pas pouvoir s'en servir pour un plus noble usage , et ils avaient raison . La reine sainte Radegonde faisait de ses mains, non-seulement le pain qu'elle devait présenter elle-même aux Minisires de l'Eglise, à l'offertoire; elle s'appliquait encore avec beaucoup de dévotion à faire ces pains du Sacritice pour les distribuer à beaucoup d églises. Et avant elle, Candide, femme de Trajan, général en chef des armées de l'empereur Valère, passait les nuits à moudre le blé dont la farine était destinée à faire le pain de l'autel. J'ai vu de mes yeux, dit un historien de l'Eglise, cette illustre matrone, travailler toute la nuit à moudre et à faire de ses propres mains le pain de l'Oblation'. On a continué dans les siècles suivants a avoir cette attention et on n'a rien épargné pour que le pain destiné à devenir le corps du Sauveur ne fût bien conditionné. Nous verrons dans la troisième partie du Catéchisme avec quel respect certaines communautés religieuses préparaient la matière de l'auguste Sacrifice : rien n'est plus édifiant.

Après la consécration des saintes Espèces, les Fidèles

' St. Grég. de Noziaiizc et Flcury , t. iv, ;;. 244- •" Palladc, llitf. E(d. ch. 2'.'.

DE PERSÉVEUaNCE. 2^9

s'approchaient pour communier ; mais avant que la Communion commençât, un Diacre prononçait ii haute voix ces terribles paroles : Sancta sanclis! les choses saillies sont pour les Saints; comme s'il disait : que ceux qui ne sont pas Saints se gardent bien d'approcher de ces redoutables mystères. De plus, quand lEvêque ou le Prêtre distribuait le corps de Notre Seigneur , il disait : Le corps de Jésus-Christ, et celui qui le recevait répondait Amen, parole par laquelle il marquait sa foi à la présence réelle de Notre Seigneur dans ce Sacrement. C'est vers le huitième siècle que ces deux paroles du Prêtre ont été remplacées par la formule plus explicite, usitée aujourd'hui pour donner la Communion : Que le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ conserve votre amepour la vie éternelle.

Voici l'ordre que Ion observait pour la Communion: d abord le célébrant se communiait lui-môme, ensuite les Evêques, s'il s'en trouvait quelques-uns de présents ; après cela, les Prêtres qui lui avaient servi d'assistants, suivant l'ancienneté; puis les Diacres, les Sous-Diacres, les Clercs, les Moines, les Diaconesses, les Yierges sacrées et enfin le peuple, commençant par les hommes et finissant par les femmes. On observait le même ordre dans la Communion du sang précieux, avec cette différence que les Prêtres le prenaient par eux-mêmes, les Diacres le recevaient des Prêtres et ceux-ci le distribuaient aux autres. Dans quelques églises, après que les Fidèles avaient communié , on donnait les restes de l'Eucharistie à de jeunes enfants innocents.

250 CATÉCIlISMi:

Ce fut au sujet de cette pratique qu il arriva un miracle signalé, à Constantinoplc , du temps de l'empereur Justinîen, en la personne du fils d'un verrier juif. Cet enfant fut jeté par son père dans le four ardent où il faisait cuire son verre, en haine de ce qu'il avait mangé les restes de l'Eucharistie. Il y demeura trois jours sans ressentir aucune douleur au milieu des flammes , protégé par la sainte Vierge, ainsi qu'il l'avoua lui-môme. Des Chrétiens, accourus aux cris de la mère, retirèrent l'enfant. Cette femme^se convertit, mais le père demeura dans l'endurcissement'. Le bruit que ce miracle tit dans le monde fut tel que la renommée en vint jusque dans les Gaules. Saint Grégoire de Tours, qui en fut informé, en fait mention dans son livre de la Gloire des Martyrs\ Nicophore, historien de l'Eglise, qui jracontc la même histoire, ajoute qu'étant enfant il a souvent mangé les restes de l'Eucharistie. D'où il est clair que cette coutume a duré à Constantinople au moins jusqu'au milieu du sixième siècle dans lequel vivait l'empereur Justinien, et ailleurs au moins jusqu'au quatorzième qui est le temps de Nicophore \

Quant au lieu où se faisait la Communion, voici la pratique la plus générale. Le célébrant, comme cela se fait encore aujourd'hui partout, communiait au milieu de l'autel, les Prêtres autour, les Diacres derrière l'autel, les Sous-Diacres et les Clercs à l'entrée du sanc-

' Evagre, Hi$t. Ecct. liv. 4- c. 35.

^ Liv. 1. c 10.

2 Hist. Ecch liv. 17. c. 25.

Dli PERSÉVÉRA NCli. 251

lnairo ou dans le chœur, le reste des Fidèles hors de la balustrade qui séparait le sanctuaire et le chœur d'avec la nef. Il n'y avait que les empereurs qui fussent dispensés de cette règle. Il leur était permis de communier h l'autel comme d'y faire leur offrande ' .

Nos Pères dans la foi recevaient la sainte Gommunio-n debout. C'était à l'imitation des enfants d'Israël qui mangeaient debout , les reins ceints , le bâton du voyageur à la main , l'agneau figuratif de I Eucharistie. Cela se pratiquait non-seulement par les Ministres de l'Eglise, mais aussi par les simples Fidèles. Cependant, ils incliuaient un peu la tète et tenaient les yeux baissés pour témoigner les sentiments d'adoration avec lesquels ils recevaient cette nourriture divine, que personne , comme dit saint Augustin, ne doit recevoir sans l'avoir adorée auparavant. Aujourd'hui encore, quand le Pape célèbre IdMesse solennelle, le Diacre y communie debout, sans doutepour rappeler l'antique usage'. C'est pour rappeler une autre tradition bien plus sacrée , qu'aujourd'hui encore le Pape communie assis aux Messes solennelles, quand il y officie pontificaleraent. Spectacle auguste qui reporte naturellement les assistants au Cénacle. Là, les Apôtres reçurent pour la première fois de la main de leur divin Maître, les sacrés Mystères, étant à table à la manière de ce temps-là, c'est-à-dire couchés sur des lits qui environnaient la table.

Anciennement les Fidèles recevaient dans la main le

■ Bona. rer. liturg. lib. 2. c. 17.

3 Bona. id.

corps de Notre-Seigneur dont ils se communiaient aussitôt eux-mêmes. Les hommes recevaient TCucharislie dans leur main nue, aussi avaient-ils grand soin de la bien laver avant de communier. Les femmes devaient recevoir le corps du Sauveur ayant la main couverte d'un linge blanc. On apj)clait ce linge dominicale. Quelques accidents et quelques irrévérences ayant eu lieu, l'Eglise se détermina à ne plus donner ainsi la Communion dans la main des Fidèles. Ce changement de discipline eut lieu vers le neuvième siècle. Dès-lors il fut ordonné aux Prêtres de ne point mettre l'espèce du pain dans la main des Fidèles, mais de la leur porter à la bouche aussi bien aux hommes qu'aux femmes.

Voilà pour l'espèce du pain. Disons maintenant de quelle manière les Fidèles prenaient le précieux sang. La plus ancienne qui était commune aux églises d'Orient et d'Occident, était de leur présenter le calice dans lequel était le vin consacré et de leur en faire boire. Saint Cyprien le dit clairement, en parlant de cette petite fille à qui sa nourrice avait mis dans la bouche quelque chose de ce qui avait été consacré aux idoles : car il rapporte que le diacre lui présentant le calice pour lui faire boire le sang du Sauveur, cet enfant le rejetait.

Saint Cyrille de Jérusalem, celui de tous les Pères anciens qui est entré dans un plus grand détail touchant les rits des Sacrements, nous apprend que la môme chose se pratiquait en Orient. Nous rapporterons ici ses paroles, à cause des particularités inlé-

DE PERSÉVl'îr.ANCi;, 253

Fessantes qu'elles contiennent, « Après avoir ainsi com- » munie au corps de Jésus-Christ, approchez-vous du » calice du Sang, non pas en étendant les mains, mais « en vous inclinant comme pour ladorer et lui rendre » hommage, en disant Amen : puis sanctifiez- vous par » l'attouchement de ce Sang de Jésus-Christ que vous » recevez ; et pendant que vos lèvres en sont encore » trempées, essuyez-les avec la main, et portez-la » aussitôt à vos yeux, à votre front et aux autres « organes de vos sens pour les consacrer. Enfin, atten- » dant la dernière prière du Prêtre , remerciez Dieu de » ce qu'il vous a rendu dignes de participer à des » mystères si grands et si élevés ' . »

Cette manière de communier subsistait encore à la fin du sixième siècle \ Alors s'introduisit l'usage de prendre le précieux sang avec un chalumeau dont un bout trempait dans le calice et l'autre était dans la bouche du communiant. Cette précaution de se servir d'un chalumeau fut suggérée pour parer aux inconvénients et empêcher que le précieux sang ne se répandît. Dans la suite, pour y obvier encore plus siîrement, on se mit sur le pied, en plusieurs endroits, de donner en une seule fois les deux espèces ; cela se faisait en mettant dans la bouche des communiants une hostie trempée dans le sang précieux ^

La coutume de communier les Fidèles sous les deux

' Catéch. Myst. 5.

' Grég. de Tours, c. 31.

" Rurchard. liv. 5. c. 6.

1b à CATÉCHISME

t>spèc€S, pendant la célébration des saints Mystères, s'observa jusqu'au douzième siècle. A cette époque elle fommcnva de se perdre. I)eu\ choses contribuèrent à ce changement de discipline : IMa crainte de répandre le précieux sang, inconvénient majeur qui alarmait extrêmement les Fidèles et les Ministres de l" Eglise , et auquel il était néanmoins difticiie de parer, surtout dans les grandes solennités où tout le peuple communiait ; 2" la rareté du vin dans les pays du Nord qui se convertirent assez tard. Comment, en effet, faire communier le peuple sous l'espèce du vin dans ces régions froides où souvent on avait bien de la peine à en trouver môme pour le Prêtre à laulel? Enfin, le concile de Constance, tenu en 1414, supprima la Communion sous l'espèce du vin pour les Fidèles.

Cette suppression n'altère en rien l'intégrité du Sacrement, car Notre Seigneur est tout entier présent sous chacune des deux espèces. Elle n'ôte rien non plus à sa perfection, car la perfection de l'Eucharistie m consiste pas dans l'usage qu'en font les Fidèles, mais d.ins la consécration de ce qui en fait la matière. Ainsi, (in ne déroge en rien à sa j)erfection quand le peuple prend l'espèce du pain sans celle du vin, pourvu que le Prêtre qui consacre prenne l'une et l'autre'. De plus, la primitive Eglise croyait si peu que ce fût diviser le Mystère que de ne donner qu'une seule espèce, (|u'elle avait des jour.s solennels où elle ne distribuait que le corps sacré de Notre Seigneur. Tel était l'of-

' St. Thom. 3. Poit. </. 80. nri. 12. ad 2.

DE PEÎISÉVÉR ANCE. 555

fice du Vendredi-Saint dans r(^glise d'Occident, ol l«;l était l'office de l'église d'Orient dans tous les jours de Car<jme, à la réserve du samedi et du dimanche '. Voyez comme l'Eglise est sage et bien fondée dans tous les changements qu'elle apporte à la discipline! Ce n'est pas là le premier exemple de cette vérité trop peu connue, ce n'est pas non plus le dernier, comme nous allons voir.

Les premiers Chrétiens avaient une sainte avidité de recevoir le pain vivifiant de l'Eucharistie, mais comme la haine qu'on leur portait et l'attention de leurs ennemis h empocher leurs assemblées de religion, ne leur permettait pas de les tenir aussi souvent qu'ils auraient souhaité, ils participaient chez eux à celle nourriture sacrée. Cette touchante coutume remonte jusqu'au berceau môme de l'Eglise. Saint Luc nous l'apprend dans les actes des Apôlres'. I! dit que les Disciples allaient tous les jours au temple , y persévéraient dans la prière; c'était là leur préparation à la Communion; et qu'ensuite rompant le pain dans les maisons , ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. Par ces maisons l'auteur sacré entend les maisons particulières des Fidèles, comme 1 expliquent tous les commentateurs et comme la suite du texte le fait assez entendre.

Les persécutions dont l'Eglise fut agitée rendirent cet usage en quelque manière nécessaire. Aussi, nous

' Bossuet, Trente de la Comm. sous les deux espèces p. 1G5 et suiv. -, Cb. 2. V. 46.

le voyons observé dans la suite comme une pratique générale. Saint Justin, qui vivait peu de temps après les Apôtres, le dit positivement dans la fameuse apologie qu'il adressa 5 l'empereur Antonin. Après la célébration des saints mystères, dit-il, onenréserve quelques parties que les Diacres portent aux Fidèles qui n'ont pu y assister. Voici encore un témoignage admirable de cette coutume : saint Lucien, prêtre de l'église d'Antioche, qui fut martyrisé à Nicomédie, n'ayant point d'autel dans sa prison, consacra sur sa propre poitrine le corps du Sauveur. Il le distribua aux assistants et l'envoya aux absents par les mains des Diacres '. Fut-il jamais sacrifice plus touchant , Prêtre plus saint, autel plus sacré !

C'était surtout à l'approche de la persécution que l'on faisait provision de cet aliment sacré; car, comme les ennemis du Christianisme en voulaient d'abord aux Pasteurs à qui seuls il appartenait de consacrer, les Fidèles craignaient avec raison d cire privés de ce pain des forts. C'est pourquoi ils en emportaient chez eux, afin de se fortifier tous les jours en le recevant, et de se préparer ainsi au combat" . Après les persécutions , cet usage devint plus rare, il continua néanmoins. Saint Basile nous l'apprend dans une lettre à une dame du premier rang, nommée Césarée; il s'exprime ainsi : Tous les solitaires qui vivent dans les déserts n'ayant point de Prêtres pour leur donner l'Eucharistie, l'ont toujours

' Apud Sur. 7 janv.

, CIcm. Alex. Stioni. 1.

L)E l'EnsliVÉUANCE. 257

chez eux et communient de leurs propres mains. De plus, dans la ville d'Alexandrie et dans le reste de l'Egypte, chaque Fidèle garde d'ordinaire chez soi la Communion et la reçoit de ses propres mains'. 11 en était de même ailleurs.

Ce n'est pas tout . Nos Pères dans la foi , ces premiers Chrétiens si dignes de notre imitation, aimaient telle-' ment le Sauveur, ils sentaient si vivement le besoin qu'ils avaient de lui, qu'ils ne pouvaient consentir à s'en séparer un instant. Ils portaient l'Eucharistie avec eux dans leurs voyages, pour leur tenir lieu de défense et de sauve-garde contre tous les dangers tant du corps que de lame, auxquels on est exposé dans ces occasions. Cet usage s'est conservé long-temps. Nous voyons en France le roi Robert qui, en quelque lieu qu'il voulait aller , faisait préparer un chariot pour y porter la tente du divin ministère, où l'on déposait le corps sacré du Sauveur, afin que comme la terre est au Seigneur avec tout ce qu'elle contient, il rendît à Dieu ses vœux et ses hommages en tous lieux. Saint Louis, digne successeur du trône et de la piété de ce bon roi, porta aussi avec lui l'Eucharistie dans son expédition d' outre-mer \ Depuis ce temps, le privilège de porter ou de faire porter ainsi le Saint-Sacrement en voyage, semble avoir été réservé au Pape qui, encore aujourd'hui, lorsqu'il entreprend un voyage hors de Rome , a coutume de porter î' Eu-

T Pag. 289. Ultim. edir.

^ De Gest. S. Ludou,

T. IV. Il

chaf istie qui le précède magni(iquerm2nt accompagnée'.

Du reste, il n'était pas à craindre que le Sauveur souffrîl quelque irrévérence de la part de ces heureux Chrétiens dont il devenait le compagnon de voyage. Leur respect et leur tendre piété envers le Saint Sacrement sont si connus, qu'ils feront à jamais l'admiration et la honte des Chrétiens de ces derniers temps.

Ce sont les Hérétiques seuls qui ont donné lieu à l'abolition de cet antique et saint usage. Au quatrième siècle, l'Eglise voulant prévenir les abus que les Priscillianistes faisaient de l'Eucharistie, ordonna à tous lesFidèles do Iaconsommer>dans l'Eglise avant que d'en sortir, afin d'empêcher ces Hérétiques qui ne la consommaient ni dans l'Eglise ni chez eux, d'en abuser. Cette défense qui fut faite par l'église d'Espagne, devint peu à peu une loi dans toute la chrétienté'.

Encore un mot sur un usage bien touchant et sur kl manière dont on conservait le Saint-Sacrement dans l'Eglise. Les Evèques des premiers siècles avaient coutume de s'envoyer l'Eucharistie les uns aux aulras on signe d'union. Ils l'envoyaient nonseulement à ceux de leur voisinage , mais encore à ceux qui étaient dans les pays fort éloignés. C'était j>our montrer l'union cordiale qui régnait entre tous les Pasteurs et toutes les brebis de la divine bergerie^ Cet envoi ayant donné lien à quelques accidents, le concile

Fronn Pt<T. Uthnr-ff, c. 47.

- Concll. de Tolède, can. 44; et deSarrog. cnn. ». ' Etiscb. tlh*. lÀrl. l. 5. c. i!i.

nii peesévéka\<:e. 25U

vk' Laodioéc . tenu aiuniatrièrne siècle, en interdit l' iisdgc. On y substitua celui de s'envoyer des pains ordinaires qu'on avait bénis , et qui exprimaient l'union des Chrétiens les uns avec les autres. On appelait ces pains Eulogies, à cause de la bénédiction qu'on y joignait par la prière.

Entre les premiers Chrétiens et Notre Seigneur, c'était pour ainsi dire à la vie et à la mort. De là cet autre usage qui ne s'explique que par leur foi vive et le tendre amour qu'ils avaient pour leur divin Maître. Lorsqu'un Chrétien était mort, on déposait l'Eucharistie sur sa poitrine et on l'enterrait avec lui'.

Enfin, la manière dont nos Pères conservaient le Saint- Sacrement dans les Eglises , est pleine de mystères . Deux types étaient généralement adoptés pour les tabernacles : c'était une tour ou une colombe. La tour-tabernacle était suspendue au-dessus de l'autel. Admirable symbole do !n force d'en haut, du pain des forts qu'elle renfermait dans son sein! La colombe-tabernacle était aussi suspendue au-dessus de l'autel. L'innocence, la candeur, la douceur, tout ce qu'il y a de plus gracieux et de plus aimable dans le pain des Anges, était par là représenté. Quelquefois on réunissait les deux symboles : la tour était surmontée de la colombe aux ailes étendues. C'est ainsi que l'empereur Constantin fit faire un tabernacle d'or, enrichi de pierres précieuses, pour l'Eglise de Samt-Pierre, de Rome'.

• Su Gicg. 1. 2. Dial. c. 24 ; Thiers, de l'exposifion du St. Sacrement. c 2.

^ Anast. PAblioth. in Sijlvcstro.

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui ôtes tout amour, je vous remercie d'avoir institué l'adorable sacrement de l'Eucharistie, pour me communiquer votre vie divine.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne manquerai pas de me mettre à genoux quand je verrai porter le Saint-Sacrement aux malades.

PETIT GATÉCniSME.

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE SEIGNEUR LE NOUVEL ADAM, PAR LA COMMUNION. — DE l'eUCDARISTIE .

Q. A quoi se rapporte toute la Pvcligion?

R. Toute la Religion se rapporte ù l'union de l'homme et de Dieu séparés par le péché : c'est dans l'Eucharistie que cette union se consomme. L'Eucharistie est donc le but auquel se rapporte toute la Religion sur la terre.

Q. Qu'est-ce que l'Eucharistie"?

R. L'Eucharistie est un Sacrement qui contient vraiment, réellement, substantiellement le corps, le sang, lame et la divinité de Notre Seigneur Jésus- Christ, sous les espèces ou apparences du pain et du vin. Les Pères de l'Eglise appellent aussi l'Eucharistie l'ex-

DE PEUSÉVÉRAXCE. 361

tension du mystère de l'incarnation, parce que Notre Seigneur y renouvelle en quelque sorte pour chacun de nous les merveilles de son incarnation.

Q. Quels noms donne-t-on à ce Sacrement adorable ?

R. On donne plusieurs noms à ce Sacrement adorable. Les premiers Chrétiens l'appelaient ordinairement la fraction du pain. Ils se servaient de ces paroles mystérieuses, afin de ne pas donner aux Payens la connaissance d'une chose si sainte. On l'appelle aussi Eucharistie ou actions de grâces, tant parce que Notre Seigneur rendit grâces à son Père en l'instituant, que pour marquer que l'Eucharistie est notre remercîment pour tous les biens que nous recevons de Dieu. On l'appelle encore Communion, parce que c'est là que nous nous unissons à Notre Seigneur de la manière la plus étroite.

Q. Par qui étaient offerts le pain et le vin qu'on consacrait à l'autel?

R. Autrefois, le pain et le vin consacrés à l'autel pour la Communion, étaient offerts par les Fidèles euxmêmes. Nul n'était exempté. Chacun faisait lui-même le pain de sa communion. Les empereurs et les impératrices se conformaient à cet usage.

Q. Comment communiaient les premiers Chrétiens?

R. Les premiers Chrétiens communiaient debout, la tête et les yeux modestement baissés. Ils communiaient debout à l'imitation des enfants d'Israël qui avaient mangé ainsi l'Agneau pascal, figure de l'Eucharistie.

262 catiïchismî:

Q. Communiaient-ils sous les deux espèces? R. Ils communiaient sous les deux espèces. Cet usage a cessé h cause du danger de répandre le précieux sang et de la difficulté de se procurer du vin dans les pays du Nord qui 60 convertirent plus tard à la foi. La Communion, 80US la seule espèce du pain, n'est pas moins parfaite, puisque Notre Seigneur étant vivant dans l'Eucharistie, il est tout entier sous chacune des deux espèces.

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