‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religionChapitre 18 sur 48 · XXXV LEÇON · texte numérisé non relu

XXXV LEÇON

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ

David pèche. — Nathan est envoyé vers lui. — Révolte d'Absalon. — David quitte Jérusalem. — Défaite et mort d'Absalon. — Nouvelle faute de David. — Sa mort. — David , seizième figure du Messie.

Au milieu de la gloire que David s'était acquise par ses exploits et ses vertus, ce prince si sage et si pieux s'oublia pendant quelque temps et montra par son exemple combien l'homme doit craindre sa propre faiblesse et se précautionner contre les dangers auxquels elle l'expose; David commit deux crimes énormes. Il resta dans ce déplorable état pendant une année, tant sont profondes les ténèbres que le péché jette dans les âmes même les plus saintes. Mais lorsqu'il vivait dans cet oubli de Dieu et de ses devoirs, le Seigneur eut pitié de lui et lui envoya le Prophète Nathan pour lui ouvrir les yeux et le faire rentrer en lui-même.

Le Prophète s'acquitta courageusement de sa commission. En punition de votre double crime, lui dit-il, l'épée ne sortira point de votre maison, c'est de votre famille que le Seigneur tirera les ministres de sa vengeance ; elle va devenir un théâtre de malheurs.

David, frappé des reproches du Prophète, rentra en

lui-môme et reconnut sa faute. Oubliant qu'il était roi pour se souvenir seulement qu'il était pécheur, il se condamna lui-même sans excuse. J'ai péché contre le Seigneur, dit-il, dans les sentiments d'une douleur amcre et profonde. Il accepta avec une humble soumission tous les maux que Nathan lui prédit devoir arriver sur sa famille . Le Seigneur qui ne rejette jamais un cœur contrit et humilié, lui fit dire, par la bouche du même Prophète, qu'il lui pardonnait ses crimes; mais dans l'intérêt de sa gloire et dans celui même de David pénitent, il lui fit expier les crimes qu'il lui avait pardonnes. Absalon, l'un des fils de David, se révolta contre lui. Il avait gagné l'afTection de la multitude en se rendant populaire ; tous les matins il se trouvait à la porte du palais, et dès que quelqu'un se présentait pour terminer quelqu'affaire devant David, Absalon l'abordait et lui faisait mille caresses . Racontez-moi , disait-il , ce qui vous amène à la cour. Quand on avait satisfait à sa curiosité : en vérité, ajoutait-il, rien n'est plus juste et plus raisonnable que ce que vous demandez ; mais le moyen que vous ayez justice î le roi n'a étabh personne pour écouter les requêtes de ses sujets ! Si j'avais quelque autorité en Israël pour juger les sujets du roi , ils auraient un accès facile, j'écouterais tout le monde, j'y sacrifierais mon repos et je rendrais des jugements équitables. Si quelqu'un lui venait faire la cour, il lui tendait la main, il l'embrassait, il s'entretenait familièrement avec tout le monde et on ne sortait d'auprès de lui que charmé de son air affable , officieux et caressant.

DE PERSltyi:RANCE. Too

Par ces discours et ces manières séduisantes, Absalon se fit un grand nombre de partisans. Lorsqu'il crut le moment ftworable, il s'éloigna de Jérusalem sous prétexte d'aller accomplir un vœu : ses partisans l'accompagnèrent et il se fit déclarer roi. A cette nouvelle, une foule de peuple vint se joindre à lui et il marcha aussitôt sur Jérusalem.

Pour éviter de plus grands maux, David résolut de prendre la fuite. Accompagné de ses plus braves soldats, il quitta Jérusalem : il avait alors plus de soixante ans. Il passa le torrent de Cédron et monta la montagne des Oliviers, la tête voilée et les yeux baignés de larmes. Cependant Absalon entra en triomphe dans Jérusalem. Tout plia devant lui. David, de son côté, s'éloignait de plus en plus. Dans ce triste voyage il but jusqu'à la lie le calice des humiliations. Un descendant de Saiil , nommé Semeï, voyant ce prince dans l'état où le Seigneur l'avait réduit, voulut se donner le lâche plaisir de lui insulter à son aise, il monta sur une colline et suivant David pas à pas, il n'était point d'injures qu'il ne vomît contre lui , il avait même l'insolence de lancer des pierres contre ce prince et contre sa troupe. Un des officiers de David lui demanda la permission d'aller châtier cet insolent ; le saint roi se contenta de cette réponse : Permettez à cet homme de maudire un coupable que Dieu punit, c'est le Seigneur qui se sert contre moi de la malice de Seme'i, et qui sommes-nous pour demander compte au souverain Maître de sa conduite?

Cependant , le séjour d' Absalon dans Jérusalem

donna à David le tenips de se reconnaître et de grossir son armée. Les rebelles se mirent en mouvement et vinrent camper assez près des troupes royales. On se disposa an combat de part et d'autre. David voulait commander en personne, mais on lui représenta qu'il était nécessaire de mettre sa vie en sûreté. Une nouvelle qui parvint au camp de David en ce moment, servit à animer l'espérance du succès. Acbitophel, qui avait été l'ame de la conspiration, le conseiller d'Absalon, et qui avait livré au fils la couronne du père, outré de dépit de se voir méprisé, s'était pendu dans sa propre maison.

Avant de les envoyer au combat, David appela ses trois généraux et leur dit, en présence de toute l'armée : Sur toutes choses, conservez mon fils Absalon. On en vint aux mains, l'armée des rebelles fut mise en déroute. Absalon lui-même, entraîné par les fuyards, se sauva dans la forêt voisine ; il y fut rencontré par des soldats de l'armée de David, qui , se souvenant des ordres du roi, le laissèrent échapper. Il était monté sur une mule d'une extrême vitesse ; mais comme il courait à toute bride, l'animal passa sous un grand chêne fort épais, le cavalier se trouva pris par la tête, soit que le cou se fut enfermé entre deux branches, soit que sa chevelure extrêmement forte se fût entortillée de manière à l'attacher aux branches de l'arbre. La mule passa et le laissa suspendu entre le Ciel et la terre.

Dans cet état, il fut aperçu par un soldat de l'armée de David qui courut vite à Joab : J'ai vu, dit-il à ce

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général, le fils du roi, suspendu à un chêne dans la forêt. Tu l'as vu, reprit Joab, et tu ne lui a pas passé ton épée au travers du corps ; je t'aurais donné dix sicles d'argent et un baudrier. Vous m'en donneriez mille, répondit le soldat, que je ne porterais pas la main sur le fils du roi ; nous étions tous présents lorsqu'il vous donnait ordre de lui conserver sur toutes choses son fils Absalon. Puisque tu ne le veux pas, reprit Joab, je le ferai, moi. A ces mots il prit trois dards et courut vers l'endroit qu'on lui avait indiqué. Il y trouva le misérable Absalon, lui perça le cœur de trois coups, et comme il palpitait encore, toujours suspendu au même chêne, dix jeunes écuyers ou aides-de-camp de Joab, coururent au prince et l' achevèrent à grands coups d' épée . Ce général dépêcha aussitôt un courrier pour porter à David la nouvelle de sa victoire . En arrivant , le courrier se jeta aux genoux du roi et lui dit : Béni soit le Seigneur Dieu de David qui a confondu tous les rebelles. Mais mon fils Absalon, reprit le roi, mon fils, est-il en vie? Tandis que le premier envoyé cherchait une réponse, arrive un second courrier qui confirme à David la nouvelle de la victoire. Mais vous ne me parlez point d' Absalon, dit le roi, ne lui est-il point arrivé de mal? Puissent tous les ennemis du roi , mon Seigneur , répondit le courrier , être traités comme ce fils rebelle . David comprit tout ce que signifiaient ces paroles. Insensible à la victoire et tout occupé de la mort de son fils, il n'en demanda ni les circonstances ni les auteurs, il alla s'enfermer seul dans un appartement. Mon fils

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Absalon, s'écriait-il, Absalon , mon fils, que ne puis-je mourir pour toi? Il ne sortait point d'autre parole de sa bouche que le nom de son fils ; tout hors de lui-même et la tête voilée, il recommençait toujours à dire : Absalon , mon fils , mon fils Absalon .

Joab, offensé que le roi prît si peu de part au succès de ses armes, se présenta devant David et osa lui reprocher qu'il aimait ceux qui le haïssaient, tandis qu'il haïssait ceux qui l'aimaient. Il l'obligea à se montrer en public pour recevoir les félicitations de son peuple, sur la victoire qu'on venait de remporter. David était clément; mais la clémence a des bornes. II pardonna à ceux qui avaient pris le parti de son fils. Quant à Joab qui avait si insolemment violé ses ordres, il donna en mourant à Salomon l'ordre de le faire périr, ce qui fut exécuté.

David replacé sur le trône, mit l'ordre partout où la révolte f avait troublé. La paix qu'il commençait à goûter, le fit tomber dans une nouvelle faute moins grave sans doute que celles dont Dieu l'avait si sévèrement puni, mais telle néanmoins qu'elle attira un grand fléau sur son peuple. Exemple mémorable qui nous montre que l'homme, quelque juste ou quelque pénitent qu'il soit, est toujours homme, toujours exposé à des tentations et à des chutes. David voulut par un mouvement de vanité faire le dénombrement de tout son peuple. On lui représenta que ce dénombrement fastueux offenserait le Seigneur et ne manquerait pas d'attirer sur Israël de nouveaux châtiments. La vanité

des grands n'écoute guère de conseils. David voulut être obéi, et le dénombrement fut fait. Sa vanité à peine satisfaite, David reconnut sa faute. Le Seigneur la lui pardonna, mais à des conditions qu'il lui fit proposer par un de ses Prophètes.

Prince, lui dit le Prophète , voici ce que dit le Seigneur : vous n'échapperez pas au châtiment que vous méritez; mais de trois fléaux que je vous présente, choisissez celui que vous voudrez. Ou votre royaume sera affligé d'une famine de trois ans, ou pendant trois mois vous fuirez devant vos ennemis, ou la peste régnera durant trois jours en Israël.

Je suis cruellement embarrassé, répondit David, mais puisque c'est une nécessité, choisissons le fléau où la malice des hommes aura le moins de part; car il fait meilleur tomber entre les mains de Dieu que dans celles des hommes. Et David choisit la peste. A l'instant ce terrible fléau se répandit sur tout le royaume . Avant la fin du troisième jour, soixante-dix mille hommesavaient déjà péri. David pénétré de douleur, se prosterna la face contre terre, en disant : Seigneur, c'est moi qui ai péché, c'est moi qui ai fait le mal. Quel mal ont fait ces innocentes brebis? Portez vos coups sur moi et sur la maison de mon père ; mais je vous en conjure, épargnez votre peuple.

La prière de David était sincère : Dieu ne put y résister. Il ordonna à son Ange de remettre son épée dans le fourreau. C'est ainsi que pour la faute d'un seul homme tout un peuple est puni , tant il est vrai que si les justes

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sont tout-puissants pour attirer sur leurs frères les bé-» nédictions du Ciel , les méchants ne le sont pas moins pour provoquer des malédictions et des châtiments.

David approchait de sa soixante-dixième année. Ses grandes fatigues F avaient extrêmement affaibli; il comprit que sa fin approchait. 11 fit donc venir Salomon son fils et son successeur, et lui donna ses dernières instructions. Je vais mourir, mon fils, lui dit-il; prenez courage et conduisez-vous en prince généreux. Observez les commandements du Seigneur votre Dieu, afin d'attirer sur vous ses bénédictions et d'affermir votre trône .

Après d'autres conseils relatifs au gouvernement, David s'endormit de son dernier sommeil et reposa avec ses pères , plein de jours et de mérites , respecté et chéri de ses peuples qu'il avait gouvernés bien plus en père qu'en roi; aimé de son Dieu qu'il avait eu le malheur d'offenser dans les plus beaux jours de sa vie, malgré une jeunesse passée dans le travail et l'innocence, mais avec qui il s'était réconcilié par la ferveur de sa pénitence et l'humilité de sa soumission. Roi selon le cœur de Dieu, il fut tout à la fois le père, le prophète et la figure du Messie.

En effet, David naît à Bethléem. Notre Seigneur naît à Bethléem. — David est agréable à Dieu qui le choisit pour le roi et le libérateur de son peuple. Notre Seigneur est l'objet des complaisances du Père qui le choisit pour le roi et le libérateur des hommes. — David est choisi pour calmer les fureurs de Saiil dont

le malin esprit s'était emparé. Notre Seigneur est choisi pour chasser les démons et anéantir leur empire . — David, armé seulement d'un bâton et d'une fronde, marche contre le géant Goliath qui, depuis quarante jours, insultait l'armée d'Israël. Notre Seigneur, armé de sa Croix, marche contre Satan qui, depuis quarante siècles, insultait au genre humain. — Goliath se moque de David, et méprise sa faiblesse. Le démon et le monde se moquent de la faiblesse apparente de Jésus-Christ, dont ils appellent la Croix une folie. — Malgré l'inégahté des forces, David tue Goliath. Malgré l'apparente inégalité des forces, Notre Seigneur terrasse le monde et le démon . — David est persécuté par Saiil à qui cependant il n'a fait que du bien. Notre Seigneur est persécuté par les Juifs et par le monde à qui cependant il n'a fait que du bien. — David n'oppose à Saiil que la douceur et la patience. Notre Seigneur n'oppose que la douceur et la patience à ceux qui le persécutent. — David épargne deux fois Saiil. Notre Seigneur épargne continuellement ses ennemis. — Après plus de trente années de travaux et de persécutions, David est enfin reconnu roi par tous les enfants de Jacob . Après trente-trois ans d' humiliation , de travaux et de souffrances , Notre Seigneur est enfin reconnu pour le Roi des rois; aprèstrois sièclesl'universl'adore, et à la fin des temps les Juifs eux-mêmes embrasseront sa loi sainte. -— David pèche, et pour expier son crime il est obligé de s'enfuir de Jérusalem. Notre Seigneur est innocent, mais pour expier les crimes du monde qu'il n'a pas commis , ï\

est conduit hors de Jérusalem. — David passe en pîeu= rant le torrent de Cédron . Notre Seigneur , le cœur pénétré de douleur , passe le même torrent de Cédron .

— David monte nu-pieds la montagne des Oliviers. Notre Seigneur monte aussi la montagne des Oliviers .

— David est accompagné d'un petit nombre de serviteurs fidèles. Notre Seigneur est accompagné de sa sainte mère, de saint Jean et de quelques personnes pieuses. — David, dans son afûiction , est insulté par Semeï. Notre Seigneur, sur la Croix, est insulté par les Juifs. — David défend de faire du mal à l'homme qui le maudit. Notre Seigneur prie son Père de pardonner à ses bourreaux. — Achitophel qui trahit David, se pend de désespoir parce qu'il est méprisé. Judas qui trahit Notre Seigneur , se pend aussi de désespoir , parce qu'il est méprisé des prêtres de Jérusalem. — David revient triomphant et reçoit l'hommage de ses sujets. Notre Seigneur sort triomphant du tombeau et reçoit les hommages du monde entier.

Cette figure nous montre deux nouveaux caractères du Messie : 1° il sera Roi, mais un roi plein de douceur ; 2° ce n'est qu'à force de travaux et de contradictions qu'il parviendra à fonder son empire.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour , je vous remercie d'avoir pardonné avec tant de bonté au saint roi David ; pardonnez-moi avec la même miséricorde, donnez-moi

toujours un cœur contrit et humilié et une grande sincérité dans l'aveu de mes fautes.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, ja ne resterai jamais oisif.

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