‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religionChapitre 37 sur 48 · L^ LEÇON · texte numérisé non relu

L^ LEÇON

LE MESSIE PREPARE

Épreuves destinées à purifier les Juifs et i\ leur faire désireret reconnaître le Messie. — Héliodore frappé de verges. — Il annonce la puissance du vrai Dieu. — Le saint vieillard Eléazar, son martyre. — Histoire des Machabées , leur martyre.

La préparation évangélique s'était faite parmi les nations de l'Orient, par les différentes dispersions des Juifs à Ninive, à Babylone, et ensuite dans le monde entier, depuis les conquêtes d'Alexandre. La connaissance du Messie était devenue générale. Dans la crainte que cette connaissance ne s'affaiblît parmi les nations, ou pour la rendre encore plus claire et plus universelle, la Providence permit que pendant les trois derniers siècles qui précédèrent la venue du grand Libérateur , les Gentils de l'Orient et de l'Occident fussent perpétuellement en contact avec les Juifs de la Palestine. De là, les guerres continuelles entreprises contre ce peuple, d'abord par les successeurs d'Alexandre, ensuite par les Romains.

Dans les vues de la Providence, ces guerres avaient encore un autre but ; elles préparaient les Juifs euxmêmes à la prochaine venue du Messie, voici de quelle manière . Quand un roi doit habiter un palais, on s'em-

presse de le purifier et de l'embellir, afin que rien ne puisse blesser les regards du monarque. Ces guerres continuelles , et presque toujours injustes , étaient de rudes épreuves destinées à purifier de plus en plus le peuple juif, à lui donner l'innocence, la sainteté convenable à la digne réception du Messie. C'était le meilleur moyen de les empêcher de méconnaître ce Désiré des nations, car les cœurs purs voient la vérité, voient Dieu plus clairement que les autres : ce privilège forme dès cette vie une partie de leur récompense et de leur bonheur.

De plus, ces vexations non interrompues étaient merveilleusement propres à exciter en leur ame un vif désir du Libérateur. En apportant sur la terre la vérité et la justice, il devait, à la longue, bannir la tyrannie et faire de tous les hommes un grand peuple de frères. Le malheur fut que les Pharisiens, aussi aveugles qu'ils étaient orgueilleux, faussèrent les prophéties et n'entendirent la gloire, la puissance et les triomphes du Christ, que dans un sens matériel et grossier. Mais la Providence n'avait rien oubhé pour prévenir cette fatale erreur. Les Juifs, humbles et dociles, n'en furent point la victime : donnant aux Prophètes leur véritable signication, ils reconnurent pour le Messie promis au genre humain, l'humble enfant de Bethléem. Ainsi le Seigneur fut justifié.

Ne pouvant raconter en entier l'histoire de ces derniers siècles du monde ancien , nous allons nous borner à quelques faits qui rendent évidente la continuation de

l'action divine sur les Juifs et sur les Gentils, pour les préparer à T avènement prochain du Rédempteur.

Le premier de ces faits est celui d'Héliodore. Quoi de plus propre que l'éclatante punition de ce profanateur et que son témoignage personnel à rappeler aux nations l'existence du Dieu des Juifs et la vérité de sa Religion, dont la croyance du Messie était l'article fondamental 1

Séléucus, roi de Syrie, entreprit de piller les trésors du temple de Jérusalem. Pour exécuter cette entreprise sacrilège, il choisit Héliodore, intendant de ses finances. Héliodore, parti pour obéir aux ordres de son maître, parut n'avoir d'autre dessein que de visiter le gouvernement de la Judée . Il arriva à Jérusalem où le grandprêtre Onias, aussi respectueux envers son roi qu'il était fidèle à son Dieu, le fit recevoir avec toutes sortes d'honneurs. Le ministre ne tarda guère à s'expliquer sur la commission dont il était chargé ; il déclara qu'il venait de la part du roi pour se faire remettre les trésors du temple.

Onias lui représenta que l'argent qu'on gardait dans la maison du Seigneur, consistait en dépôts consacrés à la subsistance des veuves et des orphelins. Héliodore fut peu touché des observations du Pontife : la volonté du roi lui tenait lieu de toute raison. Il prit jour pour se rendre au temple. Le bruit de cette sacrilège tentative s' étant répandu dans Jérusalem , ce n'est par toute la ville qu'alarmes et* qu'effroi. Les Prêtres, revêtus de leurs habits sacerdotaux, se prosternent au

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pied de l'autel, et, dans cette posture liumiliée, ils appellent le Dieu du Ciel au secours de son temple. De leur côté, les citoyens désolés accourent en foule de leurs maisons, et réunis ensemble dans l'ardeur des mêmes vœux, ils conjurent le Seigneur de ne pas permettre que sa sainte demeure soit exposée à de sacrilèges mépris. Les femmes , couvertes de rudes cilices , vont en foule par les rues ; les vierges même, renfermées dans l'enceinte du temple, se font un devoir d'en sortir. Les unes courent vers le Grand- Prêtre, les autres vers les murailles, quelques-unes plus timides se contentent de regarder du lieu de leur retraite, quelle va être l'issue 9e cet événement. Toutes ensemble , les mains levées vers le Ciel, adressent au Seigneur leurs prières et leurs gémissements. Au milieu de la confusion générale, le souverain Pontife montre un air de consternation qu'on ne peut envisager sans être pénétré jusqu'au fond de lame de la plus vive douleur.

Cependant, Héliodore pressait avec chaleur l'exécution de son entreprise. Déjà il était à la porte du trésor, environné d'une troupe de satellites qui se disposaient à la forcer ; mais, au moment où tout paraissait désespéré , le Seigneur manifesta avec éclat sa toute-puissance. Voilà que tout à coup, les indignes esclaves qui avaient osé prêter leur ministère au dessein de leur chef, frappés de la main de Dieu, se trouvent renversés les uns sur les autres et mis en fuite, llis avaient vu paraître à leurs yeux un cheval magnifiquement paré , monté par

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un cavalier d'un aspect formidable, et dont les armes semblaient d'or, tant leur éclat était éblouissant. Ce cheval se ruant avec impétuosité sur Héliodore, le frappe des deux pieds de devant et le jette par terre. Alors, deux jeunes hommes, pleins de majesté , tout brillants de gloire et richement vêtus, s'étant approchés du profanateur, armés de fouets, le frappent sans relâche et l'accablent de coups. Héliodore, châtié si rudement et enveloppé d'épaisses ténèbres, est jeté à demi-mort dans une chaise et porté hors de l'enceinte du temple où il reste long-temps sans mouvement , sans voix et sans espérance de vie. Admirable effet de la justice de Dieu qui ordonna qu'un homme assez téméraire pour oser entrer dans sa sainte maison, avec tout l'appareil d'un triomphe, en fût enlevé, couvert de confusion, sans que personne pût le dérober aux coups d'un Maître toutpuissant auquel il avait sacrilégement insulté; mais en même temps, leçon bien importante pour les profanateurs et pour les favoris des princes, qui apprend aux uns quel respect est dû aux choses saintes, et aux autres qu'il est de leur devoir de résister toujours à des ordres impies avec une respectueuse mais invincible liberté.

Tandis qu' Héliodore languissait dans le triste état où l'avait réduit son impiété, les Juifs passèrent tout à coup de l'abîme de la douleur au comble de la plus pure joie. Le temple retentit de cantiques d'actions de grâces. Les amis d' Héliodore étaient occupés de soins bien différents. Ne trouvant point sur la terre de remèdes à un mal qui partait du Ciel, ils s'adressèrent à Onias lui-

même, en le conjurant de prier le Seigneur qu'il daignât conserver la vie à celui qui était prêt à rendre le dernier soupir.

Onias considérant que si Héliodore venait à mourir, le roi ne manquerait pas de soupçonner de la malice de la part des Juifs, et de leur attribuer la mort de son envoyé, offrit au Seigneur , pour le salut du mourant , une hostie de propitiation ; il fallait d'ailleurs, dans les desseins delà Providence, que les Gentils apprissent de plus en plus à connaître le Dieu d' Israël , la vérité de ses menaces et la certitude de ses promesses dont la première était celle du grand Libérateur. Il était donc bien plus conforme au plan divin qu Héliodore lui-même rendît témoignage à toutes ces choses et à la puissance du Seigneur, après l'avoir éprouvée par deux miracles incontestables, tels que celui de son châtiment et celui de sa guérison.

Le Seigneur exauça les vœux du Grand-Prêtre ; mais il ne voulut pas que le coupable ignorât à qui il devait la santé. Remerciez le pontife Onias, diren^ les mêmes Anges à Héliodore, c'est à cause de lui que le Seigneur vous a fait grâce de la vie. Pour vous, châtié par l'ordre du vrai Dieu, ayez soin d'annoncer son pouvoir, sa vérité, tousses prodiges, jusqu'au milieu des nations idolâtres. Lumineuses paroles qui nous montrent bien que ce fait d' Héliodore se rattache au plan général de la préparation évangélique .

Ayant ainsi parlé, les Anges disparurent. Héliodore profita de sa terrible leçon. Il offrit à Dieu un sacrifice

d'actions de grâces, fit des vœux et de grandes promesses à ce Dieu souverain dont il venait d'éprouver la justice et la miséricorde. Après avoir rendu grâces au saint Pontife, il s'empressa de retourner avec sa suite vers le roi son maître. Ne rougissant point de devenir l'Apôtre de la vraie Religion, il publiait partout les merveilles du grand Dieu qu'il avait vues de ses yeux et qui s'étaient opérées en sa personne.

Un jour, entre autres , lé roi lui demanda : Qui croyezvous firopre à être envoyé pour faire une nouvelle tentative sur Jérusalem? Si vous avez, lui dit-il, quelque ennemi, quelque conspirateur, chargez-le de la commission, je réponds qu'il vous reviendra déchiré de coups, si toutefois il échappe à la mort. C'est la vérité, le temple des Juifs est rempli de la puissance divine. Celui qui habite dans le Ciel y fait sa demeure, il s'en déclare le protecteur et le gardien ; et quiconque ose y entrer à dessein de le profaner doit s'attendre à un rude châtiment ou à la mort.

Si Dieu prenait tant de soin de préparer les Gentils au règne du Messie, en saisissant toutes les occasions de leur donner connaissance de la Religion véritable, il ne s'occupait pas des Juifs avec moins de soUicitude. Rien ne fut omis pour les purifier et les détacher des choses terrestres. Jamais on ne vit tant et de si beaux exemples d'une vertu déjà toute chrétienne. Il semble que le soleil dejustice, plus près de se lever sur le monde , faisait sentir plus vivement sa puissante influence. La Judée eut ses martyrs de tout âge et de tout sexe.

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Antiochus Epiphane, roi de Syrie, fut l'instrument dont le Seigneur se servit pour éprouver son peuple. Il entreprit d'abolir dans la Judée le culte du vrai Dieu. Bientôt le sang des fidèles coula dans toute l'étendue de la Palestine. Au plus fort de la persécution, vivait à Jérusalem un saint homme nommé Eléazar ; il tenait un des premiers rangs parmi les Docteurs de la Loi, c'était un vénérable vieillard dont l'extérieur plein de douceur et de majesté inspirait la confiance et commandait le respect. Ce fut contre ce grand homme que l§j>furie des persécutions s'acharna avec le plus d'opiniâtreté. Ils lui ouvrent la bouche de force et ils essayent de lui faire manger malgré lui des viandes défendues par la Loi. Sa généreuse résistance le fait aussitôt condamner. Préférant une mort glorieuse à une vie déshonorée par un crime, il se met à la tête des bourreaux et marche volontairement au supplice.

Pendant qu'il marchait gaiement à la mort , quelquesuns de ses amis, touchés d'une criminelle compassion, s'approchèrent et lui dirent secrètement : Permettez que nous fassions apporter des viandes dont il est permis de mangerjaites semblant d'en goûter, afin qu'on croie que vous avez obéi. Voilà un moyen sûr et en même temps fort innocent de vous dérober à la mort. Tandis qu' Eléazar entendait ces perfides sollicitations, mille pensées nobles et encourageantes lui vinrent à son esprit, il se représenta l'honneur de sa vieillesse et ses cheveux blancs, et la vie sage et vertueuse qu'il avait menée depuis son enfance, et la justice et la majesté des

saintes Lois portées par le Ïout-Puissant. Plein de ces grandes idées : Qu'on me conduise au supplice, s*écria-til, il ne convient pas à notre âge de dissimuler et de feindre, ce serait tromper notre jeunesse qui croirait (]u Éléazar, à quatre-vingt-dix ans, est passé de la religion de ses pères aux superstitions des étrangers, et, à cause de ma dissimulation et pour l'amour d'un peu de vie périssable, elle se laisserait séduire; j'attirerais sur mon nom une tache honteuse et j'attacherais à ma vieillesse l'exécration de tous les siècles. D'ailleurs, quand je pourrais m'arracher aux supplices des hommes, puis-je me soustraire pendant ma vie et après ma mort à la main du Tout-Puissant ? Au contraire , en quittant courageusement la vie, je me montrerai digne de mon grand âge, et je laisserai un bel exemple aux jeunes gens.

Ce peu de mots, prononcés avec dignité, furent reçus comme l'expression de l'arrogance et de l'orgueil. Ceux qui le conduisaient redoublèrent de cruauté. Enfin on arrive au lieu du supplice. On dépouille ce vénérable vieillard, on l' étend, on le lie; les bourreaux le frappent sans relâche et sans pitié. Au milieu de tant de douleurs, le martyr s'écrie en gémissant : Vous savez bien. Seigneur, qu'ayant pu éviter une mort si cruelle, j'ai préféré les tourments que j'endure. Vous savez aussi que je les souffre bien volontiers, par lacrainte de vous déplaire . Telles furent les dernières paroles du martyr. Après quoi, laissant dans sa mort un rare exemple de courage et de fidélité, non-seulement à la jeunesse juive, mais

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encore à toute la nation, il alla attendre dans le seiil d'Abraham la récompense de sa foi.

Le bruit de cette mort , bien loin de ralentir le zèle des vrais Israélites, ne servit qu'à l'animer davantage. Le sang d'Eléazar fut une semence de martyrs. Après les combats d'un vieillard magnanime, on vit entrer dans la lice, d'un côté, une mère avec ses sept fils, dans la fleur de la jeunesse; et de l'autre, Antiochus lui-même, avec tout l'appareil des persécuteurs de la foi : digne emploi pour un grand prince d'essayer la dureté de son cœur contre une femme et contre des enfants ! Il se les fait amener et leur commande de manger sur-le-champ et sans répliquer des viandes défendues par la loi. Sur leur refus, il les fait dépouiller devant lui, et ordonne qu'on les déchire de coups de fouets et de nerfs de bœuf. L'aîné des sept frères, sans s'étonner de ce traitement, prend la parole et dit au tyran : Que prétends-tu de nous ? et quelle réponse attends-tu ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de violer les lois que Dieu a données à nos pères.

Cette intrépidité met Antiochus en fureur ; il commande qu'on fasse rougir au feu des poêles et des chaudières d'airain. On s'empresse de lui obéir. Outré de dépit contre l'enfant qui venait de parler , il lui fait couper ja langue, arracher la peau de la tête, couper les extrémités des pieds et des mains, ^n présence de sa mère et de ses frères. Ainsi mutilé, il lui fait appliquer le feu; et après ce cruel essai, il le fait jeter encore tout vivant dans une poêle ardente, où il le voit impitoyablement

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brûler . La mère et les frères de ce premier martyr , au lieu de gémir sur son sort, ne pensaient qu'à s'encourager. Le Seigneur, se disaient-ils, aura égard à la justice de sa cause que nous défendons, il nous consolera suivant ses promesses.

Pendant qu'ils s'encourageaient de la sorte, leur aîné mourut, et n'adoucit pas, par sa mort, la cruauté du tyran. Il attaque le second, et le fait approcher pour l'insulter avec amertume. Ses bourreaux lui arrachent la peau de la tête avec les cheveux, et lui demandent s'il veut obéir, avant qu'ils déchirent tous les membres de son corps. Je n'en ferai rien, répond le jeune mart^T; et on le condamne au même supplice que son frère. N'ayant plus qu'un souftle dévie, il dit au roi avec une force que Dieu seul peut donner : Méchant prince, tu nous tourmentes maintenant, mais le Roi du monde nous rendra la vie avec une gloire éternelle.

Celui-ci étant mort, on passe au troisième. Les bourreaux lui demandent sa langue, ils lui demandent ses mains, sans hésiter il les leur présente.- C'est du Ciel que j'ai reçu ces membres, dit-il avec assurance, je les livre avec plaisir, car mon Dieu saura bien me les rendre. Le tyran et ses bourreaux ne pouvaient revenir de leur surprise en voyant, à cet âge, tant de mépris pour les plus affreux supplices. Cependant, plus enragé que surpris, il continue sa barbare exécution. Le quatrièm-e , le cinquième , le sixième de ces généreux enfants, dignes imitateurs de leurs frères, expirent avec courage dans les mêmes tonrmv?nts.

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