I. IL
Pendant leur martyre, la mère, infiniment au-dessus de tous les éloges, et digne de l'éternel souvenir de tous les gens de bien, voyait, sans s'émouvoir, passer l'un après l'autre ses sept enfants par les plus horribles supplices. Au lieu de leur donner de dangereuses larmes, elle leur prodigua les encouragements les plus propres à assurer leur victoire. Ses inquiétudes, néanmoins, n'étaient pas toutes calmées.
Restait le dernier et le plus jeune . Antiochus essaya de le séduire, lui promettant même avec serment de le rendre riche et heureux, d'en faire son ami. Ces basses flatteries étaient bien malséantes dans la bouche de ce barbare, à l'égard d'un enfant qui venait de voir ses six frères brûlés par ses ordres . Le jeune martyr les paya d'un juste mépris : il ne daigna pas y répondre. Voyant ses promesses inutiles, il fait approcher la mère , et l'engage à sauver son fils de la mort. Elle lui promet d'exhorter son fils. En effet, elle se met à exhorter de toutes ses forces ce reste précieux de son sang, mais d'une manière bien différente de celle dont le roi l'avait entendu. Se moquant du tyran, et se penchant vers son fils, elle lui dit en sa langue, afin de n'être pas entendue d' Antiochus : Mon fils, ayez pitié de moi, qui vous ai porté neuf mois dans mon sein; je vous en conjure, regardez le Ciel et la terre, ce sont les ouvrages du Dieu que vous adorez. Il les a tous créés de rien, aussi bien que les hommes. Que cette vue vous encourage et vous apprenne à ne pas craindre ce cruel bourreau. Dis^ne de vos frères, recevez la mort avec constance,
DE PERSÉVÉRANCE. /j99
afin que je vous retrouve avec eux dans l'éternel repos.
La mère avait à peine achevé, que le courageux enfant s'écrie : Qu'attendez- vous ? je n'obéis pas aux ordres du roi , mais à la Loi que Dieu nous a donnée par Moïse. A ces mots, le tyran ne sepossède plus. Honteux de se voir vaincu par un enfant, il décharge sur cette innocente victime tous les flots de sa rage. Plus que ses frères, le jeune martyr épuise l' industrieuse cruauté des bourreaux ; mais aussi fidèle que ses aînés, il conserve jusqu'à la fin la pureté de sa foi , et sa confiance aux promesses du Tout-Puissant.
La mère, restée seule au milieu des cadavres lacérés de ses enfants, triomphait; elle aussi aspirait au martyre, et attendait une part à la gloire de ses fils. Antiochus, toujours le même, honteux de céder, incapable Je pardonner, ordonna qu'on joignît la mère aux enfants ; après quoi il se retira couvert de confusion et livré au désespoir.
Ainsi fut éteinte dans son propre sang une illustre famille, destinée par le Seigneur à faire connaître aux Gentils les merveilles de sa puissance, afin de les préparer à l'avènement prochain du Messie, et à le réconcilier avec Israël; famille qui, en se dévouant à la mort, s'est plus honorablement conservée dans la mémoire des hommes, que si tous ceux qui la composaient eussent porté des sceptres et des couronnes.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir préparé le monde à l'avènement du Messie par tant de moyens admirables ; donnez-nous la force de tout souffrir plutôt que de perdre votre grâce.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, j'aurai le plus grand respect pour les choses saintes .