ANTIQUITÉ DE LA RELIGION CHRÉTIENNE
Signification du mot Religion. — Religion chrétienne aussi ancienne que rbomme. — Paroles de Bossuet et de saint Augustin. — Sagesse e amour de Dieu dans le développement successif de la Religion.
Touchante vérité ! la Religion tout entière n'est qu'une grande grâce; ses dogmes, ses préceptes , ses sacrements , toutes les cérémonies de son culte , si belles , si variées, sont autant de ruisseaux qui apportent les eaux de cette grande source de grâce à notre esprit, à notre cœur , à tous nos sens. De ce que Notre Seigneur est le principe unique de la grâce, par conséquent, de ce que le salut n'a jamais été possible que par Jésus-Christ, il est évident que la Religion de Jésus-Christ est aussi ancienne que le monde, c'est-à-dire que le Christianisme est une chaîne magnifique dont le dernier anneau est entre nos mains et dont le premier se rattache au trône de l'Eternel; mais d'abord qu'est-ce que la Religion?
Nous avons vu qu'avant son péché, l'homme était uni à Dieu, lui obéissait comme il est juste que la créature obéisse à son Créateur , l'enfant à son père ; il était de plus destiné à un bonheur surnaturel , c'est-à-dire à voir
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Dieu face à face dans le Ciel, après T avoir contemplé, béni , aimé , admiré dans le magnifique miroir des créatures. La faute originelle a brisé cette union et privé l'homme de toutes ses nobles prérogatives. Le Verbe éternel s'est offert pour rétablir cette union, soustraire l'homme au\ châtiments dus à son péché, lui rendre ses biens perdus et former ainsi une nouvelle alliance entre l'homme et Dieu.
Cette nouvelle alliance s'appelle Religion, c'est-àdire second lien, lien nouveau, d'un mot latin qui veut dire relier , lier une seconde fois ' . La Religion est donc ce nouveau lien qui, en vertu des mérites du Rédempteur, unit l'homme à Dieu depuis que le péché originel a rompu le premier lien, la première société qui existait entre l'un et T autre.
Telle est la signification du mot Religion . Considérée
' C'est Texplication de saint Augustin. Religet ergo nos Religio uni omnipolenti Deo. De vera Retig n. 113. Ad unum Deum tendentes, inquara, et ei uni religantes aniu^as nostras., unde religio dicta creditur, omni superstitione careamus. In liis verbis meis ratio quae reddita est , unde sit dicta religio, plus mihi placuit. De Retract, lib. 1. c. xiii. n. 9.
On peut encore donner un autre sens au mot Religion , en sorte qu'il convient également pour exprimer la société de l'homme avec Dieu , soit avant, soit après la cîuUe originelle. La Religion étant une société surnaturelle entre î'honinîe et D'eu, elle est comme un lien nouveau, un lien de plus qui les unit; car entre Dieu créateur et père, et l'homme créature et enfant de Dieu, il existe une union naturelle, nécessaire. A cette union, Dieu en a gratuitement ajouté une autre plus parfaite, dont le but est pour rhorame le bonheur parfait, c'est-à-dire la vue immédiate de Dieu dans le Ciel. Cette nouvelle union fut réalisée au moment même de la création de l'homme ; car l'homme fut créé dans un état de grâce et de uslice surnaturelle. Cette union surnaturelle et gratuite est parfaitement appelée Religion, c'est-à-dire lien de plus, lien nouveau, lieu par excellence.
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on elle-môme, la Religion cest la société de l homme avec Dieu: ou bien, cest V ensemble des rapports qui existent entre l'homme et Dieu. Ces rapports, dérivés de la nature de Dieu et de la nature de T homme, sont fondés d'une part sur la supériorité de Dieu à l'égard de l'homme, sur sa vérité, sa sagesse, sa bonté, sa justice infinie ; de la part de 1" homme , sur son infériorité à l'égard de Dieu, sur son ignorance , sur sa faiblesse, sur son indigence absolue. Ainsi , la Religion est immuable; r homme ne peut pas plus la changer qu'il ne peut changer sa nature ou celle de Dieu : il ne peut pas plus se soustraire à la Religion qu'il ne peut faire que Dieu ne soit pas son Supérieur, son Créateur, son Père, et lui son inférieur, sa créature, son enfant. La manifestation de ces rapports consiste, de la part de Dieu, dans les vérités qu'il révèle, dans les devoirs qu'il impose à l'homme et qui sont les lois et les conditions de sa société avec lui ; de la part de Thomme, cette manifestation consiste dans l'accomplissement des devoirs qu'il doit rempHr envers Dieu, envers lui-même et envers ses semblables. Telle est la nature de cette noble et nécessaire et immuable société. Ses moyens sont les secours ou les grâces que Dieu donne à 1" homme, et la coopération que l'homme, aidé de Dieu, donne à la grâce. Son but, c'est, pour Dieu, la gloire; pour l'homme, le bonheur, c'est-à-dire l'entière satisfaction de toutes ses facultés . Sa sanction sont les peines et les récompenses éternelles.
Le trait suivant explique la nature et prouve très-
bien la nécessité de la Religion . Une femme du monde qui, comme bien d autres, ne savait pas trop ce que c'est que la Religion, et même n'en tenait pas grand compte, se plaignait vivement de S3 fille devant un missionnaire. — Mais Madame, lui dit le missionnaire, est-ce qu il y a des rapports entre une mère et sa fille, en sorte qu'une fille soit obligée de respecter sa mère et de lui obéir ? — Comment, Monsieur, est-ce que je ne suis pas sa mère? quel que soit son âge , n'est-elle pas ma fille ? n'est-ce pas de moi qu elle tient tout? n'est-elle pas toujours obligée de me respecter et de m' aimer? — Mais, Madame, ces rapports de supériorité de votre part et de dépendance de la part de votre fille , ne sont peut-être que des choses de convention qui peuvent changer? — Changer î Monsieur, mais faites donc que je ne sois pas sa mère et qu'elle ne soit pas ma fille : les droits d'une mère sont immuables parce qu ils sont fondés sur sa qualité de mère . — Vous croyez donc bien , Madame, qu entre vous et votre fille il y a des rapports nécessaires; que vous avez le droit de lui commander ; qu'elle est obligée de vous obéir, de vous respecter , de vous aimer ; que si elle y manque, elle est coupable; que ce n'est pas ici une affaire de convention, mais une chose immuable, sacrée, fondée sur votre titre de mère et sur sa qualité de fille ; vous le croyez bien ? — Si je le crois ! —Eh bien! madame, changez les noms, à votre place mettez Dieu, à la place de votre fille mettez-vous vous-même, et vous avez IdiRehgion.
Nous avons vu plus haut qu il n'y avait que Jésus- Christ ou un Homme-Dieu qui pût, après le péché ori-
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ginel, réunir dans une sociélé surnaturelle , le Créateur et la créature'. De là, il résulte évidemment qu'il ne peut y avoir qu'une seule Religion, la Religion de Jésus- Christ ; par conséquent que la Religion chrétienne est aussi ancienne que le monde.
Il est vrai, les lois de cette admirable société n'ont pas toujours été aussi clairement connues , c'est-à-dire la Religion n'a pas toujours été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui ; mais pour cela elle n'a pas cessé d'être toujours la même. Elle a eu pour ainsi dire ses différents âges, son enfance, depuis Adam jusqu'à Moïse; son adolescence , depuis Moïse jusqu'à la venue du Messie ; son âge parfait , depuis la venue du Messie jusqu'à la fin des siècles. Mais pour cela, elle n'a pas cessé d'être la même Religion.
' Daos cet endroit comme dans l'Introduction, comme dans la leçon xxi de la première partie et ailleurs, nous prenons le plan divin tel qu'il est , non tel qu'il aurait pn être , nous raisonnons d'après Tordre de choses que Dieu a réalisé. Or, cet ordre de choses consiste , 1" dans la création de l'homme dans un état surnaturel; 2" dans la volonté de Dieu de réparer la chute de l'homme , et d'exiger une satisfaction parfaite du péché : ces deux choses supposées, nous disons que l'Incarnation devait avoir lieu. Nous savons cependant que Benoît XIV permet de soutenir l'opinion que l'Incarnation aurait eu lieu dans la supposition même de la grâce conservée. Pour nous, en parlant de l'Incarnation, nous ne raisonnons pas, et nous prions de le remarquer, d'après la supposition de tel ou toi état possible, mais d'après l'état réel de l'homme, ni ne prétendons enchaîner la volonté de Dieu en Ini imposant une nécessité incompatible avec sa parfaite liberté. Aussi, nous adoptons volontiers la conclusion suivante de saint Thomas :
Poluit Deus ex infinitate suse divinse potenliae, alio quam Incarnationis opère humanum geuus reparare; sed ut homo faciliùs et meliùs suam consequerelur salutem, lioc ncccssarium fuit ul Verbum ejus caro fieret, 2. p, q. 1. art. H.
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Semblable à Thomme qui est d'abord enfant, ensuite adolescent, puis homme fait ; et qui , en passant par ces différents âges, ne cesse pas d'être le môme homme; semblable encore au soleil qui, d'abord à son aurore, puis à son lever, enfin à son midi, répand des lumières de plus en plus éclatantes, et qui n'en est pas moins toujours le même soleil : la Religion, dit Bossuet, a toujours été la même .
Placé entre les deux Testaments, Jésus-Christ a été le centre de l'un et de l'autre; Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera aux siècles des siècles. La Religion dont il est le grand objet a été sous la Loi, ensuite sous l'Evangile et elle subsistera dans toute l'éternité où Jésus-Christ , réuni à ses élus , assujettira toutes choses à son Père, et sera avec lui , loué, adoré et glorifié à jamais. Ainsi, c'est par Jésus-Christ et pour Jésus- Christ que tous les siècles ont été faits ; ceux de la Loi ancienne pour disposer à ceux de la Loi de grâce, jusquà ce que ces derniers aillent se perdre dans l'éternité de la gloire.
Il suit de là que l'Ancien et le Nouveau Testament ont tous deux le même dessein et la même suite ; l'un prépare la perfection que l'autre montre à découvert, l'un pose le fondement et l'autre achève l'édifice ; en un mot, l'un prédit ce que l'autre fait voir accompli.
Tous les temps sont unis; la tradition du peuple juif et celle du peuple chrétien ne font ensemble qu'une même suite de Religion , et les Ecritures des deux Testaments ne font ensemble qu'un même corps et im
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môme livre. Notre foi est donc la foi des Prophètes. Les dogmes qui en sont l'objet non-seulement ont été figurés dans les anciennes Ecritures, mais encore ces Ecritures en contiennent des promesses très-expresses. C'est donc ne pas connaître le Christianisme que de le regarder comme une Religion nouvelle, dans ce sens qu'il n'a aucune racine dans les siècles antérieurs au Messie.
La Religion que nous professons a toujours subsisté, puisque dès la naissance du monde l'attente de Jésus- Christ en a toujours été lame. Une même lumière, dit encore le grand Bossuet, paraît partout dès l'origine du monde; elle se lève sous les Patriarches, elle s'accroît sous Mo'ise et sous les Prophètes. Jésus -Christ, plus grand que les Patriarches , plus autorisé que Mo'ise et plus éclairé que les Prophètes , la fait briller à nos yeux dans sa plénitude . Jésus-Christ rapproche tous les temps, il est le rentre auquel viennent aboutir toutes choses, la Loi, les Prophètes, l'Evangile et les Apôtres''. La foi en Jésus-Christ a été la foi de tous les siècles . Dès la naissance du monde, le fidèle a dû croire en Jésus-Christ prorais, comme le Chrétien doit croire en Jésus-Christ venu .
En un mot, les anciens Patriarches n'avaient point une autre religion que la nôtre, puisqu'ils s'appuyaient sur les mêmes promesses, puisqu'ils soupiraient après la venue du même Sauveur que nous avons reçu. C'étaient des hommes évangéliques avant l'Evangile, des Chrétiens en esprit avant qu'ils en portassent le nom.
Ainsi, ceux d'entre les Juifs qui reconnurent Jésus- Christ pour le Messie, ne changèrent point de religion
CD devenant Chrétiens ' , ils ne firent que croire à la venue de celui qu'ils attendaient et dont la promesse avait été jusque-là l'objet de leur foi. Ce furent au contraire ceux qui le méconnurent qui changèrent alors véritablement de religion, puisqu'ils renoncèrent à la loi de Moïse qui ordonnait de le recevoir et de l'écouter, aux oracles des Prophètes qui l'avaient clairement désigné; en un mot, à l'ancienne espérance d'Israël.
Quoique les temps aient changé, dit saint Augustin, quoiqu'on ait annoncé autrefois comme futur le mystère de la Rédemption qui est maintenant prêché comme accompli, la foi n'a pas changé pour cela. Quoique avant la venue du Messie , la vraie religion ait été pratiquée sous d'autres noms et par d'autres signes que depuis sa venue , quoiqu'elle ait été alors proposée d'une manière plus voilée et qu'elle soit mainteniant exposée avec plus de clarté , il n'y a cependant jamais eu qu'une seule religion qui a toujours été la môme . Celle qu' on appelle aujourd'hui la Religion chrétienne était chez les anciens et n'a jamais cessé de subsister dans le monde, depuis le commencement du genre humain jusqu'à l'Incarnation de Jésus-Christ, qui est le temps où la vraie Religion a commencé de porter le nom de chrétienne \
Combien une si haute antiquité ne rend-elle pas la Religion vénérable 1 quel témoignage n'est-ce pas de la
I Comme les Protestants qui se font Catholiques ne changent point de religion , mais complètent la leur en admettant franchement les conséquences des vérités qu'ils reconnaissent.
-> Lib, 1. de Re tract, c. 13,
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divinité de son origine de la voir commencer avec le monde! Mais si, à cet égard, elle mérite tout notre respect, la perpétuité de cette Religion, c'est-à-dire sa suite continuée sans interruption durant tant de siècles , malgré tant d'obstacles survenus, ne fait-elle pas voir manifestement que Dieu la soutient ? Si , à cette première suite de la Religion avant Jésus-Christ, on joint une autre suite qui n'est en effet qu'une continuation de celle-là, je veux dire la suite de l'Eglise chrétienne, quelle autorité ne donne pas à la Religion une durée qui embrasse toute l'étendue des siècles ! Peut-on ne pas y voir un dessein toujours soutenu et progressivement développé, un même ordre des conseils de Dieu qui prépare, dès le commencement du monde, ce qu'il achève à la fin des temps et qui, sous divers états, mais avec une succession toujours constante, perpétue aux yeux de l'univers la sainte société où il veut être servi ' ?
Certainement une Religion qui remonte jusqu'au premier homme et qui a traversé sans altération l'immense espace des siècles, qui rend compte de tout et sans laquelle on ne saurait rendre compte de rien , ne peut avoir pour auteur que la sagesse infinie, et pour appui que la puissance même de celui qui, tenant tout en sa main, a pu seul commencer et conduire un dessein où tous les temps sont compris.
Quelle preuve plus éclatante de cette consolante vérité, objet de toutes nos instructions ! savoir que le salut de l'homme a été depuis l'origine des temps,
* Hist, abrégée de la Relig.
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l'unique pensée de Dieu, le but de tous ses conseils, îà fin de ce monde et de tous les événements !
Oui, et c'est la vérité capitale sur laquelle nous ne saurions trop insister; oui, l'unique pensée de Dieu^ depuis la chute originelle, fut de la réparer. Donner au monde un l^édempteur, fut le but unique de tous ses desseins jusqu'à la venue du Messie; comme depuis la venue du Messie, le but unique de tous ses desseins est de maintenir sur la terre l'œuvre de la Rédemption et d'en étendre les bienfaits à tous les peuples, à tous les individus .
En une seule parole : sauver tous les hommes par Jésus-Christ, voilà le dernier mot de toutes choses, l'explication de tout ce que Dieu a fait depuis le commencement du monde, et de tout ce qu'il fera jusqu'à la consommation des siècles.
Glorifier dans le Ciel avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ tous les hommes qui auront profité de la Rédemption, tel sera le but de l'éternité.
Il est donc vrai, mille fois plus vrai que nous ne saurions le dire ou le comprendre : Dieu est charité. II est donc vrai que la grande, la seule instruction qui doive résulter de tout l'exposé de la Religion , est celle-ci : Dieu aimant les hommes; Dieu faisant toutes choses pour tém>oigner son amour aux hommes en réparant le mal quils se sont fait à eux-mêmes par le péché , et leur rendant avec usure tous les biens quils ont perdus.
Puisque l'unique pensée de Dieu a été de sauver l'homme, on peut demander pourquoi il n'a pas en-
voyé le Sauveur aussitôt après sa chute? Ce délai même est une preuve admirable de son amour pour nous. En effet, il fallait que l'homme fît une longue expérience de sa misère, afin qu'il sentît mieux la nécessite et le prix du remède. Il fallait que l'homme fût long-temps et profondément humilié pour être guéri de l'orgueil, principe de sa chute; il fallait que l'homme désirât plus ardemment le Messie, afin d'être mieux disposé à profiter de ses exemples et de ses leçons ; il fallait enfin que l'homme connût bien que Dieu seul pouvait le sauver, puisque tous les efforts des philosophes et des sages de la terre n'avaient pu le tirer du double abîme de l'ignorance et de la corruption où il s'était précipité. Du reste, depuis linstant de sa chute, 1 homme ressentit les bienfaits de l'Incarnation future et il put en profiter.
Quant aux raisons prises du côté de Dieu pour expliquer le délai du Rédempteur, voici la principale: Dieu voulait pendant ce long intervalle de quatre mille ans , faire prédire le grand événement de la venue du Messie , avec toutes ses circonstances ; lui imprimer avec tant d'éclat le sceau de la divinité, qu'il fût impossible de ne pas reconnaître en Jésus-Christ le Libérateur du genre humain.
Dans cette vue, tous les mystères du Rédempteur, toute l'économie de notre salut qui en est le fruit, ont été promis, figurés y prédits , préparés par une multitude d'événements et de signes, un grand nombre de siècles avant l'accomplissement, avec le deiiré de lumière
qui convenait à chaque âge. En cela Dieu agit comme un Père rempli de sollicitude et de tendresse.
De peur que l'homme accablé sous le poids de ses maux ne tombe dans le désespoir, il ne cesse de faire retentir aux oreilles de cet enfant chéri , de présenter à ses yeux mouillés de larmes la consolante promesse d'un Libérateur. Par là, ô mon Dieu! vous satisfaisiez encore aux besoins de votre cœur paternel. Dieu ne punit qu'à regret : or, il voyait nos parents et leur triste postérité; il voyait ces belles créatures qu'il avait tant aimées, privées de leur innocence et de leur bonheur ; ces rois de l'univers, déchus et condamnés à de rudes travaux comme les plus vils esclaves, traînant vers le tombeau une longue chaîne d'infirmités et de douleurs, et son cœur paternel ne put tenir au spectacle de tant d'infortunes, quelque méritées qu'elles fussent d'ailleurs.
Et voilà qu'il multiplie les figures, les promesses, les prédictions du grand Libérateur. Courage, disait-il en quelque sorte, par chaque promesse, par chaque figure, aux générations qui venaient accomplir sur la terre leur douloureuse épreuve, vos maux finiront; je suis votre Père, vous êtes toujours mes enfants ; un jour le bonheur redeviendra votre partage. Et ces figures, et ces promesses, et ces prophéties du Libérateur, il les sema, pour ainsi dire, sur les pas de l'homme exilé, comme depuis, l'Eglise a planté la Croix, souvenir touchant du Libérateur, sur les chemins, sur les places publiques, dans les déserts, au sommet des montagnes et sur le faîte des édifices, afin que l'homme, de quelque côté qu'ii
portât ses regards, aperçût le signe d'espérance. Cest ainsi que Dieu n'a cessé et ne cesse encore de rappeler à l'homme tombé le Rédempteur qui le replacera sur le trône primitif.
Un autre trait non moins admirable de la bonté de Dieu pour l'homme, c'est qu'il ne lui a fait connaître que peu à peu et trait par trait le Sauveur qu'il lui réservait. La sagesse divine se proportionnait ainsi à la faiblesse humaine. Dans Tordre de la grâce comme dans l'ordre de la nature , tout se fait doucement et par degrés. Jésus-Christ est le soleil du monde spirituel. Or, le soleil ne paraît pas tout d'un coup sur l'horizon avec tout l'éclat de ses feux étincelants. Il est précédé par les douces et tendres clartés de l'aube. Viennent ensuite les rayons dorés et plus vifs de l'aurore. Cette succession graduée de lumière prépare nos yeux à soutenir l'éblouissant éclat du soleil.
Il en a été de même dans le monde spirituel . Au commencement les hommes étaient comme des personnes à leur réveil, un trop grand jour les eût offusqués ' . Dieu ménage leurs faibles yeux ; il ne laisse paraître d'abord que les tendres blancheurs de l'aube, c'est-àdire qu'il ne donne du grand mystère de la Rédemption que les connaissances dont les hommes sont capables.
' Notre Seigneur lui-même, venu pour dissiper toutes les ombres, se conforme à cette loi ; il ne révèle que par degrés, à ses Apôtres, les vérités dont il veut les instruire ; et s'il en agit de la sorte , c'est qu'il veut se proportionner à leur faiblesse, ne les trouvant pas capables de lumières plus vives : J'ai encore, leur dit-il, bien des choses à vous apprendre ^ mais vous n'êtes pas capables maintenant de les pointer, — Joan. xvi. 12.
II en est ainsi depuis Adam jusqu'à Moïse; c'est la Religion sous les Patriarches , ou la loi de nature ; loi simple dans ses dogmes , dans sa morale et dans son culte : c'est l'esquisse du tableau.
Vient ensuite l'éclat plus vif de l'aurore; c'est la Religion depuis Moïse jusqu'au Messie, ou la Religion sous là loi. Plus développée dans ses dogmes et dans ses préceptes, environnée d'un culte plus majestueux et plus compliqué, elle donne aux hommes une connaissance plus claire du Libérateur : c'est le croquis du tableau.
Enfin , dans la plénitude des temps , lorsque les hommes sont assez préparés pour soutenir la manifestation éclatante du grand mystère de la Rédemption, Dieu fait paraître le soleil lui-même. Notre Seigneur Jésus-Christ, environné de toute la splendeur du plus beau jour : c'est la perfection du tableau.
Que dirai-je encore, ô mon Dieu î de votre admirable sagesse ? Par toutes ces préparations si bien suivies et si analogues à la faiblesse de l'homme, vous vous montrez semblable à une tendre mère qui ne donne pas d'abord à son enfant nouveau-né les aliments solides des hommes faits, mais proportionne la nourriture à l'âge et aux forces de son tils .
PRIÈRE
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je commence à comprendre ce nom que vous vous donnez à vous-même : Dieu esl charité. Oui, vous êtes charité, puisque votre unique pensée, depuis le commencement jusqu'à la fin
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du monde, est de nous faire du bien. Puisque vous maimez tant et toujours, n est-il pas bien juste que je vous aime jusqu'à mon dernier soupir?
Je prends la résolution daimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai souvent des oraisons jaculatoires .