‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religionChapitre 5 sur 48 · PETIT CATEGHIS31E. ANTIQUITÉ DE LA RELIGION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

PETIT CATEGHIS31E. ANTIQUITÉ DE LA RELIGION CHRÉTIENNE

Q. Qu est-ce que la Religion?

R. La Religion est la société de 1 homme avec Dieu. Cette société est aussi nécessaire que celle qui existe entre un père et son fils, entre une mère et sa fille. Le mot Religion veut dire second lien, nouveau lien. La Religion est donc la nouvelle alliance que Jésus- Christ a formée entre 1 homme et Dieu. Avant le péché, l'homme était uni à Dieu; le péché brisa cette union. Notre Seigneur, en s' offrant à son Père pour être notre victime, Ta rétablie. Cette nouvelle union de r homme avec Dieu s'appelle Religion.

Q. Peut-il y avoir une autre religion que la Religion de Jésus-Christ ?

R. Non , il ne peut y avoir d autre religion que la Religion de Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ seul étant Dieu et homme tout ensemble, a pu expier le péché et

combler la distance infinie que le péché avait établie entre l'homme et Dieu. Ainsi la Religion de Jésus- Christ ou la Religion chrétienne est la seule véritable, et elle est aussi ancienne que le monde.

Q. Montrez-nous que la Religion chrétienne est aussi ancienne que le monde ?

iî. La Religion chrétienne est aussi ancienne que le monde, puisqu elle remonte jusqu au jour où Jésus-Christ s'offrit à son Père pour racheter l'homme, et qu'elle a toujours eu pour objet de sa foi et de son espérance, le même Médiateur et les mêmes récompenses.

Q. La Religion a-t-elle toujours été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui ?

R. Non, la Religion chrétienne n'a pas toujours été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui. Semblable à l'homme pour qui elle est établie, elle a eu ses différents âges : son enfance depuis Adam à Moïse , son adolescence depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ, son âge parfait depuis Jésus-Christ jusqu'à la fin du monde. Pour cela elle n'a pas cessé d'être la môme, comme l'homme en passant par ses différents âges, ne cesse pas d'être le même homme .

Q. Quelle différence y a-t-il entre les fidèles qui ont précédé la venue du Messie et ceux qui l'ont suivie.

R. La différence, c'est que les anciens justes croyaient en Jésus-Christ promis , tandis que nous croyons en Jésus-Christ venu. Notre foi, notre espérance, notre Religion est la même que celle des Patriarches et des Prophètes .

Q. Pourquoi Dieu a-t-il fait attendre si long-temps le Messie ?

R. Dieu a fait attendre si long-temps le Messie, i° afm que r homme connût par une longue expérience de ses misères le besoin qu'il avait d'un Rédempteur, et qu il le désirât pins ardemment ; 2° afm qu'il ne pût méconnaître Jésus-Christ pour le Messie, en voyant que toutes les figures, toutes les promesses, toutes les prophéties, venaient s'accomplir et se vérifier en lui.

Q. Quel a été l'objet de toutes les pensées de Dieu depuis le péché originel ?

R. L'objet de toutes les pensées de Dieu, depuis le péché originel, a été de sauver l'homme. Avant la venue du Messie, tous ses desseins ont pour but de préparer la Rédemption , et depuis, de la maintenir et de l'étendre à tous les hommes. Le fruit que nous devons retirer de là, c'est d'aimer Dieu constamment et uniquement.

Q. Pourquoi Dieu n a-t-il fait connaître que par degrés le mystère de la Rédemption ?

R. Dieu n'a fait connaître que par degrés le mystère de la Rédemption , pour ménager la faiblesse de l' homme . Il fallait qu'une foule de miracles le disposassent à croire le plus grand de tous.

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je commence à comprendre ce nom que vous vous donnez à vousmême : Dieu est charité . Oui , vous êtes charité, puisque votre unique pensée, depuis le commencement du monde

lld CATÉCHISME

jusqu'à la fin est de nous faire du bien. Puisque vous nous aimez tant et toujours, n'est-il pas bien juste que je vous aime de tout mon cœur et jusqu à mon dernier soupir?

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai souvent des or aùons jaculatoires .

XXP LEÇON.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ

Première promesse. — Première et deuxième flgures du Messie. — Vérité des figures. — Autorité des écrivains sacrés du Nouveau Testament. — De la tradition. — Témoignage de saint Augustin , d'Eusèbe de Césarée. Conformité des figures avec Notre Seigneur. — Elles conviennent à lui et à lui seul. -- Première promesse faite à Adam dans le Paradis terrestre. — Patriarches. — Leur nombre. — Leur vie. — Adam première figure du Messie. — Abel deuxième figure du Messie.

Il était décidé dans les conseils de la sagesse éternelle que le Messie ne viendra pas immédiatement après le péché originel. Cherchons dès-lors ce que Dieu devait à sa bonté pour l'homme, afin de le consoler d'une attente de quatre mille ans.

Or, on conçoit sans peine que Dieu devait 1" promettre à l'homme ce Rédempteur ; â"* lui en donner le signalement afin qu'il pût le reconnaître quand il viendrait et s'attacher à lui ; 3° préparer le monde à sa réception et à rétablissement de son règne.

Voilà aussi ce que Dieu a fait d'une manière digne de son infinie bonté et de sa profonde sagesse. Donnons une idée de ce plan divin que nous allons développer dans cette première partie du Catéchisme.

1" Le Messie promis. Pour fermer le cœur de r homme au désespoir et lui faire prendre patience durant

quarante siècles, Dieu s'empresse de lui promettre un Rédempteur .

Le Roi de la création n'est pas plutôt tombé du trône, qu'une première promesse fait briller à ses yeux mouillés de larmes un rayon d'espérance : De la femme naîtra un fils qui écrasera la tête du serpent . Adam comprit celte mystérieuse parole, et la transmit fidèlement à ses enfants. Pendant deux mille ans, cette première promesse fut Tunique espoir du genre humain. Quoique bien vague, elle suffit pour soutenir le courage des justes d'alors et rendre leurs œuvres méritoires.

La seconde promesse détermine la première. Faite à Abraham , elle nous fixe exclusivement sur la postérité du saint Patriarche. A mesure que les siècles se déroulent et que l'homme devient capable de connaissances plus claires, les promesses se succèdent de plus en plus précises. Il est admirable de suivre cette longue chaîne de promesses divines qui, se développant mutuellement, nous conduisent de degré en degré, de la généralité des nations à un peuple particuher, de ce peuple à une de ses tribus, de cette tribu à une famille. Arrivé là, Dieu s'arrête; là finissent les promesses, mais là ne finissent pas nos incertitudes .

Il est vrai, l'homme est assuré d'avoir un Rédempteur, et que ce Rédempteur sortira de la famille dé David. Mais dans cette famille de David qui doit exister sans se confondre avec aucune autre jusqu'à la ruine de Jérusalem et de la nation, c'est-à-dire pendant l'espace de plus de mille ans, il y aura bien des enfants. Si

DE PERSÉVÉRANCE. ZjS

donc de nouvelles lumières ne viennent nous éclairer, il nous sera impossible de reconnaître parmi tant d'autres ce rejeton de David qui doit sauver le monde. Et voilà le genre humain exposé ou à repousser son Rédempteur lorsqu'il viendra lui tendre la main pour le relever de sa chute, ou à s'attacher au premier imposteur de la race de David qui se dira le Messie. La difficulté est sérieuse. Cependant rassurons-nous, Dieu Ta prévue. Il nous donnera le signalement de ce fils de David auquel le monde devra son salut.

2° Le Messie signalé. Il commence par ébaucher dans les figures le signalement du Libérateur. Pendant trois mille ans, c'est-à-dire depuis Adam jusqu'à Jonas, paraissent une longue suite de grands personnages qui , tous, représentent le Messie dans quelques circonstances de sa naissance, de sa mort, de sa résurrection et de son triomphe. Dieu ménage mille événements, il établit une grande variété de cérémonies et de sacrifices, qui sont comme autant de traits épars, dont la réunion compose le signalement ébauché du Désiré des nations. Parmi toutes ces figures, la plus significative, c'étaient les sacrifices. Chaque jour le sang des victimes, l'immolation perpétuelle de l'agneau, dans le Temple de Jérusalem, rappelait sans cesse au peuple juif la Victime future dont le sacrifice devait remplacer tous les autres, et auxquels il donnait d'avance tout leur mérite : figure permanente dont le peuple entier avait l'intelligence '.

' Quorum quidem sacrificiorum significationem explicite majores (les plus éclairés j cognoscebant ; minores autera fies moins éclairés; c'est

àU CATÉCHISME

Toutefois, il faut en convenir, ces différents traits ne suffisent pas : 1 esquisse n'est pas le portrait, et c'est le portrait qu'il nous faut. Epars çà et là, et voilés fl' ombres plus ou moins épaisses, ces rayons de lumière ne forment qu'un demi -jour, et ne donnent qu'une connaissance encore vague du Libérateur futur. Aussi n'est-ce là, disons-nous, que l'ébauche de son signalement. Or, Dieu veut que ce signalement soit tellement clair, tellement caractéristique, tellement circonstancié, qu'il soit impossible à l'homme, à moins d'un aveuglement volontaire, de s'y tromper et de méconnaître son Rédempteur.

Le voici donc qui va dissiper toutes les ombres, finir tous les traits et fixer toutes les incertitudes. Pour cela, que fait-il?

Dans son infinie sagesse, il suscite les Prophètes. Associant leur intelligence à son intelligence infinie, il leur communique les secrets de l'avenir. Devant leurs yeux il place le Désiré des nations, et leur ordonne de le dépeindre avec tant de précision , que rien ne soit plus facile que de distinguer, entre tous les autres, ce fils de David qui sauvera le monde. Qu'est-ce donc que les prophéties? C'est le signalement complet du Rédempteur promis dès l'origine des temps, et figuré sous mille traits divers.

le sens que saint Thomas lui même donne à ce mot, ai f iv.) sub velaminc illorumsacrificiorum crcdenles ea divinitùs esse disposita, de Chrislo vcnt uro quodammodo liabebanl velatam cognitionem.

D. Th. 2. r/. 2. arl. vu.

Ce signalement à la main, nous cherchons parmi tous les enfants de David, qui ont vécu avant la ruine du second Temple dans lequel, suivant les Prophètes euxmêmes, le Messie doit entrer, celui auquel il convient exclusivement et de tout point. Notre recherche n'est ni longue ni difficile Semblable au navigateur qui, apercevant le rivage désiré , répète avec enthousiasme : Terre ! terre ! bientôt nous tombons à genoux, et dans les plus vifs sentiments de l'admiration, du respect et de l'amour , notre bouche proclame l'adorable nom de l'enfant de Bethléem.

S'' Le Messie préparé. Dieu vient d'employer plus de deux cents ans à donner, par l'organe des Prophètes, le signalement complet du Messie. Le lieu de sa naissance, le temps de sa venue, tout le détail de ses actions est prédit. Que reste-t-il? le voici : Lorsqu'un grand roi, tendrement aimé de son peuple, et impatiemment attendu, doit faire son entrée dans la capitale de son royaume, oji s'empresse de lui aplanir les voies, on lui ouvre toutes les portes , on prépare tous les esprits à le recevoir.

Ainsi, le Verbe éternel, le Roi immortel des siècles, le Désiré des Nations , devant bientôt faire son entrée dans le monde, Dieu son Père lui aplanit toutes les voies, lui ouvre toutes les portes, prépare les esprits à le recevoir, et fait concourir tous les événements à l'établissement de son règne éternel. Préparation étonnante de grandeur et de majesté qui commence à être seosible à la vocation d'Abraham, mais qui

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devient évidente cinq cents ans avant l'arrivée du grand Roi !

Ici nous développons le plan divin en montrant, appuyé sur les Prophètes, que tous les événements politiques antérieurs au Messie , et surtout les quatre grands empires qui , suivant Daniel , devaient précéder sa venue , concourent , chacun à sa manière , à préparer le règne de ce Désiré des nations, par qui et pour qui tout a été fait.

Si Ton considère que ces quatre 'grandes monarchies ne se sont élevées que dans une longue suite de siècles, qu'elles ont été préparées par cette foule d'événements, de guerres, de victoires, d'alliances, dont l'Orient et l'Occident furent le théâtre depuis la plus haute antiquité, enfin qu elles ne se sont développées qu'en absorbant tous les autres empires , on voit clairement que ces grandes monarchies ont porté le monde entier aux pieds de Jésus-Christ : comme ces larges fleuves qui portent à l'Océan non-seulement les eaux de leur source, mais encore celles de toutes les rivières devenues .leurs tributaires.

C'est ainsi que l'histoire sacrée et l'histoire profane se réunissent pour vérifier d'une manière palpable cette sublime parole que Jésus-Christ est l'héritier de toutes choses ; que tous les siècles se rapportent à lui ', et que non-seulement la nation juive, mais encore toutes les nations du globe étaient grosses de lui'.

' Hebr. 1. 2.

^ Tota lex gravida eral Christo. — Saint Jérôme tient le même langage. Voici ses remarquables paroles : Toute l'économie du monde visible ou

DE PERSÉVÉRANCE. l\l

Sur l'autorité des Prophètes, nous faisons voir que le premier des quatre grands empires prédits par Daniel, celui des Assyriens ou de Babylone, chargé de punir le peuple choisi toutes les fois qu'il tombait dans l'idolâtrie, avait pour but providentiel de forcer les Juifs à conserver intact le dépôt sacré de la promesse du Libérateur, son souvenir et son culte parfait ;

Que le second, celui des Perses, avait pour but de ménager la naissance du Messie dans la Judée, et d'opérer l'accomplissement des prophéties suivant lesquelles il devait être connu pour fils de David et entrer dans le second Temple ;

Que le troisième, celui des Grecs, avait pour but de préparer les esprits au règne du Messie et d'en faciliter rétablissement, soit en rendant vulgaire, du couchant à l'aurore, la langue grecque dans laquelle l'Evangile devrait être annoncé, soit en attirant les Juifs dans toutes les parties du monde, soit en faisant connaître universellement les livres saints par la traduction d'Alexandrie , et les mettant à l'abri des altérations judaïques ;

Enfin, que le quatrième, celui des Romains, avait pour but V d'aplanir toutes les voies à la prédication de l'Evangile, en renversant toutes les barrières qui séparaient encore les peuples divers, en nivelant le sol et pavant de grandes et larges routes d'un bout du

invisible, soit avant, soit depuis la création, se rapportait à ravènement de Jésus-Christ sur la terre. La Crois de Jésus-Christ, voilà le centre auquel tout vient aboutir, le sommaire de toute l'histoire du monde, -^Comment, sur les épîtres de saint Paul,

monde à l'autre; 2° d'accomplir la célèbre prophétie de Jacob mourant, et de mettre ainsi la dernière main à la préparation évangélique en faisant naître le Christ à Bethléem .

Admirable philosophie î qui résume en trois mots l'histoire universelle de quarante siècles : Tout pour le Christ, le Christ pour l'homme, l'homme pour Dieu. Tel est le plan que nous allons développer.

Or, nous avons vu, dans la leçon précédente, qu'en différant la venue du Messie sur la terre, Dieu voulait se ménager le temps d'annoncer, de représenter, de faire prédire en détail et dans leurs plus petites circonstances, les caractères, la naissance, la vie, les actions, la mort de ce divin Libérateur, afin que lorsqu'il viendrait, il apparût comme le terme auquel se rapportaient toutes les promesses, toutes les figures, toutes les prophéties, tous les événements antérieurs, de telle sorte qu'il fût impossible, à moins d'un aveuglemeut volontaire, de ne pas le reconnaître pour le Désiré des nations , pour le Messie tant de fois annoncé et si impatiemment attendu.

Nous avons vu encore que Dieu voulait nous apprendre par là que le but unique de toutes ses pensées, depuis le commencement du monde, avait été le salut de r homme.

Entrons maintenant avec un profond respect dans le sanctuaire des conseils de Dieu, et développons cette suite non interrompue de promesses , de figures , de prophéties et de préparations qui vont nous canduire pas à pas durant le long espace de quatre mille ans, c'est-à-

dire depuis le commencement du monde jusqu'au grand événement de l'Incarnation du Verbe.

Mais d'abord , comment savons-nous que les Patriarches et les hommes extraordinaires que Dieu suscitait de loin en loin chez le peuple juif, que les sacrifices, les divers événements et mille autres circonstances de la vie de ce peuple, étaient autant de figures du Messie?

Nous le savons 1° par l'autorité des écrivains sacrés du Nouveau Testament. Outre un grand nombre de témoignages formels de Notre Seigneur lui-même et des Evangélistes qui montrent que tout l'Ancien Testament était la figure de Jésus-Christ et de l'Eglise, saint Paul dit en propres termes que tout ce qui est arrivé chez les Juifs est la figure de ce qui s'accoiiiplit chez les Chrétiens ' .

2" Par l'autorité de la tradition. Les Saints Pères sont unanimes à regarder Jésus-Christ et l'Eglise comme le grand objet voilé sous les ombres de l'Ancien Testament. Pour eux, l'Ancien Testament estlaTose en bouton , le Nouveau c'est la rose épanouie . Saint Augustin s'exprime ainsi : Tout l'Ancien Testament est caché dans le Nouveau : les Patriarches, leurs alliances, leurs paroles, leurs actions, leurs enfants, leur vie tout entière, étaient une prophétie continuelle de Jésus-Christ et de l'Eglise ; toute la nation juive, son gouvernement

' Haec autem omnia in figura facta sunt nostri. 1 . Cor. x — 1 — 6 — Haec autem omnia in figura contingebant illis id. id. 11. — Comme il serait trop long de rapporter les passages des auteurs inspirés, voyez la Bible de Vence, préface générale sur l'Ancien Testament, t. i. 248.

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