UNITÉ DE LA RELIGION ET DE L ÉGLISE
Religion une dans son auteur. — Une dans son dogme. — Une dans sa morale. — Une dans son culte. — Une dans son objet. — Église une dans sa fondation, sa destinée, sa constitution, ses épreuves et ses victoires.
La Religion est comme un magnifique tableau que Dieu commence à l'origine du monde, qu'il esquisse sous les Patriarches, qu'il perfectionne sous Moïse, et qu'il achève sous Jésus-Christ. Ainsi, bien qu'elle n'ait pas eu toujours le même degré de clarté et de développement, la Religion n'en est pas moins perpétuellement une et la même.
L Une et la même dans son auteur. Dans l'Ancien Testament, toute la Religion se rapportait à Jésus- Christ à venir, comme dans le Nouveau Testament toute la Religion se rapporte à Jésus-Christ venu. La foi en Jésus-Christ a été le fondement de la Religion dans tous les siècles. Le Juif, pour être justifié, devait croire en Jésus-Christ promis, comme le Chrétien doit croire en Jésus-Christ venu. Toute la différence consiste en ce que le Juif était, dans l'ordre de la Religion, un enfant qui n'en connaissait que les éléments, à qui l'on
n'enseignait que les premiers principes à cause delà faiblesse de son âge; au lieu que le Chrétien est un homme fait, qui en pénètre la substance et qui possède la connaissance claire de ce que les Juifs croyaient sans le comprendre, comme les Saints dans le Ciel voient ce que nous croyons sur la terre' .
II. Une et la même dans son dogme. Elle a cru et enseigné dès l'origine des temps ce qu elle croit et enseigne aujourd'hui, ce qu'elle croira et enseignera jusqu'à la consommation des siècles. Sous les Patriarches et sous Moïse, elle croyait :
Sur Dieu V à l'existence d'un seul Dieu, éternel, tout-puissant, qui avait créé le monde par sa volonté et qui le gouvernait par sa sagesse. Elle croyait confusément ce qu'elle sait aujourd'hui d'une manière plus claire, qu'en Dieu il y a trois personnes également adorables. Ce profond mystère de la Trinité avait commencé à se déclarer par cette ancienne parole de Dieu : Faisons Vhomme; où Dieu parle à lui-même, où Dieu parle à quelqu'un qui fait comme lui, qui est un autre luimême La Trinité s'était montrée à Abraham sous la figure de trois Anges, que l'Ecriture appelle du grand nom de Dieu, et à qui ce Patriarche, quoiqu'il en vît trois, parle néanmoins comme à un seul et qu'il adore au nombre singulier.
2° Elle croyait au mystère de l'Incarnation, marqué
ï Status novae legis médius est inter statura veterislegis.... elinterstalura gloriae. — Lex velus est via ad legem uovam, sicut lex nova ad cœiestem Ecclesiaœ, seu ad cœlestem hierarcliiam. D, Th. passim.
aux Patriarches dans les différentes apparitions de Dieu sous la forme humaine, dans lesquelles le Fils de Dieu préludait pour ainsi dire à son Incarnation future. Ce même mystère fut annoncé ensuite plus clairement par les Prophètes. Ils nous disent en termes exprès que le Messie sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous, Dieu-Homme ; qu'il sera tout ensemble Fils de Dieu et Fils de David.
3"* Elle croyait au mystère de la Rédemption. Il fut montré à Abraham dans le sacrifice d'Isaac, touchante figure du Fils de Dieu, livré par son Père et immolé pour nous sur la même montagne . Ce mystère était indiqué par tous les différents sacrifices de l'ancienne Loi, qui n'étaient que des représentations du sacrifice unique de la nouvelle Loi. Les Prophètes l'ont ensuite proclamé hautement en disant que le Messie effacerait par sa mort les iniquités du monde.
4° Elle croyait à l'Esprit du Seigneur ; Esprit toutpuissant, scrutateur des secrets de l'avenir et des cœurs; Esprit de lumière, de charité, de vérité et de vie. Les preuves de cette croyance sont écrites à chaque page de nos livres saints. Il faut se souvenir néanmoins que ces mystères ne nous ont été révélés avec une entière évidence que par Jésus-Christ à qui seul il était réservé de lever le voile qui les cachait avant sa venue. C'est lui qui, en instituant le Baptême, nous a appris clairement que le vrai Dieu, un et indivisible dans son essence, est néanmoins Père, Fils et Saint-Esprit. Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit, un seul Dieu en trois personnes,
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montré plus obscurément aux Patriarches et aux Disciples de Moïse , est clairement révélé sous T Evangile : voilà sous ce rapport toute la différence entre l'Ancien Testament et le Nouveau. L'un met au grand jour ce que l'autre tenait enveloppé sous des voiles.
5° Sur l homme. Elle croyait qu'il est fait à f image et à la ressemblance de Dieu; qu'il est composé d'un corps et d'une ame; que son ame est spirituelle, qu'elle est comme le souffle de la bouche de Dieu; qu'elle est libre, capable de faire à son gré le bien ou le mal : les menaces et les promesses , les châtiments et les récompenses , dont parlent sans cesse les Livres saints, sont autant de preuves de la liberté de l'ame. Car si l'ame n'avait pas été libre, il eût été absurde et injuste de punir ou de récompenser , puisque l'homme n'aurait été qu'une pure machine agissant nécessairement. Or, on ne punit ni on ne récompense pas une machine. Elle croyait que l'ame est immortelle. Les anciens Patriarches appelaient la mort un sommeil ' : or, le sommeil n'est pas l'anéantissement : il suppose un réveil . Enterrez-moi , dit Jacob mourant , dans le tombeau cV Abraham et d'Isaac ; puis s'adressant à Dieu, il ajoute : J'attendrai. Seigneur, le Messie que vous devez envoyer ' . Ainsi le dogme de l'immortalité est gravé sur le tombeau des Patriarches. Il est écrit dans les livres des Prophètes : Souvenez vous de voire Créateur dans les jours du votre jeunesse , disait
• Geu. c. XLii, 30.
^ Sen., ici.
Salomon , avant que n arrive le moment auquel la pous-^ stère retombera dans la terre d'où elle a été tirée , et auquel l'esprit retournera à Dieu qui la donné \ Elle voulant ressusciter un enfant, dit à Dieu .Seigneur, faites que Vame de cet enfant revienne dans son corps . L'Ecriture ajoute que l'ame de cet enfant revint dans son corps et qu'il ressuscita. '
6° Elle enseignait que l'homme, créé dans l'innocence et le bonheur, s'était perdu en désobéissant à Dieu; de là étaient venus tous les maux qui afQigent l'humanité car le premier homme a transmis son péché à ses descendants, et nous naissons tous coupables. Qui est pur devant vous, Seigneur, dit l'Ecriture? Personne, pas même l'enfant qui n a qu'un jour. Elle enseignait que Dieu n'avait point abandonné l'homme dans son malheur, mais qu'il lui avait promis un Rédempteur. Cette promesse et cette attente d'un Sauveur remplit tout l'Ancien Testament.
T*" Elle enseignait que l'homme ressusciterait : Oui, je le sais, disait Job, que mon Rédempteur est vivant; et qu'au dernier jour je sortirai du tombeau , que je reprendrai ma chair et quen cet état je verrai mon Dieu. Cette espérance est gravée dans mon sein, et les leviers de mon cercueil la descendront avec moi dans la tombe \
8° Elle enseignait qu'àlafmdes temps Dieu viendrait
> Ecclesiast., c. xii.
23 Rois, c. XVII.
^ Job. XIII, 15.
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juger tous les hommes et qu'il y aurait des récompenses éternelles pour les bons et des supplices éternels pour les méchants. Je rassemblerai tous les peuples dans la vallée deJosaphaty dit le Seigneur, par la bouche du prophète Joël '. Là, je m'asseirai sur mon Irône pour juger toutes les nations qui y sont rassemblées de toutes parts. Il parle des signes avant-coureurs de ce dernier jour, dans les mêmes termes que Notre Seigneur lui-même. Après le jugement, que deviendront les méchants? J ai allumé, dit le Seigneur à Moïse, un feu dans ma fureur ^ il brûlera jusqu'au fond de l Enfer \ On verra les pécheurs qui se sont révoltés contre moi; leur ver ne mourra point, leur feu ne s'éteindra point ^ . Le Sauveur, dans l'Evangile, en parlant des réprouvés, leur applique ces mêmes paroles. Que deviendront les justes ? Ils vivront éternellement y leur récompense sera auprès de Dieu^. Ils seront abreuvés d'un torrent de délices et éclairés de la lumière de Dieu même^. Voilà ce que répondait la Religion avant Jésus-Christ.
9° Sur le monde , elle enseignait qu'il a été tiré du néant par le Seigneur; qu'il a été donné à l'homme pour qu'il en jouît et qu'il apprît des créatures à connaître son Dieu dans les merveilles qui l'environnent; que ce monde passera par le feu et qu'a/ors il y aura de
' Joël, II, m, 1 et suiv.
ï Deut. xxxviii, 22.
3 Isaïe, Lxvi 25.
4 Sap. V. 16.
5 Psauni., XXXV, 9.
nouveaux deux et une nouvelle terre'. Tels étaient les dogmes de la Religion avant Jésus-Christ : Tels sont encore les dogmes de la Religion après Jésus-Christ. La Religion a donc toujours été une et la même dans son Symbole ou dans son Dogme.
III. Une et la même dans sa morale , Elle commandait les mêmes vertus : envers Dieu, la foi, l'espérance, la charité, l'adoration; envers le prochain, la justice, la charité; envers nous-mêmes, l'humilité, la chasteté. L'Ancien Testament est rempli de passages où toutes ces vertus sont recommandées. Mais pour montrer par un seul trait que la Religion avant Jésus-Christ avait la même morale que la Religion après Jésus-Christ, il suffit de dire que le Décalogue donné à Moïse , est le même que nous enseigne aujourd'hui la Religion.
IV. Une et la même dans son culte. La prière et le sacrifice, tels étaient les actes fondamentaux du culte de la Religion avant Jésus-Christ. Nous les voyons pratiqués dès l'origine du monde. Tous les Patriarches ont prié et offert des sacrifices; depuisMoïse jusqu'à Jésus-Christ, les prières et les sacrifices n'ont pas été interrompus un seul instant. Or, la prière et le sacrifice, mais une prière et un sacrifice infiniment plus parfaits, sont encore aujourd hui les deux actes fondamentaux du culte de la Religion. Aces deux actes, Notre Seigneura joint les Sacrements; et c'est ce qui donne encore au culte de l'Eglise cathoHque une immense supériorité sur le culte de l'Eglise judaïque. Cette supériorité de l'Église catholique
1 JS. LXV. 17.
DK PERSÉVÉRANCE. 51 L
se manifeste dans tous les points, dans le dogme aussi bien que dans la morale . Ainsi, en disant que la Religion a toujours été la même, nous n'avons pas voulu faire entendre qu elle avait été aussi parfaite sous la Loi que sous l'Evangile, mais seulement qu'elle n'avait pas enseigné autre chose sous la Loi et autre chose sous l'Evangile ; elle a bien pu nous enseigner des vérités inconnues aux anciens : jamais de dogmes contradictoires.
V. Une et la même dans son objet. Quel était l'objet de la Religion avant Jésus-Christ? Réunir l'homme à Dieu dans le temps, afin de les réunir plus étroitement encore dans l'éternité; rétablir l'ordre primitif dérangé par le péché originel; affranchir l'homme des suites de ce péché, savoir -.l'ignorance, la concupiscence et la mojrt. Tout cela par le moyen du Rédempteur, médiateur mystérieux qui d'un côté touchant à Dieu, de f autre toucherait aussi à l'homme ; en sorte que Dieu et l'homme se réunissent en lui pour former à jamais une nouvelle et indissoluble société. Or, n'est-ce pas encore là l'objet de la Religion après Jésus-Christ? Son but unique, n'est-ce pas de nous unir tellement à notre Rédempteur que nous soyons d'autres lui-mêmes? Ne nous dit-elle pas sans cesse à nous et à toutes les générations : Mes petits enfants , j'éprouve continuellement pour vous les douleurs de V enfantement jusqu'à ce que Jésus- Christ soit formé en vous ' ?
Ainsi, pour résumer tout ce qui précède, la Religion, depuis la chute de l'homme, a toujours été une et la
' Gai. IV. 19.
môme dans son auteur, dans son médiateur, dans son dogme, dans sa morale, dans son culte et dans son objet ; donc il n'y a jamais eu qu'une seule Religion; donc la Religion chrétienne remonte jusqu'au premier jour du monde, comme elle s étend jusqu'à la fin des siècles. Semblable à un arbre magnifique planté à l'origine des temps, par la main de Dieu même, elle a peu à peu développé son tronc robuste et étendu ses rameaux; nourrissant de ses fruits salutaires et couvrant de son feuillage immortel toutes les générations d' hommes qui ont passé, qui passent et qui passeront sur la face de la terre.
On peut dire aussi dans un sens, que la société ou l'Église, dépositaire et interprète de la Religion, a toujours été une et la même; en sorte qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais qu'une seule véritable Eglise, comme il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais qu'une seule vraie Rehgion; car, comme la Religion, l'Eglise est catholique, c'est une des marques de sa divinité. En un mot, la Religion et l'Eglise sont deux sœurs qui sont nées, qui ont grandi, qui vivent ensemble, et qui ont éprouvé les mêmes vicissitudes. Traçons un rapide tableau des admirables rapports qui existent entre l'Eglise avant Jésus-Christ et l'Eglise après Jésus- Christ.
Représentée par les familles patriarchales d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, elle voyage étrangère dans un pays dont la possession lui est promise, et où elle doit asseoir un établissement durable; elle est persécutée en
Egypte pendant plusieurs siècles; elle sort enfin triomphante; puis, sous la conduite de Moïse, marchant au travers des prodiges, elle détruit sur son passage, et les nations payennes, et leurs temples, et leurs idoles, jusqu'à ce quelle se repose dans la terre qu'elle a conquise: alors elle développe sa magnifique constitution. Elle a ses livres où sont renfermées ses lois descendues du Ciel et écrites de la main de Dieu même. Elle a un souverain Pontife et un conseil de vieillards ou la synagogue, chargés de les expliquer; tous ses enfants sont obligés de se soumettre à la décision de ce tribunal auguste. Elle a sa hiérarchie sacerdotale, un Grand-Prêtre revêtu du pouvoir souverain, puis des Prêtres, des Lévites et des Ministres inférieurs. Répandus dans toutes les tribus, ces Prêtres sont comme un sel destiné à préserver tout le corps de la corruption ; comme des flambeaux qui, placés de distance en distance , doivent dissiper les ténèbres de Terreur et de l'ignorance. Au milieu d'elle, est son Dieu rendu sensible dans l'arche d'alliance. Elle a ses sacrifices qu elle offre exclusivement au Seigneur, pour adorer, remercier, expier et demander. Elle a chaque semaine son jour saint; elle a ses grandes solennités , Pâque , la Pentecôte , les Tabernacles , où tous ses enfants, dans l'allégresse, se rendent à Jérusalem pour prier et rendre grâces.
Quoique maîtresse delà Terre promise depuis la ruine
des nations idolâtres, elle ne jouit cependant que de
courts intervalles de paix et de tranquillité. Tantôt ce
sont les étrangers qui l'attaquent, tantôt ce sont sea
hlh CATÉCHISME
propres enfants qui lui font répandre des larmes amère§ par leurs scandales, ou qui lui déchirent les entrailles par leurs divisions. Enfin, un grand schisme vient la couvrir de deuil; dix tribus l'abandonnent et refusent de reconnaître son autorité. Mais si le Seigneur l'afflige, il ne la délaisse pas. Toujours attaquée, elle ne sera point détruite. De grands Prophètes lui sont envoyés pour la consoler et conserver la vérité dans son sein. Tous les événements qui se passent chez elle et autour d'elle, les grands empires qui s'élèvent et qui périssent tour à tour, contribuent tous à son bien, à sa gloire et à l'accomplissement du grand dessein en vue duquel elle a été formée, l'établissement du règne du Christ qui doit réparer les suites du péché originel, réconcilier l'homme avec Dieu et rétablir l'ordre primitif dans toute sa perfection .
Tels sont les grands traits du tableau historique de l'Eglise ou de la société dépositaire de la vraie Religion avant Jésus-Christ. Or, tous ces traits nous les retrouvons brillant d'un éclat plus vif dans l'Église dépositaire de la vraie Religion après Jésus-Christ.
Représentée au sortir du Cénacle par les Apôtres et un petit nombre de FidèleS; l'Église après Jésus-Christ, est d'abord étrangère et voyageuse sur la terre dont cependant la possession lui est promise et où elle doit avoir un établissement immortel. Le monde devient pour elle une nouvelle Egypte; pendant plusieurs siècles, elle y est en butte à la persécution . Elle sort enfin triomphante des catacombes, et sous la conduite de son
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divin chef elle monte à travers les combats et les miracles sur le trône des Césars.
Alors, victorieuse du monde idolâtre, elle repose en paix dans la terre qu'elle a conquise, et développe aux regards de l'univers sa magnifique constitution. Aux livres anciens , écrits de la main de Dieu même sur le sommet du Sinaï, elle joint un livre plus parfait, écrit avec le sang du Messie au sommet du calvaire. Ce code sacré, ses pontifes et les conciles sont chargés de l'expliquer, et ses enfants sont obligés de se soumettre aux décisions de ce tribunal auguste. Elle a sa hiérarchie sacerdotale, un Grand-Prêtre revêtu du pouvoir souverain, puis des Evêques , des Prêtres et des Ministres inférieurs. Répandus de toutes parts au milieu de ses enfants, ces Prêtres sont comme un sel destiné à préserver tout le corps de la corruption; comme des flambeaux qui, placés de distance en distance, doivent dissiper les ténèbres de Terreur; comme des bergers vigilants qui doivent paître les brebis et éloigner les loups du bercail.
Au milieu d'elle est son Dieu rendu sensible dans le tabernacle. Elle a son sacrifice qu'elle offre sans cesse de l'Orienta l'Occident, pour adorer, remercier, expier et demander. Chaque semaine, elle a son jour saint ; elle a es grandes solennités, Noël, Pâque, la Pentecôte et d'autres encore, où tous ses enfants, dans fallégresse, accourent au temple pour prier et rendre grâces.
Quoique maîtresse du monde, depuis la ruine de l'idolâtrie, elle ne jouit cependant que de courts intervalles de paix et de tranquillité. Tantôt ce sont les étran-
gers qui l'attaquent, tantôt ce sont ses propres enfants qui lui font répandre des larmes amères par leurs scandales, ou qui lui déchirent les entrailles par leurs divisions. Enfin, un grand schisme vient la couvrir de deuil. L'Orient se sépare d'elle et refuse de reconnaître son autorité, et comme les dix tribus schismatiques, l'orgueilleux Orient tombe sous un joug de fer. Si le Seigneur afflige l'Eglise, il ne la délaisse pas. Toujours attaquée, elle ne sera point détruite. De grands Saints, de puissants génies lui sont envoyés pour la consoler et conserver la vérité dans son sein. Tous les événements qui se passent chez elle et autour d'elle ; les grands empires qui s'élèvent et qui périssent tour à tour, contribuent tous à son bien, à sa gloire, et à l'accomplissement du grand dessein en vue duquel elle a été formée, la conservation et la propagation du règne du Christ qui doit réparer les suites du péché originel, réconcilier l'homme avec Dieu et rétabUr un jour l'ordre primitif dans toute sa perfection. Tels sont les grands traits du tableau historique de l'Eglise ou de la société dépositaire de la vraie Religion après Jésus-Christ; telles sont les conformités frappantes qui la font reconnaître à travers les siècles pour la gardienne immortelle et toujours la même de la Religion, depuis l'origine du monde.
Ainsi, fille du Ciel, épouse bien-aimée du Christ, unissant à l'incorruptible pudeur de la vierge, la courageuse tendresse de la mère, l'Eglise est venue s'asseoir depuis le commencemeut des âges sous Tarbre
antique de la Religion. Gardienne fidèle, d'une main présentant son fruit dévie aux générations qui marchent vers la mort; de l'autre, frappant d'un glaive redoutable tous les téméraires qui ont voulu attaquer son tronc robuste ou couper quelques-uns de ses rameaux , elle a vu passer à ses pieds le torrent des siècles sans passer elle-même, et lorsque la derniè're heure du monde aura sonné, l'arbre salutaire s'élevant vers le Ciel, la vierge immortelle s'élèvera comme lui, et, chaste ép-ouse du Christ, accompagnée de toutes les générations vivifiées par ses soins, elle remontera, pour n'en plus descendre, sur le trône éternel de son céleste époux.
de toute l'étendue de mo« cœur, de nous avoir donné la Religion et de m' avoir fait naître dans le sein de la véritable Église. Quelle admirable unité! quels caractères de divinité brillent de toutes parts dans l'Eglise et dans la Religion chrétienne ! Qu'elle est solidement établie ! Qu'elle est inébranlable cette Religion sainte que j'ai le bonheur de connaître et de professer ! Aussi ancienne que le monde, tout ce qui a précédé la venue de son divin auteur, ce qui l'a accompagnée, ce qui l'a suivie, tout concourt à en démontrer la certitude. Promis dès les premiers jours de la création, Jésus-Christ a été attendu, montré de loin dans tous les âges, annoncé pendant quatre mille ans par une longue suite de
Prophètes. Les Patriarches sont morts en désirant de le voir /tous les justes ont vécu dans cette attente ; les grands personnages de l'Histoire Sainte ont été comme les ébauches du Sauveur. Son histoire se trouve écrite d'avance par les Prophètes dans un Hvre ouvert à tous les yeux , livre également révéré par deux peuples ennemis entre lesquels on ne peut soupçonner de coHision. Non, mon Dieu! ô vous le meilleur de tous les Pères! vous que toutes les langues appellent le Dieu bon ! non il n'est pas possible que vous ayez laissé prendre à l'erreur tous les caractères de la vérité. Si ce que nous croyons d'après tant de preuves, d'après des preuves si convaincantes, était une erreur, ah î vous ne seriez plus le Dieu bon, puisque nous pourrions dire à juste titre que c'est vous-même qui nous auriez trompés.
Je prends la ferme résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour ^ je prierai souvent pour les besoins de l Eglise .