‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religionChapitre 42 sur 48 · INFLUENCE DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA RELIGION

L'ancien peuple de Dieu dut toute sa supériorité à l'influence de la Religion. — Dans la famille. — Dans la société civile et politique. — Dans la société religieuse.

Le Catéchisme précédent exige que nous montrions rinfluence de la Religion sur l'ancien peuple de Dieu. On a dit avec beaucoup de vérité : Point de société sans Religion, et on peut ajouter que la société est d'autant plus tranquille, plus florissante et plus heureuse, que la Religion y est plus connue et mieux observée. Le peuple juif en offre un mémorable exemple .

Si les Chrétiens sont le peuple modèle depuis la venue du Messie, le peuple juif fut aussi, parmi les nations de l'antiquité, le peuple modèle, c'est-à-dire le peuple le plus éclairé, le plus moral, et à tout prendre, le plus heureux. Ce glorieux privilège, il le dut à sa Religion. La preuve en est facile : la plupart des nations anciennes étaient plus considérables , plus riches , plus puissantes que la nation juive ; et , néanmoins , elles étaient beaucoup moins morales, la législation beaucoup moins complète et moins sage, les idées beaucoup moins

nobles, les mœurs beaucoup moins pures; l'enfant, îa femme, l'esclave, le pauvre, c'est-à-dire les trois-quarts des hommes dans une abjection et une servitude beaucoup plus profonde. Pourquoi tant d'infériorité? Parce qu'une chose leur manquait, la connaissance de la vraie Religion- Ces peuples ne vivaient que de quelques lambeaux des vérités primitives, et le bonheur d'un peuple est toujours proportionné au nombre des vérités qu'il croit.

Les Juifs , qui possédaient une révélation plus complète de la vérité , devaient être et ils étaient réellement supérieurs aux nations idolâtres. Un simple détail suffira pour le prouver. Afin de mettre de l'ordre dans cet examen, considérons les Juifs dans la famille, dans la société politique et dans la société religieuse .

l'' Dans la famille. La famille est la base des états qui ne sont qu'un assemblage de familles; mais il n'y a point de famille sans autorité paternelle : or, il faut que cette autorité soit ferme, sage et bien réglée. Telle était l'autorité paternelle chez les Juifs. Chez les Payens, les parents s'arrogeaient le droit de vie et de mort sur leurs enfants, et ils l'exerçaient sans pitié et sans contrôle; ils tuaient, vendaient, exposaient leurs enfants, sans que les lois en tissent un crime. Chez les Juifs, les pères et mères n'avaient le droit ni d'exposer ni de vendre leurs enfants ; à la vérité ils avaient le droit de les faire mourir, mais ce n'était que pour de justes raisons, et jamais ils ne pouvaient l'exercer sans la participation du magistrat. Après avoir essayé toutes les.

corrections domestiques, le père et la mère allaient dénoncer au sénat de la ville leur fils désobéissant et débauché, et sur leur plainte, il était condamné à mort et lapidé. Ainsi, la crainte de s'attirer la colère de ses parents, tenait un enfant dans une entière soumission.

On ne saurait croire combien l'affaiblissement ou plutôt r anéantissement de la puissance paternelle produit de maux parmi nous. Quelque jeune que soit un fils, sitôt qu'il est marié ou qu'il peut subsister sans le secours de son père, il prétend ne lui devoir plus qu'un peu de respect. De là cette multitude de petites familles qui vivent isolées ou qui ne tiennent les unes aux autres que par de faibles liens que la plus légère discorde brise à l'instant. Outre la dépravation des mœurs dont cette indépendance est la première cause, elle est aussi trèsdangereuse à l'Etat : un demi-siècle de révolution ne Ta que trop prouvé .

De la puissance paternelle dérivait la puissance des vieillards, elle était grande chez les Israélites ; c'était surtout parmi les vieillards qu'on choisissait les juges et les conseillers de l'Etat. Dès que les Hébreux commencèrent à former un peuple, ils furent gouvernés par les vieillards ; et dans toute la suite de l'Ecriture, toutes les fois qu'il est parlé des assemblées et des affaires publiques, les anciens sont toujours mis au premier rang, et quelquefois ils sont nommés seuls.

Rien de plus utile que cette puissance des vieillards pour entretenir la paix dans la famille et l'ordre dans l'Etat. La jeunesse n'est propre qu'au mouvement et à

l'action; la vieillesse sait instruire, conseiller et commander. La jeunesse n'a ni patience ni prévoyance, elle est ennemie de la règle et avide de changement ; la vieillesse temporise avec sagesse , elle porte loin ses vues, elle marche avec précaution, elle agit par de solides principes, elle évite toute innovation.

Aussi, le Seigneur prit un soin particulier de faire respecter les vieillards ; c'est une des choses qu'il recommande le plus souvent dans l'Ecriture. De sévères punitions vengeaient la vieillesse outragée, témoins ces quarante-deux enfants dévorés par deux ours, pour s'être moqués du prophète Elizéc parce qu'il était chauve.

Loin de craindre la multitude des enfants, les pères et mères la demandaient avec instance au Seigneur ; ils la regardaient comme un honneur insigne. On appelait heureux celui qui se voyait environné d'une foule d'enfants et de petits-enfants, toujours prêts à exécuter ses ordres et à recevoir ses instructions. L'éducation des enfants était regardée comme le premier et le plus doux des devoirs imposés à l'homme. Elle commençait en quelque sorte dès la naissance , puisque les mères ne se dispensaient pas, comme parmi nous, de nourrir ellesmêmes le fruit de leurs entrailles.

Aussitôt que l' enfant pouvait marcher et articuler des mots, on formait son corps par le travail et les exercices, et son esprit par les lettres et par la musique. Le père accoutumait son fils à courir, à lever des fardeaux, à tirer de l'arc , à lancer la fronde ; il joignait à tout cela des exercices militaires. Il lui enseignait encore tout ce

qui regarde l'agriculture, éclairant ses leçons par une pratique continuelle ; en sorte qu'un jeune homme, au sortir de la maison paternelle, savait se procurer à luimême toutes les choses nécessaires à la vie.

La mère apprenait à sa fille à remplir toutes les fonctions du ménage, à pétrir avec adresse, à faire tout ce qui concerne la cuisine, à filer, à travailler à l'aiguille, à fabriquer des étoffes sur le métier. Voici en même temps les principes qu'elle lui donnait. Dites si on trouve rien de comparable chez les nations payennes î Quand on songe que c'est de la bonne éducation des jeunes personnes que dépend le bonheur de la famille, comment douter de celui qui régnait dans les familles israélites?

(( Une femme sage , disait la mère à sa fille , appliquée à son ménage et laborieuse, est la joie de son mari ; elle est plus précieuse que l'or et les perles qu'on apporte des extrémités du monde. Le cœur de son mari met sa confiance en elle, et sa maison sera dans l'abondance.

y> Elle cherche la laine et le lin et elle les met en œuvre avec des mains habiles. Elle se lève avant le jour et distribue la nourriture à ses domestiques. Elle met la main aux ouvrages les plus forts, et dès qu'elle les a quittés, ses doigts reprennent le fuseau.

» Elle ouvre sa main à l'indigent et elle l' étend pour assister le pauvre ; elle ne craint pour sa maison ni le froid ni la neige, parce que tous ses domestiques sont bien vêtus. Elle se fait elle-même des meubles de tapisserie, et elle est couverte de lin et de pourpre. Elle ne profère

que des paroles de sagesse ; sa langue est conduite par la loi de la douceur et de la clémence.

» Elle aies yeux sur tout ce qui se passe dans sa maison, et elle ne mange point son pain dans l'oisiveté ; ses enfants publient qu'elle est heureuse et son mari ne cesse de la louer. »

Telles étaient les sages maximes par lesquelles les mères formaient l'esprit et le cœur des jeunes Israélites, et ces leçons avaient d'autant plus de poids qu elles donnaient elles-mêmes l'exemple à leurs chères élèves.

Les maximes que les pères rappelaient sans cesse à leurs fils, n'étaient pas moins solides. « Mon fils, disaientils, aimez dès votre jeunesse à être instruit, et vous acquerrez une sagesse que vous conserverez jusqu'au tombeau. La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. Craignez donc le Seigneur de toute votre ame et ayez de la vénération pour ses Prêtres. Ne dites point : J'ai péché, et quel mal m'en est-il arrivé? Mon cher fils, le Très-Haut est lent à punir.

((Lorsque vous entrez dans la maison du Seigneur, considérez ou vous mettez le pied, et approchez-vous pour écouter ce que Dieu vous commande, car l'obéissance vaut mieux que les sacrifices. Songez toujours que la bénédiction du Seigneur est sur la tête du juste.

» Que votre bouche ne s'accoutume point aux jurements, car en jurant, on off'ense Dieu de bien des manières.

» Si vous voyez un homme sage, allez le trouver dès le point du jour , et que votre pied presse souvent le seui*

(le sa porte. Ne consultez point un homme sans religion sur ce qui regarde la piété; un injuste, sur la justice; un homme timide sur ce qui regarde la guerre ; un marchand sur ce qui est de son négoce ; mais adressez-vous à un homme de bien, dont les vues s'accordent avec les vôtres. Consultez votre propre conscience, car vous n'avez point de conseiller plus fidèle.

» Ne dites point : Je traiterai cet homme-là comme il m'a traité, et prenez garde de faire jamais aux autres ce que vous seriez fâché qu'on vous fît. Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger, s'il a soif donnez-lui à boire.

» Faites l'aumône en la manière que vous le pourrez. Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez peu, donnez de bon cœur du peu que vous avez. Celui qui a pitié du pauvre prête au Seigneur a intérêt. Ne détournez pas vos yeux du pauvre, quoiqu'il vous importune , et ne donnez point sujet à ceux qui vous demandent de vous maudire par derrière. Prêtez l'oreille au pauvre sans chagrin, répondez-lui favorablement et avec douceur.

» Ne soyez point comme un lion dans votre maison, en vous rendant terrible à vos domestiques et en maltraitant ceux qui vous sont soumis.

y) Ecoutez votre père qui vous a donné la vie, et ne méprisez pas votre mère lorsqu'elle est dans la vieillesse. Celui qui honore son père et sa mère, recevra lui-même de la consolation de ses enfants. Soulagez votre père dans sa vieillesse : ne l'attristez point durant sa vie. Si

T. II. 3Zt

son esprit s'affaiblit, supportez-le, et ne le méprisez pag à cause des avantages que vous aurez sur lui; car la charité dont vous aurez usé envers votre père , ne sera pas mise en oubli , et Dieu vous récompensera pour avoir supporté les défauts et les infirmités de votre mère. »

Telle était la morale des Israélites. Qu'on cherche tant qu'on voudra chez les nations d'alors, jamais on ne trouvera rien qui lui soit comparable.

Outre ces instructions, les pères et mères étaient obligés d'apprendre à leurs enfants les grandes choses que Dieu avait faites pour eux et pour leurs ancêtres, et la loi leur commandait de leur expliquer l'origine des fêtes qu'ils célébraient, et les cérémonies qui s'y observaient.

Les Israélites n'avaient point d'écoles publiques; la plus grande partie de l'instruction se puisait dans les entretiens des pères et des vieillards. Pour mieux se faire entendre de leurs élèves, ils employaient non-seulement les simples narrations, mais encore les proverbes, les énigmes et les allégories. Le principal usage de ces discours figurés, était de renfermer les maximes de morale sous des images agréables et naturelles, afin que les enfants les retinssent plus aisément. Une partie de l'éducation consistait à apprendre par cœur les cantiques de Moïse et des autres Prophètes, ainsi que les psaumes de David. Comme ces divines poésies se chantaient, on prenait nécessairement quelque teinture de musique.

Ainsi, tandis que chez les Payens, les mères et les nourrices apprenaient aux enfants dès le berceau les

l-ables des dieux , c'est-à-dire des contes obscènes et ridicules qui ne tendaient qu'au mépris de la divinité et à la corruption des mœurs ' , les Israélites étaient les seuls qui ne racontaient aux enfants que des vérités propres à leur inspirer la crainte et Tamour de Dieu , et à les exciteràla vertu. Toutes leurs traditions étaient vraies, nobles et utiles. De quel côté était la supériorité ?

IL Dans la société politique et civile. Cette supériorité des Juifs sur les autres nations, n'est pas moins marquée dans la société politique et civile. En ouvrant les livres de Moïse, on y trouve un corps de lois qui tendent nonseulement à conserver la religion et le culte du vrai Dieu, mais encore à soutenir, à former les mœurs et à établir un état heureux et tranquille. L'idolâtrie, le luxe, l'intempérance, la débauche, tous les vices en un mot qui troublent l'ordre de la société et l'ordre des familles, y sont sévèrement proscrits; les devoirs des pères et des mères, des maîtres et des serviteurs, y sont sagement fixés. On y voit des règlements somptuaires en faveur de la modestie et de la frugalité; tout est prévu, tout est ordonné par le suprême Législateur dont Moïse était l'interprète et le ministre.

Or, dans ce code si admirable et si complet, se trouvaient entre autres deux lois bien touchantes ; c'était la loi de l'année sabbatique et loi du Jubilé. Chaque Israélite avait son champ à cultiver; et c'était le même qui avait été donné à ses ancêtres du temps de Josué. Il ne pouvait changer de place, ni se ruiner, ni s'enrichir

> Fleury, M<^urs des hraélit.

excessivement : la loi de l'année sabbatique et celle du Jubilé y avaient pourvu.

Par la première, il était ordonné de laisser reposer les terres tous les sept ans, en l'honneur du Seigneur. Durant cette septième année, on ne pouvait ni ensemencer son champ, ni tailler sa vigne et ses arbres. On ne moissonnait point, on ne faisait point de vendange ; on ne recueillait ni les fruits ni les grains; on abandonnait aux pauvres et aux étrangers tout ce que la terre produisait d'elle-même. Les propriétaires faisaient des provisions pendant la sixième année; et s'ils avaient besoin de quelques nouveaux fruits, ils pouvaient en prendre dans les productions spontanées de leurs terres, mais avec modération, et sans faire tort à tous ceux qui, par leur indigence, avaient droit d'en user.

Parla loi du Jubilé, on sanctifiait de la même manière chaque cinquantième année. On publiait alors une liberté générale, par laquelle les Hébreux, que la misère avait contraints de se rendre esclaves de leurs frères, recouvraienttous les privilèges des citoyens. Chacun rentrait de plein droit dans les biens qu'il avait aliénés. Durant Tannée du Jubilé, comme dans toutes les années sabbatiques , il était défendu d' exiger les dettes , et souvent même on les remettait aux pauvres. Cette difficulté de se faire payer, et l'impossibilité de faire des acquisitions durables, rendaient les emprunts plus difficiles et les ventes moins fréquentes, et par conséquent coupaient la racine à l'ambition, et diminuaient les occasions de s'appauvrir, ce qui était le but de la loi. Chacun se

bornait à son héritage, et s'attachait à le faire valoir, sachant que jamais il ne sortirait de sa famille.

Quand on voulait vendre son bien, on en évaluait le prix sur le nombre des années qui restaient jusqu'au prochain Jubilé. Plus ce nombre était grand, plus la valeur était considérable. Jamais on ne vendait que sous la condition du rachat. Le vendeur pouvait recouvrer son bien, deux , trois ou quatre ans après l'avoir aliéné, en rendant à l'acquéreur l'argent qu'il en avait reçu; s'il ne pouvait le racheter, il attendait l'année Jubilaire.

Ainsi, les Hébreux n'étaient que les usufruitiers de leurs terres : ils étaient les fermiers de Dieu qui en était le véritable propriétaire. C'est pour cela qu'avant l'élection des rois, elles n'étaient chargées d'aucune autre redevance que des dîmes et des prémices que le Seigneur avait ordonnées.

Une autre loi non moins belle, c'était la loi de l'hospitalité. Aucune nation ne lobserva plus religieusement. Tandis que pour les Grecs et les Romains, dont on nous vante tant la civilisation, tout étranger était un ennemi, un homme suspect qu'on immolait souvent aux dieux du pays' ; les Juifs recevaient leurs hôtes avec l'empressement le plus vif. Ils leur rendaient tous les bons uflices dont ils étaient capables; en un mot, ils remplissaient avec joie, à leur égard, tous les devoirs de l'humanité.

Quoiqu'en disent les prétendus sages du siècle passé, jamais peuple ne fut plus humain ; on en jugera par celte

» Hoslis apud majores dicitur quem nunc pe.egri-iuni vocamus. Cicer.

h2>à CATÉCHISME

loi du Deutéronome : « Si marchant dans un chemin, dit le Seigneur, vous trouvez sur un arbre ou en terre le nid d'un oiseau, et la mère qui est sur ses petits ou sur ses œufs, vous ne retiendrez point la mère avec ses petits ; mais ayant pris les petits , vous les laisserez aller, afin que vous soyez heureux, et que vous viviez long- temps. » S'ils se comportaient ainsi à l'égard des faibles animaux , que faisaient-ils donc à l'égard des hommes?

Mais, dit-on, les Israélites ont massacré les Chananéens. D'abord, le peuple de Dieu n'est pas le seul daug l'histoire duquel on voit les vaincus immolés sans miséricorde par les vainqueurs. Ouvrez les annales des Grecs et des Romains, ces nations si vantées, quel tissu de carnage et de férocité ! Ensuite, si les Israélites ont massacré les Chananéens, c'était pour obéir à l'ordre formel du Très-Haut qui avait réprouvé ces nations idolâtres. Et pourquoi les avait-ils réprouvées? Parce qu elles n'avaient pas profité du châtiment des Sodomites, ni des exemples que leur avaient donnés les Patriarches ; parce qu'elles n'ouvraient pas les yeux aux merveilles opérées sur leurs frontières, pendant quarante ans, en faveur des enfants de Jacob; parce qu'enfin elles bravaient et fatiguaient la justice divine, depuis près de dix siècles, par les désordres et les crimes inouis dans lesquels elles vivaient. Qui a le droit de dire à Dieu : Vous n'avez pas le pouvoir de punir les coupables? Or, le peuple d'Israël était l'instrument de ses vengeances. Un examen attentif de leur législation prouve l'évidente

supériorité des Juifs sur les autres nations. Desavants hommes l'ont fait ' et leur travail jette dans l'admiration la plus profonde pour ce code mosaïque dont l'aveugle et sotte impiété du dernier siècle osa faire de si indécentes critiques.

III. Dans la société religieuse.Q Ml oserait, sans rougir, mettre en parallèle la religion des Juifs avec l'idolâtrie qui régnait partout ? Autant comparer le jour avec la nuit , le crime avec la vertu , Dieu avec le démon . En ce point fondamental, la supériorité des Juifs sur les Payens ne fut jamais le sujet d'aucune difficulté. Car ce qu'il y avait de vrai et de bon dans le Paganisme, n'était qu'un faible débris de la révélation dont les Juifs possédaient la plénitude.

Ils n'avaient qu'un seul temple et un seul autel, où il fût permis d'offrir à Dieu des sacrifices. C'était une marque sensible de l'unité de Dieu. Pour représenter aussi sa majesté souveraine, ce bâtiment n'était pas seulement le plus magnifique de tout le pays, c'était encore une des merveilles du monde.

Outre le temple de Jérusalem, il y avait dans les autres villes des lieux consacrés au service divin , et qu'on appelait 5y»ia(70^î<e5, c'est-à-diremaisonsd'assemblées. Le service de la synagogue consistait dans les prières, dans la lecture de l'Ecriture Sainte et dans la prédication . Le peuple s'y rendait trois fois par semaine , sans compter les jours de fête et de jeûne. Il y avait

« Voyez la défense de la Icgisl, mosalq. par le professeur Brunati, de Bresse.

dans chaque synagogue un certain nombre de ministres chargés des exercices religieux qui s' y faisaient ; c'étaient , le plus qu'il était possible, des Prêtres ou des Lévites. A leur défaut, on choisissait les vieillards les plus vénérables par leur âge et par leurs vertus.

Trois fois chaque année, c'est-à-dire aux solennités de Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles, tous les hom.mes étaient obligés de se rendre à Jérusalem, et il était permis aux femmes d'y venir. Nous parlons ailleurs de ces fêtes et de ia manière dont elles se célébraient; ajoutons seulement ici quelques détails. Ces grandes solennités duraient sept jours. Le second jour de la fête de Pâque , on apportait au temple une gerbe de blés nouveaux : c'étaient les prémices delà moisson.

Les cérémonies qui accompagnaient cette offrande , étaient pleines de mystères. Les Juges députaient trois hommes pour aller cueillir la gerbe dans le territoire de Jérusalem. Les députés demandaient par trois fois à la foule qui était présente si le soleil était couché , et on leur répondait par trois fois qu'il l'était. Ensuite ils demandaient par trois fois la permission de couper la gerbe, et trois fois on la leur accordait. Ils la moissonnaient enfln dans trois champs différents, avec trois différentes faucilles, et l'on mettait les épis dans trois cassettes pour les apporter au temple. Lorsque la gerbe était arrivée, on la battait dans le parvis, et du grain qu'elle donnait, on prenait environ trois pintes. Après l'avoir bien vané , bien rôti et bien broyé , on répandait par-dessus une certaine quantité d'huile; on y ajou-

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tait une poignée d'encens , et le Prôtre qui recevait cette offrande, F agitait devant le Seigneur vers les quatre parties du monde : il en jetait une portion sur l'autel, et le reste était à lui. Après cela chacun pouvait commencer la moisson.

On voit dans l'offrande de la gerbe, une peinture frappante du sacritlce non sanglant de l'autel, sacrifice qui sanctifie les quatre parties du monde. Cette offrande salutaire n'a commencé qu'après que le Soleil de justice fut couché, c'est-à-dire après la mort du Sauveur , et son objet est d'en conserver la cérémonie. Enfin, le nombre de trois, nombre mystérieux, indique visiblement l'opération des trois personnes de la sainte Trinité dans le grand ouvrage de la rédemption du genre humain.

Sept semaines après qu'on avait offert la nouvelle gerbe, on célébrait la fête de la Pentecôte, dans laquelle on présentait à Dieu deux pains, qui étaient les prémices des pains de la nouvelle moisson .

Le quinzième jour du septième mois, après la récolte de tous les fruits de l'année, on célébrait la fête des Tabernacles, qui durait sept jours comme les deux précédentes ; cinq jours avant cette fête, on célébrait celle des expiations par un jeûne général. C'était le seul jour de l'année où le Grand-Prêtre entrât dans le sanctuaire pour faire l'expiation des péchés de tout le peuple . Voici de quelle manière se faisait cette cérémonie :

Le Grand-Prêtre , après avoir immolé un veau pour

ses propres péchés et pour ceux de sa famille , entrait dans le sanctuaire, l'encensoir à la main, avec des parfums et le sang de ce veau . Il mettait les parfums sur le feu, afin que la fumée qui s'élevait lui dérobât la vue de l'arche d'alliance ; puis, trempant le bout du doigt dans le sang du veau, il en faisait sept fois l'aspersion vers le propitiatoire qui couvrait l'arche.

Ensuite il immolait pour les péchés du peuple un des deux boucs qu'on lui avait amenés de la part de toute la nation. Il le tirait au sort, et celui des deux sur qui le sort tombait était immolé. Le Pontife prenait le sang de ce bouc, dont il faisait l'aspersion dans le sanctuaire, dans tout le Tabernacle et sur l'autel des Holocaustes, pour purifier le lieu saint et l'autel de toutes les impuretés des enfants d'Israël. Il présentait à Dieu l'autre bouc vivant ; et, lui mettant les deux mains sur la tête, il confessait les péchés du peuple, dont il chargeait avec imprécation la tête de ce bouc , après quoi il le faisait chasser dans le désert, de manière qu'il ne reparût plus : c'est ce qu'on appelait le bouc émissaire.

Ces deux boucs représentaient le sacrifice unique du Sauveur, qui , comme le bouc émissaire chargé des péchés du peuple, a été emmené hors de Jérusalem, et, comme l'autre bouc , immolé pour nous purifier par l'aspersion de son sang.

Les Israélites n'étaient, comme nous avons vu, que les fermiers du Seigneur : lui seul était le véritable propriétaire de la Palestine . Pour reconnaître ce souverain domaine, ils étaient obligés de lui offrir une partie

de leurs récoltes. Nous avons vu que ces offrandes se faisaient avant de toucher aux moissons, au nom de tout le peuple. Elles se composaient de la gerbe et du pain dont il a été parlé plus haut . Après les moissons, ces mêmes offrandes se faisaient par les particuliers , afin qu'ils commençassent à faire usage des nouveaux fruits, et c'est pour cette raison qu'on les appelait prémices.

II n'y avait point de temps marqué pour les prémices des particuliers, et la quantité n'en était pas non plus prescrite. On s'assemblait en troupes de quatre-vingts personnes, pour apporter en pompe ces offrandes au temple .de Jérusalem. Chaque troupe était précédée d'un bœuf destiné au sacrifice : l'animal était couronné d'obvier, et ses cornes étaient dorées. Chacun portait dans un panier les prémices de ses terres : les riches avaient des paniers d'or ou d'argent ; les plus pauvres en avaient d'osier. Ils marchaient en cérémonie jusqu'au temple, en chantant des cantiques; et quand ils arrivaient à la montagne du temple, tous sans excepter le roi lui-même, s'il y était, prenaient leurs paniers sur leurs épaules , et les portaient jusqu'au parvis des Prêtres qui les recevaient en faisant des prières analogues à cet acte de piété.

Celui qui faisait l'offrande, disait : « Je reconnais aujourd'hui devant le Seigneur, que je suis entré dans le pays qu'il avait promis à nos pères; c'est pourquoi j'offre les prémices des fruits de la terre que le Seigneur m'a donnée. )> Après cette prière, il déposait son panier sur l'autel, se prosternait et s' en allait.

La loi ordonnait encore aux Hébreux de consacrer au Seigneur les premiers-nés de leurs fils, et les premiers-nés d'entre les animaux. Il était ordonné de racheter avec de l'argent les premiers-nés d'entre les enfants. On pouvait aussi racheter les premiers-nés d'entre les animaux impurs; quant aux animaux purs, ils étaient sacrifiés, et leur sang était versé autour de l'autel. On en brûlait la graisse, et les chairs appartenaient aux Prêtres aussi bien que toutes les autres offrandes. Ainsi le Seigneur l'avait réglé.

Si les Israélites avaient des jours de fête, ils avaient aussi des jours de jeiine. La loi n'avait ordonné qu'un seul jour déjeune général : c'était le dixième du septième mois , qui était la fête des expiations ; mais il y en avait d'extraordinaires , les uns dans les calamités publiques, les autres dans les afflictions particulières. On jeûnait aussi par simple dévotion.

Leur jeûne ne consistait pas seulement à manger plus tard, mais à s'affliger en toutes manières. Ils passaient le jour entier sans boire ni manger jusqu'à la nuit. C'est ainsi que le pratiquent encore non-seulement les Juifs, mais les Mahométans qui l'ont imité d'eux et des premiers Chrétiens . Les jeûnes publics étaient annoncés au son de la trompette, comme les fêtes. Tout le peuple s'assemblait à Jérusalem dans le temple ; dans les autres villes sur les places publiques. On faisait des lectures de la loi, et les vieillards les plus vénérables exhortaient le peuple à reconnaître leurs péchés, et à en faire pénitence. On ne faisait point de noces ce jour-là.

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On demeurait en silence dans la cendre et le ciiice. Ils portaient des habits sales et déchirés, ou des sacs, c'està-dire des habits étroits et sans plis, et par conséquent désagréables. Ils les nommaient aussi cilices, parce qu'ils étaient faits de gros camelot, ou de quelque étoffe semblable, rude et grossière. Ils avaient les pieds nus, aussi bien que la tête, mais le visage couvert; quelques fois môme ils s'enveloppaient d'un manteau pour ne point voir le jour. Les Prophètes avaient grand soin de leur rappeler que toutes ces marques extérieures de pénitence ne suffisaient pas, qu'il fallait y joindre la conversion du cœur.

Tel était, en peu de mots, l'état des Israélites, et telle fut l'influence salutaire de la Religion sur ce peuple. Grâce à elle, la nation juive fut la plus éclairée, la plus morale et la plus heureuse de l'antiquité '.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir donné la Religion au monde, et de tous les bienfaits dont elle a été la source continuelle : accordeznous la grâce d'être toujours dociles à ses lois salutaires.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /awrai le plus grand respect pour toutes les cérémonies de l'Eglise .

• royez Flcury, ynœurs des Isvaélit etFilassier , Erasie, t. 1.

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