‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 21 sur 59 · DE L'EXCELLENCE DE L'ORAISON · texte numérisé non relu

DE L'EXCELLENCE DE L'ORAISON

Agathe. — On dit que l'oraison est un moyen excellent pour éviter le péché et s'avancer dans la vertu. Je désirerais bien , ma sainte Mère , recevoir sur ce sujet les leçons de votre expérience et les lumières donl j'ai un si grand besoin.

Sainte Thérèse. — Je conseillerais à tout le monde, môme aux personnes qui n'ont point de vertus, de s'adonner à l'oraison, parce que c'est le moyen de les acquérir toutes. Il y va de la vie intérieure de l'âme de commencer par cet exercice. Celui qui l'a entrepris ne doit jamais le quitter, quelques fautes qu'il commette. Par lui il pourra se corriger; sans lui, ce sera infiniment plus difficile. Quant à ceux qui sont encore étrangers à l'oraison mentale, je les conjure de ne pas se priver d'un bien si précieux. Là il n'y a rien à craindre et tout à gagner (1). Les progrès seront lents : on ne fera pas d'héroïques efforts pour atteindre la perfection, ni pour se rendre digne des faveurs et des délices que Dieu accorde aux parfaits , c'est possible. Mais on apprendra du moins à connaître peu à peu la voie du ciel ; et si l'on y marche avec constance , on peut tout attendre de la miséricorde de Dieu. Ce n'est pas en vain qu'on choisit le divin Jésus pour ami. Car, selon moi, l'oraison n'est qu'un intime entretien d'amilié de l'âme seule à seule avec Dieu. Dans cette conversait) Il importe beaucoup de s'appliquer à suivre une méthode d'oraison qui nous sera indiquée par notre directeur. Nous recommandons vivement aux personnes qui veulent s'adonner à l'oraison , celle du grand serviteur de Dieu le séraphique M. Olier. Si nous ne pouvons suivre une méthode, nous ne devons pas nous inquiéter, pourvu toutefois, que nous n'ayons rien négligé pour nous y astreindre. Dieu fera le reste en nous, car son esprit peut se communiquer à notre âme comme il lui plaît.

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lion secrète, elle ne se lasse pas d'exprimer son affection à celui dont elle sait qu'elle est tendrement aimée.

Agathe. — Mais comment pourrait s'entretenir seule avec Dieu une âme qui ne sent point d'amour pour lui ? qui ne peut môme arrêter sa pensée sur lui , parce que mille imaginations vaines , mille images distrayantes du monde , la troublent et la préoccupent de toute part?

Sainte Thérèse. — N'importe. Dieu souffre en sa présence celui que sa société fatigue ! Quel excellent ami il est à son égard ! Avec quelle bonté il nous supporte et nous attend ! Avec quelle condescendance il nous traite , jusqu'à ce qu'enfin l'âme vaincue plie son humeur à celle de cet ami divin, qui si longtemps s'est plié à la sienne. Après avoir soutenu dans les commencements cette lutte d'un esprit distrait , on voit quelle récompense Dieu sait accorder en retour de la courageuse persévérance qui nous a tenus près de lui. Il arrête les efforts des démons, affaiblit leur empire, augmente les forces de ses fidèles athlètes et les rend enfin vainqueurs. Non, non, le Seigneur ne tue pas ceux qui mettent en lui leur confiance et veulent l'avoir pour ami. Il donne la vie à leur âme, et se plaît même à fortifier leur corps par une nouvelle vigueur.

Agathe. — Je conçois que l'on trouve dans l'oraison des lumières pour connaître la grandeur de ses

péchés, les peines éternelles qu'ils méritent, la gloire qu'ils font perdre ; mais si toutes ces considérations se font sans douceur et sans attrait, à quoi peuvent-elles servir? Il me semble qu'elles sont insuffisantes pour donner le goût des choses de Dieu, à ceux qui ne trouvent de charme qu'à celles du monde.

Sainte Thérèse. — Il ne tient pointa Dieu que ces âmes reviennent à lui et ne recouvrent son amitié. Il les éclaire, les console, leur témoigne une tendresse paternelle qui commence à réveiller leurs bons désirs. Quelquefois même il leur accorde la faveur de la contemplation ; mais cette faveur est rare et passagère. Il agit ainsi pour voir avec quelle ardeur ces âmes se porteraient à son saint amour. Mais si elles dédaignent ou méprisent ces grâces, elles sont bien coupables ! N'est-ce pas un très-grand mal en effet, quand Dieu daigne s'incliner vers nous, de nous détourner de lui pour lui préférer les choses de la terre et leur donner notre cœur? Heureux ceux qui sont fidèles à Notre-Seigneur ! En échange d'un peu de peine , il leur donne des douceurs intérieures qui leur rendent légères toutes les croix de cet exil.

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