‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 23 sur 59 · DE LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

DE LA SOLITUDE

Première préparation à l'oraison.

Agathe. — Quelles préparations sont nécessaires , ma sainte Mère, pour réussir dans l'oraison?

Sainte Thérèse. — La première préparation pour nous disposer à l'oraison, c'est de chercher la solitude. On ne peut en môme temps parler à Dieu et au monde : c'est pourtant ce qu'essaient ceux qui en priant d'un côté , écoutent de l'autre ce qui se dit auprès d'eux, ou s'arrêtent à tout ce qui leur vient à l'esprit sans chercher à en détacher leur pensée. Cependant Noire-Seigneur lui-même se retirait dans la retraite pour prier, non qu'il eût besoin de cet isolement pour se recueillir, mais pour notre instruction et notre exemple. Si nous demeurons dans l'embarras et le bruit des créatures, nous ne pourrons entendre ni ce que nous disons à Dieu , ni ce qu'il daigne nous répondre. Pour moi, j'ai tellement éprouvé la nécessité de cette solitude, que mon plus ardent désir de recouvrer la santé dans mes maladies, venait du besoin que je ressentais de me retrouver seule pour m'appliquer à l'oraison.

Agathe. — 11 me semble néanmoins , ma Mère , qu'il serait onéreux de ne pouvoir méditer que dans le secret des cellules, ou dans celui des déserts. Le cœur qui aime Dieu peut l'aimer dans tous les lieux du monde, et se ressouvenir partout de ses divines perfections.

Sainte Thérèse. — Sans doute; le véritable ami de Jésus aime partout son Bien-Aimé, et l'a partout présent à sa mémoire, mais l'amour de la solitude est inséparable du saint amour. Cependant quand

c'est l'obéissance, ou le zèle, qui nous engage dans l'action et nous prive des heures de l'oraison mentale, un soupir échappé du fond de notre cœur a une grande puissance auprès de Dieu, en lui exprimant la peine que nous éprouvons d'être enchaînés loin de lui dans cet exil, et celle, plus cruelle encore, de ne pouvoir nous entretenir librement avec lui dans le tête-à-tête de la solitude,

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