‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 27 sur 59 · DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

DE LA MÉDITATION

Agathe. — Toutes ces préparations étant faites , entrons, je vous en prie , ma Mère , dans l'édifice de l'oraison, et examinons-en la première partie.

Sainte Thérèse. — L'âme étant recueillie, comme nous l'avons dit , et se représentant Jésus-Christ au dedans d'elle-même, doit d'abord penser à ses souffrances et aux vertus dont il nous a donné l'exemple. Elle doit lui parler avec une grande humilité, et néanmoins lui adresser ses demandes comme au meilleur des pères ; lui raconter ses peines et lui en demander le remède ; cela s'appelle méditer. En effet, j'appelle méditation le discours que fait l'entendement en cette manière ou en d'autres semblables; nous commençons par penser à la grâce que Dieu nous a faite en nous donnant son Fils unique, et, sans nous arrêter là, nous passons aux mystères de toute sa glorieuse vie ; ou bien nous commençons par la prière du jardin des Oliviers, et l'entendement, sans s'arrêter à ce mystère, suit pas à pas le divin Mai ire

et considère ses douleurs jusqu'à ce qu'il le contemple attaché à la croix; ou bien encore nous prenons un point particulier de la passion , par exemple la prise de Notre-Seigneur par ses ennemis , et , pour approfondir ce mystère, nous considérons en détail tout ce qui peut frapper l'esprit et toucher le cœur, comme la trahison de Judas, la fuite des apôtres, et ainsi des autres circonstances. Cette sorte d'oraison est admirable et d'un grand mérite. D'autres fois , nous examinons comment Dieu est offensé par les hommes, et nous nous affligeons de la pensée que plusieurs se damnent. Nous considérons les périls auxquels nous sommes exposés, et le grand bien qu'il y a de quitter cette misérable vie !

Toutes ces méditations produisent particulièrement en nous l'horreur du péché.

Agathe. — Faut-il employer la méditation pour toute oraison ?

Sainte Thérèse. — Non , ma fille. Le but qu'on se propose dans la méditation étant de chercher Dieu, lorsque l'âme une fois l'a trouvé et qu'elle s'est accoutumée à ne le chercher que par l'opération de la volonté , elle ne veut plus se fatiguer en faisant agir l'entendement ; et peut-être aussi que la volonté étant déjà enflammée, cette généreuse puissance voudrait , si c'était possible, ne passer du concours de l'entendement; mais il sera impossible à l'âme de renoncer à ce concours parce que sou-

vent elle a besoin des considérations de l'entendement (4) pour enflammer la volonté. Ainsi, quand ce feu de la volonté n'est pas comme à l'ordinaire , et qu'on ne sent pas Dieu présent, on doit faire tout ce qui dépend de soi pour le chercher, à l'exemple de l'Épouse dans les Cantiques , et de saint Augustin dans ses Confessions. Dieu veut que lorsque le jardin de notre âme est desséché, nous tirions courageusement de l'eau du puits pour l'arroser ; c'està-dire qu'avec l'entendement nous tâchions de former quelques bonnes pensées en méditant sur la vie de Jésus-Christ. La pensée et la considération attentives de ce que Notre-Seigneur a souffert pour nous émeut nos cœurs de compassion, et nous fait répandre des larmes d'amour. La méditation de la gloire que nous attendons et de la tendresse du divin Sauveur pour nos âmes, nous excite aune joie vertueuse et méritoire. C'est ainsi que l'on commence à croître et à se nourrir de bonnes méditations, jusqu'à ce que l'on ait atteint la croissance parfaite.

Agathe. — N'y a-t-il pas quelque manière de méditer particulièrement utile pour avancer dans l'amour de Dieu?

(1) Lo concours de l'entendement n'est pas absolument nécessaire pour la véritable contemplation. Elle peut exister sans qu'il y concoure. Nous disons ceci pour la consolation des âmes qui dans l'oraison ne peuvent faire aucune espèce de raisonnement, ni discourir avec l'aide de cette faculté qui semble morte en elles.

Sainte Thérèse. — En voici une : L'âme peut se mettre en présence de Jésus-Christ , s'entretenir cœur à cœur avec lui sans fatiguer l'entendement, et savourer le bonheur d'être en sa compagnie. Là , dans ces doux entretiens , point de pénibles raisonnements, mais une exposition naïve des besoins de l'âme et des motifs qu'aurait le divin Maître de ne pas nous souffrir à ses pieds. Il faut suivant le temps varier cette occupation de l'âme, afin qu'elle ne se dégoûte point par la continuité de la même nourriture. Les aliments dont je viens de parler sont très-savoureux et très-agréables. Dès qu'on a commencé à les goûter, ils communiquent à l'âme une forte substance qui la vivifie, et ils l'enrichissent en outre de plusieurs trésors précieux.

Agathe. — Il me semble que l'entendement devrait s'appliquer surtout à considérer les sentiments qui ont animé les actions de Notre-Seigneur, afin d'exciter davantage les désirs et les résolutions de la volonté.

Sainte Thérèse. — Il est excellent en effet de nous souvenir de l'amour avec lequel Jésus-Christ nous a fait tant de grâces, et de nous rappeler en même temps quel gage précieux son Père nous a donné en Lui de cette excessive charitë dont il nous anime, car l'amour attire l'amour. Et quoique nous soyons encore faibles et très-imparfaits , excitonsnous sans cesse à aimer Notre-Seigneur. Une fois

qu'il aura imprimé cet amour dans nos cœurs , tontes choses nous seront faciles, et nous avancerons beaucoup en peu de temps sans la moindre peine. Donc quand on considère en Notre-Seigneur l'union de la nature divine avec la nature humaine , il faut médider l'ineffable charité et l'humilité profonde avec lesquelles il s'est abaissé pour se faire homme , et comment il a élevé l'homme jusqu'à être Dieu ; avec quelle libéralité généreuse il a employé sa puissance à se manifester à nous pour nous rendre participants de sa gloire, de son pouvoir, de la grandeur qui le met au-dessus de toutes choses !

Tout , dans Notre-Seigneur, est pour nous un sujet d'oraison : sa tête couronnée d'épines, nous porte à lui demander d'éclairer notre intelligence par autant de rayons de foi que ces cruelles épines ont fait d'ouvertures à ce chef adorable et divin. En contemplant ses pieds transpercés , nous pouvons songer avec quelle diligence il est venu nous chercher, et avec quelle pesanteur nous suivons ses augustes traces. Son côté ouvert nous laisse voir comment il a voulu nous découvrir son cœur, et nous l'offrir comme une arche de salut au milieu du déluge des troubles et des tentations. Enfin à l'aspect de ce cœur percé supplions-le d'ouvrir aussi le nôtre, tant pour lui représenter nos misères que pour lui en demander le remède.

Agathe. — Cette manière de rapporter tout à

l'amour me paraît bien conforme à l'Écriture lorsqu'elle nous dit : Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique.

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