‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 28 sur 59 · DES SÉCHERESSES QUI SE RENCONTRENT DANS LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

DES SÉCHERESSES QUI SE RENCONTRENT DANS LA MÉDITATION

Agathe. — Que doit faire l'âme qui se fatigue à descendre souvent le seau dans le puits et le retire toujours vide : je veux dire qui ne trouve dans la méditation qu'ennuis, dégoûts, répugnances ?

Sainte Thérèse. — Elle doit se rappeler le contentement qu'elle donne au maître du jardin par ce travail, quoiqu'elle-môme le trouve inutile; car elle plaît d'autant plus au maître qu'elle cherche moins sa propre satisfaction, et qu'elle envisage moins la récompense en ne s'occupant que du soin de faire ce qu'on lui a demandé.

Agathe. — Quelles considérations pourraient être utiles pour exciter une âme à supporter ces stérilités ?

Sainte Thérèse. — Elle peut penser qu'elle porte la croix de Jésus-Christ ; qu'il y a de l'honneur a pouvoir dire avec lui : Mon royaume n'est pas de ce monde; mais que le jour viendra où on lui payera ses peines au centuple parce qu'elle sert un bon

maître, toujours attentif à considérer les travaux de ses serviteurs.

Agathe. — Mais pourquoi Dieu permet-il ces sortes de tourments à ceux qui désirent s'approcher de lui?

Sainte Thérèse. Premièrement, c'est afin d'éprouver ceux qui l'aiment, et de savoir s'ils pourrontboire le calice qu'il a bu le premier, pour devenir dignes des grands trésors qu'il veut leur communiquer.

Deuxièmement, il veut que nous connaissions par notre propre expérience la misère qui est en nous , de peur que les faveurs qu'il veut nous faire nenous attirent quelque chose de semblable à ce qui arriva à Lucifer.

Troisièmement, il désire nous donner l'occasion de nous abandonner entièrement à sa conduite (1) comme n'étant plus à nous-mêmes mais à lui, et que nous estimions qu'il nous fait assez de grâces de nous permettre de bêcher dans son jardin, et d'y demeurer auprès du maître, car certainement il est

(1) Il n'y a pas de voie qui nous conduise plus sûrement à Dieu que celle de l'abandon. Dieu sait mieux que nous ce qui nous est utile. 11 faut dès lors nous abandonner à sa bonté et à son amour. Il agira dans mon cœur, il établira son règne en moi. Toute la science de la perfection est de laisser le divin Jésus régner en nous , agir et vivre dans nos cœurs. C'est la science des sciences, et celui qui sait laisser Jésus agir en lui en Maître est dans la voie assurée de la plus haute perfection. Jésus opérera sur nous et en nous des merveilles si nous sommes fidèles à nous abandonner à lui et à nous confier à son amour.

avec nous. Or, si sa volonté est que les plantes de ce jardin croissent sans l'eau tirée du puits, que nous importe !

Agathe. — Mais si nos sécheresses viennent de notre propre défaut, comment peuvent-elles nous être utiles?

Sainte Thérèse. — Quelquefois, en effet, cet état intérieur peutprovcnir de causes extérieures, comme d'une indisposition corporelle, des variations du temps, de l'émotion des humeurs; car l'âme captive dans ce corps mortel participe à ses misères, de sorte que, dans cet esclavage, elle ne fait pas ce qu'elle veut et endure mille peines diverses. Quand son mal vient de cette source, on en augmente souvent la grandeur et la durée en la pressant à s'occuper de l'oraison, de même qu'on accroîtrait les douleurs d'un malade en l'obligeant à quelque travail pénible. Il faut donc alors servir le corps pour l'amour de Dieu afin qu'ensuite il serve l'âme. On pourra prendre quelques récréations innocentes, ou l'air des champs, selon le conseil du directeur qui doit juger combien de temps l'on devra laisser l'oraison , et à quel moment il sera bon de la reprendre. Si la souffrance ne rend pas alors incapable des bonnes œuvres extérieures , il sera utile de s'y appliquer.

Quand au contraire les sécheresses sont produites par les efforts du démoli, ce que le trouble et les

distractions de l'entendement font connaître , il est sage de ne pas quitter l'oraison , mais il faut se résigner à porter la croix de Jésus-Christ, et demeurer en sa présence avec humilité sans affliction d'esprit.

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