‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 30 sur 59 · DES GOUTS QUE DIEU DONNE DANS L'ORAISON · texte numérisé non relu

DES GOUTS QUE DIEU DONNE DANS L'ORAISON

Agathe. — Est-il permis de demander à Dieu des goûts dans l'oraison?

Sainte Thérèse. — Je ne voudrais pas dire qu'il n'est pas permis de les demander, mais je pense que si l'âme a un peu d'humilité, elle ne les demandera jamais. J'ai prié Dieu de m'en accorder une seule fois où je me trouvais dans une grande aridité ; ensuite considérant ce que je faisais , j'en demeurai si confuse que la peine de me voir si peu humble me donna ce que j'avais osé demander. Il me semble qu'il n'appartient en effet de recevoir ces goûts qu'à ceux qui ont fait tous leurs efforts pour avoir la vraie dévotion. Cette dévotion consiste à éviter toute sorte de mal, et à être déterminé à faire toute sorte de bien,.

Agathe. — Si ces goûts, ces consolations spirituelles , ces tendresses d'amour se donnaient seulement comme un témoignage de bienveillance , je

pcn^e, en effet, qu'il n'y aurait que les personnes ainsi disposées qui pourraient y prétendre, mais comme c*és prix et ces faveurs relèvent le courage des âmes qui les reçoivent, il me semble que tout le monde peut y aspirer.

Sainte Thérèse. — Ceux qui ne font que commencer, et de pauvres femmes comme moi, douées de peu de courage et de force, peuvent avoir besoin de ces douceurs pour supporter les travaux auxquels Dieu voudra les exposer; mais pour de grands serviteurs de Dieu, des personnes éminentes en doctrine et pourvues de beaucoup d'esprit, aspirer à ces goûts, se plaindre, s'affliger d'en être privées, c'est une chose que je ne puis entendre sans déplaisir. Je ne dis pas que ces personnes doivent refuser ces faveurs si Dieu veut les en favoriser, au contraire, elles doivent en faire grand cas ; car si sa divine Majesté les leur donne, c'est que ces dons leur sont utiles ; niais elles ne doivent pas s'attrister lorsqu'ils leur manquent, puisque Dieu les leur accorderait s'ils étaient nécessaires au bien de leur âme.

Agathe. — Si l'on doit estimer ces faveurs lorsque Dieu les donne, pourquoi ne pas les demander quand on ne les a pas?

Sainte Thérèse. — Pour plusieurs raisons.

La première, parce qu'il faut aimer Dieu sans intérêt; et il me semble qu'en ces choses nous recevons plutôt que nous ne donnons.

La seconde, parce que c'est manquer un peu d'humilité de penser que pour nos misérables services nous devions obtenir une si grande faveur.

La troisième, parce que la véritable préparation à toutes sortes de biens, c'est un désir de souffrir et d'imiter N. S. Jésus-Christ, et non d'en obtenir des goûts , nous qui l'avons si souvent offensé. C'est une chose étrange qu'au milieu de mille misères et imperfections, nous ne rougissions pas de désirer des goûts dans l'oraison , et de nous plaindre de ses aridités. Il faut courageusement porter la croix avec N. S. Jésus -Christ , parce qu'il n'y a point d'arme meilleure que la croix pour combattre les démons, ni de fondement plus assuré pour élever l'édifice de la perfection qu'une généreuse résolution de perdre avec Jésus-Christ le repos, les contentements, la vie même.

La quatrième raison pour ne pas demander les goûts dans l'oraison, c'est que la divine Majesté n'est point obligée de nous les accorder comme elle s'est obligée de nous donner un jour sa gloire, si nous observons ses commandements ; car sans ces goûts nous pouvons nous sauver. Dieu sait mieux que nous ce qui nous est convenable. Du reste , il est des âmes qui marchent si parfaitement dans les voies de l'amour divin , que leur but unique est de servir Jésus-Christ crucifié; aussi ne déniant! nt-elles point ces suavités: mais leur désintéressement est tel

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qu'elles prient le Seigneur de ne leur donner en cette vie aucune de ces douceurs.

Agathe. — Je voudrais savoir pourquoi Dieu accorde ces goûts à quelques-uns, et n'en gratifie point les autres , môme après plusieurs années passées à son service.

Sainte Thérèse. — Nous ne devons point chercher curieusement les motifs pour lesquels Dieu agit différemment dans les âmes, mais il faut croire qu'il fait toute chose pour leur plus grand hien. Nous ne sommes plus à nous; nous lui appartenons entièrement. Qu'il nous conduise donc par la voie qu'il voudra choisir. Chacun doit être dans ce sentiment. Une âme a fait déjà un long chemin lorsqu'elle ne s'inquiète plus d'avoir des goûts ou de n'en avoir point. Elle a déjà assis et élevé bien haut , sur un fondement solide , l'édifice de sa perfection ; car l'amour de Dieu ne consiste pas à éprouver pour lui des suavités et des tendresses , mais à le servir avec justice, force, courage, humilité.

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