‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 31 sur 59 · DE LA DIFFÉRENCE QU'IL Y A ENTRE LES G0LT3 ET LES CONTENTEMENTS · texte numérisé non relu

DE LA DIFFÉRENCE QU'IL Y A ENTRE LES G0LT3 ET LES CONTENTEMENTS

Agathe. — Peut-on qualifier du nom de goïds tous les contentements que l'on ressent dans l'oraison?

Sainte Thérèse. — Non. Il y a une différence trop marquée entre les contentements et les goûts.

Nous appelons contentements les douceurs et les consolations que nous acquérons par notre méditation et par les demandes que nous faisons à Dieu : ceci procède de notre naturel, aidé néanmoins de la grâce. Cette satisfaction intérieure nous vient aussi de la bonne œuvre que nous pratiquons en priant ; car il est raisonnable d'être heureux d'une occupation aussi glorieuse et aussi honorable pour nous. Ainsi ce contentement naît de notre propre fond et aboutit ensuite à Dieu , mais les goûts ont une origine plus élevée : ils viennent directement de Dieu et se font sentir à la nature avec une joie aussi grande, et même plus grande que celle que l'on restent dans les choses du monde; comme le serait par exemple celle d'une personne qui soudainement se verrait pourvue de grands biens, ou élevée à de trèshautes dignités qu'elle aurait ardemment désirées.

Les contentements ne dilatent point le cœur, au contraire le plus souvent ils semblent le resserrer et le rétrécir un peu, même dans les choses faites pour l'amour de Dieu. Ainsi dans les larmes versées sur les souffrances du Sauveur et sur nos péchés, il entre certaines influences naturelles , un certain effet des dispositions de notre tempérament, comme je l'ai autrefois éprouvé. Cependant ces larmes sont bonnes et il faut les estimer si elles sont humbles. Mais les

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pouls produisent une dilatation de cœur pleine de douceur et de paix. Ils font couler des larmes qu'on ne peut retenir et qui s'épanchent même sans qu'on s'en aperçoive.

Je vais essayer de vous faire bien comprendre la différence des contentements et des goûts par une comparaison.

Représentez-vous deux bassins dont l'un est alimenté par des eaux provenant de canaux divers qu'on a destinés à les lui fournir, et dont l'autre est rempli par une source dans laquelle il est placé, de telle sorte que cetle source non-seulement l'emplit sans aucun bruit, mais encore découle au dehors avec abondance.

L'eau venant par les canaux représente, selon moi, les contentements que l'on retire de la méditation par les pensées que nous faisons naître, en exerçant notre entendement à leur recherche. Mais dans l'autre fontaine l'eau sort de sa propre source qui est Dieu. Et quand sa Majesté veut nous faire quelque grâce surnaturelle, elle la produit avec beaucoup de paix, de quiétude, de douceur, dans le fond de nousmêmes. Il semble que le Prophète ait ressenti ces goûts divins lorsqu'il dit à Dieu : a Vous avez dilaté mon cœur. » L'eau de ces saveurs intérieures déborde par toutes les puissances de l'âme. Cette consolation se fait sentir même d'une manière extérieure dans le corps.

Agathe. — Permettez, ma Mère, que je vous communique la pensée qui m'est venue au sujet du verset que vous avez cité, afin que vous me disiez si elle est bonne : J'ai couru dans la voie de vos commandements, dit le Prophète, lorsque vous avez dilaté mon cœur. Cette voie n'est-elle pas celle des deux commandements de l'amour? car en goûtant Dieu et combien il est doux, il est impossible qu'on n'avance pas beaucoup dans son amour et dans celui du prochain.

Sainte Thérèse. — Sans doute. On ne reçoit point ces goûts divins sans qu'ils ne deviennent comme une eau qui éteint en nous toute ardeur pour les choses de ce monde , de sorte qu'on ne s'arrête et ne s'affectionne plus à aucune ; mais aussi sans qu'ils soient comme un feu qui allume naturellement dans l'âme le divin amour, et la remplit d'une ardeur qui voudrait embraser tout le monde.

DES TENTATIONS ET DES PEINES INTÉRIEURES QUE L'AME ÉPROUVE DANS L'ORAISON.

Agathe. — L'Évangile nous dit que l'ennemi vint et sema de l'ivraie dans le champ du père de famille, afin que cette mauvaise graine étouffât le bon grain. Il me semble aussi que le démon, voyant les grâces

versées par Dieu sur les âmes dans l'exercice de l'oraison, doit employer divers moyens pleins de malice pour en empêcher les heureux effets. Veuillez, je vous prie , ma Mère, m 'instruire sur un sujet si important. *

Sainte Thérèse. — Certaines tentations sont, en effet, ordinaires dans les commencements du saint exercice de l'oraison. Je vais vous éclairer sur celles qu'il me semble le plus utile de connaître.

Le démon, pour nous priver des avantages de l'oraison , et mécontent d'ailleurs des dommages qu'elle lui cause , met tout en œuvre pour nous en détourner. Il nous représente donc tant de difficultés, et nous fait appréhender tant de périls, qu'il ne faut pas peu d'énergie pour ne pas tout abandonner. Le monde sert aussi les desseins du démon, et il nous dit souvent que la voie de l'oraison est très-périlleuse ; que telle âme s'y est perdue ; que telle autre s'y est laissé tromper; que celle-ci, qui priait beaucoup , est malheureusement tombée, et que rien n'est plus facile dans ce chemin que les illusions dangereuses.

Tous ces discours , unis aux tentations du démon et à ma négligence, me donnèrent un teléloignement de ce salutaire exercice, et nie faisaient éprouver une si grande tristesse à son abord, que je dus employer tout mon courage, qu'on dit n'être pas petit, pour ne pas l'abandonner.

Agathe. — Qu'est-ce qu'une âme peut opposer à cette tentation?

Sainte Thérèse. — Le mépris des craintes qu'on lui donne, et des périls dont on cherche à l'épouvanter. Cet exercice étant le chemin royal où l'on trouve tous les trésors nécessaires pour arriver au ciel, estil étrange qu'il faille combattre contre une foule de larrons qui veulent nous les enlever?

Ces larrons sont les mauvais anges ; mais le monde n'est guère mieux disposé qu'eux à nous laisser recueillir ces grands biens. Du reste, aveugle comme il l'est, il ignore quel nombre effrayant d'âmes se sont perdues et .sont tombées dans l'hérésie, faute d'avoir fait oraison. Élevons-nous au-dessus des craintes dangereuses que les hommes et les démons veulent nous inspirer. Faisons-nous une sainte violence pour entrer dans la voie tracée par Jésus notre Maître, et si constamment suivie par les élus et les saints qui s'y sont enrichis des biens du ciel.

Agathe. — Ces réflexions sont bonnes, sans doute, pour surmonter nos vaines frayeurs ; mais les difficultés ne sont pas vaincues pour cela : il y en a encore, dit-on, bien d'autres à combattre quand on est en oraison.

Sainte Thérèse. — J'en conviens, et parmi ces difficultés, une des plus fâcheuses provient des pensées vagabondes, importunes, souvent innombrables dont l'âme est tourmentée. Il y a d'ailleurs des en-

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fondements si déréglés et si peu domptés, qu'ils courent çà et là, comme des chevaux échappés au maître, sans qu'on puisse les arrêter. Ils sont dans une agitation et une inquiétude perpétuelles. On pourrait les comparer encore à des personnes pressées parla soif, et qui voyant de l'eau fort loin, souhaiteraient de s'en approcher, mais qui en seraient repoussées par des gens décidés à leur barrer le passage. Découragés, ces pauvres altérés, après avoir lutté contre ces premiers ennemis, se laissent vaincre par les seconds ou les troisièmes, et renoncent àapprocherde la source bienfaisante lorsqu'ils étaient presque au moment de s'y abreuver. C'est ainsi qu'ils perdent cette eau vive dont Notre-Seigneur disait à la Samaritaine, que quiconque en boirait n'aurait plus soif des choses de cette vie.

Agathe. — Mais quel moyen a-t-on pour se défendre des pensées étrangères à l'oraison?

Sainte Thérèse. — L'âme doit songer qu'elle ne va pas à ce saint exercice pour se satisfaire elle-même, mais pour plaire à Dieu. Elle ne doit donc pas quitter l'oraison à cause de ces distractions fatigantes, mais y persévérer en portant cette Croix. Quant aux pensées mauvaises que le démon lui inspire, qu'elle les méprige courageusement. Saint Jérôme lui-même en souffrait au fond de son désert. Ces travaux sont grands, je l'avoue; mais ils ont leur récompense. Dieu nous conduit par ce chemin pour nous montrer

ce que nous sommes, afin que nous n'ayons pas la tentation de nous attribuer les faveurs très-élevées qu'il veut nous accorder plus tard.

Agathe. — Cependant une âme sans cesse tourmentée ne ferait-elle pas mieux d'abandonner l'oraison?

Sainte Thérèse. — Nous pouvons servir Dieu en toute chose; son joug est doux. Il sait bien quelle est notre misère, et il connaît mieux que nous la faiblesse et l'impuissance de notre nature, ainsi, il ne nous juge pas sur ce qui se passe en nous malgré nous, mais il considère le désir que nous avons de penser à lui et de l'aimer. C'est là ce qu'il désire 'voir dans notre âme. Quant à l'affliction que nous prenons des distractions et des mauvaises pensées, elle ne sert à rien qu'à inquiéter l'âme et à la retarder dans ses progrès spirituels. Je conseille donc (et quand je répéterais cet avis plusieurs fois, l'importance de la chose le mérite bien), je conseille, dis-je, à toute personne faisant oraison, de ne se tourmenter ni désoler aucunement à cause des distractions et des inquiétudes qu'elle y éprouve, si elle veut obtenir la liberté d'esprit, et ne pas vivre continuellement dans l'amertume et l'angoisse du cœur,

Ne nous effrayons pas de la croix : nous verrons combien Notre-Seigneur nous aidera à la porter. Quelle joie nous ressentirons de ce secours divin;

quel profit spirituel nous retirerons de tout cela à l'intérieur et à l'extérieur (1) !

DE DEUX TENTATIONS OPPOSÉES, SAVOIR ! DE L'EXCES D'ASSURANCE DANS LES OCCASIONS , ET DE L'EXCÈS DE CRAINTE.

Agathe. — Supposons une âme qui n'est inquiétée ni par les distractions ni par les mauvaises pensées, que pourra alors faire le démon pour la détourner de cet exercice?

Sainte Thérèse. — Cet ennemi de tout bien ne manque pas de ruses pour nous surprendre, ni de malice pour nous vouloir toujours du mal. Une des batteries qu'il dirige le plus souvent contre l'âme, c'est de l'aveugler sur les périls où la jettent certaines occasions dangereuses. Je prie donc chacun de se bien tenir en garde contre cette manœuvre, et je l'en prie pour l'amour de Notre-Seigneur. Une fois que l'on s'est engagé dans ces occasions, on se trouve environné d'ennemis résolus à profiter de notre fai-

(1) La dévotion au sacré cœur de Jésus nous a été donnée dans ces derniers temps pour ranimer sur la terre la flamme de la charité qui s'est refroidie parmi les hommes. Elle est le moyen par excellence pour faire des progrès dans les voies de la perfection. Il nous importe d'unir à cette dévotion celle envers Marie immaculée, et le glorieux saint Joseph.

blesse à nous défendre. Il fut un temps où j'étais dans cet aveuglement; mon âme était captive, et je ne savais pas en quoi consistait cet esclavage. J'entretenais alors des relations qui sans être mauvaises nourrissaient en moi la dissipation et la tiédeur. Je rencontrai des confesseurs trompés par l'innocence de ces récréations, et qui croyaient pouvoir mêles permettre, malgré le degré d'oraison où j'étais déjà parvenue. Je sentais néanmoins que je ne faisais pas pour Dieu tout ce que j'aurais dû faire. J'en souffrais sans briser les liens de ma captivité, et je sens mon âme encore pleine de tristesse au souvenir de la trop grande liberté qu'on lui laissait alors, pour des amusements qui cependant semblaient permis et légitimes. Plût au ciel que j'eusse eu durant ces années un directeur assez éclairé pour réapprendre à fuir ces occasions! J'aurais profité des forces que Dieu me donnait pour en faire le sacrifice. Mais le démon fut si rusé qu'il retarda beaucoup, par ces vaines satisfactions, le progrès spirituel de mon âme.

Agathe. — Je comprends bien, ma Mère, que le manque de crainte et une certaine assurance dans les occasions d'amusements qui semblent permis, seraient une tentation subtile et très-dangereuse; cependant je ne saurais approuver une extrême timidité qui fait croire à quelques personnes que tout est perdu, si elles prennent quelque liberté de se récréer.

Sainte Tiiérèse. — C'est une autre tentation opposée à eelle dont nous avons parlé. En effet, il y a des personnes qui pensent perdre leur dévotion aussitôt qu'elles s'accordent la distraction la plus légère. C'est une erreur dont il faut préserver les commençants, en les habituant à marcher avec joie et liberté. Sans doute, il faut soigneusement garder la crainte de sa faiblesse pour ne se confier jamais en soi-même, et éviter toujours les occasions où l'on sait que l'on offenserait Dieu; mais il est permis de prendre quelques récréations, afin que l'esprit reposé puisse revenir plus vigoureusement à l'oraison.

Agathe. — L'ignorance, qui fait croire à l'âme qu'elle pourrait par ses efforts s'élever tout à coup au-dessus de la nature et vivre dans un parfait détachement, n'est-elle pas le motif de l'extrême contrainte de quelques personnes?

Sainte Thérèse. — Oui, c'est en effetune erreur de croire que l'on s'élève si vite. Il faut humblement espérer de la bonté de Dieu, ce qui est très-certain, qu'il nous fera parvenir à la sainteté si nous nous efforçons peu à peu d'y arriver avec son assistance. Sa divine Majesté aime les âmes courageuses; mais il faut qu'elles soient humbles et qu'elles n'aient aucune confiance en elles-mêmes. Elles doivent, dans ces premières ferveurs, se soumettre à la direction d'un maître spirituel ; non de ceux qui apprennent à setraînerdans les voies de la perfection comme les

reptiles se traînent sur la terre, mais de ceux qui enseignent à voler comme des colombes, animant aux grandes choses, toujours avec humilité cependant, et peu à peu, comme il convient de le faire dans ces voies.

Il en est de l'âme à ces débuts comme d'un petit oiseau qui ayant d'abord les ailes faibles, voltige, se lasse, s'arrête; mais qui continuant de monter de branche en branche, ne laisse pas d'atteindre bien haut.

de quelques tentations qui arrivent sous prétexte d'humilité.

Agathe. — Jte ne doute point de la sûreté que l'humilité donne à l'âme dans les communications intérieures de l'oraison; mais je désirerais savoir si le démon ne peut pas se servir de cette même vertu pour en faire l'instrument de quelques tromperies. . Sainte Thérèse. — Ma propre expérience, chère fille, ne m'a que trop démontré avec quelle habileté le malin esprit emploie l'humilité même à nous jeter dans des erreurs dangereuses : tandis que je résistais aux inspirations divines, et me livrais à certaines dissipations, j'avais honte d'approcher de Dieu pour recevoir les douceurs de son intimité sainte, et je

VINGT ET UNIÈME INSTRUCTION. Ou

tombai à cette occasion dans la plus périlleuse ruse où le démon pût m'attirer sous prétexte d'humilité.

Me voyant donc si mauvaise, je commençai à redouter l'exercice de l'oraison. Il me semblait qu'il était plus avantageux pour moi de suivre l'exemple de la plupart des âmes, puisque j'étais pire qu'elles, et qu'à leur imitation je ferais bien de rne contenter des prières vocales auxquelles j'étais obligée, sans me mêler de traiter d'oraison mentale et de communiquer si intimement avec Dieu, moi qui ne méritais que l'entretien des démons. D'ailleurs, il me paraissait indigne d'abuser le monde par les apparences d'une piété que je n'avais pas.

Pénétrée de ces sentiments, j'abandonnai donc l'oraison mentale, et je m'éloignai ainsi du remède à toutes mes misères, en m'exposant par là même à tomber dans toutes sortes de maux.

En effet, l'oraison est la porte par laquelle Dieu nous fait passer ses grâces : or, si nous venons à la fermer, je ne sais par où elles nous arriveront. Cette voie est vraiment la seule sur laquelle la divine bonté veut venir vers l'âme pour la consoler et la caresser; mais si nous obstruons cette voie, si nous la hérissons d'obstacles au lieu de la débarrasser, comment Dieu viendra-t-il à nous? comment nous apporterat-il ses précieuses largesses ?

Agathe. — C'est pourtant une chose bien pénible d'essayer d'approcher d'un Dieu qu'on a offensé, et

qui, ne nous faisant que du bien, n'a reçu de nous que des marques d'ingratitude?

Sainte Thérèse. — Cela doit répugner à une âme en qui il reste quelque sentiment délicat, j'en conviens; cependant il ne faut jamais quitter l'oraison pour ce motif, puisque c'est là qu'on trouve le remède à toutes les maladies de notre âme. Sans cet exercice, les difficultés de la conversion deviennent beaucoup plus grandes. Rapportons-nous en cela à la parole du Seigneur. Il a promis au véritable repentir et à la sincère résolution de ne plus l'offenser, le retour de sa première tendresse. Dans sa miséricorde, il nous accorde les mômes grâces qu'avant nos fautes, et souvent encore davantage, si notre contrition le mérite ; mais le démon nous cache encore une trèsfuneste tentation sous le voile de l'humilité.

Agathe. — Laquelle? ma Mère.

Sainte Thérèse. — C'est la persuasion où il met des âmes qui font oraison qu'il y aurait orgueil à elles de vouloir imiter les saints et de désirer le martyre. Il leur fait entendre que les actions des saints sont plutôt à admirerqu'à imiter par des pécheurs tels que nous sommes. Ces propositions sont évidemment fausses; car s'il y a des choses dans les saints qui sont seulement dignes d'admiration, il y en a d'autres qui demandent notre imitation. Assurément une personne faible et malade ne pourrait pas entreprendre de longs jeûnes et faire de grandes austéri-

tés; elle essaierait en vain de s'en aller dans les déserts où elle ne trouverait ni abri pour protéger son sommeil, ni aliments pour soutenir sa faiblesse; mais elle pourra, avec l'aide de Dieu, mépriser beaucoup le monde, retirer ses affections aux biens périssables, garder la solitude et le silence, et pratiquer, selon sa condition, plusieurs autres vertus qui ne tueront point ce misérable corps, dont le démon ne nous recommande si fortement les intérêts que pour nous empêcher de vaquer aux choses de l'âme.

Agathe. — Il me semble que lorsque l'humilité n'ose aspirer aux grandes choses, elle n'est réellement que la lâcheté d'un cœur trop amoureux de lui-même.

Sainte Thérèse. — C'est aussi un stratagème du démon. Il nous représente celte paresse et cette pusillanimité de l'âme comme un trait de prudence et de discrétion. Il nous détourne des œuvres pieuses par la crainte de compromettre notre santé et même notre vie. Il va jusqu'à nous faire appréhender de devenir aveugles si nous versons tant de larmes dans l'oraison. Souvent il nous met dans l'esprit que l'abondance servirait beaucoup plus à notre recueillement intérieur que la pauvreté, parce que les soins que celle-ci peut donner distraient et inquiètent dans le temps de l'oraison.

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