‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 35 sur 59 · QUE-LE DIRECTEUR DOIT ÊTRE SPIRITUEL · texte numérisé non relu

QUE-LE DIRECTEUR DOIT ÊTRE SPIRITUEL

Agathe. — Pensez-vous, ma mère, que la science seule suffise pour faire un bon directeur?

(1) 11 y a des âmes qui éteignent trop facilement en elles les inspirations de la grâce. Il ne suffit pas qu'un directeur nous dise une chose pour être excusables devant Dieu, si notre conscience persiste à nous montrer que Dieu demande de nous quelque chose de plus parfait.

Sainte Thérèse. — Non. Il faut qu'il soit à la fois docte et spirituel, car l'expérience sert beaucoup dans les matières intérieures.

Je n'ai trouvé de remèdes salutaires aux craintes dont j'étais tourmentée dans les commencements, qu'auprès des personnes spirituelles et avancées dans les grâces divines. Oh ! que c'est une grande chose de connaître une âme, son état, comment il faut la gouverner ! Dieu donne des lumières pour tout cela à ceux qui approchent plus près de lui, et les communique particulièrement par la vertu du sacrement de pénitence.

Je dis donc qu'un directeur expérimenté est trèsnécessaire. Celui qui manque d'expérience peut faire beaucoup de fautes, conduire une âme sans la connaître et sans lui donner lieu de se connaître ellemême. J'ai connu des personnes réduites à de grandes extrémités à ce sujet, parce que ces maîtres n'entendant pas les secrets de l'esprit, affligent l'âme, tourmentent le corps, et empêchent ainsi l'avancement spirituel de ceux qu'ils dirigent.

Agathe. — S'il fallait choisir entre un directeur savant, mais sans oraison, et un homme intérieur, mais sans cette grande science, que faudrait-il faire?

Sainte Thérèse. — Il importe extrêmement que le directeur soit d'un esprit solide et qu'il ait de l'expérience; si à cela il joint la doctrine, c'est parfait. Mais si l'on ne peut en rencontrer un qui réunisse

ces trois qualités, il est plus utile qu'il possède les deux premières, parce qu'on peut, s'il en est besoin, consulter des personnes savantes.

Agathe. — La science dans le directeur sert donc moins à faire avancer dans l'oraison, qu'à découvrir les abus qui pourraient s'y glisser?

Sainte Thérèse. — Quoique, selon moi, des savants étrangers à l'oraison soient peu propres à faire faire des progrès aux commençants, j'estime que les rapports avec eux sont toujours très-utiles. J'aimerais mieux, je l'avoue, qu'une âme renonçât à l'oraison que de la voir dès le début s'engager dans une fausse route. C'est un grand trésor que la science ; elle enseigne, elle éclaire ceux qui n'ont pas beaucoup d'instruction, comme nous. Elle nous guide à la lumière même des saintes Écritures, et nous nous acquittons ainsi de nos obligations avec sécurité, nous garantissant des dévotions mal entendues. Qu'on ne se trompe donc point en disant, que des savants étrangers à l'oraison ne sauraient convenir aux âmes qui la pratiquent. C'est une erreur évidente. Quelques-uns sans doute n'auront pas une connaissance expérimentale des voies intérieures, mais ils ne les ont pas en aversion; ils ne les ignorent pas, et avec le secours des Écritures qu'ils étudient assidûment, ils découvrent toujours les véritables marques du bon esprit (1). Je tiens pour certain qu'une personne

(1) La vraie voie spirituelle est toujours entre deux écueils. il

d'oraison qui consulte les savants ne sera pas trompée par les artifices du démon, si elle ne veut se tromper elle-môme. Cet esprit de ténèbres craint singulièrement la science humble et vertueuse ; il sait qu'il sera découvert par elle, et qu'ainsi les ruses qu'il emploie tourneront à sa confusion.

Agathe. — Je conclus donc qu'un directeur spirituel, ayant l'expérience des choses intérieures, ouvre les voies du bon esprit et y achemine les âmes, tandis que le directeur savant découvre les voies du mauvais esprit. Le premier est donc préférable au second, puisqu'il entre dans les secrets du Roi, au lieu que celui-ci ne fait que garder les abords de sa demeure.

Sainte Thérèse. — Remercions Dieu, ma fille, de nous avoir donné ces ministres fidèles qui nous.communiquent la lumière. Que deviendrions-nous sans eux au milieu des tempêtes qui, de nos jours, agitent l'Église? Daigne le Seigneur le soutenir de sa main et protéger ces fermes appuis de notre faiblesse !

nVst donc pas étonnant qu'il suit si nécessaire que nous soyons sans cesse éclairés et instruits. Celui qui sera attaché à son propre sens et à ses opinions se jettera dans un abîme sans s'en douter. Imitons sainte Thérèse, qui aimait à recourir aux hommes les plus versés dans les voies spirituelles.

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