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DES EFFETS DE L'UNION DIVINE

Agathe. — Veuillez m'expliquer, comme vous me l'avez promis, ma mère, les effets de l'union divine.

Sainte Thérèse. — Toutes les âmes favorisées de l'union divine n'en recueillent pas également tous les trésors. Il est certaines faveurs qui en découlent seulement pour un petit nombre ; mais quand les autres ne feraient qu'arriver à la porte de ces grâces, ce serait une insigne miséricorde de Dieu.

Agathe. — Sans nous arrêter au plus ou au moins d'heureux effets que les âmes reçoivent dans l'union divine, voudriez-vous, ma mère, me faire connaître les plus importants parmi eux?

Sainte Thérèse. — Le premier, c'est de laisser l'âme remplie d'une ineffable tendresse d'amour pour Dieu. Elle voudrait mourir, non de tristesse, mais de la douceur même des larmes qu'elle répand. Elle se trouve inondée de ces larmes sans les avoir senties couler. Elle ignore à quel moment et pourquoi elles se sont répandues. Elle éprouve une inexprimable joie de sentir cette eau, tout en calmant le feu qui la consume, l'animer au lieu de l'éteindre.

Tout ce que je vous dis là peut vous paraître de l'arabe, ma fille ; néanmoins les choses se passent de

la sorte ( I). Le second effet de l'union divine, c'est que Dieu s'établit lui-même dans l'intérieur de l'âme, de telle manière que quand elle revient à elle, il lui est impossible de douter que Dieu n'ait été en elle, et elle en Dieu. Cette vérité lui demeure tellement empreinte, que quand elle passerait nombre d'années sans être élevée à cet état, elle ne peut perdre le souvenir de la faveur qu'elle a reçue, ni douter de sa réalité.

Le troisième effet de l'union divine, c'est l'humilité. L:âme en demeure profondément pénétrée de son indignité. Elle voit avec la plus claire évidence qu'elle n'a donné aucun concours à une faveur si extrême et si élevée, et qu'elle n'a pu rien faire pour l'attirer ni pour la retenir. Elle voit d'un coup d'œil l'étendue de sa misère, qui ne peut pas plus échapper à son regard que des toiles d'araignées ne se dérobent à la vue, dans un appartement pleinement illuminé par les rayons du soleil. Elle est si éloignée de tout orgueil, qu'il lui semble impossible de jamais en ressentir aucun. Elle voit de ses propres yeux l'impuissance, l'incapacité complète de ses efforts; c'est à peine si elle a donné son consentement à une grâce

(1) Un jour Notre-Seigneur dit au séraphique M. Olier : Je suis réellement présent aux âmes. La plupart des hommes ne savent pas cola par l'expérience qu'ils en font. Mais les âmes qui s'élèvent à l'oraison d'union en ont une science certaine, et il leur serait aussi impossible de douter de celte vérité qu'aux gens du commun de douter de l'existence du corps.

si haute. Malgré elle, pour ainsi dire, on a fermé la porte aux sens, afin qu'elle pût goûter Dieu. Elle découvre ensuite dans la pure lumière de la vérité, toute sa vie écoulée et la miséricorde de Dieu sur elle ; elle l'embrasse d'un regard et sans la moindre fatigue. Elle voit qu'elle a mérité l'Enfer, et que cependant on la châtie avec gloire.

Le quatrième effet de l'oraison d'union, c'est la peine de voir Dieu offensé. Cette peine est un tourment si violent, que la mort serait mille fois plus supportable. La perte de plusieurs âmes qui se damnent, de tant d'hérétiques, d'infidèles, de chrétiens même, l'afflige sensiblement. Quoiqu'elle sache combien sont grandes les miséricordes de Dieu, et que quelque mauvaise vie que mènent ces âmes, elles peuvent encore s'amender, elle craint néanmoins qu'un certain nombre ne le fassent point et ne tombent dans l'enfer.

0 merveilleux effet de la grâce divine ! Peu d'années se sont écoulées, peut-être même peu de jours, depuis que cette âme a cessé de penser à elle-même. Et qui lui a donné ces sentiments si forts, si vifs, que plusieurs années de méditation ne les procureraient pas? Comment, me dira-t-on, si je m'applique durant plusieurs années à considérer ce que c'est que le péché, que ceux qui se damnent sont les enfants de Dieu et mes frères, qu'étant pressés de toutes parts par des périls sans nombre dans cette malheureuse

fie, il nous est avantageux de la perdre, cesréilexions seront impuissantes à me donner de tels sentiments? Oui, car la peine que ressent l'âme élevée à cette intime union avec Dieu, est bien différente de celle que nous pouvons exciter en nous-mêmes par nos propres efforts. Celle-ci n'égalera jamais l'autre qui va jusqu'à l'intérieur des entrailles, semble hacher, moudre l'âme sans aucun concours de sa part, et souvent même contre sa volonté.

Le cinquième effet de l'oraison d'union, c'est l'ardent désir du salut des âmes. Pleinement convaincue que les fruits du jardin ne viennent pas d'elle, elle peut maintenant commencer à les distribuer sans craindre de s'appauvrir. Elle fait connaître par diverses marques les richesses célestes dont elle est enrichie ; elle désire vivement les partager avec d'autres âmes, et demande à Dieu de les en gratifier. Déjà elle travaille à l'avancement spirituel du prochain sans presque s'en apercevoir, sans rien faire d'ellemême dans cette Tue; niais ceux qui l'environnent le comprennent bien, caries fleurs de ce jardin aimé du ciel exhalent un parfum si suave, qu'ils désirent le respirer de plus près. Ils découvrent les vertus dont cette âme est embellie, et, ravis par la beauté des fruits de ces vertus , ils souhaitent ardemment s'en nourrir comme elle. C'est que Dieu ne veut pas qu'une si grande faveur soit donnée en vain ; aussi non-seulement tant que l'âme qui l'a reçue persévère

dans le bien, elle ne cesse d'être utile aux autres, et de les échauffer par cette céleste chaleur; mais encore après l'avoir perdue, elle conserve le désir du progrès spirituel des âmes, et se plaît à leur faire connaître les dons précieux dont Dieu favorise ceux qui l'aiment et le servent.

J'ai connu une personne à qui cela est arrivé. Quoiqu'elle fût infidèle à Dieu, elle éprouvait cependant un bonheur réel à voir les autres profiter des grâces qu'elle avait reçues ; elle montrait le chemin de l'oraison à ceux qui ne le connaissaient pas, et fit ainsi un très-grand bien.

Le sixième effet de l'oraison d'union, est le désir de souffrir et de faire pénitence.

L'âme favorisée de cette oraison est éprise d'un désir violent de souffrir de grands travaux et de faire pénitence. Tout ce qu'elle peut entreprendre pour Dieu lui semble peu de chose, auprès de ce qu'elle souhaiterait d'accomplir. Elle ne s'ëtonne plus de tout ce que les saints ont enduré, parce qu'elle expérimente elle-même comment Notre-Seigneur assiste une âme, la transforme de telle sorte qu'elle paraît entièrement changée et semble n'avoir plus rien de sa figure primitive. Sa faiblesse et sa lâcheté d'autrefois sont remplacées par une force inconnue. L'amour a tellement grandi dans son cœur, qu'elle sent à peine les mortifications qu'elle s'impose, et qu'elle aspire sans cesse à plus de sacrifices. Et si la terre qui

porte ces fruits dévie est profondément sillonnée par les peines, les persécutions, les calomnies, les iniirmités, si elle est bien amollie par le détachement de tout intérêt propre, l'eau céleste la pénètre si profondément que presque jamais elle ne souffre de la sécheresse.

Le septième effet de l'oraison d'union, c'est le dégoût des créatures.

L'âme commence à haïr le monde, à voir sa vanité d'une manière plus fructueuse et plus sublime que dans les oraisons précédentes. Les délices qu'elle goûte lui font d'ailleurs comprendre tout ce que celles de la terre ont de faux et de trompeur. Elle se sent tout à fait libre de l'attache aux parents, aux amis, aux biens d'ici-bas. La chaîne que ses désirs et ses efforts avaient vainement essayé de briser, et qu'ils semblaient au contraire rendre plus forte encore, vient de tomber soudainement, et elle se sent tellement au-dessus de tout ce qui est terrestre , qu'elle trouve une peine même dans les relations de devoir qu'elle a avec le prochain. Tout la fatigue, 'parce qu'elle a expérimenté que les créatures ne peuvent lui donner un véritable repos. Dégoûtée de cette vie mortelle, elle désire vivement d'en sortir , et si quelque chose la console dans son exil, c'est la pensée qu'elle y est retenue par la volonté divine. Mais cette consolation est très-incomplète, parce que, malgré les heureux effets de l'union, l'âme ne pos-

sède pas encore cette soumission parfaite à la volonté de Dieu que nous lui verrons dans la suite. Elle s'y conforme cependant, mais non sans ressentir une peine très-aiguë. Elle ne peut faire plus, parce qu'elle n'a pas reçu plus de force. Cette peine lui fait verser, chaque fois qu'elle se met en oraison, une grande abondance de larmes. Dieu agit ainsi dans l'âme pour lui faire connaître qu'elle lui appartient. Il lui donne de ce qui est à lui ; il met en elle la disposition où fut son divin Fils toute sa vie ; il ne saurait lui faire une grâce plus précieuse. Or, que se passait-il dans l'âme de ce Fils bien-aimé? qui jamais désira plus ardemment de quitter ce monde ? Ne témoigna-t-il pas ce souhait de son cœur au moment de la cène, quand il dit : J'ai désiré avec un extrême désir de manger avec vous cette pâque !

que l'ame élevée a l'union ne doit tas perdre la crainte de tomber.

Sainte Thérèse. — Je vous ai dit que l'oraison d'union n'est pas un sommeil comme l'oraison de quiétude. Dans celle-ci, jusqu'à ce que l'âme soit trèsexpérimentée, elle ignore si elle est endormie ou éveillée, ni si ce qu'elle éprouve procède de Dieu ou du démon, qui se transforme en ange de lumière, et

ainsi elle reste incertaine. Or il est utile qu'elle ressente ce doute, parce que la nature peut quelquefois nous foire illusion dans cette sorte d'oraison. Il est vrai cependant que l'âme a moins à craindre qu'auparavant; néanmoins certaines petites pensées, procédant de l'imagination et comparables à ces petits lézards minces et agiles qui se glissent par la moindre ouverture, ne laissent pas souvent de nous être fort importunes. Mais ces pensées ne peuvent pas nous troubler dans l'oraison d'union, parce que ni l'imagination, ni la mémoire, ni l'entendement, ne sauraient inquiéter le bonheur dont l'âme y jouit.

Agathe. — Le démon ne peut-il pas trouverquelque accès dans .cette oraison?

Sainte Thérèse. — J'ose affirmer que si c'est une véritable union avec Dieu, le démon n'y peut trouver aucun accès, ni causer le moindre mal; cette Majesté souveraine étant unie à l'essence de l'âme, il n'oserait en approcher, et il n'est pas en sa puissance d'entendre ce qui se passe entre l'âme et son créateur. Puisque cet esprit malin ne connaît pas nos pensées, comment lui serait-il donné de pénétrer un secret que Dieu ne confie pas môme à notre entendement? Oh ! l'heureux état où ce maudit ne peut nous nuire ! Ainsi Dieu agissant dans l'âme, sans qu'elle ni aucune créature y mettent obstacle, l'enrichit des biens les plus précieux.

Agathe. — Vous avez dit, ma mère : si c'est une

véritable union avec Dieu : est-ce qu'il peut exister d'autres unions?

Sainte Thérèse. — Oui, ma fille, il en existe d'autres, car le démon sait aussi transporter l'âme en lui faisant aimer passionnément les choses vaines ; mais ce n'estpas delà même manière que Dieu. Il n'est pas non plus en son pouvoir de répandre dans l'âme le plaisir, la paix, la joie, les délices, que Dieu sait, si bien y verser. Il n'y a aucun rapport entre le bonheur qu'éprouve l'âme unie à Dieu, et les plaisirs de ce monde. Leur principe étant tout à fait différent, le sentiment qu'ils font naître l'est aussi, comme le savent parfaitement ceux qui en ont fait l'expérience. Les plaisirs de ce monde n'affectent en quelque sorte que la superficie des sens, tandis que ces joies célestes pénètrent, ce me semble, jusque dans la moelle des os.

Agathe. — Mais quand l'âme a goûté cette union divine, peut-elle encore se porter vers les autres?

Sainte Thérèse. — Oui, l'âme en cet état n'est pas encore forte comme elle le devient après l'alliance spirituelle, dont nous parlerons tout à l'heure. Ici l'épouse n'ayant vu le divin Époux qu'une fois, est en butte aux efforts du démon qui fait tout ce qu'il peut pour traverser cette céleste alliance. Mais ce nœud sacré une fois formé, l'ennemi voit cette âme si parfaitement soumise à l'époux, qu'il n'ose entreprendre d'ébranler sa fidélité; il n'ignore pas qu'il ne

pourrait le faire qu'à sa propre confusion, et au grand profit de cette âme.

Agathe. — Eh ! quoi, Ton peut déchoir d'un état si élevé ?

Sainte Thérèse. — J'ai vu, ma fille, des âmes parvenues à cette grâce éminente, tomber dans les pièges de l'ennemi. Tout l'enfer, croyez-le bien, s'unit pour les empêcher d'être fidèles; les démons savent trop bien qu'il ne s'agit pas seulement de la perte d'une âme, mais de celle de plusieurs. Comment pourraient-ils l'ignorer, quand ils ont vu tant de fois une seule âme en gagner à Dieu une multitude d'autres? Qui dirait le nombre de celles que les martyrs ont converties ! A combien de légions de vierges, une seule vierge, sainte Ursule, n'a-t-elle pas ouvert le ciel ! Combien d'âmes ont été ravies à Satan, par un saint Dominique, un saint François, d'autres fondateurs d'Ordres, et le Père Ignace, fondateur de la compagnie de Jésus ! Mais quel est le secret du pouvoir exercé par toutes ces âmes apostoliques? C'est qu'ayant été favorisées une fois, comme leur vie le manifeste, de cette grâce divine de l'entrevue avec l'époux, elles ont fait de sublimes efforts pour ne pas perdre, par leur faute, le don inappréciable d'un mariage si divin.

Si au contraire l'âme, au lieu de se donner tout entière à cet époux céleste, venait à s'attacher à quoi que ce soit hors de lui, elle le verrait aussitôt s'éloi-

gner, et demeurerait privée de ces grâces inestimables.

Agathe. — Gomment une âme peut-elle se tromper, si elle veut faire en tout la volonté divine ?

Sainte Thérèse. — Il est certain que si l'âme demeurait toujours attachée à cette volonté, elle ne courrait pas le péril de se perdre ; mais le démon use d'artifice : sous prétexte de bien, il l'engage dans des manquements qui semblent n'avoir rien de grave. Peu à peu, il obscurcit l'entendement, refroidit la volonté, et fait que l'amour-propre se réveille et se fortifie tellement, que cette pauvre âme s'éloigne de la volonté de Dieu et se porte à faire la sienne. Il n'est point de lieu si bien fermé, où ce méchant esprit ne pénètre , ni de désert si écarté, où il ne puisse parvenir.

Agathe. — Comment Dieu permet-il cela?

Sainte Thérèse. — Notre-Seigneur peut le permettre pour éprouver une âme qui serait capable d'en éclairer d'autres; car il vaut mieux, si elle doit retourner en arrière, que ce soit dès le commencement, que lorsqu'elle aura été nuisible à plusieurs.

Agathe. — M'avez-vous fait connaître, ma mère, toutes les ruses particulières qu'emploient les démons dans les circonstances dont nous parlons ici, pour perdre l'âme?

Sainte Thérèse. — Quelquefois Satan trompe

l'âme en lui faisant quitter l'oraison sous prétexte d'humilité. Voici comment il me fit courir à moimôme ce péril, le plus grand de tous ceux que j'ai essuyés en ma vie : Eh quoi! me disait-il, si mauvaise après tant de grâces reçues, pouvez-vous encore vous approcher de l'oraison? Ne doit-il pas vous suffire, comme aux autres, de faire les prières imposées par la règle? Si déjà vous vous acquittez si mal de celles-ci, quelle témérité de votre part de vouloir en faire davantage ! Oser y aspirer, c'est montrer bien peu de respect pour la souveraine Majesté de Dieu, et bien peu d'estime de ses grâces!

Cette tentation me semble le commencement de celle par laquelle Satan perdit Judas. Seulement le perfide n'osait pas m'attaquer si ouvertement, mais en s'insinuant peu à peu, il aurait fini par me faire tomber dans l'abîme où il a précipité ce maHieureux disciple. Que les âmes qui s'adonnent à l'oraison prennent garde à ceci, et ne se laissent jamais surprendre.

Il est encore un piège que le démon tend à l'âme élevée à cet état d'oraison ; c'est une certaine sécurité qu'il lui inspire pour lui ôter la défiance qu'elle doit avoir d'elle-même. Cette âme se voit près de Dieu; elle découvre la différence des biens du ciel et de ceux de la terre ; elle aperçoit toute la tendresse que son Dieu lui témoigne, et à la vue de cette tendresse, elle s'abandonne à une telle sécurité, qu'elle

pense ne pouvoir jamais déchoir du bonheur où elle est parvenue. Elle voit la récompense si clairement, qu'elle juge impossible de renoncer à une félicité dont l'avant-goût est si délicieux dès ce monde, pour une chose aussi vile et aussi dégradante que les plaisirs d'ici-bas.

Le démon profite de cette confiance de l'âme pour lui dresser des embûches; ainsi elle se jette dans les dangers, elle commence, avec un zèle pur sans doute, mais imprudent, à distribuer sans mesure les fruits de son jardin, convaincue qu'elle n'a plus rien à redouter (1). Cependant ce n'est pas l'orgueil qui la guide en tout cela; elle sait parfaitement qu'elle n'a rien d'elle-même, mais elle se laisse aller à une confiance en Dieu qui n'est pas réglée par la discrétion. Elle oublie qu'elle n'est encore qu'un petit oiseau aux ailes tendres et faibles; elle peut bien quitter le nid; Notre-Seigneur l'y invite quelquefois, mais elle n'est pas assez forte pour fendre les airs et soutenir un vol rapide et élevé.

(I) Il est impossible de nous faire l'idée des pièges sans nombre que Satan tend aux âmes dans cet état. 11 les tente de mille manières, et après avoir été vaincu, il revient à la charge avec une opiniâtreté qui ne se lasse jamais et que nous avons peine à comprendre, nous qui vivons dans une chair fragile et que le travail fatigue.

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des moyens d'éviter les chutes.

Agathe. — Comment peut-on éviter les chutes auxquelles le démon veut nous entraîner?

Sainte Thérèse. — L'obéissance et l'accomplissement des commandements de Dieu sent les meilleurs préservatifs contre les chutes, dans tous les états où une âme peut se trouver. Il faut de plus conjurer Dieu de nous tenir toujours de sa main et considérer souvent que s'il venait à nous délaisser, nous tomberions aussitôt dans l'abîme. Il faut aussi nous garder d'une vaine confiance en nous-mêmes, car ce serait une bien folle illusion. Après ces précautions, ayons un soin particulier d'examiner notre avancement dans la vertu : voyons s'il y a du progrès ou du déchet en quelque chose, particulièrement dans l'amour du prochain, dans le désir d'être tenue pour la moindre parmi les personnes qui nous entourent, et quelle est la perfection de nos actions ordinaires. Si nous faisons une attention sérieuse à toutes ces choses, et si nous demandons à Dieu sa lumière, aussitôt nous verrons où nous en sommes. Ne pensez pas qu'une âme élevée à cet état soit si promptement délaissée de Dieu; il faut bien des efforts au démon avant de l'arracher au Seigneur. Sa

divine Majesté ressent si fortement la perte d'une âme, qu'elle lui donne mille inspirations, mille avertissements intérieurs, afin que si cette âme souffre quelque dommage, ce ne soit pas à son insu.

Concluons, ma chère fille, en disant qu'il faut tâcher de nous avancer toujours dans le bien. Sans cela nous avons tout sujet de craindre. Cette négligence prouverait que le démon cherche à nous faire faire quelque faux pas; car une âme ainsi favorisée de Dieu ne peut rester sans progrès : l'amour ne peut demeurer oisif; et ceux qui ont reçu du ciel de pareilles marques de bonté, ne doivent pas ensuite s'endormir dans une semblable indolence.

Agathe. — Que devraient faire des âmes tombées d'un état si haut dans quelque péché?

Sainte Thérèse. — Qu'elles ne se désespèrent jamais; qu'elles ne cessent jamais d'implorer l'infinie miséricorde du Seigneur. Qu'elles ne se découragent pas, si elles ne veulent pas tout perdre. Les larmes peuvent tout obtenir, et une eau en attire une autre. La persévérance dans l'oraison les relèvera de leurs chutes, et les conduira enfin au port du salut.

0 mon Jésus, quel spectacle que celui d'une âme tombée de cette élévation dans quelque péché, et relevée miséricordieusement par votre main divine! Comme à la vue de vos grandeurs et de vos miséricordes, elle s'anéantit dans l'abîme de ses misères !

Elle se meurt de regret de vous avoir offensé en contemplantvos perfections adorables! Parjure, elle baisse les yeux et n'ose arrêter ses regards sur vous. Cependant vos bienfaits excitent tellement sa reconnaissance, qu'elle lève vers vous ses regards pour apprendre ce qu'elle vous doit. Elle fortifie sa piété envers votre sainte Mère, et la supplie d'apaiser votre justice. Elle invoque avec ardeur les saints tombés après avoir été appelés par vous, et implore leur secours par de ferventes prières. Chacun des dons que vous daignez lui faire lui semble un excès de générosité, parce qu'elle reconnaît en vérité qu'elle est indigne d'être supportée par la terre. Avec quel empressement elle court aux sources salutaires de vos sacrements ! Une foi vive lui découvre la vertu renfermée en eux. Avec quels transports elle vous bénit de nous avoir donné ce céleste remède, ce baume souverain, qui non-seulement ferme nos blessures, mais qui en fait disparaître jusqu'à la dernière trace I

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