‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 48 sur 59 · DES TOURMENTS EXTÉRIEURS QUE CAUSENT LES DÉMONS · texte numérisé non relu

DES TOURMENTS EXTÉRIEURS QUE CAUSENT LES DÉMONS

Sainte Thérèse. — Après vous avoir parlé, ma fille, de quelques troubles intérieurs et secrets dont le démon tourmente les âmes, je veux vous faire connaître certaines attaques visibles , dont il m'a quelquefois assaillie. Vous remarquerez que comme ces attaques ne sont pas aussi ordinaires que celles de l'intérieur, elles sont aussi moins pénibles, parce que, quelque altération qu'elles causent, elles n'arrivent jamais, selon moi, à annuler l'action des puis- .ances de l'âme, ni à la troubler tellement que la raison ne lui demeure pas pour penser que ces mauvais esprits ne peuvent, après tout, que ce que Notre-Seigneur veut bien leur permettre.

Agathe. — Voudriez-vous me raconter, ma mère, quelque chose de ce qui vous est arrivé à cet égard?

Sainte Thérèse. — Étant un jour en oraison, le démon m'apparut, au côté gauche, sous une forme horrible. Tandis qu'il parlait, je remarquai particu-

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lièrement la hidcur de sa bouche. De son corps s'échappait une grande flamme claire , sans mélange d'aucune ombre. Il me dit, d'une voix effroyable, que j'avais su me délivrer de ses mains, mais qu'il ferait tant d'efforts que j'y retomberais un jour. Ma frayeur fut vive ; je fis un signe de croix, et il disparut. Néanmoins il ne tarda pas à reparaître. Un nouveau signe de croix l 'éloigna encore; mais il revint bientôt. Alors je jetai de l'eau bénite du côté où je le voyais, et il s'enfuit pour ne plus revenir.

Agathe. — Il voulait sans doute vous effrayer par ses menaces, et troubler ainsi votre âme; mais n'at-il pas aussi, quand Dieu le permet, le pouvoir d'affliger le corps?

Sainte Thérèse. — Pardon, ma fille, il tourmente le corps et l'esprit. Un jour.il me fit grandement souffrir durant cinq heures de suite. J'endurais des douleurs si terribles, et une telle agitation physique et morale, que je pensais ne pas pouvoir plus longtemps y résister. Quelques-unes des sœurs qui étaient présentes, en furent épouvantées, et cherchaient vainement comme moi un remède à mon supplice. J'ai l'habitude, dans ces moments d'inexprimables souffrances, d'appeler Dieu à mon aide du fond de l'âme, et de faire des actes intérieurs de soumission à sa volonté; j'accepte ensuite de demeurer dans cet état, s'il y trouve sa gloire, jusqu'à la fin du monde. Dans ces moments cruels, il plut

à Notre-Seigneur de me montrer que cette torture venait du démon. Je le vis auprès de moi, sous la figure d'un horrible petit nègre. Il grinçait des dents, désespéré de ce qu'il éprouvait une perte, là où il comptait trouver un gain. Il se déchaînait contre moi avec une telle fureur, que, par un mouvement irrésistible, je me heurtais violemment contre tout ce qui m'entourait. Je n'osais cependant demander de l'eau bénite , dans la crainte d'effrayer mes sœurs, et de leur révéler la cause de mon état.

Agathe. — L'eau bénite a donc un grand pouvoir dans ces circonstances?

Sainte Thérèse. — Rien n'égale sa puissance pour chasser les démons, et les empêcher de revenir. Pour moi, je ressens une consolation singulière et fort sensible lorsque j'en fais usage. Elle me fait habituellement éprouver comme un renouvellement de tout moi-même, et une joie intérieure qui fortifie mon âme.

Agathe. — Qu'est-ce que le démon a à gagner en tourmentant par des assauts extérieurs?

Sainte Thérèse. — De faire tomber l'âme dans l'impatience , de s'en faire craindre , de lui faire ressentir les effets de sa colère, lorsqu'elle a été utile au salut des autres par ses bons avis. Une leçon bien utile est pour nous le fruit de ses persécutions : elles donnent une idée de l'empire tyrannique qu'il exerce sur ceux qui sont à lui, puisqu'il peut, quand

Dieu lui en accorde le pouvoir, tourmenter d'une manière si excessive un corps et une âme qui ne lui appartiennent pas. Ces tortures m'ont toujours donné un nouveau désir de me délivrer d'une si haïssable compagnie.

Agathe. — Comment sortîtes-vous de ce combat?

Sainte Thérèse. — Voyant mon tourment se prolonger, je finis par demander à mes sœurs de l'eau bénite. J'en jetai du côté où était cet esprit de ténèbres, et aussitôt il s'en alla. Tout mon mal cessa entièrement à l'instant même ; mais je restai brisée, comme si j'eusse été accablée de coups de bâton.

Agathe. — Pourrai-je vous demander, ma mère, si ce méchant esprit vous tourmenta encore, après avoir été ainsi vaincu?

Sainte Thérèse. — Oui, ma fille : une fois, étant au chœur, j'entrai dans un très-profond recueillement; je m'éloignai pour que l'on ne pût s'en apercevoir. Bientôt les religieuses entendirent de grands coups dans le lieu où je m'étais retirée. J'entendis moi-même, près de moi, un bruit de voix fortes, qui semblaient se consulter pour former quelque complot; mais j'étais trop absorbée dans mon oraison pour que ce bruit pût arriver distinct à mon oreille, aussi n'éprouvai-je aucune crainte.

Agathe. — Vous m'avez dit que le démon se venge par les frayeurs qu'il cause ainsi à l'âme, et les tourments qu'il fait endurer au corps, du mal qu'on lui

a fait en ravissant quelques âmes à son empire : serait-il indiscret de vous demander s'il vous a fait éprouver à ce sujet quelques-unes de ses fureurs?

Sainte Thérèse. — Je vais vous raconter un fait qui satisfera votre demande : Un ecclésiastique vivait, depuis deux ans et demi, dans un péché mortel des plus abominables; néanmoins il ne laissait pas d'offrir le saint sacrifice. Cependant, touché de repentir, il vint me dévoiler le malheureux état de son âme. Il m'avoua qu'en confession il accusait tous ses péchés à l'exception de celui-là, tant il redoutait la honte de faire connaître une chose si horrible ; mais qu'il souhaitait vivement de sortir.de cet abîme, sans en avoir le courage. Je ressentis une grande compa'ssion de sa misère, et delà gravité de l'offense faite à Dieu; je lui promis de supplier le Seigneur, et de le faire conjurer par des âmes meilleures que moi, d'avoir pitié de lui. Il arriva en effet que dès la première confession qu'il fit, il avoua entièrement son crime. Dieu lui fit cette grâce à la prière des saintes âmes qui, sur ma recommandation , l'en avaient instamment supplié. Il m'écrivit qu'il se trouvait dans un tel amendement qu'il ne commettait plus ce péché, mais que la tentation en était si terrible, qu'il lui semblait être dans l'enfer. Je fis un nouvel appel à la charité de mes sœurs, et c'était à la ferveur de leurs prières que Dieu devait accorder cette grâce. Pressée par ma compassion pour

cette âme, je suppliai Xotre-Seigneur de vouloir bien mettre un terme à ses tentations et à ses tourments, et m'offris de les subir à sa place, pourvu que cela n'entraînât pour moi aucune offense de Dieu. Je fus exaucée, et ressentis durant un mois les plus cruels tourments. J'en avertis cet ecclésiastique, et il m'apprit qu'enfin la guerre acharnée des démons avait cessé, et le laissait respirer. Il s'affermit chaque jour davantage dans sa conversion, et fut délivré pour jamais de la lourde chaîne qu'il avait portée. Il ne pouvait penser sans un profond étonnement à ce que j'avais enduré pour lui; je n'en étais pas moins surprise. Je souffrirais volontiers néanmoins la môme torture durant des années, pour obtenir l'affranchissement d'une âme (1).

Vers le môme temps, ces méchants démons m'assaillirent une nuit, et je crus qu'ils allaient m'étouffer. On leur jeta beaucoup d'eau bénite, et j'en vis une multitude s'élancer en fuyant, comme s'ils se fussent précipités du haut d'un rocher.

(I) Cet exemple peut nous faire comprendre de quelle utilité sont les âmes qui vivent dans le cloître. Elles sont les paratonnerres sacrés qui détournent la foudre. Dans le ciel seulement nous connaîtrons les personnes du monde qui auront été sauvées par les âmes qui sont consacrées à Dieu, et qui passent leurs jours dans la prière et de la pénitence. N'oublions pas le grand principe de la solidarité des hommes et de la réversibilité des mérites. L'innocent en un mot qui paie pour le coupable, ce qui est la base de la religion, comme le dit excellemment M. de Maislre,

Agathe. — Les démons se montrent-ils toujours sous une forme corporelle?

Sainte Thérèse.— Rarement; mais ils m'ont fréquemment apparu sans en avoir aucune vue, comme il arrive dans les visions intellectuelles, où l'âme voit clairement quelqu'un présent, bien qu'elle ne l'aperçoive sous aucune forme. C'est de là que procède la peur que quelques âmes éprouvent subitement dans l'oraison, parce que l'esprit entend le démon auprès de lui; il le voit ou le sent, bien que les yeux du corps ne puissent l'apercevoir

Agathe. — Comment peut-on se défendre de ces craintes?

Sainte Thérèse. — Par le mépris de la présence des démons, et des fantômes par lesquels ils cherchent à nous épouvanter. Sans la permission du Seigneur, ils ne peuvent faire le plus léger mouvement. Toutes les fois qu'une âme dédaigne ces adversaires, elle les affaiblit, et gagne sur eux une plus grande puissance. A chacune de leurs attaques, l'âme acquiert de grands avantages. Fidèle à Dieu, elle n'a rien à redouter de leur pouvoir. Ils n'ont de force que contre les âmes lâches qui se rendent sans combat, et ils les traitent comme leurs esclaves.

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d'une sorte de douleurs délicieuses causées par les faveurs divines.

Agathe. — Les différentes sortes de peines dont dont vous m'avez parlé jusqu'ici, ma mère, me semblent toutes procéder du mal : la privation de la grâce , la corruption de la nature, la malice des démons ; mais l'âme n'éprouve-t-elle pas aussi d'autres peines qui ont le bien môme pour principe?

Sainte Thérèse. — Si, ma chère fille; seulement ;es peines, quoique produisant un martyre, sont remplies de si grandes délices, qu'elles ne méritent pas le nom de travaux. Ce sont des grâces ineffables dont Notre-Seigneur favorise l'âme qui, au milieu de ce qu'elle souffre, les reconnaît pour des dons bien au-dessus de ses mérites.

Agathe. — Voudriez-vous m'en faire la peinture?

Sainte Thérèse. — Le Dieu qui veut faire de l'âme son épouse, par cette union intime et céleste dont je vous ai dit quelque chose, veut aussi qu'elle désire avec ardeur cette grâce souveraine. Il emploie donc à cette fin des moyens si délicats, que l'âme elle-même ne les comprend point, et que l'intelligence n'en saurait être donnée à ceux qui ne les ont

pas éprouvés. Ce sont des sentiments, partant des profondeurs les plus intimes de l'âme, si subtils, si déliés, qu'il n'existe, à mon avis, aucune comparaison propre à en donner une idée juste. Ils n'ont aucune similitude avec ce que nous pouvons acquérir par nos efforts, et ne ressemblent en rien aux goûts de Dieu dont j'ai parlé. Souvent, lorsque l'âme est le plus loin de s'y attendre, et que même sa pensée n'est pas occupée de Dieu, sa Majesté l'éveille soudainement comme par un rapide éclair, ou un éclat de tonnerre. Cependant l'âme n'aperçoit aucune lumière, et n'entend aucun bruit; mais elle reconnaît très-distinctement que son Dieu l'appelle. Elle est tellement saisie, surtout dans les commencements, au son de cette voix divine, qu'elle se prend à trembler et à se plaindre, bien qu'elle ne ressente aucune douleur. Elle se sent blessée d'une manière ineffable ; mais elle ignore qui lui a fait cette blessure, et comment elle a été faite. Elle l'aime d'ailleurs, et n'en voudrait jamais guérir. La certitude d'être en la compagnie du divin Époux, mais sans qu'il se manifeste à ses yeux, lui fait pousser des gémissements d'amour. Sa peine la pénètre, bien qu'elle soit en même temps, douce et suave. Elle lui est donnée indépendamment de sa volonté ; mais, libre de s'en délivrer, l'âme ne le voudrait pas. Elle puise dans cette peine une joie incomparablement plus délicieuse que dans la sainte ivresse de l'o-

raison de quiétude, quoique cette oraison soit exempte de tout mélange de douleur.

Agathe. — Comment l'âme est-elle assurée que c'est Dieu qui l'appelle?

Sainte Thérèse. — Parce qu'il le fait avec un signe si évident qu'elle n'en peut douter ; par un son de voix si pénétrant qu'il est impossible qu'elle ne l'entende pas. Car, malgré la volonté de l'Époux de ne point adresser encore à l'âme des paroles distinctes, sa mystérieuse voix suffit pour que toutes les puissances soient saisies de respect, et n'osent remuer, non plus que les sens et l'imagination. Cette voix de l'ami divin fait naître dans l'âme un si grand transport, qu'elle s'épuise et se consume en désirs, sans néanmoins savoir que demander, parce qu'elle voit clairement que son»Dieu est avec elle.

Agathe. — Si l'âme a ainsi la connaissance de la présence divine, quelle peine peut-elle ressentir?

Sainte Thérèse. — Je l'ignore ; mais ce que je sais,c'estqu'elleen ressent une qui la pénètre jusqu'au fond des entrailles, et qu'il semble qu'on les lui arrache, tant est grand le sentiment de son amour, lorsque celui qui a fait la blessure retire la flèche qu'il a lancée.

Agathe. Si une comparaison était possible, elle me ferait mieux comprendre des choses si élevées.

Sainte Thérèse. — Il semble que ce sentiment délicieux et douloureux de l'âme, soit une étincelle

tombée de l'éternel brasier d'amour qui est Dieu. Cette étincelle la brûle, mais elle n'est pas capable de la consumer tout entière, et la laisse dans cette peine d'amour, où l'âme commence à s'enflammer, tandis que l'étincelle s'éteint.

Je vous l'ai dit, ma fille, il n'est aucune similitude propre à rendre exactement ces impressions divines.

Agathe. — Ce sentiment de l'âme reste-t-il toujours dans le même état?

Sainte Thérèse. — Non, il augmente ou diminue, dure peu ou longtemps, selon qu'il plaît à Notre- Seigneur de se communiquer, et sans que l'âme y puisse aucunement contribuer, parce que cette opération est l'œuvre de Dieu seul.

Agathe. — Ne pourrait-il pas se glisser dans tout cela quelque tromperie du ojémon, de la nature, de l'imagination ou de la mélancolie?

Sainte Thérèse. — Non, cette opération de la charité divine fait connaître assez clairement qu'elle vient de cette immuable demeure où Dieu habite. D'ailleurs les effets qu'elle amène ne ressemblent point à ceux que produisent d'autres manières d'oraison, où l'étendue de la joie que ressentent les puissances peut nous donner quelque doute. Dans celle-ci, les puissances et les sens eux-mêmes conservent leur liberté; ils contemplent avec surprise ce qui se passe, et n'opposent aucun obstacle à l'application de l'âme; ils sont aussi dans l'impossibi-

lit*"', selon moi, de rien ajouter et de rien ôter à la délicieuse peine qu'elle endure.

Agathe. — Cette faveur est donc à l'abri de toute illusion?

Sainte Thérèse. — Oui; la douce tempête qui remplit alors l'âme, vient d'une région où le démon n'a point d'empire. Les peines dont il est l'auteur n'ont jamais la suavité de celle-ci; il peut bien y simuler quelque plaisir qui paraît spirituel, mais unir à la peine, et à une telle peine que celle de l'âme en cet état, la paix et la joie, cela surpasse sa puissance, qui ne touche qu'à l'extérieur. Jamais les peines qu'il fait naître ne seront tranquilles et douces, mais toujours inquiètes et turbulentes. Enfin les fruits que l'âme retire de cette peine délicieuse, ne peuvent être produits par le mauvais esprit; elles consistent particulièrement dans la détermination habituelle de souffrir pour Dieu, dans le désir des travaux endurés pour lui, dans la volonté plus ferme et plus constante de s'éloigner des distractions et des entretiens du monde.

Quand cette peine est passée, ce serait en vain que l'âme voudrait la ressentir de nouveau; elle est d'ailleurs si évidente que l'illusion n'est pas possible ; c'est-à-dire qu'on ne peut croire l'éprouver quand on ne l'éprouve pas, ni en douter quand réellement on l'éprouve. Si l'on était à cet égard dans l'indécision, ce serait un signe qu'on n'aurait pas ressenti

ces véritables impétuosités d'amour divin dont j'ai parlé; car l'âme les ressent avec la même force que notre oreille entend une puissante voix.

La mélancolie ne saurait non plus produire ces sentiments délicieux; car ceux-ci naissent dans l'intérieur de l'âme, tandis que les chimères créées par cette humeur se forment dans l'imagination. Donc, selon moi, on ne peut concevoir la moindre crainte sur cette faveur; j'en ai eu beaucoup d'être trompée sur certaines autres, jamais au sujet de celle-ci.

Agathe. — Ainsi cette douleur délicieuse ne mérite vraiment pas le nom de douleur?

Sainte Thérèse. — J'ai connu quelqu'un que Dieu en favorisa durant quelques années : la satisfaction que goûtait cette personne était indicible ; et quand elle eût dû être chargée pendant un temps considérable des plus lourdes croix pour l'amour de son Dieu, elle se serait crue amplement rémunérée de toutes ses souffrances, par la jouissance d'un bien si précieux.

de quelques communications de dieu délicieuses et sans mélange de peine.

Agathe. — Dieu n'a-t-il pas encore d'autres moyens de faire sentira l'âme sa divine présence?

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Sainte Thérèse. - Quelquefois pendant une prière vocale, et quand rien d'intérieur ne l'occupe, l'âme sent tout à coup un feu qui la pénètre délicieusement. C'est comme si l'on répandait soudainement en elle un baume très-suave, dont le parfum se communiquerait à tous les sens.

Agathe. — N'est-ce pas ainsi que l'Épouse dit, dans les Cantiques, comment le bien-aimé, descendu dans son jardin, au milieu des plantes aromatiques, a fait exhaler aux fleurs une odeur exquise en les agitant, et l'a ainsi elle-même charmée par ces parfums balsamiques?

Sainte Thérèse. -Je me sers de cette comparaison d'une odeur, pour montrer que c'est quelque chose de semblable qui manifeste à l'âme la présence de l'Époux. Et cette douce présence, elle éprouve un si véhément désir de ne point la perdre, qu'elle ne trouve rien de difficile pour le service de ce Maître bien-aimé, et qu'elle lui donne toutes sortes de louanges. Cette grâce part du même principe que les élans de charité divine dont nous avons parlé ; mais ordinairement elle n'est mélangée d'aucune peine, non plus que ce véhément désir de conserver le bonheur de la douce présence de Dieu.

Les motifs, qui rendent cette grâce exempte de toute illusion, sont les mêmes que pour la faveur précédente : ainsi à l'abri de toute crainte, l'âme ne doit

songer uniquement qu'à le recevoir avec de vives actions de grâces. La charité dont elle est pressée est si ardente que la faiblesse de la nature ne peut en soutenir la grandeur; alors, sentant qu'elle va mourir d'amour, l'àme s'écrie : Soutenez-moi avec des fleurs. Demander d'être soutenue, ce n'est pas demander la mort, mais la vie ; et en effet l'âme ici désire la vie pour rendre quelques services à celui qui lui a fait tant de bien. Elle demande cette faveur de vivre pour le service du Seigneur, et les fleurs avec lesquelles elle veut qu'on la soutienne, sont de très-puissants désirs de faire de grandes œuvres pour la gloire de Dieu et le salut du prochain.

Agathe. — Ces désirs divins, causés à l'âme par l'ardeur de son amour, l'emportent donc sans violence et avec douceur. Ils sont comme des parfums émanés du parterre mystérieux, où s'élève celui que l'Écriture appelle la fleur des champs et le lis des vallées.

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