DES PRATIQUES DE LA FOI AU TRES- SAINT SACREMENT
Agathe. — La foi a des vues si sublimes et si profondes, qu'elle me semble une participation de la sagesse divine qui atteint d'une extrémité à l'autre , car elle voit dans l'infini et dans l'éternité, un Dieu en trois personnes; dans le temps et dans l'éternité, un Dieu dans l'homme, et deux natures en une personne; dans le temps et pour un temps, un Homme- Dieu dans un sacrement adorable. Je ne cherche pas l'explication de ces mystères, mais je demande des pratiques pour les honorer tous dans ce dernier, qui est la sainte Eucharistie. Je vous supplie donc, ma sainte Mère, de m'en donner quelques-unes selon que votre piété vous les suggérera.
Sainte Thérèse. — Il faut vivifier la foi, et se persuader que Jésus-Christ est aussi véritablement présent au saint sacrement de l'autel, qu'il était autre-
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fois présent parmi les hommes. Et quand on veut le recevoir, il faut désoccuper l'esprit de toutes les choses extérieures, autant que cela est possible, pour aller au-devant de celui qui daigne venir à nous ; puis l'accompagner en notre cœur, et lui tenir là une affectueuse et fidèle compagnie. Je connais une personne qui dans ces heureux moments, se considère à ses pieds, comme y était autrefois Madeleine, et bien que cette personne ne sente pas toujours une douce dévotion, la foi néanmoins lui dit que le Seigneur est bien là ; que ce n'est point une représentation de notre imagination, comme lorsque nous le considérons crucifié, ou dans d'autres mystères que nous nous représentons comme des choses passées, mais la présence de Notre-Seigneur Jésus-Christ en nous par la sainte communion est une chose présente ; c'est une vérité indubitable que Jésus est alors véritablement en nous.
Agathe. — Mais pouvons-nous espérer de lui des guérisons spirituelles, comme il en opérait autrefois de corporelles ?
Sainte Thérèse. — 0 ma fille, si vivant parmi les hommes, ce Divin Sauveur guérissait les maladies par la seule vertu qui sortait de ses vêtements, comment douterions-nous qu'il ne fit des miracles en faveur de notre âme, étant au dedans de nousmêmes, si nous croyions d'une foi vive qu'il nous accordera ce que nous lui demanderons ! Sa Majesté
n'est pas dans l'usage de payer mal un hôte qui lui fait une affectueuse réception. Sachant que nous sommes enclins aux choses basses, languissants, et lâches, ce bon Jésus a jugé nécessaire de nous mettre continuellement devant les yeux, dans la divine Eucharistie, l'exemple de son ardent amour, afin de réveiller le nôtre. C'est là le motif qui l'a fixé parmi nous jusqu'à la consommation des siècles. Qu'y est-il venu faire autre chose que nous aider, nous encourager et nous sustenter?
Agathe. — Il me semble néanmoins que nous aurions eu une grande satisfaction s'il s'était manifesté à nos yeux comme à ceux des apôtres.
Sainte Thérèse. — Nul homme vivant ne pourrait soutenir la vue du Seigneur glorifié; notre nature est trop faible et trop impuissante ; et quand il serait possible de soutenir cette vue, elle nous mettrait dans un tel élat d'admiration et de désir de la possession éternelle de Dieu, que personne ne voudrait rester dans ce monde au milieu de ses mensonges et de ses misères. Et puis, ma fille, comment de pauvres pécheurs comme nous oseraient-ils aborder une Majesté si redoutable? Mais sous ces accidents du pain, il est de facile accès ; car si le Roi se déguise, nous ne nous mettons pas en peine de converser avec lui avec tant de crainte et d'embarras ; il semble qu'il soit obligé de le penne lire, puisqu'il se fient déguisé. Nous pouvons néanmoins demander
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au Seigneur que s'il s'est voilé à nos yeux corporels, il se manifeste à ceux-de notre âme, et lui fasse connaître quel aliment précieux, quelle nourriture solide et délicieuse il est pour elle !
Agathe. — Je comprends, ma sainte Mère, combien un pareil amour est capable de nous faire désirer la sainte communion, avec quelle faveur nous devons en approcher, et comment il faut demander ce pain qui répare nos forces affaiblies, qui entretient notre santé, et nous rend actifs au service de Jésus-Christ; mais pourquoi ce divin Sauveur appellet-il ce pain le nôtre, et le nomme-t-il quotidien ?
Sainte Thérèse. — Il est nôtre parce que son Père nous l'a donné, et que lui-même s'est fait nôtre par l'incarnation, et l'institution de la sainte Eucharistie. Combien estexcessif l'amour duPère qui nous adonné son Fils, et un tel Fils! Après l'avoir vu si maltraité parmi nous, il veut bien consentir qu'il y demeure encore pour souffrir de nouvelles injures ; car de combien d'outrages est-il rassasié chaque jour? En combien de mains ennemies ce Père tendre le voit-il tomber? Combien de malheureux hérétiques offensent-ils cet aimable Sauveur, par des irrévérences et des profanations? Admirez, ma fille, la charité infinie de notre doux Maître Jésus, qui se laisse ainsi insulter, persécuter, renier par une foule d'ingrats, sans que rien arrête les effets admirables de sa tendresse pour nous !
Agathe. — Je vois qu'il s'est fait véritablement nôtre, et je comprends qu'il est quotidien puisqu'il ne se passe pas un jour sans que ce pain vivant ne soit offert sur nos autels.
Sainte Thérèse. — Si nous en profitons fidèlement dans cette vie qui n'est qu'un jour, nous le posséderons encore dans îe jour éternel de la vie immortelle et bienheureuse.
Agathe. — Que faut-il faire pour profiter de la sainte compagnie de Notre-Seigneur dans la communion ?
Sainte Thérèse. — Le temps de la sainte communion est extrêmement favorable pour négocier avec Notre-Seigneur. Demeurez avec lui volontiers, car l'âme y profite beaucoup, et il aime qu'on lui tienne compagnie. Tâchez donc, ma fille, de ne pas le quitter parl'éloignementoules distractions : c'est votre Maître, il ne manquera pas de vous instruire. Mais si vous portez aussitôt votre pensée ailleurs, si vous agissez comme n'attachant point de prix à sa visite, ne vous étonnez pas de ne point éprouver les douceurs de sa présence, et ne vous plaignez que de vous-même. Appliquez-vous, après la sainte communion, a fermer les yeux du corps, et à ouvrir les yeux de l'âme, afin de contempler le doux Maître au -fond de votre cœur. Ayez soin de garder une conscience si pure qu'il vous soit permis de jouir souvent d'un si grand bien. Quoique votre Dieu ne
vienne a vous que déguisé, pour ainsi dire, il no laissera pas de se manifester en plusieurs manières, conformément au désir que vous aurez de le voir.
Agathe. — Que pensez-vous, ma Mère, de la communion fréquente ?
Sainte Thérèse. — Pourvu qu'on y apporte les dispositions requises, le plus souvent, c'est le meilleur. Soyons, disait une âme habitante du ciel aune autre âme encore sur la terre, « soyons tous unis en pureté et en amour, nous en jouissant, et vous en aimant ; et faites devant le saint Sacrement ce que nous faisons en présence de la Majesté divine. »