DES PRATIQUES D'ESPÉRANCE ET DE CONFIANCE EN DIEU
Agathe. — Corrïme la foi nous fournit des lumières pour la conduite de notre vie, il me semble que l'espérance nous donne des forces pour exécuter de hautes entreprises de vertu : veuillez nie dire, ma sainte Mère, dans quelles circonstances les plus remarquables vous avez ressenti son pouvoir ?
Sainte Thérèse, — Lorsqu'il 's'est agi pour moi, ma fille, de faire avancer les âmes dans la voie difficile de la perfection, je me suis confiée en la divine
Bonté, sachant que jamais elle ne manque d'assister ceux qui désirent ardemment travailler à sa gloire, et quitter tout pour son amour. Si la vue de mes fautes me portait à craindre que Dieu me trouvât trop indigne de m'appliquer à la sanctification du prochain, j'espérais que les vertus des autres me procureraient les grâces nécessaires à cet effet.
Dans la pratique de la sainte pauvreté, je me ressouvenais de la charité de Dieu qui ne peut manquer à ceux qui le servent. Je croyais fermement, et je le crois encore, que sa parole ne faillira jamais. Cette confiance au Seigneur me fait aimer grandement la pauvreté; je voudrais même n'avoir pas le nécessaire, et habiter dans un lieu où l'on ne vécût que d'aumônes.
Ne nous excusons pas dans nos imperfections en disant que nous ne sommes ni des anges, ni des saints, parce que quoique nous ne le soyons pas, néanmoins il faut espérer, qu'en faisant des efforts, nous pourrons le devenir avec le secours de Dieu. Soyons sûrs que si nous sommes fidèles, il ne nous fera pas défaut. Ne pensons pas qu'il y ait aucune chose en quoi nous puissions rendre quelque service au Seigneur, 'dans laquelle nous demeurions impuissants avec sGn assistance. Cette confiance, en nous donnant une sainte hardiesse, fait toujours croître l'humilité. Dieu aime à aider les courageux: et ne fait point acception de personnes.
Agathe. — D'où vient que la sainte Écriture ayant dit, comme vous le répétez, que Dieu ne fait acception de personne, on conteste tant pour prouver qu'il y a des hommes à qui Dieu refuse la volonté de se sauver ?
Sainte Thérèse. — Ceux qui soutiennent cette opinion sont des hérétiques, car Notre-Seigneur convie tout le monde au salut. Il nous appelle tous, et puisqu'il est la vérité même, il n'y a point lieu de révoquer ses paroles en doute. D'ailleurs si ce banquet du salut n'eût pas été général, le divin Sauveur ne nous eût pas appelés tous ; mais c'est sans exception qu'il nous a appelés, et qu'il nous a offert'denous donner à boire. Soyons donc assurés que cette eau vive ne manquera jamais à ceux qui ne voudront pas rester en, chemin. Sans doute Notre-Seigneura plusieurs routes pour nous amener à lui, comme il y a plusieurs demeures dans le ciel ; mais par ces divers chemins nous avons les moyens d'arriverà cette divine fontaine,et d'y boire l'eau de la vie éternelle. Dieu donne de cette eau aux âmes en plusieurs manières, car de grands et de petits ruisseaux s'échappent de celte abondante source; seulement en nous conviant à venir boire, il ne nous y contraint pas. Nul ne peut, s'il se perd, dire que c'est la faute de ce bon Seigneur, car il les aide jusqu'à la fin du combat ; nul ne peut non plus se plaindre au Père éternel de lui avoir ôté le Fils au moment où il en avait le plus de
besoin, car Jésus-Christ a été donné au monde jusqu'à ce que le monde soit détruit.
Agathe. — Je me rappelle à ce sujet ce qu'écrit l'apôtre saint Paul, à savoir que Dieu veut que tous les hommes se sauvent, et connaissent la vérité ; et de ce que dit encore la sainte Écriture, qu'il ne se trouve personne qui ne ressente la chaleur de ce soleil, qui selon saint Jean éclaire tout homme ; et je conçois que si quelqu'un se perd, c'est parce qu'il le veut bien ; en sorte qu'on peut dire que Dieu ne délaisse personne, si on ne le délaisse le premier. Cependant, ma sainte Mère, n'y a-t-il pas des cœurs si resserrés qu'ils n'ont pas le courage de se donner à Dieu?
Sainte Thérèse. — Que ces cœurs fassent quelques efforts: le Seigneur prend tout en paiement, et s'accommode à notre faiblesse ; il est généreux et libéral, et quelque grande que soit notre dette envers lui, il nous la remet facilement pour nous gagner. Il remarque si soigneusement nos services, que nous ne devons pas craindre qu'il mette en oubli la moindre chose, pas môme un regard fixé sur le ciel, en nous souvenant du Dieu qui y fait sa demeure.
Agathe. — En vérité nous pouvons tout attendre du Seigneur, et il est bon de mettre en lui son espérance !
Sainte Thérèse. — Il veut bien être notre père, noire frère, et notre maître ; à ces titres nous n'avons
qu'à lui rappeler sa promesse" de nous secourir, et il n'y fera point défaut. Cette ferme confiance en sa bonté et celte espérance de son aide, nous garantiront des inquiétudes de l'esprit, et nous donneront une sainte liberté, qui servira à notre avancement et à l'avantage du prochain.