‹ Catéchisme de Sainte ThereseChapitre 57 sur 59 · LE L'AMOUR DE DIEU ET DU PROCHAIN · texte numérisé non relu

LE L'AMOUR DE DIEU ET DU PROCHAIN

Agathe. — Veuillez, s'il vous plaît, ma Mère, me dire comment l'âme peut pratiquer la charité envers le prochain ?

Sainte Thérèse. — Un moyen excellent de prati* quer cette vertu, c'estdc désirer ardemment que Dieu suscite un grand nombre de personnes qui le servent avec perfection. Rien en effet n'est plus utile à l'Église que des ouvriers évangéliques d'un désintéressement parfait, et d'un entier détachement de toutes les choses d'ici-bas : j'estime qu'une seule de ces saintes âmes ferait plus de bien aux hommes, que plusieurs autres qui seraient tièdes et d'une vertu médiocre. Désirons aussi que parmi nos frères aucun ne perde la foi, et n'abandonne Dieu. Prions pour que la religion soit richement pourvue de savants théologiens et de saints prédicateurs.

Agathe. — Mais ne devrions-nous pas plutôt nous occuper de nous-mêmes, et travailler uniquement à notre sanctification ?

Sainte Thérèse. — Vous l'avancerez en agissant de la sorte, car c'est combattre pour Jésus-Christ ; et si vous oubliez vos intérêts particuliers pour procurer sa gloire, il saura bien vous en rendre la récompense. Soyez sûre qu'en échange de vos prières pour le prochain en vue de Dieu, il vous sera rabattu quelque chose de vos dettes envers le Seigneur: le temps du purgatoire sera diminué pour vous ; mais quand il ne le serait pas, qu'importe que nous souffrions même jusqu'au jour du jugement, si à ce prix nous pouvons obtenir le salut d'une âme ! Quelles peines ne devrions-nous pas accepter pour être utiles à plusieurs, et accroître la gloire de notre divin Maître ! Ne faisons donc point d'élat des douleurs et des travaux, lorsqu'il s'agit de rendre quelque service à celui qui a tant souffert pour nous.

Agathe. — Voilà, cerne semble, un bien sublime amour du prochain ! Notre-Seigneur a dit qu'il n'en est point de plus grand que de donner sa vie pour ceux qu'on aime ; mais quelle vie plus précieuse peut-on leur sacrifier, que cette vie de Dieu dont l'âme est privée dans le purgatoire, et qui est véritablement sa vie ! Souffrir l'espèce de mort attachée à celle privation, et cela pour l'amour du prochain, c'est un acte si héroïque qu'il n'appar-

tient, à mon avis, qu'à des âmes surélevées ; Veuillez donc, ma sainte Mère, me dire quelque chose de mieux proportionné à la faiblesse des commençants.

Sainte Thérèse. — L'amour que nous devons avoir les uns pour les autres est un commandement de Dieu si important, que s'il n'est pas bien gardé, on ne peut avoir la paix, ni intérieure, ni extérieure, si recommandée par Notre-Seigneur. Quand on observe, au contraire, cette loi de la charité, il n'est aucune chose, si fâcheuse qu'elle puisse être, que ne supportent doucement ceux qui s'entr'aiment. Mais en général la perfection de l'amour du prochain estfortrare, parce que nous l'aimons ou avec excès, ou tr6p peu.

Agathe. — Peut-il y avoir de l'excès dans l'amour que se témoignent des personnes vivant dans un même monastère ?

Sainte Thérèse. — Il existe, ma chère fille, un amour qui traîne après lui tant de fautes et d'imperfections, qu'il n'y a que ceux qui en ont vu les tristes effets qui pourront y croire. Le démon tend, sous ces affections particulières, des pièges que ne découvrent point les âmes imparfaites qui prennent le mal pour le bien, mais qu'évitent soigneusement celles qui tendent à la sainteté. Ces amitiés affaiblissent la volonté, ôtent à l'âme sa force, et la rendent ainsi incapable d'aimer Dieu entièrement^ Outre les dommages qui découlent de telles amodions par la

singularité, on fait encore tort à son amie, qu'on entretient de ses vains sentiments et de mille propos inutiles. Au lieu de porter à Dieu, ces frivoles conversations en détournent, et souvent le démon fait naître cet amour tout naturel, pour amener avec lui des divisions et des ligues qui troublent toute une communauté. L'amour vraiment spirituel ne porte point ces caractères : il aide à servir Dieu, laisse la volonté libre de toute passion, et donne du cœur pour surmonter les difficultés que l'âme peut rencontrer à son avancement.

Agathe. — Il paraît cependant tout simple d'avoir plus d'affection pour une personne que pour l'autre, si elle est plus heureusement partagée des dons de la nature.

Sainte Thérèse. — Ne souffrons jamais, ma fille, que notre volonté soit esclave de qui que ce soit, mais seulement de Celui qui nous a rachetés par son sang. Aimons les vertus des autres, mais faisons peu d'état des avantages extérieurs, qui nous envelopperaient dans les liens d'un amour purement naturel.

Agathe. — N'y a-t-il pas cependant une sorte d'affection qui s'accommode avec l'amour de la vertu ?

Sainte Thérèse. — Si, et je vous en parlerai dans notre premier entretien.

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