DE LA NATURE TERRESTRE
Q. — Daprès ce que nous venons de voir, on serait tente de dire que ce qui est a dû toujours exister; on sait cependant que la Terre et Thomnic ont été formt's.
R, — Rien ne prouve que la Terre ci Thommc n'aient pas toujours existe.
O. — Comment enscigne-t-on la (ormation de la Terre ?
R. — Des gaz se sont rencontres; ils formèrent de l'eau qui se vaporisa ; à la suite d'une longue élaboration une croûte se forma qui fut le commencement de notre sphère; après maints bouleversements.
ainsi qu'on le peut voir dans les poiiraiialis. Ces croj-anccs paraissent avoir été transmises aux grecs par Pythagore et toute Fantiquité est fort entachée rlc CCS doctrines que beaucoup do nos contemporains exaltent encore. Pythagore, sans faire l'âme immatérielle, disait quelle se logeait aussi bien ilans les plantes que dans les animaux. Toutes les métamorphoses d'Ovide sont des chants de la métempsycose, et elle transpire dans les vers d'un autre grand poëte latin, Virgile ; ainsi, dans l'Enéide, re dernier voit les âmes ne se perdre que dans le fleuve d'oubli ;
Auimœ, gtiibus altère fatiy Corporc debcniiir. Leihœi ad fljtviinis jiudaiii Securos latices et longa oblivia poiani.
Tout change et rien no meurt, voilà ce qui est certain pour tous. Si 1er; livres des hébreux ne contiennent pas de traces de métempsycose, c'est qu'ils no croj-aient pas à l'immortalité de l'âme, mais la métempsycose apparaît aussi tôt que le Christ arrive, et le Christ n'est pour une grande part du peuple juif, que la réincarnation de l'âme do Jean le Précurseur ; Jésus lui-même est obligé de condescendre à ces idées, et il se donne comme la réincarnation de l'âme d'Elie : « Je vous le dis,Elie est déjà venu et ils ne l'ont pas reconnu. " IMahomet détruit chez les arabes la croyance à la métempsjxose. La biologie, (science des êtres) moderne la fait presque revivre avec autorité, au point de vue de la matière.
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cette croûte refroidissant suffisamment, une plante, algue ou fougère apparut : la Terre existait.
Q. — Y a-t-il une autre théorie que celle-là?
R. — Oui, celle de Davy (i). D'après lui, la Terre aurait toujours e'te' un noyau solide sur lequel des influences gazeuses auraient détermine', à des époques différentes, les changements survenus à sa surface.
Q. — En somme, on ne sait pas à quoi s'en tenir sur la formation de notre globe ?
R. — Non.
Q. — Croit-on qu'il aura une fin ?
R. — Les géologues admettent que la Terre pourrait être brisée dans un cataclysme céleste et ne former plus que des astéroïdes (2).
Q. — Admettez-vous que la Terre ait eu ce commencement et puisse avoir cette fin ?
R. — Non, puisque cela est loin de nous être prouvé.
Q. — Comment Fhomme, d'après la théorie de la formation, serait-il venu sur la Terre ?
(i) Humphry Davy, chimisto anglais, iiû 1778, mort 182g. C'est lui qui, après avoir aspiré du protoxj-dc d'azote, dit gaz hilarant, s'écriait : « Rien n'existe que la pensée : l'univers ne se compose que d'impressions, d'idées de plaisir et de souffrance. » On peut lire de lui La cotisolntion en x'pynge vu les dcniurs joins d'un philosi>f>he, rêveries étranges, faites au milieu des ruines de Rome, sur les transmigrations des âmes.
(2) Platon, dans le Timcr, fait dire au prêtre de Sa'is, parlant àSolon : «Les mouvements que font les astres autour de la Terre peuvent amener, ;i de longs intervalles de temps, des Catastrophes où tout ce qui existe sur notre globe serait détruit par le feu. »
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R. — Quand Taigue^ ou la fougère apparut, ou la mousse, qui rcpre'sentent l'organisation vc'getalc à Fetat rudimcntairc, il ne tarda point à se former un être moitié végétal, moitié animal, un zoophyte (i) ou animal inférieur, mais contenant néanmoins le germe de l'organisme animal. Cet embryon se perfectionnant, il acquit des commencements de facultés ; si au sentiment cet embryon Joint peu à peu la conscience, la volonté, le jugement, quand il est parvenu à s'incorporer dans le mammifère, il a traversé une longue série de corps en passant de l'inférieur dans celui qui était immédiatement supérieur, suivant réchellc ascendante du perfectionnement organique. On arrive ainsi au singe, et les récents travaux de Vogt (2), Blickner (3), Huxley (4),
(i) Ou polype.
(2) Vogt, naturaliste allcmanJ, né à Gicsen en it^i?.
C'est un de ceux qui, avec raison, se sont montrés les redoutables adversaires de l'intervention de la religion dans la science. — V. Science et siipeistîtioii ; recherches sur les sociétés d'animniix ; les lecous sur rhoinine ; les microcéphales oit l'hotnme singe.
(3) Biickner, naturaliste et philosophe allemand contemporain. C'est certainement lui qui a le plus osé pour l'édification de la philosophie rationnelle, c'est-à-dire basée sur la science. Ses œuvres ont eu un retentissement immense et justement mérité. En dehors de ses nombreux articles de physiologie répandus dans les revues, il faut lire : Force cl Maiiëre, Esprit et Nature, Science et A'atnie.
(4) Huxley, né en i!<2S, à Kaling (Aliddlcscx;, médecin civil, attaché à des missions d'exploration dans les mers du Sud, professeur d'histoire naturelle à l'école des ilinos (en remplacement d'Edward Eorbes). Ses investigations se sont étendues à toute la série du règne animé, depuis le baihybiris jusqu'à l'homme.- V..l/<7«'i place in Nature (do la place de l'homme dans la Nature.) — V.Aussi, la base phyiifue de la vie ou le protoplasma, On the physical Dasis of life, dans lequel il dit en substance : Que peut-il y avoir de commun entre
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Droca (i), et surtout de Darwin (::). qui ont com-
cc Jicheil aux vives couleurs ut le peintre qui le regarde ? penscï au chanipi ;;non microscopique, a cette particule invisible, ovoïde infinitésimale qui trouve assez d'espace pour se développer par millions dans le corps d'une mouche, et passez de la au pin séant de la Californie, plus haut que les flèches des cathédrales, au figuier d'Inde qui couvre plusieurs acres de son ombres épaisse, ou encore à la monstrueuse baleine. Quel lien rattache la fleur que lajexmcfllle a posée dans ses cheveux au sang qui circule dans ses veines? « Hé bien, il }• a une triple unité de force, de forme et de composition, qui relie tous ces êtres si disparates. La nutrition, la croissance, la reproduction, la contractilité leurs sont communes. L'unité structurale des corpuscules cellulaires se révêle d'un bout à l'autre de la série. Tous les êtres vivants se composent, chimiquement, de carbone, d'hydrogène, d'oxiffénc et d'azote; c'est ce que nous appelons le pivtoplr.sjiia. ils vivent tous a la condition de perdre à chaque usage de leurs forces çt de réparer continuellement leurs pertes. Chez l'orateur qui parle, il se résout autant d'acide carbonique,d'cau et d'urée qu'il déploie d'éloquence. ■' Les phénomènes de la vie sont les propriétés du protoplasme. Le protoplasme est le même dans tous les corps de la nature. - V. Enfin les sermons laïques, iaj sermons, recueil des conférences. — V. Laiiote Pythagorc.
fi') 15roca, chirurgien franeais contemporain. — V. Iiis/niciion i^cucraL pour la recherches autliropoltijiùjucs.
(2) Darwin, naturaliste anglais contemporain, auteur du célèbre ouvrage de l'origine, des espèce!, par voie de sélection nainreile. Il se posa durant vingt deux années le problème de l'origine des espèces avant que de produire, en i.ijn, son livre fameux T/'ie origin o/species. .Supposez, pour vous rendre romi^tc de sa théorie, des frères et des soeurs : ils ne sont point exactement semblables les uns aux autres. En tout ou en partie, ils sont différents. Quels sont donc les changements intérieurs ou extérieurs qui font que les descendants do mêmes parents peuvent être classés en espèces différentes ? Si une difformité existe chez un enfant, ne peut-on faire accroître cette difformité en l'accouplant à un autre individu qui la possède aussi î Cette difformité sera-t-elle doublée dans le produit, moins les causes indépendantes qui peuvent produire la variété ? Darwin a beaucoup expérimenté sur les pigeons, et il a montré que si, par exemple, on avait obtenu des pigeons a jabot (pouter • était parccqu'on avait accouplé ceux qui, les premiers, avaient eu cette (lilformité qui s'était reproduite plus accentuée chez les descendants. La méthode dite in and in chez les anglais, était aussi une justification de ce que Darwin a nommé sclcciion. Jlais si l'homme arrivait à des résultats détcr minés par une suite de petits changements et d'additions, la nature, elle, pouvait-elle opérer la sélection ? Oui, répond Darwin, car le nombre des êtres vivants dépasse de beaucoup ceux ijui peuvent subsister. En conséquence, a une époque quelconque de leur vie il doit y avoir lutte uour l'cxistenre, et comme nous sommes en présence de variétés infinies présentant des conditions do force inégales, les variétés les plus compétentes à lutter avec les conditions extérieures sont celles qui ont pu résister et vivre. .La fraction triomphante se livre à la reproduction, et elle transmet, quoiqu'à des degrés différents les
paré le squelette du singe avec celui de l'homme primitif, étudié la forme du crâne, les lignes servant aux insertions musculaires, la mâchoire, etc., ces travaux ont établi la parenté du singe avec Thomme, qui est la plus haute expression de la nature terrestre.
Q. — Nous descendons donc du madrépore et du singe ?
R. — C'est possible, et cela n'a rien de choquant, mais ces théories ne sont point encore appuvées d'assez de preuves.
Q. — Quelles objections soulèvent-elles?
R, — La première objection que ces théories sou- . lèvent est que, pour que le germe animal sortit, pour ainsi dire, du néant, il faudrait que la génération spontanée fut prouvée et elle ne l'est point ; on ne connaît pas le passage de la matière inorganique à la matière organique; la deuxième objection est que le passage de l'invertébré au vertébré (de Thuître au goujon), dans l'échelle des êtres, n'est point trouvé; ia troisième objection est que, si l'homme descend du singe, il est bien étonnant, puisqu'il v a encore des singes anthropomorphes, que cette transformation
qualités qui iul ont permis de se maintenir. La lutte recommence encore. Ce sont toujours les mieux doués qui triomphent, et l'addition des perfectionnements favorables .à l'individu est do plus en plus riiroureusemcnt effectuée. La srlrcfioit nafnrclle « agit p.ar conservation et accumulation de légères modifications otstenues par l'hérédité, et dont chacune est favorable à l'être préservé. » Cette théorie serait difficilement réfutable si elle ne présentait certaines lacunes qui, du reste, pourront être comblées un iour. — V. de in descendance de riiomme ef de ia sélection sexiiriie.
n'ait pas lieu sous nos yeux; enfin on doit se demander pourquoi rcchellc des êtres s'arrête à Thomme qui est un être si imparfait encore (i).
Q. — Nous avons jusqu'à présent rejeté la plupart des systèmes, auquel nous arrêterons-nous donc?
R. — A celui qui affirme l'éternité des choses existantes.