DES RELIGIONS ET DES PHILOSOPHIES OU ORIGINES DU CHRISTIANISME
Q. — Quelles sont les religions qui ont donne naissance au christianisme ?
R. — Principalement les religions de Tlnde et de kl Palestine (i).
donnés et ceux qui prouveraient encore que l'antiquité, deux mille ans avant eux, dix mille ans peut-être, (car qui saurait préciser les dates de cette antiquité qui recule de jour en jourl, avait pensé plus qu'eux? La persécution a-t-elle grandi à ce point Galilée? Que son nom soit béni toujours jinisqu'il a tait revivre, par son propre génie, la science que l'on avait fait disparaître, puisqu'il eut l'honneur insigne de découvrir, ou à peu près, les lois du pendule, l'isochronismc, de répéter, du haut de la tour de Pise, les expériences sur la chute des corps indiquées par le poète Lucrèce, et d'inventer, presque en môme temps que le hollandais Jansen, le précieux télescope qui allait changer en certitude ce qui était resté jusque-là dans le domaine de l'h^-pothcse.
■i\ Le but de cette partie du ca/échi'snie est d'établir la vérité historique sur la religion chrétienne et de faire voir qu'on peut lui substituer un système philosophique et moral et rationel. Nous n'avons donc à nous occuper que des religions qui ont exercé une influence indiscutable sur lo christianisme. Nous savons parfaitement que la religion n'était, la plupart du temps, que l'enveloppe de systèmes de la nature et qu'elle n'était que pour le vulgaire cette inscription du temple de Sai's : « Je su s tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, et le voile qui me couvre, nul mortel ne le soulèvera. » Les initiés avaient soulevé le voile et contemplé Dieu. TJe même nous déchirons le voile, comme il se déchira dans la Synagogue, et c ontemplons Dieu, nous aussi. Cependant, nous ne saurions oublier que ce qui exerce peut-être l'influence la plus considérable n'est pas la doctrine mystérieuse et savante, mais le culte extérieur, la tradition rituelle, et nous avons a recueillir tout ce qui va produire génétiquement le christianisme. Nous laisserons donc de côté Isis cl, Osiris et leurs mystères sacrés (V. Plutarque iii libro <//; /sideef Osn-iWcJ, nous écarterons la mythologie, cette grande conception poétique qui inspira (ou qui naquit) les poèmes d'Homère et d'Hésiode (*),
(*) Nous nous servons d'un artifice de style quand nous disons ; nées pcutétre des poëm^s, les poètes embellissent et reflètent, mais ils inventent peu, ils peuvent fixer, mais on ne crée pas ainsi de toutes pièces un nouveau système religieux ou social. Il faut admettre de préférence qu'ils ont été l'émanation des
Q. — Étudions ces religions.
R, — L'origine de deux religions se perd dans la période antéhistorique : celle du brahmanisme et celle du mazdéisme; une religion est sortie du brahmanisme, le bouddhisme (i).
mais non sans jeter quelques regards sur cette sublime antiquité païenne qui ne nous a pas laissé l'exemple d'une persécution purement religieuse. (V. Boullanger, l'antiquité divoilée par les usages, publiée par d'Holbach.)
N'était le cadre dans lequel nous devons nous rcnfeirmer et l'ensemble déjà trop considérable des choses nécessaires que nous devons envisager, il serait sans doute utile de se livrer à une étude approfondie des religions pour en arriver chronologiquement au christianisme. Nous étudierions alors le dualisme druidique, la plus sublime des inventions religieuses, peut-être, et nous verrions si ce n'est point de la grande Gaule que partirent bien des conceptions auxquelles on a donné l'Asie pour berceau. Nous nous demanderions si les barres droites et les barres coudées des peulvens du monument de Kergavel ne constituent pas la plus ancienne écriture connue, et si les autres monuments de la péninsule armoricaine n'ont pas précédé de cinquante siècles les monuments égyptiens, si l'obélisque de Locmariaker ne servit pas de modèle à celui de Luqsor, si les alignements de Carnac ne fournirent point le plan des allées mégalithiques égyptiennes, le Karnak, temple d'Ammon Knuphis,ct si le mastabah est autre chose que le dolmen perfectionné? Les savants répondront ailleurs à ces questions.
En somme : « Le judaïsm.e fournit le levain qui provoqua la fermentation, mais la fermentation se fit hors de lui. L'élément hellénique et romain d'abord, puis l'élément germanique et critique prirent complètement le dessus, s'empa rèrent exclusivement du christianisme, et le développèrent dans un sens fort différent de ses origines premières. » Renan. Revue des deux fondes, 1860. Questions contetnporaines. — Et qui mit le levain au sein du juda'isme? L'Inde. — K Le génie des Arias ne doit pas être opposé au génie grec : l'un est enveloppé dans l'autre. » Havet, VHellénisme.
(i) On présume que les religions ont suivi la filière que voici : 1° culte des pierres noires et blanches dont les unes représentent la Nuit et les autres le
peuples dont ils employaient la langue. « Il faut donc étudier avant tout les croyances de ces peuples. Les plus vieilles sont celles qu'il nous importe le plus de connaître. Car les institutions et les croyances que nous trouvons aux belles époques de la Grèce et de Rome ne sont que le développement de croyances et d'institutions antérieures ; il en faut chercher les racines bien loin dans le passé. Les populations grecques et italiennes sont infiniment plus vieilles que Komulus et Homère. C'est dans une époque plus ancienne, dans une antiquité sans date, que les croyances se sont formées et que les institutions se sont ou établies ou préparées. (V. le remarquable livre de Fustel de Cou langes, la Cité atitiçue). »
Q. — Qu'est-ce que le brahmanisme ?
R. — Le brahmanisme nous offre dans Brahma, un dieu créateur, grand principe, être divin par excellence (i). Les Hindous divinisent la Nature et leur religion est celle que les Aryas, ou hommes vertueux et purs, pratiquent intégralement. Leurs livres sacrés se composent, comme ceux de presque toutes les religions, d'histoires, de légendes, de poésies, et on en nomme le recueil les Vedâs. Ils ont un calendrier astronomique (2) qui a dû être rédigé au moins quatorze siècles avant notre ère. Enfin, les lois de Manon règlent les devoirs des différentes castes formées par les hommes (3). Le brahmanisme admet : le dogme de la transmigration des âmes qui laisse aux hommes leur libre-arbitre et lait résulter de leurs actions les conditions supérieures ou inférieures dans lesquelles ils ont été ou seront placés. L'homme a mené une existence antérieure à celle qu'il mène sur la Terre, où il vient expier plus ou moins ses fautes. Après cette expiation, il subira une transformation nouvelle et son sort sera plus ou moins amélioré.
Jour {les musulmans vont encore baiser la pierre noire de la Kaabah); 2° le culte des animaux emblèmes des SaisoixK, et un cercle cquatorial divisé en ,",65 dieux. (V^. dans la religion chrétienne les traces de ces cultes : St-Jean est y. Aigle do Pathmos, Est; St-Luc le Taureau, Ouest; St-Matthieu la l'iergr. Sud; St -Marc le Griffon, Nord.) 3" L'époque du dieu générateur inconscient; 4" Tanthropomorpliisme ou époque de la divinité douée d'une intelligence libre coneue à l'image de celle de l'homme.
[1) V. Pellctan, histoire du brahmanisme.
(2) DJyotisck
!3) V. A. Maury, religions de l'Inde,
Tous les êtres existants ou ceux qu'a enfante' l'imagination fertile des hindous forment une chaîne continue que parcourt lame humaine. Depuis les ve'gétaux jusqu'aux divinités se développe un magnifique panthéisme, u L'âme est l'assemblage des dieux ; l'univers repose dans Tàme suprême; c'est l'âme qui produit la série des actes accomplis par les êtres animés (i). » Faire des œuvres bonnes en elles-mêmes, être juste, être pieux, s'exercer au bien : voilà ce que le brahmanisme commande. Mais ce côté moral a disparu peu à peu sous l'influence de la caste sacerdotale, pour faire place à une superstition dont la Trimoiirti est le couronnement religieux. Brahma, Vichnou et Siva (2) se réunissent et se coniondent. "Vichnou, iils de Brahma, se substitue à son père, il a plusieurs avatars ou incarnations, sa mission est de sauver l'espèce humaine. Siva est l'esprit qui éclaire et veille (3).
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a tiré du brahmanisme?
R. — Le Christ s'est dit le fils de Dieu, il s'est confondu avec son iièrc, et il est mort après s'être incarné dans l'homme, pour la rédemption des hom-
(i) Lois de Mauoii, livre II.
(2) Brahma, Vichnou et Siva sont probablement les dieux de trois religions différentes, ou de trois branches qui se sont réunies au même tronc.
(3) C'est, croit-on, Siva qui apparut eu (iroce sous le nom de l'acchus indien ou Dieu de Nysa.
mes; le Saint-Esprit s'est confondu avec le Père et le Fils : ils ont formé la Trinité'.
Q. — Qu est-ce que le Bouddhisme ?
R. — Le bouddhisme fut fondé par Çakyamouni Siddhârtha (i) qui prêcha aux hommes : u une charité infinie, et, partant, le besoin de faire partager aux autres le bonheur goûté dans une doctrine excellente, le prosélytisme et par suite l'accès de la religion offert à tous les hommes de toutes les castes, l'admission au sacerdoce des classes mêmes les plus
(i) D'après Abel Rcmusat et Schmidt, Çâkya est le nom de la branche de la caste militaire à laquelle appartenait le jeune prince Siddârtha de Kapilavistu, qui, ayant renoncé au monde fut appelé Çàk ra ?)i!im'\e solitaire des Çâkyas, et'qui.parvenu à la perfection de la science qu'il s'était proposée, prit le titre de Biiddha, l'éclairé, le savant. Buddha est un titre; Buddha vi buddha, épanoui comme un lotus ; quelques uns traduisent buddha par connaître . « Çakya ne vint pas, comme les incarnations brahmaniques de Vichnu, montrer au peuple un Dieu éternel et infini, descendant sur la terre, et conservant, dans la condition mortelle, le pouvoir irrésistible de la divinité. C'est le fils d'un roi qui se fait religieux, et qui n'a pour se recommander au peuple, que la supériorité de sa vertu et de sa science. » L'histoire de son mariage nous fournit une idée de la science du Buddha. Il commença par déclarer, contrairement à l'usage oii on était de prendre une femme dans sa classe, « qu'il prendrait indifférement une femme parmi les Brahmanes, les Kéhattryas, les Vâicyas, ou les Çudras, s'il en trouvait une qui répondit au type de perfection qu'il s'était formé. Le brahmane qui c.\ercait les fonctions de prêtre de famille auprès du roi Çuddhôdana (père de Çakyamunii, fut chargé de trouver la femme accomplie que désirait le prince, et il la trouva dans la maison d'un artisan de Kapilavistu, nommé Dandapâni. En conséquence, le roi Çuddhôdana lit demander sa fille pour le jeune Çâkya. Mais que répond Dandapâni? « Seigneur, le prince a été élevé dans sa maison au sein du bonheur; et de plu?, c'est une loi de famille parmi nous que nos filles ne soient données en mariage qu'à celui qui sait un métier, et non à un autre. Or, le prince no sait aucun métier, il ne sait manier ni l'épée, ni l'arc, ni le carquois, etc. » Le roi s'arrête devant cette objection et Çâkya est obligé de montrer les connaissances qu'il possède dans tous les arts, connaissances dans lesquelles sont comprises celles qui ont trait aux arts libéraux, comme l'étude des vocabulaires antiques (Nighantuj, la lecture des livres sacrés des Vcdas, des Purânas, des Ithàsas, des traités de grammaire, l'explication des termes obsolètes, la lecture, la métrique, le rituel, l'astronomie. » V. plus loin.
méprisées ))(i). Çakyamouni disait : « La religion doit être le bien commun de tous » (2). L'organisation bouddhiste remit sa destinée dans les mains de prêtres voués au célibat. Trois conciles se réunirent pour la rédaction des écritures bouddhiques. On vit dans l'apparition de Çakyamouni la réalisation de certaines prophéties et des miracles eurent lieu (3). Le bouddha mit en honneur une vie religieuse et ascétique. Des couvents, des monastères se fondèrent, et ce fut par la pratique des vertus et de la foi que l'homme dut arriver au salut suprême, Nirwanâ, ou absortion de sa nature individuelle en Dieu. Comme déjà dans les institutions de l'Egypte et de la Perse, la confession fut rendue nécessaire pour se laver de toute souillure, et elle s'appliqua
(i) On sait que la loi mosaïste n'admettait au sacerdoce que ceux de la tribu de Lévi, comme les prêtres de Brahma ne se recrutaient, ainsi que les ascètes et autres saints qu'on offrait à la vénération des fidèles, que dans la caste des Brahmanes. La religion chrétienne s'ouvrit aux gentils, de même que le Buddha ouvrit ses bras aux individus de toutes les castes. Voici un exemple de l'influence qu'exerce la venue du Buddha et sa prédication :
« Un jour, Ananda, le serviteur de Çakyamuni, après avoir longtemps parcouru la campagne, rencontra une jeune fille Mâtangi, c'est-à-dire de la tribu des Tchandâlas, qui puisait de l'eau et il lui demanda à boire. Mais la jeune fille craignant de le souiller de son contact, l'avertit qu'elle est née dans la tribu des Mâtangi, et qu'il ne lui est pas permis d'approcher un religieux. Ananda lui répond alors ; « Je ne te demande, ma sœur, ni ta caste, ni ta famille; je te demande seulement de l'eau, si tu peux m'en donner. » Prakriti, c'est le nom de la jeune fille, devint amoureuse d' Ananda, et mise en contact avec Çâkya qui la persuade adroitement, elle finit par entrer dans la vie religieuse. On peut, comme une preuve de plus de l'influence du bouddhisme sur le christianisme, rapprocher ce passage de celui de Jésus et la Samaritaine, dans l'Evangile de Jean.
(2) V. Encyclopédie, nouvelle.
[H) V. Burnouf, — Introduction à l'histoire du bouddhisme indien.
aux trois fautes qu'il est possible de commettre : les fautes de pensées, de paroles et d'actions. Attaché au culte de Brahma, le bouddha ne se fit pas dieu, les livres indiens, sanscrits, pâlis, nous le montrent simplement comme un réformateur religieux, mais on figura son image dans les temples et on fit des reliques de ses os (i).
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a tiré du bouddhisme?
R. — Le Christ prêcha (quelquefois) une charité infinie ; il chercha ses apôtres dans les dernières classes du peuple et il fit de la religion le bien commun de tous. Les prêtres en sont arrivés au célibat (2). Les Conciles ont fixé le texte des Ecritures. De bonne heure les religieux et les ascètes ont été honorés et sanctifiés. La confession a été instituée. Le Christ ne se donna comme Dieu qu'à la fin de sa carrière, mais auparavant il ne se donnait que comme un réformateur. On figura son image dans les temples et on fit des reliques de sa croix.
Q. — Qu'est-ce que le mazdéisme i
R. — Une religion qui dut se substituer à une autre puisque Zoroastre proteste contre la divinité multiple. Le mazdéisme apporta au monde deux principes rivaux, le bien et le mal, Ormuzd et Ahriman.
(i) V. article de Littré dans lo A'aiwita/ ilc septembre 1845. (2) Les prêtres se sont mariés jusqu'au milieu du XII" siècle, longtemps encore après que le Pape GréRoire VII eut ordonne le célibat. V. à la suite.
Les livres Naçkas firent connaître aux croyants la pensée et la parole de Zoroastre. « Le fond du Mazdéisme » dit Jean Reynaud (i) « est la lutte constante contre le mal. De là le caractère moral et essentiellement pratique de sa théologie. Cette théologie est aussi très-simple ; elle procède de la définition catégorique du bien et du mal, et, déterminant sur ces principes les lois de l'union des créatures entre elles et avec Dieu en vue de la résistance au mal et de la persévérance dans le bien, elle se conclut par la prophétie de la réconciliation linalc de tous les êtres dans une adoration commune. » La religion de Zoroastre est une des plus belles et des plus puissantes de l'antiquité (2). On trouve dans sa liturgie la hiérarchie angéliquc et ses rapports avec la Terre, le Ciel et l'Enfer, et le dogme eucharistique (3).
Q. — Quel a été l'influence de la religion de Zoroastre sur le christianisme?
R. — Cette influence (4) a produit la hiérarchie
(i) Voir les notes, et l'article Zoivastic dans YEucyc/ofii'iiic iwnvcUc.
(2) V. Creuzcr, Rclii^ions de. l'antiquité.
(;,) V. Anquctil-Dupcrron, Exposition liii syxtcine tht'o logique des Perses.
(4) Cette influence s'exer^'a tout naturcllcnient. Le mazdéisme avait pénétré dans l'Assyrie, à Ninive, à Habylone, et les Juifs captifs dans ces pays avaient fait de nombreux emprunts à leurs vainqueurs. Lorsque les Juifs furent établis en Palestine, ils conservèrent des relations assidues avec les peuples des bords de l'Iùiphratc. C'est on Perse, en Chaldéc, que s'est formé le livre Zond, et que l'idée de l'unité divine se déj^age pour la première fois du naturalisme polymorphiste priipitif. Les livres Zoroastériqucs gardent encore la trace du culte polythéiste. I-a tradition avait du surtout se conserver dans les i;lasscs pauvres et parvenir, par elles, jusqu'à Jésus et â Paul.
angéliquc et ses rapports avec la Terre, le Ciel et TEnfer, le jugement dernier et le dogme eucharistique. Après avoir fait Dieu bon et me'chant à la fois les chrétiens furent obligés d'inventer un pouvoir rival, Satan, et à la fin Dieu vaincra Satan (i).
Q. — La philosophie chinoise a-t-elle exercé une influence sur le christianisme?
R. — Oui. Dans le pays oi^i on adore le Dieu Fo, on vit, six cents ans avant notre ère, Lao-Tseu (2) ouvrir la plus brillante époque de la philosophie de la Chine (3). Il préconisa l'anéantissement des passions et même des simples désirs de l'homme qui devait finalement s'absorber dans le Tao, esprit ou raison suprême. Un des philosophes les plus grands de l'antiqui-té, Khoung-tseu (4), lui succéda. De bonne heure,
(i) On a eu recours à bien des inventions fabuleuses pour expliquer l'origine du mal, notamment à la boite de Pandore, la fable de Psycliée, la légende de Prométhée, les tonneaux de Jupiter, le Serpent de la Genèse et le Satan des chrétiens.
(2) Lao-tseu, contemporain de Pythagore. Sa doctrine qui admet le métempsycose conserve beaucoup de partisans. Khoung-tseu lui rendit visite en 517 av. J.,mais entre l'ascète privé de toutes les commodités de la vie et un philosophe qui entendait se servir des dons de la nature, l'entente était impossible. V. Le livre des récompenses et des peines, traduit par Abel Rémusat.
(3) V. Le 7fl!P-fe-A'/«^, traduit par S. Julien.
{4) Khoung-tseu.encore nommé Koung-sou-tseu,en latin Confixius, naquit la 21" année du règne de Ling-Wang (551, av. J.). Son esprit était si précoce que, dès l'âge de quatre ans, il conversait avec les docteurs (ce que Jésus ne serait pas le premier à avoir fait). Il montra de bonne heure le respect le plus profond pour les lois des ancêtres; il les recueillit, les coordonna et les remit en vigueur.
D'après Khoung-tseu, la terre, le ciel et l'homme forment un grand naturalisme contenu dans le Tao ou Raison suprême. On lit dans le Tchoung-yoJiti^ (de l'invariabilité dans le milieu) que le mandat du ciel s'appelle nafurernfione lie o-a morale ; la nature s'appelle droHe voie o\\. raison; le système coor-
cet esprit hardi et doux à la fois rêva de réformer sa nation. Il ne s'entoura pas du prestige religieux, il ne se donna pas comme divin, il se contenta de dire : « Apprenez et re'fle'chissez, et aimez-vous les uns les autres. » Il se donna comme un ami de la sagesse et de la vertu, et il aida ses contemporains à découvrir dans leur cœur les vérités que la Nature y a gra-
donné de la droite voie et de la raison, s'appelle doctrine des devoirs ou institutions Sociales. L'ordre établi par le ciel, c'est la Natuie ; ce qui est conforme à, la Nature, c'est la loi.
Tchou-hi, un des commentateurs de Khoung-tseu, développant les principes du maître, nous déclare que l'homme et les autres êtres produits obéissent chacun à leur propre principe, ou raison d'être, aux lois spéciales qu'édicté leur propre nature; leur action est intrinsèque, réside en eux-mêmes et elle est dirigée par la raison naturelle.
Khoung-tseu réduit la morale à cinq lois fondamentales entre les souverains et les sujets, les pères et les enfants, l'époux et l'épouse, les amis et les frères ; la morale, c'est la pratique des cinq ■!<ertiis cardinales^ la pratique « de Xhur,ianité, cette charité universelle qui ne fait exception de personne et qui embrasse tout le genre humain. » Il est permis de punir les coupables, mais il ne faut faire la guerre qu'à la dernière extrémité. Il faut rechercher la vérité, la cheicher chez les autres comme en soi, avoir confiance en son prochain de peur de ne pas agir avec assez de sincérité. Dire et faire les choses telles quelles sont constitue la vertu.
L'humanité est le fondement de tout. L'humanité est la première et la plus noble de toutes les vertus.
La piété filiale est une des vertus principales, « la source de l'enseignement, la loi éternelle du ciel, la justice de la Terre, le point d'appui de l'autorité le premier lien social et la mesure de tout mérite. » C'est grâce à elle que l'on peut suivre cette chaîne de cinq vertus qui sont comme les liens de la société : l'humanité, la justice, l'ordre, la droiture, la sincérité. C'est par la pratique de ces vertus que l'homme au lieu do se dépraver se -perfeciionne et il faut qu'il se perfectionne sans cesse car nul ne peut-être heureux s'il ne possède les vertus privées.
Législateur autant que philosophe, Khoung-tseu définit les classes do la société ; il recommande la vertu aux empereurs et proclame que le bien et le salut du peuple sont la loi suprême, que la voix du peuple est la voix de Dieu et que les souverains n'ont droit au gouvernement qu'autant qu'ils sont vertueux et capables.
Jamais langage plus élevé, plus digne que celui de ce philosophe, ne s'est fait entendre dans l'humanité.
vées. Il donna une telle impulsion aux idées philosophiques qu'il changea la face de la société. Sa morale est simple, naturelle, conforme à la nature de l'homme, et, depuis vingt-trois siècles, la science et les doctrines de ce maître suffisent à une population de trois cent millions d'hommes (i).
Q.. — Qu'est-ce le christianisme a tiré de ces doctrines ?
R. — Le christianisme prêche l'anéantissement de l'homme et son absorbtion en Dieu. Jésus entend d'abord épurer le mosaïsme. Il s'attribue un certain nombre des maximes du philosophe chinois (2)!
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a pu tirer de la doctrine d'Orphée?
R. — Dans la doctrine d'Orphée, Dyonisos est le Dieu ressuscité qui préside au jugement des âmes dans le Hadès.
Q. — De même dans le christianisme?
R. — Jésus ressuscite pour s'asseoir à la droite du père et juger les vivants et les morts.
(i) V. Histoire de la nioi-ale, par L. A. Martin.
(2) Nous tenons à énumérer, quoique le plus succintemcnt possible, tout ce qui, setant produit avant le christianisme, s'est retrouvé dans le christianisme, afin de bien prouver que rien ne lui appartient en propre, mais il se peut que des idées purement humaines, comme quelques-unes de celles de Khoung-tseu, aient été formulées par d'autres en des lieux différents. Nous disons ceci parceque l'influence de la philosophie chinoise sur lespeuples delà Palestine n'est point patente comme celle des religions de l'Inde. Cependant la philosophie chinoise était connue aux bords du Gange, et, par le ïhibet, elle avait descendu l'Indus. Elle a donc pu apporter son contingent aux idées qui servirent à former la religion nouvelle.
8o CATÉCHISME DU LIBRE-PENSEUR
Q. — La doctrine d'Orphée ne fournit-elle point autre chose ?
R. — Si; au point de vue rituel, elle avait le service de nuit (i) où se célébrait la passion et la mort du Dieu. Cette cérémonie se terminait par une cène où on coupait le pain, c'est-à-dire l'hostie ou gâteau d'offrande, en même temps qu'on versait du vin en souvenir du Dieu immolé, ce qui se retrouve complètement dans le christianisme, dans le service de la messe.
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a emprunté à la philosophie pythagoricienne?
R. — La notion d'une cause primordiale créée d'ellemême ou Dieu, être suprême, principe qui gouverne tout. Dans la théorie chrétienne comme dans la philosophie pythagoricienne, l'âme ne s'incarne pas au moment de la génération, elle n'est pas un produit de l'âme des parents, elle vient de Dieu qui la dépose dans l'homme (2). Cette âme est immortelle, elle sera récompensée ou punie après la mort, et, selon quelle
(i) VV6 Wç TGKÇLCL, Tryphon, Porphyre et nombre d'ûcriv.-iins ecclésiastiques, reprochent aux chrétiens d'avoir emprunté Tusage de la cène aux anciens.
(2) Nous devons faire ici quelques réserves. On a longtemps discuté dans l'Eglise, sur ces questions : Dieu a-t il créé les âmes toutes ensembles, ou les crée-t-il une à une, au fur et à mesure des naissances? Ce débat est encore pendant, quoique la doctrine de l'élection établisse que ces âmes sont élues de toute éternité ce qui tendrait à faire croire que Dieu a créé les âmes toutes ensembles, et les conserve pour s'en servir au besoin. On n'est pas plus fixé sur cette question : Dieu met il l'âme dans le corps de l'entant au moment de sa procréation, ou seulement lorsqu'il voit le jour ■
CATECHISME DU LIBRE-PENSEUR 8i
en sera jugée digne, elle Jouira de la faculté' de s'absorber en Dieu (i).
Q. — Platon a-t-il exerce' une influence sur le christianisme?
R. — L'influence peut-être la plus directe et la plus puissante. Une grande partie de ce que Platon (2) émet, est admis sans opposition par l'Eglise chrétienne, et on peut dire hariliment que Platon est le père de sa psychologie (3).
(i) V. La note Pythagore.
(2) Platon, né dans la 3'année de la 87' olympiade, mort dans la 108", (347 a.\\ ].); c'était l'époque où vivaient à Atliènos Sophocle, Euripide, Aristophane, Mcnandrc, Thucydide, Xénophon, Praxitèle. Platon était l'élève de Socrate et le condisciple d'Alcibiade. Socrate comme Khoung-tseu enseignait l'amélioration des hommes, c'est également là ce qu'enseignera Platon, lorsqu'après avoir voyagé quelque temps, il reviendra, influencé par les doctrines de Pythagore, fonder à Athènes son Académie.
Le fond des pensées de Platon se trouve au livre VII de sa République ; il y suppose des hommes enchaînés depuis leur enfance au fond d'un antre, qui voient se dessiner sur un mur, situé en face d'eux, les ombres de tout ce qui passe dans la lumière. Pour jouir de la réalité, il faut briser les chaînes et s'élancer en pleine lumière.
Si notre âme brise ses liens, elle s'élève vers l'âme universelle qui est l'idée du vrai, du bien et du beau dans toute son étendue, l'idéc-type, ihiClL, L'âme est à l'école dans un corps, elle apprend ; un jour, elle se cherche, elle se trouve, et c'est alors qu'elle contemple sa propre essence et jouit du vrai. Les philosophes sont ceux qui vivent dans la contemplation de leur âme. Le corps est plongé dans la corruption, l'âme qui s'en dégage est vertueuse. L'âme a deux parties, l'une supérieure, l'autre inférieure, le sage est celui dont la partie supérieure commande à l'autre.
Ainsi dit-il dans sa République où il traite de tout ce qui intéresse l'homme, la femme, le mariage, l'éducation des enfants.
Dans le Phédon, il dit que si l'âme est immatérielle elle doit se rendre dans un monde invisible et immatériel, de même que le corps, en se décomposant, retourne à la matière, mais si l'âme n'est pas assez pure, elle retombe sur la terre et se réincarne.
(3) Spyc/ioloj^ie, étude de co qui a rapport â l'âme.
Q. — Comment Platon entcnd-il 1 ame ?
R. — Selon lui : « lïime est entièrement distincte du corps; dans cette vie même, elle seule constitue ce que nous sommes ; notre corps n'est qu'une image qui accompagne chacun de nous ; » « après la mort cette ame sera appelée à rendre compte de ses actions, compte aussi consolant pour l'homme de bien que redoutable pour le méchant. » L'âme est immatérielle, la pensée est de son domaine, elle nourrit le désir de monter vers les sphères supérieures pour jouir de son immortalité.
Q. — Ceci est-il conforme aux doctrines de l'Eglise?
R. — Absolument conforme.
Q. — Qu'est-ce que Platon pense de l'homme?
R. — L'homme est une âme incarnée dans une matière périssable et haïssable, aussi doit-il s'affranchir de ses passions et rentrer en soi pour contempler son âme. 11 doit mépriser la richesse, ne rendre jamais injustice pour injustice, ni faire de mal à personne, quelque tort qu'il en ait subi; les allaires humaines ne méritent pas qu'on s'y attache ; mais la vertu est bien difficile à obtenir car elle ne s'enseigne pas et vient par un don de Dieu à ceux qui la possèdent (i). La nature mortelle est la cause de tous les maux. C'est elle qui portera toujours u les
(i) C'est la théorie de la grâce d'après les pOres, ce que les jésuites ont nommé plus tard la grâce efficace.
hommes à désirer d'avoir plus les uns que les autres et ne fera penser chacun qu'à ses intérêts personnels ; car elle fuit autant la douleur quelle poursuit les plaisirs, sans raison, ni règle; elle les mettra dans son esprit bien au-dessus du juste et finira par se précipiter dans un abîme de malheurs. » C'est la crainte des dieux (1) qui est le remède efficace contre le mal de la nature humaine. Les dieux sont là qui disent : « Tu porteras soit sur cette terre, soit aux Enfers, la peine due à tes Ibrtaits. » Les dieux sont accompagnés de la justice, toujours prête à châtier les infracteurs de la loi divine. Quiconque veut être heureux doit s'attacher à cette loi et marcher humblement sur ses pas. Malheur à qui se laisse enfler par l'orgueil, à qui les richesses, les honneurs, inspirent de hauts sentiments de luimême, et qui est dévoré de désirs ambitieux au point qu'il pense n'avoir besoin ni de maître, ni de guide, et qu'il se croit en état de m.ener les autres : les dieux l'abandonnent à lui-même. Ainsi délaissé, il se joint à d'autres présomptueux comme lui, secoue tout frein et sème le trouble partout. Pendant quelque temps il paraît quelque chose aux yeux de la multitude; mais bientôt la justice divine tire de lui une vengeance éclatante : il finit par se perdre sans remède, lui, sa
(i) Mettez dieu à la place de dieux, et vous croirez lire un auteur chrétien en voyant ces passages dos Loii. Saint Augustin, du reste, a lui-même reconnu que les platoniciens avaient fort peu à changer pour être de vrais chrétiens : i'uiicis iiiKfittis Tn-i'is nfi/!tc senteuiUs chriitiani fièrent (de eiv. Dei).
famille, sa patrie. L'homme n'a qu'à maudir sa chair et à se servir de l'unique moyen qu'il ait de se faire aimer de Dieu, qui est de faire tout son possible pour lui ressembler (i).
Q. — Ce langage peut-il être tenu par l'Eglise?
R. — Ce langage est littéralement celui que tient, tous les jours encore, l'Eglise chrétienne (2).
(1) Ces paroles ont été mises textuellement dans la bouche du Christ.
(2) « Le christianisme tire les conséquences des prémisses posées par lo stoïcisme et la philosophie. » Proudhon : De la justice dans le Rév. et dans l'Eglise.
Nous devons nous étendre d'avantage, au moins en note, sur l'hellénisme ciui a contribué peut-être autant que toutes autres philosophics ou croyances ;i la fondation du christianisme. Sans doute aucun philosophe n'eut plus que Platon cette influence considérable qui modifia totalement le caractère liébraïque du nouveau culte, mais toute la philosophie grecque a contribué ace changement. Il est probable que la poésie d'Homère s'inspira du Rig-Véda, mais ce fut lui qui nous révéla, avec Hésiode, cette religion grecque qui nous représente le mal introduit sur la terre par une feimnc pétrie avec de la glaise. Phérécyde de Cyros est le premier qui ait écrit sur la nature de Dieu. Athènes a eu ses saints-sépulchres d'Adonis et ses excommunications. Les mystères de Samothrace ont la confession au prêtre. C'est la révolte des Titans qui devient la révolte des anges. Ce sont les dieux des vices qui deviennent des diables chez les chrétiens. Les Rhapsodes sont des prédicateurs poétiques. Socrateest un novateur comme Jésus, l^es socratiques, Platon, sont les véritables pères de l'Eglise. C'est dans Platon que l'Eglise commence à condamner lo théâtre, le plaisir et la volupté. C'est Platon qui rêve, dans sa République et ses Lois, d'organiser le sacerdoce et le pouvoir spirituel. Disons-le, il constitue presque la compagnie de Jésus dans son livre septième de sa Rép. Il est intolérant. Dans Aristote, le théisme achève de se constituer dans la philosophie grecque; c'est là qu'il acquiert son expression dogmatique. Diogène ouvre la voie aux ascètes. Ptolémcc Philadelphc et ses pompes ou processions dans lesquelles figuraient, comme dans celles do Dyonisos, des statues, des bannières, des objets d'art, d'or, d'argent, tout un peuple précédant 20,000 cavaliers et 150,000 fantassins, ouvrait le chemin aux processions chrétiennes. Epicure qui construit lo moiide d'atomes, professe, comme les stoïques, le mépris de la douleur et de la mort et rêve l'hommc-dieu. L'école de Pyrrhon, celle des chercheurs ou sceptiques, qui a quelques points d'analogie avec certains positivistes, émet ces théories du doute qui s'élèveront incessamment contre la foi au sein de l'Eglise chrétienne. Hégésius le Pifithanate (conseiller de
Q. — Parlez-nous du culte d'Israël. D'où les Israélites étaient-ils originaires?
R. — Les Israélites étaient originaires de la Chaldée.
Q. — Quel (ut leur premier culte?
R. — Le culte des Elahs ou forces de la nature personnifiées.
Q. — Les livres dits mosaïstes gardent-ils des traces de ce culte?
R. — Oui.
Q. — Par quoi ce culte fut-il remplacé?
R. — Par celui de Jehoxvah Elahim (i) ou chef des Elahs.
Q. — On n'adora donc plus qu'un seul dieu?
R. — Oui, tous les dieux se trouvèrent contenus dans Jehowah, et le monothéisme se substitua au polythéisme (2) ; mais la Bible garda le stigmate de son origine et les juifs ne se débarrassèrent jamais
mort), enseigne le suicide et est écouté. Les Cyrénaïques donnent l'exemple aux martyrs. L'idée de la pénitence et de l'expiation pénétre les masses. Et, sur tout cela, règne une grande idée morale, même chez les poètes, idée morale qui ne disparait qu'au jour où la Grèce asservie se détruit ellemême pour ainsi dire volontairement.
(i) Jehowah n'est pas un nom étymologique,mais nous l'employons parcequ'il est passé dans notre langue.Origène.Aquila, Jérôme, traduisent 'Jehowah par Kyrios et Adona'i, maître ou seigneur. Irénée dit que les grecs écrivent ïoà et les hébreux 'iooh; ïou est la basé de Jupiter iii-pater, î'oî/ générateur, essence de la vie ; en arabe, iehotih, signifie être, essence, nature des choses ; Jehowah est Je-wh. Jchwh, ïahouak, Jahwi ; ce dernier terme, Jahwé ou Jahvch désigne le dieu samaritain, « l'êtreéternel.unique, s'engcndrant, s'augmentant lui-même, se trouvant lui même père, mère, sœur, époux, fils de lui-même. » V. Philosophinit.
(2) Le culte d'un seul dieu à celui de plusieurs.
des croyances des peuples avec lesquels ils s'étaient trouves en contact.
Q. — De quoi se composent les livres des hébreux?
R. — D'histoires, de romans, et de poésies.
Q. — Pourquoi a-t-on donné à tout ce que nous possédons de la littérature juive un caractère sacré?
R. — Parceque, comme toutes les productions propres aux peuples sémitiques, la littérature juive affecte un caractère prophétique ou apocalyptique.
Q. — Quel est le premier des livres des hébreux ?
R. — La Genèse qui est le premier des livres dits de Mo'ise.
Q. — Quel est l'importance de ce livre ?
R. — C'est le plus important des livres des hébreux car il contient le récit du péché d'Adam, qui, par une interprétation erronée, a pu servir de base au système chrétien en justifiant censément la venue du soi-disant rédempteur.
Q. — Pourquoi dites vous « par une interprétation erronée »?
R. — Parceque ce récit ne cache qu'une cosmoL;onie, entièrement en rapport avec le système des Perses, ainsi qu'il ressort du passage suivant de Dupuis (i) : (( D'après les principes de la cosmogonie
(i) Dupuis. philosophe français, ne à Tric-Ic-Chàtcau en 1742, mort 1800 sicRca à la Convention et à l'Institut II est l'auteur d'un livre qui a fait plus de bruit dans le monde fju'aucuH autre livre, peut-être, Vor/'j^inc de tous /es cultes en in Kch\;ion iiiiiveisclle, oii Tauteur ne voit dans les divinités que la rcprcscutation symbolique des forces de la nature. Cet ouvrage étant trop
OU de la Genèse des Mages (i) avec laquelle celle des juifs à la plus grande alfmitc', puisque toutes deux placent l'homme dans un jardin de délices, où un serpent introduit le mal, il naît du temps sans bornes ou de 1 éternité, une pe'riode bornée, divisée en douze parties dont six appartenant à la lumière et six aux ténèbres, six à l'action créatrice et six à l'action destructive, six au bien et six au mal de la Nature. Cette période est la révolution annuelle du Ciel et du Monde, représentée chez les Mages par un œuf mystique, divise en douze parties, dont six appartiennent au chef du bien et de la lumière, et six au chef du mal ou des ténèbres; ici, c'est par un arbre qui donne la connaissance du bien et du mal et qui a douze fruits, car c'est ainsi qu'il est peint dans l'évangile d'Eve; ailleurs c'est par douze mille ans, dont six sont appelés mille de Dieu et six mille du Diable; ce sont autant d'emblèmes de l'année durant laquelle l'homme passe successivement sous l'empire de la lumière et sous celui des ténèbres, sous celui des longs jours et sous celui des longues nuits, et éprouve le bien ou le mal physique qui se pressent, se chassent ou se mêlent, suivant que le soleil s'approche ou s'éloigne de notre hémisphère, suivant qu'il organise la matière sublunaire par la végétation, ou qu'il l'abandonne à
volumineux et trop savant pour le s;r.ind nombre, on consultera avec .ruit y.lbiisù (te l'crigitie de tous Us cnUcs- [i] Rclitîion de Zoroastrc — V. les notes.
son principe d'inertie, d oi!i suivent la de'sorganisation des corps et le désordre que l'hiver met dans tous les éléments et sur la surface de la Terre, jusqu'à ce que le printemps y rétablisse l'harmonie. C'est alors que, fécondée par l'action du feu Ether, immortel et intelligent, la Terre devient un séjour de délices pour l'homme. Mais lorsque l'astre du jour, atteignant la balance ou le serpent céleste, ou les signes d'automne, passe dans l'autre hémisphère, alors il livre, par sa retraite, la Terre aux rigueurs de l'hiver, aux vents impétueux et à tous les ravages que le génie malfaisant des Ténèbres exerce sur le monde. Il ne reste plus à l'homme d'espoir que dans le retour du Soleil, au signe printanier de l'agneau (i). Voilà le réparateur qu'il attend. »
Q. — Admettez-vous cette explication?
R — Oui. Adam et Eve ont vécu tout l'Eté, insouciants au milieu des richesses de la nature; le serpent arrive et l'homme sent le besoin de se couvrir et de travailler la Terre pour lui faire produire ce qu'elle ne lui donne plus gratuitement. Il attend dès lors avec impatience la belle saison. L'homme doue
(i) La dénomination d'agneau donnée au rédempteur se retrouve dans tous les livres sacrés des chrétiens. Il en est parlé dansl'ApocalypsedeJeanlethéologien, qui est une sorte de livre d'iniitiation.
Le Christ est souvent confondu avec l'agneau, et dans les églises sur le tabernacle, où on met le Saint-Sacrement qui figure le Soleil, on voit presque toujours l'agneau couché sur le livre de la fatalité qui est fermé des sept sceaux.
Il est bien certain que c'est sur une parabologie du système terrestre qu'on a édifié le christianisme.
de quelque raison pourrait-il imaginer que Dieu fut devenu jardinier pour planter le paradis terrestre, même en admettant littéralement le re'cit fantastique de la cre'ation du monde? Admettrait-on qu'Eve eut perdu le paradis pour une pomme ainsi que Proserpine l'avait perdu pour quelques grains de grenade ? Interpréter autrement que comme un système le texte biblique c'est, comme en a convenu Saint Augustin , blesser la piété et attribuer à Dieu des choses indignes.
Q.. — Les autres livres des hébreux sont-ils aussi importants au point de vue chrétien ?
R. — Non, ils sont moins importants, et, pour la plupart, leur valeur historique est fort contestable.
Q. — Parlez-nous de ces livres.
R. — Les quatre derniers livres dits de Moïse (i) ou Pentateuque, semblent être, ainsi que le livre de Josué, une compilation à la manière des arabes, faite par plusieurs auteurs qui ont cousu bout-à-bout ce qu'ils avaient pu apprendre (2). Il n'est guère possible d'attribuer aujourd'hui, le Pentateuque à Moïse, et il est également difficile de regarder ce prophète
(i) Moïse (Maimoun) ; la date que Ton assigne à sa naissance est celle de 1571 av. J. C, mais on ignore véritablement à quelle époque il vécut. Nous n'avons pas à rééditer ici toutes les fables qui se débitent sur la vie problima tique de iloïse. Nous devons dire seulement « qu'élevé dans la science des égyptiens, " il devait pouvoir s'imposer au peuple juif plongé dans l'ignorance. Nous devons attendre ce que la science dira plus tard de JMo'isc et de sa légende, et s'il ne se trouvera pas tout simplement un chef de tribu.
(2) V. au sujet de tous ces livres \ Hidoire littiraire de r ancien testament, de Th. Noeldeke trad. par H. Derenbourg et Jules Soury.
comme l'auteur des lois qui portent son nom. En effet, on n'a reconnu de valeur pratique à ces lois qu'après la captivité de Babylone, au temps d'Esdra (i) et elles supposent un peuple agriculteur qui observe un culte établi; or, les Juges, les rois d'Israël et de Juda, tout le peuple juif, couvrirent d'idoles plus ou moins grossières, durant des siècles, les montagnes, et en remplirent les temples, ce qu'ils n'eussent pu faire après avoir connu le précepte du Décalogue ou Dieu dit : « tu ne feras point d'image à ma ressemblance (2). » Le Pentateuque parait appartenir à l'époque des Rois et non à celle des Hébreux dans le désert. Le Deutéronome, le plus récent des cinq livres, ne doit pas remonter plus haut que le roi Josias, soit ('2-i ans avant Jésus. Ces livres ont, par eux-mêmes, une facture qui les rapproche des autres livres juifs. On n'y trouve que deux sortes de récits : des fables et des crimes (3). A partir
(i) Esdra ou Esra parait avoir vécu au V" siècle av. J.. C'était lo pctit-fili du grand prêtre Saraïas que Nabuchodonosor avait fait mettre à mort lors de la prise de Jérusalem. C'est lui qui, après que Cyrus et Artaxcrce-Longuemain l'eurent permis, ramena les Juifs en Judée. Il revisa la Bible et forra lesiuifs à abandonner leurs femmes idolâtres et à exécuter la Loi, Quelques uns le regardent comme l'auteur des Pnralipomiiics et des deux derniers livres des Rois. On lui attribue aussi d'avoir fait abandonner l'ancienne écriture liébraïque pour lui substituer l'hébreu moderne. Il a laissé quatre livres sous le titre de Lhiis d'Eidin ei dr IVékèmte qui contiennent l'histoire de la restauration du peuple juif après la captivité de Babylone.
(2) Ceci seul prouve qu'en affirmant que le peuple juif a joui de tout temps de l'unité divine on ment effrontément.
(.;) C'est l'essence de ces récits qu'on place dans les mains des enfants sous le titre fallacieux à'Histoircs saintes. Dès V Exode, on est initié aux guerres civiles, aux vcngcauccs d'un Dieu éminemment sanguinaire. Quand Moïse
du livre de Samuel, l'histoire du peuple Hébreu parait plus positive (i). Pour contrôler en partie les premiers livres des hébreux, on possède les Chroniques ou Paralipomènes qui ont été rédigées sur des documents qui ne sont point parvenus jusqu'à nous (2). 11 ne faut cependant pas y ajouter une loi aveugle, et, seules peutétre, les deux premières parties des Macchabées semblent avoir été rédigées avec une impartialité digne de crédit (3). La poésie
redescend du Sinaï et trouve le veau d'or fondu par Aaron, il appelle à lui ceux de la tribu de Lévi et leur fait massacrer trois mille hébreux. Le livre des Juges est rempli par l'idolâtrie, par des sacrifices humains, par des exterminations de famille et de tribu, par des supplices épouvantables infligés -aux vaincus, par des rapts, des brigandages ot des meurtres.
(i) C'est une histoire dans laquelle le Dieu Jawhé intervient continuellement.
Les rabbins, cependant, n'ont pas toujours admis les relations directes do Dieuavec l'homme. Devrions-nous avoir recours àunc explication symbolique? Jéhowah n'est-il ici qu'une figure qui représente tantôt la conscience d'un David, tantôt le persécuteur ou le vengeur du peuple, une cause idéale à laquelle on rapporte tout ? On voit, en effet, que s'il arrive du mal aux Israélites, c'est qu'ils ont attiré la colère céleste, et qu'au contraire, s'il leur arrive du bien en abondance, c'est qu'ils ont contente Dieu. Si on considère Dieu autrement que comme une figure, ou a devant soi un véritable bourreau, tout humain, vindicatif, sujet à l'emportement et à la colère, peu susceptible de réflexion, avec lequel le peuple juif traite ses affaires de gréa gré, qu'il abandonne quelquefois et auquel il revient toujours. Peut-on considérer Jawhé autrement que comme l'histoire même du peuple, ses maux, ses joies, ses espérances ? L'événement, c'est Dieu ? Lo Dieu des Hébreux dit : « C'est moi qui donne la vie et la mort, c'est moi qui frappe et qui guéris, » et le peuple frappé et guéri tour-à-tour s'incline devant l'arche sainte emblématique.
(2) Notre contrôle sur les livres saints est loin d'être sûr. Cliacun des auteurs qui travaillèrent à ces livres y apporta un esprit différent, et passa sous silence bien des faits consignés ailleurs, ou publia des faits qu'ailleurs on ne retrouve point. Aucune méthode n'a présidé à l'élaboration de ces histoires, et, comme il ne se trouve, pour la plupart d'entr'ellcs, aucun auteur profane qui permette de les contrôler, on est mis souvent dans l'impossibilité de leur accorder quelque crédit.
'.:■,] L'histoire des juifs qui retrace les faits appartenant à la période qui suit la captivité de Babylone est uuc des plus curieuses, car elle se trouve
lyrique et le roman chez les Hébreux se sont e'ieve's bien au-dessus de leurs histoires (i).
Q. — Quelle était l'opinion des juifs eux-mêmes par rapport à leurs livres ?
R. — L'inspiration divine sous laquelle les juifs croyaient que leurs livres étaient écrits n'allait pas jusqu'à leur faire exclure l'élément humain (2). Un des plus savants d'entre les juifs, Philon (3), en un endroit, partage cette opinion que l'homme a pu altérer l'inspiration divine, quoique, en un autre endroit, il se prononce pour l'inspiration littérale. Un autre juif célèbre, Josèphe (4), se rattache aussi à
pleine de traces des doctrines de Zoroastre, traces qu'il est facile de suivre, quoiqu 'assurément elles y soient moins apparentes, jusque dans la Kabbale, les Évangiles et X Apocalypse.
(i) La poésie lyrique des hébreux est fort élevée dans Job et dans ces chants nationaux connus sous le nom de psaumes ; le roman, comique dans Jonas, devient cruel et sauvage dans Esther, il pousse à la prostitution et à l'assasinat dans Jztdiih et devient de mœurs naïves et douces dans Tobie. Cependant, entendons-nous : On distingue chez les hébreux deux sortes de poésies le S'ir ou poésie lyrique, et le Mas'alow poésie didactique. Mais il ne faut comparer en quoique ce soit ces productions qui ne se distinguent de la prose que par des divisions en couplets à la poésie des grecs et des romains.
V. le Psautier ou livre des cantiques de la Synagogue, traduit par Ed. Reuss.
(2) V. Rois. — Jonas.
(3) Philon, philosophe grec-hébreu d'Alexandrie est un de ceux qui luttèrent le plus pour accorder le mosaïsme avec la philosophie hellénique. Avec Aristôbule, il est le plus célèbre de ceux qui prétendirent que tout ce qui leur paraissait divin dans la philosophie grecque avait dû être inspiré par Dieu, comme le mosaïsme.
V. Vita Mosis, et de Monarchià, opp. quis rerum div. hoeres..
(4) Josèphe, historien juif, né en 37, mort en 100. Il s'allia avec les romains et fut délaissé et honni par les siens. V. histoire de la, guerre des juifs centre les romains et delà ruine de Jérusalem, l'histoire du peuple juif depuis la création jusqu'à la révolte sous Néron, et les antiquités j'uddiques ; tous ces livres ont une réelle importance.
rinspiration littérale. C'est évidemment cette opinion qui prévaut généralement (i).