DU CHRISTIANISME. — SON APPARITION
Q. — D'où est sorti le christianisme ?
R. — Le christianisme est sorti du mélange des idées Juives avec les philosophies de la Grèce qui s'étaient inspirées les unes et les autres (2) des doctrines répandues dans l'Inde.
Q. — Comment s'est produit le christianisme?
R. — Le christianisme s'est produit génétiquement de même que le bouddhisme. L'un et l'autre ont été des religions sociales.
Q. — Qu'entendez-vous par religion sociale ?
R. — Nous entendons une religion qui ne se contente pas d'offrir une formule abstraite à la crédulité dune sexte, mais qui se donne la mission de changer et d'organiser la société.
(i) Remarquons, en passant, que la Bible a exercé une influence désastreuse sur toutes nos études, nou-seulement sur l'histoire, la géologie, le mode de création du monde, mais aussi sur la linguistique C'est à cause d'elle qu'on a considéré l'Asie comme le berceau du genre humain et qu'on a étudié les dialectes indiens eu laissant de côté les dialectes européens, africains et américains. Les linguistes ont cependant trouvé des idiomes isolants, comme le basque, par exemple, qui, sans compter les preuves qui viennent s'ajouter aux autres, prouve que tout ne découle pas d'une même source.
(2) Soit par les voyages des philosophes, soit dans les captivités comme celle de Babylone où le peuple juif s'était encore trouvé en contact avec les gym^ nosophistcs, philosophes indiens qui allaient presque nus et s'abstenaient de viandes et de toutes voluptés.
Q. — Comment le christianisme se produisit-il de la même façon que le bouddhisme?
R. — Le christianisme fit sortir l'enseignement sacré du sanctuaire où les prêtres le tenaient renfermé ; il annonça à tous la possibilité de se sauver par la vertu, et d'expier sa faute par le repentir et l'aveu. Il a été persécuté et il a lutte longtemps contre un polythéisme puissant. Il a été chassé à la tin du pays où il avait pris naissance et s'est développé loin de son berceau. 11 s'est propagé par !a prédication et a recruté surtout ses prosélytes dans les rangs inférieurs de la société qu'il appelait à une condition meilleure (i).
Q. — Lorsque le christianisme apparut, les temps étaient-ils mûrs pour une religion nouvelle ?
R. — Oui. Bien avant l'ère par laquelle nous comptons, le polythéisme était parvenu au plus haut point de sa perfection dans les pays où le christianisme allait pénétrer. Il y avait une disproportion toujours croissante entre les dogmes du polythéisme et la philosophie. Le culte des dieux multiples arrivait donc à son déclin. Les progrès des connaissances physiques, la découverte des causes d'événements
(i) V. les notes. Nous ne saurions trop insister sur les rapprochcmonîs nom breux qui existent entre ces deux religions; de même que le bouddhisme por sécuté par la classe puissante et noble des brahmanes est pou à peu tombiet a laissé son berceau aux prêtres i\c lîr.ihma, de même le christianisme a presque complètement disparu de la Palestine; on pourrait ajouter que, de même que le bouddhisme, il a dégénéré en ergotismc et en idéologie. — V. Eiiryiiopàlie vti'iknif.
considérés Jadis comme miraculeux, avaient amené une disjonction entre les savants sceptiques qui allaient Jusqu'à se moquer des prédictions de la Pythie et le peuple qui restait crédule (i).
Q. — Cette situation n'était-elle pas plus accentuée à Rome qu'ailleurs ?
R. — Oui, à Rome surtout on sentait le besoin d'une rénovation religieuse. Un parti s'était formé qui demandait qu'au lieu de s'abandonner aux tâtonnements des prétendus sages, on adoptât comme règle les enseignements de ses pères, sans s'en préoccuper d'avantage (2). C'était ce parti qui voulait brûler les livres de Cicéron et les écrits des philosophes. Le polythéisme s'était usé en déifiant jusqu'aux objets les plus vils, jusqu'aux actions les plus basses, et en cessant d'être simplement la représentation des iorces de la nature. Evhémère lui avait, pour ainsi dire, porté le coup de grâce en publiant que tous les dieux n'étaient que des héros ou des rois déifiés (3). Une seule religion était devenue possible : le théisme (4). On avait commencé à représenter sur les
(i) 'Platarque, de Py//i. Orac.
(2) V. Miiiitius Félix, discours de Cécilius; Minitius Félix est un orateur latin du III" siècle, né en Afrique et converti au christianisme. — V. aussi son écrit intitulé Ociaviiis.
(3) Evhémère, philosophe grec selon les uns, sicilien de Messine selon les autres, qui n'accorda aux dieux mythologiques qu'une valeur historique.
(.() F.n philosophie on distingue thcisiiie et déisme. Le déisme est la croyance en la divinité quelconque, une ou multiple, puissance supérieure ou régulatrice; le théisme est la croyance en un dieu, révélé, unique, être suprême possédant les attributs étendus de l'espèce humaine, ce qui est l'anthropomorphisme.
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autels l'unité divine par les statues Panthées (i), qui réunissaient et confondaient les attributs des dilférentes divinités. Mais ces nouveaux dieux étaient servis par les prêtres des divinités anciennes qui se moquaient des uns et des autres et donnaient au peuple des enseignements différents de ceux qu'eut exigé un changement radical de culte. Le mécanisme religieux devait donc être renouvelé. Il fallait de nouveaux prêtres. Ce fut alors que, petit-à-petit, on connut le christianisnie et que les empereurs trouvèrent leur intérêt à le tirer de son obscurité.
Q. — Qu'est-ce que le christianisme ?
R. — Le christianisme, en tant que religion positive et d'autorité, s'appuie sur l'idée d'une révélation particulière, émanant d'un Dieu unique et tout-puissant, et annoncée aux hommes par des envoyés divins, dont les enseignements, transmis de vive-voix, puis par écrit, sont consignés dans des livres appelés la Bible et VEcritun^-Sainte (2).