DU CHRISTIANISME, — SON DIAELOPPEME-NT
Q. — Où le christianisme fit-il son apparition.
R. — En Palestine, étroite bande de la terre d'Arabie sur le littoral méditerrannéen. où se trouvait alors le petit peuple hébreu.
Q. — Les israëlites reconnurent-ils Jésus comme le Messie promis par les prophètes?
R. — Non. les hébreux attendent encore le Messie.
1 , Nous avons omis à dessein le nom do Judas di; Kariotli qui parait s'i-trC' rotiré dans la vie privée après la mort de Jésus et ne pouvait faire partie de. la petite église dirigeante qu'on appelait à Jérusalem le conseil des douze.
2; V. .Saint-Luc. Cette assertion est fort sujette à caution. Daprés Luc ce;! émissaires auraient été préparer les populations à recevoir la visite de Jésns et Jésus voj'agea fort peu. Peut-être Luc avance t il cette création des soixante-di.t disciples pour donner plus d'autorité aux prédications qui se f.iisaieni de son temps, et c'est pour rein ([ue nous ne l'admettons qu'i'n r.Tppur i.iiit res missions .1 !.i p.ircli' du t'lui>:t plutôt (]u'.i sa jirrsoniiiv
Q, — Personnellement, Jésus ne trouva donc pas d'adeptes, parmi ccmx de sa nation?
R. — Si, mais en nombre très restreint et dans les dernières couches de la socie'té (i).
Q, — Ces adeptes acceptèrent-ils Jésus tel qu'il se ilonna? •
R. — Non, les judèo chrétiens subirc^it à l'éi^ard de Jésus des divergences plus ou moins grandes d'opinion. Ils ne l'admettaient pas sans discussion, mais à toutes les questions embarrassantes Jésus se taisait ou il répondait obscurément. On se demandait ce qu'il apportait au monde et on ne savait que répondre.
Q. — Comment se tii-il donc que le christianisme pul prendre de l'extension?
R. — F.n h-anchis^ani les limites de la Judée dans laquelle il serait resté une petite secte juive.
Q. — Coniment se propagea la religion nouvelle ?
R. — Par la prédication.
(}. — De quelle façon se faisait cette prédication?
R. — Fdle se faisait obscurémeni. dans des
it) Ce qui lo prouve blon, c'est quo lors lie l;i condamnation de Jésus por. sonne parmi le peuple ne fait entendre un cri <'n sa faveur. 1-lvidcmment le pcugle s'est arrêté à entendre sa parole et ;i la discuter, mais Jésus ne s'est forme aucun parti ; s'il s'en était formé un, sa mort eut causé au moins une émotion populaire tandis qu'on la regarda indifféremment. Jésus a autour de hii le petit groupe de ses .ipôtrcs, c'est tout, et ceux ci ont si peur de leur isolement et savent si bien qu'ils n'ont aucun apjiui ù attendre du peui)le, qu'ils abandonnent Jésus et se cachent au dernier moment. - Renan ne parle pas autrement des prosélytes de Jésus que comme d'une ficfitc fnmiUi'. .'\|)ris 1,1 mort de Jésus, il y a tout .au plus ( inq reins personiies « y;roupées autour ili- son souvenir • \' . /^'s ii/'ô/irs.
réunions intimes où les apôtres exposaient leurs ide'es et leurs rêves et commentaient, dans le sens qui leur était le plus cher, les paroles qu'ils avaient entendues de la bouche du Christ (1).
Q. — Dans quel élément les apôtres recrutaientils leurs auditeurs ?
R. — Parmi les juils hellénistes (2) et les cssénicns (■:!).
I II est utile d'insister sur ce sujet. On se représente ordinairement les npôtrcs prêchant à la foule assemblée sur les places publiques tandis qu'ils tenaient plutôt des, sortes Je couve rsai l'on s entr"eu.\. ou avec ceux qui peu a peu croyaient que Jésus était le messie promis.
Les apôtres étaient, autant qu'on peut l'être, petits, élrolt.3 et inexpérimenli'-s, mais ils menaient cette vie de jeûne et d'austérité, ils avaient cette sobriété syrienne, qui, si elle produit la faiblesse physique, produit aussi l'exaltation nerveuse, ils vivaient dans leur imagination, ils cruient à ce qu'ils imaginèrent, notamment a I.i vésurection du Christ et la donnèren; comme vraie. Ils mirejit une foi réelle en leur ni.ilirc au service de la parole qui le divinisait.
Les femmes aussi eurent leur part d.ms la fondation du christianisme. Ce furent elles qui découvrirent le lombe.iu vide, et ilarie de i\[agdala,iIarieCléo plias, Jeanne, Suzanne, les premières s'écrièrent qu'elles avaient \u l'ange au bord du sépulchre et que Jésus était remonté au ciel. Elles jouirent des apparitions de Jésus lorsqu'elles retournèrent en Galilée avec les apôtres pour revoir les endroits oii ils avaient vécu, tous, avec Jésus. Ces femmes meurent avec la tradition gaîiléenne. ,St Paul ne les connaît pas. F.lles ne reparaissent qu'au lIoyen-.\ge, quand l'église veut arracher la femme de l'état <le brr.talité oii elle l'a tenue jusqu'alors. — V. Renan, /es apôtres.
'2; Jérusalem était une ville essentiellement polyglotte. Les juifs purs, les pharisiens. qui lisaient la Bible dans le texte hébreu, parlaient l'araméen ou une sorte de dialecte palestinien qui s'y rattachait l'hébreu était le syro-chalda'i'quel ; ils étaients hostiles aux juifs parlant la langue du commerce, le grec, parmi lesquels il y avait beaucoup d'étrangers seulement affiliés au juda'i'sme, qni venaient de .'^yric, d'.AsicMineure, d'Kgyptc et deCyrène. Jésus parlait araméen. .Ses compagnons étaient des hébreux purs, mais ils parlaient un dialecte qui n'eut point été compris à quatre lieux de Jérusalem, et ce furent des pro.sélytes plus instruits que les premiers apôtres qui se chargèrent d.^ prêcher au loin la religion nouvelle.
-, Xoe.s étal)l'';^ons, en séparant les essénien- di- l'élément helléniste, une di-line[i<in beaucnii]) trop arliitriire. ]■■ essé-nien- il.'\,-int lUlrir ru ;;r.Tuile l-.irlie C:..n< l'.-l.-nli iil r.rce,, iuil.i;'(|ii''.
Q. — Qu était-ce que les juifs hellénistes?
R, — C étaient les juifs qui employaient la langue grecque dans leurs prières et lisaient la Bible en grec (i), tandis que les autres juifs (juifs-hébreux), jie se servaient que du texte hébreu.
Q- — Qu'était-ce que les esséniens ? •
R. — Les esséniens formaient une secte communiste c\ laquelle Jésus appartenait probablement (2).
(i) Ils avaient beaucoup adouci la Bible en la Iraduisant, re fut une raison de plus pour qu'ils se rapprochassent des apôtres qui inclinaient vers une religion pleine de mansuétude. Ils appartenaient à la classe laborieuse et commerçante de la nation et étaient hostiles aux riches, aux pharisiens, et disposés, en conséquence, à prendre parti pour une secte qui s'élevait contre ces derniers.
(2) Lorsque Jésus se donna sa mission, les juifs étalent partag-és en trois sectes : les pharisiens, les sadducéens et les esséniens.
Les Pharisiens composaient la classe riche, savante, patriote, ayant en horreur le joug romain, et attendant impatiemment un roi qui les délivrât de l'étranger. Cette secte ne fournit point do prosélytes à Jésus et il n'y a qu'a ouvrir le Nouveau-Testament pour voir combien celui-ci lui était hostile.
Les Sadducéens étaient les ambitieux, les habiles, les sceptiques. Ils voulaient parvenir aux charges publiques et religieuses, amasser de la fortune; ils étaient au mieux avec l'autorité romaine et ils n'écoutèrent trop la parole de Jésus que pour la condamner.
Ce fut la secte des esséniens qui fournit le plus de prosélytes à Jésus. Les esséniens étaient les pauvres et les deshérites. Ils croyaient à la vie future, a un séjour fortuné, à un enfer ; ils pratiquaient la communauté des biens ; ils avaient adopté l'uniformité dans le costume ; ils menaient une vie frug.ile ; ils méprisaient les femmes ei, admettaient la passivité mystique. Ils étaient imbus, on le voit, des religions des hindous. Les esséniens faisaient beaucoup de propagande pour leurs idées. Jean Baptiste le Précurseur prêchait d'après les idées cssénienues, mais la violence de son tempérament le fit jeter en prison ))ar ordre duTétrarque do Galilée. Jésus lui succéda. Dès lors il semble que les esséniens se confondent avec les chrétiens ; on n'en retrouve plus trace nulle part, car Ensèbe do Césarée nous donne les esséniens d'Kgvpte ou 'Ihérapeutes comme des chrétiens convertis par Saint-Marc.
La secte est peu nombreuse, peu nombreux, ainsi qu'on l'a déjà vu plus haut, sont les chrétiens. On ignore même en Judée qu'il y ait des r/irêfiriis, ce terme, ainsi qu'<in le verra plus luin, étant parti d'--\.ntio<-lie. Peut-être le.-; .■sséniens les couvri-nl il'^ de \--»r m. tu ri l.'j^ios iln pulilir ii^ncn' f i] cpie Tmi
uVTKCniSME DU LIBRE-PENSEUR
Q. — Les prosélytes hellénistes furent-ils nonibreux en Judée?
R. — Leur nombre dut tinir par s'élever ù quelques milliers.
Q. — Est-ce par eux que la relii^on nouvelle sortit de la Palestine ?
R. — En grande partie, par les relations qu'ils avaient avec les peuples voisins, relations dans lesquelles ils ne pouvaient être sans communiquer aux autres la parole nouvelle qu'ils avaient reçue.
Q. — U^ui aida le plus à la diffusion de la religion qui allait tirer son nom du Christ ?
R. — Saint- Paul.
Q. — Qu'est-ce que Saint-Paul ?
R. — Un apôtre.
Q. — Saint-Paul était-il apôtre à l'égal des autres, de .Licques, Pierre et .Ican, par exemple ?
R. — Non, parceque Saint-Paul n'avait pas reçu la parole directement du maitre et qu'il ne se voua à la religion nouvelle qu'après la mort de Jésus ; pour ces raisons les autres apôtres le re-
cst en train d'inventer une divinité nouvelle. Ce qui est certain, c'est que dansl.n guerre que les romains firent en ( ialilôe, en Pérée, en .Samarie et en Judée, {guerre qui dura plus de trois ans, ils ne signalèrent nulle part les traees de la religion de Jésus, à moins qu'on ne prenne pour cliréticns les forcenés <|ui hâtèrent, par leurs divisions intestines, la prise de Jérus.Tlem par Titns (70 et 71 . 'rr.'ijan, en l'an iio, ne paraît pas les connaître, ainsi cpie le ))rou',e sa ) 'ttre au L;iiii\rnii:-iir «1 ' l'.vllnnir. Pline le jrun,'.
I06 CATKCHlSxME DU LIBRE-PENSEUR
gardaient comme InlcriLUir à eux-mC-mes qui avaient été les compagnons du Christ (i).
Q. — La prédication de Paul ressemb!a-t-cllc à celle des autres apôtres ^
R. — Non. Les compagnons de Jésus se contentaient de répéter les laits et gestes de leur maître arrangés par leur imagination, tandis que Saint Paul, se plaçant hardiment dans le domaine psvchologique, considéra Tàme dans ses rapports avec Dieu et donna à la religion son caractèi-e dïmivcrsalisme en établissant que Jésus n'était pas mort imiquement pour les Juifs mais aussi pour les païens. C'est pour cela qu"on dit, avec assez de justesse, que Saint-Paul est le véritable fondateur du christianisme.
Q. — Les autres apolres approuvèrent-ils la prédication de Paul?
U. - Non, les autres apôtres refusèrent d'admettre que Jésus fut mort pour les gentils et qu'on put devenir chrétien si l'on n'était pas juif.
Q. — Quel résultat des opinions aufsi opposées produisirent-elles ?
R. — Le résultat fut qu'une grande querelle s'éleva au sein de rKglise. moins de vingt ans après la mort du Christ.
Q. — Comment s'apaisa cette querelle ?
R. — Les apôtres et quelques fidèles se réunirent
I Ka'.il rtu S:nil hit iik'iii." un fies ])rT:;i'i-iitr>iirs l.^s iiUiK ..cli.irr.' ; >1 <■• jir MliiiMs rlni'li.^p.s. Il in^t p.nl .1 l:i hipi,!.!! ion iV iMiriir,.',
poLir discuter les opinions que Paul dcfenckiit, principalement contre Pierre et Jean, et ils donnèrent raison à Paul. Cest cette réunion qu'on a nommée le premier concile de Jérusalem.
Q. -- Ce premierdes conciles décida donc que. suivant les idées de Paul, les pviiens seraient admis dans l'Eglise ?
R. — Oui, on déclara que les païens seraient reçusdans l'Eglise, à condition qu'ils promissent de ne plus participer au culte des autres dieux, de n'assister à aucun festin où seraient servies des viandes offertes aux idoles, et de s'abstenir des mets dans lesquels entrerait le sang et la chair des animaux étouffés (i).
Q. — Ces conditions n'étaient-elies pas les conditions imposées pour être reçu dans la Svnagogue ?
R. — Oui, moins la circoncision.
Q. — La circoncision ne lut-elle plus exigée pouientrer dans l'Eglise?
R. — Si, elle* fut toujours exigée pour les juifs, mais les gentils ne furent pas obligés à se faire circoncire pour devenir chrétiens (2).
Q, — Ces prescriptions restèrent-elles longtemps en vigueur dans l'Eglise.
R. — Oui.
,1,1 V. Josophc, mit. j'iid., Cl cil- be/Jo jiii/a'ir.K — I. '.avis d.^ P.iiil est qu'on no doit s'.ibtonir do La rliair dos anim.Tux ôtoiifi",'-<! que dans le cas oii c- sorait iino o.cuso do sc.-inilaio. l'.sl ce do cot a\is i\\\o lo ihrôlion so ])rovaut \toM- ml)i)im luan^iiT uni.iiwniont d,' l.i \lai\d.' s:ii ;iii-i'. ounniii l.iil le jiiil :
lo8 CATKCHISMI': Dl I.IBRE-PENSEUR
Q. — Comment les appelait-on ?
!<. — Les principes noachiques, parccqu'elles passaient pour être en usaii;e depuis Noé.
(}• — Qlic produibit le maintien des principes noachiques ?
R. — Que cette opinion des Ebionites (i) et des Nazaréens (2) se trouva accréditée que Jésus n'avait rien de divin, e|ue c'était un simple prophète et que la loi de Moïse devait conlinucr à être observée (3).
Q. — Quelle conséquence tirez-vous de ces détails?
R. — Que Jésus ne donna de loi aucune.
Q. - — L'apôtre Paul esr-ii le seul à avoir émis une théorie fondamentale du cliristianisine?
R. — Non ; durant des siècles beaucoup contribuentà fonder le christianisme, l'n autre apôtre, Jean, lit, ou plutôt fut fait par ses disciples, le chef des tendances mystiques et contemplatives de la religion nouvelle.
Q. — Les premiers sectateurs de Jésus entrent-ils dans ces distinctions méthaphvsiques (
,1 Kbionitcs, iX'êlu\'iiihi, mut hcbrou fini si;;iiilie p.uivro, liiimliK\
.i/ Xaz.-iri'-ens, nom donnO aux pn^miors soctatcurs do Jcsus ijui avait liabiti.' Xazarctli.
f;,) Les r.bidnitcs et le.s Nazaréens étaient des Hébreux lisant l.i bible en liébrcn. On ne combattit pas d'.abord ces sectes. Justin les traite avec douceur, mais bientôt Jrénéc se montre plus sévère et Kpiphane les classe déiinitiveuient parmi les Iférésies. -- V. Jnstin. (//.;/. riii:i 'J'ryf>lwtir ; Irém'e. </-/;■. Jjirns. : l^pipli.inc, ',■//;•. Jiirrrs..
CATÉCPÎiSME DLI LlBRE-PËNSEUR RV,
R. — Les premiers sectateurs de Jésus ne se livrent point à tant de distinctions me'taphysiqucs (i) ou autres, tous se réduisent à ceci ; iis acceptent Jésus comme le Messie promis, s'il sont juits, et, s"ils sont païens, ils prennent la religion nouvelle comme une communauté qui leur assure une existence moins isolée et plus régulière (2).
Q. — Où se trouvèrent les premiers chrétiens, en dehors de ia l^alestinc '.
K. — Ces premiers chi-ctiens se lr()U\erciU nécessairement près des frontières de la Palestine ; ce lut clicz les Syriens. •
(1- — Où Paul accomplit-il sa première inission ?
R. — A Damas (3).
Q. — Quelle ville dc\int à cette époqLie (41 le foyer le plus important du christianisme ? ■
R. — Antiochc (5).
I Ce qui a f apport à Fùtrc.
> [,c cliristianismo est, en principe, le ifnmmiiiisme. Il .s'.ulrcssa ilc prOlcvencc aux dernières classes sociales dans lesquelles il est plus facile de fair;' (K'S adeptes et on peut se figurer, surtout si on se reporte .à l'époque et au pays qui le virent naître, combien de pauvres orientaux, sobres, n'ayant besoin que de peu do nourriture et aimant la vie paresseuse et contemplative, se trouvèrent heureux de recevoir par la communauté des biens, une part de ce que les autres possédaient et apportaient aux apôtres pour être partage. Ils réalisaient ainsi leur désir le plus clier : vivre sans s'occuper de la vie et rêver.
(il On sait que c'est sur la route de Damas que Paul, pris d'un de ces accès de fièvre fréquents en ces contrées, crut voir Jésus lui apparaître. W était venu â Damas pour persécuter les partisane du Christ qu'il y pourrait trouver et on le vit propager l;i religion dont il devenait le principal fondateur. L'apparition du Christ à P;uii, que Kenan explique par un accès de fièvre, fi'.t peut étntout simplement la \ision du rôle qu'il pouvait jouer en changeant d'allure ; il le joua.
(4', Vers l'an 44.
.i] Damas, .Antiochc, iHaieiit aiors de grandes villes, riche» en monuments.
(^. — Est-ce d'Antiochc que partirent les premières grandes missions 'i
R. — Oui, c'est d'Antioche que partirent Paul, l'îarnabe et Jean-Marc pour convertir le monde (i) à ce qui dès lors s'appela le christianisme (2).
Q. — Qu'entendez-vous e;i disant que ces missionnaires allaient convertir le monde '{
R. — Le Monde, c'cst-à-dirc l'Empire romain qui embrassait une grande partie du monde connu, et vpii, par son unité, allait permettre au christianisme. dès qu'il serait maître du centre, de couler par toutes
dont les haliitanU possûdaicnl de .^^alldcs l'urtuncs et où tous les plaisirs étaient goûtés.
■t'i Barnabe fonda l'Kglise d'Antioche et convertit beaucoup d'liabiian;;i .i la loi cn'Jésus. ISarnabé ramena, dans un voyage qu'i! fit à Jérusalem, Jca*i Marc (qui avait été le disciple chéri de Pierre' et Paul ('jui vivait dans la retraitci a Antioclic ; ce furent à eux trois qu'ils organisèrent les missions.
(2] Renan f/fs apôtirs) parlant d'Antioclic, où la secte eut pour la première fois conscience d'elle-même, ajoute : « Ce fut dans cette ville qu'elle rceut un ]iom distinct. Jusque-là, les adhérents s'étaient appelés entr'cux « kb croyants ", les « fidèles », les c saints », les « frères ». les « disciples >' ; mais il n'y avait pas de nom officiel et public pour les désigner. C'est à Antioclic que le nom de Chrisfiatiiis fut formé. La terminaison en est latine et non .grecque, ce qui semble indiquer qu'il fut créé ])ar l'autorité romaine, comme appellation de police, de même que Itciodiani, fiompciiiiii, ftesaiiaiii.W c-L certain, en tout cas, qu'un tel nom fut formé par la population païenne. 11 renfermait i\n malentendu ; car il supposait que Chrisim traduction de l'hébreu Maschiah 'le Messie} était un nom propre. Plusieurs, même de ceux qui étaient peu au courant des idées juives ou chrétiennes, devaient être amenés jiar ce nom à croire que C/irichi^ ou C/unins était un chef de parti encore \iv.iiU. La iircnioîieiation vulgaire était, en effet, chn'siiaiii.
'• Lesjuifs,cn tout cas, n'adoptèrent pas, au moins d'une faeon sui\:e, le nom donné par les romains à leurs coreligionnaires schismatiqucs.Pis continuèrent d'.ippeler les nouveaux sectaires » Nazaréens ■>, ou c Xazoréens », sans doute parcequ'ils avaient l'habitude d'ai)peler Jésus Ifaiiitani ou naii-tiom i, '■ le Nazaréen ". Ce nom a prévalu jusqu'à nos jours dans tout l'Orient. »
CATECHISME DU LIBRE-PENSEUR m
les artères de lorganisation de TEmpirc et dinonder le monde romain de ses doctrines.
Q. — Sur quelles sortes de gens la propagande chrétienne put-elle s'exercer à Rome ';?
R. — Les riches ne pouvant accepter une religion qui professait le mépris de la famille, de la société et de la propriété, la prédication apostolique de Paul et de ses successeurs n'eut daction, à Rome comme ii .lérusalem, que sur les pauvres et les humbles, sur les petites gens, les gens de rien (i).
(). — L autorité romaine se montra-t-ellc immédiatement hostile aux chrétiens '.
R. - — Non, car elle ne les connut même pas. Pendant longtemps, à Rom:-, on ne distingue pas le chrétien du juif (2).
(). — \'ers quelle année les empereurs se montrentils hostiles à la secte nouvelle ?
R. — Ce fut vers Tan 170 que les empereurs combattirent le système 'de la religion révélée comme de nature à amener la tin de l'humanité.
(.\. — Qui attira l'attention sur les chrétiens.
1 Tciinioirs, hi/inilioirs, V. Dit;ostc.
I,cs progrès du christianisme dans CCS classes cLaicnl tui;t naturels. Il ven.iiL npposcr une autorité morale â une fjrco matérielle. ]l cul été étonnanL ipi'il trouvât d'abord un appui auprès des puissances dont il venait saper k; pouvoir, mais il eut été non moins singulier qu'il ne fut pas entendu des faibles auxquels il apportait la force d'une association pour résister aux i;rands. Les esclaves furent jusqu'à ctoiw; que l'Eglise les délivrait, et ils ne furent désabusés tout a fait que le jour oLi le christianisme entra dans la voie des honneurs.
'2 Xéron, lui même, tant calomnié par les chrétiens, ne par;iit pas les avoir connus. '1 ibère expulse les juifs et les égyptiens et ne parle pas des chrétiens.
112 (lAIl'.r.lilSMi: 1)1 I.IB1UM>KNSË11R
R. — Les associations qu'ils formèrent. L'empire romain n'admettait l'association ni dans l'Htat. ni en i-lchors de l'Ktat. Si la conirc'ric chrcticnnc avec ses repas de corps est d'abord tok-rce, c'est qu'on la prend pour un collcgc n'ayant d'autre but que de veiller à l'inhumation de ses morts (i). Aussitôt que la secte lut mieux connue, on put constater son caractère illégal et on la trappa avec la loi romaine (2).
1,1 Rome ctall rKtal l.ùquc \r.ir cxci'Iicncc et c'est i)Our cela qu'elle a été si j;ranclo et quelle est restée le modèle de toutes les sociétés modernes quelle domine encore de ses lois. L'Empire fait la guerre à la théocratie, et si les cultes jouissent tous de la plus fjrandc liberté, s'il n'y a point à Rome, comme a .Mliênes, d'accusations d'impiété, il n'entend pas qu'ils empiètent sur le domaine civil, il n'entend pas que sous le couvert de la religion ou un autre il se forme une association, ce qui parait à la loi romaine un état dans l'Etat. Déjà 186 av.J., sous la République, les principes de la loi romaine contre les confréries avaient été promulgués à propos des saturnales. On ne visait point .•dors le cliristianismc. ÎMaints cultes avaient été proscrits avant qu'on put songer à la secte chrétienne, cultes qui, il est vrai, si l'on en croit Suétone et Dion Cassius. avaient reparu quoique temps après.
On veillait donc avec un soin jaloux sur toutes les associations. Elles avaient besoin pour exister d'une autorisation préalable, et un décret établissait que \v% col/cgfa ou cwtiis lie pouvaient se réunir qu'une fois par mois et pour s'occuper uniquement de la sépulture des membres défunts.
^falgré les peines sévères qu'on encourait ces associations étalent fort recherchées de toutes les petites gens qui n'avaient point de famille, de foyer, des femmes surtout. On voit que le terrain était tout préparé pour la confrérie chrétienne.
'2') N'oublions jam.iis ceci (juc, contrairement aux assertions nombreuses des chrétiens, on ne les persécuta pas. On n'inventa pas pour eux des supplices. On ne sortit point de la légalité en les décapitant, en les brûlant, en les donnant en pâture aux bêtes fauves du cirque. C'étaient là des peines édictées par l;i loi ruuialiie contre les criminels et les malfaiteurs quelqu'ils fussent,
Or, de même qu'aujourd'liui, si Jésus revenait ou si quelipiun imitait Jésus, il se verrait traduit en police correctionnelle et condamné à la prison V. Yves Guyot}, de mémo les chrétiens, qui étaient aux yeux des romains, peut-être avec plus de justice qu'il ne semble génér.ilemcnt, des révoltés et des criminels, devaient être frappés des peines édictées dans les codes, et i'ar.scnal des lois romaines était assez riche pour réprimer tons les crimes et
CATÉCHISME DU LIBRE-PENSEUR ir
Q. — La conduite des chrétiens n"ctait-ellc pas laite pour porter les romains à la tole'rance, à la bonté', à la clémence ?
R. — Pas le moins du monde. Les chrétiens se faisaient forts de leur association pour professer des sentiments de rc'volte contre les classes de la socie'tc autres que la leur. Ils pratiquaient un communisme qui était la négation même du foyer domestique si honoré à Rome. Leurs repas de corps ou agapes Liégénérèrent vite en un honteux concubinage. En les voyant tourner toutes choses en ridicule, fronder les lois, mépriser tout ce qui rattache à la vie, les romains disaient d'eux qu'ils avaient le genre humain en horreur (i).
Q.. — C est donc à tort qu'on nous présente
tous les délits-. — V. Ciccron, pro Scxt. ; Digeste, quod aijnsc. ; de coll. cl corfi. ; Dion Cassius.
Quant à la façon dont les chrétiens se comportaient dans les supplices, cela n'a rien d'extraordinaire. La bravoure dans le danger, lorsque ce danger vous menace dans des moments d'exaltation, ou, si l'on veut, de folie, est très commune. Lorsqu'un groupe d'hommes subit un certain courant d'idées et d'impressions, ce qui est rare, ce sont les délaillances. De nos jours, en 185;,, n'avons nous pas vu une sorte de panthéiste apocalyptique, le Bàb, fanatiser de nombreux persans. Les supplices qu'on infligea aux bâbistes furent bien ]iires que ceux qui furent infligés aux chrétiens. Apres les avoir torturés on leur mettait une raéchc souffréo et allumée dans les plaies saignantes, et hommes, femmes, enfants, marchaient ainsi, bravement, en chantant, jusqu'au lieu où ils devaient mourir et oii la poitrine du père était quelquefois le billot sur lequel on tranchait la tête du fils. Il n'y avait pas un renégat parmi eu.\. — V. de Gobineau, Les religions et les pliil. dans l'Asie centrale.
En France, dans les périodes guerrières et révolutionnaires, en 1870 et 71, par exemple, n'a-t on pas vu des milliers d'individus mourir toujours avec courage, tandis qu'on pourrait citer les exemples de défaillance et do lâcheté ?
(i) Oditint htnnaui getieris. Et Tacite ajoute '/«.î/.) Afos aôsurdiis sordi diisqiie.
114 CAriiCHISME DU LlbKE-l'ENSEUil
comme un âge dbr pour les premiers sectaires les premiers temps du christianisme ?
R. — Certainement. Des les premiers temps du christianisme le peuple chrétien ne vaut pas mieux que le peuple des gentils. Les chre'tiens ne croient même pas à l'immortalité de lame, car, comme le dit Saint Cle'ment d'Alexandrie (i) : « ils la me'connaissent et l'outragent. Mangeons et buvons, disent-ils, car nous mourrons demain. » Tertullien (2) avoue que, de son temps, les chre'tiens me'ritaient ce reproche des pa'icns, d'être « en fait d'avarice, de débauche et d'improbité les plus méchants des hommes (3) ».
Q. — Comment donc une religion si réprouvée put-elle s'étendre ''.
(1) V. les notes.
(2) Quintus Scptimius Tlorcns Tertullianus, né à Carthagc en i6o, mori. 240. Il eut une jeunesse assez désordonnée et se maria après avoir fait un livre sur les cmbaira^ du 7:^ayiagc que St-Jcrômc conseillait à Eusto chia pour la faire persévérer dans sa virginité. Tertullien avoue qu'il a ri avec les païens de la résurrection de la chair et des. flammes éternelles ; mais une lois chrétien, il brûle ce qu'il a adoré, et la façon dont il s'élève contre les spectacles, de spcciacu/is, peut donner une idée de sa violence. Toutes ses oeuvres ont un caractère enflammé. Dans son Apolosétignc, il bâtit un mur entre la philosophie et la foi. Il faut lire les deux livres qu'il adresse a sa femme : Ad iixorem. Dans son livre des prescriptious, il déclare qu'on ne doit plus avoir de curiosité après les recherches de l'Evangile, qu'on doit inèiiufaire profession de croùe qu'il n'y a plus n'en à croiie, axiome que l'Eglise u pieusement recueilli bien quelle ait rejeté Tertullien qui, à la suite des ;\Ion tanistcs, faisait l'âme corporelle, réhabilitait la matière, la sanctifiait et en faisait le type de toute existence et de toute réalité ;V. de anima). Il y eut une secte qui prit le nom de Tertullianistc.
(;,) Saint Cyprien, évêquc de Carthage, et Eusèbc, ont, pour les premiers chrétiens, des paroles plus écrasantes encore. Qu'on ne nous présente donc pas les premiers chrétiens comme des modèles de vertu et de pureté évangéliquc, puisqu'évangélique il y a.
CATÉCHISME DU LlBRE-PENSEUR 115
R. — En perdant, en lant que religion sociale, soo caractère primitil.
Q. — De quelle façon i
R. — Si le christianisme était reste communiste, il se serait dissipe de la même laçon que Tesse'nisme avait disparu lui-même. La religion chre'tienne primitive ne pouvait, ainsi que la judaïque, s'adresser qua un nombre restreint de fidèles. Les prêtres chrc'tiens s aperçurent bientôt qu'ils devaient ou périr ou s accomoder de Fhumanite', et ils choisirent ce dernier parti. Lorsque Constantin, couvert du sang de son frère, de son fils et de sa femme, jeta les yeux sur le monothéisme chrétien pour remplacer le polythéisme expirant, les successeurs des apôtres se hâtèrent de lui offrir l'encens, et le titre devèque extérieur (i), et ils entrèrent dans l'État.
Q. — Que devint le christianisme à partir de Constantin ?
R. — A dater de l'heure où elle s'tdlia au pouvoir civil et constitua une théocratie, l'Église, ainsi que le dit Saint Jérôme (2) : u devint plus grande en puissance
(i) Cependant, comme l'on avait divinisé Auguste, Constantin se faisait adorer comme César dans les derniers temples du paganisme. V. Lanfrey, /lù^. fol. des papes. — Il est bon d'ajouter qu'Auguste réunissait dans les mains des Césars le pouvoir spirituel et le temporel, qu'il était le chef de la religion, le grand pontite, et que si on l'adorait il n'y avait pas plus de mal qu'à placer aujourd'hui la tiare papale au-dessus de la croix, faire du pape l'objet d'un culte, le rendre, à proprement parler, le c ccstuy Dieu en terre » selon l'excellente expression de Rabelais.
(2) Saint Jérôme, né vers 330, mort vers 420 ; il passa sa jeunesse dans l'étude, et se polit au contact des auteurs païens, .appelé à Rome en 3Û2, par
Il6 CATÉCillSML Db LliiRt-l'LNSLLR
et en richesse, mais elle s'amoindrit en vertu. » Dès cette heure, embrasser le christianisme ne lut ]^us s'exposer aux châtiments et à la mort, ce lut acque'rir les honneurs et les richesses. Alors on vit les fortunes et les puissants entrer dans le sanctuaire et les pauvres s'en retirer, l'our avoir les i^cns de rien, Constantin, après s'en être explique au concile de Niccc.dul les acheter vingt pièces d'or et une robe blanche (i). Dès lors, on n'eut plus à enregistrer, selon la parole d'Eusèbe, que « Thvpocrisie indescriptible des chrétiens. »
ni: CHRlSTl.VNlSME. — Lli NOLVE.VU-TESTAMKNT.
Q. — Qu'est-ce que le Nouveau-Testament i U. — L'ensemble des èciits sur lesquels repose la loi chrétienne, les Évangiles, ou Nouvelle-Alliance.
Q. — FJst-cc Jésus qui a écrit le Nouveau-Testament i
le )i;ipc Dam.'iiic, il devint l'arbitre des i|uestions de toi dans la tliréticnté. Les belles dames romaines le iirircut pour directeur de leur conscience et tantl qu'il dut rjuitter Rome après les bruits scandaleux rjui coururent sur son compte. 11 donna une version du texte biblique qui forme la majeure partie de l.i Vulgate du Concile de Trente. Voue plus tard a l'ascctisme, il n'en était 'lue plus assailli de désirs et il s'écriait : « i! nou.<î est f.icilc de nous débarrasser de tous les vices, excepté de l.i concupiscence, le plus grand ennem. intérieur que nous portions toujours avec nous ».
(i; Constantin en obtint par ce moyen douze mille en l'an .^24. Plus tard, Louis XIV devait se souvenir de ces procédés gt les appuyer luprés des protestants par des drafionnados.
CATECHISME DU LiBRE-PENSEUR ir
R. — Non. Jésus n'a jamais rien écrit (i).
Q. — Les évangiles ont-ils été écrits sous sa dictée ?
R. — Non, Jésus ne dicta rien.
Q. — Ont-ils au moins été écrits de son vivant ?
R. — Non, rien de ce que contient la Nouvelle- Alliance ne fut écrit de son vivant.
Q. — Jésus ne se servit-il donc que de la parole vivante ?
R. — Oui, Jésus ne se servit que de la parole vivante, et il se sépara de ses apôtres en leur disant d'aller annoncer Févangile à toutes les nations (2).
Q. — Les apôtres obéirent-ils ?
R. — Non. ils n'obéirent pas tous, si cette parole est vraiment de Jésus, puisque, ainsi que nous l'avons vu, les missions partirent d'Antiochc et que le caractère universaliste du christianisme est du à Saint Paul, ce qui rend assez improbable le commandement de Jésus par rapport à l'évangile, auquel il ne devait guère songer ; mais, sous peine de rencontrer beaucoup de pages blanclies, il nous laut accepter pour la discuter l'histoire telle qu'on Ta laite et entrer dans l'erreur quand l'erreur s'est accréditée comme umi
U) Xous arrôtons sur co point touta rattontiiin possible, car il y a oncoro aujourd'hui beaucoup de personnes qui croient que les évan;ïiles, >;'ils n'ont )ias été écrits par Jésus, ont aa moins Tré écri:'; sous sa dielé.-.
'2) V. Strai!«-s. ,'»</• .7.-',c7/;.
Il8 CATÉCHISME DU LIBRK-PKNSEUR
vérité. Le certain est que, pendant près de deux siècles, la parole vivante fut le seul mode de transmission du christianisme, et c'est dans ce sens que Saint-Paul appelle la religion chrétienne une tradition (i).
Q. — N'écrivit-on donc ce qui forme le Nouveau- Testament que deux siècles après la mort de Jésus ?
R. — Non. Quelques-uns des apôtres, cependant qu'ils accomplissaient leur mission, envoyèrent aux églises qu'ils avaient quittées, en Palestine, des exhortations, des épîtres pleines de conseils, tandis que d'autres écrivaient, très-probablement déjà, des histoires de la vie de Jésus (2). Plus tard, la parole écrite, l'évangile de l'apôtre, s'allia à la tradition, et l'une et l'autre furent déclarées avoir une autorité décisive en matière de foi (3).
Q. — Comment se formèrent les évangiles ?
R. — Les apôtres étant simples et illettrés, ne parlant que le dialecte propre à leur pays, durent avoir recours à des interprètes. Ce fut le cas de Pierre qui eut d'abord Saint Marc et. après Marc, Glaucia. Saint
(il V. Sairt Paul, TZ-r^s..
(2) On doit penser en effet que les apûtrcs ne furent pas les seuls iri-Iateries «'vénemcnts qui venaient de se dérouler sous leurs yeux et qu'il dut se produire dos narrations différentes de la vie du Christ qui no furent point répandues dans la société, mais purent servir plus tard à d'autres narrateurs et disparurent ensuite.
C'est à la manicre dont se forma le recueil des évangiles et des épitres qu'on doit d'y voir introduits des éléments étran;!-ers et apocryphes, tels que les épîtres de P.aul à ïimothéc et à Tite.
13) V. Irénée at/z'. /lœrcs ; TertulHcn, de i-rostri/'i- hœrciir. couiin Prn.x. ; De zc/ntidix ■T't'rg-iu .
Marc(!) écrivit son évangile d'après ce qu'il avait entendu dire à Saint Pierre et il le fit sans ordre et dans le grec vulgaire qui était la langue du commerce de tout rOrient et qu'on parlait partout à Rome (2). On ne sait dans quel lieu cet évangile fut écrit parce qu'on ignore ce que devint Saint Pierre. 11 est sûr que Saint Pierre ne vint Jamais à Rome (3). Paul, lui. vint à Rome et il y prit Tite pour interprète (4). Saint Luc écrivit son évangile à la suite de Paul, lorsque ce dernier voyagait en Achaïe et en Béotie, vers l'an 50, et il l'écrivit probablement aussi dans le grec vulgaire. Saint Matthieu, qui ne se résolut qu'avec peine à écrire son évangile en quittant les hébreux, le leur laissa pour suppléer à son absence. Il l'écrivit dans l'hébreu d'alors. L'évangile de .lean ne lut pas écrit par lui, m.ais par ses disciples, selon l'apparence dans le Ile siècle, lorsqu'il fallut répondre aux gnostiques. Les évangiles ne sont donc que des histoires compo-
ii] On n vu plus li.iut que rj^rnabé cmraona S.iin: Marc à .Vntiocho et qu'ils partirent avec Paul.
[2) Papias, qui vivai: vers Tan 163, à une époque rapprochûo des apôtres, disait que révangile de INIarc était écrit tel qu'il avait entendu Pierre raconter les actes du Sauveur. V. Eusébo, /làf. eccL, et Fleury, !iis!. rcc! ,
(j) Si Pierre fût venu à Rome,iIarc v Ijt venu avec lui et non .avec la mi.'^slon partie d'.Vntiochc. Aucune trace de la venue de Pierre à Rome ne se retrouve. On peut donc dire que la pierre sur laquelle repo:;o la clironolo;;io pap.ile ne. iamais constitué une base sérieuse, non plus que l'abominable calembouri^ tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise) sur lequel le christianisme romain s'est assis.
|, V. Ciénicn: ù'.Xlexandr''» ; V. les notes.
sces d'après des souvenirs, auxquelles on doit accorder une foi attentive mais non complète.
Q. — La tradition rituelle n'a-t-elle pas iniluencc la rédaction des livres sacrés ?
R. — Oui, mais elle n'a jamais joui d'une autorité absolue comme la tradition dogmatique (i).
Q. — Quelles sont les opinions des pères de l'Eglise sur les livres saints ?
R. — Saint Augustin, qui a excercé une intîuence si considérable sur la théologie de l'Eglise d'occident, examine la valeur de l'inspiration divine chez les écrivains sacrés dont il semble, dans certains endroits, admettre la passivité complète (2) ; mais ailleurs, il ne voit plus les évangélistes écrivant sous la dictée du Saint-Esprit, mais bien selon que la mémoire les sert, de sorte que l'intervention divine se borne à les préserver d'erreur (3). Cette dernière hypothèse qui est
[i] V. Cj-prien, Ej>isi., coiisiietndo sine verifaic veinstas erroris esf.
L'Eglise accorde que la tradition rituelle peut être regardée comnv^ sujette à erreur^ et clic suspecte, par cllo-mcme, plusieurs passages du Nouveau-Testament. On doit apporter un grand esprit d'examen dans la tradition écrite et dans la tradition non-écrite qui ne jouirent d'une autorité incontestée que chez les seuls premiers chrétiens. Au IV° siècle, lors de la controverse arienne, les pOres orthodoxes ne trouvant pas dans la simplicité primitive des règles de foi la solution des problèmes métaphj-siques posés par les ariens, se rattachèrent de plus en plus à la tradition orale qui, plus éla'^lique, se prêta à tout. On lui donna peu à peu la première place, et il se forma une é.xégèse traditionnelle qu'il faut accepter sous peine d'être hérétique. Ainsi, le Nouveau Testament ne contient pas seulement des erreurs, mais il s'est trouvé modifié dans le sens qui a parf. utile à l'Eglise pour mieu:; assurer ^nn existence.
(2) V. Saint Augustin (an .130), coii/cssio., de consensii Evai:,:^., et les notes.
(3) V. Saint Augustin, de cous. /;>'. .• iif gtihqtir viruurrrnf iif niique c;iidi rj-nf, ';r! brr^'iiis, 7>rl /no/i'xj'iis.
presque celle de ia libre composition a des conséquences graves. En effet, si les livres sacrés ne sont que de vagues souvenirs des disciples de Jésus ou de leurs successeurs, et si le soufde divin laissé par Jésus, le Samt-Esprit, ne guide pas la plume des écrivains, on n'a plus sous les yeux qu'un document de peu d'importance. Aussi ceux qui avancent 1 opinion d'une libre composition, et Saint Augustin le premier, se rétractent-ils (i). Théodore de Mopsueste (i) est le seul qui ose douter, sinon de l'inspiration qui présida à la rédaction des Ecritures, au moins de quelques-uns des livres qu'elles renferment. Léonce de Byzance (■^) qualilia cette opinion de Théodore d'incroyable audace, et le cinquième cùnciletenu en 553 anathématisa l'audacieux penseur. Cependant, la teneur des livres sacrés est telle que le fervent Saint Augustin déclare qu'il n'y croirait pas si la tradition ne l'y o'bligeait (4), et que Saint Chrvsostôme (5) ne s'incline que devant la toute-
(i) V. .Saint Augustin : Utnucii falsifaiujii abcssc ab Ei'angiJlistis dccef, iion "iolum ccim, qtiœ vsciiiiendo proviHnr, scd ctiavi qiiœ oblivisccndo .
{2) Théodore de Mopsueste, auteur ecclésiastique, né à Antioche vers 350, mort 42g. Il étudia sous Libanius en compagnie de -Saint Jean Chrisostôme et fut éîu évêque de Mopsueste en Cilicio. II s'éleva contre ropinion do Saint Augustin sur le péclié originel et commenta les spaumes et les prophètes.
( -,) Léonce do l'yzancc, Si/â sitpia modmn ùicycdibili aiidacià ex libri.i nncrïs obscidil. On croit qu'il fut le ccmtinuatcur anonyme de la Chrommaphie Je Théophane.
'li V. Saint Augustin, Cottfia Episi. fiindnmntti ; Ei;o veio Rvanixelùi lion crejerem, nisi vie ecclerda covimovcret anciorita'.
(5) V. Saint Chrysostôme, S.iint Jean IJour/ir-d'or, évêque de Con.-tanti ni.ple, •.'.n des pères les plr.s ;crand.'. d.- ITOglise chrétienne, naquit en ; ;•/ et
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puissance de cette tradition. C'est encore la tradition que les empereurs placent, dans leurs édits. à cote des Ecritures.
Q. — A quelle époque la parole écrite commencet-elle à circuler?
R. — Vers 150 à 200 il commença à exister des Bibles, et les Pères exortent leurs adversaires à les lire (i). Irénée (2) nous apprend qu'il en existait dans les églises des copies dont on pouvait demander communication aux prêtres. Tertullien compte la lecture de la Bible au nombre des occupations d'une femme chrétienne, et Origène (3) repousse le reproche de
mourut en .107. II ne fut pas plutôt cvÊque qu'il vécut dans une grande simplicité, vendant la garde-robe et les meubles des évoques ses prédécesseurs, et même les vases sacrés qu'il trouvait trop luxueux. Il supprima les diaconesses qui, d'abord instituées pour donner aux femmes le baptême par immersion, ne servaient plus qu'aux débauches des prêtres. ?,[. Villemain a dit do lui : <. Il est par excellence le grec devenu chrétien. »
(i) V. Justin, apoL; — Athénagorc, Legai.pro Chriif.; — Tertullien, ^/i'/,, et ad 7ixore7!i ; — Irénce, adv. hœies. ; — Origène, cojif. Ce/s/n/!.
(2) Irénce, évêquo de Lyon, né vers 145 ; il roeut les leçons do Poljxarpe et de Papias et succéda sur le siège de Lyon à Photin, On a de lui son grand traité contre les /térésies, où il combat surtout le gnosticisme.
',3) Origène, né ù Alexandrie 186. mort 25;,. Il suppléa Saint Clément d'Alexandrie dans sa prédication et il attirait beaucoup de monde. Il pro fessa la philosophie et les lettres profanes. Echappé aux rigueurs de Scptirae-Sévère, il fonda .à Césarée une école d'élcqucnce. Il s'était nourri do )a philosopliic grecque et particulièrement do Platon. Ayant lu dans Saint JNfatthieu ces paroles de Jésus : « Il y a des hommes qi!i se sontfaits eunuques eux-mêmes en vue du royaume du ciel : que celui qui l'ontcnd me com prenne » ; il se mutila lui-même. C'est pour cela qu'ayant été ordonné prêtro, un concile convoqué à Alexandrie ixir Dcmétrius le déposa et l'excommunia. Et de ce cas il advint que, plus tard, le concile de Nicée édicta un canon spécial pour déclarer que l'intégrité sexuelle était nécessaire aux for.c lions épiscopales. Origène, le premier, essaya de préciser la valeur scientifique du clirlsti.Tn'smc et voulut l'ériger c•^ ryptême. aussi Saini Jérêmc convient ii
Celsc (i), qui se moquait du style vulgaire de la Bible, en lui répondant qu'elle est écrite dans le stvlc familier afin d'être comprise des simples qui la lisent. La parole écrite existait donc, mais les manuscrits de la Bible devaient être rares encore à cette époque (2),
Q. — S occupa-ton d'en multiplier les exemplaires?
R. — Oui, beaucoup, à partir du moment où le triompiie du christianisme tut assuré.
Q. — Tout le monde connut-il donc la Bible ?
R. — Non, parce que l'ignorance était généralement trop grande (3).
que c'est celui des pères do rEgiise qui eut les vues les plus vastes. Ses doctrines étaient pourtant fortement entachées de paganisme. Il exposait la précxistance des âmes incarnées « les anges changés en âmes humaines, la résurrection de la chair s'effcctuant de manière que les corps n'aient plus les mêmes membres parceque, leurs fonctions cessant, ils seraient inutiles ; la restitution finale, où toutes les âmes, des païens, des juifs, des chrétiens acquièrent toutes la même condition et la même valeur ». Il a fait une exégèse de la bible qui a été publiée par Huer, sous ce tiîre Ori^^eiu's oficra exc^ctica ; V. couf. Crh..
(i) Celse, philosophe épicurien du II" siècle, fut le premier qui écrivit avec violence contre la religion chrétienne. Dans le Discours ■véritable, il tourne en ridicule l'Ancien et le Nouveau-Testament. Origène en le réfutant n'a pas toujours le dessus.
(2I A cette époque (II" siècle, à la fin, et HT') on ne regardait encore comme véritablement saints que les livres juifs de l'Ancien Testament, et il en existait des traductions en plusieurs langues. La Bible était alors interprétée et discutée différemment dans toutes les écoles, parmi lesquelles celle d'Alexandrie acquit une grande célébrité. Les Samaritains transportés en Egypte par PtoléméeLagus firent subir au juda'i'smc une transformation remarquable par l'interprétation allégorique. S'emparant de Pythagorc et do Platon, Dieu devint la sagesse et les Anges des idées, le Verbe ou Logos ne fut plus que la Sagesse par excellence, l'instruction sans bornes, le pain de l'ame. Les corps se purifiaient par la sagesse et passaient en un autre corps pour arriver dans un séjour fortuné oit ils jouissaient d'une félicité parfaite. C'est par l'école d'Alexandrie que les théories gréco-platoniciennes sur l'âme pénétrèrent dans le christianisme.
(3) !• L'Écriture Sainte ne fui pns répandue dans l'E^ilise des premiers siècles
Q. — Cette ignorance ne fcrvit-elle pa:> les vues dominatrices de l'Eglise ?
R. — Oui, car les pratiques de l'Église se trouvèrent, à un moment donne, tellement en désaccord avec l'esprit de la Bible que la caste sacerdotale en prohiba la lecture. Lorsqu'un sortant des ténèbres du Moyen-Age on osa discuter, la Bible en i"!iain, malgré les censures ecclésiastiques et les bûchers, le christianisme romain assis sur le tronc à côté duquel les empereurs l'avaient place, le christianisme fut ébranlé (i). 11 lallut prendre des mesures de
autant qu'elle aurait pu rétrc. Plusieurs causes s'y opposèrent : la paresse (l'esprit croissant avec l'ignorance, la cherté des manuscrits, le respect pour la tradition, les méfiances du clergé, et l'opinion assez répandue que l'étude de l'Ecriturc-Saintc n'était pas nécessaire au salut. On peut donc admettre que, de tout temps, la grande, la très grande m.ajorité des chrétiens n'a pas reeu d'autre instruction religieuse que l'enseignement oral des prêtres. Certes, il n'a jamais manqué parmi eux, jusqu'au milieu des ténèbres du Moj-cn-Agc, de pieux prédicateurs pour les exhorter à lire assidûment le Livre Saint. Chrysostûnie, par exemple, ne cesse d'y inviter les fidèles de son église; il avait même la chose tant à cœur, qu'on l'entendait affirmer, du haut de la chaire, que lire la Bible, fut-ce sans la comprendre, contribue à la sainteté. ]Mais ces efforts, do plus en ijlus isolés, échouèrent contrôles progrès de la barbarie, de sorte que la Jiible était devenue lettres closes pour le peuple, bien avant que le clergé songe.'it a lui en interdire la lecture. " Rang, /n'sf. des dofrJUC!: chrétiens.
'il Ce furent lirigènc, Abailard, Roscolin, qui commencèrent c beau mouvement de liberté d'examen qui devait aboutir à la Réforme. Il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'on condamnât la Bible, elle était en desaccord avec les mœurs du clergé et la liturgie romaine. Avant la Réforme on croj-ait que la l'iblc n'avait jamais varié etbeaucoup djc fidèles le croient oncoie aujourd'liui. Savoir comment les textes s'étaient formés dépréciait leur valeur, les connaître c'était condamner la religion. Oi arrangea donc, autant que faire se put, les textes primitifs et on créa /<): Vidgnte en mauvais latin. .Vujourd'hui ceci est de peu d'importance. Ce qu'il est utile de ne pas oublier, c'est que ce fut en dehors do l'action de Jésus que se formèrent les livres saints, et que tout y est neuvre humaine, même pour e.-^ux qui croient à la divinité du Christ.
CATECHISMi: DU LiliRE-PENSEUK . 12S
préservation et on les prit contre le Christ et les apôtres. En 1229, le concile de Toulouse défendit aux laïques de posséder l'Ancien et le Nouveau-Testament, Cl,, en 1634, le concile de Taragonc ordonna de briller tous les exemplaires de la Bible qu'on trouverait (i).
Q. — Peut-on aujourd'hui avoir une Bible '^ R. — Oui, le texte latin sévèrement expurge, la Vulgate, autorisc'e par le concile de Trente, ou sa traduction littérale, mais encore ne doit-on la posséder qu'avec l'assentiment de son directeur spirituel.
Q. — Le Nouveau-Testament tut-il placé de bonne heure au nombre des écrits canoniques ?
R. — Seulement vers le IIP et le IV^ siècles. Mais ce ne fut qu en 1 545 que le concile de Trente fixa déllnitivemcnt le canon de la Bible, en expurgeant soigneusement les textes et en excluant la prière de Manassé, le II'- et le III^ livre d'Esdra, le III'- et le IV- livre des Maccabées. Le concile attribua à la Vulgate une autorité sans opposition (2).
Q. — lui somme, d'après l'opinion des pères eux-
':; Pic VII sOlcva avec une sranJc siolcnci.' cuntri li-s sociôLca bibliques, l'ic IX les a cKalcincnt condamnées.— V. aussi Encycl. Qui Pluribtts,ù.c i8.(0.
^2) Luther et Calvin n'admirent aussi la liiblc qu'avec de notables rcstric lions. Le protestantisme a éliminé les actes des panps et ceu.\ des conciles postérieurs au 1V° siècle.
V. la note Saint Jérôme, et le iaiiict sacrt: universel et gcncial Concile de Trente, traduit on français par Gcntien Hcrvct d'Orléans, Paris, 1581
126 CATÉCiiibME DU LlbRE-l'ENSEUR
mêmes, l'autoritc des livres saints est fort contestable?
R. — Oui, et le contexte de ces livres est tellement contraire au christianisme (i) moderne qu'on défend autant que possible d'en prendre connaissance.
Q. — Le Nouveau-Testament est donc de peu de crédit?
R. — On doit accorder aux livres chrétiens, au Nouveau-Testament, moins de créance encore qu'aux livres juifs, à l'Ancicn-Testament. La valeur des Ecritures est presque nulle historiquement et elle est toujours discutable en matière de foi (2).