‹ Catechisme du libre-penseurChapitre 22 sur 34 · PAR RAPPORT A TA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

PAR RAPPORT A TA SOCIÉTÉ

Q. — L'Eglise est-C'llc lavorablc à lu Société ?

R. ^- Pour ctre lavorable à la Société, elle méprise trop l'homme et les biens de ce monde. Ayant en horreur tout ce qui peut rattacher les hommes entr'eux, l'Église ne peut être constitutive, elle ne peut Ibrmer aucun lien social. <i La dernière expression du christianisme » dit Pierre Leroux (i) « est de considérer cette vie comme une vallée de larmes, toute créature comme méprisable et Dieu seul comme digne d'amour. Le christianisme dans ses plus grands apôtres, dans l'Evangile comme dans Saint-Paul, comme dans Saint-Augustin, comme dans tous les Saints sans exception, a toujours attendu, imploré, pressé la fin du monde. )> Saint Jacques dit : (f Ames adultères et corrompues, ne savez-vous pas que l'amour de ce monde est inimitié devant Dieu ! )) Et Saint Jean : « Gardez-vous d'aimer ce monde, ni rien de ce qui est en ce monde. » Donc point de Société.

V\H RAPPOiriA I A ':!\ll IS\TK)\ KV AT IM^<)C1U:S. Q. — L'Eglise étant contraire à la Société peut

r Piorro r.rroiix. /fi: rhuivain'fr-

170 CATl-CIlISME Dr [.ir.RF.-PENSErR

elle être acquise à la cause de la civilisation et du progrès f

H. — Non.

Q. — Ses théories lui permettent-elles au moins lic laisser la civilisation et le progrès s'accomplir !

R. — Non. I,e christianisme a apporte la barbarie siu' la Terre. Le monde est barbare depuis ThèodD.se (1) jusqu'à la Renaissance; il est plongedans les ténèbres depuis l'antiquité qui meurt jusqu'à l'antiquité qui renaît. C'est à bon escient qu'on dit la Renaissance, car le monde sort alors du tombeau. L'Islam n'aura pas empêché les arabes du temps des Califes, du IX^ au XII I^' siècle, de remplacer la civilisation romaine étoulfée, de se distinguer dans les sciences, les lettres, la philosophie, et de reconstruire pour nous les monuments de l'antiquité brûlés par les chrétiens (2) ; mais le christianisme, tant qu'il domine, est ime nuit dont aucun éclair ne déchire les ténèbres. Lorsque la Renaissance apporte le splendide bagage de l'antiquité, le monde semble éclore. Les papes, A!e\andi-e \'L .Iules IL

il Ihi'odosc-, empereur romain, m- en 3 (G, nioit 305. Il fut un Ji- coiix qui rombattircnt le plus l'iicrcsic arienne et firent de rjCiîlisc l'appui de l'ICtal, en la comblant d'iionneurs et do richesses. 11 fit continner, et ;,»i, .ai coaciU» n-cuniénique de Constantinople, le symbole de Nici'i'.

'/j Xous rappellerons seulement l'incendie de la bibliotlièque d'.-Mexandr'e e,ue le patriarche Théophile en ;,8o, détruisit dans un feu de six mois en mêni.» temps (jue le fameux temple de .Séraphis. Quand Omar arriva, en Cj-,.x, il ne trouva que quelques livres qui .avaient remplacé les 600,000 manus<rits détruits par la fureur religieuse de Théojilule. V. Ciibbon's i/ir/ .

Léon X, de savants cardinaux, épris des beautés de la Grecque et de la Latine ne veulent plus gâter leur latin en lisant la Bible. C'est le temps où les clercs lettrés déclarent préférer Socrate à Jésus ; et quand Jean Savonarole (i) s'écrie : « l'Eglise n'est plus l'Eglise ! » on brûle Jean Savonarole en même temps que la foi des premiers apôtres, et, grâce à cet holocauste, un moment, l'Eglise marche à la tète de la civilisation. Mais elle s'aperçoit bientôt qu'elle se perd. Elle revient sur ses pas. u Elle impose » dit Ranke {2) u une barrière que les esprits ne doivent plus franchir. Malheur à quiconque ose s'aventurer au-delà. •> Giordano Bruno (3), Lucilio

(i) Jean Savonarole, né à Fcrrarc 1 152, mort en 1498. II appartenait à rordrc de St-Dominique. Apres avoir acquis une grande renommée par ses lirédications, il donna une constitution à la ville de Florence, et l'on vit la Pljlcndidc cité des Médicis devenir une sorte de capuciniore ou on ne connaibsait d'autres plaisirs que la messe et la procession. Il enre-rimenta des enfants au nombre de 15.000 pour faire la police des rues. Il briila les tableau.x, les tapis, tous les objets d'arts et les livres de Boccace et de Pétrarque. Enfin il prêcha contre les mœurs dissolues du clergé et voulut le réformer. Il s'attira ainsi de grandes haines notamment celle du pape Alexandre VI, et un jour, comme il s'était réfusé à faire un miracle, le peuple tourna contre lui et il fut bridé après avoir été excommunié. Il avait dit : •> On sait ce que valent les excommunications, pour quelques deniers la cour de Rome excommunie qui on veut. "

(2) Ranke, liistoricn Allemand, no en 1705, fondateur du JouvimI hi.simiiiiir et politiqjte. — V. Les papes ivmains., leur état it Iriir l'f^tisa aux Xl'I' it XVII' siècles. — L'Histoire lie ^ Allemagne ait temps de la Réforme.

(.1) Giordano Kruno, philosophe italien, d'abord dominicain, quitta i'habif, fut accusé d'hérésie et chercha un refuge â Genève, en France, en Angleterre et en Allemagne. Il finit par tomber, en 150^, dans les mains de l'Inquisition de Venise qui le fit brûler vif.

Il était coupable d'avoir embrassé les idées de Copernic et de les avoir .alliées à l'idée de l'infinité des mondes de Lucrèce. V.n des ])remiers, il dcVlara que In nature prorède pnr mnn'fest.ilinu'; rt par cli'\floppeiner.t ;. Il

172 CATÉCHISME DU LlBRK-PCNSl'.UR

Vanini(i), Galilée (2), marquent de leur martyre la Iraveur de l'Eglise. Rorelli (3) mendie dans les rues de Florence et Oliva (4) se donne la mort peur échapper aux tortures du Saint-C'ffice ; Descartes (5) mis à l'Index, va expirer en Suède, et sous Louis XVI, à la veille de la Révolution, la Sorbonne condamne Bufîon (6). Tous les jours encore l'Eglise censure, poursuit, anathémathise tout ce qui peut servir au progrès, tout ce qui constitue la civilisation (7).

PAR RAPPORT Ai: cr.ERCK.

Q. — L'histoire du clergé rend-elle ses mcmlM-es respectables et son institution morale?

disait que la maticrc « n'est pas cotte capacité \ideque les philosophes ont décrite, mais la mère universelle qui crée chaque chose comme le fruit de son propre sein. » V. délia causa, fin'tici^to c iiiio, et Dd iiifiiiito îiithertn cf minidi, V. aussi J. Bruno par lîartholmcs.

i'/ Lucilio Vanini, né à Taurisano, terre d'Otrante. en 15S-1. I! fut ordonné prêtre, mais il ne se servit de la chaire que pour propager la philosophie et fut souvent obliffé de fuir. A Lyon, il publia son Amphithéàtic où, sous couleur de défendre la religion catholique, il défendait la philosophie. 11 professait l'athéisme. Ses cours, à Paris, attiraient beaucoup de monde. 11 publia ses iHalo^ucs tic la nature que la Sorbonne condamna au feu. Il s'en alla à Toulouse, mais là on s'en prit à sa personne. Arrêté, on lui coupa la langue, on le pendit et on le brûla le ic» février 1610. En allant .au supplice, il disait : « Le Christ sua de peur et de faiblesse et moi je meurs intrépide. " Vanini fut un ennemi déclaré de la foi chrétienne.

2 Galilée, v. les notes.

■ ',) (ij V. H. Martin, hht. dr France. î A', les notes.

o, riuiïon, V. les- notes.

'7' V. le Syllahris, V les notes. V. P.ontteville. la mnr. dr A/^'c?

CATECHISME DU LlliRE-PENSELR 173

]{. — L'institution du cleri^c (i) n"a rien d'immoral en soi, mais l'histoire de lu Rome j\ipalc (( cette Ibrmc de gouvernement inspirée par l'absolutisme le plus brutal qui lut jamais (2), » remplie des nombreux crimes des papes, n'oltre rien dedifiant. 11 en est de même des conciles dont » la lecture » dit Bayle 13) « ferait cent Ibis plus d'incrédules que de chrétiens. Il n'y a point d'iiistoire qui lournisse plus de sujets de scandale, ni un thcàtic plus choquant de passions, d'intrigues, de factions, de cabales, de ruses, que celle des conciles. » Toutes les violences, toutes les haines, toutes les vengeances, le meurtre, l'inceste joint à la cupidité, (( ce vice caractéristique du clergé (4), » sont le propre

I Clcrt;c. ivX'TÎÛOÇ, choisis au Sort, Clèroics, nom <iui lui vient du» an L'icnncs conj;résations grccyucs, crânes ou fhiascs.

Les rclif^ions de rOrient établies dans la Grèce, ai)rès en a\oir rei;u l'autorisation du conseil et du peuple, s'étaient plus ou moins bien conservées. Elle donnaient naissance à des Thiases, Eraiies religieux et Orgcoiis, associations qui, (au contraire des religions indigènes qui n'admettaient qu'une famille on qu'une tribu; . étaient ouvertes à tous, aux femmes, au.x étrangers, aux aiïranchis, au.t esclaves, ils préparaient ainsi leurs adeptes à recevoir la religion qui viendrait de l'Orient (ces points sont remarquables par rapport au cliristianisme). Ces thiases avaient une admininistration commune et des banquets sjmboiique.s. \ . des astoc. relig. chez les grecs, Thiases, lùaiies, Orgèotts, par 1". 1-uucart.

' ' T^anfrey, hisi. pvl. des Papes.

Baylc, l'ierre, ne à Cariât, comté de Foix, le iS Novembre 1047, mort 28 Décembre 1706. Il devint disciple do Descartes. Le bourreau ayant brûlé sa Critique générale de l' histoire du Calvinisme du V. îlaimbourj;, sa réputation en fut établie. C'est un syncrétistc sceptique qui publia des commentaires sur ces paroles de l'Évangile : « Contrains-les d'entrer ; » et un bien remarquable dictionnaire historique et critique '1699 .'

I \ , llnll.ini. I.'lùno/ie ou Mi'yrn-Age.

j;4 CATECHisMi; bi; i,iiiRi:PE\SEUR

Je la société cléricale. Dès que le christianisme est assis clans l'Etat, le clergé développe un luxe iiioui et appelle les matrones romaines qui, ruisselantes de diamants, se font traîner à Teglisc dans un char doré entouré d'esclaves. A l'église les hommes ont d'abord été séparés des femmes ; ils se sont réunis, et se sont livrés, sous les yeux du clergé, à toutes sortes de corruptions. L'Eglise de Rome, celle d'Orient, celle d'Afrique, présentent les mêmes vices. A Carthage, des jeunes gens sollicités par les prêtres s'en vont, revêtus d'habits de femmes, provoquer dans les églises à des voluptés immondes. En Italie, en Espagne, en France, le Moyen-Age étonne le monde par les prodiges de débauche de ses couvents, de ses nionastères, par sa corruption et ses crimes (i). Plaisirs, fortune, domination, voilà la moralité du clergé.

(il « Le clci'sé » ;i dit Montesquieu Jans i Eshrit dts, lois « est une famille qui hérite do toutes les autres et dont aucune n'hérite. »

Sous Henri premier, le clergé était marié, simoniaque [simonie, trafic des choses sacrées, mot qui vient de Simon de Gitton qui demanda aux .-ipôtrcs Pierre et Jean <lc lui vendre pour de l'arj^ent le droit de conférer avec le Saint Esprit et de faire des miracles), « vendu aux princes, composé presqu'entièrement d'hommes de sang et de débauche ; l'J')};lise était perdue ; et pour comble la papauté se trouvait mise à l'encan comme les autres évêchés. » V. Th. Lavallée. hiitoire de Inance. En lîretagne certains prêtres avaient jusqu'à dix femmes, et même davantage, \. Script. ICI-, fiaiicicanim.

CATÉCHISME DL; LlliRE-l'hXSELR 175

PAR UAITORT AU LIBRE-ARBITRE. A LA VERTU Ef A LA RAISON.

Q. — L'Eglise accorJc-t-ellc à l'homme son librearbitre ?

R. - — Non. L'homme est He à Dieu ; celui-ci est partout et partout il est le maître de l'homme dont la volonté est dans sa main. Faire à sa volonté ne dépend, comme le dit Saint Paul, « ni de celui qui veut ni de celui qui court. »

Q. ■ — Si l'homme n'est pas le maitre de ses actions, il ne dépend pas de lui de l'aire le bien ou le mal !

R. — Non, il ne dépend pas de l'homme d'être vertueux, mais de Dieu (1,1.

(■). — Comment l'Eglise entend-elle la vertu ?

R. — L'homme, d'après l'Eglise, n'est pas libre pour le bien, mais il est libre pour le mal. Pour lairc le bien, il laut qu'il ait été touché de la grâce divine. Le livre de la Sagesse dit : « Quelqu'un parmi les enfants des hommes a beau être parlait, si la justice de Dieu ne lui vient pas en aide, il sera compté pour rien. » Dieu agit, d'après sa justice propre qui demeure impénétrable à nos l'ai-

(i) « Nous .avons arranjii; tout cchi, " distnt les jL-suitcs. V. plusliai;t.

176 CATÉCIIIS.MI:; DL Lll3RL.l'KNShL R

blcs sens et lui seul peut connaitrc les uns de nos actions ; il peut éclairer par miser icor Je et aveugleipar justice. La vertu pour l'Eglise c'est la grâce (i).

Q. — Etre opposé au libre-arbitre, n'est-ce point condamner la raison humaine ?

R. — Oui. Aussi l'Eglise la con.damne-t-elle. u Lorsque l'iiommc vit selon l'homme, il est semblable au Diable, .» dit Saint Augustin. Bossuct con- A'ient comme il suit qu'on ne peut être raisonnable avec sa natLire et raisonnable avec la religion : (I Quand on s'attache ou tout-à-fait à la loi comme ibnt les catholiques, ou tout-à-l"ait à la raison humaine comme l'ont les inlidèles, on peut établir une suite et taire im plan uni de doctrine, mais quand on \eut taire un composé de l'un et ,de l'autre, on tombe dans des opinions dont la contrariété t'ait voir la lausseté toute manifeste (2,1 >< Lacordaire avoue également deux raisons : u Et maintenant il est manitéste qu'il existe dans l'humanité deux raisop.s : la raison humaine et la raison catholique : un double l'oyer de vie et d'activité tellement ditiércnts l'un de l'autre qu'un acte sage au point de vue de la raison catholique peut-être insensé au point de vue de la raison humaine, et réciproquement (3). )> La raison catholique est donc la néga-

H.i V. plus haut.

2] V. lîossuc't, A'.i/. </f /il (/iu/. i/r /'A'i'/ 6a///. V. les notes ,i V. I.îicordaiiv, Ci'/iJ'. l'i X.D.. iSj;. et les notes.

CAl'Ki;illSMl; 1)U J.mRlL-l'KNSl.l R

tion de la raison humaine, et cette dernière raison est t'ormellement condamnée par l'Église.

iWR RAPI'OR r A I.A RAISON DlMNli.

()^. — ("vOmment s'impose la raison divine t

R. — Par la force.

(^. — Cette raison n'est donc pas démontrable '.

R. — Non, et l'Église, n'a qu'une position à prendre, se rcnlermcr dans son inraillibilite'. Pour imposer sa raison, dc'truirc la raison humaine et la science, il lui iaut tendre la main à un pouvoir autocratique et opposeï" une barrière infranchissable à l'esprit d'examen et de liberté. Il Iaut, comme l'a écrit Lamennais ; « qu'elle maintienne son ancienne alliance avec les pouvoirs absolus, qu'elle leur prèle secours contre les peuples et contre la liberté, afin d'obtenir d'eux une tolérance telle quelle, à souder l'autel au trône, à s'appuyer sur la force, à tourner la croix vers le passé, à la confier à la protection des protocoles diplomatiques, à la remettre à la garde de soldats chargés de contenir, la baïonnette sur la poitrine, les nations frémissantes, (i) »

(l) V. Lamennais, i?;vn-. mclai!;^cs. Lamennais est né a SahiL-.Malo en 17512, il est mort en 1854. II publia en 1817 son essai siifl'itidrffcreucc en matière de religion, qui lui acquit la célébrité. Il était d'un tempérament laiblc et lymphatique, enclin au mysticisme, ce qui explique jusqu'à un K'rtaln point pourciuoi il se îanc-a d'.abord aussi maladivement dans le doRmo

17^ CA I l'CiiiSMi: j)U i.ihk[:-im;nsi:l:r

l'Au RArrorn- m sai.ut.

Q. — La ihcoiMc de l'I^glisc par rapport an salut cst-cllc morale ?

R. — Il csl facile Je se convaincre du contraire en examinant combien cette théorie est exclusive. Elle peut se résumer dans la phrase fameuse : c Hors de ri'.'glise point de salut. > Nous sommes damnes

avant que de naître ; nous sommes destinés aux plus grandes soufll'ranccs, au leu éternel si ri\i;lise ne nous tend pas les bras ; elle nous les tend et nous sommes perdus si nous ne nous y précipitons pas. " Nous savons » dit Pascal » que toutes les vertus, le mart\re. les austérités et toutes les bonnes actions sont inutiles en dehors de TKglise et hors la communion iki chef de ri^glisc qui est le pape. » Jean-Jacques Rousseau ;i) s'est élevé de toute sa

Son premier volume sur riiuliftereuce ciitbùusiasma, lo deuxième duiis lequel il s'appnyait sur les sentiments religieux unanimes du cœur Lu main le firent mal voir du cierge (V. les notes). Ses autres livres lui Attirèrent la haine des libéraux car il y niait tout esprit de liberté ci flétrissait l'Université. 11 soutenait la iJolitique d'Innocent III, celle de la théocratie à outrance. Esprit sans consistance, mais accessible à la raison, il se tourna plus tard vers le libéralisme et no se soumit â Konie que pour vivre tranquille. Ce tut d'un moment de sensibilité que sortirent /rs pnvolcs d'un cijyaiit inspirées par les événements de Pologne. Depuis il so tourna contre Rome, fonda sous la République ie jiciiplc rousiUuaiit qui cessa de paraître après les journées de Juin par un numéro qui fait le plus grand honneur a Lamennais <■ Le firuple cotisii'iuaut » disait il 1' a commencé avec la Républi(iue, il finit avec l.i République.... Ce n'est plus là la République, mais autour de sa tombe, les saturnales de la réaction. >' A partir du 2 Décembre, il demeura dans la vie privée. ■' J'J- l">-ousseau. né À (.ienc\e le ■^'^ Juin j;i2, mort à Ivrmcuonvillo iirè'^

CAllXlllSML DU I.lbRi:-PEiNSEL'R

large autorité contre cette priitentioii de l'Eglise de n'admettre la salivation que de ceux qui meurent dans son sein, bien qu'elle sente si bien son injustice que, dans la prédication, le prêtre n'ose plus vouer le protestant, le musulman et le sauvage qu'aux peines du purgatoire. « Où toutes les religions sont bonnes et agréables à Dieu ) a dit J.-J. llousseau c ou s'il en est ime qu'il prescrive aux hommes et qu'il le punisse de méconnaître, il lui a donné des signes certains et manifestes pour être reconnue comme la. seule véritable : ces signes sont de tous les temps et de tous les lieux, e-galement sensibles à tous les hommes, grands et petits, savants et ignorants, européens, indiens, africains, sauvages.

l'aris le 2 Juillet 1778. l'ils il'uii liorlofjcr, Rousseau, après bleu des vicissitudes, vicissitudes qui, au reste, l'accablèrent toute sa vie, après avoir cru qu'il pouvait faire un musicien.trouvadans l'amitic de Diderot des indications sur sa voie véritable et se mit à écrire. Sa vie, il l'a racontée en •jr^i'^c partie dans ses immortelles Cotifessi'otis, le plus beau peut-être de ses livres. Cependant, quel livre d'éducation que XRiiiilc I si l'on pouvait placer l'élève dans un milieu ou on put le mettre en pratique. Combien de données ;"i y prendre, de conseils à y puiser 1 Quel li\ re éveillera jamais plus de pensées par rapport à l'éducation et, par cela raCrae, quel livre est plus utile ! Par son Contrat social, Kousseau exerea une grande influence sur la Révolution franeai.se, il démontra que toute l'autorité se trouvait dans l.l volonté générale ou populaire. Nul ouvrage ne renferme des sentiments plus fins, plus cordiau.v que cette 'Julie on la uourelle llclo'ise (écrite dans une langue admirable) pure de toute monstruosité morale, qui intéresse presque sans critique, qui charme parce ([u'clle est vraie, parcequc, comme dans les Cunfcssiotis, Rousseau n'a pas craint de s'y mettre tout entier. Quel auteur a jamais écrit avec une telle franchise ; Qui a montré une simplicité plus grande, plus idéale ? Kst-cc la faute à Rousseau si. chaque fois qu'il se trouve en présence de la réalité, cette réalité le brise et le rend injuste? Il n'a pas compris la vie sociale, il n'était pas fait pour

la vivre et cependant il lui a laisse presque autant que Voltaire toutes les

qualité.--- de sa raison. île sun esprit et de son cœur.

i8o CAi i,>:iii.s.Mi, 1)1 i.il;Ki';-ii.Nbi':L k

S'il clait une religion sur la Terre hors laquelle il n'y eut que peine éternelle et qu'en quelque iicu du monde un S'jul mortel de bonne foi n"eut pas été trappe de son évidence, le Dieu de cette relii;ion serait le }"ilus cruel et le plus inique des Tyrans. X'ous m'annoncez Lin Dieu ne et mort il y a deux mille ans, à Tautre extrémité ilu monde, dans je ne sais quelle petite ville, et \oUh vlites Ljue tous ceu>; qui n'auront pas cru ce mvstèi'e sei'cjnt damnés. N'oilà des choses Imcu étranges pour les croire si ^■ite sur la seule autorité à'un homme que je ne connais pas ! Pourquoi votre Dieu a-t-il tait arri\er si loin de moi ces événements dont il voulait mobliger dïtre instruit (i)' Hst-ce un crime d'ignorer ce ipii se passe aux antipodes ? Puis-je deviner qu'il \ a eu dans un autre hémisphère un peuple hébreu et une ville de .lérusalem:" Autant vaudrait mobliger de savoir ce qui se t'ait dans la lune. \'ous venez, dites-vous-, me l'a'pprendre i Mais poiu'quoi n'étes-vous pas venu l'apprendre à mon père ^ ou ptjurquoi damnez-vous ce bon vieillard de n'en avoir jamais rien su ;" Pressés jxu- ces raisons les premiers sectateurs aiment mieux l'aire leur Dieu injuste que de renoncer à leur barbare dogme. Les autres

(i) C'est ce qu'on rci)Cto jounicUemont ;i propos des miracles, l'ouiquoi ne les voit-on jamais se produire ■■ Ou pourquoi Dieu qui est tout puissant ne con\ainct-i! pas d'un coup toute l.i terre par un bel et bon miracle / Voyons, pourquoi devant tout Paris rassemble un bon jésuite ne se précipite t il pas du haut de l'.Arc de-'Iriomphe sans se faire de mal ;

CATKCHlSMi: ï)\- I.IIUIE-PKNSI'.IR l8i

se tirent d'alïaire en envoyant obligeamment un ange instruire quiconque, dans une ignorance invincible, aurait vécu moralement bien, La belle invention que cet ange ! Non content de nous asservir à leurs machines, ils mettent Dieu lui-même dans la nécessité d'en employer. » Ce raisonnement est irréfutable ; à un Dieu iécond en miracles on demande une preuve convaincante, palbable de son existence. Qu'il en donne une, et tout sera dit. La plus grande partie de la population terrestre ne reconnaît pas ce Dieu et tous ces peuples divers sont livrés à la damnation ? Et vous condamnez toute cette éternité humaine qui est d'avant le Christ^ Il résulte de Saint Augustin qu'il l'allait avant la venue du Messie croire en un seul Dieu et à la venue du Messie pour être sauvé, et, si l'on était iuif, obéir aux lois de Mo'isc. Mais comment croire à la venue du Messie si l'on n'était pas juif ? Tout ce qui est né en dehors de ce peuple microsco.pique qui n'a même point de place fixe sur le globe est donc damné ? Oui. Mais l'Eglise déclare que par cette condamnation générale Dieu a vouki prouver combien la raison humaine livrée à ellemême était corrompue, et combien était nécessaire la venue du Messie. Mais, outre que la venue du Messie n'empêche pas la damnation de tous ceux qui ont vécu jiendant des millions d'années avant hii, si noire raison a été al^indonnée par

•i^2 CAThlClIlSMi: 1)1 t.ll'.KlMM'.NSia R

Dieu qui l'avait formée, c'est Dieu qui la livrée à cllc-mèmc par une volonté de sa loutc puissance, c'est donc lui qui esl le corrupteur, el, comme il iail de notre raison sa chose, si notre raison est corrompue, c'est sa fauie, et il est corrompu en elle, et le Messie devait venir pour lui. Dieu, et non pour les hommes. N'importe! Il n')- a pas de salut en dehors de l'Kglise. Jésus dit : « Quiconque n'est pas avec mol est contre moi et quiconque n'amasse pas avec moi dissipe (i). )» On ne peut être dans la voie du salut qu'avec le Sauveur, sans cela le Sauveur n'aurait pas de raison d'être puisqu on pourrait se passer de lui. Lorque les Pélagiens (2) soutenaient L|uc les païens sont justifiés par leur ii^norancc

i) V. l'.v. sel. Saint Matthieu.

■2) Pelade, moine anglais dont le noiu était -Mor.n'.ni, né Jaiis la Jiuiii-nio jiartie du IV* slôrlo. Il se fixa à Komo où il mena une \ic austère.

Avant lui aucune doctrine ne s'était Olevée dans l'ËRlisc (jui plarût la liljcrtê de l'homme on face de la puissance de Dieu. l'élague le premier s'éleva contre la fatalité chrétienne. Il i)roclaraa i)ùe l'homme e^t libre. <iuc ses propres forces lui sufiisent pour é\i;er le péché. « Si nous parlio'poiis mi mal sans noire fiutie « disait-il <. iwui dczons aussi participer an bien sans noire mèriie ; » c'est ce que le disciple de l'élage. Céleste, explicpiait en disant : « Que le péché ne naît pas avec l'homme, qu'il est un .icte do la volonté auquel son impcrfcrtion individuelle peut le solliciter plus ou moins » et il no voulait pas que l'on donnât le haplêm.au.'c enfants, parccqn'ils ne pouvaient avoir besoin qu'on cfiae.U de-; fautes qu'ils n'.ivaient pas ou le temps de commettre.

Le pape Saint .'^ozirae accepta d'abord la déclaration de liberté qui était la négation du péché orij;inel, mais les évêques, ])lus habiles qnc le ])ape, s'apcrccvant du coup porté .i la religion, le firent revenir sur sa première opinion, et le concile de Carthagc réuni en 418 condamna à jamais le libre arbitre et établit la doctrine du fatalisme des chrétiens qui cependant condamnent le fat.ilisme raahométan. Il y a eu aussi des se/;ii pé/ag-irns c\\i\ prétendaient que l'homme n'est ni un cadavre, comme le prétend l'I-glise, ni un homme sain, comme le prétendait IVl.ige, et ils le considéraient comnir un m.'ilade népfssitant la venr.ed'ii" médecin • ri''î;l"':e.

CATKcmsMi: Dr i.ii',Ri;-pivNSKrK 183

mcme et qu'ils ne pcchcnt pas en agissant scion leur conscience, ou droite, ou erronée. Saint Augustin sVcriait : » Si cette doctrine était vraie, les pa'iens seraient sauvés sans la loi de Jésus-Christ et sans la grâce : le divin Sauveur serait donc mort inutilement. >> On le \oit, il est nécessaire que sait damné tout ce qui avant, pendant et après Jésus, est demeuré étranger à Jésus, c'est-à-dire des milliards de lois plus d'individus qu'il n'y en a qui connaissent ou qui reconnaissent Jésus, Et Jésus n'existe que dans l'Eglise. Le salut n'est donc pas ailleurs que dans l'Eglise romaine. Le concile de Sardique en 347 et l'œcuménique de Latran en J215 ont prononcé qu'il n'y a qu'une Eglise universelle hors de laquelle il n"\' a point de salut. Celui donc qui n'est pas chrétien, catholique, apostolique, romain, iniaillibiliste, est livré à la damnation éternelle.

PAR KAIM'OKI A I A TOI.l ;ran(;i :.

Q. — La doctrine du ralut professée pai- l' l'église n'entraine-t-cllc pas Tintolérance?

R. — - Si, car l'Eglise se ci-ovant .seule tlaiis la vérité el éumt persuadée qi;e tous les autres sont d.ans Terreiu' doit employer tous les moycsis pour les amener à elle et, s'ils persistent dans leur erreur, ce sont des êtres méprisables ei maudits de l)ieu que l'iyglise

184 CATKCPIISME DU I.IRRE-PENSEUR

doit avoir en horreur, qu'elle doit retrancher par tous les moyens du nombre des humains, d'autant plus que la façon dont il leur est possible, soit par les supplices, soit par les tourments moraux, soit même par la mort, de servir à rédillcation de l'Eglise, peut leur laire ouvrir les yeux à la lumière et leur taire pardonner par Dieu leur aveuglement. C'est poin' cela que la religion a toujours pu condamner ce qui n'émanait pas d'elle et s'armer du glaive pour sa défense ou pour la conversion des inlidcles (i). L'intolérance est pour l'Église ime vertu. Tolérer est criminel. C'est pour cela que J.-J. Rousseau a pu dire du chrétien -. « J'appelle intolérant par principe tout homme qui s'imagine qu'on ne peut être homme de bien sans croire tout ce qu'il croit, et damne impitovablement ceux qui ne pensent pas comme lui. En elfet, les iidèles sont rarement d'humeur à laisser les réprouvés en paix dans ce monde, et un saint qui croit vivre avec des damnés anticipe aisément sur le métier du diable (2I. )>

Page 1