PAR RAPPORT A [.'OBÉISSANCE
Q. — Si l'Eglise n'admet pas qu'on puisse laire so!i
(i) C'est l'applicaliondu fameux Comité lie ititiaic, turccz-les il'cntrer ; ail majovem Dcî gloriam, ajouterait un pfcrc jésuite en assasinant son pi-ro lirri'tiijur 2) J-J- Trousseau. Iffi >'i l'clf.. i8 Aoi'it ;7,vi.
CATKCIIISME Di; I.IBRE-PENSEUR l8^
salut en dehors d'elle et professe l'intole'rance, n est-il pas évident qu'elle doit rc'clamcr 1 obéissance passive à ses lois ?
R. — Certainement. L'Eglise est la voie, la vérité la vie (i),et tout ce qu'elle décrète doit être obéi. N'est-ce pas pour avoir usé de sa volonté 'propre, pour avoir désobéi, qu'Adam a été damné et avec lui tous les hommes (2)? L'obéissance est la mère gardienne de toutes les vertus .. Par obéissance , on doit, comme le dit Saint Thomas d'Aquin (3) : « Sans injustice, pour obéir à Dieu, ôter la vie à un homme qu'il soit coupable ou innocent. Ce que nous disons de l'homicide, il faut l'entendre aussi de l'adultère. %
\\\R RAPPORT A l.'ESPUir DE Rl'iNOETE.
(^. — L'obéissance que l'Église exige est-elle pour elle seule ou l'étend-elle a la Société civile ? R. — Elle l'étend à la Société civile.
!ii Jiso -^'"-'i f ^'«< ' 'crilas et l 'ita, et ricu en dehors de cet .-ixionie
2) V. Théopb. odaiitol.; AuRUst. de ci. Dci.
(j) Saint Thomas d'Aquin, le docteur aiigciiquf, fort bien nommé, comme on le voit, nô en 1225 -i Kocca-Kccca, mort 1274. Le recueil des bollandistes nous apprend quels merveilleux combats il dut soutenir pour résister .lux larmes de sa mère qui ne voulait point qu'il embrassât la vie religieuse. Son principal ouvrage est sa Sojinnc dc^ilicologie. Il voulut substituer aux mauvais traités de théologie un résumé substantiel méthodique et lumineux qui comprit le christianisme tout entier, depuis l'existence de Dieu jusqu'au plus humble précepti! évangélique et il mena cette anivre ;i bien. Il enseigna In tliéologie il Hologiie. :"i V;iris. à Rome et .'t Xnpies.
'.Ah CATKCIilS.MI': J)li l.lliKK-l'IlNSia'R
Q, — Dans quel but :'
R, — Parce que Tl^glise litaiir un pouvoir absolu regarde le pouvoir i;ouvcrncmcnîal comnK' une dclci^ation li'ellc-n'ièmc et craindrait que le sentimenl de levollc qu'elle sanctionnerait vis-à-vis du pouvoir laïque ne put paraître juste aussi quelque jour en se portant contre l'ecclésiastique.
Q. — I/Ki^lisc condamnedonc l'ormcllcment l'esprit de révolte où qu'il se trouve ?
R. — Formellemeni. Pie iX, dans une lettre encyclique (i) en date du 30 Juillet 1864, adressée aux autorités et aux évèqucs de Pologne blâme sévèrement l'insurrection parceque «i tout le monde sait avec quel soin l'I^glisc catholique a toujours piéché et enseigné que toute âme est soumise aux puissances supérieures.» L'Eglise se consolide, tiit Cirégoirc Ml {2) dans sa lutte contre rempcrcin-
I) La lettre encyclique ou circul.airo cm.inc du'p;ipc et s'adresso au nioaiK' «'.itholiquc, à tous les évoques coiuuic aussi aux fidirics sans exception
■2) Cirégoiro VII iHildebrand , lu' a Soana (Toscmej eu lotj. Sous Léon X, \'ictor II, Micolas II, Alexandre il, il prit la plus grande part à la réforme (trlésiastiquc en rétablissant la discipline et en réprimant la simonie. 11 Au ('■lu pape en 107.?. En 1076, commenea entre lui et l'emperour d'AUcnias'i'' Henri IV, la grande querelle des investitures. Henri ne voulant pas s.'- laisser enlever par la cour romaine le droit de vendre les dignités ecclésiastiques ei d'y nommer .ses pro'.éjrés,il s'ensuivit un éclianije d'invectives. Grésoirosuscita lies révoltes contre son ennemi et déli.a ses sujets du serment de Udélii.'. Henri IV, excommunié, dut venir s'humilier pieds-nus, devant (Vrésoire.
I,e but principal de Gré;^oire fut l'indépendance .absolue du cler.tïé. dejini- 11- pape jusqu'au dernier prêtre. i< l'nc vaste aristocratie ayant le pape pour chef» dit II. Milman ■< devait gouverner le monde. Pour réaliser ce .«ystènudont le clergé devait être l'agent, il fallait faire du clergé une caste plus di-. riiacle, plus inviolable dan; sa personne et dans se.s biens qu'il ne l'.iV.iii ■ '■lé. - <"c<l pniii I cl.i i|iii' Ciréi^oirr o\ige.-| Iv c'él'li:it (les prêtres 1!
CATKCllISMK Dr I.ir.Kl'.-IM-NSKl: R 187
d'Allemagne Henri 1\' (1) « d'autant plus que l'harmonie et l'union sont plus intimes entre le Sacerdoce et l'Empire. -> Il faut considérer l'Kglise de la même façon que Guizot lorsqu'il écrit : (* L'iiglise s'est toujours prc'sentee comme l'interprète, le dé(c/iseur de deux systèmes, du système thèocratiquc et du système impérial romain, c'est-à-dire du despotisme tantôt sous la l'orme religieuse, tantôt sous la forme civile. Prenez toutes ses institutions, I toute sa légistation, prenez ses canons, sa procédure : Vous retrouverez toujours et quand même comme principe dominant la théocratie ou l'empire (2). I) Et pour assurer sa domination, celle des puissances, pour abaisser les peuples, poiu- anéantir l'esprit de révoltp. ou d'examen seulement, l'Église a l'ait la guerre, au mépris des droits de l'humanité, à tous les peuples du monde ; ne considérant point comme obligatoire la loi donnée à rinfidèle, spoliant, brûlant, saccageant, violant, assassinant, et dans les croisades, et dans les guerres civiles, et dans les guerres cntie nations. 11 (aut que
se fiffur.iit le pape comme un arbitre ciUio Dieu et le genre liiiinaiii. il vouhit enlever la i)apautc au joug îles empereurs qui s'arrrogaicut le droit «Ii' nommer les évéques, la soustraire aux caiirices Ju peuple qui avait pris part jusque-là à l'élection des papes, concentrer cette élection dans le conclave des cardinaux, et enrégimenter le clergé sous les clef;) de Saint Pierre.
llildebrand acheva la ruine du christianisme, et il élablif l'Ef^lise rnilio /l'ij/ic, polilique rt sociu'a doni l-a ieli\çion est le tnoyeit, dont In damiiiatiou nbsoliic est le lui.
(il Henri IV empereur d'Allemagne, né en io-,o. élu en mv.'. ' V. r;ni7nl. Iihf. ili 1,1 ri:- ni f!i/:n/<r.
CATECHISME Dl' III'.RIM'ENSEUR
celui qui ne se soumet pas à l'Ki^iise soit traite comme un païen ou un publicain. car *• celui qui ne croira pas sera condamné, )'
Q. — N'ya-t-il point des cas ou l'Église trouve la révolte légitime ?
R. -- Pas en principe, mais quelquefois en réalité, dans les cas où cest elle qui la suscite et dans les cas où ses lins servent sa politique et sa domination. L'Eglise approuve, pour elle-même, l'homicide, le régicide et la révolte, « mettre en doute la légitimité de l'assassinat dans le cas où l'assassinat peut l'avoriser les intérêts de l'Église, ce serait mettre en doute l'autorité des plus célèbres jésuites, de Bellarmin (i) et de Suarez (2). de Molina(3i et de Mariana(4i. Ce serait, bien d'avantage, s'insurger contre la chaire de Saint Pierre. Un pape ne marcha-t-il pas en procession à la tète de ses cardinaux, ne proclama-t-il pas un jubilé, ne lit-il pas tirer le canon du château Saint-Ange en
(i) lîcllarmin, V. plus haut.
(2) Suarez, né à Grenade 1548, mort lui; ; thûologien jûsuitc ; c'est celui qui essaya le plus d'expliquer l'assimilation de Dieu a l'homme dans tous les actes de la vie. 11 est nécessaire do le lire pour se former une idée c.\nrte de la politique de la .Société Jésus. V. Deschamps, l'/^ti Fr. Siiarcsii.
';) Molina, né à Cucnea, dans la Xouvclle-Castillc en 1535, mort en 1601. théologien jésuite qui chercha ;i concilier le libre-arbitre avec la prédestina tion. V. son traité De liberi arbitrii cii7ii ^ratiœ doiiis conçût dia.
[4) Alariana, célèbre jésuite, né à Tal.ivera dans la province de Tolède en '.ï.57i mort en 1024. C'est à lui qu'on doit le fameux traité De ivs'' t'i /'fg:'^ insiUuiionc qui est le code du réi,'icide et auquel fut dû, très probablcmeiu. l'assasinat d'Henri IV, car il est louable de tuer un prince qui nuit à la ri'li(;ion de son pays. Il est bon de consulter aussi ses Scolics ou notes sur la f'iible et ses Di't'niits du f^oii^Tiuniinif ifr fa SonV/r de jri's//t
CATtCHISMi: Dr f.UîRL-l'ENSÈLll 189
honneur de l'insigiie massacre du protestant Colignv ! In autre pape, dans une allocution solennelle, ne j^lolia-t-il pas l'assassinat du roi de France Hciiri 111. ans un langage l}r!que emprunté aux prophètes, : n'éleva- t-il pas le meurtrier bien au-dessus de
Lldith (1 1 1 i<
l'Ali iiAl'l'OKI A l/KI.EC'nON.
(). — Qu'est-ce que réieclion f
H. — La façon dont on devient lelu de LVlu dans ; royaume du ciel.
Q. — "i' a-t-il beaucoup d'élus ;f
K. — Non, car au dire des plus grande sainis à eine si une àmc sur dix mille est sauvée.
Q- — (Quelles sont les âmes qui sont sauvées (
II. — • Celles, d'après le christianisme primitif, que lieu a choisies de toute éternité (2).
I \'. ^lacaul.iy, //l'if. d Aiig/cttiie.
Quand La nouvelle du massacre des protestants ^1572; arriva a Rome, rcsoirc XIII étant pape (mai 1572-1585) on fit beaucoup de fêtes et de pru issions, on frappa des médaillcs,cton écrivit plusieurs apologies du massacre '. Capilupi, Stiatii^cine de Charles IX cent, les Iliigiicttois rebelles, et avila, HisL des s"cr. ci'\ de FrJ. Le roi d'Espagne Philippe IT no tarit is aussi d'éloges pour Charles IX quoique le duc d'Albc et lui se trouvassent ricux de le voir plus catholique qu'cus-mêracs.
« 11 y eut des fêtes ù Rome et une franche gaieté. " dit ilichelct. « Le pape lant.i un Te dcmact envoya a son fils Charles IX la rose d'or. » Quand Jacques Clément eutassasiné Henri III à Saint-Cloud, et eut été tué i-ménic aussitôt, le pape Clément VIII '1592-1605) compara la mort de issassin à la passion du .Sauveur.
(2 y . la ijrcmiérc section de la rclisieii
oo CATECHISMi: Dl I .I1'.KI;-1»ENS};L"R
Q. - Le cliristianismc moderne n"cinend-il pa: rélcctioii de la niènie laçon ?
]{. — Non, parce qu'on b'ebt aperçu un jour qui la doctrine de la prédestination était contraire l'extension de TKglise. On en arrivait latalcment à ni pas se préoccuper de son salut puisque, si on devait''' être sauvé, tous les efforts ne pouvaient empêcher qu'on ne le l'ut, et que, si on ne devait pas l'être, toutes les vertus ne pouvaient vous faire entrer dans le royaume du ciel. On comprit qu'on devait laisser plus de latitude à l'action humaine, sans cependant la livrer entièrement à elle-même. II lallait entrcidans la même voie que la Uélornie en évitant! les inconvénients qu'elle avait produits, J.a Réformcf l'ut un proL^rès immense en ce sens quelle reconnut qu'en nous il v avait un homme; elle donna l'ivcriturc pour unique règle de toi et laissa à chacun Ici droit de lexpliqucr à sa manière; mais cela créa une; foule de sectes que le despotisme romain avait à cœu! d'éviter, et c'est alors que les Jésuites, avec ce caractère! pratique i[ui les distingue, innovèrent, en 15S8, hi théorie de Molina 'T'. dans laquelle le libre-arbitre se trouve remplacé par la i^ràcc siij/i^ianlc qui donne le pouvoir de faire le bien, mais n'est ]xis suivie d'effet, et la grdcc cjjicace qui est suivie d'elfet et pa) laquelle on exécute ce que Dieu exige de nous. Celte
j^ Molina. \ . plus haut.
CATECHISME 1>U El URE-l'ENSiXR KM
t'iK-oric qui n'csl que supcrliciclle contient la même immoralilc que la théorie de l'élection de Paul (i) puisqu'il y a toujours une yràce spéciale qui divise riiumanite en élus et en non-elus, et que Dieu, dans sa méchanceté inlinie, na créé la plupart des hommes qu'uniqucmement pour leur malheur, mais elle a sufli pour échalauder le système qui, retenant les fidèles au sein de TEglise, tend à leur faire croire que les pratiques religieuses su (lisent pour assurer leur salut (2), quand il n y au fond que damnation, oui. damnation partout et toujours, damnation éternelle.
i) V. plus liaut-
[2] Cette théorie de la grâce qui l'aiiiicUc Orlj^éiic est contraire ;m véritable esprit ilu christianisme, n L'homme naturel " écrit Pascal « en qui ne s'est pas lait l'opération de la grâce, est tellement condamné aux ténèbres qu'il ne peut même s'assurer où est la lumière, ni si la religion qui la lui offre la liosscde ou effet. !M.iis voici un autre moment ; cette prâce puissante ayant aî{i, tout change : je vois, je sais, je crui.s.Xous sommes assurés de Dieu et par lui de tout le reste. " Et Pascal entend ici parler de la Rrâcc d'en haut, de la seule, qui n'appartient qu'à, celui que Dieu a marqué du sceau de son élection, et il combat à outrance les subtiles distinctions des jésuites qui changent tout l'esprit de la religion et font la loi à. Dieu même. Pascal entre en plein dans la grande querelle des jansénistes contre les molinistes ; il est ;ivec Corneille Janssens (Jansénius) et Jean Duvcrgier de Haurannc qui •soutiennent la logique inexorable de .Saint Paul et de Saint Augustin. Les jésuites ont eu à sauver non la religion, ;:ifiis la soa'é/i: rcliginise et la tfomtiiniion impalc et ils se sont faits les éditeurs de I.a dévotion aisée et du salut facile. Le cardin;il Gousset aura beau s'écrier que la prédestination est conservée, et qu'il n'y a que ceux qui sont marqués du sceau do Dieu qui peuvent être sauvés, les fidèles na l'écouteront pas et continueront à .arranger leurs actions et leur volonté de façon à acquérir par des dévotions à leur guise une vie éternelle qu'ils ne comprennent pas. La religion chrétienne, organisée comme elle est, est celle qui rapporte de l'argc^nt aux prêtres, ceux-ci soutiendront toujours qu'elle est la bonne et la véri'.able, et tant qu'il y aura dos im bécilcs sur terre.on en trouvera pour gagner !<• ]<.nri(l'« nn'vcnn.uit tiujince^.