‹ Catechisme du libre-penseurChapitre 24 sur 34 · DISCOURS SUR LA RELIGIUN · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA RELIGIUN

Q. — Résumez vos opinions sur l'Église.

R. — Tout ce que la religion chrétienne nous présente comme des principes de morale pure ne lui appartient pas et tout ce qui lui appartient est dépourvu de caractère moral, ce qui' s'explique aisément puisque la moralité a sa source dans cette nature de l'homme que la religion a en horreur, qu'elle abaisse autant quelle peut et avilit, et dont elle condamne toutes les manifestations pour se jeter dans un divinisme qui n'olïre pas lui-même les caractères moraux qu'exigerait un grand régulateur de rUnivers.

Le mépris de la femme, la polygamie, l'inceste même, sont les tristes héritages de préceptes contre

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le mariage; aussi bien ces préceptes constituent-ils une négation de l'amour pour reniant, le plus pur et le plus saint de tous les êtres et celui qui a le plus de droits à notre alVection.

Refuser de reconnaître la lamillc, c'est d'avance condamner la Société qui n'est qu'une famille étendue ; et la Société n'ayant pas d'existence reconnue, le travail qui doit la faire vivre est inutile et dédaigné. Par suite, ce que produit le travail : la propriété, la civilisation, le progrès toujours laborieusement obtenu, sont l'objet d'une condamnation générale.

Kt qui se permet de condamner ? IJn clergé qui lui-même n'a pas ce caractère de pureté absolue qu'on exige de ceux qui s'arrogent un droit supérieur de censure slu" les choses humaines, et qui agit en vertu d'une raison divine non pas si péremptoirement établie qu'il puisse s'en prévaloir pour condamner la raison humaine aujourd'hui triomphante.

C'est elle, c'est cette raison humaine, qui déclare immorale cette doctrine du salut à l'aide de laquelle on exige de nous, avec la plus grande intolérance, une obéissance aveugle, passive ; et nous nous refusons à subir une loi li'esclavage, à nous attacher, comme des seris à la glèbe, sans aucun sentiment de révolte, même au tond de notre cœur, à une religion qui, incapable de contenter

notre raison sur ccuc terre et ne nous donnant pas les hautes idées de moralité qu'on trouve chez les philosophes de l'antiquité et chez les écrivains modernes, ne nous assure pas non plus, k tous également, une vie luture excellente, et ménage pour quelques seuls . privilégiés Tefficacité de la grâce divine.

Nous n'avons ni à admettre la fatalité, ni à chercher à annihiler une conscience que nous sentons libre de toute volonté supérieure. Nous savons par nous-mêmes Juger du vrai et du faux, du juste et de Tin juste, du beau et du laid. Nous n'acceptons pas la sujétion à un Dieu avec lequel nous aurions à débattre comme avec un marchand de haillons les conditions de notre salut ; nous nous refusons à subir le livre du destin, à dire : u je résigne à Dieu ma vie, mes plaisirs présents, sous condition d'en recevoir en échange une vie de plaisirs futurs qui valent inliniment mieux (i). » Nous sommes d autant plus tranquilles

; i) V. Diderot, as. sur la moi: ci la lert/i.

Diderot naquit à Langrcs, en 171 j d'un père ([ui était couti'licr. C'est avec Voltaire Tesprit le plus fécond du XVHI' siècle, et il a, de plus que Voltaire, une grande largesse d'idées, une franchise à toute épreuve et un tempérament plein d'activité et de courage. En même temps, il fut mathématicien, philosophe, littérateur, critique, artiste. Grimm a dit de lui : « C'était la tête la plus encyclopédique qui put exister. » Dés le collège des jésuites, dès le collège d'Harcourt, il montre les dispositions les plus favorables pour l'étude. " Ce qui étonne » dit Xaigcon dans sa notice sur Diderot (éd. lîrièro) " c'est qu'il fut entraîné toute sa vie par un penchant presqu'invinciblc vers la géométrie et les sciences exactes. '> Ne voulant pas choisir un état, ou plutôt dégoûté de ceux qu'il prennit, il .se livra uniquement â sa iiassioii d'écrire et fut très longtemps rllisérable, tnais il ne perdit jamais sa confiance

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sur la vie future que, ainsi que le dit Bossuet,

en lui, l'ambition qu'on tire de la confiance en soi lui était naUircllo. i..i lutte contre les nécessités de l'existence et le pouvoir des rois le grandit vite. A trente ans, il n'avait encore rien public lorsqu'il fit paraître les Pensées Philosophiques qui furent condamnées au feu par le Parlement, et sa lettie sur les aveugles où il posa la doctrine de l'athéisme matérialiste, ce qui le fit jeter pour trois ans au donjon do Vinccnncs. Génie persévérant et courageux ce fut entièrement à lui qu'on dut cette Encyclopédie (A) du XVIII" siècle qui contient dans ses pages toute la Révolution française, et dont il poursuivit et surveilla lî travail durant trente années. Tous les articles de ce premier vaste recueil sont à lire, à consulter. Ce travail gigantesque ne l'empêcha pas de publier des romans fameux : Jacques le fataliste , f.a Religieuse, le A'eveu de Rameau, dans lesquels on reconnaît sans peine, quoi qu'on en ait pu dire, le caractère élevé et moral de sa littérature.

Il répandit son encre à flots ; pour ses amis, pour ses ennemis, pour les ga:,ettes, celle de Renaudot, le wercurc, les nouvelles îi la vtain, les tiouvelles de la République des lettres, la bibliothèque impartiale, etc., sa plume fut toujours en mouvement. En philosophie, il a été le chef du matérialisme du XVIII" siècle et son teuvre eut une influence politique énorme, car l'Encyclopédie plus encore que J.-J. Rousseau et Voltaire, donna le branle à la Révolution Française (V. les principes de la politique des Souverains cl l'essai sur les règnes de Claude et de h'éroii]. Il se montra toujours un adversaire redoutable de la monarchie de droit divin, despotique et funeste, établie en France. On lit dans les pensées philosophiques ; « Il me semble qu'on a confondu les idées de Père avec celles de roi. Peuples, ne permette/, pas a vos prétendus maîtres de faire même le bien contre votre volonté. I,a véritable notion de l.i propriété, entraînant le droit d'us et d'abus, jamais un homme ne iicut être la propriété d'un souverain. >' C'est contre les tyrans qu'il faisait cette pièce de vers, les Eleutheromanes ou les furieux de la liberté, dans laquelle.après avoir demandé aux rois en vertu de quel pacte ils régnaient sur le peuple, il disait que l'homme n'a jamais .< franchement sacrifié ses droits, » et que :

S'il osait de son cieur n'écouter que la voix

Il nous dirait ainsi que fait l'hôte des bois :

•' La nature n'a fait ni serviteur, ni maître.

Je ne veux ni donner, ni recevoir de lois. »

Et SCS mains ourdiraient les entrailles du pniie

A défaut d'un cordon pour étrangler les jvis.

Ces deux derniers vers sont restés presqu'aussi célèbres que celui qui les a faits.

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