‹ Catechisme du libre-penseurChapitre 25 sur 34 · V. le grand dictionnaire encyclopédique de Larousse · texte numérisé non relu

V. le grand dictionnaire encyclopédique de Larousse

(A.) Dans l'Encyclopédie ce ne fut pas Didcrcit qui eut les oiïinions les plus accentuées, mais le baron d'Holbach et Naigeon qui professaient énergiqiiemcnt l'athéisme. Naigeon disait que « la croyance en Dieu est une Invention du clergé pour faire venir dans sa poche l'argent des autres. »

les prêtres lorsqu'ils parlent des esprits ne savent pas trop ce qu'ils en disent. Nous ne pouvons accepter comme loi unique : u le Seigneur a dit ; » enfin, notre foi en Dieu n'est ni complète, ni irre'fragable, car u si nous tenions à Dieu par l'entremise d'un foi vive, si nous tenions à Dieu par lui, non par nous ; si nous avions un jour et un fondement divin, les occasions humaines n'auraient le pouvoir de nous ébranler comme elles ont ; notre fort ne serait pas pour se rendre à une si faible batterie ; l'amour de la nouvelleté, la contrainte des Princes, la bonne fortune d'un parti, le changement téméraire et fortuit de nos opinions, n'auraient pas la force de secouer et altérer notre croyance : nous ne la laisserions pas troubler à la merci d'un nouvel argument, et à la persuasion, non pas de toute la rhétorique qui fut oncques, mais nous soutiendrions ces flots d'une fermeté inflexible et immobile. Si ce rayon de la divinité nous touchait aucunement, il y paraîtrait partout (i).» C'est ce rayon, c'est cette preuve tangible, c'est

(i) V. Montaigne, /issnù. Montaigne, pliilosoplie franeais, ne en is.iô, mort en 1592. Élevé par son père dans la connaissance presque exclusive des auteurs latins, il montra dans la langue française qui se formait alors (François I" venait de l'introduire dans les actes publics) une supériorité qu'il n'a point perdue. Avec son ami La Koétie, il publia le traite de /a Sei-zntitde volontaire. Ksprit mélancolique, ce fut pour se distraire que, retiré dans son château, il écrivit ses Essai'i dans lesquels il ne croit guère qu'à l'amitié humaine cl se montre fort sceptique sur tout le reste, cninme i;én<'ralenient ceux qui m- sacrifient qu'a la droite raison.

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ce miracle qui nous manque. Une illusion d'optique intellectuelle, provenant de cette faculté de ridéal, de cette imagination, qui, mal dirigée, fait tant de mal à l'humanité, a transporté l'homme hors de lui, dans un être créé par lui, à sa ressemblance, dont il a fait l'objet de son culte et qu'il a doué de toutes les facultés qui lui sont propres, mais qu'il a étendues jusqu'à l'impossible. Le fantoche créé, l'homme s'est imaginé avoir été créé par le fantoche. Placé en face de ce grand problème, le monde et lui, il a eu recours à une hypothèse pour se l'expliquer.

La Terre avait peuplé le Ciel, elle se dit que c'était le Ciel qui l'avait peuplée. De l'hypothèse déiste ont découlé les religions, et le christianisme n'a été, comme les autres inventions, qu'œuvre humaine ; seulement, il n'a apporté dans le monde, en religion comme en morale, aucune vérité nouvelle. Considéré comme une fiction, le christianisme n'est qu'une théorie panthéistique ; considéré à la lettre c'est un monothéisme devenu un polythéisme anthropomorphiste, et subissant absolument la même décadence que le polythéisme romain avec cette différence que le catholicisme possède une force d'organisation et de discipline elTrayante à . considérer, mais qui ne saurait le faire vivre plus de trois cents ans après Voltaire, de même que le polythéisme romain ne vécut i\\\c trois cent ans après (jcéi'oii.

CATKGHISME Di: l.lhl<lMn:NSEUR 199

Si Ton considère le christianisme comme religion sociale, on doit admettre que ses résultats ont été désastreux, qu'ils ont reculé la civilisation de près de quinze siècles.

L'auteur du genre humain ne Ta créé que pour le prendre en haine. Il regarde l'humanité comme une masse de perdition vouée à des supplices atroces et éternels. Tous, nous ne venons au monde un moment qu'alin d'aller 'orCiler éierncllement dans l'enfer: nous menons, selon T'expression de Pascal <* cette \ie du chrétien qui e^t un sacrifice continuel qu'achève la mort, (i) » pour ilnir par la damnation. Non pas que nous so\ons exactement tous damnés, mais les quelques êtres que Dieu a marqués constituent une rare exception parmi la multitude des hommes. C'est pour ces êtres que Dieu a accepté la rançon de son propre Fils. Tous les hommes sont appelés aux mérites de ce divin sacrifice mais par une duperie étonnante il ne profite qu'aux seuls prédestinés.

Le sacrilice de la croix eti'acc dans celui qui a la foi et qui a reçu le baptême, la souillure du péché originel, mais il n'eflace pas les suites de ce péché. Le chrétien reste soumis à la triple concupiscence, aux misères de la vie, à la mort. Le chrétien doit renoncer à sa nature, à sa vie ; il doit être, quoique

it Platon a ilit : .< 'l'oiitp la \ip ilii l'iiilnsnplif n'est qu'un approntissaso di' la mort. » .

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vivant, mort à tout et surtout à lui-même ; il doit dépouiller l'antique Adam et revêtir le nouveau Jésus, s'il veut ressusciter avec Dieu, s'il est prédestiné.

Oui, le chrétien doit mourir dans son corps et dans son âme. Dans son corps en mortifiant sa chair par la virginité, l'abstinence, la pénitence (r), le

(i) C'est peut-être ici le lieu de dire un mot de la confession. Ouvrons le tUdionnatre philosophique do Voltaire: « Le repentir de ses fautes '> dit-il ■. peut seul tenir lieu d'innocence. Pour paraître s'en repentir, il faut commencer par les avouer. La confession est donc presque aussi ancienne que la société civile. » Après avoir rappelé que la confession existait dans les mystères, d'Egypte, de Grèce, de Saraothrace, qu'on lit,danslaviedeMarc-Aurèlc, que lorsqu'il voulut se faire initier aux mystères d'Eleusis il se confessa à l'hiérophante, et que les chrétiens la prirent des rites juifs, il ajoute : « Du temps de Constantin on confessa d'abord publiquement ses fautes publiques. Au V°slècle, après le schisme de Novatus et de Novatien,on|établit des pénitenciers pour absoudre ceux qui étaient tombés dans l'idolâtrie... On prétend que la confession auriculaire ne commença en Occident que vers le VII' siècle... "

La confession telle qu'elle so pratique aujourd'hui n'a toutefois d'existence véritablement canonique qu'à partir du Concile de Latran tenu en 1215. Le jiape Innocent III la consacra. V. La confession, à.e.'^loxKw.

Quant à ses bienfaits?... Reprenons d'abord Voltaire:" Le bien que la confession fait est d'avoir, quelquefois, obtenu des restitutions de petits voleurs. Le mal est d'avoir quelquefois, dans les troubles des Etats, forcé les pénitents à être rebelles et sanguinaires en conscience .. Ce remède salutaire se tourna de tout temps en poison. Les assassins des Sforze, des JMédicis, des princes d'Orange, des rois de France, se préparèrent au parridde par le sacrement de la confession. Louis XI, la Brinvillicrs, so confessaient dès qu'ils avaient commis un grand crime, et se confessaient souvent, comme les gour niands prennent médecine pour avoir plus d'appétit.- »

Voltaire cite des exemples qui prouvent que le secret de la confession n'est ;;uère tenu. (V. Dici. phi/, art. roti/.J. Mais consultons les Mhitoiirs du comte de Montlosier contre les jésuites clXapmii piifre qui firent tant de bruit sous la Restauration. On > lit : k La confession,telle que les apostoliques instituteurs l'ont entendue semble n'avoir eu pour objet que les larges fautes, crimes, on iipprochant du crime. Pour un grand plan de domination, cotte surface était trop réservée. Depuis longtemps et surtout depuis l'apparition des missions, des congrégations et des jésuites, elle s'est étendue, et bientôt, elle a tout cnv.ihi, elle est devenue l.l source d'une multitude d'abus: non seulement, comme je m'en suis assuré, dans tous les rapports directs du confesseur et du confessé, ciii les recherches, les investigations de fantaisie ou de curiosité, pour ne rien 'liri- fie phi^, sont devenues continues et intnlér.'ihles. mais encore, comme je

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jeûne, les macérations : dans son âme en mortifiant son intelligence par l'abstinence de la science, de l'art, par l'anéantissement de sa raison dans la foi, par sa croyance sans bornes dans les mystères. Il est l'esclave abruti du Seigneur (i).

L'homme n'étant que néant par lui-même est incapable d'accomplir aucun acte méritoire aux yeux de Dieu. On couronne dans lélu le mérite de sa foi. mais cette foi ne vient pas de lui, elle vient de Dieu qui a bien voulu la lui donner, d'où il s'ensuit que ce n'est pas l'homme qui est recompensé, mais Dieu qui se récompense lui-même.

La religion ne serait donc qu'une sorte de jeu

m"en suis assure aussi, dans les rapports de prêtre à prêtre. Ici, un jeune vicaire sous prétexte do s'instruire auprès do son curé, le curé lui-même auprès de son supérieur, au sujet do règles qu"il a à suivre en tel ou tel cas, étale tellement les détails de ces cas et les confidences qui lui sont faites, que dès ce moment l'intérieur d'une famille est à découvert.... D'après ces rapport.^ continus, soit des prêtres entre eus, soit avec leur supérieur au sujet des confessions qui leur sont faites, d'après toutes les questions que, dans les confessions ou hors des confessions, le prêtre se permet d'adresser aux domestiques sur la conduite de leurs maîtres, aux enfants sur la conduite de leurs parents, (in comprend le trouble qui doit en résulter dans la société. "

Par la confession poussée au point où elle est aujourd'hui, les actions les plus intimes, juiqti'à celles du lit conjugal, doivent être révélées au prêtre.

C'en est assez pour faire apprécier l'excellence de l'institution et l'auteur Je ce livre a vu, plus d'une fois, le sourire narquois d'un prêtre se promener du visage du mari â celui d'une malheureuse femme qui rougissait de pudeur offensée. Mais pour savoir au juste à quoi s'en tenir sur la confession, il sufiit amplement dclirelcs traités écrits sur ce sujet, traités destinés surtoutàguider les jeunes confesseurs danslcurs investigations et qu'on apprend au séminaire, dans le cours nommé diacoiw.le. \'.cntr'autres : Saint Liguori Theologia morales ; Piouvier, évêque du JNIans, Iiislil ni tories tkeologicœ ; Sœtler însecfitm tlccalogi prœcepfum prœlecliones ; le livre du R. P. Craisson nd itstirn confessarioruvi, en usage à St-Sulpice,etc.

!i C'est l'application du fameux Credo qin'a absiirdinn, je crois parcrque c'est absuj;de.

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indigne que la divinité se ferait des hommes, si elle ne servait à l'entretien d"un groupe considérable de sectaires. Ces sectaires exploitent, mais ils ne sont que l'instrument. Ku ellet, ce n'est pas le clergé uniquement qu'il faut accuser de conduire l'homme à une bestialité, à un anéantissement de la plus révoltante immoralité, c'est la religion elle-même, c'est rAncien,c est le Nouveau-Testament, ce sont les pères de l'Église tout autant que les papes et les Conciles, qui ont accompli cette belle œuvre.

Ne tenons donc jamais ce langage : la religion est une bonne chose en elle-même. ce sont les prêtres qui la gâtent. Non, les prêtres sont dans la logique de la religion. Tout ce qu'on peut exiger des prêtres, c'est un compte sévère de lein\s plus minces actions. On peut leur crier : « Ce loyer qu'on appelait l'Italie, NOUS l'avez éteiiU. (".e colosse qu'on appelait l'Kspagne, vous l'avez miné. L'une est en cendres, l'autre est en ruines. X'oilà ce que vous avez fait de deux grands peuples. Qu'est-ce que voulez l'aire de la France? (i) » et garer le gouvernement de la I'"rance de leurs grillés. ( )n peut les rompre, les mater. On peut les empêcher de . nuire, en les laisant surveiller de très-près par une police sévère, en empêchant toute entente entre les membres d'une association prodigieusement mallaisantc, en ileclarant

(i) V. 1 PS discours dcro <;('-nic iiironip:ir;il)li^ ilnns le vrrs. ];i prosi». ci In linrnlc, N'irtor Hii;,'<>

déchus des droits du citoyen, et, en conséquence, soumis aux lois sur les étrangers tout individu suspect d'obéissance à une autorité étrangère au pays sur le sol duquel il est né, en privant les prêtres du droit de possession collective ou même individuelle (i); maison ne saurait empêcher leur action dissolvante et pernicieuse sur les consciences, c'està-dire véritablement anéantir les prêtres, qucn les frappant dans leur sacerdoce même, c'est-à-dire en frappant la religion, car c'est la religion qui est nuisible, funeste, dans Jéhowah comme dans Jésus, dans le Pcntateuque comme dans les Evangiles.

Il faut prendre le mal dans sa racine et couper la racine. Le clergé forme les branches et les feuilles chargées de répandre le poison contenu dans le tronc, que le tronc s'abatte donc et les branches et les feuilles se dessécheront.

Toute tentative de conciliation est désormais impossible. Ce qu'il y avait à faire en ce sens a élc

fi) Trois principes existent aujourd'hui dans le, esprits libéraux : i° l'abolition de la mainmorte (condition des biens des corps ecclésiastiques qui sont inaliénables et ne sont point soumis aux droits de mutation], ce qui rendrait aux peuples les grands biens que les moines détiennent et au fisc des rentrées précieuses; 2° l'obligation pour tous du service militaire, qui ne permettrait l)lus de voiler d'une robe noire des sentiments d'une bravoure douteuse ; ;," La suppression du budget des cultes qui laisserait le soin d'entretenir les prêtres à ceux qui en ont besoin, ce qui est de toute justice. li ne faut pas confondre ces mesures avec ce qu'on entend par la séparation de l'Eglise et de l'Ktat, conception par laquelle on professe l'indifférence absolue en matière de'religlon, ce qu'on pourrait faire au point de vue du dogme, mais non point en face de l'organisation cléricale ; loin de lui laisser une liberté sans entraves, loin de s'en détacher, l'Etat doit garder le clergé à sa discrétion, rester de plu-- m pliis ^rm m.iitif. et le soumettre ri;^-(iiin-us<-iiieiit :i s;i police.

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tente. Les jésuites ont fait leur possible pour accomodcr l'Eglise aux temps; des philosophes ont essavc une réconciliation de la nature et de la religion : les uns et les autres ont échoué dans leur folle entreprise. Saint Paul n'avait-il pas dit : <i La sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Prenez garde de raisonner, car si vous alliez démontrer la foi et paraître sage selon le monde, vous seriez perdu aux yeux de Dieu, n Les philosophes sont retournés à la science et les Jésuites en sont arrivés à l'Infaillibilité.

iMais les religions ont la vie dure. « Cette religion qui est faite pour extirper les vices : elle les ouvre, les nourrît, les incite (i) ; » on la voit en quelque sorte se survivre à elle-même par l'empire de l'habitude et de l'éducation (2). Le Christ est tombé en poussière (3). Les cieux sont vides (4).

Cependant, le christianisme clérical est debout, infaillible, avec tous ses dieux et toutes ses déesses branlants sur leur piédestal comme les 3ieux du

(l) V. Montai.sfiio, Essni's. I! ajoute- au même endroit : k Comparez vos mœurs ;"i un mahométan, à un païen, vous demeurerez toujours en dossouds. >■

,2) V. lîoutteville, /a nwr. de l'E^L et la tnor. naturelle, u Jl n'y a de rcliijion vivante que celle qui, en satisfaisant rintelligcncc autnnt que ie lœiir, s'empare de la volonté et possède l'homme tout entier. A ce titre, je n'hésite pas à le dire, le christianisme n'existe plus. ■'

(,l) T.a gloire est morte, O Christ ! et sur nos croix d'ébènc Ton cadavre céleste en poussière est tombé, a écrit Alfred de JMusset.

'4> Dans CCS vastes hauteurs oii mon a-il s'est porté Je n'ai rien découvert que doute et vanité. .1 écrit Lamartine.

CATÉCHISME 1)L: IJbRK-PENSELK

paganisme sous Thcodose (i), et le mal continue, car (( il n'est pas toujours sur » comme le dit Benjamin Constant (2) u que telle religion lasse du bien pendant qu'on y croit, mais il est toujours sûr que toute religion lait du mal quand on n'y croit pas ; » et « rinflucnce des icje'es religieuses, » dit A. Comte (3) (( même supposées strictement et constamment re'duites 'à leur moindre développement, constitue aujourd'hui chez les peuples les plus a\anccs, le principal obstacle aux grands projets de l'intelligence humaine et aux perfectionnements ge'neraux de l'organisation sociale.» Il faut donc que. d'une façon définitive, il soit rompu avec la loi chrétienne : c'est une chose laite.

'i) Théodoso, V. les notL'S.

2} Benjamin Constant de Rebecque, publiciste et orateur, né à Lausanne le 25 Octobre 1707 mort 1830. V. t/e la Religion coiisidcrèe dans sa caiisr, dans SCS formes et ses développeincnts et ses inilanges littéraires et politiques.

3! Auguste Comte, fondateur de l'Ecole positiviste, né â ilontpcllier en 1798, mort en 1857. Mathématicien et philosophe. Eut une vie assez irrégulii rr rt ne fut pas toujours lieureux dans ses vues, notamment lorsqu'il voulait réduire nos études astronomiques à notre système planétaire. Voici ce iiur I.ittré a dit de lui : « ^I. Comte fut illuminé des raj'ons du génie. Celui qui, .1 l'issue de la mêlée confuse du XVIII" siècle, apereut, au commencement du XIX% le point fictif ou subjectif qui est inhérent à toute théologie, et à toute métaphysique; celui qui forma le isrojct et vit la possibilité d'éliminer cpoint, dont le désaccord avec les spéculations réelles, est la grande difficulté du temps présent ; celui qui reconnut que, pour parvenir à cette élimination, il fallait d'abord trouver la loi dynamique de l'histoire et la trouva; celui qui, devenu par cette immense découverte maître de tout le domaine du sa\oir pensa que la sûre et féconde méthode des sciences particulières pouvait se généraliser et la généralisa ; eniin celui qui, du même coup comprenant l'indissoluble liaison avec l'ordre .social, d'une philosophie qui embrassait tout, entrevit le premier les bases du gouvernement rationel de Ihumanité ; celui-là, dis-je, mérite une place et une grande place, à côté des plus illustres coopératcurs de cette vaste évolution qui entraîna le passé et entraînera l'avenir. » ^^ Politiqtœ positive, cours de philosophie poiiiivc. calendrier positiviste.

>0() CATliCHiSMl-: DU 1.1 BllL-l'ENSEL R

mais il laut la parhiiic. Sur ce point catholiques et protestants, Jansénistes et molinistes sont d'accord. En voici des preuves: Schleicrmaker (i),un luthérien, écrit : « Les progrès immenses qu'ont fait depuis quelques temps les sciences naturelles m'inspirent les craintes les plus vives, je ne dirai pas pour la théologie, mais pour le christianisme lui-même ; » l'abbc V. N. Saleur (2) : « Une partie de la société nous hait, sur l'autre nous avons peu d'ascendant ; » F. Huet {■}) '• « La Société pour la première lois, pratiquement du moins, menace de tomber dans l'athéisme ; )) Lacordaire (4) : « La raison des hommes dEtat. la raison des hommes de génie, la raison populaire, se sont élevées contre la doctrine catholique et la repoussent aujourdhui de cov.vention (5), »

(l) Sclileicnnakor, uiiîdcs cbcts de l'école catholique de Mmiicli.

'2) Saleur. - Xoiis n'avons pu contrôler cette citation empruntée aux travaux de Boutteville.

(ji F. Huct, V. Discours sur Iti riformation de la philosophie an A'/A'* siècle; le rigne social du christianisme et essais sur la réforme catholique ;en collaboration avec Bordas-Dumoulin'.

(; Lacordaire, dominicain et prédicateur tranrais, né 12 mai if)02, mort i8(3i. Il rcnonea à la carrière d'avocat pour entrer à Saint Sulpice. Il fut l'anli de Lamennais et rassocia à cette tentative appelée catholicisme libéral dans laquelle se trouvait Montalembcrt. n prit partit la rédaction du jour iial V Avenir qui fut condamné par Rome le i8 septembre 1832 dans u:ie encj-clique célèbre qui condamnait aussi l'idée de la régénération do l'Eglise, la liberté de conscience, la liberté. de la presse, le droit d'insurrection, thèses (|uc soutenait ce journal. La parole de Lacordaire était brillante, mais son .•ir;;umentation était faible. Il finit par se rapatrier entièrement avec Rome. \'. ses coftjëreuccs, et ses cous idé rations philosophiques sur le systêtnc de M. de Lamennais .

(s! ÎJaniel Stcrn (madame d'Agout', a écrit fJisquiises moralri'. « L'Iiglise tatholique règne encore, non assurément sur l'esprit et le cœur de la société Iran^-aisc, mais sur ses habitudes, et, là où les principes sont si faibles et

CATKCHISM]-; Dr r.lI',Ri:-Pi:NSEUR 20-

Abandoniions donc complètement la religion et rcfugions-noLis dans la PHILOSOPHIE, produit de toute raison et source de toute morale, u O philosophie, seule capable de nous guider à travers la vie ! Toi qui enseigne la vertu et qui dompte le vice, que serions-

k's passions si mobiles, tommandor aux habitudes, n'est ce pas en réalité commander â rcxistcnce ;• •>

C'est toujours la même cliosc ù la fin des religions. >• Il y avait,'» ditV.Duruy, en parlant de Rome « ce qui se voit souvent, beaucoup de religiosité et peu de religion. Chose remarquable ! dans les deux cent quarante-sept lettres dcPlincle- Jeune, il n'est pas une seule fois question des dieux. La religion, en tant qu'influence morale, n'existe pas pour lui. 11 achètera bien une statue pour en décorer une place à Cômc, il relèvera près de ses domaines un sanctuaire écroulé ; il bâtira un temple a Tifernum pour faire montre de sa munificence ; mais du gouvernement du monde par les dieux, du rôle de la religion dans la vie,il jic prendra nul souci. 11 croit aux belles-lettres, à l'honneur, â la probité, à toutes les vertus civiques, et laisse les immortels végéter dans l'Olympe. Il ne les discute point en philosophe, il ne les honore point en croyant. Pour lui, ils sont comme s'ils n'étaient pas, à moins qu'il n'ait (juclques fonctions publiques â remplir, parceque, dans ce cas, ils font partie du cérémonial traditionnel. " V. ^^ Duruy, liist. vont. — V. aussi la Religion iviii. au ti'iiipi des Aiifûtiius, par Gaston lioissier.

Xous ne saurions mieux définir l'état de conscience de la généralité des personnes qu'en reproduisant un quatrain qui parut dans les A'ouzr/tcs de i'û!a',c de /a /ioisipu et qu\ est dû, probablement, à son principal collaborateur, le poëtc Morgier r688-i726} :

Je donne a loubli le passé) Le présent à l'indifîérencci lit, pour être débarrassé.

L'avenir â la providence.

Rappelons encore \'argn?iieut du pari qui est dévenu si célèbre dans l^ascal et que Platon avait tenu avant lui. Ce dernier fait dire à Socratc qu'il croit fermement à la vie future, et il ajoute : « Si ce que je dis là est vérité, j'ai donc bien fait de le croire. .Si, au contraire, je n'ai rien à attendre .•iprèsmamort,je gagnerai d'avoir pu.pcndant ce (ju'il me reste de temps avant que do mourir, ne pas ennuyer ceux qui m'entourent de mes plaintes.. 'Je ii:e risijne volontiers sur eette croyance, car c'est uti beau 7 isçue à cou ri/: •' C'est bien là le raisonnement du monde, mais il est temps qu'il entre dans la Voie de la vérité et ne vive plus d'indifférence ou de chimères.

2b8 CATÉCHISME DU LlBRE-PENSEUk

nous sans toi, nous et tous les hommes? C'est toi qui as enfanté les villes en inspirant aux hommes épars l'amour de la société; c'est toi qiii leur as fait rapprocher leurs demeures, contracter des unions saintes, inventer une langue et une e'criture communes. C'est toi qui as dicte' les lois, tbrmé les moeurs, civilisé les peuples. Ta puissance nous donne la tranquillité de la vie et nous ôtc de la terreur de la mort (i). »

IIN DE LA DELXIEME PARTIK

(i) V. Ciccron, Tii^cn/aties.

Ne Séparons iioint la philosoi^liic- de la nature Inimaiiic, et n'allons pas croire qu'on ne peut être sage que si l'on est ascctc et si l'on vit sans i)assions, <lans l'inertie. Les passions de l'homme lui sont le guide le plus siir et le plus fidèle, c'est par elles qu'il apprend à se servir de toutes les richesses de son coeur et à répandre les lumières de sa raison. C'est par l'amour qu'il peut sentir, comprendre, c'est sur l'amour qu'il doit méditer, c'est par l'amour qu'il étend son individu à l'humanité toute entière. Que la raison tempère la violence do la nature, rien de mieux, si la nature est violente, mais que les passions ouvrent à la raison toutes les portes de la morale, de la science. de la beauté et de l'amour. V. la dernière partie de cet ouvrage.

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