‹ Catechisme du libre-penseurChapitre 6 sur 34 · DU PANTHÉISME · texte numérisé non relu

DU PANTHÉISME

Q.. — Qu'est-ce que le PANTHÉISME?

R. — Le Panthéisme (î) est la confusion de la Nature avec Dieu.

Q. — Confondre Dieu avec la Nature, n"cst-cc j^oint une doctrine que la révélation (2) a détruite ?

R. — La révélation ne se prouvant pas ne se discute pas; c'est une chose qu'on admet, ou qu'on nie ; elle ne pouvait donc détruire ce qui se base sur des faits probants.

Q. — Les religions qui s'appuient sur la révélation sont-elles exemptes de panthéisme ^

R. — Non. Elles en sont entachées. Saint-Paul (3),

(ij Panfhcismc est un terme qui, si on en croit Littré, aurait été crée ver? 1700 par John ïoland, philosophe anglais. Ses ctymolosics sont Pan, et Pniit/tée, ligure réunissant les pouvoirs et les attributs des différentes divinités. — ■ V. les notes.

i'2; Révélation, c'est a dire directement apprise, la reiiKion (jue J>ieu a, de sa personne, dictée au.K hommes. L'autorité do la relision chrétienne est Iondée sur la révélation. Doctrine, principe, culte, enseigné par Dieu même.

Dans l'antiquité déjà il s'était trouvé quelques personnes qui prétendaient être en communication avec des dieux.

Dieu apparaît et parle au Sinaï. Son fils vient lui-même parler au.\ hommes.

Quand on dit la révélation, on entend la religion chrétienne ; quand on dit les trois révélations, on entend les trois religions qui s'appuient sur les instructions directes données par Dieu et qui appartiennent au mémo tronc : la judaïque, la chrétienne et la musulmane.

(.;) St-Paul : n En Dieu nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes. » V. la note .Sl-PauI.

rApocal}'psc, les livres ascétiques, sont pleins du nt'ant de la crcaturc en soi et du tout être divin.

Q. — Les pères de l'Eglise renferment-ils des passages que Ion puisse dire inspirés par les idées panthéistiqucs ?

R. — Oui. Il suffit d'ouvrir le premier livre venu des pères de l'Eglise, de lire les écrits de Bossuct (i) et de Fénélon (2), pour y trouver maints passages que Spinoza (3) eut signés.

Q. — Comment le panthéisme a-t-il pu transpirer à travers la révélation 'i

R. — Parceque la révélation est basée sur une loi aveugle et irraisonnablc, et que, du moment où on veut raisonner de Dieu, fut-il révélé, il faut entrer forcément dans le panthéisme.

(l'j Bossuct, V. plus loin.

(2) Fénclon, prélat Français, né en 1651, mort 1715. — V'. Kc/niaiion du système de MalebrancJie ■sur la. Xafiire ci la Ciàcc ; Explication dis îiiaxinws des Saints (ouvrage qui fut condamiiô par la Congrégation des cardinaux du Saint-Qfficcl ; et les lettres spirituelles.

(;,( Spinoza, ne le 24 Novembre 1C32 à Amsterdam, mort à La H.iyc en 1677. 11 était Israélite. Il rejeta bientôt les doctrines rabbiniqucs, et ses apt: tudes philosophiques jaillirent à la lecture de Descartes dont la méthode influence toutes les productions du philosophe batave. C'est d'accord avec ce maître qu'il présuppose que la substance est ce qui est en soi et ce qui est conru par soi (per snbstaiiiiam iutelligo id quod in se est et per se concipitui . Tout est substance, la substance revit des modes. Une loi éternelle lie ks modes à la substance, l'attribut et le mode se confondent, c'est la réalité, <:"est Dieu. Tout procède de Dieu, Dieu procède de Tout.

Séparer Dieu do la Nature, c'est séparer la cause de l'elTct. séparer l.i nature de Dieu, c'est séparer l'effet de la cause ; or, l'effet et la cause s'appartiennent, il n'y a point d'effet sans cause ni de cause sans effet. L'homme est un mode parfait de Dieu, l'entendement, la volonté, la conscience, sont des abstractions de la pensée de l'homme. Ce qui se détruit dans un corps est son étendue finie, mais le reste so conserve dans l'éternité. — Étudiez surtout Y Ethique et de l'Atiie.

Q. — Nous ne (levons donc pas aborder la discussion de la révélation?

R. — Non. Chacun est libre de croire ce qui lui convient (i); mais, nous, nous n'avons pas plus à nous attacher à la révélation qu'aux miracles, nous récartons, et, dans l'étude de Dieu, nous nous plaçons résolument dans le domaine panthéistiquc où la discussion est seule possible.

Q. — Nous retournons alors, purement et simplement, à l'antiquité grèco-romaine ?

R. — Non.

Q. — Etablissez-vous donc une diiierence entre le panthéisme ancien et le panthéisme moderne ?

R. — Oui.

Q. — Délinissez le panthéisme ancien.

R. — Voici la définition qui nous en est donnée par Pierre Leroux (2) et Jean Reynaud {3) : « 11 existe un être un, inconditionnel, absolu, nécessaire.

(i) Xous ne disons pas que toutes ks convictions commandent le respect, parccqu'il y en a qui ne sont pas du tout respectables. Il peut y avoir des personnes parfaitement convaincues qu'en tuer ou brûler d'autres qui ne pensent pas comme elles est une œuvre louable et sainte, c'est une conviction que nous no respectons pas. Et, parmi les croyances que nous respectons, nous devons encore faire une différence entre ce qu'elles sont et ccu.x qui les pra tiquent. Ce sont plutôt ceux qui les pratiquent que nous respectons parceque nous les plaignons comme des individus malades ou qu'un défaut de confor nuition empêche de suivre la droite raison.

(2'j Pierre Lerou.\, philosophe et économiste contemporain [né à Paris en 1708). \.dc l'humanitc.dc son principe ci daon avenir, et %cs arùcXc^

encyclopédiques.

(3) Jean Reynaud, philosophe français contemporain. — V. Ses articles dans X Encyclcpùdie nomcllc et autres recueils.

•^â CATÉCHISME DU LIBRE-PENSEUR

éternel et sans limites, qui est l'ctrc de tous les êtres qu'on peut imaginer ou comprendre. Ceux-ci peuvent être appelc-s les modes particuliers de 1 être universel; ils sont les produits de la force, les aspects de Tessence, les lormcs de la vie, de ce seul être sans nom en qui leur essence est relative et absolument fondée. ))

Q. — Comment entendez-vous aujourd hui le panthéisme ?

R. — Il est un tout, le tout des forces, le tout des êtres, le tout des formes, qui est Dieu; il ne donne pas, il reçoit; il ne constitue pas. il est constitue. Il n'est ni une force, ni une forme; par lui-même il n'est que néant. Il n'est pas plutôt tel objet que tel autre, mais l'ensemble des objets et des mondes dans l'infmi.

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