DES SECTES PHILOSOPHICO-SCIENTIFIQUES
O. — Le panthéisme est-il d'accord avec nos connaissances scientifiques ?
R. — Oui.
Q. — Il n'est cependant point admis par nos ileux principales sectes philosophiques, celle des positivistes et celle des matcrialisics'!
R. — H est vrai, mais c'est par exclusi\ismc de secte.
Q. -T- Expliquez-vous.
R. — Nous allons d abord prouver que les positivistes et les matérialistes sont, au fond, les mêmes.
Q. — De quel façon lentendez-vous?
R. — Cest-à-dire que la distinction qui existe cntr'eux est trop subtile pour qu'elle puisse nous empêcher de les eontondre.
Q. — Quelle est cette distinction.
R. — Voici : le positiviste dit : (( Le matérialiste (i) a tort (par exemple) cl affirmer que Dieu n'existe pas, je me contente de dire qvxQJe ncn sais rien, .le crois tout ce que croit le matérialiste, mais il est possible qu'il existe des choses que mon imagination ne conçoive pas et qu'on ne peut prouver, ou que mon imai^ination conçoit sans que cependant elle puisse se le prouver à elle-même. » Sur ce qu'il ne peut prouver, le positiviste (2) admet qu'on puisse avoir une loi,
fij Le matérialiste est celui (jui professe le ;/i(!rtv/(f/^i7«;', système philosophique Je ceux qui pensent (luc font est viatièrc et ijn'il n'y n point de subsianec. iininatérielle.
(2) rositiviste; de positif, sur quoi l'on peut compter, qui est assuré, constant. Le positiviste est celui qui professe \3. philosophie, positive, système philosophique émané de l'ensemble des sciences positives ; Auçrustc Comte en est le fondateur ; ce philosophe a employé particulièrement cette expression par opposition a philosophie théologique et a philosophie métaphysique. Le positivisme s'appuie sur des faits, sur l'expérience, sur des notions «/('.y/rv/wv, jiar opposition à. ce qui s'appuie sur des notions à priori.
Le positivisme trouve que le matérialisme est une erreur de logique parce que celui-ci cherche à expliquer certains phénomènes qui s'accomplissent d'après des lois particulières à l'aide des lois qui servent a relier entr'eux \ci, phénomènes d'un ordre plus général, ce qui est une sorte d'importation, d;ins une science plus complexe, des idées appartenant à une science moins compli quce. — V. I,ittré, dictionnaire.
34 CATÉCHISME DU I.lBRE-PENSELiR
une croyance, aussi sûre pour certains individus que la raison elle-même. La matérialiste n admet pas que cette foi puisse exister chez l'individu sain, il ne nie et ne peut nier son existence, mais il ne la considère que comme une alTection du cerveau qui de'tourne de certains objets la réflexion et le contrôle. Le matérialiste ne nie pas les cas pathologiques de l'organisme humain. Ses lois rentrent dans le domaine naturel ; dès que quelque iait se produit, il le contrôle par les lois de la nature, et nous ne pensons pas qu'alors qu'un tait se produit, les positivistes croient que cela peut-être par une loi quelconque absolument indépendante de la nature. Le matérialiste et le posiviste conviennent qu'une volonté en dehors de la nature suffirait pour troubler l'univers et en changer l'harmonie. Ils savent que les lois du monde sont régulières dans leurs variations mêmes. En conséquence, nous pensons que les positivistes et les matérialistes ne différent essentiellement que par le nom (i).
Q. — Comment s'accordent ils avec les panthéistes?
R. — Parceque positivistes, matérialistes et pan-
(i) '< Les matûrialiotL-s pensent iiuc la cause du iiiouJe s'explique par la matière ; nous positivistes nous ne savons rien de la cause du monde. Les panthéistes pensent que tout est Dieu ou que Dieu est dans tout ; nous positivistes nous n'en savons rien. Sans doute ces trois opinions ont des points de contact et de coïncidence ; mais le point de départ et la méthode différent. Or, différer par le point de départ et par la méthode emporte, dans les conséquences, des différences graves, nombreuses et qui ne cessent de se dcvclopjîer. •) Littré, Ictiir à l'iuitcur.
théistes se soumettent à cette loi suprême qui a nom la science.
Q.. — Comment le panthéiste rallie-t-il le positiviste et le matérialiste?
R. — En leur tenant ce raisonnement : « Votre suprême loi est la science? Oui; Trouvez-vous la science ou la placez-vous en dehors de la nature? Non ; Elle est donc dans la nature? Oui ; Elle fait, en consée]uence, corps avec la nature? Oui; Elle vous prouve lexistence des choses naturelles? Oui ; Connaissez-vous quelque chose qui soit ou puisse être en dehors de la nature? Non. Tout peut donc se résumer dans ce terme Nature, et vous êtes daccord avec les panthéistes. »
Q. — Peuvent-ils donc admettre que la Nature soit Dieu?
R. — Sans doute, car ce n'est plus qu'une allaire d'expression. Il suffit qu'ils aient la bonne volonté de prononcer Dieu aussi bien que Nature, en admettant la synonimie absolue entre ces deux mots (i).
(1) Nous connaissons trop combien lorsqu'on a son siège fait on Tabandonnc difficilement, pour croire que nous ramènerons au panthéisme ceux qui ont une autre philosophie. Xous ne faisons donc ici de syncrétisme (système qui consiste a fondre ensemble divers systèmes) que pour convaincre ceux qui sont avec nous qu'aucun n'est, plus qi:e nous, dans un chemin d'absolue certitude, que c'est même nous qui y sommes d'avantaj^c
•^6 CATÉCHISiVlE DL" LIBRE-PENSEUR