DE LAME
Q. — Qu'est-ce que l'âme?
R. — Rien (i).
Q. — Ce nest donc point une chose existant dans la nature?
R. — Non.
Q. — Qu'est-ce donc que la distinction entre l'âme et le corps?
R. — La distinction entre l'àmc et le corps est lin simple procéda analytique.
Q. — Qu'entcnd-on ^L-neralcmcnt par le mot âme ?
R. — On nomme âme la pensée indépendante de la matière.
Q. — Cette indépendance peut-elle exister?
R. — Non, puisque tout appartient à l'ordre matériel.
Q. — L'âme ne rentre donc pas dans Dieu qui est tout?
R. — Non, puisque Dieu n'est formé que de ce qui existe et que l'âme n'existe pas.
Q. — Est-il utile d'étudier l'âme?
R. — On ne peut étudier ce qui ne \se trouve
(i) Meus ctijtis que is est cuisine, dit Cicûion. Dicéarciuc, qui était
pcripatctLcicn, L-crivit, un pros livre contre l'ànic et démontra (]u'cilc n'était Iioint.
II nous semble que c'est Broussais qui disait : « J'ai toujours cherché, l'âme et ne l'ai iamais trouvée sous mon scalpel. »
CATf'lCHISME DU LIBRE-PENSEUR 37
pas. L'ctiuie de l'Ame, la psychologie, n'est pas une science spéciale, elle est au domaine de la physiologie, ou plutôt il n'y a de vrai que la phv siologie. Il y a trois mille ans L|u'Aristote a dit que Texamcn de Tàme était une partie de la philosophie de la nature.
Q. — Dans l'analyse, qu'entend-on par âme?
R. — La pensée ou intelligence,
Q. — La pensée cst-cllc matérielle.
R. — Oui.
Q. — Peut-on le prouver?
R. — Oui. Depuis les immortelles expériences de Flourcns (i) on sait qu'à la destruction de telle partie des hémisphères cérébraux correspond la suppression de telle faculté déterminée, comme la mémoire, les instincts, le raisonnement, sans que cette destruction abolisse cependant la vie, ni les sensations du toucher ou la puissance de la locomotion (2).
(i) Flourens, physiologiste français, né en 1794. Un de ses premiers travaux fut la déte}vnnation- des propriétés du système nei-veiix, on recherches physiqtics sitr rirritabilitè et la semibilité. Dans ce travail.qui fut l'objet d'un rapport de Cuvier en 1822, l'auteur tendait à prouver que le siège des sensations, des perceptions et des volitions pactes par lesquels la faculté de vouloir se détermine à quclcjuc chose) se trouve dans les lobes cérébraux et que la coordination régulière des mouvements dépend du cervelet. Il publia ensuite : Mémoire sur les fonctions spéciales des diverses parties gui composent la masse célébrale ; — Recherches sur les effets de la coexistence de la tèplétiûH de Vestomac avec les blessures de l'encéphale ; — Recherches physiques touchant raction déterminée ou spécifique de certaines subst,:nccs sur certaines parités du cei-veaii ; — dans ses expériences sur le système vej~jeux, il parvint à isoler les divers phénomènes de l'intelligence, des sensations et du mouvement, et à rnpporter chacun de ces phénomènes à l'organe dont il dépend.
[2] Il est utile d- lire aussi les travaux du savant .anglais Hcrb.M-t Spcncr
3i^ CATÉCHISME DU LIF.RE-PENSEUR
Dlî LA VIE FUTURE.
Q. — La matcrialitc de iamc entraînant sa négation, ny a-t-il point de vie future ?
R. — Non, l'àmc ne nous constituant plus une individualité indépendante et impérissable, il n'y a plus de vie future (i).
Q. — Expliquez-nous pourquoi ?
R. — Parceque la vie future, telle qu'on l'entend d'ordinaire, est la reconstitution complète de notre individu. L'âme conserve son jugement et ses souvenirs et autour d'elle vient se reformer le corps. Si l'âme périt en même temps que le corps, il n'y a plus de vie future.
sur la structure et les proprictés du systomc nerveux. — V. de ce physiologiste i'nitctt>les of biohn;y. — V. aussi les travaux ùt- \'an lîcnoden, professeur à Louvain.
La Jlettrie (dans Vhommc machine) avait vu ce que Magcndic, Flourena Claude Bernard, Vulpian, ont établi, c'est-a-dirc que les organes sont absolu ment indépendants de ce que, en nictaphysique, on nomme Vàmc.
(i) La conséquence immédiate de la croyance à la vie future, c'est le suicide Si iniiiotite immense, si des njjeciious terrestres n'attachaient pas l'homme à la terre, s'il croyait véritablement que tout le bonheur est dans la vie future et qu'il n'y en a point ici-bas, il se tuerait immédiatement. Dans l'antiquité, lorsque les philosophes voulurent enseigner la vie future, qu'arriva-t-il ? Après une lc(;on d'Hé.çésias sur l'immortalité, ses disciples se tuèrent a Cyrène ; après avoir lu le Phidon, Caton se tua ; les premiers chrétiens curent le suicide sacré. Les o martyrs », qu'on nous cite souvent en exemple, sont morts héroïquement parccqu'ils attendaient la vie future et parcoqu'ils étaient dans un milieu propre à les rendre héroùiues, dans une folie ou exaltation d'esprit semblable à celle des révolutionnaires qui tombent tous bravement sous les balles. On peut dire qu'aujourd'hui il n'y a plus guère d'homme possédant la foi religieuse car il n'y en a guère qui n'ait douté et du moment où il y a doute il n'y a plus foi. Aussi personne no se suicide-t-il pinir .-illcr jouir d'unie autn- vii-
CAT1':CHISMK DU LIBRK-PKNSEUR
Q, — Cette théorie de la résurrection complète de notre individu ne vous paraît-elle pas absurde ?
R. — Oui, cette théorie est absurde, car si on admet l'immortalité de Tàmc, on prolonge tous les ennuis qui ont pu l'accabler sur torre. à moins de lui enlever toute sensibilité ce qui devient odieux. Elle conserve le souvenir, ce qui peut amener les situations les plus désastreuses : un mari, qui, par exemple, aurait eu trois femmes et les retrouverait toutes trois (i). Au point de vue physique, on se demande ce que nous ferions de nos pieds si nous n'avions plus à lutter contre la pesanteur, de nos mains si nous n'avions rien à saisir, de nos intestins si nous n'avions rien à digérer?
O. — La récomposition des chairs ne paraît-elle pas également repoussante?
R. — Oui, quand on se demande de quelle façon il est possible de reconstituer ces lambeaux de chair dévorés par lies myriades de vers, tous les gaz. que nous avons fourni et qui ont été absorbés (2).
(i) Ceci no serait pnint un iiiconvcnicnt iiour un musulman, si le ciel avait Jes harems, mais pour un chrétien qui retrouverait des chrétiennes imbuoT iViJées monoï^araes, il y aurait là une félicité insupportable. L'Kglisc eut da déclarer qu'une seule et unique uni<m pouvait être contractée par l'homme durant sa vie, elle eut évité une grande objection à la vie future.
(2) Cette reconstitution physique est tellement répui^nantc que les anciens ne l'avaient point admise. Ils disaient que l'âme éiait ininxirtelle, mais non le corps. Pour rendre l'ànic immortelle ils l'immatérialisaient, mais seulement après la mort. C'est pour cela que les K.-îyptiens prolon;;eaient la durée des cadavres, afin que l'e.\istenc' de l'àme, liéeà celle du corps fut conservée et qu'elle ne p.assât pas si promptcmcnt ailleurs. Au contraire les Romains bridaient les cadavres afin i)ue l'âme, reprenant .;-i liberté, rentrât tout de suite dans la nature.
Q. — II n'y a donc point de vie future?
\{. — Non, il nV a pas de vie future, si ce n'est ijue nous continuons à vivre par nos œuvres. Ce que nous laissons de notre travail, ce que nous léguons de notre pensée, ce que nous semons de notre corps, ce qui s'incarne dans nos enfants après s'être incarné en nous : voilà la vie future (i).