VICES COMMUNS A TOUTES LES SOCIÉTÉS
D. Quels sont les principaux vices de la société?
R. Ce sont d'abord la misère et Vignorance qui s'engen* drent et s'entretiennent l'une par l'autre. L'homme dénué de tout, absorbé par le travail grossier qui le fait vivre, n'a ni le temps ni les moyens de s'instruire; et l'ignorant ne peut ni travailler avec assez de talent pour acquérir la richesse ni môme le plus souvent la conserver après l'avoir acquise.
D. Quelles sont les conséquences les plus directes de la misère et de l'ignorance?
R. Les plus inévitables sont la maladie et le vice. Sans une certaine richesse pas d'hygiène possil-le; sans hygiène
' pas de santé. Sans instruction et sans éducation, Thomme n'a qu'une moralité rudimentaire ; superstitieux, dupe de mille erreurs, il reste étranger aux jouissances de la science et de l'art. Ainsi la misère et l'ignorance sont la source de toutes les dégradations physiques et morales de l'espèce humaine.
D. Peut-on espérer de détruire l'une sans l'autre?
R. Non ; il faut attaquer ces deux fléaux en même temps. Cependant on obtiendrait de meilleurs résultats en détruisant la misère avant l'ignorance. Aussitôt que l'homme possède un certain bien-être, il aspire ordinairement à développer ses facultés intellectuelles. Il arrive au contraire assez souvent qu'un homme instruit ne peut s'affranchir de la misère.
D. Quel est donc le premier problème à résoudre?
R. C'est celui d'augmenter la richesse et d'universaliser l'instruction.
D. Outre la misère et Tignorance quels sont les autres fléaux de la société ?
R. Ce sont le mensonge, Voppression, le meurtre et la guerre, les intempéries outrées, les maladies provoquées, la cercle vicieux, Végoîsmê général et la duplicité d'action. On les a appelés fléaux lymbiques, voulant dire par là qu'ils sont propres aux sociétés en subversion.
D. Quelles sont les relations sociales les plus empreintes de mensonge ?
R. La dissimulation, l'hypocrisie, le mensonge et la fourberie se manifestent de mille manières. A chaque instant nous feignons d'avoir des sentiments qui ne sont pas les nôtres; un grand nombre de nos actes sont en opposi-
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tion avec nos convictions et contraires à la vérité. Rien n'est plus rare que la bonne foi» la sincérité, la franchise, parce que la pratique de ces vertus serait trop contraire à nos intérêts. Mais nulle part le mensonge ne s'observe sur une plus grande échelle que dans les transactions commerciales.
D. Qu'entendez-vous^ par Vopputesaionf
R. J'entends toute- domination^ illégitime d'un htfmiAe sur ses semblables. L'oppression* individuelle n'est* pas rare dans les rapports de la famille;>dBii8 ceux des maîtres et des domestiques, des patrons et des ouvriers. L'escla*vage en est la forme la plus odieuse. Le servage ne l'est guère moins et le prolétariat, esclavage indirect» soumet l'homme à des conditions économiques moins avilissaUtes, mais parfois aussi cruelles que le joug d'un maître inhumain. Quant à l'oppression' collective, elle résulte soit d'un gouvernement despotique, soit de la conquête et de l'asservissement d'un peuple par un autre.
D. Que doit-on penser du meurtre et de la guerre?
R. La guerre que les inventions de la science perfectionnent tous les jours, comme s'il s'agissait de Tart le plus utile, est le fléau le plus déshqnorant pour la raison humaine. Une société qui, comme la nôtre, se vante d'être civilisée et supérieure à toutes les autres, n'est encorei à vrai dire, sous ce rapport, qu'une barbarie raffinée. D'Un autre côté, si la guerre prouve que les peuples ne savent pas se gouverner vis-à-vis les uns des autres, l'homicide qui sous tant de formes sévit sur les individus, les rixes violentés, les voies de fait, les mauvais traitements ne prottrent pas moins la fausseté des principes sur lesquels
ht société tèposè et dont le plnis évidetft, cfôttiVrte nous ravôns déjà d?t, e^t î'èftiiàgotofertfe ^«s îlitérèts et tieà Ji^'S^ sions.
D. Est-ce cftt'en Voyant aiitotir de Ini la plupart des végétaux et des animaux rfe vivre qu'à la condition de jfe dé- Iruire les uns les autres, l'homme pefùt avolT l'espérance de faire un jour disparaître le îléau de la guerre?
R. ïl y aurait urie grande déraison à prendre ce qui se passe dans la vie deë'ptatïtes et des btutes ponr modèle de l'organisation sociale à créer. La conception du juste, la notion des drôttfe 'de là personne liumain(e, de «a liberté, de sa dignité, toutes choses étrangères à l'animal, en un mot, notre conscience autant qtïè noti'e raison nous garantissent un avenrr de paix et d'hartootoie sociale.
D. Qu'enténder-vous par intempéries outillées ^
R. J'entends celles qui résultent de la ctiitttre imparfaite du globe. D'immenses espaces sont inhabités et forment soit tfeis déserts nus et stériles, sort des forêts immenses, soit encore des marais infects. De ces conditions que l*homme cTévrait avoir modifiées 'depuis Itftigtemps, tésùltdnt des exèès de chattid etde froid, de sécheresse et d'humidité, des inondations liées au déboisement des montagnes , âux débordements des rivières non endiguées, etc.; sans-parler des orages, -grêles, etc., qu'une culture cottïplète et bien isn tendue rendrait moins fréquents, nïoins calamiteux, en modifîaht les conditions météorologiques du globe.
D. Que faut-il entendre par iHrtiodt'w protoquèfis ?
R. Celles qui sont dues à l'impéritie de l'individu et de la société. Xa plupart des maladies reconnaissent directement ou indirectement cette cause qui elle-même se r^tta-
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che à l'ignorance, à la misère et aux autres vices sociaux. Mais nous faisons ici allusion surtout à ces grandes épidémies qu'engendrent les émanations marécageuses des pays chauds. La société montre à cet égard une faiblesse et une incurie impardonnables. Rien ne lui coûte, ni l'argent, ni la vie des hommes, quand il faut faire la guerre ; mais s'il s'agit de détruire le foyer de ces fléaux terribles, elle rejette son impuissance sur le manque d'argent et sur d'autres obstacles dont une meilleure volonté aurait facilement raison.
D. Qu'est-ce que le cercle vicieux appliqué à l'organisation sociale?
R. C'est ce fatal enchaînement des conditions subversives de notre état social, par suite duquel une institution bonne en elle-même aggrave le mal au lieu de le guérir. Ainsi la charité par l'aumône aboutit souvent à augmenter la plaie de la mendicité et favorise la fainéantise; ainsi toute amélioration dans les hôpitaux y attire un plus grand nombre de malades et accroît les charges publiques. La concurrence commerciale tend à faire baisser les prix, mais pousse en même temps au mensonge, à la sophistication des denrées, etc.
D. Pourquoi Végoisme est-il général?
R. Parce que les intérêts individuels étant presque en tout opposés^ contraires, mal garantis, le bien de chacun est presque incompatible avec celui des autres. Ainsi, la richesse est si insuffisante que quelques individus ne peuveut vivre dans l'abondance sans que la multitude languisse dans la pénurie. La lutte douloureuse qu'il faut soutenir pour acquérir une fortune ou la conserver, la crainte
incessante de manquer du nécessaire surexcitent partout l'égoïsme et le justifient en quelque sorte. Chacun songe beaucoup à soi, peu aux autres, et développe ainsi sa personnalité dan^le sens de l'isolement, de la cupidité, de la haine, au lieu d'en chercher l'expansion dans les relations sociales, dans l'amour du prochain et dans le dévouement à ses semblables.
D. Qu'est-ce que la duplicité d'action?
R. C'est ce travers qui nous pousse parfois à faire tourner nos malheurs au malheur des autres et surtout ce vice d'un grand nombre d'institutions qui sont si mal combinées qu'elles ne peuvent atteindre leur but sans engendrer un double mal. Ainsi, pour percevoir l'impôt des douanes, on enlève à la production non-seulement les douaniers, mais encore les contrebandiers qui n'existeraient pas dans le régime du libre échange. Quand un homme tombe en faillite, l'actif est en partie dévoré par les frais aux dépens des créanciers et du failli lui-môme, etc. Ainsi encore beaucoup de fonctions improductives, comme celles d'avoué, d'avocat, d'huissier, de juge, poussent ceux qui les exercent à désirer les procès cpii les font vivre ; le médecin est intéressé à ce qu'il y ait beaucoup de maladies, l'architecte à ce que les sinistrés détruisent les maisons et autres édifices, les louvetiers à ce qu'il y ait toujours des loups, etc., etc.